lundi 15 juin 2026

Me voilà adulte


Me voilà adulte, ce n'est que ça un adulte, et je comprends combien mes attentes en tant qu'enfant et vis à vis de l'adulte ne pouvait qu'être déçu et quand un enfant me regarde et que je vois dans ces yeux ce qu'il devait y avoir dans les miens je me dis pauvre enfant quand je pourrais tout aussi bien dire pauvre adulte, car c'est toute la misère humaine qui me saute aux yeux.

Je crois pourtant pouvoir dire qu'il n'attend rien ou qu'il attend tout de moi, comme on peut l'attendre d'un dieu. Mais l'on me rétorquera que ça c'était les enfants d'avant, que les enfants d'aujourd'hui n'en n'ont plus rien à faire des adultes. Mais la question peut nous être retournée: quand n'avons nous à faire nous des enfants à moins que ce ne soit nous qui réclamions maintenant leur reconnaissance.

Chacun rechercherait d'abord la reconnaissance de ses pairs: les adultes des adultes, les enfants des enfants, et cela serait plus vrai que jamais, la société irait vers ce type de reconnaissance tandis que l'autre ne concernerait pas tant la société que l'humain dans sa relation non pas sociale mais inter-individuelle. La relation sociale (de la société) prendrait le pas sur la relation humaine.

La misère humaine n'est que la misère de cette société, engendrée par cette société, en quoi elle ne répond pas à l'humain, en quoi elle ne répond pas à ses attentes; et paradoxalement c'est sur elle, la société, que se reportent toutes nos attentes aussi que ce besoin de reconnaissance. L'enfant est déprimé aussi que l'adulte est déprimé. Il sent bien que quelque chose lui manque où lui a été ôté mais il ne sait plus où le trouver.

La société lui dit bien où le trouver ce quelque chose et que ce quelque chose peut être aussi bien un portable, qu'un portable ça peut remplacer l'adulte, le maître, le professeur, le conseiller, voire le conseiller intime; en même temps on sait que ça ne remplace pas l'humain et on le remplace. Si la société est la société de la technique ou technologie il n'y a alors rien d'étonnant à ce que la machine ou l'objet tende à remplacer l'homme.

Ce qu'il y a de plus étonnant c'est que l'homme se laisse remplacer et l'on peut concevoir aisément qu'il ne se laisserait pas remplacer comme cela s'il n'y avait la société qui l'y poussait, qui le lui enjoignait vertement, et c'est aussi en lui ôtant la solution de rechange. Sil se retournait dans sa vie ce serait pour constater qu'il y ait de moins en moins accompagné mais on le distrait, le progrès technique le distrait et le fait regarder en avant, il ne se retourne pas.

Il ne se retourne pas sinon il constaterait qu'il est plus seul que jamais, qu'il n'a pas d'enfants dans les pattes, ça c'est pour l'adulte; qu'il n'y a pas d'adulte pour lui faire la leçon, ça c'est pour l'enfant; et ce n'est pas ce que l'un et l'autre veulent: qu'on les dérange. Ils veulent de moins en moins être dérangé parce que l'autre serait devenu de plus en plus dérangeant dans une société où l'humain n'aurait plus sa place.

L'humain aurait perdu de sa belle assurance: on se sentirait de plus en plus désarçonné enfant devant un adulte, adulte devant un enfant; le lien qui n'est pas un lien social mais humain aurait été coupé ou substitué par un autre qui serait celui aux choses; notre rapport aux choses nous donnerait une version simplifiée de la relation dont l'extraordinaire complexité chez l'humain nous rebuterait de plus en plus. 

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