lundi 29 juin 2026

Ma cousine et moi


Je ne m'interrogerais pas sur la famille si je ne revoyais dimanche prochain ma cousine que je n'ai vue qu'une ou deux fois quand elle n'était qu'une gamine et que sa mère avec qui je pourrais la confondre devait être comme elle est aujourd'hui pas loin de prendre sa retraite. Si familiarité vient de famille nous ne pouvons nous prévaloir d'une grande familiarité, ce n'est donc pas à cela qu'elle doit son existence.

On ne devrait pas à ce titre parler d'une réalité mais plutôt d'une fiction pour laquelle on aurait un certain attachement comme on pourrait en avoir pour d'autres fictions comme l'Etat, la Nation, le pays d'origine qui lui aussi ne nous aurais vu que naitre ou parfois pas même nous mais nos ancêtres. Si nos mères étaient sœurs ce n'est pas à cela non plus que nous pensons quand nous nous revoyons.

Ni même à cela que nous devons de nous sentir famille, aussi je crois que cette fiction famille n'existe comme tant d'autres fictions que par l'attachement que nous lui portons, nous serions même attachés à l'idée de famille plus qu'à la famille avec laquelle les sujets de querelles ne manquent pas toujours, et c'est un euphémisme que de le dire ainsi (mon frère qui me battait souvent est très famille).

Mais bien content de revoir ma cousine ce n'est pas moi qui vais lui dire ce que je pense de la famille quand elle me donne l'opportunité d'être en relation fraternelle, ne devrais je pas dire familiale, avec qui autrement il me serait plus difficile, et peut-être devrais je dire ici pas naturelle, de l'être. Mais j'insiste sur l'idée de fiction plus que de réalité ce qui fait le jeu facile des escrocs en tout genre.

Combien n'ont -ils pas été heureux de retrouver un parent qu'ils n'avaient jamais vu et c'était un escroc. Un jour aux confins de l'Espagne l'échoppe d'un artisan portait mon nom de famille comme enseigne et quand désireux de retrouver un parent je lui ais avec chaleur et sans doute avec un peu trop d'enthousiasme décliné mon identité il m'a repoussé plutôt froidement, croyait-il que j'en voulais à son échoppe?

Je pense aussi à l'équipe de France, parce que nous sommes en pleine coupe du monde, dont je célèbre chacune des victoires sans pourtant connaitre un seul de ses joueurs,  ne me dite pas qu'il n'y a pas là un certain attachement à une fiction et que ce lien est tout sauf réel mais fictif, c'est-à-dire construit de toutes pièces et pas par moi ni par mes géniteurs.

Oui la fiction peut aller loin aussi que notre attachement à la fiction mais ce n'est pas pour autant m'en déprendre que je chercherais mais à y consentir librement et consciemment plutôt qu'inconsciemment et systématiquement, lucidement qu'aveuglément, comme aussi comprendre pourquoi cette fiction opère ou n'opère pas en moi. Déjà à beaucoup la distance que je prends avec ces fictions peut paraitre suspecte et hérisser le poil.

Qu'ils se rassurent: cette interrogation et cette distance n'aurait pas eu lieu si au même moment et pendant un temps assez long je n'avais été éloigné de ma famille et de la France (en NC où quand on me traitait de zoreil je répondais: je suis zoreil et j'en suis fier mais c'était en réaction à une insulte), et que la fracture ayant été faite, et le manque ayant été éprouvé, il n'eut fallu que je me reconstruise autrement ou rattache à d'autres fictions ou à une autre famille, une famille d'auteurs plus que de reproducteurs.

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