vendredi 10 juillet 2026

La femme et la société


Vais-je passer d'un romantisme désuet à une philosophie ouverte et conciliante sur la femme parce que ce matin à dix heures sur France Culture j'ai apprécié tout ce que j'ai pu apprendre sur Simone de Beauvoir et Le deuxième sexe quand pour la plupart, à de rares exceptions prêt, je ne trouve les femmes ni ouvertes tout du moins avec moi, ni conciliantes tout du moins avec moi.

C'est une réalité que l'intervenante agréable et bienveillante s'étonnant du peu de portée qu'aurait tout discours philosophique ou mouvement comme MeToo semblait ignorer: c'est que chacun ne voit d'abord le monde que du bout de sa lorgnette et que du bout de la mienne il n'y a pas beaucoup de femmes; aussi mes amis qui ont eu des sœurs en ont davantage et meilleure connaissance.

Il est peu probable que les livres ou les mouvements sociaux puissent suppléer à ce manque basique: rien ne peut remplacer la femme. Ni tout ce qu'on en dit, ni tout ce qu'on en pense. Et c'est la femme en chair et en os qui a fait le plus cruellement défaut à ma vie et si encore cela s'arrêtait à ma vie mais aussi à celle de beaucoup d'hommes.

Et l'on n'est jamais mieux réglé que les uns par les autres. Le manque de contacts c'est autant de manque de réglages. L'homme inadapté à la femme comme la femme inadapté à l'homme c'est l'homme sans femme comme c'est la femme sans homme. On parle de la relation qui serait mauvaise mais l'absence de relation n'est-il pas plus mauvais encore?

Et cette femme romantisée ou idéalisée comme cette femme mythifiée (la maman ou la pute) n'a t'elle jamais pu existée qu'à la place de la femme en chair et en os parce qu'elle manquait à l'appel, c'est-à-dire à ceux et par ceux à qui elle faisait défaut. La femme m'a plus souvent accompagné en pensée qu'autrement et je me souviens d'un ami qui me disait qu'on parle toujours trop d'amour pour le peu qu'on le fait et que ça dure.

Je ne pouvais être alors que ce machiste qui déclare que la femme qui rejette le jeu de rôle que la société lui impose n'est encore que trop conformiste car c'est la société tout entière qu'elle devrait rejeter autrement et si elle n'y était pas si attachée ou soumise comme elle le serait à l'homme; en prenant homme elle prend société et qui ne serait pas reconnu par la société ne serait pas non plus reconnu par la femme.

jeudi 9 juillet 2026

Les morts et les vivants


Je voudrais partir du moi vivant et de ce qu'en disait le grand philosophe espagnol Ortega y Gasset: "Je suis moi et ma circonstance, et si je ne la sauve pas, je ne me sauve pas moi-même." non pour épiloguer sur ce qui me semble ne pas nécessiter plus amples commentaires sinon de la part du spécialiste que je ne suis pas.

Et c'est parce que bien que faisant encore partie de ce monde je puis de plus en plus dire: je suis moi et mes morts, chose vous comprenez que je ne pouvais pas dire enfant. Cela me change quoique pas comme la mort nous change et je suis habité pas comme on habite la terre quand nos morts ne nous habitent pas encore.

Encore enfant je ne pensais pas ainsi des autres humains qui sont pourtant habités comme je le suis: je ne pensais pas qu'ils étaient eux et leurs morts, je ne considérais qu'eux vivants. Et c'est pourquoi enterrer ses morts serait comme s'enterrer vivants aussi bien qu'ils vivent en nous, en nous comme nous vivons après eux qui ne sont plus qu'en nous.

Un de mes amis en pensant à eux disaient qu'ils ne seraient vraiment morts que quand ils cesseraient de vivre en nous, que quand nous cesserions de penser à eux, mais c'est comme si nous cesserions de penser tout court, c'est-à-dire nous mêmes de vivre. Et si les enterrements peuvent nous rendre si triste c'est de l'impression qu'ils nous laissent d'enterrer une partie de notre propre vie.

Un autre de mes amis très cher me disait encore hier qu'il n'entendait pas ce que je disais en parlant de l'homme, que lui parlerait plutôt des hommes et si je ne renonce pas à mon homme singulier pour un homme pluriel (parce que l'homme pluriel n'existe pas) j'admets que si cet homme n'est plus un enfant il n'est plus jamais seul parce qu'habité par d'autres hommes fussent-ils bien morts.

Se jeter à l'eau


Se jeter dans l'action comme on se jette à l'eau mais si je n'ai pas d'autre vie à sauver que la mienne je prends encore le temps de mouiller mes tempes et derrière la nuque et de m'immerger lentement; j'ai comme on dit tout mon temps et ma vie pour moi. Mais la société fait comme si on avait tous les jours à la sauver de la noyade, pour elle il nous faut nous jeter à l'eau sans prendre le temps même de respirer.

Encore moins de penser. Sans quoi on ne se jetterait plus à l'eau. C'est du moins ce qu'elle pense quand on ne le ferait peut-être pas pour elle mais pour un autre homme comme nous. C'est qu'elle a pris la place de cet homme. De sorte que nous laissions mourir cet homme et la sauvons à elle. Quand ce n'est pas que nous le tuerions et c'est en temps de guerre et c'est sans plus de réflexion.

Choisir est une option que nous n'avons pas, que nous n'avons peut-être jamais eue, quand souvent nous croyons que nous nous jetons à l'eau de notre propre chef c'est la société qui nous y jette. Je dirais même qu'elle nous y pousse à l'image de celui qui à la piscine et par traitrise vous poussera dans le dos pour que vous y tombiez. Il peut n'être pas seul ou plutôt il n'est jamais seul: c'est la société.

La société est tous ceux qui vous poussent à vous jeter à l'eau sans réfléchir, sachant que vous ne le feriez pas de vous même mais qu'en vous y poussant un peu ou beaucoup, de façon discrète mais quand il le faut de façon manifeste, alors elle vous en attribuera le fait ne serait-ce que par sa reconnaissance qui est ce que vous cherchez quand ce n'est pas la gloire et les honneurs.

Aussi ce comportement est tellement inscrit en nous et ce n'est pas seulement en notre corps (que nous brutalisons également) mais en notre esprit que nous nous jetons à l'eau sans qu'il ne nous le soit demandé ou avant même que cela ne nous soit demandé. Cependant quand il s'agit d'un homme et non plus de la société il en va autrement: nous mouillons nos tempes et derrière la nuque et nous immergeant lentement pensons alors: ce n'est qu'un homme qui se noie.

CITATION

"A l'homme donc, rien de plus utile que l'homme" Spinoza

mercredi 8 juillet 2026

L'être et le devenir


Si je vois une partie d'échecs jouée par deux maitres d'échecs (dans un livre, une vidéo ou lors d'un tournoi d'échecs) je vois une partie plus intelligemment jouée que je ne la jouerais moi-même; il en va de même quand je lis les Propos d'Alain ou les Essais de Montaigne ou les Pensées de Pascal, je les vois s'exprimer mieux et plus intelligemment que je ne le ferais moi même si j'avais à parler des mêmes choses qu'eux.

Est-ce que tout cela doit m'empêcher pour autant de m'exprimer sur un échiquier ou ailleurs, disons dans la vie, sinon plutôt m'y motiver, ou au contraire parce que je suis motivé à le faire que je ne dois pas prendre leçon des anciens. Un de mes amis serait pourtant du parti de dire: à quoi bon, quand tout aurait été déjà si bien dit et si bien fait.

N'est-ce pas pourtant mon ami comme ajouter nos parties d'échecs de médiocres qualités à celles des maîtres d'échecs que nous ne serons jamais pour autant. Mais est-ce que nous voulons devenir maîtres d'échecs pour autant et pas simplement jouer aux échecs parce que nous avons plaisir à le faire aussi que de nous instruire sur l'art et la manière d'y jouer.

Et puis, mon ami, avant de vouloir devenir l'on veut être et le vouloir être n'est jamais un simple contentement de l'être mais aussi un vouloir devenir; personne ne se résume à ce qu'il est ni non plus ne s'y résout ou l'on pourrait alors dire de lui qu'il est aigri, aigri par le renoncement de l'être qui est devenir.

Maintenant on ne peut rien dire sur le devenir, jamais en préjuger, car de là où l'on se tient on ne peut voir ou apprécier que des devenirs qui sont devenus, autant dire qui ne sont plus des devenirs, des devenirs qui n'ont jamais cessés d'être aussi bien que nous mêmes; alors contentons nous d'être, ce qui est être à ce que nous sommes, ce qui est encore la meilleure manière de devenir (de renvoyer notre être à son devenir).

mardi 7 juillet 2026

Les bernard l'hermite


Ma plus grosse déception enfant fut de trouver un bernard l'hermite dans la coquille d'un autre coquillage et après l'avoir vu à de nombreuses reprises j'en vins à la conclusion que c'était dans l'habitude du bernard l'hermite que d'occuper des coquilles vides. Je ne me suis pas demandé s'il attendait pour le faire qu'elle le soit, il me suffisait de penser que ce n'était pas sa coquille pour ne pas l'aimer.

C'est maintenant adulte que je pense que mon dégoût pour la société procède du même ordre. Elle serait cette coquille vide occupée par des bernard l'hermite. Coquille vide parce que désertée par la vie, et à qui les bernard l'hermite donneraient un semblant de vie, non authentique mais profitable aux seuls bernard l'hermite qui se voudraient puissants quand ils ne feraient qu'y protéger leur ventre mou.

Et c'est en quoi l'on peut voir dans la mollesse d'une société la preuve qu'elle n'est plus occupée que par des bernard l'hermite car tout ce qu'ils proposent leur vient du ventre, cette organe moue qu'ils protègent dans la coquille société ce qui explique aussi en quoi ils s'en font les ardents défenseurs et conservateurs parce qu'elle les conservent vivants.

Que les autres s'étonnent -- et leur étonnement montrent leur authenticité, de ne pas faire société, de ne plus trouver leur société -- n'a a mes yeux qui ont fait cette première expérience dans la nature, rien d'étonnant puisqu'ils ont été floués de leur habitat naturel aujourd'hui occupé par des bernard l'hermite 

En vérité il leur faudrait une autre coquille qui ne soit pas celle des bernard l'hermite qui prétendent qu'ils n'y a pas d'autre coquille que la leur ; une autre qui abrite la vie et non celle qui abrite des bernard l'hermite et que la vie avait déjà me semble t-il désertée et à laquelle les bernard l'hermite ne peuvent que donner un semblant de vie.

lundi 6 juillet 2026

Les doux


Nous portons tous des coups et nous recevons tous des coups. Nous serions donc tous violents. Et qui plus est notre société qui nous apprendrait essentiellement à porter des coups serait une société violente. Il se trouve cependant qu'entre nous il y aurait des doux qui auraient développé une science: la science des doux.

Je n'en ai comme la plupart d'entre nous que très peu connaissance mais il me semble à certaines choses ou signes que je vois et malgré que l'on ne l'a montre que très peu qu'elle existe aussi qu'ils existent bien qu'ils soient peu nombreux. Ainsi sans doute motivé par un besoin irrépressible de violence je regarde des combats de boxe où j' observe néanmoins que certains savent amortir les coups.

Ce sont les frappes qui intéressent et sont commentées et les bons coups signalés, ovationnés; quand la manière de certains d'accompagner les coups passe inaperçue. Souvent je passe aussi de l'art du pugilat à l'art des échecs et y fait une constatation similaire: c'est l'attaque qui prime. Un youtubeur colombien en fait sa devise: "siempre atacar" (toujours attaquer)

Il n'empêche que là aussi certains usent d'une technique ou d'une science qu'à aucun cours d'échecs à ma connaissance n'est dispensée: ils savent minimiser les pertes quand souvent ceux qui se prennent une combinaison ou piège tactique se sentant perdus risquent le tout pour le tout et alourdissent ainsi leurs pertes ces derniers s'en sortent plutôt bien parce que acceptant de perdre ils ne perdent pas tout.

Je dis que se sont des doux (parce que tout le monde portent des coups et en reçoit et que ce n'est pas cela qui nous distingue et pas la façon de les porter qui est toujours violente mais la façon de les recevoir qui seule peut-être douce) et que leur science trop peu connue et trop peu apprise est celle des doux.

J'ai dit aussi qu'elle n'était pas celle de la société que j'appellerait à cet effet la société du réveil parce que n'y a t-il pas plus brutal que d'être réveiller par la sonnerie du réveil mais comment faire autrement quand il faut aller travailler qui est porter des coups et en recevoir et cette société du réveil est la société du travail.

Cependant il me souvient que certains, très peu, m'ont dit qu'ils mettaient leur réveil à sonner longtemps avant l'heure du départ au travail et qu'ainsi réveillés par cette sonnerie toujours trop brutale ils prenaient le temps d'en amortir le coup en ne se levant pas immédiatement. Aussi j'évite de me lever dès mon réveil et traîne comme eux au lit. Qui me traite de paresseux? La société qui n'est pas la société des doux.

dimanche 5 juillet 2026

Ce qui manquait à ma vie


Je crois que c'est ce qui lui manquait à ma vie d'être saisie, ressaisie, embrassée, comprise, en commençant par moi-même, et pourquoi ne pas employer le temps qu'il me reste ainsi à la chérir et c'est m'arrêter à y penser plutôt que de continuer à la dissiper en vaines activités utiles dit-on et je serais alors un inutile étant utile à moi-même.

Et ce n'est pas ressasser comme on dit que font les vieux des souvenirs mais pencher sur elle, ma vie, un regard attentif qui voudrait être celui de l'intelligence et l'est au moins de la pensée, sortir le télescope de la pensée, plonger la sonde de la pensée; regarder en dedans et regarder en dehors ce qu'il en est et ce qu'il en a été.

C'est comme ces livres que je relis, car c'est aussi l'âge de la relecture, et qu'il me semble seulement comprendre et découvrir comme tous ceux à côté de quoi je suis passé sans vraiment le voir ou le voyant autrement me serait trompé sur sa nature comme un amour qui se trompe d'objet quand l'illusion dissipée il verrait plus clair en l'autre et qui sait si en lui aussi.

A ce regard jeune qu'il faudrait porter sur les choses je préfère ce regard d'un autre âge qui les éclaire autrement que de grâce et d'innocence à qui je crois l'on fait la part trop belle parce qu'il n'aurait été ni riche ni heureux sinon en désillusions, quand il y a un après les désillusions, un regard plus près des choses et moins de ce qu'elles paraissent.

Et comme je disais que ce n'est pas ressasser je dirais que ce n'est pas non plus prendre de la distance, relativiser; mais bien au contraire taper dans le dur de la vie, cette chose pas facile pour personne, et lui montrer de quel bois on se chauffe quand on se chauffe à la lumière de sa pensée parce qu'en nous éclairant elle nous réchauffe.

samedi 4 juillet 2026

Des intégristes de l'homme


C'est un leurre de penser que la société protège l'homme. La société protège la société. Aussi la société pense que l'homme s'en prend à elle avec toutes ces petites incivilités quand il s'en prend à l'homme. Parce qu'il n'y a que l'homme qui soit vulnérable. Parce que la société a trop habitué l'homme a déprécier l'homme.

Non l'homme ne crache pas sur la société a chaque fois qu'il crache sur un homme sinon cela en serait fini de toutes ces petites incivilités. Il craint trop la société mais de moins en moins l'homme qu'il sent être de moins en moins protégé par la société, de moins en moins être son protégé tant on dirait que la société c'est éloigné de l'homme pour autant qu'elle aurait été (en un âge d'or) la société de l'homme.

Il faudrait des intégristes de l'homme plus que de la religion, d'un dieu qui ne serait pas l'homme (et auquel l'homme serait sacrifié comme il en est des sociétés religieuses mais aussi laïques), des intégristes en ce sens qu'ils feraient respecter l'intégrité physique et morale de l'homme qu'il mettrait au-dessus de tout.

Ce serait un "touche pas à l'homme", l'homme qui serait sacré et pas la société et pas dieu, l'homme seul sacré parce que seul vulnérable. L'homme qui réfléchirait à deux fois avant de s'en prendre à l'homme comme il réfléchit à deux fois avant de ne pas s'en prendre à la société. Quel est l'homme qui n'a pas été battu ou humilié par un autre homme tandis que les révolutions se comptent sur les doigts de la main.

"Il y a depuis la petite enfance jusqu'à la tombe, au fond du cœur de tout être humain, quelque chose qui, malgré toute l'expérience des crimes commis, soufferts ou observés, s'attend invinciblement à ce qu'on lui fasse du bien et non du mal. C'est cela avant toute chose qui est sacré en tout être humain." Ecrivait Simone Weil dans La personne et le sacré.

Une tendance fâcheuse


Il est une tendance fâcheuse qu'il me faudrait éviter c'est de dire les ouvriers, les patrons, les pauvres, les riches, les médecins, les enseignants et plutôt penser qu'il est autant d'ouvriers différents que d'hommes différents et ainsi pour les patrons et pour les pauvres et pour les riches et pour les médecins et pour les enseignants.

Parce qu'il y a une idée d'après laquelle je juge les ouvriers qui est l'idée que je me fais des ouvriers et ainsi des patrons et des pauvres et des riches et des médecins et des enseignants et qui est fausse en cela qu'elle ne peut valoir pour tous les ouvriers ni pour tous les patrons ni pour tous les pauvres ni pour tous les riches ni pour tous les médecins ni pour tous les enseignants.

Sale habitude que de faire des petits paquets d'hommes et encore plus de faire de gros paquets d'hommes pour tous les fourrer dedans qui est de la société et que je fais mienne sans considérer plus qu'elle l'homme mais tandis que son accaparement lui profite, car en les liguant mais comme on lie un paquet elle en fait des puissances ou forces antagonistes, quand l'homme qui se voit ainsi empaqueter à tout à y perdre.

Cependant je n'arrive plus a penser autrement qu'il me faut savoir qui est l'autre et que je crois le savoir quand il me dit qu'il est ouvrier ou qu'il est patron ou que je vois qu'il est pauvre ou que je vois qu'il est riche ou médecins ou enseignants je crois voir et savoir quel homme j'ai en face de moi alors que tout ça m'empêche de le voir réellement tel qu'il est, dans sa singularité.

Je ne vois moi aussi plus que des petits paquets ou des gros paquets d'hommes et jamais l'homme et toujours le paquet, comme on me l'a emballé, c'est à dire encore comme la société veut que je le vois et m'en fasse une idée, c'est-à-dire encore une opinion que je voudrais être mienne mais qui a bien y réfléchir serait sur lui, c'est à dire, moi l'homme, celle de la société, qui ni ne nous voit ni ne nous considère personnellement.

Que de chemin parcouru depuis que nous n'étions que des enfants pour qui l'autre enfant n'était qu'un autre enfant, j'entends sans autres considérations qui ne tiendraient pas à sa nature propre. Cela n'a sans doute jamais été vrai ni pour nous enfant ni pour l'enfance de l'humanité mais cela l'a été de moins en moins au fur et à mesure que l'on s'est éloigné de l'enfance comme de l'état de nature.  

vendredi 3 juillet 2026

Les Copains d'avant


Je l'avais recherchée pendant plus de dix ans comme l'on peut rechercher une criminelle nazi et voilà qu'elle était apparue sur le moteur de recherche Google à Copains d'avant. Il y avait une photo d'elle qui se présentait comme veuve ayant fait ses études dans un collège d'Oran, elle disait aussi avoir trois enfants et six petits enfants.

Cette femme il fallait bien le reconnaitre c'était ma mère et il m'était difficile de croire qu'une personne si anodine et presque encore belle, elle donnait son âge 86 ans, pouvait être cette même femme qui m'avait fait tant de mal dans un passé qu'elle ne semblait pas porter sur elle au point que je me mis à douter de tout ce dont je l'accablais et m'empêchaient de la revoir.

A Copains d'avant elle avait donné son adresse, chose qu'elle s'était depuis plus de dix ans bien gardée de faire de sorte qu'on ne l'a retrouve pas. Si des personnes comme elles peuvent se perdre dans la nature, me disais-je, c'est que finalement elles se confondent bien dans la nature et cette nature est la nature humaine capable du pire comme du meilleur.

Comme j'endiguais le flot des souvenirs qui à sa vue remontaient à la surface et auxquels j'avais maintenant du mal à croire je ne voyais plus qu'une femme de son temps ne faisant pas son âge parce que ne voulant pas le faire et s'habillant si avec un peu de recherche beaucoup de simplicité, cherchant sans doute toujours un peu à plaire mais ici encore sans trop d'ostentation et aussi visiblement seule, sans homme.

C'est que je ne la voyais pas heureuse et que ne pouvant croire qu'elle fut accablé par son passé je lui voyais un présent sans homme quand les hommes avaient tout été pour elle, ses enfants n'étant encore que des enfants, ne figureraient cependant pas parmi les hommes de sa vie. Elle les présentait néanmoins comme on présente une carte d'identité pour être en règle avec la société dont feraient partie les Copains d'avant. 

jeudi 2 juillet 2026

Ce qui pourrait amener à réfléchir...


Ce qui pourrait amener à réfléchir beaucoup de ceux qui se croient fort c'est ce que m'a dit un de mes amis avec qui je jouais aux échecs et tandis que plutôt que je le battais je cherchais à l'instruire sur ce que je savais et faisais ma supposé force aux échecs que je lui rappelais être ridicule comme l'est toujours toute force inférieure à toute force supérieure.

Mais ce n'est pas qu'il y a toujours plus fort que soi que m'apprit ce jour-là mon ami mais que ceux qui emploient leur force contre d'autres et les battent sont souvent loin d'imaginer qu'ils doivent leur victoire à tous ceux qui contrairement à eux n'emploient pas leur force pour battre les autres.

Cet ami me disait qu'il venait de la lutte et qu'au grand jamais il n'emploierait sa force de lutteur contre moi ou quiconque qui n'y connaitrait rien à la lutte mais chercherait plutôt à la lui enseigner comme je cherchais à lui enseigner les échecs dans la mesure de ce que j'en savais et je crois pouvoir dire qu'il m'en était reconnaissant au regard de tous ceux qui se limitaient à le battre aux échecs.

Je voudrais avoir toujours été ce lutteur là qu'est mon ami renonçant a employer ma force qui n'aimerait à s'exercer que contre une résistance et quand elle ne la rencontre pas serait pour le moins hésitante et toujours regardante au lieu d'être écrasante. Aussi je mets mon ami qui a mis toute sa vie au service des autres comme aide soignant au dessus des médecins de ce monde qui au lieu de le soigner le tue avec leurs remèdes de cheval.


Je reviens de chez mes amis et...


Je reviens de chez mes amis et je crois pouvoir mieux comprendre pourquoi je n'ai jamais su prendre part et décider d'un conflit. Je les connais et les aime tous les deux comment voudra-t-on alors que je prenne parti pour l'un ou pour l'autre; il ne s'agit même plus de si l'un a raison et l'autre tort mais qu'il ne me plait pas de les voir en guerre l'un contre l'autre mais parce que je les aime de les voir s'aimer.

Je ne crois pas non plus que l'on puisse se réjouir de ce que l'Ukraine et la Russie soit en guerre et que si on les connait tous les deux et les aime tous les deux que l'on puisse se ranger d'un côté ou de l'autre sous prétexte que l'un aurait raison et l'autre tort, quand on sait que la raison n'a rien à y voir, et que c'est cette même passion qui les faisait s'aimer qui les fait s'entredéchirer.

S'il en va autrement c'est qu'il n'y a pas en nous une égalité d'amour pour l'un et pour l'autre et quand on en vient à raison ou raisonner c'est comme dans les couples quand il n'y a plus d'amour et qu'ils se font procès. Maintenant qui a vécu un divorce comme qui a vécu une guerre sait très bien que toutes les raisons évoquées ne valent rien puisqu'elles sont évoqués quand on ne s'entend plus, c'est-à-dire ne s'aiment plus.

Quant au droit d'ingérence il n'est que le droit que s'octroie des puissances étrangères quand je ne suis ni étranger à l'un ni étranger à l'autre, aussi que ni plus puissant que l'un ni plus puissant que l'autre. Pourquoi vais-je me sentir autrement vis à vis de l'Ukraine et de la Russie que je ne me sens vis à vis de mes deux amis. Je reste un homme parmi les hommes et non une puissance parmi les puissances.

Il ne me plait simplement pas de les voir comme je les vois. Aussi je pense à mon divorce comme à une guerre et je me dis quel beau gâchis et je ne le souhaiterai à personne ni ne trouve que quiconque puisse en sortir vainqueur, encore moins indemne, sain et sauf qui est ce qu'il importe à tout homme d'être sans autres considérations car il n'y en a pas de plus raisonnable. 

mercredi 1 juillet 2026

Les âges de la vie


Quand mon ami Alfonso me disait: Philippe si tu vois quelque chose de bon à vieillir, dis le moi, c'est à un homme encore jeune qu'il s'adressait et j'en convins avec lui puisqu'il était mon aîné qu'il n'y aurait rien de bon à vieillir et cela qu'il se portait plutôt bien pour son âge comme on dit et c'est croire que chaque âge aurait sa façon de se porter.

Mais avant il faut que je dise le grand dommage non que les années m'ont causé mais qu'il aurait été pour moi de ne pas atteindre cet âge respectable qui est le mien: je ne me serais pas connu tel que je me connais aujourd'hui et plus que moi le monde, les autres. Cette connaissance est je le sais l'apanage de l'âge: ni l'expérience acquise ni l'intelligence requise n'y sont pour rien.

C'est pas question d'être bête ou intelligent, savant ou ignorant, bien qu'il me semble qu'avec le temps on puisse gagner en connaissances comme en intelligence, en cette intelligence particulière qu'est l'intelligence de la vie, mais c'est surtout que le corps lâche prise car c'est de lui que procède nos passions qui se faisant moins vives nous laissent un peu plus à nous même qu'aux autres, libre qu'esclave.

Aussi l'étreinte de la société se desserre et on pourrait prendre une respiration plutôt que d'être dans un bouillonnement d'activités qui me sembleraient plus propres à la façon d'être et de se porter des jeunes si les vieux dans une société de l'éternelle jeunesse ne voulaient pas se donner des allures de jeune dépréciant ainsi les avantages de leur âge: parce qu'il y en a à se tenir à distance de l'agitation du monde.

Ni la juger ni la condamner sinon comme impropre parce que notre physique ne s'y prête plus et parce que l'esprit qu'y va avec ne s'y prête plus non plus. Je ne vais pas porter les vêtements de la jeunesse et c'est parce qu'ils m'iront mal que je vais alors me plaindre de mon âge quand il en est d'autres pour mon âge où je vivrais à l'aise. Et pourquoi le tendre s'il se détend ce corps qui lâche prise plutôt que de me détendre avec.

Je comprends pourquoi l'on parle de vieux sages depuis l'Antiquité et c'est que la sagesse n'est pas bonne à tout âge comme il ne serait pas bon de la refuser quand la jeunesse est passée, pas forcée non plus la sagesse parce qu'il n'y a plus à forcer, elle est appropriée et naturelle. On ne joue pas avec la vie. On ne devrait pas davantage jouer avec les âges de la vie qui est comme donner sa préférence à l'un plutôt qu'à l'autre.

Car ce que peut lamenter le plus un homme entre deux âges: qui n'est plus tout jeune mais qui n'est pas encore vieux c'est qu'il y ait deux camps: celui des jeunes et celui des vieux quand il n'y a qu'un camp qui est celui de l'homme et qu'une fois encore la société qui dans un passé tout aussi regrettable aurait été la société des vieux soit devenue la société des jeunes au lieu d'être celle de l'homme tout court.

mardi 30 juin 2026

Le vieux comédien


Il y a quelque chose de bien que disait le menteur, c'est qu'il ne ment pas. Trouvez moi un prisonnier qui ne dise pas qu'il est innocent et je vous dirais que je dis tout ce que je pense avec cette même innocence, mais ne me faites pas dire ce que je ne pense pas; comme le menteur je craindrais que l'on me fasse dire mes mensonges ou comme le prisonnier que l'on me fasse avouer ma culpabilité.

C'est que je ne crois pas en l'innocence, c'est que je ne crois pas en la vérité, en la mienne d'innocence, en la mienne de vérité, pas plus qu'en celle de n'importe qui; plutôt nous sommes tous des comédiens plus ou moins heureux ou malheureux dans le rôle qu'ils tiennent avec aussi plus ou moins de bonheur ou de malheur. Et la confiance est une question de foi, c'est à dire d'aveuglement sur soi.

J'ai dit que nous sommes des comédiens mais nous ne savons pas que nous jouons ou plutôt ne le voyons pas par cet aveuglement sur nous même qu'on peut appeler confiance et aussi esprit de sérieux; aussi parce que dès tout petit il nous a fallu apprendre à nous jouer des autres comme à jouer avec les autres qui nous récompensent de notre jeu à la hauteur de nos facultés à jouer et pourvu que nous y croyons et les y faisons croire.

Et ils ne seraient pas dupes si nous n'étions pas dupes nous mêmes et j'avoue en cela être un piètre comédien et que le jeu de l'innocence et de la vérité qui est le jeu que beaucoup se plaisent à jouer commence sérieusement à m'agacer. Voilà que je sens trop le comédien et son air d'innocent et ses airs de vérité. C'est vrai que je n'y ai jamais eu beaucoup d'aisance mais oui beaucoup de complaisance.

Si nous n'étions pas comédiens comment pourrions nous encore nous regarder dans la glace mais comme nous sommes comédiens nous nous plaisons à nous y voir comme à croire que c'est nous que nous aimons y voir quand c'est le comédien qui souvent s'y essaye surtout quand il a à recevoir des invités de marque qui sont autant de comédiens de choix.

Nous n'avons en effet qu'un désir, qu'un mot, plaire; et pour cela il faut d'abord que l'on se plaise et l'on ne se plait que si répétant devant sa glace on voit le comédien jouer et qu'on trouve qu'il joue bien, sinon l'on dira que non, que l'on est pas bien, et l'on ne voudra pas que l'on nous voit, non, pas comme ça; et c'est qu'il nous manquera aussi l'envie et la force de jouer. Comme je connais bien ce comédien fatigué de jouer. 

La colère et la peur


Je crois que la colère et la peur ont partie liée entre elles et que pour qu'elles n'aient plus partie liée avec moi il me faudrait à la fois et simultanément vaincre la colère et la peur. J'ai d'ailleurs peur de mes colères comme on peut avoir peur de ses peurs et c'est que l'une et l'autre m'emportent hors de moi quand personne ne voudrait perdre la maitrise de soi.

Il m'est arrivé de penser aux colères de mon père à partir de tout ce que l'on dit sur les hommes qui ont vécus la guerre et quand ils en sont revenus n'étaient plus les mêmes: qu'elle, la guerre, pouvait changer les plus calmes en coléreux, et ne serait-ce pas qu'ils y aient eu de grandes peurs et la façon vulgaire de surmonter la peur ne serait-elle pas non le courage mais la colère?

Et c'est bien comment l'on se sent, vulgaire, aussi bien que ce que l'on pense des coléreux qu'ils sont gens vulgaires, aussi que l'on place le courage dans les sentiments nobles. Sans être allé à la guerre il m'est arrivé plus souvent qu'à mon tour d'avoir peur et souvent c'était des colères de mon père. La colère engendrerait la peur comme la peur engendrerait la colère et mes colères seraient des colères à retardement.

Des colères à retardement comme on parle des bombes à retardement, un coléreux serait quelqu'un qui vous explose à la tête au moment le plus inattendu; aussi bien la peur vous surprend au moment où vous ne vous y attendez pas, où vous n'y êtes pas préparé comme le sauveteur est préparé à sauver des vies, alors il fait acte de courage, mais est-on jamais assez préparé à la guerre ou aux coléreux qui nous surprennent par leurs colères à retardement?

J'ai été frappé (c'est le cas de le dire) en voyant à la télé lors de la retransmission de la Coupe du Monde de football combien de temps prenait un joueur à accuser le coup qu'il venait de recevoir. Eh bien un coléreux comme un peureux prend aussi du temps à accuser le coup qu'il a reçu et pour cela, pour ce temps qui sépare la cause de l'effet, on dirait les peurs comme les colères injustifiées, sans causes apparentes.

Parfois il peut arriver que l'on passe très vite de la peur à la colère et de la colère à la peur comme il m'est arrivé avec un colocataire que j'avais et qui me fâcha et que je fâchais et je crois que c'est une colère et une peur mutuelle que nous eûmes ensemble; quant au sentiment qu'y en suivit ce fut un sentiment partagé de honte: honte à lui et honte à moi.

lundi 29 juin 2026

Ma cousine et moi


Je ne m'interrogerais pas sur la famille si je ne revoyais dimanche prochain ma cousine que je n'ai vue qu'une ou deux fois quand elle n'était qu'une gamine et que sa mère avec qui je pourrais la confondre devait être comme elle est aujourd'hui pas loin de prendre sa retraite. Si familiarité vient de famille nous ne pouvons nous prévaloir d'une grande familiarité, ce n'est donc pas à cela qu'elle doit son existence.

On ne devrait pas à ce titre parler d'une réalité mais plutôt d'une fiction pour laquelle on aurait un certain attachement comme on pourrait en avoir pour d'autres fictions comme l'Etat, la Nation, le pays d'origine qui lui aussi ne nous aurais vu que naitre ou parfois pas même nous mais nos ancêtres. Si nos mères étaient sœurs ce n'est pas à cela non plus que nous pensons quand nous nous revoyons.

Ni même à cela que nous devons de nous sentir famille, aussi je crois que cette fiction famille n'existe comme tant d'autres fictions que par l'attachement que nous lui portons, nous serions même attachés à l'idée de famille plus qu'à la famille avec laquelle les sujets de querelles ne manquent pas toujours, et c'est un euphémisme que de le dire ainsi (mon frère qui me battait souvent est très famille).

Mais bien content de revoir ma cousine ce n'est pas moi qui vais lui dire ce que je pense de la famille quand elle me donne l'opportunité d'être en relation fraternelle, ne devrais je pas dire familiale, avec qui autrement il me serait plus difficile, et peut-être devrais je dire ici pas naturelle, de l'être. Mais j'insiste sur l'idée de fiction plus que de réalité ce qui fait le jeu facile des escrocs en tout genre.

Combien n'ont -ils pas été heureux de retrouver un parent qu'ils n'avaient jamais vu et c'était un escroc. Un jour aux confins de l'Espagne l'échoppe d'un artisan portait mon nom de famille comme enseigne et quand désireux de retrouver un parent je lui ais avec chaleur et sans doute avec un peu trop d'enthousiasme décliné mon identité il m'a repoussé plutôt froidement, croyait-il que j'en voulais à son échoppe?

Je pense aussi à l'équipe de France, parce que nous sommes en pleine coupe du monde, dont je célèbre chacune des victoires sans pourtant connaitre un seul de ses joueurs,  ne me dite pas qu'il n'y a pas là un certain attachement à une fiction et que ce lien est tout sauf réel mais fictif, c'est-à-dire construit de toutes pièces et pas par moi ni par mes géniteurs.

Oui la fiction peut aller loin aussi que notre attachement à la fiction mais ce n'est pas pour autant m'en déprendre que je chercherais mais à y consentir librement et consciemment plutôt qu'inconsciemment et systématiquement, lucidement qu'aveuglément, comme aussi comprendre pourquoi cette fiction opère ou n'opère pas en moi. Déjà à beaucoup la distance que je prends avec ces fictions peut paraitre suspecte et hérisser le poil.

Qu'ils se rassurent: cette interrogation et cette distance n'aurait pas eu lieu si au même moment et pendant un temps assez long je n'avais été éloigné de ma famille et de la France (en NC où quand on me traitait de zoreil je répondais: je suis zoreil et j'en suis fier mais c'était en réaction à une insulte), et que la fracture ayant été faite, et le manque ayant été éprouvé, il n'eut fallu que je me reconstruise autrement ou rattache à d'autres fictions ou à une autre famille, une famille d'auteurs plus que de reproducteurs.

dimanche 28 juin 2026

Les cris du père


Je crois que l'enfant crie parce qu'il ne parle pas encore et que nous crions quand nous n'arrivons plus à parler. On dit cependant crier un ordre ou commandement et l'on voit bien alors que parler ne s'arrête pas à cela et que c'est toujours à défaut de mieux que l'on crie, que cette manifestation de nous est encore insuffisante et c'est pourtant cette insuffisance que l'on appelle puissance.

Ceux qui crient sur les autres croient du moins manifester sur les autres leur toute puissance quand il ne font souvent que la perdre mais c'est ce que la peur qu'ils engendrent leur laisse entendre quand ils n'entendent que leurs cris. Certes, c'est une alerte qui ne doit laisser personne indifférent car elle est plutôt signe et manifestation d'une impuissance rendue intolérable à celui qui profère le cri.

Il faudrait le secourir et combien de fois n'aurais-je pas dû voler à mon propre secours en retenant mon cri et en cherchant à articuler quelques paroles intelligibles qui ne voulaient pas sortir. J'étais en péril. Comme lorsque enfant on me laissait crier jusqu'à m'égosiller. On ne trouve souvent rien de mieux que faire le vide autour de celui qui crie. Au pire on le tance mais jamais on le berce.

Je parle de ce que je connais car les colères du père commençaient toujours par des cris, les coups qui venaient après n'en étaient que plus redoutables et c'est je crois parce que le tonnerre fait davantage peur que la foudre qui ne s'abat pas toujours sur nous ou du moins ferait moins peur si elle n'était précédée du tonnerre.

Mais les cris ne font pas mal sinon à celui qui les profère et c'est une vérité que je n'ai appris que plus tard et à mes dépens. Mon père avait d'abord mal avant de nous faire mal. S'il avait su parler ou que parler n'est pas seulement commander, crier un ordre ou commandement, ni non plus ce qu'il y a à faire ou ne pas faire, mais exprimer des émotions, des sentiments, ce qui en nous nous travaille au point de nous faire crier.

Les cris de mon père retentissent encore en moi qui parfois m'en fait l'écho et je sais que c'est une injustice qui nous frappe tous et lui compris, tous enfants de père criard, quand je croyais alors être le seul a être frappé par cette injustice et que je l'en rendais coupable, c'est pourquoi je cherche des mots, des mots pour recouvrir tous ces cris, cette lignée de cris qui n'ont pas commencés avec lui ni ne finiront avec moi.

samedi 27 juin 2026

Post mortem


Quand je me verrai propulser hors de ce temps qui est le mien

Je sais très bien que je ne serais plus rien

Et que la croupe incendiaire des femmes ne brûlera plus ma chair

Et que la rudesse des hommes n'atteindra plus ma sensibilité peu fière

Mais le pire sera pour moi et ma force langagière d'être au cimetière

Là où il est fait prière de se taire 

Sans doute ne me verrai-je pas partir


Sans doute ne me verrai-je pas partir mais ce sont ceux que j'ai vus partir qui m'aideront à mourir si tant est qu'il me faille être aidé en pareille entreprise où il ne m'est rien demandé, mais de mon vivant c'est à eux que je pense plus qu'à la mort et ce n'est pas qu'ils en soient les représentants mais qu'ils étaient tout comme moi vivant et peut-être même plus vivant que moi mais sont mort quand même.

Aucune préparation à la mort chez eux, que je sache, mais comme ils surent vivre ils surent mourir et je crois pouvoir ajouter que ceux qui eurent la vie la plus douce eurent la mort la plus douce; j'entends ceux qui ne furent pas brutalisés par la vie ne furent pas brutalisés par la mort, mais si c'est une règle elle peut encore connaitre des exceptions et je crois pouvoir ajouter que je les ai trouvés tous calmes après.

C'est un peu se moquer mais pas d'eux sinon de nos inquiétudes et je rie des miennes grâce à eux et si je ne puis assurer tout à fait qu'ils m'aideront à mourir je puis déjà assurer que malgré cette tristesse que j'ai eu à les perdre ils m'aident déjà à vivre ce qu'il me reste à vivre sans eux. C'est une peine plus grande que la mort, leur mort que ma mort, que je ne pleurerai pas comme j'ai pleuré la leur.

Il y aura bientôt un an que ma femme est morte et un mois seulement que m'a été accordé sa pension de réversion: c'est une bonne nouvelle m'a t-on demandé tandis qu'on me faisait savoir que je l'avais obtenue. Oui c'est une bonne nouvelle que je répondis. Scélérat. Etait-ce une bonne nouvelle pour toi que ta femme meurt? Mais quelque mois après c'était une bonne nouvelle? La pension de réversion de ma femme m'aidera aussi à vivre.

Vivre est la grande affaire à laquelle nous sommes tout occupé et dont seule la mort nous délivrera; nos morts n'ont plus à s'en faire ni nous à s'en faire pour eux mais si nous n'avons pas assez fait pour eux de leur vivant leur mort ne nous sera pas un soulagement mais un poids sur la conscience et il n'est pas stupide de penser que mourir la conscience tranquille est mourir comme nous avons vécus: tranquilles.

Dans ce que nous supportons de notre vivant la mort de ceux que nous avons aimé est peut-être le plus lourd à porter, c'est un poids qui a tendance à nous enterrer vivant mais laissons le faire: il pèse moins cependant qu'une tête de mort posée sur la table du philosophe pour lui rappeler tous les jours qu'il est mortel quand il  nous dit seulement que nous n'avons peut-être plus grand chose à perdre quand il ne reste plus que nous même.

Etait-il malade cet homme que j'entendis dire qu'il n'aimerait pas être immortel parce que ce serait rester seul après avoir vu partir tous les siens mais je crois le comprendre de mieux en mieux au fur et à mesure que ceux que j'aime s'en vont et je ne dis rien de plus que lui quand je dis que ce sont ceux que j'ai vus partir qui m'aideront à partir.

vendredi 26 juin 2026

Un jeune homme tard dans la nuit


Je voyais ce jeune homme tard dans la nuit et je crois que j'étais le seul à le voir dans le sens où il ne s'aperçut pas de mon passage et je sus aussitôt que je le connaissais déjà quoique très peu. Je me rappelle d'une photo d'il y a longtemps où je figurais et surtout de ce qu'il me surprit d'y trouver un couple que je n'avais pas vu alors et qui lui m'avait regardé comme je regardais ce jeune homme dans la pleine force de l'âge au milieu de ses amis et savourant un moment de vie dont il n'aurait pas plus souvenir que de m'avoir vu car il me connaissait comme je le connaissais.

Mais il est faux de dire cela: jamais quelqu'un ne nous connait comme nous le connaissons ni ne nous voit comme nous le voyons. C'est beau de saisir un être humain dans l'élan de sa vie, il est de la même beauté, car cette beauté ne lui appartient pas en propre, qu'un cerf surpris, par le passé et tandis que j'y courais encore seul et librement, dans la forêt de Fontainebleau. Il y avait en lui une certaine insouciance que je croyais remarquer et qui est aussi inconscience du temps qui passe, et c'est qu'il est encore lui-même dans ce qui passe.

Tandis que je suis comme cette photo un arrêt sur l'image, arrêt qu'il ne prendrait pas la peine de prendre emporté comme il le serait dans l'élan de la vie et je reviens sur ce mot car il me semble que c'est ce qui porte la jeunesse, qu'elle est en plein élan de la vie, car là encore cet élan ne leur appartiendrait pas en propre mais appartiendrait plus aux forces de la vie qu'on dit aussi les forces de l'âge et il était en pleine force de l'âge; et comme il faisait chaud avait ôté sont tee-shirt pour exhiber un corps plat et lisse qu'on aurait dit sans muscle mais qu'on devinait souple et agile et léger et capable de traverser le temps avec cette même souplesse et agilité et légèreté.

J'aimerais ce jeune homme comme si c'était moi ou voilà une homosexualité latente se demanderait qui tomberait sur ces lignes quand je peux seulement regarder plus librement les hommes que les femmes parce que je m'en émeus moins et qu'il m'en sera moins fait grief. Aussi que je connais plus d'hommes que de femmes parce que j'ai dit et maintiens que je connais ce jeune homme tandis que je ne connais vraiment aucune femme, j'entends suffisamment pour la regarder sans qu'elle en soit dérangée. Il est brillant mais ne le sait pas encore trop et l'avenir que je lui prédis tient plutôt à la sensibilité que je lui connais, et ce qu'elle lui réserve comme déconvenues me le fait aimer davantage.

Il fait médecine et joue aux échecs à l'aveugle. Il a dû cependant faire une année ou deux des études de physique pour relancer ses années de médecine, Il avait échoué en première année. Mais c'est quand on lui parle qu'on reconnait à la douceur de sa voix sans aspérités qu'il est encore jeune et tendre. On a sans doute vu beaucoup de jeunesse se perdre en perdant la douceur de cette voix sans aspérités, mais repose encore en lui comme en toute jeunesse l'espoir d'une humanité meilleure. Enfin, peu importe ce qu'il en sera, mon émotion est toute poétique et c'est ce moment poétique que j'aurais aimé rendre, semblable à celui que la nature peut nous procurer parce qu'il est une nature de l'homme, changeante, naissante, croissante, mourante, comme toute nature qu'il lui est donné d'observer.

Le contrôle du moi


Le contrôle du moi par un autre moi, voilà ce qui manque à notre société et explique sa peur du moi. La meilleure police du moi c'est le moi. Mais s'il n'y a plus de moi j'entends d'être autre que l'Etat "policier" alors le moi ne rencontrant pas d'autre moi rien ne frêne l'expansion de son moi, car rien ne frêne l'expansion de son moi mieux qu'un autre moi.

Mieux parce que c'est par amour du moi que cela se fait mieux (l'amour étendue à l'amitié aussi qu'aux parents ou proches), que le moi s'arrange le mieux des autres moi arrangeant lui-même son propre moi au moi de l'autre, et ceci de façon presque inconsciente souvent et parfois volontaire: voulant ressembler à qui lui semble admirable dans son moi.

Que l'on ait voulu reporter son admiration ou regard vers les "grands moi" la Société, l'Etat, ou autres entités abstraites, parce que c'est à elles aussi que l'on demande le contrôle des moi, ne marche pas. Mais comment s'en étonner: pour le moi rien ne peut remplacer un autre moi, rien ne peut avoir sur lui l'autorité d'un autre moi à qui son moi reconnaitrait l'autorité sans qu'elle le lui soit imposée (de l'extérieur).

Comment qui est extérieur au moi peut avoir accès à l'intimité du moi s'il ne partage pas avec lui cette intimité, ne pouvant pas la partager parce que en étant totalement dépourvu. Pour atteindre le moi il faut atteindre l'intérieur du moi et cela il n'y a qu'un autre moi qui puisse le faire. Si cet autre moi vient à manquer au moi aucune police au monde ne pourra le retenir.

Le moi n'est pas en soi dangereux et ce n'est pas le moi qu'il faut combattre mais l'absence de moi pour le moi. Absence de moi auquel la société ne pourra pas palier par aucune mesures préventives ou punitives. La Société forte de son pouvoir, orgueilleuse, prétentieuse, "grand moi" avec ses institutions, autres "grands moi", pense pouvoir se passer du moi, des petits moi, oublieuse du fait que c'est eux qui font ou ne font pas société. 

jeudi 25 juin 2026

Le noyau dur


Le noyau dur c'est l'être quand le vivant que l'on voudrait c'est le bon vivant, le bon vivant est communément reçu comme celui qui fait la fête, le vivre ensemble serait une fête, faire la fête ensemble, et c'est ce que l'on voudrait pour le vivant; mais voilà l'être n'est pas le vivant et encore moins le bon vivant.

C'est qu'il s'en faut de beaucoup pour que la vie soit une fête pour l'être et c'est qu'elle n'est pas une fête de l'être mais le drame de l'être et d'ailleurs beaucoup disent s'oublier quand ils font la fête et ils oublient en effet ce qu'ils sont: des êtres, pour n'être plus que des vivants et qui dit mieux de bons vivants, et cela serait (pourquoi pas) bien si très vite ils ne reprenaient conscience de leur être.

Aussi que de leur finitude et chaque fin de fête est vécu comme une fin de vie, quand elle n'est que la fin pour le bon vivant, quand elle n'est que la dissipation dans les vapeurs de l'alcool du bon vivant d'où surgirait comme un mauvais génie l'être. On était ensemble et voilà qu'on se sépare. La promiscuité c'est le problème de l'être pas du vivant qui va avec le vivre ensemble pour "si peu" que vivre ensemble soit faire la fête ensemble.

Ils se trouve que l'on fait aussi la guerre ensemble et c'est toujours le bon vivant qui part la fleur au fusil parce que c'est toujours partir ensemble et vivre ensemble, tandis que l'être désespère du vivant capable du pire comme du meilleur et tout çà parce qu'il ne s'appartient pas ou plus quand il fait la fête comme quand il fait la guerre.

Un empêcheur de tourner en rond, voilà ce qu'il est l'être. On ne l'invitera pas au banquet des bons vivants. Et s'il y a la guerre il sera déserteur ou objecteur de conscience, c'est qu'il n'y a pas d'autre conscience que la conscience de l'être et que la conscience est toujours dérangeante; en quoi le bon vivant est toujours celui que tout arrange ou bien s'arrange de tout; en quoi (pour la sté) le noyau dur c'est l'être. 

Des êtres vivants


Je voudrais creuser cette distinction que je fais entre l'être et le vivant car je crois tenir là quelque chose, je n'ose dire un concept, puisque ces derniers sont l'apanage des éminents philosophes, qui peut m'amener à mieux comprendre le monde pour ne pas dire l'humanité car le monde où l'humanité qui s'emploierait à faire que l'on vive mieux ne pourrait comprendre que l'être lui résiste car il n'y aurait pour elle que le vivant.

Je fais tout pour le vivant, cet ingrat, et voilà comment il me le rend. Mais as tu humanité bien pensante pensé à l'être et à son bon développement aussi qu'à son bon rapport. Ton égalité ne vaut que pour les vivants, tous les vivants sont égaux pour ne pas dire semblables, mais les êtres sont fondamentalement différents et demandent a être traités comme tels, comme des êtres différents les uns des autres.

A quoi bon leur donner un nom et un prénom si c'est pour après les confondre et traiter par le nombre et apprendre à penser par le nombre et à penser le nombre plutôt qu'à penser par eux-mêmes et surtout à penser l'être dans sa radicale existence comme autre et sienne et indépendante or n'est-ce pas celle-ci qui est menacée et parce que menacée menaçante: l'échauffement du moi c'est, passez moi l'expression, qu'on veut le refroidir.

Mais je pensais surtout à l'être dans son rapport à l'être qui se détériorerait tandis que tout serait fait pour que le vivant vive de mieux en mieux et combien les appels au vivre ensemble resteraient vains et j'ose dire que c'est parce qu'on lui voudrait un traitement égalitaire alors que si ce mode de traitement correspondrait aux vivants il passerait complètement à côté de l'être, voire l'affecterait défavorablement.

Et c'est que l'être demanderait a être traité en tant qu'être et non pas en tant que vivant; aussi que ce rapport que l'on voudrait obliger et égalitaire entre les êtres ne tiendrait pas compte de la distinction fondamentale de l'être, voulant la gommer au nom du vivant, et c'est ne pas respecter l'être; aussi son sentiment grandissant d'insécurité.

Tout ce qu'on peut mettre entre un être et un être ce n'est pas pour le rapprocher mais pour le séparer, pour qu'il ne soit pas amené à se battre comme il est amené à se battre par un involontaire et égalitaire rapprochement. On le sait pourtant: il n'y a que l'amour qui peut les rapprocher et l'amour ça ne se commande pas, aussi ça ne dure pas toujours. On ne peut bafouer ainsi la nature, la nature de l'être.

Même si on s'appelle la société et au nom de la société décréter ce que doivent être les rapports entre les êtres pour autant qu'on les dit libres. Mais la connaissance de l'être par l'être fait mieux parce qu'elle commence par la connaissance des différences, de ce qui les sépare et qu'ils doivent respecter pour respecter l'être sans quoi ils peuvent craindre pour leur propre être.

Cette connaissance comme reconnaissance est naturel à l'être et pour autant il faut la lui laisser faire, que l'Etat ou la Société se dispense de la faire à leur place, au nom d'idéologies égalitaires ou pas mais du moment, sous risque de fausser la relation et de la rendre plus dangereuse encore, parce que moins naturelle et moins personnelle, d'être à être, parce qu'il n'y a que des êtres, des êtres vivants.

La marque de l'être


Cette distinction entre l'être et le vivant comme toute distinction théorique n'est pertinente que si elle nous aide à comprendre et ce qu'elle m'aide à comprendre c'est que l'être soit la pierre d'achoppement de l'humanitaire. Je ne suis pas l'humanitaire, je suis moi l'être, l'être c'est moi, ce moi si honnis.

Ce moi si honnis du vivant parce qu'il n'est pas que du vivant et ne peut se résumer à vivre, seulement vivre sans être, et son vouloir être peut l'emporter sur le vouloir être vivant qui lui est insuffisant, insuffisant à son être; mais l'humanité ne veut voir que du vivant, mais l'humanité veut et tend à réduire l'être à du vivant.

Qu'elle parquerait et à qui elle apporterait une aide alimentaire, pourvoirait à tous ces besoins qui sont les besoins du vivant mais l'être elle ne le comprend pas dans les deux sens du terme parce qu'elle ne peut pas le parquer ni ne s'en expliquer les besoins, l'être lui échappe, elle n'a d'écoute que pour le vivant.

Aussi la négation du moi par toute société ou civilisation, chrétienne ou païenne, n'est rien d'autre que la négation de l'être. Je ne suis pas l'humanité, je suis moi l'être, voilà ce qu'elle n'aime pas entendre. Et ce n'est pas que je m'oppose à l'humanité mais que je ne suis pas et ne serais jamais l'humanité avec laquelle on ne peut me confondre sans se méprendre sur moi l'être.

Et ma volonté est volonté d'être tandis que celle du vivant est volonté de vivre et persister dans mon être peut s'opposer à vivre, à persister à vivre si cette vie s'oppose à mon être dont toute la volonté est tendue a être et non pas à vivre sinon seulement au cas ou cette vie soit favorable à l'existence et au développement de mon être.

Aussi pas plus que l'on ne tolère le moi on ne tolère le suicide et c'est que l'on ne tolère que le vivant pas l'être qui se distingue, et c'est une distinction de l'homme mais que l'on ne lui veut pas voir porter, de la vie, quand l'être ne fait que faire avec et de sorte à pouvoir être, ce qui n'est pas seulement vivre mais imprimer à la vie sa marque, la marque de l'être.

mercredi 24 juin 2026

La guerre des moi


Qui est venu au monde n'a jamais connu que la guerre des moi, des petits moi mais aussi des grands moi, les grands moi seraient ledit peuple, ladite société, le dit Etat et autres entités qui nient aux petits moi l'existence, seulement, ces grands moi ont leurs représentants qui sont des petits moi.

Les petits moi pour commencer ne devraient pas dire moi, ce ne serait pas bien de dire moi, et l'on prêche aux petits moi l'altruisme, l'altruiste serait celui qui ne dit pas moi et ne pense pas moi mais dit l'autre et pense l'autre et l'autre ce  serait le peuple, l'Etat, la société, les grands moi où devraient se confondre comme dans le grand tout tous les petits moi.

Cela serait bon et bien et juste et altruiste si les grands moi avaient une existence réelle, autant dire si Dieu existait, quand ce ne sont qu'autant d'entités abstraites qui n'ayant pas d'existence réelle ont cependant leurs représentants sur terre qui sont autant de petits moi qui ne sont ni bons ni biens ni justes ni altruistes.

Et quand la guerre des moi que se livrent les petits moi se limitent à tuer le moi de l'autre, de l'autre petit moi; les petits moi qui sont à la tête des grands moi eux s'en prennent et tuent d'un coup tous les petits moi sans considération de leur petit moi mais en considération des grands moi dont ils se disent être les garants.

Et je dis moi que ce sont les plus fourbes des petits moi qui sous couverture des grands moi tuent tous les petits moi excepté leur petit moi qui lui veut être grand parce que là est la raison de la guerre des moi: tous les petits moi veulent être grands et reconnus par tous les petits moi comme des grands moi.

Ce qui justifie le massacre du moi où ne périssent que les petits moi, c'est que le petit moi est exécrable tandis que le grand moi seul serait légitime et altruiste et bon et bien et juste et nécessaire tandis que le petit moi lui serait illégitime et égoïste et mauvais et injuste et accessoire pour ne pas dire inutile et futile.

Tous les petits moi devraient se rendre aux grands moi qui auraient seul droit d'existence quand ceux là même, nous l'avons vu, n'auraient pas d'existence réelle s'ils n'étaient pas représentés par des petits moi qui comme tous les petits moi veulent devenir grands, mais qui à la différence de tous les autres petits moi le seraient eux devenus grands mais sous couvert des grands moi dissimuleraient leurs petits moi.

Aussi et parce que le moi est haïssable (il s'agit bien entendu du ou des petits moi) la volonté des grands moi (leurs représentants) de tuer tous les petits moi qui ne sont pas eux au nom du ou des grands moi qui seuls auraient droit d'existence, eux qui n'existent pas réellement sans quoi on s'en prendrait à eux qui ne pourraient être alors que les petits moi contre lesquels les grands moi sont en guerre.


mardi 23 juin 2026

L'être et le vivant (suite et fin)


Si je me reconnais dans tout ce que je fais c'est bien qu'il y a une identité de l'être que je suis, ce qui ne veut pas dire non plus que je m'estime également dans tout ce que je fais, mais je pourrais me suivre à la trace aussi loin que je remonte dans ma mémoire car il n'y a rien en elle qui ne me soit étranger malgré la grande diversité des faits qui constituent mon vécu.

Cependant si vivre c'est persévérer dans son être on peut se demander à quoi bon vivre quelques années de plus, à l'heure où j'écris les portugais marquent un cinquième but contre l'Ouzbékistan, n'ont t-ils pas encore compris que chaque but supplémentaire enlèverait de sa valeur au premier but marqué? ainsi en irait t-il de ma vie où chaque année n'étant qu'un bis repetita de l'année précédente n'y ajouterait rien.

Et beaucoup de ceux qui n'ont pas renoncé à la vie, et ils parlent des petits plaisirs de la vie, ont par contre renoncé à l'être sous prétexte de l'âge. Ne faudrait-il pas plutôt mettre l'être au-dessus de la vie, et dire que l'on n'a plus rien à attendre de la vie serait dire qu'on a toujours tout attendu de la vie et rien de l'être.

Or l'on ne peut renoncer à l'être sans renoncer à soi-même, et qu'il reste à cet être peu ou beaucoup d'années à vivre n'y change rien en cela qu'il attend tout de lui-même et rien de la vie, il fera avec comme il a toujours fait avec, et pour que cela profite à son être, le rende meilleur, car seul l'être est perfectible.

Ainsi il me plait de lire dans Les Essais de Michel de Montaigne au chapitre intitulé: Toutes les choses ont leur saison: "On peut continuer en tout temps l'étude, non la scolarité … S'il faut étudier, pratiquons une étude appropriée à l'état où nous sommes afin que nous puissions répondre comme celui à qui l'on demandait à quoi servait ces études dans sa décrépitude "A m'en aller meilleur et plus à mon aise, répondit-il."

L'être et le vivant


L'être et le vivant. Jamais je n'ai eu autant le sentiment de l'être quand voyant la figure d'un gisant dans une église tant elle me semblait à la fois certes faire référence au mort mais aussi à une existence illustre sinon à l'illustre existence de l'être. Enfin jamais l'être n'avait autant existé pour moi qu'il ne s'était autant distingué du vivant.

Et en y repensant je pense à l'être qui git en nous, déjà en nous vivant, et cela me renvoie à un youtubeur maitre d'échec julien Song pour ne pas le nommer qui parle du Julien foufou qui lui commanderait de faire ceci tandis que l'autre Julien l'appellerait à la prudence et je ne peux m'empêcher alors de penser que ce Julien foufou c'est le vivant.

Il y aurait alors entre nous ceux qui privilégieraient l'être quand d'autres privilégieraient le vivant et il serait de bon ton de dire que c'est le vivant qu'on aime et ce serait dire que les vivants aiment les vivants, aussi qu'il n'y aurait plus beaucoup d'être en nous sinon que du vivant et quand on parle de l'espèce vivante on parle de l'espèce animale.

Je crois pouvoir ainsi affirmer que cependant ce qui nous séparerait ou éloignerait de l'espèce animale ce ne serait pas le vivant mais l'être, qu'il y ait, si je puis m'exprimer ainsi, de l'être en nous, de l'être gisant en nous vivant ou pas encore mort comme me disait mon neveu: "t'es pas encore mort" et c'est à mon être qu'il s'adressait.

A qui s'adressera t-on quand il n'y aura plus d'êtres mais que des vivants. C'est pourquoi je n'irais pas dire que l'être c'est ce qui ne meurt jamais mais qu'au contraire il peut y avoir du vivant qui n'est plus d'être, aussi qu'on ne pourrait se représenter vivant et encore moins mort et si l'être serait le meilleur représentant du vivant l'être ne s'achète pas plus qu'il ne se vend.

Ce que chacun chérit en soi comme en l'autre c'est son être. Si ta femme est morte et que tu continus à l'aimer ne voit rien d'étonnant à cela car tu as aimé l'être et si tu as aimé l'être de son vivant ce n'est pas parce qu'il n'est plus vivant que tu n'aimeras plus l'être. Ce qui reste en nous, qui git en nous, c'est l'être et pas le vivant.

La marge

 

Ce que j'aimais dans les cahiers d'autrefois c'était cette large marge qu'il y avait à gauche quand on écrivait normalement (selon l'usage) à droite de cette marge, or cette marge n'existe plus dans la plupart des cahiers d'aujourd'hui, comment ne pas y voir un signe des temps. Il y aurait toujours des marginaux, des gens pour s'inscrire dans la marge mais plus de marge.

Certes, c'est un gain d'espace (public ou sociétal?) mais est-ce pour autant un gain de liberté? C'est un peu comme faire crédit ou ne plus faire crédit à ce qui s'inscrit en marge. Les notes ont aussi perdu de leur notoriété. C'est la page écrite ou la page vierge mais pas le gribouillis (ou ce qui ne fait plus que figure de gribouillis) dans la marge.

On s'inscrit toujours naturellement à droite mais il n'y a plus de gauche où s'inscrire même de façon gauche et maladroite car la référence à toujours été à droite mais jamais la marge. Notre positionnement à toujours été celui du corps ou à partir du corps, ne parle t-on pas aussi de corps électoral. Je ne crois pas que sur les bulletins de vote il y ait jamais eu une marge.

L'écolier non plus n'aurait plus droit à la marge. On ne l'a pas vu se rétrécir jusqu'à disparaitre mais disparaitre du jour au lendemain. Disparaitre les cahiers qu'en cela j'appelle les cahiers d'autrefois mais peut-être est-ce pousser le bouchon un peu loin que de dire comme les cahiers d'aujourd'hui sans marge est la société d'aujourd'hui une société sans marge.

Je ne suis pas à proprement parler un marginal mais je n'ai pas trouvé ma place dans la société, cela serait-il le fait qu'il n'y ait plus de marge, et cet ami qui me dit qu'on ne peut pas être en dehors de la société, qu'il y a la société et c'est tout, en dehors "la nada", et c'est là mon ami tout le mal existentiel: plus de marge.

Plus de marge c'est un peu comme plus de soupape de sécurité, cette petite valve de la cocotte minute qui tourne en sifflant a toujours attiré mes regards d'enfant et la clé de sol si je ne m'abuse en marge de la portée. Toute la musicalité de la société s'en trouverait perturbé. Les Grecs de l'Antiquité ne parlaient-ils pas d'harmonie et cet homme (Diogène) qui vivait dans un tonneau vivait-il toujours dans la société ou en marge?


NB

Quand Napoléon envahit l'Allemagne et s'approcha de Weimar Goethe dit à peu près ceci: "je voudrais être ailleurs mais il n'y a pas d'ailleurs." Mais il y avait un ailleurs pour Baudelaire: les nuages. Baudelaire dont l'âme voulait être "n'importe où! n'importe où! pourvu que ce soit hors du monde!" écrivait aussi! "J'aime les nuages! les nuages qui passent …  là-bas … là-bas … les merveilleux nuages!"

lundi 22 juin 2026

L'amour d'une mère


D'une mère qui n'a pas aimé ses enfants peut-on en déduire qu'elle n'a pas aimé le père de ses enfants? Si l'on pousse cette interrogation un peu plus loin on peut se demander comment une femme qui aurait été violé peut sentir envers sa progéniture un sentiment maternel, les aimer, quand elle n'aurait pas aimé mais été contrainte par l'homme avec qui elle les a eus?

C'est en voyant chez mon ami le portrait de ses parents et en lui demandant si sa mère avait été une bonne mère, ô que oui qu'il me répondit, et j'entendais par bonne mère une mère aimante et cela pouvait se référer autant au père qu'à leurs enfants, et c'est ce i qu'il manque à l'amante pour être aimante; qui fait qu'elle peut être une bonne amante mais pas une bonne mère.

Et cela ne peut être vrai que parce qu'il y a l'amour le mal nommé, l'amour qui peut se faire sans aimer, l'amour qui n'est pas celui de l'aimante mais de l'amante, l'amour sans amour tel qu'on l'entend parce que cet amour là est alors éloquence. On ne peut penser aux amoureux sans penser aux conversations d'amoureux mais il y a l'amour taiseux.

Ce même ami se plaignait à moi que sa femme était une taiseuse et cette même femme, sans doute dans un excès d'éloquence rompit un jour le silence pour lui dire qu'elle ne l'aimait plus, l'avait-elle jamais aimé? Avait-elle jamais été aimante ou seulement amante? Tout le monde ne serait-il pas capable d'amour et seulement la confusion que l'on fait entre aimante et amante le laisserait croire?

Cependant il est dans l'humeur du temps de mettre l'accent sur les amants comme seuls prétendants et détenteurs de l'amour, quand ce ne sont que les faux prétendants, les faux détenteurs de l'amour, mais les vrais baiseurs car il ne s'agit en effet que de distinguer entre eux, comme on distinguerait le bon grain de l'ivraie, les bons baiseurs des mauvais baiseurs, quand ils ne sont tous qu'amants mais pas forcément aimant.

Cela est si vrai que l'on ne trouve rien de plus éloquent quand on nous parle d'amour que de nous montrer des scènes de culs, que l'on retiendra mieux que ce qu'ils se seraient dit, c'est un amour de taiseux, c'est un amour sans amour, c'est un amour d'aimants à qui ils manquent le i, c'est un amour d'amants qui ne manque pas de sexe mais qui sait si de cœur. De cet amour il peut naitre un enfant mais pas une mère.

dimanche 21 juin 2026

Le courage


Quel est le courage d'un malade? Faible parce qu'il est faible. Quel est le courage d'un homme fort? Fort, parce qu'il est fort. Et cette force il peut la tenir de lui-même comme d'un enseignement qu'il a reçu. Un joueur d'échecs expérimenté dans l'art des échecs s'autorise contre le joueur novice à des entreprises plus courageuses et parce que plus courageuses plus hasardeuses qu'il ne s'autoriserait pas face à un joueur de sa force.

Je pourrais me flatter d'avoir eu le courage d'avoir sauvé un homme de la noyade si je pouvais affirmer que s'il s'était trouvé accroché à une paroi rocheuse comme il l'était à une bouée j'aurais eu le même courage; et je crois que c'est là qu'il aurait vraiment fallu que j'ai du courage parce que si je peux me dire bon nageur je ne serais qu'un piètre alpiniste souffrant du vertige (qui est peur du vide).

Je ne dirais pas qu'il ne m'a pas fallu du courage mais qu'au moment de la décision courageuse j'avais la force et la connaissance (en l'occurrence de la technique de sauvetage en mer) avec moi; aussi que le courage cela ne s'improvise pas: que toute notre éducation nous y porte cela est moins sûr sinon en ce qui en elle se rapporte aux Grecs et aux Romains.

Mais il n'en ait pas moins vrai qu'à partir du moment qu'elle nous apporte science et connaissance elle nous donne confiance de sorte que même si ce que saurions serait combattre avec une arme blanche et qu'on nous demanderait de combattre avec une arme à feu, le fait que nous sachions combattre avec la première et qu'avec la seconde il s'agirait toujours de combattre nous serions toujours courageux comme l'ont été les indigènes morts pour la France.

Maintenant que celui qui n'a jamais appris à se battre soit lâche au combat ne dit pas qu'il soit lâche mais qu'il n'ait jamais appris à se battre: encore une fois le courage ne s'improvise pas, c'est pas soit on est courageux soit on ne l'est pas. Et, si l'on ne saurait affirmer avec Simone de Beauvoir qu'on ne nait pas femme mais qu'on le devient, on saurait dire qu'on ne nait pas courageux mais qu'on le devient, ou pas.

samedi 20 juin 2026

La nature et l'homme


S'il y a un souvenir d'enfance qui fait honte à l'homme que je suis devenu c'est bien celui de s'être armé d'un bâton et plus que mon frère m'être acharné contre les vagues qui nous venaient dessus et ce n'est pas comme don Quichotte contre les moulins à vents qu'il prenait pour des géants mais comme un homme qui, cognant sa tête contre le mur, esquisse le geste de s'en prendre au mur.

Hormis le fait qu'il sait qu'il se ferait davantage mal en le frappant il sait que le mur est insensible et cela arrête son geste quand nous battîmes longtemps l'eau de nos bâtons. Cela sans doute aussi était devenu un jeu, ce que l'on appelle un jeu enfantin et qui passerait avec l'âge, mais je me demande si se battre contre tout ce qui est inhumain ou insensible ne relève pas de la même bêtise.

Et cette bêtise serait de croire que tout est aussi humain ou sensible que nous le sommes et il serait tout aussi ridicule de se battre contre des moulins à vent que de se battre contre l'élément naturel, ici en l'occurrence l'eau, mais ce peut être aussi contre la nature de l'homme, ce qui est vouloir le changer quand de tout temps l'homme a voulu changer l'homme.

Et ce serait comme vouloir battre les vagues pour qu'elles s'aplanissent et que l'on puisse nager en toute sécurité et avec bonheur. Ce serait aussi cesser de croire à cela que de cesser d'être un enfant quand il n'est pas sûr qu'en cela nous ayons cessés d'être des enfants. Avoir appris à nager par forte mer, à surmonter les grosses vagues ou à passer dessous est ce qui fait un bon nageur en mer.

Mais les grands nageurs, ceux qu'ont célèbrent, sont des nageurs de piscines. On peut voir là quelque chose de révélateur sur notre société comme dans l'expression si cher à ladite société: de ne pas faire de vagues. La nature est évitée ou abolie. L'homme dans ses aspérités, dans ses insurrections, est aussi évité ou abolit par la société (qui produit) des nageurs de piscines. 

Viendra t-il ce temps non pas ou l'on aura renoncé à changer la nature aussi que la nature de l'homme et l'acceptant chercher plutôt à la surmonter comme le bon nageur cherchent à surmonter les vagues ou à passer dessous quand elles déferlent sur lui et l'on sortira alors vraiment de l'enfance de l'humanité qui ne cesse de se battre et contre la nature tout court et contre la nature de l'homme.

vendredi 19 juin 2026

Une vie d'aventurier


Il est encore difficile d'imaginer aujourd'hui un monde sans frontières où l'homme serait partout chez lui. J'ai une cousine dont le fils est parti sans rien vivre en Australie. Une autre sa sœur partie aussi sans rien vivre en Indonésie. Patrick que j'ai bien connu me parlait de l'Afrique du Sud et de la Nouvelle Zélande où il aurait voulu rester. Il font tous pour moi figures d'aventuriers.

Et c'est que c'est encore une aventure que de partir de par le monde quand le monde n'a pas été unifié et encore moins pacifié. Je ne parle pas bien entendu de voyages touristiques et organisés où l'on veut tout voir et ne voit rien, c'est qu'il ne s'agit pas de voyager mais de vivre non plus que de découvrir mais encore une fois de vivre: la vie est la seule et grande aventure qui soit donnée à l'homme.

J'aime que ma cousine me parle de la vie de son fils en Australie et de sa sœur en Indonésie comme j'aimais que Patrick me parle de la Nouvelle Zélande où il aurait voulu terminer sa vie: je ne découvre pas un pays mais des vies, des vies d'aventuriers. Et ce que j'aime en eux c'est qu'ils n'aient pas renoncé au monde pour une parcelle de terrain dont ils seraient propriétaires.

Ils ne veulent pas s'approprier le monde, ils veulent seulement y vivre, mais le monde est plein de propriétaires comme il est plein de frontières. C'est pourquoi la leur, la leur de vie, est une aventure et en ce sens hasardeuse, courageuse, mais naturelle en ce sens qu'elle devrait être celle de l'homme, de l'homme libre, ce qu'il n'est pas, sur la planète terre cependant habitée par lui.

Ils n'ont pas découvert l'Amérique, mais qui a découvert l'Amérique? les espagnols où les indiens d'Amérique? Ils sont les indiens d'Amérique. Ils ont découvert une autre vie possible à l'homme, une vie plus libre et pour autant plus hasardeuse, plus courageuse, car il faut en payer le prix; non la liberté n'est pas gratuite.

Et ce n'est pas le prix d'un billet d'avion ni même d'un voyage organisé au rabais, c'est le prix d'une vie d'aventurier qui là où il vit paye de sa personne et à payer de sa personne je lis la définition sur google: se donner de la peine, s'impliquer, s'investir. Se dépenser pour autrui. Quelle belle définition qui se termine par cet altruisme: se dépenser pour autrui.

Toutes mes lectures pâlissent et moi même je pâlis devant ces aventuriers que sont ma cousine et le fils de mon autre cousine sa sœur, et Patrick qui fut mon ami. Ma cousine lisait beaucoup. Elle ne lit plus dit mon autre cousine sa sœur. Je parlais à Patrick de ces écrivains voyageurs qu'il n'avait pas lu quand il me sortit un carnet de notes sans notes mais billets d'avions ou de trains ou de notes (mais) d'hôtels.

jeudi 18 juin 2026

La rue


Tayeb a mis son petit chapeau, chaussé ses mocassins, et ainsi apprêté est sorti faire un tour qu'il a dit, mais Tayeb ne sort pas faire un tour comme moi je sors faire un tour et la rue n'est pas pour Tayeb ce qu'elle est pour moi. Il y a entre Tayeb et moi quelque chose qui s'est perdu et que je crois Tayeb est à chaque fois déçu de ne pas trouver, quoiqu'il ne saurait dire quoi.

C'est quand je revois mon frère sortir dans les rues de Motril, une petite ville agricole et industrieuse de la province de Granada en Espagne que je comprends mieux Tayeb. Mon frère avait une façon sans doute inconsciente de bomber le torse et il saluait à la ronde tout autant qu'il était salué. C'était sa sortie dans les rues de Motril sans but particulier ou autre que celui-là qui semblait le motiver.

Quand je sors et je sors moins, qui sait si pour cela, je n'envisage pas une seule seconde d'être reconnu ou de reconnaitre, je ne salue pas et je ne suis pas salué; il manque à ma promenade la société des autres, mais je ne la sollicite pas plus qu'elle ne me sollicite; je sors prendre l'air et l'expression rend bien ce rien que je sors prendre.

Ce rien cependant doit peser à Tayeb car je ne crois pas que Tayeb fasse l'effort (que je ne fais plus) de s'habiller pour rien. Mon frère m'avait fait part du plaisir qu'il avait à se promener ainsi dans les rues de Motril, c'est ce plaisir qui doit manquer aux sorties de Tayeb. Quant à moi j'ose dire que cela ne me manque pas, plus, que le contraire ne serait pas forcément pour me plaire.

La rue comme un lieu de sociabilité quand c'est la nature que je vais chercher quand je sors de chez moi, et je ne vois pas les rues animées sinon de solitaires comme moi. Il m'arrive cependant de saluer et que l'on réponde à mon salut; d'un côté comme de l'autre on est surpris, oserais-je dire agréablement surpris, ce n'est pas toujours le cas et l'on ne voudrait pas déranger.

J'ai vu mon frère s'arrêter dans les rues de Motril et discuter, Tayeb n'est pas encore rentré de sa sortie, peut-être a t-il trouvé avec qui discuter, mais la plupart du temps il dit qu'il n'a pas aimé le regard des gens et qu'il a même craché par terre. J'ai moi même regardé des gens qui ont ensuite crachés par terre: à croire qu'on ne sait plus saluer ni regarder sinon mal, de travers.

La rue comme un lieu d'insécurité aurait pris la place de la rue comme un lieu de sociabilité et si ce n'est pas une réalité ce serait tout du moins un sentiment partagé qui ferait qu'on se regarde mal, de travers, et qu'on ne se salue plus. A quoi bon le petit chapeau de Tayeb et le torse bombé de mon frère si la rue n'est plus ce qu'elle était.

mercredi 17 juin 2026

L'homme et la morale


La déclaration de JJ Rousseau: l'homme est naturellement bon, c'est la société qui le déprave, prêterait plutôt à rire aujourd'hui: que la société le déprave passe encore mais son naturellement bon nous semblerait naïf, crédule, déclaration de bons sentiments qu'on rejetterait autant qu'on pourrait rejeter une morale qu'on dirait elle aussi fausse et faite de bons sentiments (qui ne tiendraient pas la route).

Il n'empêche que s'il est une forme qui plait à l'œil, au corps et à ses sens, perçue par eux comme esthétique, comme étant le beau, pourquoi n'y aurait t-il pas une forme de la pensée qui plaise à l'esprit, vers laquelle l'esprit se sente naturellement attirée et que ce soit la morale. A qui l'honnêteté, le courage, ou autres qualités morales répugneraient t-elles? Est-il si difficile de les trouver en nous? De les trouver belles.

Que nous ne soyons pas beau peut être un fait établi mais que nous n'ayons pas une idée du beau, de cette forme du corps comme de l'esprit qu'il nous plait au point que nous la voulons nôtre est un fait que nous ne pourrions non plus trop contester sans contester notre nature et comment ne pourrions nous apprécier ce qui est en nous ou inversement comment pourrions nous apprécier ce qui n'est pas en nous?

Kant, un autre philosophe, disait avoir aimé le ciel au-dessus de moi et la morale en moi, pourrait t-on à ce titre parler de beauté intérieure comme de beauté extérieure, et si Kant disait encore qu'il ne fallait pas s'être encombré l'esprit de traités de morale pour la connaître parce que l'esprit en avait naturellement connaissance, ce n'est pas moi, l'homme, qui le contredirait sans me contredire.

Il n'y a que l'innocent qui peut être frappé par l'injustice. Aurions nous simplement perdu notre innocence? Une certaine fraîcheur d'esprit? Mais nous savons toujours aimer, apprécier, la fraîcheur d'esprit comme l'innocence. Et ce qui nous en écarte ce n'est pas notre nature mais l'homme est sans doute le seul animal qui puisse s'écarter de sa nature, qui puisse donc être immoral, pas beau, vilain.

Les vilains c'est comme cela que l'on appelait les serfs au moyen âge quand nous sommes tous les serfs ou esclaves de nos passions qui nous le reconnaissons fort aisément (comme nous reconnaissons le beau fort aisément) ne sont pas toujours belles et que nous ne connaissons pas à l'animal à qui nous ne reconnaissons que des besoins naturels. Et que nous nous soyons écartés ou éloignés de nos besoins naturels la preuve n'est plus à faire.

C'est un fait de civilisation, de société, en quoi on rejoindrait aisément aussi JJ Rousseau quand il dit que la société déprave l'homme. Il n'est pas étonnant non plus que nous voyons plus facilement le beau en l'homme que dans la société (cet artifice de l'homme) comme nous voyons plus facilement le beau dans la nature que dans l'art et que dans l'art comme dans la société il y aient des adorateurs de l'abject, de l'immonde, n'étonnera personne.

Thomas Hobbes, un autre philosophe, le premier (avant JP Sartre), a avoir déclaré que l'homme est un loup pour l'homme est pourtant le même qui a écrit le Léviathan ou le monstre c'est l'Etat. Mais si l'homme n'est pas un ange mais un loup pour l'homme, l'ange et non pas le loup est ce qui plait à l'homme de voir, qu'il donnerait comme beau à voir, peu importe que l'un existe et que l'autre n'existe pas.

Et ne peut t-on pas dire que tant que l'homme aura plus soif de morale que de sang c'est ce qui le distinguera de l'animal, du loup, que tant qu'il aura une idée du beau, de cette forme de l'esprit et pas que du corps qui lui plaira au point qu'il la voudra sienne et qu'en lui il pourra la trouver comme en la nature, on pourra dire que l'homme est moral et à l'occasion, cela va de soi, immoral.

mardi 16 juin 2026

Genèse d'un visage


On dirait que le vrai visage se dissimulerait avec le temps, s'épaissirait, se durcirait, comme une peinture faite de plusieurs couches, comme un peintre qui expose ses dernières croûtes on exposerait nos derniers visages qui ne sont plus de premières jeunesses.

Jamais je n'ai perdu de vue son premier visage, malgré l'âge, malgré la maladie, et tandis qu'on me disait, comme je sortais de mon portefeuille une photo qu'elle m'avait donnée pour que je l'ai partout avec moi, qu'enfin ce ne pouvait être elle je m'étonnais qu'on ne l'a reconnue pas.

Et si je n'ai pas eu la chance de connaître une personne plus jeune toujours je cherche à deviner sous ses traits alourdis ou creusés comme évidés par l'âge, sous le dernier comme sous un masque, le premier et originaire et authentique visage ouvert et non fermé, visible et non dissimulé.

C'est que je crois qu'il me parle plus mais ce n'est pas exactement ça, plutôt me parle de ce qui s'est perdu mais qu'on peut encore retrouver, mais ce n'est pas exactement ça non plus, il n'y a pas d'innocence retrouvée mais c'est qu'il n'y avait pas non plus d'innocence.

Ce que la fin me dit du début, ce n'est pas ainsi que l'on lit un livre et pas plus un visage. Ce que le début me dit de la fin et c'est comme si je recommençais ma lecture par le début instruit par la fin et le comprenait mieux. 

Comme si la vérité d'un être était dans toutes les formes qu'elle peut prendre non pas plus vérité mais explicite pour autant qu'on en eut connu le commencement comme un commencement de vérité; comme si elle eut besoin d'une histoire qui fut l'histoire d'un visage.

L'apparence serait trompeuse et d'autant plus trompeuse qu'elle serait flatteuse. Je crois au contraire qu'elle dit beaucoup et que l'on ne veut pas voir; mais qu'elle raconte aussi une histoire en prenant de l'âge et que pour y voir clair il faut alors en connaitre le début.

C'est vrai que j'aime les visages qui ont une histoire mais que j'aime aussi en connaitre la vérité et que cette histoire ne me dit pas forcément sa vérité si elle ne m'est pas aussi éclairée par la lumière de sa jeunesse ou genèse.


lundi 15 juin 2026

Me voilà adulte


Me voilà adulte, ce n'est que ça un adulte, et je comprends combien mes attentes en tant qu'enfant et vis à vis de l'adulte ne pouvait qu'être déçu et quand un enfant me regarde et que je vois dans ces yeux ce qu'il devait y avoir dans les miens je me dis pauvre enfant quand je pourrais tout aussi bien dire pauvre adulte, car c'est toute la misère humaine qui me saute aux yeux.

Je crois pourtant pouvoir dire qu'il n'attend rien ou qu'il attend tout de moi, comme on peut l'attendre d'un dieu. Mais l'on me rétorquera que ça c'était les enfants d'avant, que les enfants d'aujourd'hui n'en n'ont plus rien à faire des adultes. Mais la question peut nous être retournée: quand n'avons nous à faire nous des enfants à moins que ce ne soit nous qui réclamions maintenant leur reconnaissance.

Chacun rechercherait d'abord la reconnaissance de ses pairs: les adultes des adultes, les enfants des enfants, et cela serait plus vrai que jamais, la société irait vers ce type de reconnaissance tandis que l'autre ne concernerait pas tant la société que l'humain dans sa relation non pas sociale mais inter-individuelle. La relation sociale (de la société) prendrait le pas sur la relation humaine.

La misère humaine n'est que la misère de cette société, engendrée par cette société, en quoi elle ne répond pas à l'humain, en quoi elle ne répond pas à ses attentes; et paradoxalement c'est sur elle, la société, que se reportent toutes nos attentes aussi que ce besoin de reconnaissance. L'enfant est déprimé aussi que l'adulte est déprimé. Il sent bien que quelque chose lui manque où lui a été ôté mais il ne sait plus où le trouver.

La société lui dit bien où le trouver ce quelque chose et que ce quelque chose peut être aussi bien un portable, qu'un portable ça peut remplacer l'adulte, le maître, le professeur, le conseiller, voire le conseiller intime; en même temps on sait que ça ne remplace pas l'humain et on le remplace. Si la société est la société de la technique ou technologie il n'y a alors rien d'étonnant à ce que la machine ou l'objet tende à remplacer l'homme.

Ce qu'il y a de plus étonnant c'est que l'homme se laisse remplacer et l'on peut concevoir aisément qu'il ne se laisserait pas remplacer comme cela s'il n'y avait la société qui l'y poussait, qui le lui enjoignait vertement, et c'est aussi en lui ôtant la solution de rechange. Sil se retournait dans sa vie ce serait pour constater qu'il y ait de moins en moins accompagné mais on le distrait, le progrès technique le distrait et le fait regarder en avant, il ne se retourne pas.

Il ne se retourne pas sinon il constaterait qu'il est plus seul que jamais, qu'il n'a pas d'enfants dans les pattes, ça c'est pour l'adulte; qu'il n'y a pas d'adulte pour lui faire la leçon, ça c'est pour l'enfant; et ce n'est pas ce que l'un et l'autre veulent: qu'on les dérange. Ils veulent de moins en moins être dérangé parce que l'autre serait devenu de plus en plus dérangeant dans une société où l'humain n'aurait plus sa place.

L'humain aurait perdu de sa belle assurance: on se sentirait de plus en plus désarçonné enfant devant un adulte, adulte devant un enfant; le lien qui n'est pas un lien social mais humain aurait été coupé ou substitué par un autre qui serait celui aux choses; notre rapport aux choses nous donnerait une version simplifiée de la relation dont l'extraordinaire complexité chez l'humain nous rebuterait de plus en plus.