On dirait que le vrai visage se dissimulerait avec le temps, s'épaissirait, se durcirait, comme une peinture faite de plusieurs couches, comme un peintre qui expose ses dernières croûtes on exposerait nos derniers visages qui ne sont plus de premières jeunesses.
Jamais je n'ai perdu de vue son premier visage, malgré l'âge, malgré la maladie, et tandis qu'on me disait, comme je sortais de mon portefeuille une photo qu'elle m'avait donnée pour que je l'ai partout avec moi, qu'enfin ce ne pouvait être elle je m'étonnais qu'on ne l'a reconnue pas.
Et si je n'ai pas eu la chance de connaître une personne plus jeune toujours je cherche à deviner sous ses traits alourdis ou creusés comme évidés par l'âge, sous le dernier comme sous un masque, le premier et originaire et authentique visage ouvert et non fermé, visible et non dissimulé.
C'est que je crois qu'il me parle plus mais ce n'est pas exactement ça, plutôt me parle de ce qui s'est perdu mais qu'on peut encore retrouver, mais ce n'est pas exactement ça non plus, il n'y a pas d'innocence retrouvée mais c'est qu'il n'y avait pas non plus d'innocence.
Ce que la fin me dit du début, ce n'est pas ainsi que l'on lit un livre et pas plus un visage. Ce que le début me dit de la fin et c'est comme si je recommençais ma lecture par le début instruit par la fin et le comprenait mieux.
Comme si la vérité d'un être était dans toutes les formes qu'elle peut prendre non pas plus vérité mais explicite pour autant qu'on en eut connu le commencement comme un commencement de vérité; comme si elle eut besoin d'une histoire qui fut l'histoire d'un visage.
L'apparence serait trompeuse et d'autant plus trompeuse qu'elle serait flatteuse. Je crois au contraire qu'elle dit beaucoup et que l'on ne veut pas voir; mais qu'elle raconte aussi une histoire en prenant de l'âge et que pour y voir clair il faut alors en connaitre le début.
C'est vrai que j'aime les visages qui ont une histoire mais que j'aime aussi en connaitre la vérité et que cette histoire ne me dit pas forcément sa vérité si elle ne m'est pas aussi éclairée par la lumière de sa jeunesse ou genèse.