mercredi 17 juin 2026

L'homme et la morale


La déclaration de JJ Rousseau: l'homme est naturellement bon, c'est la société qui le déprave, prêterait plutôt à rire aujourd'hui: que la société le déprave passe encore mais son naturellement bon nous semblerait naïf, crédule, déclaration de bons sentiments qu'on rejetterait autant qu'on pourrait rejeter une morale qu'on dirait elle aussi fausse et faite de bons sentiments (qui ne tiendraient pas la route).

Il n'empêche que s'il est une forme qui plait à l'œil, au corps et à ses sens, perçue par eux comme esthétique, comme étant le beau, pourquoi n'y aurait t-il pas une forme de la pensée qui plaise à l'esprit, vers laquelle l'esprit se sente naturellement attirée et que ce soit la morale. A qui l'honnêteté, le courage, ou autres qualités morales répugneraient t-elles? Est-il si difficile de les trouver en nous? De les trouver belles.

Que nous ne soyons pas beau peut être un fait établi mais que nous n'ayons pas une idée du beau, de cette forme du corps comme de l'esprit qu'il nous plait au point que nous la voulons nôtre est un fait que nous ne pourrions non plus trop contester sans contester notre nature et comment ne pourrions nous apprécier ce qui est en nous ou inversement comment pourrions nous apprécier ce qui n'est pas en nous?

Kant, un autre philosophe, disait avoir aimé le ciel au-dessus de moi et la morale en moi, pourrait t-on à ce titre parler de beauté intérieure comme de beauté extérieure, et si Kant disait encore qu'il ne fallait pas s'être encombré l'esprit de traités de morale pour la connaître parce que l'esprit en avait naturellement connaissance, ce n'est pas moi, l'homme, qui le contredirait sans me contredire.

Il n'y a que l'innocent qui peut être frappé par l'injustice. Aurions nous simplement perdu notre innocence? Une certaine fraîcheur d'esprit? Mais nous savons toujours aimer, apprécier, la fraîcheur d'esprit comme l'innocence. Et ce qui nous en écarte ce n'est pas notre nature mais l'homme est sans doute le seul animal qui puisse s'écarter de sa nature, qui puisse donc être immoral, pas beau, vilain.

Les vilains c'est comme cela que l'on appelait les serfs au moyen âge quand nous sommes tous les serfs ou esclaves de nos passions qui nous le reconnaissons fort aisément (comme nous reconnaissons le beau fort aisément) ne sont pas toujours belles et que nous ne connaissons pas à l'animal à qui nous ne reconnaissons que des besoins naturels. Et que nous nous soyons écartés ou éloignés de nos besoins naturels la preuve n'est plus à faire.

C'est un fait de civilisation, de société, en quoi on rejoindrait aisément aussi JJ Rousseau quand il dit que la société déprave l'homme. Il n'est pas étonnant non plus que nous voyons plus facilement le beau en l'homme que dans la société (cet artifice de l'homme) comme nous voyons plus facilement le beau dans la nature que dans l'art et que dans l'art comme dans la société il y aient des adorateurs de l'abject, de l'immonde, n'étonnera personne.

Thomas Hobbes, un autre philosophe, le premier (avant JP Sartre), a avoir déclaré que l'homme est un loup pour l'homme est pourtant le même qui a écrit le Léviathan ou le monstre c'est l'Etat. Mais si l'homme n'est pas un ange mais un loup pour l'homme, l'ange et non pas le loup est ce qui plait à l'homme de voir, qu'il donnerait comme beau à voir, peu importe que l'un existe et que l'autre n'existe pas.

Et ne peut t-on pas dire que tant que l'homme aura plus soif de morale que de sang c'est ce qui le distinguera de l'animal, du loup, que tant qu'il aura une idée du beau, de cette forme de l'esprit et pas que du corps qui lui plaira au point qu'il la voudra sienne et qu'en lui il pourra la trouver comme en la nature, on pourra dire que l'homme est moral et à l'occasion, cela va de soi, immoral.

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