Je l'avais recherchée pendant plus de dix ans comme l'on peut rechercher une criminelle nazi et voilà qu'elle était apparue sur le moteur de recherche Google à Copains d'avant. Il y avait une photo d'elle qui se présentait comme veuve ayant fait ses études dans un collège d'Oran, elle disait aussi avoir trois enfants et six petits enfants.
Cette femme il fallait bien le reconnaitre c'était ma mère et il m'était difficile de croire qu'une personne si anodine et presque encore belle, elle donnait son âge 86 ans, pouvait être cette même femme qui m'avait fait tant de mal dans un passé qu'elle ne semblait pas porter sur elle au point que je me mis à douter de tout ce dont je l'accablais et m'empêchaient de la revoir.
A Copains d'avant elle avait donné son adresse, chose qu'elle s'était depuis plus de dix ans bien gardée de faire de sorte qu'on ne l'a retrouve pas. Si des personnes comme elles peuvent se perdre dans la nature, me disais-je, c'est que finalement elles se confondent bien dans la nature et cette nature est la nature humaine capable du pire comme du meilleur.
Comme j'endiguais le flot des souvenirs qui à sa vue remontaient à la surface et auxquels j'avais maintenant du mal à croire je ne voyais plus qu'une femme de son temps ne faisant pas son âge parce que ne voulant pas le faire et s'habillant si avec un peu de recherche beaucoup de simplicité, cherchant sans doute toujours un peu à plaire mais ici encore sans trop d'ostentation et aussi visiblement seule, sans homme.
C'est que je ne la voyais pas heureuse et que ne pouvant croire qu'elle fut accablé par son passé je lui voyais un présent sans homme quand les hommes avaient tout été pour elle, ses enfants n'étant encore que des enfants, ne figureraient cependant pas parmi les hommes de sa vie. Elle les présentait néanmoins comme on présente une carte d'identité pour être en règle avec la société dont feraient partie les Copains d'avant.
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