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jeudi 25 juillet 2019

Le corps

Nous nous en sommes éloignés comme nous nous sommes éloignés de la nature. Et je trouve qu'il y a quelque chose d'artificiel dans ce retour, pour ne pas dire prétendu retour à la nature comme dans ce prétendu retour au corps. Je vois deux idées qui s'opposent et à ces deux idées je m'oppose. La première dans le temps était que notre corps comme la nature était mauvaise et qu'il fallait la maîtriser sinon la dominer, voire l'éradiquer pour les plus absolus d'entre nous. Nos passions, nos pulsions, aussi dangereuses, aussi envahissantes que la nature si on la laisse faire. La seconde idée, plus actuelle, serait que notre corps comme la nature sont bons et qu'il faut au contraire leur donner libre cours, surtout pas d'entraves à cette liberté retrouvée. Et on passe de la voiture à la salle de sport. On se défoule un bon coup. Puis, à nouveau le corps (comme un corps mort) s'échoue sur le siège conducteur. Oscar, les mots d'Oscar sont durs: ils vont encore jeter toute leur merde. Eh oui, c'est comme ça qu'il le sentait Oscar et parlait du sport défoulement. Et j'ajouterai ma petite voix à celle d'Oscar. J'ai appris que la culture physique est un sport de citadins, de sédentaires à qui il faut redonner un peu d'activité physique. C'est à dire que dans leur vie coupée de la nature et pour autant de leur corps, si tant est que dans nos campagnes le corps soit encore mis à contribution, où il semble avoir perdu toute utilité on peut encore espérer les motiver pour des raisons de santé comme d'esthétique corporel; en un mot aider les gens à retrouver un corps, comme on peut les aider à retrouver la nature.

Le problème demeure cependant. Les gens descendent de leurs voitures pour se rendre à leur salle de gym, comme ils descendent de leurs voiture une fois arrivés à la montagne ou à la plage. A ce propos, combien de voitures ne vont pas chaque année s'enlisées sur le sable des plages. Notre civilisation est la civilisation de la voiture, pas du corps et de la nature. Et ce que l'on disait de la culture physique on pourrait le dire du sport en général. Oscar dirait: on décharge sa merde et on repart faire le plein. C'est en ce sens que je parle d'un moyen artificiel de faire rentrer la nature comme le corps dans notre vie. La nature comme le corps est une décharge, une poubelle, on y met tout, on y jette tout. Et la violence qui est dans notre société se retrouve aussi dans le sport, et je ne parle que de la pratique sportive. Combien brutalisent leurs corps. Dans le sport de compétition les objectifs que l'on se donnent sont d'ailleurs tous extérieurs au corps, mais pas à la société: rendement, efficacité, performance, et peu importe la durée de vie, le corps devient une marchandise vite obsolète. Mais le sport de compétition amène, me dira t-on, beaucoup de gens à faire du sport. C'est vrai, mais il faut voir comment ils le font, comme des sportifs de haut niveau: sans écouter leur corps, avec le même besoin, la même exigence, de performances, en regardant leurs chronomètres plus que les réactions de leur corps à ce qu'ils lui impose. Mais nos parents faisaient moins de sport. C'est vrai, mais ils prenaient peut-être un peu moins la voiture. J'en reviens à la voiture parce que nous sommes la civilisation de la voiture et que ce n'est pas avec la voiture que nous allons retourner à la nature et au corps; il ne suffit pas pour cela de s'arrêter en voiture au bord d'une plage ou d'une salle de sport. 

La première nature que l'on doit se coltiner, pardonnez-moi, avant d'aller plus loin, c'est son corps, et cela dès que l'on a un corps. Le dimanche il arrivait que l'on soit nombreux à table. C'était en Normandie et le déjeuner pouvait durer des heures. On ne quitte pas la table. Quand on est petit on est remuant, on bouge partout, on ne tient pas en place. On ne quitte pas la table. Voilà où commence la société et la domestication du corps. Et sa récompense le dessert pour ceux qui restent à table. C'est comme ça aussi que nos corps s'habituent à rester des heures assis sans bouger et à se défouler de leur frustration en mangeant: sur le dessert et sur tout ce qui est sucré. Cela ne parait rien mais c'est tout. Les habitudes sont prises. Nos habitudes sont mauvaises: pas la nature, pas notre corps. Je ne dis pas non plus que la nature soit bonne et qu'elle ne mérite pas comme notre corps qu'on le dresse, mais si on le dresse c'est à la vie qu'on doit le dresser, à le rendre plus fort, c'est-à-dire, plus apte à la vie. On quitta la Normandie pour la Nouvelle-Calédonie. En  Nouvelle-Calédonie il y a des requins, le lagon calédonien est infesté de requins et pas de ceux à qui ont donnent à manger dans la main, ils pourraient vous manger la main et pas que la main. En Nouvelle-Calédonie je ne connaissais pas encore Oscar, mais Avocat et avec lui la marche à pied. Les canaques marchaient beaucoup. Il n'y avait qu'une heure pour manger à la cantine de l'internat et je perdis l'habitude de rester longtemps assis à table pour contracter l'habitude de marcher, c'est une habitude qui ne me quittera plus. Mais je ne parle pas de moi, et en même temps je ne peux pas parler du corps des autres ni du corps comme d'une abstraction, je dois donc passer par le mien si je ne veux pas être un théoricien mais un praticien des corps. Je l'ai soumis au sport de compétition où il a souffert, quelques séquelles lui en sont restées, puis retour à la marche sur ses vieux jours. Jamais il ne s'est senti aussi bien. Je n'ai pas parlé non plus des requins au hasard. Des requins j'ai appris quelque chose que je ne suis pas prêt d'oublier, car je ne suis pas loin de penser que cela vaut aussi pour les humains. Que les requins mourraient s'ils s'arrêtaient de bouger et je les ai toujours vus en déplacement, mais on les aurait dit porter ou se laissant porter par l'eau. Il faut savoir que le requin est un animal préhistorique. On peut donc parler de longévité à travers les siècles. Ce n'est pas de faire deux heures de sport par jour, ni même de marcher un minimum (faire 10 000 pas par jour), se mettre une dose de sport; comme le drogué a besoin de sa drogue le corps aurait besoin de sport. Marcher à l'adrénaline plus qu'avec son corps. Les requins mourraient s'ils s'arrêtaient de bouger et je les ai toujours vus en déplacement, je ne peux pas en dire autant des humains. Mon corps en mouvement se délasse, sans doute à t-il appris cela des requins que bouger n'est pas fatiguant, bien au contraire (au contraire du sport), mais reposant.

jeudi 4 octobre 2018

Lettre d'un zoreil à un canaque

Salut Cimutru Joseph,

J'ai envie de parler avec toi mon ami, de réagir à chaud aux reportages qu'hier j'ai vu à la télé sur la Nouvelle Calédonie. D'abord pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple, sinon pour noyer le poisson. Voilà pour commencer une caricature et comme toutes les caricatures outrée, le trait trop appuyé et ne rendant pas bien les nuances. Tu mets d'un côté les pauvres et tu les peins en noir, tu mets de l'autre les riches et tu les peins en blanc. Tu mets d'un côté la Grande terre et les îles loyautés, tu mets de l'autre Nouméa la blanche, et tu as le problème de la Nouvelle Calédonie. Si les pauvres n'étaient que pauvres mais ils sont noirs, si les riches n'étaient que riches mais ils sont blancs. Alors cela fait un problème ethnique et créer du racisme, engendre la haine et la violence.

Le problème des banlieues en France est le même: il y a des ghettos pour arabes et noirs. Et ce n'est pas les politiques qui vont faire que cela change mais qu'il y a de plus en plus de blancs aussi qui sont les déshérités du système. D'où pour moi la solution en Nouvelle Calédonie c'est le métissage ou dit autrement le problème c'est que la population ne se mélange pas ou trop peu. Il ne faut pas qu'il y ait d'un côté les ... et de l'autre les ... il faut qu'il n'y ait plus de côté, que le centre soit partout.

Une seule vérité dans ces reportages c'est que la décision du 4 novembre n'est pas plus importante que le fait que la population de Nouvelle Calédonie apprenne à vivre ensemble, c'est-à-dire quelque soit le résultat des suffrages les calédoniens ne vivront mieux que quand ils auront appris à vivre ensemble. Le reportage montre des exemples (qui ne peuvent être que des exceptions pas une généralité) comme un jeune qui fait de la musique et va dans les tribus parler musique et instruments de musique (ça fait doucement rigoler mais c'est bien) et la SLN parce qu'il y a des ouvriers de toutes les ethnies qui y travaillent (ça fait doucement rigoler quand on sait comment la SLN est en train de polluer la Grande Terre et le lagon). 

Puis il y aurait le tourisme, la planche de salut à laquelle devrait se raccrocher la Nouvelle Calédonie parce que le nickel c'est plus comme avant (la crise du nickel). Il faut donc diversifier les activités. Mais le tourisme parlons en. Qui s'est enrichis avec le nickel? Qui va s'enrichir avec le tourisme? Ceux qui peuvent investir. C'est vrai cela va donner du travail à tous les autres. Le personnel de service. Mais combien il sera payé? Est-ce qu'il ne dormira pas dans des cités dortoirs juste pour aller gagner sa croûte, c'est-à-dire les miettes qu'on voudra bien lui laisser.

C'est pourquoi je peux comprendre la position fermée et intransigeante de certains autonomistes, de certains indépendantistes, car leurs traditions sont vouées à se perdre et ils ne seront pas ceux qui profitent d'un système qui n'est pas fait pour eux puisqu'ils n'ont aucun capital. Malheureusement, il n'y a pas le choix. Toi même Cimutru Joseph tu as choisi de prendre le train en marche et c'est celui de la civilisation blanche dans lequel je suis aussi, mais pas dans une voiture de première classe. 

Mais tu vivais mieux que moi en Nouvelle Calédonie. Et cela tu peux leur dire aux jeunes canaques. J'étais un blanc déraciné qui avait perdu sa famille et sa culture. Parce que les miens avaient déjà tout perdu pour le fric, en Nouvelle Calédonie ils doublaient leur salaire. Résultat mon père est mort  d'un cancer à 53 ans. Résultat tu as fait carrière dans la fonction publique. Tandis que moi en France (la mère patrie) je pointais au chômage. Dis leur cela: que l'argent ne fait pas le bonheur mais y contribue, comme on dit. Qu'ils acceptent le système sans se vendre au système, c'est-à-dire pour le fric, car résultat c'est eux qui seront perdants comme les miens (et tous les zoreils de Nouvelle Calédonie) ont été perdants. Toi tu avais ta famille et ton pays où tu te sentais bien, qu'ils continuent a avoir leur pays et leur famille où ils se sentent bien, c'est une force, une plus grande force que l'argent, dis leur cela mon ami.





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Felipe Lorente 
01-42-83-88-77 
http://www.felipelorente.blogspot.fr/

jeudi 16 août 2018

Des mots comme tromper qui nous trompent


De tous ceux qui pensent la langue : les linguistes et catéchistes en tout genre, pieux ou laïques, je me targue d'être le premier à vous en parler comme je vais vous en parler, c'est-à-dire pas en bien, car ils ne sont que louanges. Ils lui rendent leur tribut, moi je ne lui doit rien: ni émoluments, ni titres ronflants.

Cette langue vieillotte qui n'est bonne qu'à véhiculer des valeurs vieillottes c'est par elle qu'on pense. Il n'y aura d'homme nouveau et de pensée nouvelle que si l'on repense la langue. Pour qu'à son tour elle nous amène à penser différemment. Car elle n'est pas neutre. Car elle n'est pas indifférente à notre manière de penser. Mais peut-être notre manière de pensée a évoluée mais pas notre langue. Alors ça coince. Excusez ce ton peu professoral, je ne suis le professeur de personne, et je vais même parler de choses triviales, voire vulgaires, mais qui font la vie de l'homme ordinaire.

« Elle m'a trompé » dit l'homme que la femme a quitté pour un autre. Or on n'entend par tromper faire croire à quelqu'un quelque chose qui n'est pas vrai. Certes, elle a couché avec lui mais il n'était pas entendu qu'elle ne couche pas avec un autre que lui. Cette femme ne lui a rien laissé entendre ni croire (je parle de ce cas précis) elle a seulement couché avec lui, et voilà que, par ce qu'il apprend qu'elle a couché avec un autre, il dit : « Elle m'a trompé ». Excusez moi du peu, mais s'il avait couché avec une pute il ne dirait pas : elle m'a trompé parce que cette pute est allé couché avec un autre. Le paradoxe, le comble de la chose, c'est qu'il ira même jusqu'à dire de cette femme que c'est une pute, alors qu'à la pute il ne lui aurait rien dit et que c'est bien cela qui la distingue de la pute : à la pute il ne lui aurait pas dit : tu m'as trompé.

Il se croit avoir des droits sur cette femme qui n'est pas une pute, qu'il n'a même pas payé pour coucher, c'est à cela que je veux en venir, c'est à cette valeur sous entendue que véhicule la langue et c'est le mot tromper qui le trompe pas la femme ; le mot tromper qui lui fait croire qu'il a des droits sur cette femme, cette femme je le répète qui ne lui a cependant rien laissé entendre ni croire. C'est cette langue qui le trompe avec le mot tromper. Et ce n'est pas qu'il soit employer à tort, ce n'est pas que ce soit une incorrection que de l'employer ici. C'est qu'il n'est pas neutre. C'est qu'il n'est pas objectif. C'est qu'il véhicule des valeurs qui sont obsolètes, des droits que l'homme croit encore avoir sur la femme et qui ne doivent leur pérennité qu'à l'usage de mots comme celui de tromper, mais qui sont démentis par les relations actuelles qu'entretiennent les hommes et les femmes qui n'éprouvent comme ultime barrière que celle d'une langue vieillotte, propre à véhiculer des valeurs vieillottes.

Et je me targue de vous parlez comme jamais on ne vous a parlé au nom d'aucun catéchiste, je ne suis pas non plus féministe, seulement en butte avec une langue qui voudrait m'amener à penser comme il ne nous est plus donner de penser à nous les hommes ordinaires qui voulons avoir des relations ordinaires avec des femmes ordinaires. Bon, parlons maintenant du mot ordinaire et de ce qu'il véhicule. Ah, voilà que je prends un ton docte. Non, basta, c'est toute la langue qu'il faudrait passer au peigne fin, cette langue vieillotte qui véhicule des valeurs vieillottes. Aux spécialistes de le faire, aux istes en tout genre, aux laudateurs en tout genre. Non, n'attendez pas cela d'eux, ils ne diront jamais rien de mal : la langue est leur gagne-pain. C'est à l'homme ordinaire qui déjà par ces actes la bafoue, la transgresse, de trouver les mots correspondant à son mode de penser actuel et de ne pas rester prisonnier de mots véhiculant des valeurs vieillottes, l'enfermant dans une pensée vieillotte, des mots comme tromper qui nous trompent.



lundi 6 août 2018

L'insomniaque


Il se disait que s'il arrivait à se couvrir entièrement il s'endormirait. Mais il y avait toujours un bras ou une jambe qui dépassait. Il arrivait cependant à réduire son exposition : plus que la main ou le pied qui dépassait. Et quand il ne restait plus rien que la tête qui dépassait il essayait encore de la faire rentrer comme le ferait une tortue dans sa carapace. Mais il y avait toujours quelque chose de mou et de vulnérable dans sa carapace comme dans celle d'un crabe qui mue, toujours quelque chose d'exposé à l'air libre et vicié qui l'empêchait de s'endormir. Plus dur encore était de réduire son esprit au point de pouvoir le recouvrir entièrement ; son esprit qui avait froid de le mettre au chaud. C'était d'ailleurs toujours ces heures là qu'il choisissait pour prendre l'air, l'air libre et vicié de sa chambre, de n'importe quelle chambre où il se mettait à fumer. Car seule la fumée pouvait finir par tout recouvrir se disait t-il.

L'être unique


Tu n'es pas unique
Quand une femme quitte un homme pour un autre. C'est ce qu'elle lui dit sans lui dire.
Quand un homme quitte une femme pour une autre. C'est ce qu'il lui dit sans lui dire.
Tu n'es pas unique

Tu es unique
Quand une femme aime un homme. C'est ce qu'elle lui dit et pense avec le cœur.
Quand un homme aime une femme. C'est ce qu'il lui dit et pense avec le cœur.
Tu es unique

Conclusion :
C'est l'amour qui nous rend unique aux yeux de l'autre, mais la réalité est tout autre : on n'est pas unique.

C'est aussi difficile à accepter que de n'être pas aimer. D'ailleurs, si l'on accepte si difficilement de n'être pas ou plus aimer c'est très certainement parce que l'on accepte très difficilement de n'être pas ou plus pour l'autre unique.

En réalité, hormis les fils uniques qui eux s'imaginent l'être tout le temps et pour tout le monde, on se rend bien compte tous autant qu'on est qu'on n'est pas unique et ça nous fait mal. Et c'est pourquoi l'amour nous fait tant de bien et tant de mal, parce que tour à tour il nous dit sans nous le dire : tu n'es pas unique ; puis, avec le cœur, tu es unique.

Note additionnelle :
avoir un enfant pour être l'unique père ou mère ; avoir un chien pour être l'unique maître ; être le premier pour être l'être unique ...

dimanche 24 juin 2018

Le bonheur


Il trouvait le bonheur égoïste et encore ce n'était pas tout. Parfois, souvent, il le trouvait aussi vaniteux, égoïste et vaniteux. C'était quand il se promenait sur les bords de Marne et voyait toutes ces belles villas. Tous les regards se tournaient vers elles. C'était sûrement, se disait t-il, le but escompté. Il n'était pas suffisant (et le terme semblait ici convenir) d'être heureux il fallait encore le montrer, se montrer plus que suffisant. Mais pourquoi pas, ils l'avaient mérité et ils l'avaient eu leur bonheur égoïste et vaniteux. Lui qui disait ne pas en vouloir de ce bonheur égoïste et vaniteux pourquoi leur envierait t-il ?

Et il ne leur enviait pas ce bonheur égoïste et vaniteux pour une simple et bonne raison. Une observation qu'il s'était faite en les voyant heureux. Qu'il les voyait heureux c'était déjà beaucoup dire. Disons alors seulement : quand il les voyait afficher leur bonheur ; et c'était qu'en plus d'égoïste et de vaniteux ce bonheur les enfermait ou, dit autrement, qu'ils s'enfermaient dans ce bonheur égoïste et vaniteux. Et cela il ne le pensait pas seulement pour les villas des bords de Marne mais pour les couples des bords de Marne. Combien de ces couples ne s'enfermaient t-ils pas dans leur couple, de peur, sans doute, qu'on vienne leur ravir, leur bonheur de couple.

Ah! la fidélité. Mais qui aujourd'hui peut bien prétendre fidéliser votre capital, excepté une publicité mensongère ? quel est le contrat qui présente une telle garantie ? C'est un acte de foi, autrement dit, une confiance aveugle. Quand on est amoureux on est aveugle, c'est connu, mais après. Et bien après, on voit à nouveau les autres, ils réapparaissent, et si le couple feint de ne pas les voir, si le couple s'enferme trop longtemps dans son bonheur de couple, il commence à sentir le renfermé son bonheur de couple. Beaucoup alors croit avoir trouvé la solution : avoir un enfant. C'est un appel d'air. C'est indéniable. Et le couple peut respirer encore un peu. Mais il ne faut pas croire non plus qu'à chaque enfant on crée un nouvel appel d'air ; en fait, cela marche de moins en moins.

Ce bonheur des villas des bords de Marne, ce bonheur des couples des bords de Marne, se tenant par la main, ou tenant leurs enfants par la main, personne ne l'aurait refusé si on le lui avait proposé, si la vie le lui avait proposé ; s'il lui avait été donné de le vivre. Non ! personne au monde ne l'aurait refusé. A croire qu'il n'y en avait pas d'autre. En fait, loin de toute définition philosophique, ces villas des bords de Marne, ces couples des bords de Marne se tenant par la main, ou tenant leurs enfants par la main, représentaient aux yeux de tout le monde le bonheur. Alors, il lui fallait être bien malheureux, ou bien bête, pour dire qu'il n'en voulait pas lui de ce bonheur là, égoïste, vaniteux, et qui sentait le renfermé.

Note de l'auteur: sentir le renfermé n'est peut-être qu'un doux euphémisme pour ne pas dire puer l'hypocrisie.





lundi 21 mai 2018

Ne rien faire

Partons du principe, contrairement aux idées reçues, que le plus dur c'est de ne rien faire. Il y aurait donc ceux qui font des bonnes choses et ceux qui font des conneries. Admettons que faire des bonnes choses, sans être aussi dur que de ne rien faire, est plus dur que de faire des conneries. On peut donc considérer  -hormis le fait qu'il y ait plus de gens qui fassent des conneries que de gens qui fassent de bonnes choses-  que ceux qui arrêteraient de faire des bonnes choses commenceraient à faire des conneries. Quant à ceux qui arrêteraient de faire des conneries ce ne serait pas pour rien faire sinon pour faire de bonnes choses. On comprend mieux maintenant pourquoi il est plus rare que l'on arrête de faire des conneries pour faire des bonnes choses que d'arrêter de faire des bonnes choses pour commencer à faire des conneries. En tout cas, pour les uns comme pour les autres, pour ceux qui font des conneries comme pour ceux qui font de bonnes choses, le plus dur reste à faire qui est de ne rien faire. C'est la seule façon, j'ajouterai, pour les uns comme pour les autres d'être sûrs de ne jamais faire de conneries; car, si faire des conneries comme faire des bonnes choses est tout à fait relatif, ne rien faire est un absolu.

mercredi 28 mars 2018

Le bon Samaritain


Celui qui sauve la vie d'un homme doit se dire qu'il sauve la vie d'un animal nuisible et que s'il pense faire le bien, en sauvant la vie de cet homme il fait le bien et le mal. Qu'il y a eu plus d'un bon Samaritain et que l'humanité n'en a pas été sauvé pour autant.

S'il est trompé c'est qu'il s'est trompé sur l'homme. Non ! Il se peut que l'homme qu'il sauve soit bon. On dit d'un homme qu'il est bon quand il est bon pour sa famille, pour les siens. Et je connais beaucoup d'hommes bons. Et l'humanité a connu beaucoup d'hommes bons qui ont commis des atrocités.

Ce qui le trompe encore c'est de penser : j'ai permis à cet homme de se loger, de se nourrir, enfin de vivre ; comme si la vie d'un homme se limitait à manger et dormir quand il lui faut encore nuire, c'est un animal nuisible.

Il faut encore s'entendre sur la définition d'un animal nuisible car celle-ci est éminemment suggestive et arbitraire, sûrement autant que celle de l'homme bon. Car celui qui sauve la vie d'un homme pense sauver la vie d'un homme bon, pas d'un animal nuisible. Car de là où il se place c'est comme çà qu'il lui apparaît : bon et pas nuisible.

De là où il se place mais pas de partout parce que l'homme n'est pas partout le même, ou plutôt, il est partout le même, mais selon où l'on se place on le voit de façon différente et c'est cela qui trompe notre bon Samaritain qui pense sauver un homme bon et pas un animal nuisible quand il sauve les deux en un ; quand il pense faire le bien et fait le bien et le mal.


samedi 24 mars 2018

La fausse humilité


J'en ai marre de les entendre dire qu'ils ne savent rien ceux qui veulent tout nous apprendre, même à penser. Moi je dis que je sais tout et que ce qu'on nous apprend, quand on nous l'apprend, c'est déjà trop tard, comme quand la police apprend qu'il y a eu un crime quelque part.

mardi 6 février 2018

Pourquoi tu lis les poètes

Parce que les poètes ne t'apprennent pas à penser comme les bêtes, les bêtes qui pensent comme le troupeau.

Parce que les poètes ne sont pas pluriel et que tu es singulier.

Parce que pour toi la recherche de l'unité ne passe pas par celle de la quantité.

Parce que les masses ont fini par régner et c'est le règne de la vulgarité.

Parce qu'il n'y a pas plus aujourd'hui de marquise de Sévigné que de Mathurin Régnier.

Parce que tu n'as pas à aimer ce que tu n'aimes pas: là où périt ta volonté la vie te souris.

Parce que les romans te font dépérir et avec la poésie tu survis.

Parce que le poète ne fait pas figure de poète.

Parce que la figure du poète se perd dans le vers.

Parce que le poète ne lève son vers à la santé de personne.

Parce que la vie est une fête pour tous ceux pour qui le poète est un trouble fête.

Parce que la poésie est ta fortune et ton infortune.

Parce que la vie n'a pas la peau lisse et régulière mais ta peau de poète pleine de porosités et de grains de beauté.

jeudi 1 février 2018

Croire ou ne pas croire


Croire ou ne pas croire ? telle est la question. Si je devais me la poser je ne me la poserais pas en ces termes disjonctifs :

Est-t-il plus beau de croire que de s'interroger ou de s'interroger que de croire ?

Au commencement il y a Dieu ou au commencement la question de Dieu est posée ?

Ceux qui croient ont t-ils cessé de s'interroger ou ceux qui s'interrogent ont t-ils cessé de se poser la question de Dieu ?

Ce ne sont que des histoires qu'on se raconte. Qui croit encore aux histoires ? Ou n'est-ce qu'une réponse à l'éternelle question que tout le monde se pose : qui est au commencement ?

Et tous ceux qui se posent des questions ne font t-ils pas à chaque fois qu'ils y répondent que de se raconter des histoires ?

Et pourquoi trouver des réponses ou se raconter des histoires fermerait t-il la porte à chercher d'autres réponses ou à se raconter d'autres histoires ?

Mais malheureusement les gens ne croient plus et, étrange coïncidence, les gens ne se posent plus de questions. Croire ou ne pas croire, telle est la question que l'on se pose avec j'expire, pas avant, malheureusement.

mardi 23 janvier 2018

La supercherie du temps

Pourquoi serais-je attaché à mon passé? Mon passé. Quel passé? Mon passé ne fut que simple lutte contre le présent. Ce que je continue à faire à présent, à me battre. L'éternel présent. Je ne connais pas d'autre temps, pas d'autre combat.

Travailler à son avenir. Laissez-moi rire. S'il fait le lit du présent jamais nous n'y pourrons dormir. Et tandis que je me bats déjà j'en défais les draps.

La vérité. L'éternelle vérité. C'est l'homme qui n'a jamais cessé d'aimer et de souffrir d'aimer. L'éternité d'amour. Le paradis. L'enfer. Mais nous ne pouvons vivre que dans l'instant, que dans les flammes. Jouissances et brûlures de l'âme.

mercredi 10 janvier 2018

Etre quelqu'un

Il faut cesser de vouloir être quelqu'un
parce que là où tu vois quelqu'un 
il n'y a personne et quelqu'un 
qui le représente car tout est représentation
parce que là où tu vois quelqu'un
debout il y a quelqu'un à genoux
qui a force de prières est devenu quelqu'un
c'est-à-dire personne et quelqu'un
qui le représente car tout est représentation

lundi 18 décembre 2017

Le merle moqueur

Je sais maintenant (trop tard) que le dépouillement
N'est pas (trop facile) d'ôter ses vêtements
Je sais maintenant (trop tard) que le dénuement
N'est pas (trop facile) de se montrer tout nu
(Trop souvent) (trop longtemps) confondu
Tout ce que je pouvais enlever à ce que j'étais
Tout ce que je pouvais enlever sans vraiment me toucher
Et je restais intact à l'épreuve des balles
Et des intempéries qui pleuvaient égal
A moi-même sous la pluie qu'au soleil
Comme un oiseau qui casse sa graine
Un merle chanteur volatile était mon air
Quand au coeur inchangé était la cible
Comme le serin hors de toute atteinte
Aussi beaucoup qui croyaient me toucher
N'ont entendus qu'une corneille croasser
Et en me volant dans les plumes
N'ont vu que des plumes voler
Tandis que je riais sous leur nez
Et qu'en moi riait celui qui était né
(merle moqueur) pour se moquer
De tout ce que l'on croyait être lui et qui luisait
Tandis que, terne effacé, il gisait
A des profondeurs insoupçonnées
Où parfois je l'y retrouvais
Comme je l'y avais laissé

samedi 9 décembre 2017

Deuil national

Tu as appris la mort de Johnny Halliday
Et de Jean d'Ormesson l'immortel aie !
Toi qui vis seul juché sur ton rocher
Et entends battre les flots à tes pieds
Mais n'es pas mouillé
La France endeuillée
Tu n'as pas verser une larme
Comme tu peux être infâme
Tu dis qu'on ne saura plus rien du tout d'Ormesson
Quand de Johnny l'on chantera encore les chansons
Est-ce que tu es plus Johnny que d'Ormesson ?
Est-ce que tu es plus d'Ormesson que Johnny ?
Toutes ces questions sans appel ni réponses
En toi qui au tribunal de la société seras jugé
Pour n'avoir pas assez aimé pleuré condamné
A être seul désolé exilé sur ton rocher juché
Et des êtres qui te sont chers éloignés
Où seront malades à mourir à soigner
Et toi docteur de ton cœur
Ne veux pas qu'ils meurent
Quand rentré en toi comme un hérisson
Tu évites les routes cherches les buissons
Toi qui mourras écrasé par la société
De Johnny Halliday et Jean d'Ormesson aie !

lundi 4 décembre 2017

C'était mieux avant

Michel Serres, mon adversaire a posé sur la table ton livre : C'était mieux avant. Il a eu juste le temps de m'en parler un peu avant de commencer la partie d'échecs. Et je n'ai pas eu le temps de lui répondre, c'est-à-dire de te répondre à toi Michel Serres. Il faut savoir silence garder pendant une partie d'échecs et peut-être aussi dans la vie. Mais je vais enfreindre cette loi. Je l'ai toujours enfreinte et pris plein la gueule. Mais toi Michel Serres tu te permets ce coup de gueule. C'est ce que m'a dit mon adversaire avant de jouer : que c'était un coup de gueule contre tous ceux qui disent et pensent : c'était mieux avant.

Michel Serres, grand universitaire, sait que l'âge d'or est un mythe et je m'en réjouis. Mon adversaire né en 1949 grâce à toi Michel Serres ne tombera pas dans la nostalgie, dans le c'était mieux avant, en tout cas plus si facilement, et je m'en réjouis. Mais, nonobstant, comme disent les Suisses, j'aurais moi qui ne t'ai pas lu quelque chose à te dire.

Michel Serres, ne m'en veux pas de ne t'avoir pas lu, et dit plutôt heureusement que je ne t'ai pas lu, sinon, comme mon adversaire, je serais tombé dans les mailles du filet, du filet de ta pensée. Souvent Michel Serres je suis passé entre les mailles du filet et je m'en réjouis. A défaut de tous ceux qui ont grossi, prospéré entre les mailles du filet. A défaut de tous ceux qui ont crû et continueront à croître entre les mailles du filet, j'ai échappé à l'emprise de ta pensée et de celle de tous ceux qui de leurs mains agiles ont cousu avec beaucoup d'esprit et de technique avérée, les filets de la pensée où d'autres vivent enserrés.

Michel Serres, nonobstant, comme disent les Suisses, à toi et les tiens je dois la vie, sinon au lieu de parler je serais mort étouffé (quoiqu'il m'étonnerait beaucoup que mes paroles me survivent et ne meurent pas étouffées) mais toi et les tiens Michel Serres n'ont pas trop serré les mailles du filet laissant ainsi échapper ceux qui ne seront pas pris, prisonnier de la pensée d'autrui, et je m'en réjouis. Mais nonobstant, comme disent les Suisses, j'aurais moi qui ne t'ai pas lu (et heureusement que je ne t'ai pas lu) quelque chose à te dire.

Michel Serres, ce n'est pas que tu sois mon adversaire, et mon adversaire était un brave homme, comme tu dois l'être certainement, et pour cela même certainement il te lisait. Comprends moi, Michel Serres, je me suis trop souvent pris dans les filets et c'est aux filets que j'en veux. C'est que je suis un bien petit poisson mais il m'arrive quand même et encore de me prendre dans les filets. Comprends moi, Michel Serres, je ne veux plus me faire prendre dans les filets, quelque soit le filet, quelque soit la main, pleine d'esprit et de finesse et de délicatesse, qui l'a cousu, même si c'est la tienne Michel Serres.

Michel Serres, c'était mieux avant. C'était mieux avant quand les ménagères n'avaient pas de machine à laver et pouvaient discuter entre elles au lavoir et qu'on pouvait les y voir. C'était mieux avant, quand j'allais à la piscine et que j'étais presque le seul au milieu du bassin, comme un poisson dans l'eau, je nageais libre de m'ébattre comme je voulais. C'était mieux avant qu'il n'y ait de répondeur, quand on avait un interlocuteur sur qui crier notre mécontentement, C'était mieux avant quand le médecin, quand l'infirmière prenaient le temps d'échanger avec le malade, et l'aide soignant de lui donner à manger. C'était mieux avant quand il y avait plus d'oxygène partout et que l'on respirait mieux partout. Et j'en passe. Et j'en passe. C'était mieux avant, Michel Serres.


Michel Serres, c'était mieux avant. Et je te laisse maintenant tirer les nombreux exemples de ton vécu certainement plus vécu que le mien. Michel Serres, c'était mieux avant. Et je te laisse maintenant tirer les nombreux exemples qui viennent à ton esprit, un esprit plus riche et plus vaste que le mien. Mais oublies l'université, mais oublies les mailles du filet. Michel Serres, c'était mieux avant.

dimanche 19 novembre 2017

J'existe (3)

J'existe, j'existe, j'existe, j'existe, j'existe, j'existe …
J'entends, j'entends, j'entends, j'entends, j'entends...
Mais dites plutôt : qu'est-ce qui cherche à exister en moi
C'est faible, ça bouge à peine, ça ne braille jamais
J'existe, j'existe, j'existe, j'existe, j'existe, j'existe …
Comme si ça avait peur d'exister
Comme si votre existence lui faisait peur
Par sa fausseté
Par sa dureté
Quand c'est peut-être elle
Qui promène son regard
Qui cherche votre voix
Qui cherche quand vous avez trouvé
Qui trouve quand vous ne cherchez plus
J'existe, j'existe, j'existe, j'existe, j'existe, j'existe …
J'entends, j'entends, j'entends, j'entends, j'entends …
L'existence sans mitaines
Pour le froid de l'existence
C'est faible, ça bouge à peine, ça meurt de froid
Mais dites plutôt : qu'est-ce qui cherche a exister en moi
Qu'est-ce qui a chaud
Qu'est-ce qui a froid
Le mur des lamentations c'est vous
Entendez-vous sonnez les trompettes de Jéricho
C'est vous le mur
C'est vous les lamentations
Mais une fois tombé le mur
Mais une fois tombé les larmes
C'est faible, ça bouge à peine, ça meurt de faim, ça meurt de soif
Prenez-la à bras le corps
Sauveteurs de votre vie en péril de mort
Faites lui s'il le faut le bouche à bouche
('Il n'y a pas de respiration artificielle)
Puis ranimez-la
Puis aimez-la

L'eau courante

Il disait on est comme l'eau. Puis, souriant, s'empressait d'ajouter, comme l'eau courante. Mais ne pensez pas contenu. Pensez contenant. On peut être casserole. On peut être poêle. On peut être tasse. On peut être verre. On peut être seau. Tout dépend du contenant. Ne pensez pas contenu, insistait t-il, toujours souriant. On peut être. Il avait été: flic, enseignant, manutentionnaire, poète, joueur d'échecs, culturiste… Quand on dit encore: celui là c'est un enseignant ou celui là c'est un flic. Quand on est comme l'eau. Comme l'eau courante, s'empressait t-il d'ajouter, toujours souriant. Comme l'eau courante qui ne court pas toujours, ajouta t-il enfin, mais il ne souriait plus.

vendredi 10 novembre 2017

Le médecin des âmes

Si je m'approche au chevet de quelqu'un à qui il reste encore un peu d'âme et que je lui dis que je peux la sauver il va me rire au nez, dit le médecin des âmes. 
C'est que personne n'a cure de son âme. Il faut avoir un peu de religion.
Non, rétorque t-il, que la religion fait illusion. Et fait taire ce qui parle en nous. Prière est toujours prière de se taire. Elle est si faible cette voix. Si prête à s'éteindre cette flamme. Quand il faudrait faire feu de tout bois qui se trouve à portée de main, de voix, pour l'alimenter, pour nous consumer, pour partir en fumée, pour partir en âme damnée.
Quand pour le corps il y a de médecins pléthore pour l'âme je n'en connais aucun. Et qu'il me dise d'abord ce qu'il entend par là.

Qu'est-ce qui est au coeur du coeur du sujet sans complément?
Qu'est-ce qui est plus viscère que les viscères?
Qu'est-ce qui est plus identité que l'identité?
Qu'est-ce qui est plus personnel que la personne elle-même?
Sinon cette mine anti-personnel qu'est l'âme
Je la cherche, je la détecte, je la dépucelle l'innocente
Je lui fait prendre conscience à l'ignorante
D'une chose importante: la vie

Mais vois tous ces regards vides sont comme autant de puits sans eau où plus aucunes étoiles ne scintillent et le médecin des âmes n'est plus qu'un âne qui ahane et s'épuise autour de la noria. Il ne remonte plus aucune âme.

vendredi 13 octobre 2017

Réflexions sur l'âme

Elle a besoin de respirer. Et cet air qu'elle respire est sonore. C'est un air de musique. Il la bouleverse. C'est par les oreilles que l'âme respire. Il n'y a pas d'autre musique que musique de l'âme. Dis moi quelle musique tu écoutes et je te dirais quelle âme tu as. L'âme n'est pas forcément religieuse. Elle est sûrement mélomane. C'est par les oreilles qu'on y accède le plus directement. Aujourd'hui où tout passe par les yeux, où on ne pourrait pas vivre sans ses yeux, pense t-on. C'est par les oreilles que l'âme respire, pourtant. J'oublierais le ravissement de l'âme par un beau coucher de soleil où une aurore boréale. Non, je ne l'oublie pas. Mais je n'oublie pas non plus que ce visage que j'aime n'est pas celui que je vois mais celui que je revois avec, excusez-moi, ce que je suis obligé d'appeler les yeux de l'âme, des yeux qui ne voient pas mais qui revoient.

L'expression ne dit pas tout. L'expression orale. L'expression écrite. Mais que dites-vous de l'expression d'un regard. Il vous touche sans vous touchez. C'est par les yeux que l'âme passe. Elle nous traverse. Les parois du corps ne font pas obstacle à tout ça. Et nos sens endormis deviennent sens de l'éveil à une réalité qui nous dépasse, à une réalité qui n'est pas bien réel, à l'âme. Donnez lui un autre nom si cela vous chante, si cela a pour vous des relents de religion. Alors elle est peut-être diapason qui vibre à l'unisson. Le troisième œil. Ou l'Indicible. L'indicible ça vous dit quelque chose, hein! à chaque fois que vous n'arrivez pas à exprimer ce que vous ressentez tellement c'est fort.