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mercredi 29 juillet 2026

Le joueur


Souvent il me prend à penser que je ne suis jamais seul car tant que je me donnerais en spectacle à moi même je serais encore spectateur de moi même, ce qui me laisse douter de l'authenticité du spectacle dont je serais à la fois auteur et spectateur; il n'y aurait pas que quand je joue aux échecs que je joue, ni il serait utile que j'entre en représentation, c'est-à-dire sur scène, pour que je joue, qu'il y ait les autres pour que je joue.

Et de penser tout cela de moi à vrai dire ne m'amuse pas, ce n'est pas pour moi un jeu de l'esprit mais de plus en plus une certitude: je joue. Aussi je jouerais à l'amour, la chose que je prends le plus au sérieux, car combien de fois ne l'ai-je pas été et ne l'ai-je plus été, amoureux, il faut alors me rendre à l'évidence qu'il n'y a rien de sérieux en cela, que c'est un jeu auquel je me prends comme auquel je suis pris, il n'y aurait pas que les enfants qui se prennent au jeu.

En quoi je trouve les animaux beaucoup plus sérieux que nous parce qu'ils ne se voient pas agir comme ils agissent, parler encore moins, non plus qu'aimer. Et ce sont les plus brutes d'entre nous que je trouve les plus authentiques et c'est je crois parce qu'ils ne se voient pas jouer et que si on ne se voit pas jouer on ne joue pas. Parfois donc je me surprend à désirer être plus brute que la plus brute des brutes et c'est que j'en ai marre de me voir jouer.

Hier et parce que je suis à un stage d'échecs il y avait une partie participative que je n'ai pas voulu jouer, mais dans la vie on ne peut pas passer son tour, dire je ne veux pas jouer. On n'a pas choisi de vivre, certes, mais tant qu'on a pas choisi de mourir il faut jouer. Si au moins et comme certains je pensais que je ne joue pas, que c'est sérieux ma vie, que c'est sérieux la vie, quand on sait combien la mort la tourne en dérision et si ce n'était que la mort mais toutes les choses de la vie et l'amour en particulier et nous que tout affecte un peu, beaucoup, et rien n'affecte vraiment.

Puisque nous survivons à tout, à tout ce que nous avions cru mourir pour, et souvent c'est mourir d'amour, mais nous voilà encore vivant et nous disons comme aux échecs quand l'autre demande la nulle parce qu'il perd: "on va jouer encore un peu" et c'est ce que l'on fait, jouer encore un peu, tant qu'il y a de la vie, de cette vie qu'on se voit vivre, de cette vie qui se joue de nous, de cette vie dont on se joue, de cette vie qui même si on la prend au sérieux ne serait qu'un jeu.

Et si j'aime la vie c'est que je suis joueur, je ne crois pas que l'on puisse aimer la vie autrement, et quand je n'ai plus envie de jouer je crois que je n'ai plus envie de vivre, mais la vie reprend le dessus comme le jeu reprend le dessus, et me voilà refaire une énième partie d'échecs qu'on dit être toujours la même et est aussi toujours différente, et le joueur ne voit pas le temps passer ni qu'il est seul devant son échiquier, seul à jouer (son jeu).

lundi 20 juillet 2026

Une affaire "perso"


Escote/ escuetamente/ terminante. Je me réveille avec ces trois mots. Il y a des jours où il faudrait que je passe du français à l'espagnol parce que mon esprit y est passé. C'est qu'il y a entre l'esprit et la langue une liaison intime que j'ignore et ne respecte pas, mais je vois bien que je pense différemment quand je passe d'une langue à une autre.

Traduire c'est trahir non seulement la pensée mais le sentiment d'une langue, aussi que cette autre liaison tout aussi intime entre pensée et sentiment qui diffère d'une langue à une autre et si l'on peut encore penser de manière égale jamais l'on ne ressentira également les choses perçues dans une langue et dans une autre.

Il y a aussi sa sonorité et comment elle résonne en nous et il nous faudrait parler d'elle et il nous faudrait parler de nous, de notre expérience commune qui peut différer encore de l'expérience commune et je parlerais plutôt d'une expérience personnelle et intime, de chacun avec sa langue. Je reprendrais, pour expliquer mon différend avec l'idée que l'on s'en fait, ce que dit un mien ami à propos des échecs.

Qu'on ne peut pas parler des échecs comme un jeu d'équipes parce que des équipes se rencontrent aux échecs et c'est qu'après chacun est tout seul devant son échiquier, à quoi j'ajouterai que chacun est tout seul à s'exprimer dans la langue de tout le monde si l'on s'en tient à la grammaire, à la conjugaison, à la syntaxe, autant dire aux règles, comme le joueur d'échecs aux règles du jeu d'échecs.

Mais après chacun fait sa partie, à sa façon de s'exprimer sur l'échiquier qui en dit beaucoup de son rapport personnel avec les échecs. Eh bien notre façon de nous exprimer en dit beaucoup de notre rapport personnel avec notre langue: de ce qu'elle nous fait dire autant que de ce que nous voulons lui faire dire, de comment elle nous porte autant que de comment nous la portons en nous.

Imaginons l'équipe des francophones et l'équipe des hispanophones et l'équipe des anglophones. Eh bien ce ne sont pas des équipes de football mais des équipes d'échecs et mon ami n'entend pas que l'on puisse parler là d'un jeu d'équipe mais plutôt "perso"; on peut être trop "perso" au foot mais enfin on joue en équipe, il faut quelqu'un qui nous fasse la passe pour marquer un but; j'attends que personne me dise ce que j'ai a dire ni comment. 

mercredi 8 juillet 2026

L'être et le devenir


Si je vois une partie d'échecs jouée par deux maitres d'échecs (dans un livre, une vidéo ou lors d'un tournoi d'échecs) je vois une partie plus intelligemment jouée que je ne la jouerais moi-même; il en va de même quand je lis les Propos d'Alain ou les Essais de Montaigne ou les Pensées de Pascal, je les vois s'exprimer mieux et plus intelligemment que je ne le ferais moi même si j'avais à parler des mêmes choses qu'eux.

Est-ce que tout cela doit m'empêcher pour autant de m'exprimer sur un échiquier ou ailleurs, disons dans la vie, sinon plutôt m'y motiver, ou au contraire parce que je suis motivé à le faire que je ne dois pas prendre leçon des anciens. Un de mes amis serait pourtant du parti de dire: à quoi bon, quand tout aurait été déjà si bien dit et si bien fait.

N'est-ce pas pourtant mon ami comme ajouter nos parties d'échecs de médiocres qualités à celles des maîtres d'échecs que nous ne serons jamais pour autant. Mais est-ce que nous voulons devenir maîtres d'échecs pour autant et pas simplement jouer aux échecs parce que nous avons plaisir à le faire aussi que de nous instruire sur l'art et la manière d'y jouer.

Et puis, mon ami, avant de vouloir devenir l'on veut être et le vouloir être n'est jamais un simple contentement de l'être mais aussi un vouloir devenir; personne ne se résume à ce qu'il est ni non plus ne s'y résout ou l'on pourrait alors dire de lui qu'il est aigri, aigri par le renoncement de l'être qui est devenir.

Maintenant on ne peut rien dire sur le devenir, jamais en préjuger, car de là où l'on se tient on ne peut voir ou apprécier que des devenirs qui sont devenus, autant dire qui ne sont plus des devenirs, des devenirs qui n'ont jamais cessés d'être aussi bien que nous mêmes; alors contentons nous d'être, ce qui est être à ce que nous sommes, ce qui est encore la meilleure manière de devenir (de renvoyer notre être à son devenir).

jeudi 16 avril 2026

La passion


Tout bien considéré, les échecs sont une passion qui se doit d'être équilibrée comme toute passion par une femme que bien entendu on aime passionnément et un travail qu'on aime aussi et comme de bien entendu passionnément. On sait que dans la réalité cela n'est pas toujours vrai, ni pour la femme ni pour le travail, mais il reste vrai cependant que la passion des échecs ne peut pas suivre alors un cours effréné qui conduirait, celui qui s'y livre corps et âme comme celui qui se livre corps et âme à toute passion, à la mort ou à la folie.

Ces amis joueurs d'échecs se trouvaient ainsi épargnés quand ils ne l'étaient pas ni par la femme ni par le travail. "No hay mal que por un bien no venga" disent les espagnol, ce qui mot à mot revient à dire qu'il n'y a pas de mal qui pour un bien ne vienne. Mais cette idée du bien et du mal est bien chrétien et étonnant puisque correspondant à faire passer le mal avant et comme procurant finalement un bien. Maintenant dans un esprit d'équité, peut-être pas lui très catholique, il faudrait confronter le mal causé par la femme au mal causé par le travail et au mal causé par les échecs et déterminer ainsi qu'elle est le moindre mal.

En se livrant corps et âme aux échecs il lui semblait en effet se livrer au moindre mal car n'occasionnant aucun tort à personne sinon à lui-même, et ceci que par une pratique excessive dont souvent le détournaient d'ailleurs d'autres pratiques qui dans l'échelle des passions pouvaient se trouver à un niveau équivalent et en cela il croyait se souvenir de sa lecture de l'Ethique de Spinoza où il y aurait lu qu'il n'y avait rien de mieux qu'opposer une passion à une autre passion, autant dire un mal à un autre mal (si l'on considère les passions tristes). Aussi pour se guérir d'une femme ou passion amoureuse cette sentence lui revenait à l'esprit de la remplacer par dix autres femmes, et, ce qui pourrait paraitre remplacer un mal par dix autres mal, le soignait tout au contraire en substituant à la maxime d'un mal par un mal cette autre maxime d'un mal par dix autres mal. 

dimanche 12 avril 2026

Si j'avais été témoin d'une guerre...


Si j'avais été témoin d'une guerre vous auriez voulu que je vous en parle, considérez alors qu'il s'agit d'une guerre, mais symbolique sur l'échiquier. Si j'avais été témoin du meurtre de son père par Œdipe, vous auriez voulu que je vous en parle, considérez alors qu'il s'agit du meurtre symbolique de la mère par sa fille.

Toutes les deux combattaient sur l'échiquier et il me fut donner d'assister à ce combat sans merci mais où la grâce devait opérer. Il y avait bien entre la mère et la fille des traits qui auraient pu me permettre d'en reconnaître la filiation si aux yeux d'un occidental tous les chinois, en l'occurrence chinoises, ne se ressemblaient pas.

Chacune cherchait à tromper l'autre, à la faire tomber dans un piège sinon a en accroitre la vulnérabilité en fomentant des faiblesses dans son camp pour par ses faiblesses pouvoir l'atteindre, la vaincre impitoyablement. C'était à en crever le cœur pour qui aurait déceler la parenté mais à réjouir celui du joueur d'échecs qui assistait à ces festivités.

Aussi guerrière l'une que l'autre car sachant se montrer autant hostile l'une à l'autre à qui rien ne sera épargnée de la capacité de nuire que chacune avait en elle et ne lésinant pas à l'exploiter envers l'autre reconnue seulement et jusqu'à ce point, et il était crucial, du jeu, comme adversaire redoutable et à redouter seulement.

Mais comme le jeu devait fatalement déboucher sur la mort quoique symbolique et en la personne de sa majesté le roi mis en échec et mat, la mère décida d'abandonner et me regardant moi qui regardait l'échiquier sidéré parce que la voyant gagnante: "C'est ma fille". Sa fille qui, pour sûr, ne l'aurait pas épargné.

Mais il ne faut pas s'y tromper ce fut néanmoins un combat (et non une leçon) entre la mère et la fille où le silence ne fut jamais rompu, où aucune connaissance ne fut délivrée qui put aider l'autre à combattre. Seulement la mère, au moment de donner à sa fille le coup de grâce, ou plutôt de le lui assener pour la mater, abandonna.

Cependant la grâce opéra mais celle là qui vous fait grâce et est tout à l'honneur de celui ou celle qui la dispense. A vous mettre la larme à l'œil car on ne se fait pas de quartier sur l'échiquier, sur l'échiquier il n'existe pas davantage de mère et fille que d'amis, on est tous adversaires, adversaires animés par l'adversité, seul sentiment conciliable avec cette activité jusqu'à preuve du contraire qui me fut ici administré.

jeudi 9 avril 2026

La société de compétition


On se bat sur les petites tables. Ce sont celles tout au fond de la salle où a lieu le tournoi d'échecs. Les dernières. Sur les dernières comme sur les premières on se bat. C'est la société de compétition, cela peut s'entendre.

Seulement les échecs passent aussi pour un jeu de société. Quand joue t-on? Quand ne joue t-on plus? On ne joue plus quand on fait de la compétition. On se bat. On se bat pour les premières places.

On joue avec des amis? On joue quand on fait un match amical? On joue en FSGT? fédération de jeunesse et éducation populaire. Comment cela peut-il être vrai dans une société de compétition où l'esprit de compétition règne en maître absolu qui étend son règne au-delà de ses frontières.

Entre amis. On veut gagner. Cela se résume à ces trois mots. Cela veut aussi dire que l'on ne veut pas jouer. C'est sérieux (les échecs). Quand on dit c'est sérieux cela veut dire aussi que c'est pas du jeu. Ces expressions (populaires) rendent bien la situation.

L'esprit de sérieux l'a emporté sur l'esprit du jeu. Le passage par la compétition n'y est certainement pas étranger. Tout ce qui n'est pas compétition ne serait pas sérieux. Le sérieux c'est la société. C'est la société de compétition. Rien n'existerait en dehors d'elle.

Aussi en FSGT on a retiré une équipe qui joue pour mettre à la place une équipe qui gagne. C'était à Joinville. C'était pour obtenir des subventions. Qui subventionne une équipe qui se contente de jouer. Il ne suffit pas de participer Pierre de Coubertin il faut encore gagner.

Ce n'était même pas une petite table au fond de la salle. Elle avait été bien classé au tennis, qu'elle disait, aussi qu'aux échecs elle débutait. Effectivement c'était son premier cours d'échecs et pour mettre en pratique ses fraîches connaissances il lui fut proposé de jouer. 

Mais déjà elle voulait gagner et comme autour d'elle on se détendait, on se détendait du cours en jouant, on jouait, elle demanda le silence, avec force et autorité, presque colère, c'est que déjà elle ne jouait plus, elle voulait gagner, et qu'elle était en train de perdre.

Ça aurait pas été grave si cela n'avait été qu'un jeu. Le jeu comme l'art enlèveraient toute gravité ou esprit de sérieux pour laisser place à la créativité et à la participation de tous, s'il n'y avait la compétition (aussi dans l'art comme dans le jeu). 

On peut être d'accord pour la compétition, mais pour la compétition à sa place, pour que la compétition ne prenne pas toute la place, pour qu'elle laisse la place à d'autres qui voudraient échanger entre eux autrement, autrement qu'en étant gagnant ou perdant, se réjouissant autrement.

jeudi 2 avril 2026

L'égalité


On ne va pas se mentir, il faut être tomber bien bas pour se battre pour l'égalité, que l'homme soit un serf ou un esclave pour qu'il se batte pour l'égalité; mais aussitôt qu'il ne le sera plus croyez-vous qu'il s'arrêtera là ? Non! Parce qu'il n'est pas dans la nature de l'homme d'être l'égal d'un autre homme, pas même de lui-même qui est amené à vouloir se dépasser; sa croissance même l'en empêcherait aussi que de dépérir et de périr, car il n'est rien dans la nature de l'homme qui ne soit en perpétuel devenir.

Si l'homme se bat, et cela de tout temps, c'est pour l'emporter, il ne s'affirmerait pas en tant qu'homme, autant dire en tant que l'égal de l'homme, toujours il veut lui être supérieur, toujours il veut se dépasser en commençant par lui-même ou en commençant par les autres il n'y a pas grande différence puisqu'il est un homme comme les autres hommes et qu'il n'y aurait en effet pas grande différence entre les hommes si l'on considère celle qu'il pourrait y avoir entre les hommes et les dieux, si les dieux existaient, c'est pourquoi la différence il veut la faire.

C'est qu'il a en lui l'idée de Dieu et pour cause c'est celle d'un être supérieur parce qu'il ne peut adorer qu'un être supérieur; et à défaut d'un Dieu combien de demi-dieux la société ne lui donne pas à adorer: les dieux du stade, les stars du showbiz… Non, une société égalitaire n'est pas une société heureuse, encore moins épanouie, l'homme ne va pas jusqu'au bout de lui-même, il reste court, frustré, aigri, mal dans sa peau, sa peau qui serait alors une vraie peau de chagrin toujours se rétrécissant dans la consommation qui est aussi consumation de l'homme voué à s'éteindre.

Aux échecs, Sylvain, l'entraîneur, aurait dit quelque chose comme ça: que quand on jouait pour la nulle on perdait, qu'il fallait jouer pour gagner pour obtenir (au pire) la nulle, ce qui est ne pas perdre. Et à ceux qui ne voulaient pas faire l'effort de l'étude et qui disaient jouer pour le "fun" Sylvain demanda: et qu'est-ce qui est le plus "fun", de perdre ou de gagner? Il faut savoir que les joueurs d'échecs arrêtent souvent de jouer quand ils ne font plus que perdre ou mieux encore: quand ils sentent qu'ils ne progressent plus; et souvent ils préfèrent prendre le risque de perdre que de faire nul, refusent de prendre la nulle, ne veulent pas l'égalité, le partage du point.

Que tout le monde se croit supérieur à l'autre, en commençant par lui ou en commençant par les autres, il n'y avait aucun doute en lui là-dessus, (ce que l'on sent en soi pourquoi les autres ne le sentiraient-ils pas en eux); et qu'il faille passer de temps à autre par le combat, qu'il n'y ait que dans le combat que l'on trouve son égal et se sente frère, que pouvait naître une égalité ou une fraternité qui n'était autre qu'une égalité ou fraternité d'armes, de fait et pas de droit (parce que le droit y était battu en brèche), d'où entre les hommes ces guerres qui lui semblaient non pas désirables mais inévitables, et clamer très fort que personne ne voulait être l'égal de personne.

mardi 10 juin 2025

L'impensé


Fort de ma lecture de Henry Bergson sur La Pensée et le Mouvant qu'ainsi il opposait, à mon tour je voulus porter mes fraîches connaissances sur un terrain que j'affectionnais et où j'aurais plaisir à les expérimenter.

Le mouvant c'est le temps et notre pensée aurait plutôt tendance à en avoir une idée arrêtée, à le segmenter en positions comme sur une ligne avec son point de départ et son point d'arrivé et de multiples points intermédiaires qui sont autant de positions figées ou d'arrêts.

On ne pourrait donc concevoir ou saisir le mobile qu'à partir de l'immobile, le mouvement (ou le mouvant) qu'à partir de ses différents arrêts. Cela n'était pas alors sans me renvoyer à ce que l'on appelle aux échecs le jeu positionnel qu'on oppose au jeu dynamique.

Mais l'étude du jeu d'échecs ne serait encore que trop peu dynamique pour être statique et analytique et académique, partant souvent de positions; comme une segmentation du déroulement de la partie en l'étude séparée des ouvertures, puis du milieu de jeu, puis enfin des finales.

De ceux qui ont très peu appris mais qu'on dit qu'ils apprennent très vite puisque très vite ils deviennent très forts aux échecs, et ce sont les enfants, je me demande alors si ce n'est pas au contraire de n'avoir pas été trop tôt arrêté par des connaissances répondant à un mode de pensée qui n'est pas celui du mouvant.

Tandis que leur esprit lui, oui, est mouvant, rapide et fluide, non lesté, non entravé, non empêtré de connaissances figées. Il faut les voir ces enfants débiter une variante de coups qui est comme une mouvante. 

Mouvante comme une déferlante, défaisant invariablement toute position qui avec elle reprend vie, est entraînée dans le mouvement qui est essentiellement changements, perturbations, déséquilibres et rééquilibrages in extrémis, vie qui est vie instable, mouvante, temporelle, mortelle.

C'est qu'ils aiment mater, faire échecs et mat, les enfants, que la vie les y conduit comme la vie conduit inéluctablement à la mort, et que c'est le sens du mouvant qui est le temps.

Ce ne serait donc pas qu'ils ont appris vite mais qu'ils n'ont pas a désapprendre, leur pensée file, ils n'ont plus qu'à la suivre, elle les conduira comme la vie à l'échec et mat. Ils aiment les parties qu'ils voient défiler sur Internet, moins l'image figée d'une position, analysée, commentée, dans les livres.

Les enfants aiment la tactique, les vieux la stratégie. La tactique varie, s'adapte aux changements continuels quand elle ne les provoque pas, tandis que la stratégie ignore qu'elle part de ce qui ne changerait pas sans quoi elle n'aboutirait pas à ce qu'elle croit pouvoir aboutir, puisque déjà elle s'y projette. 

Au déterminisme de la stratégie s'opposerait la vitalité de la tactique. Le vivant, le mouvant, le temps, l'évolution créatrice et parce que sans cesse créatrice jamais prévisible, seul l'est la mort au bout du temps qui nous est imparti, mais comme impensé, au bout du mouvant l'impensé.

lundi 9 juin 2025

La politique de la gagne


Êtes-vous bien sûr que l'enfant s'amuse quand il joue ? Ce serait vrai s'il ne voulait pas déjà gagner. Ce serait vrai s'il n'y avait pas déjà un enjeu. Et ce n'est pas encore de l'argent. Et c'est déjà d'être le meilleur, meilleur que l'autre contre qui il joue.

Il est plus heureux après l'avoir battu, moins, s'il perd, on en a vu pleurer aux échecs, peut-être qu'il y avait les parents, peut-être que si les parents n'avaient pas été là, qu'ils auraient jouer entre eux les enfants, il n'y aurait eu que des cris et des rires mais pas de pleurs.

Il est vrai que les animaux quand ils jouent entre eux c'est déjà à des jeux qui les aguerrissent, les arme pour l'avenir quand ils auront à trouver leur nourriture eux-mêmes. Mais le temps est encore à l'amusement et à l'allaitement.

Et qu'est-ce qu'il a gagné celui qui a gagné ? Aux échecs on dit que l'on apprend plus d'une partie perdue. Elle nous révèle nos erreurs et insuffisances de jugement, nos faiblesses de calcul, qu'on n'est pas allé assez loin, qui, si l'on n'avait pas perdu, seraient passés inaperçus.

C'est vrai. Pourtant ce qui nous importe, comme ce n'est pas tant de s'amuser que de gagner, ce n'est pas tant non plus d'apprendre que de gagner. On voit que tout est assujetti à la gagne. On ne s'amuse plus. On n'apprend plus. On joue aux échecs comme on joue au loto pour gagner.

Il y a une méthode pour battre papa aux échecs, il pourrait (et c'est la même chose si papa nous a appris à jouer aux échecs) y en avoir une pour battre son professeur: ce n'est pas apprendre de papa ou du professeur qui importe mais de les battre. 

Aussi celui qui ne gagnerait rien à faire ce qu'il fait cesserait bientôt de faire ce qu'il fait si ce qui lui importe c'est gagner et qu'il perd. En tout, on apprendrait à gagner, la visée serait indépendante et indifférente à ce que l'on fait, simple prétexte à gagner.

La possibilité de la gagne serait co-existant à l'impossibilité de l'amusement. On ne peut pas s'amuser s'il faut absolument gagner. Aussi il y a qui s'étonne d'avoir perdu le goût de jouer et c'est parce qu'il ne joue plus vraiment, parce qu'il ne s'amuse plus.

Il lui faut retrouver cette liberté qu'il n'y a pas dans le travail mais dans le jeu tant qu'il n'est pas soumis aux mêmes impératifs que le travail qui est efficacité et rentabilité, où rien n'est gratuit ni librement consenti ni investi sans retour sur investissement.

D'un enfant qui n'aurait plus envie de jouer on serait en droit de s'alarmer: aurait-il perdu goût à la vie ? Et un enfant qui ne joue pas ne le trouverait t-on pas moins vivant ? C'est que la vie s'apparenterait plus au jeu qu'au travail dans sa liberté et gratuité d'action.


CITATION

La filosofía del hombre que trabaja y que juega, de Eugenio d'Ors: " La ciencia está orientada hacia la acción, sí. Pero la acción no siempre es utilitaria: unas veces es trabajo, juego otras; es decir elemento estético, Libertad. En todo conocimiento, en toda ciencia, hay una parte de Trabajo, otra de Juego."


mercredi 21 mai 2025

Les oubliés

 

Un homme est né et ce peut être une femme, on a salué sa venue au monde, il ne faut pas l'oublier; puis il a été un des figurants du drame de cette vie, plus ou moins salué, il ne faut pas l'oublier; sa fin vous la connaissez mais je vais vous la rappelez.

Il n'a pas disparu de la scène du jour au lendemain. Il n'a plus été là pour personne, mais pas du jour au lendemain. De jour en jour pour lui un comité de plus en plus restreint. La peau de chagrin. Le tissu social pour lui s'est réduit de jour en jour comme une peau de chagrin.

Tous vous connaissez son destin tandis que vous l'ignorez de plus en plus car de moins en moins il ne revient dans vos mémoires. C'est comme cela qu'on l'oublie, à force d'y moins penser.

Il est mort tout à fait je crois à cette heure précise où tout le monde a cessé de penser à lui. Non, il n'a pas été enterré de son vivant mais seulement un peu après, seulement un peu après le défunt nous a quitté, le jour de son décès on se l'est encore rappelé.

Maintenant il est comme on dit mort et enterré et de le dire ainsi n'est pas en remettre une couche mais dire qu'il n'est plus là pour personne.

On aurait bien assez à faire avec les vivants, à s'occuper de ceux qui ne sont plus quand on a à s'occuper de ceux qui sont.

Et c'est qu'ils tiennent un rôle, oh, un bien petit rôle, mais en société; certes une société qui va se réduire pour eux comme une peau de chagrin, tandis qu'ils s'évertueront à jouer jusqu'au bout, qu'ils voudront mourir sur scène.

En fait, ils voudront bien encore mourir mais ne pas être oublié, parce qu'ils sont bien conscients qu'il n'y a pas d'autre mort que l'oubli, parce qu'ils n'ont jamais existé que pour les autres.

Vous voyez je ne parle déjà plus du mort mais de vous qui serez oubliés à votre tour. Et surtout ne dites pas: "tout ce qu'il a fait il l'a fait pour lui". Non, c'est sur scène qu'on joue, et quand on joue c'est pour les autres.

C'est encore pour les copains qu'on joue. Quand aux échecs on fait un beau coup qui est un sale coup pour l'adversaire c'est comme si on disait "eh, les copains, venez voir", et les copains se rassemblent autour de la table de celui qui va mater ou se faire mater. 

C'est encore pour que l'on ne l'oublie pas. Il mise tout sur ce coup là. Cela peut se retourner contre lui et on lui dira alors: "voilà ce que c'est que de jouer pour les copains". Mais qui jouerait s'il n'y avait pas les copains, je vous le demande bien, et pour qu'on se souvienne de lui.

vendredi 9 mai 2025

L'égalité


Quand je dis de quelqu'un qu'il est prétentieux peut-être que c'est moi qui suis prétentieux: j'ai la prétention d'être son égal. Exemple, je joue sur Internet aux échecs et mon adversaire me dit bien défendu alors que j'ai perdu. 

Je me dis quel prétentieux celui là, pense t-il que je ne peux faire que de me défendre contre lui, j'aurais aussi bien pu le battre que je pense, mais c'est que j'ignore qui il est.

Mettons maintenant que c'est un Maître d'échecs contre qui j'ai joué et je n'y vois plus de la prétention mais suis plutôt flatté qu'il est trouvé que je me sois bien défendu, là où je voyais de la prétention de sa part voilà que je vois une certaine estime qu'il me témoignerait.

Il apparait ici clairement que dans une société où tout le monde se croit, ou tout du moins se dit l'égal de l'autre, tout le monde est susceptible d'apparaître a l'autre comme prétentieux.

Cette société de l'égal ne manquerait pas de prétentieux. Comme il est prétentieux celui là a t-on entendu dire et dit soi-même et pensé soi-même.

Mais ce ne sont pas deux égaux mais deux prétentieux qui se disputent la prétention d'être supérieur à l'autre.

Supérieur et non égal à l'autre. Il n'intéresse en réalité personne d'être l'égal de l'autre. Aux échecs quand un adversaire propose à l'autre la nulle ce n'est pas que la partie soit nulle mais qu'il est en train de perdre.

L'égalité serait demandée par ceux qui se sentent inférieurs ou en état d'infériorité et serait refusée par ceux qui se sentent supérieurs ou en état de supériorité qui est aux échecs de gagner l'autre et ainsi refusent la nulle qui leur ait proposée.

Aux échecs n'est pas non plus demandé la nulle par qui a plus à perdre mais par qui a tout a gagner à cette égalité relative qui est le partage du point, parce que le partage du point est inégal: il donne plus à celui qui a moins et moins à celui qui a plus.

Sans doute est-ce en cela que cela tend à l'égalité, mais il faut toujours que l'un perde (celui qui a plus) et que l'autre gagne (celui qui a moins) pour tendre à cette égalité qui en ce qu'elle favorise l'un et défavorise l'autre ne vaut que pour des êtres qui ne seraient pas égaux.

jeudi 3 avril 2025

Une existence lacunaire


Je voudrais développer cette comparaison qui peut sembler déplacée et elle l'est comme toute comparaison et pour autant les comparaisons aident à entendre ce que l'on ne peut entendre autrement ou mieux qu'en comparant.

Je voudrais comparer la vie à une partie d'échecs, mais pas à une partie rapide sinon à une partie longue, parce que la part du hasard y est moindre et celle de l'engagement personnel plus grand, notre réflexion comme notre responsabilité s'y trouveraient parties prenantes.

Il est d'usage que les joueurs d'échecs après leur partie se livrent entre eux à une petite analyse. Et c'est peut-être là, plus que dans la partie, qu'ils se jaugent. Dans la maîtrise que certains ont de la partie, leur capacité à la reconstituer et à l'analyser, ce qu'ils y ont vu et que l'autre n'a pas vu, pourtant c'est bien de la même partie qu'il s'agit.

Ainsi, qui maitrise sa vie pourrait en parler mieux que qui en est plus la victime, le perdant que le gagnant. Il n'y a que les bons, voire très bons joueurs, qui développent cette capacité d'analyse "à chaud" (la partie vient de se jouer), qui n'en n'ont rien perdue, tandis que l'existence lacunaire des autres se révèle sur l'échiquier.

mardi 24 septembre 2024

Un système éducatif égalitaire


A L'Alpe d'Huez il n'y a pas si longtemps que cela se déroulait le championnat de France d'échecs. J'y étais. Mais je n'étais pas parmi les champions. Depuis Coubertin semble t-il l'important c'est de participer. Aussi je participais à un Open qui, comme son nom en anglais l'indique, est ouvert à tout le monde. Vous vous direz mais pourquoi nous parle t-il encore d'échecs: qu'est-ce que ça à voir avec le système éducatif français? Patience! Patience!

J'accordais la nulle à mon premier adversaire qui s'en irrita. Lui à ma place, dit-il, il aurait gagné la partie et il me montra comment. Il fut alors d'autant plus dépité que je me savais gagnant mais ne voulais pas gagner, ce que je lui fis savoir. Le lendemain j'accordais à un autre adversaire une autre nulle et je comptabilisais ainsi à la fin du tournoi plus de nulles que de victoires ou de défaites. Quant à mon premier adversaire il gagna ensuite toutes ses parties.

A partir de là on pourrait voir en moi le type même d'un fervent partisan d'un système éducatif égalitaire puisque j'étais prêt à accorder la nulle à des adversaires contre qui je devais gagner. Cependant je me souvenais n'avoir pas été toujours ainsi. Cela me renvoyait à mon année de DEA à la Sorbonne que j'abandonnais pour la raison suivante: j'obtins une bonne note à mon premier séminaire mais les notes qui furent accordées ensuite aux autres étudiants pour un travail moindre furent égales. Cette égalité m'acheva ou dit autrement je décidais d'achever là mes études égalitaires.

En fait là non plus je ne jouais pas dans la cour des champions, ceux là étant entrés non pas à l'université mais dans les grandes écoles de France. C'était l'élite. Et parmi eux devait se livrer un combat pareil à celui que si nous levions la tête de nos échiquiers respectifs nous pouvions voir, car il était retransmis sur écran géant. Pour la petite anecdote mon adversaire et moi nous nous accordâmes la nulle d'un mutuel accord (sans doute savions nous que nous ne jouions pas dans la cour des grands) ce jour où nous dûmes en pleine partie quitter la salle parce qu'un joueur venait de faire un arrêt cardiaque. 

Mais tandis que nous signons la nulle, et les parties venaient de reprendre, tout le monde était de retour à son échiquier, et les candidats au titre de Champion de France qui redoublèrent de rivalités furent peu nombreux à se partager le point malgré la gravité de la situation qui fut cause de l'interruption des dites parties. L'un d'entre eux, et il faudrait plutôt dire l'une d'entre elle parce que le héro du jour était une femme, qui, médecin de son état, fut la première à intervenir sur le joueur d'échecs dont le cœur venait de s'arrêter de battre. Elle le sauva. Il ne lui fut pourtant pas pour autant accordé la nulle par son adversaire qui, si je ne m'abuse, gagna la partie, à moins que ce fut encore elle. Peu importe, si tout ce qu'il faut retenir c'est qu'à ce niveau là, monsieur, il s'agit de gagner au risque de perdre et non pas de faire nulle, parce qu'on ne peut pas gagner en faisant nulle.

Donc. Pas de Pierre de Coubertin. Pas de l'important c'est de participer quand l'important c'est de gagner. Pas de système éducatif égalitaire. Pas de perte de temps. Et c'est bien de perdre mon temps que j'eus l'impression quand je quittais la Sorbonne et abandonnais en plein cours d'année mon DEA pour gagner ma vie là où il m'était donné de la gagner et ce n'était certes pas au plus haut niveau. C'est qu'on peut parler dans la société, comme l'on parle de la justice à deux niveaux, d'une éducation à deux niveaux : l'une égalitaire et c'est le régime moyen pour ne pas dire médiocre, du plus petit dénominateur commun; et l'autre, hautement compétitive, à qui reviendrait l'or et les lauriers de la gloire.

A postériori je comprenais donc l'irritation de mon premier adversaire aussi que, tout comme moi dans le passé, il s'était trompé de cour car il ne jouait pas dans la cour des grands. Cette confusion d'esprit est cependant entretenue non seulement par un système éducatif mais par une société qui d'un côté prône l'égalité pour tous et de l'autre n'accorde ses faveurs qu'aux vainqueurs. Ce serait néanmoins oublier qu'à la fin du tournoi d'Alpe d'Huez il fut remis à chacun des participants un livre d'échecs, sans doute l'œuvre écrite d'un grand parmi les grands qui n'auraient de cesse d'asseoir leur autorité sur l'immense et humble majorité d'ignorants ne demandant qu'à apprendre, mais pourquoi? Telle est la question que je me pose. Pour participer dans l'esprit de Pierre de Coubertin? ou qu'à apprendre pour gagner (pour renouveler les élites plus que de mettre fin au système inégalitaire)?

dimanche 15 septembre 2024

Un père et une mère derrière


Très vite on crie au génie et moi je dis il y a un père et une mère derrière. C'était hier cet enfant qui le premier trouvait les solutions aux études d'échecs au cours de Melchior. De Capablanca, un ancien champion du monde d'échecs, on raconte qu'il apprit les échecs en regardant son père jouer et cela ne m'étonne pas davantage. Je veux bien crier au génie mais alors plutôt que de me référer à la force de l'intelligence je parlerais de la force du sentiment qui n'est pas trop ce que l'on évoque en matière de génie comme en matière d'échecs. Et ce n'est pas la jalousie qui me fait dire cela, pas plus qu'une mémoire et une intelligence défaillante, toutes deux fruit de l'âge mûr, mais plutôt un souvenir lointain que j'avais presque oublié et qui à l'occasion me revient. 

Il me revient qu'à mon plus jeune âge, et je devais à peine avoir huit ans tout au plus, que je faisais réciter à mon père le nom des pays du monde avec leurs capitales respectives. Comme je devais aimer mon père! Et ma mère aussi. Cela me surprend d'autant que notre relation devint très vite mauvaise au point que je n'eus plus de lui souvenir que des coups reçus et d'une mère absente. Mais il y avait pourtant eu avant Trinidad et Bamako et le Lichtenstein, de tout petits pays il est vrai, et Kuala Lumpur la capitale de la Malaisie, qui sont autant de noms qui me reviennent et je les connaissais tous, et avant que mon père les retienne je les retenais, tous ces pays et toutes ces capitales, simplement parce que je les lui lisais sur un Atlas pour lui en faire mémoire. Il est à n'en pas douter un âge où pour l'amour de son père et pour l'amour de sa mère on serait devenu un génie, mais je devais devenir un cancre et balbutier à chaque fois qu'on m'interrogerais pour dire des bêtises plus grosses les unes que les autres comme on pouvait me le reprocher. 

Maintenant que l'on change de matière si l'on n'accorde aucun crédit à cette idée de la force de l'amour, du sentiment, plutôt que de s'en référer toujours et essentiellement aux capacités intellectuelles qui en semblent dépourvues, elles, de sentiments, ou comme si le sentiment n'avait rien à voir avec l'intelligence, et je parlerais alors de poésie car on accepte mieux qu'un beau poème puisse être inspiré par un grand amour et ce n'est plus Capablanca qu'il faut citer mais Neruda, tous deux latino américain, parce qu'il ne faudrait pas non plus faire de la question du quotient intellectuel qu'une question européenne. 

Si j'en viens aussi à parler du quotient intellectuel c'est parce qu'il me vient aussi à l'esprit que mon petit frère fut le seul a avoir un quotient intellectuel suffisant pour qu'on en parle, comme il fut aussi le seul a être aimé suffisamment pour qu'on parle en ce qui le concerne d'amour. On peut discuter en famille de la vérité de ces propos mais pas du résultat de la réussite ou de l'échec qui s'inscrira dans l'esprit de tous et c'est qu'il n'y eut qu'un seul surdoué sur les trois frères que nous étions. L'Etat ou l'Ecole d'abord et la société ensuite ne fit que ratifier, c'est-à-dire que confirmer ou approuver dans la forme requise ce qui a été fait ou promis par les parents (qui n'avaient vu quand ce seul enfant une promesse d'avenir et cette seule promesse d'avenir fut leur seule promesse d'amour, celle à laquelle ils se tinrent toute leur vie durant). 

Oui, c'était mon petit frère qui trouvait hier les solutions au cours d'échecs de Melchior. Je n'avais déjà plus huit ans et lui seulement quelques mois quand c'était moi qui devait le garder dans son parc d'enfant tandis que mes parents s'absentaient, c'est comme ça que je commençais à l'aimer et qu'il reçut aussi mon amour en héritage, mais de qui me direz-vous a t-il hérité son intelligence et sa mémoire, et son quotient intellectuel que dans la famille personne n'a jamais atteint? Si vous ne faites pas alors cette relation entre sentiment et intelligence je vous mets bien au défi de comprendre les génies si l'on veut parler de génie, mais moi je vous dit qu'il y a pas plus de génie que ça, qu'un père et une mère derrière.

CITATION

Dans Mythologies, à La littérature selon Minou Drouet, Roland Barthes aborde à la fois le thème du génie, de l'enfance et de la poésie. 

"L'enfance et la maturité sont des âges différents… le miracle de Minou Drouet, c'est de produire une poésie adulte, quoique enfant, c'est d'avoir fait descendre dans l'essence enfantine l'essence poétique. L'étonnement ne vient pas ici d'une destruction véritable des essences, mais simplement de leur mélange hâtif. C'est ce dont rend bien compte la notion toute bourgeoise d'enfant prodige (Mozart, Rimbaud); objet admirable dans la mesure où il accomplit la fonction idéale de toute activité capitaliste: gagner du temps, réduire la durée humaine à un problème numératif d'instants précieux [ …] Mais que la société ne se lamente pas hypocritement: c'est elle qui dévore Minou Drouet, c'est d'elle et d'elle seule que l'enfant est la victime. Victime propitiatoire sacrifiée pour que le monde soit clair, pour que la poésie, le génie et l'enfance, en un mot le désordre, soient apprivoisés à bon compte, et que la vraie révolte, lorsqu'elle paraît, trouve déjà la place prise dans les journaux, Minou Drouet est l'enfant martyr de l'adulte en mal de luxe poétique, c'est la séquestrée ou la kidnappée d'un ordre conformiste qui réduit la liberté au prodige."

jeudi 22 août 2024

Un temps suspendu


Le temps est suspendu. Le cœur d'un homme vient de s'arrêter. Aussi les pendules ont été arrêtées. La salle de jeux a été évacuée. C'est maintenant la vie de cet homme qui est en jeu. Plus rien ne va plus. Dehors on attend les nouvelles du temps. D'un temps suspendu… S'il voulait bien reprendre son cours. L'homme à la vie est revenu. Dans les airs un hélicoptère. Grenoble est à tire d'aile. A nouveau le temps presse. Les joueurs sont revenus à leur jeu. Ils ont appuyé sur les pendules. Mais personne n'y est plus. Pendant un temps immensément long tout le monde n'a fait plus qu'un. Tous les cœurs se sont arrêtés. Tout le monde a vécu à l'aune de son temps. Celui de l'homme au temps suspendu. Puis, enfin, a repris le sien. Point d'interrogation sur le temps? Etait-ce un temps mort que ce grand ébranlement du temps où une vie allait chavirer? Je lis à temps mort: "Pause durant laquelle un sport est interrompu, destinée à conseiller les sportifs sur leur stratégie de jeu et les laisser se reposer quelques instants." Puisse t-on ainsi se reposer de la vie comme d'un jeu et reprendre cette vie comme un jeu, et que ce temps suspendu en ait amené plus d'un a réviser sa stratégie.

mardi 20 août 2024

L'échec et mat


Il y a un élément dramatique dans le jeu d'échecs c'est l'échec et mat. Pourrait-on aimer le jeu d'échecs sans la présence de cet élément dramatique? A n'en pas douter l'élément dramatique qu'il y a dans la vie est la mort. Aussi la question pourrait-elle se poser de si sans la mort on pourrait aimer la vie comme on l'aime qui serait donc un peu comme on aime le jeu d'échecs? On voudrait cependant autant que cela nous anime que cela soit sans conséquence pour nous, c'est-à-dire continuer à vivre, à persévérer dans son être écrivait Spinoza dans l'Ethique . Rien de mieux alors que de jouer aux échecs pour se désennuyer d'une vie d'où l'élément dramatique, qui en est pourtant la composante essentielle, qu'on pourrait presque dire vitale non sans encourir le risque de tomber dans un paradoxe puisqu'il s'agit ni plus ni moins que de la mort, a été écarté soigneusement, c'est-à-dire avec tous les soins et précautions que l'on peut apporter à sa vie comme à la vie d'autrui. Mais dans le jeu d'échecs la diversion va plus loin: car si à tout moment l'on peut être mis échec et mat, d'où cette tension extrême du joueur qui tient à gagner comme on tient à la vie, c'est l'autre qu'on veut mettre échec et mat: encore une fois l'on veut bien vivre l'élément dramatique, c'est même lui qui nous fait vivre comme on dit passionnément, mais ne pas en être personnellement affecté. Il y a dans la guerre ce même dévoiement, ce même divertissement, l'idée est de vivre pleinement, c'est-à-dire la vie non dénuée de la présence de cet élément dramatique: la mort. Mais il ne faudrait pas non plus qu'elle soit pour nous, pour nous qui voulons vivre comme nous voulons gagner la guerre qu'elle soit réelle ou symbolique comme sur l'échiquier. Aussi la noblesse de ce jeu n'est pas tant dans ce jeu, qui pouvait être autant que la guerre le passe temps des nobles, que comment les hommes y jouent, donnent mais aussi et surtout reçoivent l'échec et mat. Encore la vie pourrait elle être jouée si elle ne peut être vécue pleinement: il faut entendre ici la vie avec son élément dramatique: la mort. Aussi il ne faut pas croire que les enfants qui jouent à la guerre voudraient la faire. Ce n'est pas un apprentissage de la guerre, c'est un apprentissage de la vie avec son élément dramatique qui est joué comme pour être déjoué. Aussi les enfants sont bons aux échecs qui en délivrant l'échec et mat s'en délivrent. 

dimanche 18 août 2024

Qu'est-ce qui se joue ici


J'étais venu jouer aux échecs mais je ne savais plus ce qui se jouait ici. Je regardais les montagnes et je leur demandais alors, qu'est-ce qui se joue ici? Ne le voyez vous pas me répondirent les montagnes? Non, pas vraiment. Un soulèvement, lançais je, peu habitué comme je l'étais à tant de dénivelé. Nous nous sommes révoltés en effet il y a bien longtemps. Nous n'avons pas attendu pour ça l'arrivée des hommes. Me dirent les montagnes ou tout du moins ai-je crus les entendre dire. Mais je pensais à la révolution des élos les plus faibles contre les élos les plus forts parce que je venais de rivaliser contre un joueur placé plus haut que moi dans la hiérarchie des joueurs d'échecs. Puis, à nouveau, je regardais les montagnes. Comment aurais je pu les quitter des yeux elles étaient partout. Il y en avait de plus grandes et de plus hautes que d'autres. Mais vous n'êtes pas égales, m'exclamais je! Non, dominantes, eu-je pour toute réponse. C'est que tout parlait ici de domination. Aussi me revenait le mot de passe pour avoir accès au site où Xavier Parmentier entraîneur national d'échecs dispensait son savoir et son expérience qui pouvait tout aussi bien être savoir et expérience du monde et c'était domination. Votre révolution des élos semblaient me souffler les montagnes c'est la révolution des égos? Sans doute, acquiesçais je, dubitatif. Oui, chez nous aussi, dirent les montagnes, il y en a de plus dominantes que d'autres. Toujours on veut s'élever c'est comme une loi de la nature. Sans doute un peu agacé par cet appel aux lois et à leur caractère naturel, nature qui les légitimerait, voulais je les rappeler à plus d'humilité car je lançais: mais vous n'êtes qu'un petit plissement de terrain de rien du tout et vu de très haut on fait pas la différence entre vous. Ça suffit bien que nous entre nous on la fasse, répliquèrent en cœur les montagnes. Je les regardais dépité et dû bien avouer que c'était pareil pour nous les humains. Mais maintenant que vous nous voyez me dirent encore les montagnes vous voyez bien qu'il se joue ici quelque chose qui vous dépasse. Qu'est-ce qui se joue ici? J'étais venu jouer aux échecs mais je ne savais plus ce qui se jouait ici, que je finis par leur dire. On dit qu'on joue aux échecs et on sait à quoi on joue mais nous on dit rien, dirent les montagnes. Et c'est vrai que les montagnes gardait le plus grand silence, un silence qui semblait ici s'imposer à tous. Aux joueurs d'échecs aussi, comme quand ils rentraient dans la salle de jeux où, pour si jamais ils l'oublieraient, était marqué en gros et sur toutes les portes: SILENCE. Ici dominait le silence et les montagnes. Mais ce jour-là et comme je viens de le rapporter elles m'avaient parlé, ou tout du moins ainsi le croyais je, mais sans toutefois avoir répondu à ma question: qu'est-ce qui se joue ici? Peut-être qu'elles mêmes, me disais je, ne le savaient pas. Tout ce qu'elles voulaient c'est tout ce que tout le monde veut, car elles semblaient plus que tout me dire: lève un peu tes yeux de ton échiquier et tu nous verras, et, qui sait, peut-être te demanderas tu: qu'est ce qui se joue ici? Plus très sûr alors que tout se joue sur l'échiquier. Je leur dis que j'étais venu avec une famille. Nous aussi on est une famille qu'elles me répondirent et où chacun est a sa place et pas besoin de l'y remettre. Oui, mais qu'est ce qui se joue dans une famille? C'était une famille de joueurs d'échecs mais je voyais bien qui s'y jouait aussi autre chose. Mais les montagnes comme à leur habitude gardèrent le plus grand silence, à moins qu'elles m'aient parlé, à moins qu'elles y retournèrent seulement au silence et comme satisfaites. Satisfaites de quoi? de rien savoir. Elles n'avaient même pas su répondre à ma question, une question simple pourtant, et directe, et qui se posait à tous: qu'est-ce qui se joue ici?


A la famille Coll

samedi 3 août 2024

L'appariement


La société premier ou ultime appariement, cette phrase qui n'était pas encore une pensée me surprit dans mon sommeil. Je me levais pour tâcher de l'exprimer me disant que l'esprit était plus rapide que la conscience, que la conscience que l'on en avait et pouvait aussi travailler sans que l'on en ait conscience, en dehors de toute conscience qui est souvent ce qui lui ferait barrage. Comme je me mettais à réfléchir à cette phrase je pensais d'abord qu'appariement était un terme qui me venait des échecs. Avant que les parties commencent les joueurs d'échecs vont voir la liste des appariements où leur nom figure en face de celui de l'adversaire contre qui ils devront jouer. Aussi je me rappelais cette impression que ça me laissait: la même que de vérifier si je figurais sur la liste lors des nombreux examens auxquels il fallut que je me prête pour trouver "ma" place ou plutôt obtenir une place dans la société, pour être donc appareillé avec ceux qui deviendront soit des collègues d'études soit des collègues de travail, avec qui je devrais que je le veuille ou pas faire société et cela plus ou moins dans l'adversité où la société nous met, c'est-à-dire en concurrence les uns avec les autres, un avec qui est aussi un contre, d'où toute l'ambiguïté de la relation humaine, que dis-je, de la relation sociale, de la relation qu'il est donné à l'homme d'avoir selon l'appariement qui lui a été fait par la société. Il y a des joueurs d'échecs qui ne sont pas content de leur appariement. J'en ai vu s'en plaindre. Le trouver injuste. On dit cependant aujourd'hui que c'est à cause de la machine, qu'il ne peut s'en prendre qu'à la machine, l'ordinateur dont on sait servi pour faire les appariements. On a fait cependant entrer des données dans cet ordinateur. Il y aurait aussi "des magouilles" sur les appariements disent certains joueurs. Allez vérifier ça, ce n'est pas des plus simples. La société aussi devient de plus en plus compliquée ou complexe, un inextricable réseau de relations s'y noue qui ne peut se limiter à une société divisée par classes qu'on pourrait regretter au moment de diviser, de mettre d'un côté les bons et de l'autre les méchants ou de les séparer si l'on veut jouer à l'arbitre. Non, ce n'est plus si simple. Tout le monde se bat avec tout le monde parce que tout le monde peut être appareillé avec tout le monde. Encore une fois je dis avec et je pourrais dire contre, je dis avec parce qu'on parle de société et que la société dit que l'on est les uns avec les autres, mais moi je dis que l'on est les uns avec les autres comme on l'est sur une liste d'appariement aux échecs. Le premier appariement c'est la première ronde mais il y en aura d'autres de rondes et d'appariements, mais l'angoisse est la même devant le premier que devant le dernier: après les salutations d'usage, la poignée de main que l'on sert en se souhaitant mutuellement bonne partie, il faudra se battre sur l'échiquier et faire en sorte que l'autre la perde cette partie, qu'elle soit bonne pour nous et pas pour l'autre à qui on la cependant souhaité bonne et qui va l'avoir mauvaise s'il la perd. Avec ça on est pas forcé non plus d'être ennemis. Avec ça on peut encore être amis. Et j'ai des amis avec qui j'ai été appareillé. Contre qui j'ai gagné ou perdu. Mais il faut dépasser ça comme on surmonte un obstacle pour être amis, et même si on est amis on se fera pas de cadeaux sur l'échiquier comme on se fait pas de cadeaux dans la société, après seulement, après et si on est amis quand même, malgré la société, malgré le premier ou ultime appariement. Enfin, et pour conclure: il n'est rien qui ne soit que ce que nous nous représentons être et la société n'est pour moi qu'un vaste et complexe appariement (qui ne serait plus seulement imputable à l'homme mais aussi à la machine).

mercredi 31 juillet 2024

Le temps (ou la partie d'échecs)


C'est l'ennemi juré de l'homme qu'il soit joueur d'échecs ou pas. Qu'il soit joueur d'échecs ou pas son temps est compté. Et qu'il le compte ou qu'il ne le compte pas il finira toujours par passer. Aussi qu'il soit un roi ou que seulement il se donne des allures de roi et s'il échappe à toutes les menaces qui peuvent peser sur lui (d'être mis échec et mat) il n'échappera pas au temps. Aussi qu'il connaisse ou ne connaisse pas la gloire, car si la gloire peut le rendre immortel son temps lui finira par s'épuiser, son temps passera et il passera avec son temps. On ne peut être de tous les temps même si l'on est roi ou couronné de gloire. On est de son temps. Son temps à la pendule. Et même si on ne le voit pas passer (parce que l'on a pas toujours le regard rivé sur la pendule) il passe. On ne sait pas quand parce qu'on ajoute les années au lieu de les retrancher mais le compte est un compte à rebours qui a commencé depuis qu'on est né. Depuis qu'on est né nos jours sont comptés. Qu'on soit joueur d'échecs ou pas. Qu'on soit roi ou pas. Et que l'on prenne tout son temps ou pas. De qui d'ailleurs pourra t-on dire qu'il n'a pas pris tout son temps lorsqu'il ne lui en restera plus à vivre. Qu'il l'ait passé à jouer ou à régner. Qu'il soit joueur d'échecs ou roi. Qu'il se soit couvert de gloire ou couvert de honte. Qu'il est économisé ou perdu son temps. Cela ne change rien au bout du compte. Pour tout le monde le temps efface l'ardoise. Bien qu'il y en ait qui le croit il n'y a plus rien a payer, plus rien qui n'ait déjà été payé ou pas. C'est qu'au bout du compte le temps n'est pas aussi vache qu'on le croit. Et pas davantage avec les joueurs d'échecs qu'avec les rois, parce que ça aussi c'est ce que l'on croit. Une fin de règne c'est comme une fin de partie d'échecs. C'est fini de jouer. C'est fini de régner. Et l'homme aime jouer. Et l'homme aime régner. Mais le temps à cette fin alloué a expiré. C'est dans une petite boite que l'on met le roi, la même où l'on met les autres pièces qui ont joué.

NB

A retenir: le tampax n'est la propriété d'aucune firme ou société.

dimanche 28 juillet 2024

Le noble jeu


On dit que le jeu d'échecs est un jeu noble, mais les nobles sont les Maîtres et les Grands Maîtres, la bataille qui fait rage est moins noble pour la piétaille et ses crocs en jambes et ses coups bas et ses petites lâchetés, ses faits d'armes comme ses refus du combat. Je me suis bien entendu avec cet homme, on a convenu ensemble d'une nulle et ce n'était pas une nulle de Grand Maître, La Nulle immortelle, vous pouvez bien me croire, on ne voulait simplement plus se battre, on s'est serré la main et on a quitté la table, laissant les pièces sur l'échiquier en ordre de bataille et comme livrées à leur sort aveugle et sourd et muet, n'y voyez la rien de noble. Quant aux crocs en jambes et aux coup bas c'est comme ça que j'appelle la tactique aux échecs quand il n'y en a pas tant de crocs en jambe et de coups bas au niveau des Maitres et des Grands Maîtres qui sont aussi des grands maîtres en stratégie, déjouant souvent la tactique ou celle-ci n'étant que le fruit de leur stratégie; quand elle est pour la piétaille que le besoin d'en découdre, que la foire d'empoigne, que la volonté de mettre tout sens dessus dessous, souvent s'y adjoint l'ignorance des règles les plus élémentaires du savoir vivre ou de fair-play. Il suffit de participer à un tournoi d'échecs pour se voir ainsi confronté à l'adversité ce qui est connaître l'adversaire, comment il se bat, comment il vous bat ou comment vous le battez, et à moins d'être Maître vous ne le ferez pas de la meilleure manière qui soit. C'est pourquoi je m'explique mieux cet homme qui ne voulait plus combattre sur l'échiquier mais aimait toujours les échecs. Il n'aimait en réalité plus que les parties de Maîtres et de Grand Maîtres. La beauté des échecs n'est pas dans toutes les parties d'échecs, loin s'en faut, et je crains qu'il en soit de même de la guerre et que tout ce qui se bat n'est pas beau à voir car il n'y a pas que le meilleur de l'homme qui se bat, c'est d'abord ses pires instincts qui le conduisent à la bataille, mais comme l'adversaire peut nous rendre la victoire difficile, mais comme l'on ne peut vaincre qu'avec nos instincts ou qu'avec instinct, il faut alors s'élever à un niveau de jeu qui n'est plus primaire, qui fait appel à l'intelligence, pas seulement à la volonté de vaincre qui est la volonté de vivre (ou de survivre), à l'intelligence et à l'expérience qui est aussi l'expérience de nos aînés, il faut alors connaître l'histoire des échecs, embrasser un large savoir, plus que séculaire, aussi que réprimer ses instincts qui toujours veulent manger. Le Grand Maître ne pense pas qu'à manger, qu'à manger des pions ou des pièces d'échecs. C'est un premier stade que doit dépasser le joueur d'échecs expérimenté. Mais il n'est pas Grand Maître pour autant et comme je ne le suis pas moi-même ce serait beaucoup extrapoler que de vous dire le long, très long chemin, qui lui reste à faire, pour atteindre au jeu noble qui est l'apanage des Maîtres et des Grands Maîtres. Mais j'en ai vu quelques uns et à certains d'entre eux je leur ai même trouvé une attitude noble, qui sait si d'une ancienne noblesse qui n'a plus cours. Il ne me faudrait cependant pas trop sur elle épiloguer. Le silence qui s'impose lors d'une partie d'échecs s'impose ici à moi. La partie n'est pas encore finie. On joue toujours et encore aux échecs, ce noble jeu.