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jeudi 19 mars 2026

Les femmes bien pleines


Tayeb qui lui disait qu'il aimait les femmes bien pleines, eh bien, il ne savait pas lui s'il aimait les femmes bien pleines mais que ça lui avait fait du bien d'en revoir avenue Marceau et sur les Champs Elysées après qu'il soit sorti de l'Institut Cervantes parce que là il y avait une anorexique dont il avait lu le livre et qui en avait parlé de son livre et un peu de l'anorexie ce mal qui avait selon elle frappé et continuerait de frapper, il suffisait de la voir pour le constater, les adolescentes qu'elle n'était plus mais anorexique un peu encore vu son état de maigreur. 

Il avait même appris quelque chose sur l'anorexie parce qu'il avait toujours entendu dire que ces adolescentes voulaient plus manger pour ressembler aux icones de la mode et de la beauté quand Rosalio, l'autrice, parlait elle plutôt de reprendre possession de ce corps qui semblait ne plus lui appartenir mais à la société, lui commander enfin ce que la société ne lui commandait pas, de déplaire quand il voudrait plaire, toujours répondant aux injonctions de la sociétés, mais toujours Rosalio il répondait aux injonctions de la société, qu'il aurait aimé lui dire, dans un cas comme dans l'autre, dans un cas à une société qui fonctionnerait bien et dans l'autre à une société qui ne fonctionnerait pas bien.

Il voyait ces femmes bien pleines sur les Champs Elysées comme les aimait Tayeb qui aimait les femmes et la vie et c'était comme si Tayeb c'était la société et qu'il aurait appris ça de Rosario, l'écrivaine  et qu'il pouvait comprendre maintenant et grâce à elle, Rosario, pourquoi lui il aimait aussi ou plutôt les femmes qui étaient pas bien pleines, un peu maigres, on dit minces, parce que si c'était aussi la société c'était la société qui fonctionnait plus très bien. Et il pensait alors aux pigeons de Paris qu'il voyait bien gras un peu partout et qu'un peu partout on les nourrissait  comme la société nourrit ces femmes bien pleines jusqu'à cet homme un clochard qui pourtant ne devait pas avoir de quoi se nourrir et qu'il avait vu lui les nourrir aux pigeons de Paris et c'était marrant que ces pigeons de Paris le renvoyait aux champignons de Paris qui étaient bien pleins, eux aussi.

Mais si on y regarderait de plus près il pourrait y avoir un pigeon à qui il lui serait arrivé quoi que ce soit de mal, qui ait une patte en moins ou reçu un coup dans l'aile, et c'est ce qui était arrivé à Catalina la protagoniste dans le livre de Rosario, qu'elle avait été presque violée enfin sexuellement agressé, c'est-à-dire que ça lui avait pas plu, que ça avait dû pas être le bon moment ni la bonne personne et que ça peut arrivé des fois que ça coïncide mal quand tant d'autres fois ça peut bien coïncider, même s'il fallait forcer un peu, que ça se faisait jamais tout seul mais quand même naturellement dans la plupart des cas, et il repensait lui aux pigeons gras et bien nourris de Paris qui roucoulaient tandis que grassement et voluptueusement ils se déplaçaient en sautillant gaiement sur les pelouses récemment tondues de la capitale et à ses femmes bien pleines de la capitale aussi qui devaient bien manger, bien boire et bien baiser aussi comme on dit trop vulgairement, mais la vie aussi était vulgaire et c'est pourquoi il avait toujours eu un faible lui pour les femmes comme Rosalio ou presque comme Rosalio, minces mais pas maigres, il allait pas jusque-là, peut-être que la société de son temps non plus elle n'allait pas jusque-là.

Il y avait bien une société qui s'aimait pas, qui aimait pas son corps, le corps social, comme Catalina qui n'aimait pas son corps, une société qui rejetait le corps social, comme Catalina rejetait son corps, et on aurait pu dire alors que c'était un phénomène de société, propre à cette société comme à Catalina, et que Catalina qui voulait pas de cette société, en faire parti, en faisait encore parti mais de façon maladive. Il avait cru comprendre quelque chose comme cela dans Freud, ce livre Malaise dans la Civilisation, et son explication de psy et son Surmoi qui était comme ce mal qu'on aurait voulu prendre sur nous et qui finalement aurait pris possession de nous, auquel on finirait par obéir malgré nous comme Catalina elle finirait malgré elle par obéir aux injonctions de la société, d'une société malade qui ne s'aimerait plus et comment pourrait-elle s'aimer si elle était malade. Il repensait à Tayeb et aux femmes bien pleines et qu'il faudrait qu'il arrête lui avec les femmes pas bien pleines, qu'il retourne aux femmes bien pleines comme on retourne à la vie, à une vie qui n'était peut-être plus la vie de son temps ni celles des femmes de son temps qui parlaient toutes de viol, comme si ça se passait toujours mal pour elles et avec les hommes, que la relation elle était plus bonne et qu'il fallait qu'elle soit bonne la relation pour qu'elles soient bien pleines. 

lundi 18 avril 2022

La sagesse

 

Etre sage comme une image, c’est à quoi le renvoyait d’abord la sagesse, à l’enfance, aux images que gagnait l’enfant à être sage et acquérant cette sagesse par les connaissances scolaires, livresques ; quand en pensant à la sagesse on pense plutôt aux anciens les sages et c’est en effet qu’elle nous renvoie aussi à l’enfance de l’humanité, au berceau de la civilisation. Il voyait le chemin de la vie comme balisé, parsemé des petits cailloux laissés par tous ceux qui avant lui l’auraient emprunté pour le rendre plus sûr, plus praticable, plus éclairé par le faisceau lumineux de leurs connaissances. La sagesse inclinait à la prudence, aux pas lents et mesurés, à suivre la voie toute tracée par l’homme. Non, ce n’était pas s’aventurer en terres inconnues. Aucune envie de frayer avec le mystère sinon pour le rendre plus rassurant, plus humain. Et l’on confondait trop la philosophie et la sagesse quand l’une inquiétait et l’autre rassurait ou n’avait pas d’autre but que de rassurer. C’est pourquoi il plaisait tant de lire les anciens, les Grecs, le fondement de la civilisation, les premiers petits cailloux semés sur le chemin de l’humanité savante et sage. Puis ces philosophes de l’ancien monde qui les reprennent et avancent avec eux : Alain, Montaigne, qu’on appelle des philosophes mais qui sont avant tout des sages et pourquoi pas des poltrons, car il y a aussi un peu de ça dans le sage, une prudence éperdue qui cherche à se rassurer et en se rassurant rassure les autres, on ne peut pas leur en vouloir sinon en bien, le destin de l’homme est si tragique, est si troublant, est si ignoré, qu’aucune connaissance ne pourra jamais venir la combler cette ignorance, qu’ils ne veulent pas se l’avouer. Quand il y a des philosophes terribles qui sont les véritables philosophes mais aucunement des sages, tout prégnant d’angoisse, d’une angoisse contagieuse, qui n’ont plus aucune prétention à la connaissance, qui n’ont que défiance et qui sait si parfois malveillance envers l’homme. Les chemins qu’ils empruntaient étaient des chemins scabreux, torturés comme eux, qui ne promettaient pas une promenade réjouissante ; et c’étaient les plus téméraires, les plus aventuriers des hommes qui pouvaient les ouvrir à l’humanité, y aller en éclaireurs, au péril de leur vie et de leur santé mental, car ils s’étaient par trop éloignés de cette équilibre si cher aux anciens, aux Grecs, d’Alain, de Montaigne, des sages qui n’ont pour toute philosophie que la sagesse.