Nous nous en sommes éloignés comme nous nous sommes éloignés de la nature. Et je trouve qu'il y a quelque chose d'artificiel dans ce retour, pour ne pas dire prétendu retour à la nature comme dans ce prétendu retour au corps. Je vois deux idées qui s'opposent et à ces deux idées je m'oppose. La première dans le temps était que notre corps comme la nature était mauvaise et qu'il fallait la maîtriser sinon la dominer, voire l'éradiquer pour les plus absolus d'entre nous. Nos passions, nos pulsions, aussi dangereuses, aussi envahissantes que la nature si on la laisse faire. La seconde idée, plus actuelle, serait que notre corps comme la nature sont bons et qu'il faut au contraire leur donner libre cours, surtout pas d'entraves à cette liberté retrouvée. Et on passe de la voiture à la salle de sport. On se défoule un bon coup. Puis, à nouveau le corps (comme un corps mort) s'échoue sur le siège conducteur. Oscar, les mots d'Oscar sont durs: ils vont encore jeter toute leur merde. Eh oui, c'est comme ça qu'il le sentait Oscar et parlait du sport défoulement. Et j'ajouterai ma petite voix à celle d'Oscar. J'ai appris que la culture physique est un sport de citadins, de sédentaires à qui il faut redonner un peu d'activité physique. C'est à dire que dans leur vie coupée de la nature et pour autant de leur corps, si tant est que dans nos campagnes le corps soit encore mis à contribution, où il semble avoir perdu toute utilité on peut encore espérer les motiver pour des raisons de santé comme d'esthétique corporel; en un mot aider les gens à retrouver un corps, comme on peut les aider à retrouver la nature.
Le problème demeure cependant. Les gens descendent de leurs voitures pour se rendre à leur salle de gym, comme ils descendent de leurs voiture une fois arrivés à la montagne ou à la plage. A ce propos, combien de voitures ne vont pas chaque année s'enlisées sur le sable des plages. Notre civilisation est la civilisation de la voiture, pas du corps et de la nature. Et ce que l'on disait de la culture physique on pourrait le dire du sport en général. Oscar dirait: on décharge sa merde et on repart faire le plein. C'est en ce sens que je parle d'un moyen artificiel de faire rentrer la nature comme le corps dans notre vie. La nature comme le corps est une décharge, une poubelle, on y met tout, on y jette tout. Et la violence qui est dans notre société se retrouve aussi dans le sport, et je ne parle que de la pratique sportive. Combien brutalisent leurs corps. Dans le sport de compétition les objectifs que l'on se donnent sont d'ailleurs tous extérieurs au corps, mais pas à la société: rendement, efficacité, performance, et peu importe la durée de vie, le corps devient une marchandise vite obsolète. Mais le sport de compétition amène, me dira t-on, beaucoup de gens à faire du sport. C'est vrai, mais il faut voir comment ils le font, comme des sportifs de haut niveau: sans écouter leur corps, avec le même besoin, la même exigence, de performances, en regardant leurs chronomètres plus que les réactions de leur corps à ce qu'ils lui impose. Mais nos parents faisaient moins de sport. C'est vrai, mais ils prenaient peut-être un peu moins la voiture. J'en reviens à la voiture parce que nous sommes la civilisation de la voiture et que ce n'est pas avec la voiture que nous allons retourner à la nature et au corps; il ne suffit pas pour cela de s'arrêter en voiture au bord d'une plage ou d'une salle de sport.
La première nature que l'on doit se coltiner, pardonnez-moi, avant d'aller plus loin, c'est son corps, et cela dès que l'on a un corps. Le dimanche il arrivait que l'on soit nombreux à table. C'était en Normandie et le déjeuner pouvait durer des heures. On ne quitte pas la table. Quand on est petit on est remuant, on bouge partout, on ne tient pas en place. On ne quitte pas la table. Voilà où commence la société et la domestication du corps. Et sa récompense le dessert pour ceux qui restent à table. C'est comme ça aussi que nos corps s'habituent à rester des heures assis sans bouger et à se défouler de leur frustration en mangeant: sur le dessert et sur tout ce qui est sucré. Cela ne parait rien mais c'est tout. Les habitudes sont prises. Nos habitudes sont mauvaises: pas la nature, pas notre corps. Je ne dis pas non plus que la nature soit bonne et qu'elle ne mérite pas comme notre corps qu'on le dresse, mais si on le dresse c'est à la vie qu'on doit le dresser, à le rendre plus fort, c'est-à-dire, plus apte à la vie. On quitta la Normandie pour la Nouvelle-Calédonie. En Nouvelle-Calédonie il y a des requins, le lagon calédonien est infesté de requins et pas de ceux à qui ont donnent à manger dans la main, ils pourraient vous manger la main et pas que la main. En Nouvelle-Calédonie je ne connaissais pas encore Oscar, mais Avocat et avec lui la marche à pied. Les canaques marchaient beaucoup. Il n'y avait qu'une heure pour manger à la cantine de l'internat et je perdis l'habitude de rester longtemps assis à table pour contracter l'habitude de marcher, c'est une habitude qui ne me quittera plus. Mais je ne parle pas de moi, et en même temps je ne peux pas parler du corps des autres ni du corps comme d'une abstraction, je dois donc passer par le mien si je ne veux pas être un théoricien mais un praticien des corps. Je l'ai soumis au sport de compétition où il a souffert, quelques séquelles lui en sont restées, puis retour à la marche sur ses vieux jours. Jamais il ne s'est senti aussi bien. Je n'ai pas parlé non plus des requins au hasard. Des requins j'ai appris quelque chose que je ne suis pas prêt d'oublier, car je ne suis pas loin de penser que cela vaut aussi pour les humains. Que les requins mourraient s'ils s'arrêtaient de bouger et je les ai toujours vus en déplacement, mais on les aurait dit porter ou se laissant porter par l'eau. Il faut savoir que le requin est un animal préhistorique. On peut donc parler de longévité à travers les siècles. Ce n'est pas de faire deux heures de sport par jour, ni même de marcher un minimum (faire 10 000 pas par jour), se mettre une dose de sport; comme le drogué a besoin de sa drogue le corps aurait besoin de sport. Marcher à l'adrénaline plus qu'avec son corps. Les requins mourraient s'ils s'arrêtaient de bouger et je les ai toujours vus en déplacement, je ne peux pas en dire autant des humains. Mon corps en mouvement se délasse, sans doute à t-il appris cela des requins que bouger n'est pas fatiguant, bien au contraire (au contraire du sport), mais reposant.
Le problème demeure cependant. Les gens descendent de leurs voitures pour se rendre à leur salle de gym, comme ils descendent de leurs voiture une fois arrivés à la montagne ou à la plage. A ce propos, combien de voitures ne vont pas chaque année s'enlisées sur le sable des plages. Notre civilisation est la civilisation de la voiture, pas du corps et de la nature. Et ce que l'on disait de la culture physique on pourrait le dire du sport en général. Oscar dirait: on décharge sa merde et on repart faire le plein. C'est en ce sens que je parle d'un moyen artificiel de faire rentrer la nature comme le corps dans notre vie. La nature comme le corps est une décharge, une poubelle, on y met tout, on y jette tout. Et la violence qui est dans notre société se retrouve aussi dans le sport, et je ne parle que de la pratique sportive. Combien brutalisent leurs corps. Dans le sport de compétition les objectifs que l'on se donnent sont d'ailleurs tous extérieurs au corps, mais pas à la société: rendement, efficacité, performance, et peu importe la durée de vie, le corps devient une marchandise vite obsolète. Mais le sport de compétition amène, me dira t-on, beaucoup de gens à faire du sport. C'est vrai, mais il faut voir comment ils le font, comme des sportifs de haut niveau: sans écouter leur corps, avec le même besoin, la même exigence, de performances, en regardant leurs chronomètres plus que les réactions de leur corps à ce qu'ils lui impose. Mais nos parents faisaient moins de sport. C'est vrai, mais ils prenaient peut-être un peu moins la voiture. J'en reviens à la voiture parce que nous sommes la civilisation de la voiture et que ce n'est pas avec la voiture que nous allons retourner à la nature et au corps; il ne suffit pas pour cela de s'arrêter en voiture au bord d'une plage ou d'une salle de sport.
La première nature que l'on doit se coltiner, pardonnez-moi, avant d'aller plus loin, c'est son corps, et cela dès que l'on a un corps. Le dimanche il arrivait que l'on soit nombreux à table. C'était en Normandie et le déjeuner pouvait durer des heures. On ne quitte pas la table. Quand on est petit on est remuant, on bouge partout, on ne tient pas en place. On ne quitte pas la table. Voilà où commence la société et la domestication du corps. Et sa récompense le dessert pour ceux qui restent à table. C'est comme ça aussi que nos corps s'habituent à rester des heures assis sans bouger et à se défouler de leur frustration en mangeant: sur le dessert et sur tout ce qui est sucré. Cela ne parait rien mais c'est tout. Les habitudes sont prises. Nos habitudes sont mauvaises: pas la nature, pas notre corps. Je ne dis pas non plus que la nature soit bonne et qu'elle ne mérite pas comme notre corps qu'on le dresse, mais si on le dresse c'est à la vie qu'on doit le dresser, à le rendre plus fort, c'est-à-dire, plus apte à la vie. On quitta la Normandie pour la Nouvelle-Calédonie. En Nouvelle-Calédonie il y a des requins, le lagon calédonien est infesté de requins et pas de ceux à qui ont donnent à manger dans la main, ils pourraient vous manger la main et pas que la main. En Nouvelle-Calédonie je ne connaissais pas encore Oscar, mais Avocat et avec lui la marche à pied. Les canaques marchaient beaucoup. Il n'y avait qu'une heure pour manger à la cantine de l'internat et je perdis l'habitude de rester longtemps assis à table pour contracter l'habitude de marcher, c'est une habitude qui ne me quittera plus. Mais je ne parle pas de moi, et en même temps je ne peux pas parler du corps des autres ni du corps comme d'une abstraction, je dois donc passer par le mien si je ne veux pas être un théoricien mais un praticien des corps. Je l'ai soumis au sport de compétition où il a souffert, quelques séquelles lui en sont restées, puis retour à la marche sur ses vieux jours. Jamais il ne s'est senti aussi bien. Je n'ai pas parlé non plus des requins au hasard. Des requins j'ai appris quelque chose que je ne suis pas prêt d'oublier, car je ne suis pas loin de penser que cela vaut aussi pour les humains. Que les requins mourraient s'ils s'arrêtaient de bouger et je les ai toujours vus en déplacement, mais on les aurait dit porter ou se laissant porter par l'eau. Il faut savoir que le requin est un animal préhistorique. On peut donc parler de longévité à travers les siècles. Ce n'est pas de faire deux heures de sport par jour, ni même de marcher un minimum (faire 10 000 pas par jour), se mettre une dose de sport; comme le drogué a besoin de sa drogue le corps aurait besoin de sport. Marcher à l'adrénaline plus qu'avec son corps. Les requins mourraient s'ils s'arrêtaient de bouger et je les ai toujours vus en déplacement, je ne peux pas en dire autant des humains. Mon corps en mouvement se délasse, sans doute à t-il appris cela des requins que bouger n'est pas fatiguant, bien au contraire (au contraire du sport), mais reposant.