Il y aurait quelque chose d'essentiel dans la nudité, de plus essentiel que la vérité, quand on parle de la vérité toute nue. C'était donc ça. On tombe de haut. On en était loin. Loin de le penser. On était dans notre vie. Et voilà qu'on a été frappé par la vérité. La vérité toute nue. Parce qu'il n'y a que la vérité toute nue qui peut nous frapper. L'autre. La vérité habillée c'est le mensonge. Pas ce qu'on appelle ordinairement le mensonge et qui n'est qu'une caricature du mensonge, mais le mensonge dans lequel on vit. J'ai vécu dans le mensonge et voilà que la vérité toute nue m'est tombée dessus. C'est d'elle qu'on parle encore quand on dit que la vérité n'est pas toujours bonne à dire. Celle qui serait bonne à dire c'est celle qui habille notre quotidien, nous le travestit, nous le dénature. Quant à nos quatre vérités elles ne seraient qu'une: la vérité toute nue. Ce serait donc comme la vérité ordinaire multipliée par quatre. La vérité ordinaire qui ne serait autre que le mensonge. Parce que nous vivrions dans le mensonge. C'est une tâche ardue et cruelle cependant que de s'en défaire. Un véritable dépouillement de l'être. Si encore dans l'être il y a un fond de vérité qui serait cette vérité toute nue. Si l'être n'est pas que pelures d'oignon. C'est bon pour la peau et pour la soupe du quotidien. Rien de profond. Rien de véritablement substantiel. Inutile de creuser. Vous n'y trouverez rien. Rien dans cet être là. Mais dans quel être alors? Y aurait-il quelque chose d'inhumain dans la vérité toute nue? De quelle nudité on parle? On aime les nus en art. On s'esclaffe: "Tiens, c'est un nu". Mais le porno c'est sale. Notre vérité toute nue aussi c'est pas beau à voir. Et s'y repaître serait comme se repaître à voir du porno. Pas de quoi s'en vanter. Tout le monde se mettrait la main devant les yeux. Mais tout le monde regarderait à travers, aurait des aperçus de cette vérité toute nue qu'au fond tout le monde désirerait ardemment connaître. Mais cette main devant les yeux c'est déjà plus du porno, c'est déjà de l'érotisme, une vérité un tant soit peu cachée, un tant soit peu habillée, un tant soit peu maquillée. Jamais elle se présente à nous toute nue qu'on dit. Mais c'est pas vrai. La vérité toute nue c'est qu'on veut pas la voir toute nue la vérité toute nue, alors que c'est pas possible de la voir autrement. On peut quand même pas se mentir toute une vie. Mais si. Mais si. On peut. Peut-être seulement à la fin. Quand toute notre vie aura défilée devant nos yeux c'est elle qu'on verra: la vérité toute nue.
lundi 1 juillet 2024
vendredi 1 mars 2024
La place de Dieu
Je ne suis point bête mais encore je voudrais être intelligent, n'est-ce point déjà trop demander? Aux échecs j'ouvre en lançant le pion e et parfois aussi le pion d mais je voudrais aussi ouvrir avec le pion c et parfois avec le pion f. Je parle le français et l'espagnol couramment mais je voudrais encore parler d'autres langues et surtout être aussi bon en mathématique. Non, tout ne m'a pas été donné, loin de là, mais de qui voudrais je prendre la place? Je crois que c'est la place de Dieu que nous voudrions tous prendre et c'est en cela seulement que l'on peut dire non pas que Dieu est une partie de nous mais que nous sommes tous Dieu ou comme tel voulons passer et nous comporter. Cependant ce qui fait société c'est que tous nous ayons place dans cette société, autrement comment pouvons nous encore parler de société. Pour cela il faudrait qu'il n'y ait pas parmi nous de dieu ni de demi-dieux qui occupent beaucoup de place sinon toute la place. Jadis, dit-on, il n'y avait que les vieux au pouvoir, quand aujourd'hui on les mets aux oubliettes tant et si bien qu'eux-mêmes se disent plus bon à rien, et comme les marchandises de ce monde nous sommes de plus en plus vite obsolètes. Quand très tôt les gosses passent pour des génies et que beaucoup d'entre nous reportant sur eux leur dévolu comme leurs frustrations connaissent dans le leur de gosse non pas comme on le dit couramment un petit jésus mais à Dieu en personne: il sait tout faire, il est bon en tout, il occupe toute la place.
Ce n'est pas innocemment ou pour me vanter de pratiquer ce noble jeu des échecs que j'ai commencé par en parler, mais plutôt parce qu'au dernier tournoi auquel j'ai participer et fait triste figure ce qui est devenu normale: je suis un vieux, un gamin est monté sur le podium et nous avons tous attendu ce qu'il avait à dire, comme parole d'évangile. Il avait gagné le tournoi et nous dit alors comment il ne fallait jamais renoncer et que toujours en soi on trouverait des ressources inespérées. Certes, c'était un bon gamin qui avait de bons parents et de bons principes pour commencer dans la vie et, qui plus est, avait gagner ce qui lui donnait droit à la parole. Mais s'il avait vaincu c'était sur l'échiquier et n'avait connu pour toute adversité que l'adversaire qui lui avait été opposé quand il y a dans la vie des adversaires bien plus redoutables dont il ignorait jusqu'à l'existence et quant aux ressources de l'homme elles sont bien maigres voire inefficaces face au plus redoutable d'entre tous dont il ose à peine mentionner le nom quoique chacun y soit un jour confronté. Et parmi toute les maladies il y avait la maladie d'amour qu'il n'était pas encore en âge de contracter. Sans doute était-il bien armé pour la vie mais l'amour comme la mort trouve toujours un défaut dans la cuirasse du plus grand guerrier. Et puis c'était la place d'un vieux qu'il prenait en parlant ainsi. Non, ce n'était pas de son âge de parler ainsi. Il y a un dicton en espagnol qui dit: "más sabe por viejo que por sabio" il en sait plus pour être vieux que pour être sage. Non, tous les vieux ne sont pas des sages, mais en savent plus pour être vieux que pour être sages. En revanche, ce bon et brave gosse s'il était sage comme une image il n'avait pas encore l'expérience de l'âge. On fait peu cas il est vrai de l'expérience des aînés et en parler équivaut déjà à parler comme un vieux. On dit aussi que le génie n'attend pas le nombre des années. Seulement, si l'on veut parler de société, et à l'ère des sociologues tout le monde n'a que ce mot à la bouche: la société, la société; eh bien la société, faut-il le rappeler, n'est pas faite que de génies, eh bien si société il y a, faut-il le rappeler, tout le monde doit trouver sa place.
Ce tournoi était bien fait que j'y eu aussi ma petite médaille quand normalement dans la société des joueurs d'échecs comme dans la société tout court il n'y a de médailles que pour les premiers. Sans doute, me dira t-on, aurais-je voulu encore prendre la parole à la place du gosse? Quand c'est de l'entendre parler en adulte qui me chagrina. Quand c'est son sérieux qui me heurta. Qu'il nous infantilise quand nous le vieillissons et que chacun ne s'y retrouve pas à sa place mais comme un usurpateur qui me dérangea. Qu'il parla échecs m'aurait suffit et je l'aurais applaudi. Mais qu'il ne me parla pas de la vie et des ressources de l'homme, qu'il ne me parla pas comme un homme averti et expérimenté, comme un homme qui aurait vécu. Qu'il ne me parle pas comme Dieu seul aurait pu le faire à sa place s'il avait existé, mais c'est le mal de ce temps que de prendre toute la place, que de vouloir tous être Dieu, sans doute est-ce pour cela et comme cela qu'on l'a tué. On dit: "Rendons à César ce qui est à César", je dis: "Rendons à Dieu ce qui est à Dieu" et cessons de vouloir occuper toute la place sinon que l'on cesse de nous bassiner avec ce mot de société.
NB
Il y eut cette expression sur les réseaux sociaux pour quelqu'un qui voulait communiquer avec un youtubeur alors "qu'il n'était rien" fut-il dit à son encontre (mais qu'est-ce qu'un youtubeur?) comme aussi qu'il voulait attirer ou prendre toute la lumière. Or n'est-ce pas le propre de Dieu, ne dit-on pas qu'il est lumière?
dimanche 23 avril 2023
La beauté révélée
Il n’y a d’autre beauté que la beauté révélée que l’homme trop occupé de lui-même ne verrait pas si affligé par le sort qui lui est réservé, et c’est à vivre seulement, ne cherchait pas par tous les moyens à y échapper, et c’est à cette vie justement. J’ai fait alors ce rêve printanier qui est comme une fable où je m’y opposais sans doute comme tout homme borné, à l’intelligence et à la sensibilité limités, s’y oppose, à la beauté, alors qu’aussi en lui il l’appelle ne serait-ce que parce qu’il est inquiet, c’est-à-dire inquiété par la vie, par une vie il est vrai dénuée de toute beauté. Je dis tout cela parce que je ne saurais expliquer autrement ce rêve sinon comme une fable qu’il me faut conter parce qu’irréel mais vrai.
Je ne sais encore, les rêves sont incomplets, comment longtemps j’empêchais la beauté d’éclore, sinon par la vie même que je menais, mais quand le bourgeon fut là, et bien que dur et fermé, offert cependant comme pour la première fois à mon regard je sus déjà ce qu’il refermait, et c’était la beauté. J’avais pourtant dit au créateur de ce monde, je parle de celui de la beauté, que de toutes mes forces et c’était de toute mon activité, je ne le laisserais pas ainsi me ravir à moi-même, parce que j’avais trop affaire et que c’était de mes affaires me détourner. Il n’écouta cependant pas ma volonté ou tous ceux à quoi ma volonté était tendue et voulu plutôt la détourner, ce qui était détourner mon attention vers la beauté. Ce devait être un artiste car je crois qu’il dessinait, à moins qu’il ne peignit ce bourgeon que je vis ou plutôt me saisi sans que je ne sus encore pourquoi et c’était parce qu’il enfermait en lui tant de beauté qui allait éclore en moi, car c’est exactement ce qu’il me dit, peut-être était il aussi écrivain car il me sembla le lire, la beauté est aussi dans les pensées fussent elles exprimées par écrit. Je ne pus davantage lui résister et même trouva de ma vie en lui réconfort ou plutôt je veux dire en la beauté que désormais il m’avait rendu apte à voir ou encore à pénétrer car pénétrant dans ce bourgeon, je vis toute la force dont il était porteur, vit cette beauté dont il allait éclore et c’était comme si l’homme borné, à l’intelligence et à la sensibilité limités, allait lui-même sortir de ses limites, parce qu’il avait senti cet appel à la vie qui était avant tout appel à la beauté, à la fleur et au fruit.
mercredi 27 octobre 2021
La médiocrité
La plupart des gens se contentent de vivre cette vie parce qu’il n’y a rien qui ne leur déplaise au point qu’ils ne se contenteraient pas de la vivre telle qu’elle se présente à eux. Ils ne sont ni bien nés ni mal nés et c’est pourquoi on les dit médiocres comme l’a vie qu’ils mènent et certains d’entre eux ne se sont pas gardés d’aller jusqu’à faire l’éloge de cette médiocrité. On devrait trouver en elle ce qui suffit à notre bonheur. D’autres, on ne sait pourquoi et ils ne le savent sans doute pas eux-mêmes, mais je suis d’avis qu’ils sont trop bien nés ou trop mal nés pour la supporter cette vie telle qu’elle se présente à eux, et qu’ils la noircissent d’un trait ou qu’ils l’embellissent, ils ne se contenteront pas de la vivre. Qu’est-ce qu’il veut celui-là ? On ne lui a rien demandé. Voilà comment l’on pourrait s’adresser à eux. Mais ce serait oublier qu’ils ne sont motivés que par leur propre insatisfaction, fusse t-elle ou non partagée. Seule leur exigence est supérieure, elle les dépasse même, ils ne font que la suivre et non sans mal. On ne leur doit rien ou plutôt on leur doit tout. Ce qui revient au même. Sans eux la vie ne serait pas ce qu’elle est : agitée, changeante, troublée, quand on la voudrait au beau fixe et claire et paisible. Je ne parle pas en terme de mouvements sociaux et c’est pourquoi avant l’on coupait des têtes. Avant que l’on ne croit à la volonté des masses l’on croyait aux volontés individuels et c’est pourquoi l’on tue en masse, on fait des Tien’anmen, des génocides, des hécatombes, des pogroms. On devient des serial killer. La guillotine n’y suffirait plus. C’est d’un romantisme éculé. Ce qui reste inchangé cependant c’est que les médiocres qui plus que jamais ont voix au chapitre ne veulent pas qu’il y ait de tête qui dépasse ou d’exigence supérieure à celle de l’homme qui se contente de vivre cette vie parce qu’il n’y a rien qui ne lui déplaise au point qu’il ne se contenterait pas de la vivre telle qu’elle se présente à lui.
mardi 25 août 2020
La normalité tue
lundi 4 mai 2020
Un homme de son temps
mercredi 18 décembre 2019
L'action humanitaire
dimanche 15 décembre 2019
L'envers du décor
vendredi 13 décembre 2019
Le moyen âge de je ne sais quelle ère nouvelle
jeudi 12 décembre 2019
Le 13ème round
jeudi 5 décembre 2019
Bonne manif !
lundi 21 octobre 2019
Les paye pas de mine
samedi 19 octobre 2019
Être humain
vendredi 18 octobre 2019
L'être et la vie
mercredi 9 octobre 2019
Une manifestation à Paris
mardi 8 octobre 2019
Un fils de riche
dimanche 6 octobre 2019
Rien ne change
Penser
vendredi 30 août 2019
La politique et moi
- Alors, tu crois que les bons orateurs sont regardés dans les cités comme des flatteurs et, comme tels, peu considérés ?
- .Eh bien, je crois qu'ils ne sont pas considérés du tout
Mais revenons-en à Socrate et au Gorgias de Platon.
- Ne sommes-nous pas tombés d'accord que, quand nous faisons une chose en vue d'une fin, ce n'est pas la chose que nous voulons, c'est la fin en vue de laquelle nous la faisons ?
- Certainement (répond Polos à Socrate)
- Nous ne voulons donc pas égorger des gens, les exiler, les dépouiller de leurs biens par un simple caprice. Nous voulons le faire, lorsque cela nous est utile...
Laissons là Socrate et le Gorgias de Platon.
Les politiques font donc une chose pour une autre et nous trompent à chaque fois qu'ils disent faire cette chose pour elle-même. Seul leur fin est invariable : le pouvoir. Il n'est rien qu'ils ne fassent pour nous pour nous, mais pour cette fin : le pouvoir, qui est leur unique fin.