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vendredi 1 mai 2026

Les sans abris


Est-ce qu'il avait le droit de parler de la société comme il en parlait et c'était rarement en bien? Pour qu'il en arriva à ce poser cette question il fallut qu'aux Halles et parce qu'il ne pouvait prendre la ligne 4 qu'un agent lui conseille d'aller jusqu'à Gare du Nord puis là de prendre le bus 56 qui allait jusqu'à Porte de Clignancourt.

A Gare du Nord il décida qu'il irait à pied jusqu'à Porte de Clignancourt et de là à Saint Ouen chez son ami Louis et Rosana et la première chose dont il leur fit part en les voyant c'est son étonnement devant le nombre de gens qui vivaient dans la rue parce que ça se voyait qu'ils n'avaient pas d'autre logement que la rue où tous leurs biens qui tenaient en quelques sacs étaient rassemblés à côté d'eux.

Rosana acquiesça et proposa un petit café, Louis disposa les pièces sur l'échiquier. On allait jouer aux échecs. On jouait aussi aux échecs au café de La Régence pendant la révolution. Et c'était un bourgeois de Saint Maur qu'ils accueillait parce qu'il n'y avait qu'un bourgeois qui puisse être bouleversé par ce spectacle de la misère qui semblait avoir pris place dans la rue sans plus déranger ni inquiéter personne.

De retour chez lui à Saint Maur il en parla encore à Tayeb tellement ça l'avait remué mais Tayeb connaissait disait-il ces coins là et ça ne l'étonnait pas. Il comprit alors pourquoi ça l'interrogeait à lui et c'est qu'il se disait que si à une de ces personnes qui vivaient dans la rue on avait demandé ce qu'elle en pensait de la société il n'était même pas sûr qu'elle en aurait dit du mal.

C'était comme les ouvriers mal payés qui se plaignaient pas tandis que ceux mieux payés eux se plaindraient. C'était comme les accidentés de la route les accidentés de la société. C'était celui qui pouvait encore crier qui criait. Et ce qu'on voudrait alors c'était lui enlever le droit de crier au nom de tous ceux qui ne criaient pas, quand c'était parce qu'ils ne pouvaient pas crier, qu'il se disait encore, qu'ils ne criaient pas.

Et si la vie de ces hommes et la sienne devait se croiser tous les jours qui rendrait la vie impossible à l'autre? Et si la vie était possible pour lui autant qu'elle était possible pour eux n'était ce pas justement parce que leur vie n'avait pas à se croiser sinon accidentellement et de façon tout à fait provisoire et aléatoire.

On pouvait pas accueillir toute la misère du monde chez soi et c'est pourquoi elle était dans la rue, parce que la rue elle était à tout le monde. Y en a qui dirait que c'était plus la France. Mais ce serait plus non plus l'Allemagne, plus l'Espagne, plus … Parce que la France serait riche aussi que l'Allemagne aussi que l'Espagne aussi que … 

Parce que la richesse n'était pas non plus à tout le monde? Parce que tout le monde n'avait pas un toit? Parce que tout le monde n'avait pas un toit il en avait vus sous de grands porches où autrefois devaient passer des calèches et leur riche équipage. Est-ce que ça lui avait passé l'envie de se plaindre? Mais qui se réjouirait d'un tel spectacle? Oui, voilà son dépôt de plainte contre la société et pour les sans abris. 

jeudi 26 décembre 2024

La belle mentalité


Je ne peux m'empêcher d'exprimer la belle mentalité qu'en des termes orduriers qui ne m'ont été que trop rapportés: " Il faut que tu en chies comme j'en ai chié". Oui, belle mentalité! qui fait que la société est ce qu'elle est sans grand espoir de changer puisque tout le monde est appelé par tout le monde "à en chier".

Cependant celui qui vous dit: "Il faut que tu en chies comme j'en ai chié" pense lui avoir changé parce que sa condition matérielle aurait changée, mais c'est oublier que lui n'a en rien changé parce qu'il est toujours le digne représentant de cette société où il faut en chier, parce que qu'on en passe par lui comme que l'on en passe par cette société c'est pareil: "il faut en chier".

T'as donné une pièce à ce mendiant c'est que t'as rien compris au fonctionnement de la société, me dit-il. Imagine que ce mendiant voit sa condition matérielle changer et que ce soit lui et non pas toi qui passe alors devant un autre mendiant, tu crois qu'il lui donnera une pièce ou qu'il lui dira plutôt: "il faut que tu en chies comme j'en ai chié".

Mais, pensais-je, il n'y  a que s'il lui donne la pièce qu'il a vraiment changé, qu'il n'est plus celui qui quémande mais celui qui donne, qu'il ne se voit plus en mendiant, qu'il ne se voit plus en celui qui en a chié, et ce n'est pas se rappeler d'où l'on vient, car cela aussi m'a été que trop rapporté: "rappelles toi d'où tu viens". Belle mentalité de ceux qui viennent avec leur hargne, leur rage, leur soif de revanche, qui n'ont pas oublié qu'ils en ont chiés et qui pour autant me font chié, nous font chiés. 

La culture


Un vernis de culture qu'on dit que vous auriez, mais si toute la culture n'était que du vernis, prenez, pire encore, du maquillage, ce maquillage dont dame société se parerait. Il y a bien une allégorie de la liberté. Acceptez cette allégorie de la société, cette dame que vous direz plus ou moins belle ou plus ou moins laide mais fortement maquillée: plus la société serait civilisée plus elle serait maquillée, aurait besoin de ce maquillage pour vous plaire, pour vous séduire, pour vous conquérir, car il n'y a pas plus de belle femme qu'il n'y a de société qui ne rêvent de conquêtes.

Sans l'art, me disait un ami, je ne pourrais pas vivre, il voulait dire sans la culture, mais nous en sommes tous là mon bon ami, à dire que nous n'aimons pas cette société mais que nous raffolons de sa culture, de son art, de son artifice, de son maquillage. N'est-ce pas pourtant aussi aberrant que de dire à une femme que ce n'est pas elle que l'on aime mais son maquillage, tout ce qu'elle s'est mis sur le visage pour en masquer la dureté, l'âpreté, et l'âge, parce qu'elle n'est plus toute jeune notre société et pourtant veut encore se faire aimer de nous, ce qui crûment et clairement signifie avoir sur nous l'adjacent, nous dominer.

Des adorateurs de vernis, de peinture, de maquillage, voilà tout ce que nous sommes nous épris de culture qui ne savons même pas aimer dame société et lui préférons le badigeon ment, les apprêts. Considérer sous cet angle me voilà du coup déniaisé devenu soldat ou homme d'affaires, me battant avec elle à découvert, lui criant à gorge déployée: c'est toi que j'aime dame société et pas ton maquillage, c'est pour toi que je me bats, pour ce que tu es et non pas pour ce que tu veux paraître, je connais ton vrai visage et ta nudité et ton désir pareil au mien qui est désir de consommation. Je laisse au grand masturbateur de la culture et de l'art ton image tandis que j'épouse ton corps et te baise.

CITATION

Dans Expérience et pauvreté de Walter Benjamin on peut lire: "Ils ont partie liée aux hommes qui ont fait du renouveau complet leur affaire et l'ont fondé sur l'intelligence et le renoncement. Dans ses édifices, ses images, ses histoires, l'humanité se prépare à survivre, s'il le faut, à la culture"

vendredi 19 juillet 2024

Allez à Saint-Ouen!


Je ne saurais dire si personne ne s'y retrouvait ensemble mais tout le monde s'y retrouvait avec les autres. Je ne saurais non plus dire s'ils goûtaient à ce vivre ensemble si prôné par les politiques du moment et de la circonstance mais qu'une longue habitude ou accoutumance d'être effectivement les uns avec les autres les tenait ensemble. Sans doute aussi hébergeaient-ils chacun en leurs méninges un monde de préjugés mais c'était alors un monde soigneusement gardé parce qu'ils tenaient aussi à s'entendre et cela se voyait qu'ils tenaient aussi a être heureux ensemble parce que sinon que venaient-ils faire tous dans ce parc à Saint-Ouen, ils auraient aussi bien pu rester chez eux ce jour là. Mais non ils étaient tous ensemble dans ce parc à Saint-Ouen, non loin de la Seine et du village olympique et d'une église romane qui fut tout ce qu'il me fut donné de voir en la compagnie de Louis mon ami et de sa femme Rozana. J'étais comme cet aveugle qui a besoin de guides et ce que je n'avais jamais vu de mes propres yeux ils me le montraient. Et s'il vous faut le voir pour le croire je vous dit: allez à Saint-Ouen! Sans doute y verrez vous des femmes voilées, des noirs et des moricauds, beaucoup de basanés. Certes, le blanc n'y est pas la couleur dominante, mais il s'y marie bien. C'est le mariage des couleurs. C'est le mélange des odeurs. C'est la symphonie du Nouveau Monde qui parle plusieurs langues et souvent ce sont des voix jeunes car elles se faisaient entendre de moi comme de tous ceux qui étaient là. Je me disais que c'était un espace privilégié mais dont cependant personne ne parlerait parce qu'il ne s'y passait rien de mauvais. Un bien être dans l'herbe et près de l'eau. Un bien être qui se passe de commentaires. Un bien être sans mémoire. Un bien être qui ne restera pas dans l'histoire. Rozana parlait de bio diversité mais ce n'était bien sûr pas à l'espèce humaine qu'elle se référait Rozana. Cependant je dirais. Non, je ne dirais rien. Il y a tant de choses qui se disent en la matière et qui ne sont pas vraies ou qui s'avèreront n'être pas vraies ou vraies qu'après. Je gardais moi aussi en mes méninges, car je n'en étais pas indemne, un monde de préjugés, car il me fallait aussi ouvrir mes yeux d'aveugle sur la réalité du moment et du lieu où je me trouvais être. Trop simple le bonheur. Trop bête le bonheur. Il suffit de ne pas y penser pour l'être: heureux. Heureux sans mauvaises pensées mais heureux aussi sans bonnes pensées car l'idéal reste inaccessible tandis qu'en ces lieux on se contentait de vivre, paisiblement faudrait-il ajouter, mais pourquoi? Peut-on vivre autrement que paisiblement? Une longue habitude, une longue habitude seulement, de se côtoyer seulement, comme de marcher, comme de danser, sans se marcher sur les pieds seulement. J'entendais dernièrement à la radio à propos de la Nouvelle Calédonie un calédonien blanc qui n'avait rien compris dire: chacun chez soi et tout le monde il est content. Allez à Saint-Ouen vous les calédoniens blancs, allez dans ce parc à Saint-Ouen, non loin de la Seine et du village olympique et d'une église romane et des cités, oserais-je ici encore ajouter, et vous y verrez des femmes voilées, des noirs et des moricauds, beaucoup de basanés, le blanc n'y est pas la couleur dominante, qui auraient bien pu rester chez eux ce jour-là plutôt que de se rassembler sans volonté outrancière et manifeste de rassemblement, sans rien manifester d'autre que le bonheur de vivre, oserais-je encore ici ajouter: le bonheur de vivre ensemble, car ils se voyaient comme jamais il ne m'avait été donné de les voir (en l'absence de mes guides), car ils s'entendaient comme jamais il ne m'avait été donné de les entendre (en l'absence de mes guides). Allez à Saint-Ouen! Je vous en conjure allez à Saint-Ouen! Et si vous n'êtes pas plus capable que moi d'y aller seul je vous propose Louis mon ami et sa femme Rozana comme guides, mais allez à Saint-Ouen! 

mercredi 3 juillet 2024

A ceux qui vont voter


A ceux qui vont voter on a passé les consignes. A ceux qui pour si des fois ils pensaient que leur vote est un vote libre et souverain on a passé les consignes. Ces mêmes consignes qu'on leur a passées il y a quelques années: de voter contre. Sans doute il y a quelques années on s'est rendu compte que cela ne marchait plus de leur demander de voter pour, alors maintenant on leur demande de voter contre, et sans doute aussi que ça va marcher encore pour quelques années, mais, comme tout change, il faudra à nouveau changer les consignes de vote, de ce vote qui est libre et souverain, de ce vote qu'on ne voudrait pas être contraint, mais voilà on évoque la nécessité: les choses font qu'il est nécessaire de voter contre. Et qui n'aime se plier a aucune nécessité n'aille pas voter. Alors cependant la nécessité s'imposera à lui malgré tout, car personne n'échappe à la nécessité, pas plus que personne n'échappe à la mort. Oui, mais je n'irais pas en plus lui déposer dévotement mon bulletin de vote. La nécessité est historique, personne n'échappe à l'histoire. Oui, mais je n'aime pas votre histoire au point de voter pour sa continuité: une condamnation à perpétuité. Laissez moi me gouverner! Voilà j'ai voter pour moi. S'il y avait un vote libre chacun voterait pour lui, pour être libre, non pour être gouverné. Mais encore la nécessité me sera rappelée: il faut vivre en société. Mais qui est la société? Ceux qui ont passé les consignes? Ce ne sont donc pas ceux qui nous rendent libres ceux qui nous envoient voter. Et puis il y a la télé, le petit écran c'est le visage parlant de la société, tout le monde l'a vu, tout le monde l'a écouté: il a dit qu'il fallait aller voter, et pas seulement il a dit qu'il fallait aller voter mais qu'il fallait aller voter contre. Pour cela il a évoqué la nécessité. Encore une fois la nécessité fait loi. Pardonnez moi si je n'aime pas cette loi de la nécessité, si je ne trouve pas qu'elle fasse de moi un être libre, libre d'aller voter, pas plus que d'aller faire ces nécessités. 

vendredi 31 mai 2024

La société du mérite


Quand il avait raconté ça à Roland, Roland sans trop s'en étonner lui avait dit que c'était pratique courante, et c'est vrai qu'il y avait bien deux cas au moins qu'il pourrait citer hormis le sien personnel qui était des moindres et il n'en avait pas souffert. Ce procédé était devenu si fréquent qu'il était reçu comme naturel. C'était pourtant aux fondements même de cette société qui serait la société du mérite qu'il portait un coup, un coup qui était un coup bas.

Rosana à qui il avait parlé hier et c'était chez elle où il y avait entreposé ses œuvres à elle faites de bric et de broc et cela ne voulait pas dire que ce n'était pas de l'art ou un art mineur mais qu'il était fait de matériaux de récupération qui était ce que jetait notre société. Avec ce que jetait notre société Rosana faisait de l'art, à ce à quoi d'autres ne donnaient aucune valeur, sinon une valeur de rebus, Rosana donnait une valeur inestimable qui est la valeur de l'art. Toute la personnalité de Rosana était dans l'œuvre de Rosana, aussi bien que dans la toile d'un peintre on pouvait y reconnaître la touche du peintre, dans cet assemblage composite de matériaux hétéroclites autant que dans le thème choisit on pouvait y reconnaître la patte de l'artiste Rosana autant que l'esprit de Rosana. Il n'empêche que l'entreprise où Rosana travaillait avait un jour lâché Rosana qui au lieu d'entreposer dans des galeries faisait maintenant de ses œuvres son ameublement et décor intérieur. Rosana disait qu'on est porté comme par un courant et que ce courant ne la portait plus. Rosana parlait de la nécessité d'être dans un réseau. Et la société qui avait pendant un temps employé Rosana lui avait ouvert ce réseau. Mais il se trouvait que cet entrepreneur, son employeur, aurait un jour lui-même été entrepris sévèrement par sa femme, artiste qui n'avait pas d'autre mérite que celui d'admettre par ses actes mêmes qu'il n'en avait pas, et c'était de reprendre le travail de l'autre à son compte, et c'est ce qu'elle fit en reprenant celui de Rosana. Depuis Rosana n'avait d'autre choix que d'encombrer son intérieur de sa production, tandis que les matériaux divers y contribuant, qu'elle continuait à glaner ici où là dans son insatiable quête artistique, s'accumulaient à l'extérieur, dans le jardin de la maison.

Pour Roland, comme dit précédemment, bien que c'était l'autre cas qui venait à continuation dont il lui avait parlé, c'était pratique courante dans le monde du travail, parce que Roland il était déjà dans le monde du travail quand lui usait inutilement ses fonds de culottes sur les bancs de l'université, pas si inutilement que ça cependant puisqu'il y appris qu'il n'était pas rare que les doctorants se voit repris leur thèse, non pas ou rarement dans leur intégralité mais dans ce qu'il y avait de meilleur, par les maîtres de conférences. Et il ne manqua pas de s'en rappeler quand Rosana lui raconta ce qu'il lui était arrivé sans trop en vouloir non plus à personne parce que Rosana n'était pas non plus née de la dernière pluie, juste une pointe de résignation qui faisait mal à voir et le renvoyait à son Blog où il écrivait avec ce secret espoir qu'un jour quelqu'un le lirait, lui qui vivait loin de tout réseau qui le porterait, comme Rosana désormais, Rosana qui gardait néanmoins le secret espoir qu'une galerie d'art reçue ses œuvres, tandis que chez elle l'espace vital se réduisait comme une peau de chagrin, et il y avait un vieux fauteuil désossé qui attendait de devenir œuvre d'art, Rosana ne sachant pas encore ce qu'elle en ferait.

Il y avait ce Black à la RATP avec qui il avait sympathisé un peu et c'est pourquoi il lui avait dit le Black qu'il ferait procès à la RATP, mais c'était peine perdue que de faire procès à la RATP, c'était comme vouloir faire procès à la société tout court, c'était encore comme vouloir enlever aux gens cette ultime croyance qu'ils avaient et c'était la croyance en la société du mérite, ce mérite qu'on lui avait volé à lui comme on l'avait volé à Rosana. Il le voyait au Black malmener un peu il est vrai, et c'était soi disant ce qu'on lui reprochait et pourquoi on finirait par le virer, les jeunes recrus du service de sécurité de la RATP à qui il apprenait les rudiments du métier, mais c'était rien encore par rapport à l'armée, et tous ils avaient fait l'armée, leur service militaire qui était alors obligatoire, et tous ils devaient penser que c'était rien par rapport à l'armée. Lui il l'aimait bien au Black et il trouvait que c'était pas juste qu'on le vire comme un malpropre surtout qu'il connaissait bien lui le fin fond de l'histoire. Et le fin fond de l'histoire c'était que son secondant au Black, celui qu'il pouvait voir à côté de lui tandis qu'il enseignait le Black aux nouveaux agents de sécurité le maniement du tonfa, et comment on faisait une interpellation, puis une clé au bras ou une immobilisation, enfin comment on mettait hors d'état de nuire le contrevenant à l'ordre publique, il se contentait de regarder, d'enregistrer comme on dit, parce qu'il savait déjà qu'il prendrait sa place, parce que c'était lui qui avait une mère bien placée dans la société (le fameux courant qui vous portait dont parlait Rosana) et qu'on l'avait mis là pour qu'il prenne sa place au Black, mais lui qui savait rien il fallait d'abord qu'il apprenne tout de l'autre avant qu'on le remercie à l'autre, comme la société avait l'habitude de remercier ceux qu'elle utilisait et qui n'en faisaient pas vraiment partie de la société, d'aucun réseau de la société, parce que la société fonctionnait par réseaux, y en a qui parlait encore de classes sociales mais les classes sociales c'était plus qu'une vieille histoire, maintenant on parlait plus que de réseaux, qu'il fallait être dans un réseau, que si on était pas dans un réseau on était pas dans la société, et que le mérite c'était à ceux qui étaient dans la société et c'étaient ceux qui étaient portés par un réseau qui étaient dans la société.

Mais avant de rentrer à la RATP comme agent de sécurité il avait travaillé au Gymnase Club de Monceau comme prof de culture physique et, pour rendre service aux culturistes, il avait commencé par acheter quelques ceintures de musculation qu'il leur revendait il est vrai un petit peu plus cher que le prix d'achat, il se faisait une marge bénéficiaire comme on dit, mais c'était encore rien par rapport à ce que se faisait son collègue quand il l'apprit et se mit lui aussi à vendre mais d'autres articles plus coûteux et moins utiles que les simples ceintures de musculation, et avec plus de marge. Le commerce prospérait quand ils furent tous les deux appelés à la direction des Gymnases Club et qu'on leur interdit formellement sous peine d'amende et de perdre leur emploi de vendre quoi que ce soit ( le bruit courait qu'à la tête des Gymnase Club il y avait un avocat). Ça eut pour effet immédiat de les arrêter net dans leur élan commercial. Un, deux, trois, quatre, cinq ... ils ne comptaient plus que le nombre de séries et de répétitions dans les cours de gym et en salle de musculation, mais ils n'avaient plus rien d'autre au bout du compte que leur maigre salaire. La meilleure dans tous ça c'est qu'il fallut pas moins d'un mois ou deux au Gymnase Club pour faire boutique dans l'enceinte même du Club et cette fois-ci en ajoutant à leurs produits la marque Gymnase Club ce qui en augmenta encore plus la marge bénéficiaire. Ils pourraient toujours s'enorgueillir d'en avoir été à l'origine que personne ne les croirait et que c'était pas tout à fait vrai non plus, ils n'avaient jamais eu autorité pour, il suffit pas d'avoir les idées comme on dit, comme on dit que les français ils ont pas le pétrole mais ils ont les idées, mais on oublie d'ajouter que quand on n'a que les idées on vous en dépouille des idées, qu'il suffit pas d'avoir les idées, qu'il suffit pas non plus d'avoir le mérite, qu'on peut vous en dépouiller aussi du mérite, que c'est même une pratique courante qu'il dit Roland, et Rosana elle dit que sans réseau qui vous porte … et moi je vous dit que si j'ai plein d'autres exemples qui me viennent à l'esprit je vais m'arrêter là et renvoyer chacun à sa propre histoire où il aura pas longtemps à chercher pour en trouver des cas comme celui de Rosana et du Black et que s'il en trouve pas c'est qu'il veut pas chercher et qu'il veut croire (toute croyance est aveugle) en la société du mérite.

jeudi 2 novembre 2023

L'homme et le système


L'homme qui sert le système dit je ne suis qu'un homme et en disant cela a l'impression de servir quelque chose de plus grand que lui et s'excuse de n'être qu'un homme quand le système n'est rien s'il ne porte pas l'homme plus haut, quand l'homme qui se montre être inférieur au système est un homme que rabaisse le système, que le système rabaisse a être moins qu'un homme, il n'est plus un homme, il est un instrument du système, un instrument que le système a gauchi, tordu, plié, rompu, corrompu sa matière, faisant de la matière d'homme de la matière à système. Et quand l'homme donne sa foi au système (qu'il soit laic ou religieux) il retire sa foi en l'homme. Ce n'est pas quand l'homme a cessé de croire en Dieu que l'homme est perdu, c'est quand l'homme a cessé de croire en l'homme. Et l'homme montre qu'il a cessé de croire en l'homme à chaque fois qu'il oblige l'homme. Or il n'y a pas un système qui n'oblige pas l'homme. C'est que tout ce qui fonde les systèmes, tous les systèmes, ce n'est pas leur foi en l'homme mais plutôt leur absence de foi en l'homme. Et quand ils se montrent plus répressif ils ne font que montrer davantage leur absence de foi en l'homme (ce qui les fonde) et la nécessité par conséquent de le contraindre. Aussi le système qui oblige l'homme à travailler s'étonnera que l'homme n'aille pas pour autant travailler et plutôt que de se remettre en question (jusqu'au fondement même de ce système: la contrainte) il dira voilà: l'homme ne vaut rien pour qu'il soit impossible au système de faire de lui "quelqu'un", voire un homme et en conclura ce n'est pas un homme. Mais le système n'a jamais fait des hommes mais que des instruments pour le servir. Toujours l'homme échappera au système parce qu'il est un homme et que l'homme est au-dessus de tout système. L'homme n'a pas attendu qu'on lui dise d'aller travailler pour travailler mais ce que le système appelle le travail ne mérite pas le nom de travail, pas plus que le système ne mérite d'avoir des hommes qui travaillent pour lui.

lundi 30 octobre 2023

Non je ne veux pas reproduire


Adulte. Je ne veux pas faire l'enfant comme ils ont fait l'enfant. Adulte. Je ne veux pas punir l'enfant comme ils ont puni l'enfant. Non, je ne veux pas reproduire après moi ce qu'ils ont reproduit après eux, et toujours croyant faire mieux faisant pire. Non, je ne veux pas reproduire et promettre tout ce qu'ils ont promis, ni être cette promesse qui est promesse d'avenir, oh belle paresse d'être et beau repentir de n'avoir pas été. Non, je ne veux pas reproduire et vous farcir la tête de toutes ces vérités qui ne sont que mensonges qui ne tiendraient pas tout seul, mais si bien échafaudés en théories et théorèmes qu'on les dirait vrais sauf qu'après il faut démonter puis remonter, ce qu'ils font sans arrêt comme pour vous donner le change, car on ne croit qu'à la nouveauté. C'est là-dessus qu'ils construisent. Châteaux de cartes qui ne demandent qu'à tomber. Non, je ne veux pas reproduire. Ni la vie ni le crime, car personne par personne n'est et ne sera épargné. Il faut les avoir vus à l'œuvre comme je les ai vus. Non, je ne veux pas reproduire. Il m'a été donné de vieillir dans un monde qui est déjà vieux. Non, je ne veux pas reproduire.

mercredi 17 mai 2023

Une campagne de sensibilisation

 

Le comble de la colère de l’homme devrait être atteinte quand il entend parler d’action ou de campagne de sensibilisation. Comment ! Quel toupet ! La société qui lui parle à lui de sensibilisation, à lui l’homme, seul a être doté d’une sensibilité, quand elle, la société, en est totalement dépourvue de sensibilité, et n’a fait jusque-là que de le rendre de plus en plus insensible à tout et surtout à l’homme, à sa propre misère et condition. Aurait-elle peur qu’il se retourne contre elle, la société, contre son insensibilité, que d’un coup elle se fasse le chantre de la sensibilité et veuille en ce domaine lui donner la leçon ? C’est le monde à l’envers. Une société sensible et un homme insensible. Et quand bien même cela fût-il vrai que l’homme en serait l’effet et la société la cause. Et elle souffre encore de ses contradictions la société. Comment peut-elle dans le même temps faire une campagne de sensibilisation et au quotidien nous abreuver de violences qui est comme nous vouloir plutôt par là même désensibiliser à la violence. Un ami me disait s’étonner que l’on pu regarder en mangeant et en buvant le journal télévisé, et au journal télévisé les pires atrocités sans s’arrêter pour autant de boire ou de manger, car l’heure des actualités ne coïncide t-il pas avec celui des repas ? Et tous ces miséreux dans nos rues, faut-il passer sans les voir ? Et ne rien donner parce que l’aumône est interdite par la loi ? Et tous ces matraquages policier les justifier par une violence contraire et opposée, comme on justifie la guerre, et les victimes collatérales qui passaient par là parce qu’elles n’avaient rien à y faire ? Et aux infortunes du chômeur préférer le fortuné travailleur ? Quelque âme sensible qui s’élève pour parler de sensibilisation ne voudrait-elle pas seulement qu’on la voit s’élever ? N’y a-t-il pas des âmes sensibles et silencieuses dont on n’entendra jamais parler et encore moins de sensibilisation ? Quoi ? L’homme ne serait pas sensible ? La sensibilité ne serait-elle pas naturelle à l’homme ? Et si oui, que ne lui a-t-on pas alors fait subir pour qu’il ne le soit plus ? Quel outrage fait à l’homme ? Quelle violence fait à l’homme ? Pour en être arrivé là. Pour en être arrivé à un homme qui ne soit plus sensible, à un homme pour qui une campagne de sensibilisation fut nécessaire pour lui rendre sa sensibilité qui est comme lui rendre la vie, car il n’y a pas de vie sans sensibilité,  pas de vie qui ne soit sensible. C’est que la société aurait tué l’homme ? Et cette même société voudrait qu’on la trouve sensible parce qu’elle fait une campagne de sensibilisation, quand par là même elle accuse l’homme de ne pas l’être, sensible, ce qu’il est par nature, tandis qu’elle ne l’est que par artifice.

vendredi 12 mai 2023

Mort à la société !

 

Qui aurait dit que ce soit le plus société de tous et qu’il criait seulement après une société qui à ses yeux n’en était plus une, car comment pouvait-on encore parler de société quand personne ne faisait plus société, car comment pouvait-on encore parler de société quand il n’y avait plus d’être social, quand la société ne se résumait plus qu’à ses institutions et que ses institutions elles-mêmes n’étaient plus qu’un corps creux vidé de toute substance humaine. Il n’aurait pas besoin de faire un dessin à ses contemporains pour qu’ils comprennent que les institutions et parmi elle la famille en premier n’était plus qu’un corps sec et décharné avec déjà la rigidité du cadavre, et cette tension on pouvait la retrouver dans toutes les institutions du corps étatique, un vieux corps couvert de bleus, cyanosé, par les coups portés comme à sa porte, à la porte d’une vie qui s’achevait, par une vie qui voulait s’épandre au-delà de ses frontières devenues trop étroites. Et le droit voulait combattre ces forces vives, et parce qu’il les voulait ramener à l’ordre en parlait comme des forces anarchiques, et c’était oublier ce qu’était la vie et comment elle poussait dans tous les sens.

Déjà il voyait les nations s’effondrer comme un château de cartes qui étaient celles d’un ancien monde. Jamais pourtant cet ancien monde n’avait autant parlé société que depuis qu’on ne faisait plus société, que depuis qu’elle n’était plus qu’une société fantoche, et cela aurait dû éveiller leurs soupçons plutôt que de les endormir sur l’état de ce moribond qu’on appelle la société, pensait-il encore. Et il disait à qui voulait bien l’entendre. Qu’on nous rappelle nos morts, mais c’est le vivant qui fait société. Et pour faire société il faut encore vivre ensemble et, plus que vivre ensemble, avoir le sentiment de vivre ensemble, or c’est un sentiment bien différent qu’il avait, et il n’était malheureusement pas le seul à l’avoir ce sentiment, précisait-il, car le sentiment le plus partagé était celui d’être seul, que chacun était renvoyé à lui-même. Aussi et plus que tout dans sa quête de bonheur. On ne faisait pas la course ensemble, on ne se passait pas le flambeau, le relais ; c’était une course solitaire et une course de vitesse, la course au bonheur.

Qui pouvait encore l’imaginer autrement. Et ce n’était pas imaginer ainsi la société. Pour faire société il faut au moins être deux, poursuivait-il, or les relations entre l’homme et la femme n’étaient pas non plus au mieux. Et puis il pensait à ce fameux retour à la nature si vanté, ne cachait-il pas plutôt un retour aux instincts ? Et ce que l’on appelait les plaisirs ne cachaient-ils pas aussi l’assouvissement des instincts ? Et comment ne pas se dire que l’abandon de la morale n’était pas l’abandon de la société ? Comment prétendre à l’être social sans l’être moral, quand l’être social ne peut être qu’un être moral ? S’il faut des instincts pour vivre dans la nature il faut de la morale pour vivre en société, cela il ne le tenait pas de lui mais du Contrat social de Rousseau : « Ce passage de l’état de nature à l’état civil produit dans l’homme un changement très remarquable, en substituant dans sa conduite la justice à l’instinct, et donnant à ses actions la moralité qui leur manquait auparavant ». Qu’elle était donc alors cette société qui répugnait à la morale et qui faisait appel aux instincts et aux prédateurs ?

Il ne voyait comme société que des hommes qui n’entretenaient plus entre eux que des rapports de plus en plus rares et distants, et indifférents, et précaires ; on aurait dit qu’ils n’étaient plus tenus que par une ligne discontinue, de plus en plus discontinue, qui permit seulement aux uns de dépasser les autres dans la plus totale impunité mais non pas sans dangerosité (car là où il y avait du discontinu il aurait dû y avoir du continu). Et les lois de la société lui semblaient de plus en plus ressembler à la loi de la jungle, c'est-à-dire n’en être qu’une, variable dans sa forme mais invariable dans son objet, qui est la loi du plus fort. N’était-ce pas contre cela que l’on avait fait société et cette société qui se voulait si productive par sa productivité même ne se montrait-elle pas contre productive ? En un mot ne courrait-elle pas à sa perte ? Il voulait dire tellement de choses en même temps parce que c’était ainsi que les choses lui venaient comme la société dans sa globalité qui était aussi comment elle pouvait être jugée, car étant le tout c’était sa dislocation qu’il voyait et ne pouvait voir que s’il la voyait d’abord dans son entier.

Et c’était comment il s’était senti d’abord dans sa famille qui était la famille des hommes, comment il s’était senti compris, puis incompris ou non compris, qui était comment beaucoup d’hommes de cette société devaient se sentir, incompris ou non compris, car, encore une fois, la réalité pouvait bien être différente que le sentiment sur la réalité l’emportait dans l’esprit de tous ; esprit que ne pourrait changer les experts et autres spécialistes de la communication si rien ne changeait. C’est que pour que quelque chose puisse naître il fallait accepter que quelque chose puisse mourir, et la mise à mort de cette société n’était qu’une mise à mort par elle-même, personne d’autre qu’elle-même y contribuait. Il y avait seulement encore trop d’hommes autour du moribond et qui l’assistaient. Qu’on le laisse mourir en paix, voilà tout ce qu’il disait. Il ne pourrait non plus empêcher quelques larmes de couler et ce serait après, après tant de souffrances, comme un grand soulagement.

samedi 6 mai 2023

Les sans papiers

 

C’est comme si l’on affichait propriété privée partout et qu’ils ne puissent aller nulle part parce que partout on leur demanderait leurs papiers et qu’ils ne les auraient pas, les sans papiers. Il pensait à eux en ces termes aussi parce qu’il ne connaissait aucun sans papiers qui fut riche et qu’il savait encore, ce que l’opinion publique ignorait, sans quoi elle pourrait sur eux venir à changer, que l’affaire des papiers était aussi une affaire d’argent et qu’ils se les pussent acheter pour qui en aurait de l’argent, et si cela ne se faisait pas trop (que de les acheter les papiers) c’est que ceux qui avaient de l’argent avaient aussi des papiers, et quand bien même n’en n’auraient-ils pas qu’ils n’auraient pas de problème de papiers. Le problème des papiers était donc un problème de pauvres. C’est même les plus pauvres de parmi les pauvres puisqu’on les avait dépossédés jusque de leur identité qu’ils ne pourraient pas afficher parce qu’incomplète : il leur manquait la nationalité. C’est aussi ce que les autres ignoraient : que leur identité serait incomplète s’il n’y figurait une nationalité conforme au lieu où ils se trouvaient être. Les sans papiers ne seraient pas là où ils devraient être, mais il n’y a nulle part où ils seraient qu’ils seraient là où ils devraient être, c’est pourquoi il pouvait affirmer sans risque de se tromper que la terre s’était changée pour eux les sans papiers en une vaste propriété privée sur laquelle ils ne détiendraient aucuns droits ou papiers pouvant confirmer qu’ils avaient ces droits non pas d’en réclamer la propriété mais seulement l’usufruit ou droit de passage pour le temps qu’ils étaient amenés à y passer, non pas motivés par le plaisir qu’ils y eurent d’en jouir mais seulement par la nécessité où ils pouvaient se trouver d’y être de passage. Que ceux qui par exemple se plaignaient qu’il y aient des plages privées où l’on n’eut pas accès imaginent alors combien ceux pour qui la terre entière leur était interdite d’accès avaient des raisons de se plaindre, car il n’y avait nulle part où ils puissent aller ; et qu’avant d’atteindre la plage on préféra les voir noyer n’avait rien d’étonnant ou de trop choquant pour ceux qui ne faisaient, en ignorant leur sort, rien de moins que de s’ériger en propriétaires parce qu’eux avaient des papiers.

mercredi 19 avril 2023

La mobilité

 

Si je devais dire comment la société fonctionne contre l’humain je prendrais à la réalité des cas simples et concrets qui n’étant pas les meilleurs ne sont sans doute pas les pires. Etant le simple fait de son fonctionnement il ne faut y voir aucun complot ni volonté expresse de nuire sinon un mécanisme qui si pour fonctionner doit broyer de l’humain le fait comme quelqu’un qui donnerait la mort sans l’intention de la donner. Et comme je ne voudrais pas parler de ce que je ne sais pas je dirais seulement une chose qui m’a été rapportée et d’autres qui me sont arrivées à moi ou aux miens.

Ainsi il est de notoriété publique que les gendarmes et CRS sont appelés à intervenir loin d’où ils se trouvent vivre ce qui leur donne les coudées franches. Mais quand est-il de mon conseiller bancaire ? En est-il un seul aujourd’hui que je puis appelé mon conseiller bancaire parce qu’il y aurait des années que je l’ai (comme du temps de mes parents) et qu’il me connaisse comme il connaît mes états de compte. Non, il ne connaît que mes états de compte qui sont pour lui ceux d’un étranger parce qu’il est peut-être le dixième en moins de cinq ans qui m’ait été attribué. Ce n’est donc qu’à mes comptes qu’il est attaché. Bien, quand c’est d’argent qu’il s’agit et non de l’être humain on peut encore le comprendre. Mais parce que ma femme est malade c’est un long défilé d’aides soignants, jamais les mêmes, à qui j’ai dû mettre fin parce qu’ils passaient dans ma maison de l’entrée à la salle de bain comme si ce fut ni plus ni moins qu’un long couloir d’hôpital et sans plus de souci des lieux que de la malade, comme si elle fût un objet à transporter d’un endroit à un autre dans les plus bref délais, et comme des coureurs de relais laissés ensuite sur une fiche trace de leur passage était tout ce qui leur importait. Comment leur en vouloir puisque leur temps était compté comme le nombre de leurs visites. La sécurité sociale payait et quand la sécurité sociale paye les gens sont mal payés et si on était content de les trouver ils ne devaient pas l’être autant de leur place et ceux qui pouvaient la quitter la quittaient, et tous s’en déchargeaient aussi vite qu’ils pouvaient et comme je les ai vu se décharger de ma femme. Mais il y a une aide financière de la région et l’on peut aussi faire appel à une société d'aide à la personne pour avoir une auxiliaire de vie. Que n’a-t-il pas fallu faire cependant pour mettre fin au long défilé des remplaçantes et qu’une seule, toujours la même, et que pour la peine je refusais de remplacer par une autre, préférant faire sans quand elle serait en congé, pour que puisse naître certains sentiments humains qui ne peuvent manquer de naître quand on donne des soins comme quand on les reçoit, mais autant dire que le service d’aide à la personne n’aime pas beaucoup ça. Il y a longtemps, oh quelques mois seulement, qu’un jeune médecin, assistant de la doctoresse qui la vit à ses débuts, avant qu’elle n’envoya ses remplaçants, venait faire une consultation à domicile, mais il partait pour six mois de stage et c’était hier sa dernière visite, elle ne le reverrait plus. On parle de mobilité. Ne me parlez plus de mobilité. Quand on parle de mobilité je ne peux m’empêcher de penser maintenant aux gardes mobiles.

vendredi 7 avril 2023

Le repli identitaire

 

On parle de repli identitaire mais je ne sais pas de quelle identité on parle, quelle identité nous donnerait la société de consommation ? De même que l’on se pose la question des valeurs. Quelles valeurs nous apporterait la société de consommation ? Il vaut mieux penser à cette absence de valeurs comme à cette absence d’identité qu’à une identité et à des valeurs, ce qui équivaut, dit en termes crus, à un lâchage de la société qui est comment le commun des mortels doit se sentir : lâché par la société ; et cela implique plutôt qu’un repli identitaire un retour de l’homme à l’homme. C’est en lui qu’il doit trouver assez de force, se ressaisir pour mieux saisir les fondements de sa relation à l’autre, trouver ce qui en lui fait société, et il se pourrait que ce ne soit rien d’autre que cela les valeurs de la société, qu’elles ne soient avant tout que profondément humaines, que ce soit là qu’il faille allez de nouveau les chercher puis les trouver pour faire société, en nous, pour fonder une société, plutôt qu’en elle qui s’est vidée de tout contenu et ne l’est plus qu’en apparence, qui n’est plus qu’une forme vide et sans contenu ; comme on dit de quelqu’un qu’il est creux on peut dire de cette société qu’elle est creuse et qu’elle n’a plus rien pour nourrir son homme. Qu’on arrête donc de nous bassiner avec le repli identitaire : il faut bien que l’homme se cherche et se retrouve quand la société l'a lâché, et qu’il se déshabitue à ce qu’elle lui mâche tout le travail quand elle a cessé de lui dire qui il est pour lui dire qu’il est tout le monde et, pardonnez-moi, comme elle n’en n’a rien à foutre de tout le monde, cela équivaut à lui dire qu’il ne l’intéresse plus. Il y a bien longtemps en effet que la société s’est désintéressée de l’homme pour n’être plus occupée que d’elle-même et de sa prospérité. L’homme est le cadet de ses soucis. Seulement, oublier l’homme c’est oublier ce qui l’a fondée : ses valeurs, son identité. Mais on ne parle plus qu’en sociologue, autant dire qu’on ne parle plus que de société ; et c’est eux évidemment, les sociologues, qui parlent de repli identitaire (la boucle est bouclée) et comme le mal absolu ; sur quoi on pourrait les rejoindre si l’on ne voyait pas plutôt qu’un repli identitaire un retour de l’homme à l’homme, rendu nécessaire non pas pour se forger une nouvelle identité (quoique cela revienne à peu près au même) mais pour forger une nouvelle société qui le comprenne au sens propre et au sens figuré. Y arrivera t-il ? C’est pourtant là tout son devenir. Alors, au lieu de crier au repli identitaire comme on crie au loup, aidons ce forgeron à qui il faut une forge pour se forger ; autrement dit : donnons lui la société qui lui donnera son identité, plutôt que de le condamner à vivre plus longtemps, ce qui est le mortifier, avec celle qui n’a plus rien à lui donner, qui n’est plus qu’un contenant sans contenu, qu’une forme vide de toutes substances nutritives, car l’homme ne se nourrit pas que de biens manufacturés, et cette société qui croit cela ne croit pas en l’homme, qu’il est une identité propre et personnelle.

mercredi 22 mars 2023

Le chien savant

 

Bientôt on nous mettra un chien savant qu’on croira qu’il pense quand il ne fera qu’aboyer. Il y a eu cette petite fille pour parler écologie en appui des manifestations et à la télévision. Il y a plus récemment ce petit garçon pour parler des retraites en appui des manifestations et à la télévision. A tous les deux on croit les entendre penser comme on croit que la vérité sort de la bouche des enfants, tandis que c’est le mensonge qu’on leur a appris par cœur et qu’ils réciteront ensuite qui sait si toute leur vie bien que de plus en plus avec de moins en moins de cœur et de plus en plus de raison (d’intérêt). Je ne dis pas que ce sont les moins intelligents d’entre eux qu’on a choisi, mais au contraire les plus dotés de cette fameuse capacité d’apprendre qui est d’abord facilité à copier, à mimer, à singer, les formes de  la réflexion (le discours) plus que la réflexion elle-même, la réflexion venant après avec la maturité. Cela n’est pas nouveau. Ce qui est nouveau, le nouveau catéchisme, c’est l’écologie et les retraites. Et voyez ce que disait déjà Rousseau à propos des enfants et du catéchisme : « Toutes les réponses du catéchisme sont à contresens, c’est l’écolier qui instruit le maître ; elles sont même des mensonges dans la bouche des enfants, puisqu’ils expliquent ce qu’ils n’entendent point, et qu’ils affirment ce qu’ils sont hors d’état de croire. »

Un ami me disait à propos de ces jeunes qui manifestaient pour les retraites qu’il ne pouvait comprendre qu’à leur âge ils puissent déjà y penser et que s’ils y pensaient déjà c’était bien triste et lamentable, comme qu’ils ne pouvaient imaginer combien de réformes il y aurait avant qu’ils n’en atteignent l’âge s’ils l’atteignaient jamais, et combien eux-mêmes auraient eu le temps de changer mille fois d’idée sur le sujet. Mais cet ami étant à la retraite je me demandais comment le sujet pouvait encore le toucher, et si son opinion était différente c’est qu’elle était commandée par l’intérêt (la raison), tandis que les jeunes croient parler avec leur cœur qui est aussi la meilleure façon d’être abusés, et c’est ce que l’on appelle la crédulité. Ils ne font en effet que répéter ce que les adultes disent. Le stratagème est donc le suivant : si un adulte s’exprime on dira qu’il va dans le sens de ses intérêts alors que si c’est un enfant qui parle on ne verra pas l’intérêt qu’il a à en parler ainsi lui des retraites et le tour est joué, et mon ami aussi serait tombé dans le piège s’il n’avait été un enfant de 68 et maintenant un soixante-huitard sur le tard, mais qu’en sera-t-il de ces braillards comme de ces chiens savants quand ils auront l’âge de mon ami qui je le répète a l’âge de la retraite.

dimanche 12 février 2023

Le social

 

Le social est une plaie qui s’est répandue sur toute la surface de la terre parce que le social ce n’est pas l’humain : c’est une lèpre pour l’humain, elle l’entache et ses taches sont celles de la société, ses taches sont celles qui font de son corps non plus le corps de l’humain mais le corps social, c’est-à-dire qui le dépossède de ce qu’il a de plus intime. A commencer par les êtres qui lui sont chers. Ce ne serait plus à lui de s’en occuper. Mais à la société. A la société qui fait dans le social. Dans le social mais pas dans l’humain. Car l’humain veut l’humain et le traitement de l’humain. Quand la société veut la société et le traitement de la société. Il y a une nuance. Le drame est que cette nuance devient de plus en plus imperceptible à l’œil de l’humain trop habitué à voir la société partout et en tout se substituer à lui. Mais de cela aussi il souffre l’humain. Il ne sait pas qu’il souffre l’humain de ce que la société a pris la place de l’humain. Et comment ? Par le social. Et où est la différence ? La différence c’est que le social se fait dans l’application des lois, tandis que l’humain transgresse les lois et c’est ce pouvoir transgressif que le social veut enlever à l’humain, c’est-à-dire rien de moins que ses sentiments, ses sentiments humains, ceux qui lui font aimer (et l’on sait combien l’amour peut être transgressif) ses proches au point de vouloir les garder avec lui plutôt que de s’en séparer au moindre mal (la vieillesse, la maladie) à la charge de la société qui fait dans le social.

Certes elle peut l’aider mais pas se substituer à lui, l’humain. Et la volonté de la société c’est de se substituer par le social à l’humain, seulement la société ne traite pas l’humain en humain : cela il n’y a qu’un humain qui peut le faire pour un autre humain : son traitement ne peut être que social à la société : voilà la nuance, voilà toute la différence qui parait minime et qui est immense et qui fait que l’humain souffre du social quand il se substitue à l’humain parce qu’il n’y a plus d’amour, l’amour qui est le propre de l’humain. Et l’humain devenant lui-même de plus en plus social devient de moins en moins humain. La lèpre du social a envahi tout le corps et tout l’esprit de l’humain qui ne sait plus qu’agir socialement mais plus humainement, qui en se socialisant c’est déshumanisé.

L'humain

 

Vous ne voulez plus avoir affaire à l’humain vous allez avoir affaire à la société, voilà ce que devrait se dire tout humain. Et ce n’est pas que la société soit méchante mais que la société c’est la société et pas l’humain, qu’il ne faut pas tout confondre qui est ce que font tous ceux qui en faisant dans le social croient faire dans l’humain. Mais à la hauteur de l’humain il n’y a que l’humain. La société est au dessus ou au dessous mais jamais à hauteur de l’humain. Et comment pourrait-elle l’être : la société c’est la société et l’humain c’est l’humain. L’être de la société c’est l’être social qui pour être social a perdu de son humanité. Certes il est fait pour la société ou la société la fait à sa mesure, mais en chemin il a perdu la mesure de l’humain. Il traitera alors l’humain comme il a été traité : c’est-à-dire non pas en être humain mais en être social qui est toute la différence mais qui n’en est pas une pour lui, ou sinon celle ou va sa préférence. La société préfère l’être social à l’être humain. L’humain serait alors comme une race en voie de disparition. Partout où l’humain déserte la société prend sa place et la déshumanisation n’est qu’une désertification : il n’y aura bientôt plus d’humains, c’est-à-dire plus d’humanité, mais plus que jamais une société qui sera alors une société déshumanisée.

Et quand ne voulez vous plus avoir affaire à l’humain ? Vous ne voulez plus avoir affaire à l’humain quand vous envoyez vos enfants à l’internat. Et ne vous mentez pas à vous-même, ou à cette petite part d’humain qui resterait en vous d’inconsolable, en vous disant qu’ils y seront mieux : ils vont avoir affaire à la société et vous en aurez des retombées qui sont des retombées humaines, parce que la société ne traite pas l’humain, parce que l’humain à l’humain est irremplaçable, un jour ils vous manqueront comme vous leur avez manqués. Vous ne voulez pas avoir affaire à l’humain quand vous envoyez vos vieux en maison de retraite qui un jour aussi viendront à vous manquez sans compter ce jour où viendra votre tour et que vos enfants feront avec vous comme vous avez fait avec vos vieux, car est à craindre ce jour où l’humain ne voudra plus avoir affaire à l’humain, ce jour où vous allez avoir affaire à la société qui aura pris la place de l’humain.

vendredi 2 décembre 2022

Bientôt les soldes

 

Bientôt les soldes et bientôt tous ces gens qu’on verra se jeter pêle-mêle dans les grands magasins parisiens, car cela sera comme chaque année retransmis à la télé. Et l’on pourra alors se demander, comme se demandait J.J. Rousseau qui participant à une fête parmi les riches et les gens de lettres participa aussi et bien malgré lui à une distribution de pains d’épices, « quelle sorte de plaisir pouvait-on prendre à voir des troupeaux d’hommes avilis par la misère, s’entasser, s’étouffer, s’estropier brutalement, pour s’arracher avidement quelques morceaux de pain d’épice foulés aux pieds et couverts de boue ? ». Non il n’y a pas si loin de ce siècle au nôtre et comment serait-il possible de ne pas sentir comme la sentait J.J. Rousseau « la différence qu’il y a des goûts sains et des plaisirs naturels à ceux que fait naître l’opulence et qui ne sont guère que des plaisirs de moquerie et des goûts exclusifs engendrés par le mépris » Car en effet qui peuvent-elles aller régaler ces images télévisées sinon le riche lui-même et son mépris pour le pauvre nécessiteux des soldes pour se chausser et se vêtir à bas prix. Cela répondrait à l’idée qu’il se fait de l’humanité et le conforterait de ne pas la traiter autrement qu’il ne la traite, c’est-à-dire en consommateur, car les soldes ne sont-elles pas la fête du consommateur ? Publicité en sera faite et sûrement par des gens de lettres, comme la retransmission télévisée sûrement aussi assurée par des gens de lettres qui, comme J.J Rousseau, auraient aimé se trouver ailleurs que là où ils se sont trouvés et c’est parmi les riches.

samedi 12 novembre 2022

La leçon

 

On dit que rien ne change comme on dit que tout change et ces affirmations gratuites et d’apparences contradictoires donnent en fait et de façon fortuite la marche du monde où tout change sans que rien ne change vraiment, de sorte que l’on pourrait vivre longtemps sans être dépaysé. Ainsi de tout temps ou depuis l’école de Jules Ferry on nous a fait non seulement apprendre mais répéter la leçon. Tant et si bien qu’une fois adulte il semble que cela ne soit plus nécessaire et que nous le faisons de nous-même sans que cela nous soit explicitement demandé : nous continuons à réciter. C’est en tout cas l’impression que peuvent nous laisser les différents intervenants à la condition climatique : qu’ils ont bien appris la leçon. Elle est pleine de mots nouveaux qui pourraient nous donner le change et l’impression qu’ils parlent une autre langue ; et c’est fou comme ces mots sont passés en si peu de temps dans notre lexique et dans la bouche de tout un chacun que déjà ils nous paraissent si familiers et si naturels à prononcer comme à entendre. Quant aux écolos ils nous sont sympathiques comme tout ce qui est nouveau nous est sympathique et emportent tout du moins pour un temps notre adhésion, cela non plus n’est pas nouveau et cela aussi vieillit. Mais pour le moment d’eux on n’apprend tous la leçon et la répète à qui mieux mieux. On n'y peut rien s'il y a toujours parmi nous de mauvais élèves qui ne vont de l’avant qu’en reculant, que rechignant, on les met alors immédiatement au fond de la classe et c’est bientôt comme s’ils n’existaient plus, sans doute regardent-ils par la fenêtre, sans doute sont-ils les seuls à voir un peu de nature et pas le maître (la nature n’est toujours pas le maître), mais comme ils n’en adoptent pas le discours (qui est toujours le discours du maître) tant pis pour eux, puis personne ne leur demandera ce qu’ils voient et comment elle se porte la nature : ces idiots seraient bien capables de dire pas si mal que ça, car ils n’ont pas bien appris la leçon et sont incapables de répéter avec les autres. Ne voient-ils pas qu’elle meurt ? Non, ils voient de l’herbe grasse comme en voient les vaches ; et qu’il fait soleil aujourd’hui et que ce petit rayon leur fait du bien, c’est qu’ils ne savent rien de la couche d’ozone et du mélanome malin. Mais ils sont chagrins cependant, c’est qu’on les a oubliés le jour de la distribution des prix et de ce dernier surtout qui va au premier qui aura eu pour la planète des mots que personne n’oubliera, que tout le monde répètera après lui comme répètent les bêtas. Non les bêtas on ne les entends pas : on les a mis au fond de la classe si encore on ne les a pas mis dehors, dehors ou pour eux la nature refleurira et cela non plus n’a pas de prix.

mercredi 9 novembre 2022

La justice

 

Vous qui n’êtes pas satisfaits de la justice sachez que ce n’est pas justice que vous demandez mais vengeance, et c’est pourquoi à vos yeux la justice n’est jamais suffisante et que vous n’en n’êtes jamais satisfaits. Très certainement le premier principe de justice fut œil pour œil et dent pour dent quand vous vous voulez qu’on lui crève les deux yeux et lui casse toutes les dents, en quoi si l’on en revenait au temps premier de la justice elle serait encore pour vous insuffisante. Ah qu’il était bien n’est-ce pas le temps, vous en parlez comme de l’âge d’or de la justice, où c’était toute la famille qui y passait sur le principe :  si ce n’est pas toi c’est donc l’un des tiens comme dans ce poème Le loup et l’agneau de Jean de La Fontaine qui se poursuit ainsi : « Car vous ne m’épargnez guère, vous, vos bergers, et vos chiens. On me l’a dit : il faut que je me venge », car en vérité la justice ne s’était pas encore trop éloignée de la vengeance. Soyez par ces temps rassurés car l’on en revient à la vindicte populaire sous la forme de l’opinion publique et de la médiatisation à outrance des procès qui fait que les juges ne sont plus seuls à juger. Vous le peuple crié que justice soit faite ignorant ce que c’est que la justice et en quoi elle est différente de votre vengeance. Vous écoutez votre cœur mais c’est le cœur qui crie vengeance. Si vous écoutez votre cœur vous écoutez la voix du sang et ses battements qui sont les vôtres. Quelle rumeur ! Quel tapage ! Et tout ce bruit que vous faites-vous finissez par le prendre pour la réalité des faits. On dit que l’erreur est humaine et vous la préféreriez à la justice qui elle serait inhumaine, et elle l’est en effet si vous considérez que n’accomplissant pas votre désir de vengeance elle se montre par-là inhumaine. Je reprends alors avec vous ces quelques lignes de Le monde où l’on catche qui est le vôtre et celui du spectacle, mais la justice n’a pas à s’offrir à vous en spectacle. Cependant Roland Barthes écrivait dans Mythologie et en son premier chapitre intitulé donc Le monde ou l’on catche : « …ce que le catch est surtout chargé de mimer, c’est un concept purement moral : la justice. L’idée de paiement est essentielle au catch et le « Fais-le souffrir » de la foule signifie avant tout un « Fais-le payer ». Il s’agit donc bien sûr, d’une justice immanente. » Il faut croire que Roland Barthes se faisait la même idée que vous de la justice ou qu’il voulait s’y plier se pliant à vous (se mettant à votre hauteur comme on se met à la hauteur de son interlocuteur) en la confondant avec la vengeance qui semble effectivement plus que la justice immanente à cette nature humaine qui est la vôtre. Mais si l’on peut demander « que le catch soit exactement ce que le public en attend. » on peut comprendre que la finalité de la justice ne soit pas également de répondre à ce que le public en attend.

mardi 8 novembre 2022

Être positif

 

Celui qui dit j’ai espoir en l’homme a l’espoir en lui, en quel homme aurait-il espoir autre que lui ? quand celui qui a le désespoir en lui ne dit pas j’ai espoir en l’homme, en quel homme aurait-il espoir quand il a le désespoir en lui ? Nous investissons l’autre. Nous croyons investir l’autre par nos bonnes paroles comme nous le ferions avec notre argent, quand cet investissement n’est payant que pour nous qui nous payons de bonnes paroles ; mais qui n’a pas plus la parole que l’argent ne s’estime pas payer pour autant, nous n’avons pas davantage réussi à l’acheter par nos bonnes paroles que par notre argent, et il n’y a pas alors pour nous le retour sur investissement escompté : il n’est que de voir comment va l’humanité et notre espoir, il n’est que de voir combien sont autant dépourvus d’argent que d’espoir, il n’est que de voir combien désespèrent de l’homme et pour cause. Cette déperdition d’espoir, cette déperdition d’argent entre l’expéditeur et le destinataire veut-on encore lui en faire payer les frais qui seraient comme les frais d’expédition ? Tu ne l’as pas reçu ? Je te l’ai pourtant bien envoyé. N’aurait-il pas voulu payer les modiques frais d’expédition ? N’en aurait-il pas eu les moyens ? C’est des questions qu’ont évitent de se poser. Notre espoir est à sa charge, et à notre décharge son désespoir. Qu’il prenne en charge notre espoir mais nous ne voulons rien savoir de son désespoir. N’est-ce pas ce que l’on dit à qui l’on dit : il faut être positif, ou encore, il faut savoir rester positif. Voilà de la bourgeoisie et régnante et dominante et bien-pensante le dernier leitmotiv parce qu’il revient sans cesse dans sa bouche comme son mépris pour celui qui n’est pas positif. Si cette conformité mentale qui est la sienne répond à une conformité matérielle du monde qui est le sien elle peut cependant ne pas en avoir conscience, c’est-à-dire être de bonne foi, c’est-à-dire encore ne pas comprendre comment on peut ne pas être positif.