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jeudi 12 mars 2026

Tabous et sexualité sur l'île


Pour commencer c'était pas vrai que sur les îles la sexualité elle serait plus libre. En tout cas pas en Nouvelle Calédonie et pas au temps où Kamadja il y était, à moins que les petits Kanak de l'internat ils soient, comme Kamadja qui était le plus déshérité des petits Blancs, les plus déshérités des petits Kanak, parce que c'était pas seulement matériellement qu'ils étaient dépourvus de tout mais aussi affectivement et aussi sexuellement, pour ainsi dire il manquait de tout et surtout d'éducation sexuelle quand on les avait tous envoyés à Nouméa pour leur éducation, l'autre, la scolaire, qui semblait être la seule pour laquelle les adultes avaient pensé à eux; enfin à s'en débarrasser, à les mettre à la charge de l'Etat et de ses institutions qu'on aurait pas pu dire non plus bienveillantes pour eux, car c'était pas non plus à l'Etat qu'ils étaient livrés, à sa surveillance, mais à eux-mêmes la plupart du temps, et c'est jamais bon ça que d'être livré à soi-même et à ses pulsions qu'il pensait Kamadja qui pensait toujours à retardement comme une bombe qui aurait pu exploser mais qui avait jamais explosé.

C'était Eros le grand responsable de toutes ses bagarres entre eux qui se déclenchaient comme autant de points d'incendies à l'internat et au lycée, pas les filles, parce qu'ils en parlaient jamais entre eux des filles, ça devait être tabou pour les petits Kanak, aussi chez son correspondant Abel Wadra de Maré qui l'accueillait chez lui certains Week end, mais comment aurait-il pu en parler avec lui le petit Blanc, c'était pas non plus son père pour ça, et lui non plus Kamadja il aurait pas pu lui parler de ce qu'il ressentait pour Wayéméné Helenne qui était aussi une Kanak de Maré parce qu'en ce temps là ça se faisait pas entre une Kanak et un zoreil. L'internat des garçons était séparé de l'internat des filles, et c'était pas l'absence d'envies de filles, mais l'absence de filles qui coupait court à tout. Sur le moment Kamadja il s'en serait pas douté que tout son malheur, que toutes ces bagarres, viendraient peut-être de là, bien que ça devait le démanger, seulement ça devait être comme un peu honteux pour tous ceux qui avaient à se satisfaire tout seul la nuit quand tout le monde dormait ou faisait semblant de dormir dans les dortoirs à la faible lueur de l'éclairage de sécurité et quand ils pleuraient pas tous le manque des parents, ce qui était honteux aussi et bien caché aussi.

La misère sexuelle elle commence très tôt et c'est sur toute une vie qu'elle peut se poursuivre après comme toutes les misères qui affectent la frange la plus défavorisée ou déshéritée qu'il se disait maintenant Kamadja parce que tout partait toujours des parents qui peut-être non plus n'avaient pas eu beaucoup de chances sur ce plan là et seulement des enfants; il voulait dire qu'ils avaient reçu pas plus d'amour qu'ils avaient à leur en donner en partage. Kamadja devait bien sentir tout ça mais pas pouvoir l'exprimer comme qu'y avait une grande différence entre lui le petit Blanc à l'intérieur des murs de l'internat et les petites Blanches à l'extérieur de ces mêmes murs, les externes qui occupaient les premières places dans la classe. On aurait dit qu'elles se moquaient de lui en le regardant où le provoquaient, il aurait pas trop su bien dire sinon qu'il avait retenu les chaussures à talon que l'une portait et des bas et une jupe, un chemisier un peu échancré; des vêtements qu'elle était seule à porter quoique sa copine assise à côté et qui le dévisageait aussi pendant toute la classe était habillée un peu de la même façon qu'il pourrait maintenant dire à la mode occidentale qui était la façon dont avait de s'habiller les Blanches sur l'île et ça devait être pour montrer qu'elles avaient une longueur d'avance sur eux les internes. Qui sait si on pouvait les retrouver sur cette plage de nudistes qu'il y aurait du côté de l'Anse Vata et du Casino, que c'était une plage privée où lui Kamadja et les Kanak n'auraient de leur vie jamais accès, mais seulement oui dire ou fantasmer dessus.

Elles auraient pu faire leur éducation sexuelle, mais voilà, c'était comme deux mondes qui se rencontraient jamais. C'était bien du même monde que devait venir celle qui était toute nue dans la voiture garée le long de la côte que les internes en rang devaient gravir pour se rendre de l'internat au lycée que Jésus Christ en personne il avait pas dû souffrir autant qu'eux tous en voyant ce dont ils étaient privé, que c'était comme un supplice des yeux, parce que tout passait par les yeux et que le corps lui il pouvait pas vivre ça, qu'il pouvait rien vivre à l'internat sinon les coups, les coups que les parents pouvaient plus leur infliger parce qu'ils étaient comme hors de portée mais qu'ils s'infligeaient les uns les autres à défaut de mieux. Pour les filles internes il y avait peut-être plus longtemps que l'éveil sexuel c'était fait sentir, qu'elles en pouvait plus d'attendre qu'ils se manifestent et que comme ils se manifestaient pas commençaient un peu à écarter les cuisses comme Rosina de Lifou et Helene de Maré qui se trouvaient sur les quelques marches qui séparaient l'internat des filles de l'internat des garçons quand Kamadja revenait de la brousse à Nouméa et les voyait là se moquer un peu de lui sur son passage, c'est qu'Eros c'est comme un petit diable moqueur et dont la moquerie dissimulerait mal l'envie, mais ça Kamadja il en avait pas idée.

Cilane le petit Kanak de Lifou il lui aurait finalement sauter dessus à Helene qu'il revoyait courant le manou déchirée que ça devait avoir été un viol ou une tentative de viol que c'était tout ce qui leur restait quand ils étaient empêcher de tout et qu'ils n'avaient non plus le temps de rien parce que les filles elles faisaient que passer comme un troupeau de bêtes sauvages craintives et apeurées  et que s'ils leur sautaient pas dessus au passage elles leur échapperaient: à situation anormale comportement anormal. La prédation, des prédateurs, mais ils manquaient de nourriture (le pain qu'il allait voler Kamadja à la cantine quand Cimutru Josef de Maré faisait le gué parce que le chef de table et les autres avaient tout raflé avant que le plat arrive à son niveau), et affectivement et sexuellement aussi c'était que des affamés. Puis grâce à Cilane Noêl il avait pu voir lui kamadja le petit Blanc les seins noires d'Helene qui lui était en temps normal interdit de voir et encore plus de toucher, Helene qui lui avait seulement montrer ses cuisses d'ébène en même temps que sa copine Rosina dans l'escalier, c'est que les filles de l'internat elles devaient aussi en mourir d'envies qu'il se passe quelque chose entre eux mais pas de cette façon là, la violente qui était la seule qu'ils avaient pourtant connus, de faire, d'approcher, et d'agir avec leur corps, que c'était à pleurer rien que d'y penser parce que Cilane il était pas méchant mais malheureux, à moins que ce soit la même chose que d'être méchant et d'être malheureux; et c'était grave alors parce que lui Kamadja on aurait pas pu dire non plus qu'il était heureux ou qu'il y en est un parmi eux d'heureux à l'internat. 

Kamadja il s'était pris beaucoup de coups de pieds dans les parties quand il s'était battu et s'était souvent et souvent malgré lui malgré qu'on l'appelle le provocateur à l'internat et c'était comme s'il cherchait les coups mais c'était pas vrai, ça il aurait pu le dire mais il avait jamais eu le droit à la parole, même chez lui, mais aux coups, si bien que les blouses blanches qui avaient examinés de près les internes, les internes jusqu'aux couilles, elles l'avaient tripoté et il avait pas aimé comment elles l'avaient tripoté et elles avaient pas jugé ça normal et Kamadja il l'avait vu à la tête qu'elles avaient faite et que s'il y avait eu les parents pour leur en parler qu'elles leur en aurait parlé, mais voilà il y avait pas les parents alors elles finirent seulement par lui dire méchamment que c'était fini pour lui et qu'au suivant, mais encore une fois il voyait bien qu'elles étaient pas contentes après lui mais qu'elles l'auraient oublié aussitôt parce que de toute façon il faisait lui aussi parti des oubliés du Pacifique sud. L'explication de Kamadja elle tenait peut-être pas debout, pas plus que son sexe, mais il y avait bien quelque chose qui fonctionnait pas bien avec lui son sexe, seulement Kamadja si elles voulaient pas voir il voudrait pas voir lui non plus et pour ce qu'il en faisait de son sexe ça changeait rien, ni alors ni beaucoup plus tard parce qu'il aurait pas beaucoup de femmes à mettre dans son lit quand il aurait un lit à lui et pas d'enfants; qu'il saurait jamais s'il aurait pu en avoir parce que de toute façon il en aurait pas voulu si c'était pour qu'ils vivent ce qu'il avait vécu lui Kamadja, lui et son sexe qui avait pris que des coups.

jeudi 8 janvier 2026

Kamadja et le temps long


Le temps long c'est celui qui ne connait pas de fin, qui se prolonge à l'infini, qui n'est pas mesurable, celui d'une attente sans attente; enfin qui sait si ce n'est pas celui des îles et celui de l'enfance aussi que celui de la vieillesse, un prolongement inattendu de la vie qui n'en fini plus. Kamadja dans l'enfance de l'âge n'avait jamais vraiment goûté qu'à ce temps long et dans ce temps long même les choses les plus présentes prenaient la couleur de l'absence et inversement il pouvait sentir la présence des absents aussi bien que s'ils avaient été là avec lui Kamadja, car rien ne mourrait jamais vraiment tant que lui était en vie.

C'était quand il avait les yeux fermés qu'il voyait le mieux, que tous les objets et toutes les personnes retrouvaient leur emplacement naturel, le père était une ceinture à la main qui leur courait après autour de la table, la mère se prélassait sur le canapé du salon et le petit frère enfermait bien à clé dans le coffre fort qu'on lui avait fabriqué à cet effet tout ce qu'il ne voulait pas qu'on lui prenne, même pour jouer avec; Wayéméné Helène était toujours avec Rosina assises sur les deux marches qui séparaient l'internat des filles de l'internat des garçons où Kamadja les verrait sans oser faire le moindre petit geste de reconnaissance et elles riraient sur son passage du rire bête qu'on a à cet âge là; Leroy le caldoche le tenait toujours à bout de bras la tête collée contre les casiers de l'étude en bon vacher qu'il était comme si Kamadja eut pu l'encorner; les cocotiers de la baie Laugier berçaient toujours leurs palmes sous l'alizé; le bateau à la coque orangé et au soixante seize chevaux Mercury sillonnait toujours le lagon laissant trainer derrière lui comme une frange d'amertume l'eau retournée par ses hélices…

Mais le temps long ce n'étaient pas seulement des images que Kamadja voyait sans les voir mais bien le temps où il s'éternisait. Kamadja n'était pas un voyageur du temps; Kamadja n'avait pas fait un voyage en Nouvelle Calédonie dont il s'en serait retourné comme un touriste; Kamadja ne s'inscrivait pas comme eux dans le temps court qui est le temps qui court et Wayéméné Helène ne serait une vielle femme que pour ceux qui la verraient vieillir quand pour lui elle ne serait jamais qu'une jeune fille qui l'attendait toujours dans les escaliers avec son amie Rosina et avait en le voyant un rire gêné. La collection de coquillages que ses parents avaient voulu ramener sur le continent et qui dans le container s'étaient abimés étaient restés pour Kamadja tels que sur le récif ils les avaient trouvés; Kamadja n'avait pas plongé dans cet abîme du temps ou si profond qu'il ne le voyait plus passer. L'éternité n'avait pas un goût amer. Kamadja n'était pas amer. Il n'avait pas aimé et puis cessé d'aimer, mais aimait toujours ce qu'il n'avait jamais cessé d'aimer. Et c'était d'un amour sans retour. Dans le temps long il n'y a ni aller ni retour. On y est, c'est tout.

Cette conception du temps ne fait pas les grands voyageurs encore moins les voyageurs au long cours. Il pouvait en parler avec Nakédé Pierre le Kanak philosophe qui n'avait jamais écrit un livre de philosophie mais se tenait toujours à ses côtés pour les questions du temps; ils s'étaient quittés Nakédé et Kamadja mais Nakédé lui avait dit qu'il pouvait partir où qu'il voulait lui Kamadja mais qu'ils se quitteraient jamais pour autant et il avait raison Nakédé mais Kamadja qui était très malheureux de le quitter ne le savait pas encore. Aussi il avait dit Nakédé que Kamadja ne rapporterait rien de Nouvelle Calédonie et ce qui était vrai pour la collection de coquillages des parents s'avérait vrai pour une soi disant collection de souvenirs qui est ce que les gens rapportent de leur voyage, mais c'était pas un voyage que Kamadja avait fait en Nouvelle Calédonie et y aurait pas plus de souvenirs qu'il y eut de coquillages sinon brisés, pas intacts, que Kamadja chercherait même pas à reconstituer ou à retrouver, et parce que les parents parlaient aussi de coquillages volés dans le container Kamadja lui ne pourrait pas parler de temps volé ou envolé parce que tout était bien présent comme il l'avait toujours été et c'est juste que Kamadja ne connaissait pas le passé ni le futur.

On aurait dit que Kamadja vivait dans le temps long et que c'était aussi celui de Nakédé et que Nakédé le savait qui lui disait encore que lui Kamadja il n'aurait ni passé ni futur et c'était comme si Nakédé en plus d'un philosophe s'aurait été un grand sorcier et qu'il l'aurait emboucané à Kamadja parce que c'est vrai que Kamadja il a pas eu de futur sur le continent et qu'il pourrait pas non plus parler de la Nouvelle Calédonie comme de son passé parce que c'était toujours présent en lui la Nouvelle Calédonie, qu'il avait juste vécu tout au présent Kamadja et qu'après c'était difficile d'en parler au passé qui était comme s'inscrire dans le temps court, un temps qui passe quand y avait rien qu'était bien passé dans la vie de Kamadja et qui n'en finissait pas de s'éterniser en vain. Nakédé c'était le même Nakédé de toujours, stoïcien avant les stoïciens, stoïcien après les stoïciens, mais Nakédé l'était stoïcien de toujours et sans les connaître, c'était le stoïcisme à l'état pur, on aurait pu mettre un renard sous ses habits qui lui dévorait le ventre qu'il aurait pas bronché Nakédé dur à la douleur comme il était, et costaud avec ça, et pacifique comme jamais costaud on a vu, c'est que sa force elle était pas là à faire l'événement, elle était dans le temps long, sur le continent y a personne qui vit dans le temps long lui avait dit Nakédé avant qu'ils se quittent mais pour Nakédé ils s'étaient pas quittés et Nakédé il avait raison mais Kamadja tarda à le comprendre et en a souffert de pas le comprendre plus tôt. 

Nakédé il aurait pu avoir toutes les femmes qu'il voulait et Kamadja comprenait pas qu'il en voulu pas de femmes Nakédé. Kamadja il le comprit cependant quand il perdit sa femme et après qu'une autre femme l'eut quitté, c'est que les femmes ça s'inscrit pas dans le temps long. Y avait encore cette femme qu'ils avaient tous vue les internes qui en rang remontaient la côte qui menait au Lycée Lapérouse et elle était à poil dans une voiture où elle faisait l'amour. Kamadja avait tout de suite pensé à ces deux chiens qu'il avait surpris dans une rue en terre battue de Kouaoua et qui arrivaient pas à se séparer, qui étaient restés collés l'un à l'autre et qui hurlaient parce qu'ils pouvaient pas se décoller. La femme et l'homme ils avaient pas pu se décoller quand tous les internes ils étaient passés à côté de la voiture. Mais Nakédé stoïque il n'avait même pas regardé comme tous les autres internes, certains s'étaient même collés aux vitres de la voiture, certains qui auraient aimé s'y coller à la femme comme si c'était une chienne et qu'eux ils étaient des chiens. Kamadja il avait aimé Nakédé pour ça et c'était juré qu'il serait comme Nakédé et Kamadja il avait pas regardé parce que Nakédé n'avait pas regardé.

Mais quand on vit dans le temps court c'est comme ça: on est pressé et on se presse les uns les autres et on n'aime pas les nonchalants comme Kamadja et Nakédé qui lui avait appris à être comme ça à Kamadja. Faut pas se presser, faut rien presser non plus contre soi comme si c'était rien que ça aimer parce que si c'était rien que ça aimer dans le temps court c'était pas pareil dans le temps long et Kamadja pouvait toujours dire qu'il aimait Wayéméné Hélène même s'il n'avait jamais pu la presser contre lui à Wayéméné Hélène comme il pouvait toujours dire qu'il aimait Sylvie, la petite Nisa, même si elle était morte et qu'il pouvait plus non plus la presser contre lui, c'est que c'était pas un chien Kamadja et c'était grâce à Nakédé qui avait jamais montré qu'il était un chien et c'est qu'il l'était pas Nakédé parce que ceux qui le sont finissent toujours pas se trahir. Nakédé il était droit dans ses bottes et c'est pour ça aussi que personne venait le chercher et qu'il se battait pas comme les frères Cilane et comme il avait vu aussi Kamadja les chiens se battre et c'était sans doute pour une chienne, Nakédé il se serait pas battu pour une chienne parce que Nakédé même s'il était pas stoïcien il avait déjà tout compris.

Le temps long c'est une découverte tardive de Kamadja et qu'il avait toujours appartenu à ce temps là qui était celui de Nakédé et qu'il avait fallu Nakédé pour que ça germe dans son esprit et qu'il en ait conscience et c'est pourquoi maintenant il le savait, on aurait dit qu'il était d'une autre planète quand il était sur la même planète que ceux qui vivaient sur le continent et c'était dans le temps court et c'était pas comme lui qu'ils vivaient qui était vivre comme Nakédé Pierre qu'eux ils n'avaient pas eu la chance de connaître ou qu'ils auraient oubliés comme ils finissent par tout oublier ceux qui vivent dans le temps court où rien ne dure jamais. Il aurait fallu aussi qu'ils aillent en Calédonie et pas pour voyager parce que Kamadja il le rapportait de là-bas et pas comme on rapporte un souvenir, que c'est à peine s'il savait en parler et qu'il aurait aimé que Nakédé en parle pour lui, mais Nakédé il aurait même pas eu besoin d'en parler pour qu'on y croit et qu'on en ait envie du temps long, il aurait suffi de le voir à Nakédé comme Kamadja continuait de le voir et c'était mieux quand il avait les yeux fermés.


CITATION

"Que le temps devant vous jeunes gens est immense et il est court/ A quoi sert-il vraiment de dire une telle banalité/ Ah prenez le donc comme il vient comme un refrain jamais chanté/ Comme un ciel que rien ne gêne une femme qui dit Pour toujours." ARAGON, Le roman inachevé.

mercredi 7 janvier 2026

Kamadja et la solitude


Kamadja l'avait pas attendu d'être vieux pour connaître la solitude et la première chose qu'il aurait fait s'il avait eu à qui parler, quelqu'un de confiance à qui se confier, c'est de lui en parler un brin de la solitude et il aurait commencé par lui dire que la solitude il fallait pas s'en effrayer mais commencer par l'apprivoiser, qu'elle se montrait pas trop sauvage la solitude si on savait s'y prendre avec elle, et que même elle était réparatrice, qu'enfin lui Kamadja s'est toujours grâce à elle qu'il avait réparé tout ce qui allait pas bien chez lui, qu'il lui devait beaucoup à la solitude, que quand ça allait pas bien qu'on lui laisse un peu de solitude et ça irait tout de suite mieux après.

Alors quand il voyait les gens se plaindre de la solitude il comprenait pas bien pourquoi Kamadja parce que dans la solitude y a personne qui pouvait vous faire du mal et que la solitude elle elle pouvait vous faire que du bien, que c'était même le meilleur médicament contre toutes les peines de cœur et que les peines de cœur elles pouvaient pas venir de la solitude mais bien de tous ceux qui vous laissaient et qu'il fallait pas confondre le fait d'être laissé par les autres et le fait d'être seul, que c'était pas sa faute à la solitude si les autres vous laissaient et qu'il fallait pas s'en prendre à elle après comme étant à l'origine de ses souffrances, qu'elle y était pour rien elle la solitude.

Quand ses parents avaient laissés Kamadja à l'internat c'était pas la première fois qu'ils le laissaient et que Kamadja était malheureux qu'on le laisse tout seul, seulement il avait pas encore bien apprivoisé la solitude. Il avait cherché pourtant avec des pinceaux et du papier Canson, que c'était tout ce qu'il avait entre les mains à Kouaoua quand il était seul dans sa chambre, que les parents étaient partis sans lui, à peindre, et c'était la rivière d'eaux boueuses de Kouaoua village minier, les cocotiers de la baie tranquille avec son sable noir, et les baraques en bois ou la SLN logeait ses ouvriers, puis les maisons en dur peintes en blanc des zoreils, tous ou presque des fonctionnaires, et bien sûr le bleu de la mer et du ciel et du jaune pour le soleil, c'est que Kamadja aimaient les couleurs, mais il savait pas peindre.

Il aurait pas su donner une couleur à la solitude, il aurait jamais cessé de peindre Kamadja s'il avait su peindre la solitude, quand c'était ce qu'il fallait qu'il arrive à faire sortir de lui, toute cette solitude, parce qu'il y en a qui en meurt de la solitude et c'est comme d'une bête sauvage, pensait Kamadja, si vous savez pas l'apprivoiser, et c'est pourquoi il aurait aimer en parler comme pour la faire sortir de lui et qu'elle le dévore pas de l'intérieur comme le paternel avait été dévoré par son cancer et cette guerre qu'il était allé faire en Algérie et n'avait jamais réussi à en parler. Mais si Kamadja avait été sauvé de la solitude il le devait d'abord à la nature calédonienne, trop belle qu'il aurait dit s'il avait parlé comme les gosses d'aujourd'hui. Kamadja livré à la nature calédonienne il était plus livré à la solitude, c'était la nature qui le prenait, il ne faisait plus qu'un avec elle. C'était pas un décors et il n'avait jamais su peindre qu'un décors Kamadja, c'est pourquoi n'étaient jamais ressortis sur le papier Canson lui et sa solitude, que pour sûr c'est ce qui devait faire du bien à peindre et après du bien à voir à tous ceux qui regardaient sans savoir même pourquoi ça leur faisait du bien.

A l'internat y avait plus de nature, plus de cette nature où Kamadja s'était senti si bien avec sa solitude, c'était plutôt comme dans les prisons où les prisonniers ils peuvent pas se sentir bien avec leur solitude, même pas l'apprivoiser, où elle doit leur sauter au visage leur solitude et les griffer et les mordre et les tuer même, leur solitude, s'ils s'arrivent pas à l'exprimer. Sans doute Kamadja il avait bien souvent failli mourir avant de réussir à l'apprivoiser sa solitude. C'est que ça se fait pas naturellement ni par la force des choses. Et quand on a plus rien à contempler y a plus qu'à rêver, mais le rêve éveillé c'est le plus dur de tous les rêves: il faut apprendre à pas être là où l'on est, c'est comme s'évader, et Kamadja il avait dû apprendre à pas être là où il était, que c'était la seule façon qu'il avait de s'évader de l'internat. C'était mieux quand même quand les Kanak le soir au dortoir ils grattaient la guitare, ça l'aidait à s'évader ou à rêver ou à être bien avec sa solitude, encore mieux s'y avait une fenêtre qui restait ouverte et pouvait s'envoler comme un petit oiseau qui aurait été là enfermé toute la journée. Kamadja alors ça le grisait sa solitude et tout d'un coup il se mettait à aimer tout le monde et tout le monde l'aimait, puis il s'endormait.

Mais la vraie vocation de la solitude pour Kamadja c'était pas de vous faire voir la vie en rose mais de réparer ce qui dans la vie avait été cassé et comme y avait beaucoup de choses qui avaient été casées dans la vie de Kamadja, Kamadja avait besoin de beaucoup de moments de solitude pour les réparer et ça pouvait pas tomber mieux parce que si jamais la solitude avait été généreuse ça avait bien été pour Kamadja. Quand il arrivait dans la solitude il était dans un état déplorable mais il savait Kamadja que c'était de cet état déplorable dont on accusait la solitude quand elle n'y était pour rien et commençait par ne pas lui en vouloir qui était comme de vouloir se sentir bien avec elle, ce qu'il n'arrivait pas sans difficultés. Ses parents lui manquaient tellement et que ses amis, ce qu'il considérait être ses amis aient été plus des amis que ce qu'ils savaient se montrer être envers lui, soit dit en passant presque indifférents, et que Wayéméné Helène l'eut aimé, ne serait-ce que regardé quand il la regardait, de sorte qu'il y ait au moins un regard qui atteste de son existence quand personne ne lui parlait. C'est alors que Kamadja dû commencer à parler avec la solitude puisqu'il n'arrivait pas à la peindre. On sait déjà que c'est une manière d'apprivoiser les bêtes que de leur parler même si elles ne comprennent rien à ce qu'on leur dit; eh bien c'est pareil avec la solitude, il faut lui parler même si elle ne comprend rien à ce qu'on lui dit.

Sans s'en rendre bien compte Kamadja dû passer de plus en plus de temps à parler avec la solitude et c'est ce que d'autres appellent peut-être penser, encore que ce serait penser à rien de précis parce que dès que Kamadja commençait à penser à quelque chose de précis ou à quelqu'un de précis il perdait le contact avec sa solitude et c'était ce qu'il y avait de plus terrible pour lui qui s'était tellement habitué à sa compagnie que de la perdre. Sans doute que ça expliquerait les mauvais résultats scolaires de Kamadja qui se trouvait dans l'impossibilité de fixer son attention parce que la solitude elle est partout comme l'air diffuse et que se concentrer c'est la perdre. Il le sentait bien qu'elle était partout quand il était tout seul dans Nouméa à se promener parce que c'était le mercredi de sortie des internes et qu'il lui parlait à sa solitude parce qu'il n'avait personne à qui parler et que ça en était presque mieux quand on s'y habituait. Il avait essayé la même chose mais ça avait pas marché avec les poissons de l'aquarium de Nouméa parce qu'il y en avait de bizarres qu'il n'avait jamais vu ailleurs que là et qu'il s'était dit que l'un d'eux ce devait être la solitude et qu'après l'avoir vu il pourrait enfin la peindre la solitude.

lundi 5 janvier 2026

Le premier amour de Kamadja


Que nous montre les comédiens sinon que tous les sentiments peuvent être joués et Kamadja se disait alors que si tous les sentiments pouvaient être joués il n'y en avait aucun qui puissent être vrais, et que ce qui serait vrai donc c'est que quand on ne jouerait pas les sentiments on serait alors le jouet des sentiments et que lui Kamadja qui avait cru dur comme fer aux sentiments il n'en aurait jamais été que le jouet.

Mais si c'était une idée de Kamadja c'était pas non plus une idée que Kamadja pouvait accepter, même s'il ne croyait pas à la raison, que les gens étaient guidés par la raison, mais plutôt qu'ils se laissaient mener par leurs sentiments bien qu'il apprit encore à ses dépends que les adultes l'étaient davantage par leurs intérêts qui pouvaient être par exemple de mettre les enfants à l'internat et les vieux en maison de retraite, mais pour lui enfant, pour lui Kamadja, c'étaient qu'eux les sentiments, ils n'ont qu'eux les enfants pour s'orienter, c'est leur boussole et s'ils l'a perdent ils sont comme déboussolés les enfants et Kamadja se sentait un peu parfois déboussolé, qu'on aurait dit qu'il cherchait sa boussole après avoir perdu ses parents.

Qu'est-ce qui lui avait pris alors d'aimer Wayéméné Hélène? Il pourrait même pas s'en vanter comme il avait vu faire tous ceux qui avait une fille qu'ils disaient qui leur courait après, c'était pourtant une fille comme une autre Hélène, rien que ce nom quand il le prononçait il lui faisait de l'effet mais il ne l'épelait jamais que quand il était tout seul et pour lui même, comme si ce nom avait un pouvoir magique, celui de faire apparaitre Hélène là où qu'il serait lui Kamadja. Et il l'avait jamais dit non plus à Cilane Noël qui, il ne savait pas comment, sinon parce que c'était un malin Cilane qui l'avait deviné que Kamadja en pinçait pour Hélène. Mais ce qu'il ne savait pas c'est que Kamadja se sentait empêché par Cilane comme par sa conscience, que jamais ça c'était vu et que ça se voyait alors un noir avec une blanche, un zoreil avec une Kanak, et que Cilane qui était un Kanak était plus légitime que lui sur ce coup là, et que c'est tout ce qu'il pensait Kamadja.

Aussi Kamadja n'aurait pas pu savoir ce qui lui était passé par la tête à Cilane ce matin où il était sorti des rangs et s'était dirigé droit vers lui comme un fou et malgré la présence du surveillant, mais Kamadja il allait pas se laisser faire qui sortit des rangs aussitôt pour lui montrer à Cilane qu'il n'avait pas peur, mais c'était pas vrai qu'il n'avait pas peur, toujours il tremblait Kamadja comme quand le père lui frappait dessus mais les coups du père ça avait du bon qu'il avait plus peur des coups même s'il tremblait, seulement Kamadja il aurait aimé être comme ces héros dans les films qui ne tremblent jamais et c'était pas le cas quand Cilane lui vint dessus. Mais il faut dire d'abord qui était Cilane, rien de moins que celui qui courait le plus vite, de sorte qu'on pensait à lui dès le collège comme à un futur champion d'athlétisme avec Tchan l'asiatique qui courait presque aussi vite que Cilane.

De toute façon il lui laissait pas le temps Cilane de lui expliquer que lui Kamadja et comme il était un zoreil il n'allait pas se mettre avec une Kanak et c'était pas du racisme ça pour Kamadja mais de la loyauté, une priorité qu'il n'avait pas et qu'il laisserait donc l'autre passer sans lui couper la route et risquer l'accident; seulement l'accident il était là, inévitable comme tous les accidents. Cilane s'était un frappeur mais Kamadja s'était un encaisseur et il savait aussi éviter, mais frapper c'était pas son truc, un truc qu'il faisait plutôt à contre-coeur et pour se défendre, de la légitime défense qu'il apprendra après que ça s'appelait, mais de toute façon le surveillant ne leur laissa le temps de rien et Cilane dû se calmer tout seul et Kamadja se reprendre de sa frayeur car on n'aurait pas pu dire qu'il n'avait pas eu peur parce qu'il en tremblait encore et pendant un bon bout de temps comme après les colères du père.

Sans le surveillant il aurait pu lui arriver ce qui était arrivé à Avocat, une scène dont par on ne sait quel hasard Kamadja fut témoin et c'était dans les dortoirs et cette fois-ci il n'y avait pas de surveillant. Et c'était Cilane l'ainé, plus grand et plus fort encore que Cilane junior, qui fit irruption dans le dortoir et se lança aussi comme un fou sur Avocat qui cherchait quelque chose dans son armoire (les armoires étaient coincées entre les rangées de lits superposés) et eut à peine le temps de se retourner pour prendre un grand coup de poing en pleine gueule. Avocat s'effondra et tout droit (comme plus tard Kamadja verra s'effondra à la télé les tours jumelles) mais comme monté sur des ressorts il rebondit et asséna à son tour un énorme coup de poing au frère de Cilane qui à son tour s'effondra; l'étonnant c'est qu'ils en restèrent là tous les deux et qu'il n'y eut pas d'autre explication ou d'échange de points de vue que ces deux formidables coups de poings. Il n'y eut jamais non plus d'explications entre Kamadja et Cilane à propos d'Hélène.

Kamadja essayait de se la sortir de la tête sans que les parents lui ait dit que c'était pas une fille pour lui parce qu'il faut pas oublier qu'il y avait pas de parents pour Kamadja mais l'internat, et il eut même pas le temps non plus Kamadja de se la sortir de la tête qu'il y eut un autre événement tragique qui allait frapper comme l'œil du cyclone ou comme tout ce qui touchait à la Nouvelle Calédonie. Sans doute qu'il guettait son passage, juste pour la voir, il ne lui aura jamais rien dit encore moins fait de mal, dans les escaliers qui menaient du collège à l'internat des filles. C'était bien elle Wayéméné Hélene mais son manou était tout déchiré qu'on dirait qu'une bête sauvage lui avait sauté dessus et Kamadja pensa tout de suite à Cilane mais c'était peut-être pas Cilane et il ne le saura jamais, mais Hélène on aurait dit une bête toute affolée, elle la première de la classe, la plus intelligente de tous, Kamadja en fut tout retourné mais elle eut même pas un regard pour lui, et comment l'aurait t-elle eut si elle aurait plutôt préféré que personne ne l'a voit en cet état.

Y a encore quelque chose qui s'est passé avec Wayéméné Hélène mais que c'est à peine si on peut le raconter sans passer pour un autre fou et c'est vrai que Kamadja était aussi fou de Wayéméné Hélene que Cilane Noël donc il faudra peut-être mettre sur le compte de la folie ce qui va maintenant vous être rapporté et c'est qu'il la guettait toujours dans les escaliers et la regardait toujours sans rien dire mais, est-ce que c'est ce qui arrive à chaque fois que le mirage de l'amour s'estompe et qui est celui des sentiments trompeurs, de ceux dont si on en joue pas on en est le jouet, que la tête de Wayéméné Hélene grossissait démesurément jusqu'à occuper plus de place que son corps, jusqu'à ce qu'il ne voit plus d'elle que sa tête et pas ce corps dénudé sous le manou déchiré. Et Kamadja n'était pas sans penser ce que n'importe quel Kanak aurait pensé à sa place et c'est que Wayéméné Hélène avait été emboucané et que personne ne voudrait plus d'elle après que sous son manou déchiré tout l'internat l'eut désirée.

dimanche 4 janvier 2026

Kamadja et la côte ouest


Une fois ou deux, pas plus pas moins, Kamadja était passé de la côte est à la côte ouest de l'île mais il fallait pas attendre de lui pour autant ce qu'on pourrait trouver plus aisément dans un guide touristique seulement que ça lui avait semblé, même si c'était toujours se retrouver dans la nature, une nature plus civilisée celle de la côte ouest, presque rappelé un peu la Normandie où il était avant de quitter le continent; c'était plus vert et plus plat aussi un peu et y avait des fermes et de l'élevage et des cultures que sur la côte est y avait surtout le nickel qui arrangeait rien au paysage, et c'était pareil pour les gens qu'on aurait dit qu'ils allaient bien avec le paysage, à savoir si c'étaient eux qu'avaient fait le paysage où le paysage qui les avait fait à eux.

En tout cas Kamadja regrettait que sa famille soit pas tombé de ce côté là de l'île qui était pour Kamadja le bon côté de l'île parce que la famille de son copain zoreil qui l'avait accueilli c'était autre chose que la sienne. Ils étaient rien de plus pourtant dans la famille de son copain mais les manières n'étaient pas les mêmes et y avait pas de violence entre eux, Kamadja en aurait pleuré même s'il comprenait pas trop pourquoi il sentait monter les larmes aux yeux aussi qu'un peu de honte, ça le paternel lui avait toujours reproché: quoi tu as honte de nous petit morveux et c'était reparti pour une colère. Il faut dire qu'il avait pas tort le paternel mais c'est pas qu'il se sentait mieux Kamadja mais plus mal, comme quand il fut reçu chez lui par l'autre zoreil qui avait aussi des parents instits mais de l'autre côté de l'île que c'était pas la même chose, que même l'enseignement devait être meilleur parce que les gens devaient y être meilleurs, enfin tout ça faudrait vérifier mais n'empêche que c'était le sentiment que Kamadja en avait, ne pouvait pas ne pas avoir, comparaison oblige.

Faut dire par ailleurs que tout l'y ennuyait, c'était trop calme, plus rien d'inquiétant, d'excitant, qui s'exprimerait avec force, mais ça enfin c'était la violence et jamais Kamadja aurait pu penser qu'il avait besoin de cette violence pour se sentir vivre, ça faisait qu'augmenter sa honte devant cette famille trop bien, trop tranquille, qui n'avait que des mots gentils pour lui ou pas de mots du tout parfois, rien qu'un grand silence ou que de la gêne qui fera qu'il l'inviteront plus à Kamadja, c'était pas une fréquentation pour leur fils qui était un bon fils bien que Kamadja saurait plus trop quoi en dire comme de ces gens dont il y a rien à dire et dont d'ailleurs on dit rien parce que c'est pas eux qui vont défrayer la chronique. Il ne se souviendrait bientôt plus de son nom à son copain sinon qu'il n'était pas heureux non plus à l'internat, à l'internat où ses parents le laisseront pas longtemps, parce que c'étaient de bons parents et que les bons parents finissent toujours par se rendre compte de ce qui arrive à leur gosse, même s'ils s'y avaient mis le temps et qu'il oubliera jamais non plus l'internat et ce qu'il y avait vécu pour ne pas dire endurer, qu'endurer ce n'est pas vivre, se disait Kamadja et que ces gens de la côte ouest peut-être qu'ils savaient vivre eux.

Y a une chanson qui dit, mais Kamadja l'a connaissait pas encore cette chanson, qu'on choisit pas ses parents, mais que ce serait différent pour ses amis, seulement les amis que Kamadja avaient eu et qui avaient pas eu les mêmes parents que lui Kamadja y s'étaient pas restés longtemps ses amis; comme disparus, comme évanouis de sa ligne d'horizon; sûrement les parents y étaient encore une fois pour quelque chose parce qu'il faut dire que la vie des enfants est toute régie par la vie des parents, que pour commencer ils existeraient pas les enfants sans les parents. Kamadja l'aurait dû jamais allé chez son copain zoreil parce qu'après plus de copain zoreil pour Kamadja comme si ses parents après avoir vu Kamadja lui aurait dit de plus jamais revoir Kamadja. Kamadja pensait encore que toutes les bagarres qui y avaient à l'internat c'était à cause des parents, de ce que les parents disaient aux enfants sur les zoreils, sur les Kanak. Parce que Kamadja avait cru aussi remarqué, mais ça aussi ça demanderait à être vérifié, que sur la côte ouest y avait moins de Kanak que sur la côte est, ou c'est qu'ils se manifestaient moins, qu'ils faisaient plus profil bas sur la côte ouest que sur la côte est les Kanak, peut-être qu'ils devaient se sentir comme Kamadja: un peu mal sur la côte ouest bien que le regretter en même temps, c'est que les sentiments humains c'est jamais bien clairs et qu'encore une fois la couleur de peau ça avait rien à voir avec ce sentiment que Kamadja pouvait bien partager avec les Kanak.

Avocat qui était de la côte est avait dit un jour à Kamadja que sur la côte ouest il en avait entendu qui parlait le même dialecte ou presque que lui Avocat et sa tribu et que ça ça pouvait vouloir dire qu'ils avaient essaimé sur toute l'île ceux de sa tribu, qu'il y avait des liens entre eux tous, qu'ils étaient tous frères, enfin tous cousins; et Kamadja se rappelait comment de souriant, d'heureux, était le visage d'Avocat quand il lui racontait tout ça, qu'on aurait dit un ananas pas un avocat, la fleur de l'ananas au milieu de son visage c'était le sourire d'Avocat. Cependant Kamadja n'avait pas eu la chance de rencontrer les frères ou les cousins d'Avocat sur la côte ouest, c'est vrai aussi que ça avait dû être l'affaire que d'un Week end son séjour sur la côte ouest, après retour à l'internat et plus de copain zoreil et plus de la famille zoreil que c'est tout ce qu'il se souvenait comme présence humaine et pas trop marquée encore et bientôt absente. C'était comme quelque chose qui lui avait échappé à Kamadja la côte ouest et qu'il regrettait sans regretter car comment regretter ce qu'on connait pas ou pas bien ou à peine. Ça avait l'air d'être mieux que la côte est c'est tout ce qu'il saurait en dire, les plages aussi, de vrais et belles plages grandes comme celles de la Normandie et reposantes qui invitaient plus à la chaise longue qu'à la baignade, qu'à nager mais c'était ce qu'aimait le plus Kamadja nager, nager comme une épreuve de force et de courage au milieu des requins, même si on aurait pas pu dire pour autant que Kamadja était très fort ou très courageux, peut-être alors que la côte ouest lui aurait mieux convenu et réussi.

Dire que Kamadja allait vous faire quitter la côte ouest où en fait il y avait pas vu beaucoup d'hommes excepté ceux qui l'y avait reçu plutôt inexistant, bientôt inexistant parce qu'ils ne donneraient pas suite à leur invitation et que ce serait comme s'ils n'existaient plus pour Kamadja qui aura tôt fait de les oublier, mais enfin Kamadja croyait se souvenir du chat de la maison de ses hotes, un chat que la maison pouvait caresser parce que Kamadja avait essayé de caresser une portée de petits chats très mignons qui donnaient envie qu'on les caresse mais qui n'étaient pas "caressables" et c'était qu'il les avaient trouvés dans une haie près de la maison du paternel le directeur de l'école de Kouaoua sur la côte est et que ces chats qui étaient des chats sauvages l'avaient griffé lui enlevant le goût de recommencer, le goût de la tendresse qui semblait pas pouvoir non plus se développer sur la côte est mais ici sur la côte ouest avec ce gros chat domestique c'était encore possible et ça aussi ça lui avait mis les larmes aux yeux à Kamadja. Y avait pas non plus ces chiens de la tribu de Kouaoua qui étaient pas des chiens recommandables et qui se mettaient à courser Kamadja dès qu'il passait par là, que s'il avait pas appris à lancer le caillou comme les Kanak il se serait fait mordre plus d'une fois. Kamadja qui avait dit quelque chose sur le paysage et les hommes croyait bien pouvoir en terminer avec la côte ouest en disant quelque chose sur les animaux et les hommes, c'est que ceux qui avaient pas été élevé comme il semblait l'avoir été élevé, du moins dans la famille du zoreil qui l'avait accueilli, il fallait pas trop les approcher parce qu'ils étaient pas trop "caressables" ou étaient toutes griffes dehors ou encore pas très recommandables comme ces chiens errants qui n'étaient à personne et qu'on caillassait. 

samedi 3 janvier 2026

Kamadja et l'évasion manquée


Y a eu un temps, un trop long temps, ou plus personne ne venait chercher Kamadja à l'internat, même son correspondant Abel Wadra ne venait plus avec sa grosse voiture dans laquelle il attendrait sans rien dire et avec laquelle il roulerait lentement dans la ville de Nouméa comme pour que Kamadja puisse la voir avec lui et l'aimer avec lui, et savourer avec lui ce moment de liberté; mais on aurait dit que les portes de l'internat c'étaient définitivement refermées sur lui comme les portes d'une prison, on aurait dit encore que Kamadja qui portait un numéro sur ces vêtements c'était un bagnard du temps où il y avait un bagne en Nouvelle Calédonie et que ces six ans de Calédonie de Kamadja ça avait été comme six ans de bagne pour Kamadja où il avait été privé de tout sauf de coups, c'est pourquoi il lui était passé par la tête de s'évader mais il l'avait jamais fait ou pas tout à fait.

Il y avait une fenêtre de l'étude qui donnait sur le stade qui rappelait à Kamadja le stade à Kouaoua entre le village et la tribu qui semblait séparer le monde civilisé du monde sauvage, comme une ligne infranchissable mais qu'il aurait aimé bien des fois franchir tant il se sentait prisonnier et malheureux dans le monde civilisé. C'est aussi que personne ne venait plus le voir, lui parler, et qu'il avait à se défendre, et qu'il n'en pouvait plus d'avoir à se défendre tout seul contre tous ceux qui venait l'agresser parce que c'était un zoreil, un zoreil qui disait qu'il était zoreil et qu'il en était fier, mais c'était pas vraiment vrai ou de moins en moins vrai qu'il en était fier Kamadja d'être un zoreil parce qu'il voyait bien que les zoreils ils étaient restés en France, en tout cas ceux qui auraient pu l'aimer, l'aider, le secourir, le faire sortir de l'internat, tandis que les autres sur l'ile ils s'étaient pas à l'internat mais chez papa et maman, excepté quelques malheureux qui étaient logés à la même enseigne que Kamadja, qui connaissaient le même sort que Kamadja, et qui ne pouvaient pas plus pour lui que pour eux mêmes, sinon se résigner et peut-être même se suicider, pour sûr que ça leur était aussi passé par la tête.

Kamadja avait un peu conscience de tout ça mais surtout que c'était une île et qu'il y avait pas d'évasion possible, alors il pensait à la mer, la mer à perpète, la mer d'avant le lagon comme dans son enceinte de corail, sertie comme un joyau brillant de tous ses feux sous le soleil des tropiques, ou à la grande barrière qui délimitait la Grande Terre et qu'il était un jour allé voir avec le bateau du père qui avait pas osé aller plus loin, parce que plus loin c'était que de l'eau avec plus de terre en vue, juste la mer et qu'on pouvait s'y perdre et ne plus jamais revoir la terre, ni celle de Nouvelle Calédonie ni celle de France, de France ils étaient venus par avion comme tous les zoreils mais Kamadja ne rêvait pas d'avions mais de bateaux.

Il se disait que s'il pouvait entrer dans la marine marchande, y avait du cabotage entre la Grande Terre et l'île des Pins et les îles Loyauté, y faudrait qu'il aille voir ça de plus près et tâcher de s'y faire embaucher parce qu'il était trop jeune pour la marine de guerre et qu'il voudrait pas de lui bien qu'il aurait aimé parce que toujours avec le bateau du père il leur était arrivé une fois de voir au mouillage un bateau qui ressemblait pas à ces cargos qui entraient dans la baie pour le nickel, qui avait beaucoup plus de gueule que ces cargos lourds et empâtés et qui se trainaient dans le lagon, une gueule affuté comme de vieux loup de mer et qui pouvait faire peur et c'était que c'était un bateau de guerre, le seul que Kamadja aura jamais vu et il aurait voulu que le père s'en rapproche et aussi monter à bord, les gars qu'il y avait vu c'étaient des zoreils comme lui ou pas vraiment mais de vrais zoreils qui étaient de France et connaissaient pas l'internat cette prison, ce bagne où il était lui Kamadja, et il leur aurait tout dit puis de le prendre avec eux et de le ramener en France avec eux. Mais le père s'éloignait prudemment et respectueusement comme il l'avait toujours été des autorités, de la France et de ceux qui la représentaient parce qu'il était lui même un de ses représentants: un fonctionnaire d'Etat.

Mais il y avait longtemps, trop longtemps, que Kamadja n'avait plus pris la mer avec le père, qu'on dirait que tout le monde l'avait oublié à l'internat et qu'il devait maintenant trouver une solution tout seul pour s'évader puisque personne ne venait plus le chercher. La nuit il pleurait et il revoyait la mer, la mer à perte de vue, la mer qu'il aimait et qu'il n'aimait pas, parce qu'elle semblait prolonger à l'infini les murs de sa prison. Les Kanaks grattaient la guitare la nuit, des arpèges, et ça berçait un peu Kamadja comme quand il avait dormi dans le bateau du père parce qu'il en avait marre qu'on lui tape dessus et qu'il avait trouvé cette unique refuge pour leur échapper quand ils dormaient tous sous la tente sur cette plage sauvage où ils étaient allés camper, c'est là qu'il avait pour la première fois voulu fuir mais l'avait retenu la peur du bateau à la dérive et l'effroyable bruit des récifs. Kamadja pensait qu'il lui faudrait aussi échapper à sa famille, qu'elle ne puisse plus jamais venir le reprendre et le frapper, parce qu'il avait aussi un frère qui le frappait et une mère qui ne disait rien, qui ne prenait jamais sa défense, Kamadja avait toujours été tout seul à se défendre et personne non plus ne lui avait appris à se défendre, et quand il voulait se défendre on lui disait: vas y essaye un peu, essaye un peu de frapper ton père, et Kamadja ne pouvait pas frapper son père parce que c'était son père.

Mais là à l'internat, dans l'étude, la tentation était forte de s'évader. En l'absence du surveillant et le surveillant s'absentait souvent et longtemps, que ça laissait souvent et longtemps le temps au grand caldoche de venir s'en prendre au petit zoreil, de se le coller contre les casiers et de se le tabasser, mais le petit zoreil cette fois-ci il sauterait par la fenêtre même s'il y avait encore un grand grillage qui le séparait du stade mais qu'il contournerait puis ce serait la liberté, et peut-être qu'on voudrait de lui sur les petits bateaux qui naviguaient entre les îles, puis qu'il passerait d'un petit bateau à un plus grand bateau capable d'aller plus loin encore. Il pensait à tout ça Kamadja. Il y pensait si fort ce jour là qu'il se retrouva enfin de l'autre côté de la fenêtre, il s'était presque fait mal en tombant mais il aurait pu se faire encore plus mal et c'est ce qu'il se disait à chaque fois qu'il se faisait mal ou qu'on lui faisait mal et que c'était pas grave, qu'il était pas encore mort, qu'il avait la peau dure comme les bagnards, comme les caldoches qui étaient d'anciens bagnards, les enfants de caldoches qui voulaient pas le savoir mais qui étaient avec lui Kamadja à l'internat qui était un bagne pour enfants que leurs parents avaient laissés là, comme oubliés là on dirait, et même si c'était pas vrai c'était tout comme, qu'il pensait Kamadja, et ils leur restait plus à tous qu'à refaire l'histoire, qu'à se battre entre eux parce qu'ils savaient que ça: se battre, que tout ce qu'ils avaient reçu c'étaient des coups et qu'à leur tour ils voulaient apprendre à en donner peut-être parce qu'en en donnant ils pensaient ne plus avoir à en recevoir. C'est pourquoi Kamadja ce jour-là ne pensa plus qu'à s'évader.

Puis il y avait eu cette usine de Doniambo, oui ce devait être Doniambo, pas loin de Nouméa, que toute la classe de Kamadja était allé voir, et Kamadja aurait voulu s'éclipser, mettre un casque jaune ou rouge ou vert, peu importe, celui qu'il trouverait et se mettre à travailler avec les ouvriers parce qu'ils semblaient bien s'entendre entre eux, peut-être qu'ils s'aimaient même, et que Kamadja avait senti ça et que ça lui avait plu de sentir ça, plus que ce que le professeur disait sur l'usine, parce qu'il sentait rien le professeur; Kamadja, et ça le professeur le disait pas non plus, aimait l'usine parce qu'elle lui semblait comme au large de tout, toutes ses lumières comme celles d'un gros bateau au large de tout. Peut-être que Kamadja il saurait retrouver tout seul l'usine de Doniambo et qu'on y voudrait bien de lui si y avait pas un bateau où il pourrait embarquer. Mais Kamadja il était tombé sur son cul après avoir sauté par la fenêtre de l'étude et c'était fait un peu mal et ça l'avait réveillé de tous ces rêves et il avait maintenant plus qu'un peu peur, cette peur qui toujours tenaillait Kamadja, qui ne le quitterait plus, qui lui faisait comme une boule au ventre, et c'était que le surveillant revienne et le trouve là parce que les internes s'étaient tous mis à la fenêtre et braillaient à qui mieux mieux après Kamadja, puis il y avait le petit bras noir de Cimitru Joseph, que Cimitru Joseph avait tendu vers lui pour qu'il s'y accroche et qu'il le remonte avant que le surveillant ne revienne et le trouve là et lui fasse passer toute la nuit à genoux et l'oublie à genoux comme il les avait déjà oubliés à Cimutru Joseph et lui une nuit que Cimutru Joseph le petit Kanak de Maré s'était endormi à genoux en laissant tomber sa tête contre l'épaule de Kamadja et que le surveillant quand il avait vu ça avait pris peur à son tour et les avait renvoyés au lit pour les réveiller une heure après.

vendredi 2 janvier 2026

Avocat et les magazines


Il n'avait pas dû trop se casser la tête ses parents à Avocat pour lui trouver un nom, sans doute le premier qui leur soit venu à l'esprit était celui du fruit. C'est quand Avocat se mit à grandir trop vite pour Kamadja, car tout le monde ne grandit pas à la même vitesse et que l'âge ne dit pas grand chose de tout ça, et qu'il commença à goûter à d'autres fruits tout aussi exotiques pour Avocat qu'étaient les blanches de Nouvelle Calédonie, directement importées pour la plupart du continent, que Kamadja eut connaissance de l'existence de son demi frère Thomas que la mère qui devait avoir quelque religion  avait dû trouver dans les écritures, mais Avocat lui semblait avoir été le fruit du pêché. Avocat était café au lait.

Il avait plusieurs pères Avocat et c'est une des premières choses qu'il lui avait dit à Kamadja et que la tribu, la tribu était à côté du village, du village qui était plutôt comme une corbeille de fruits étrangers et mélangés les uns aux autres sans être pour autant bien assortis, tandis que la tribu était pour Avocat comme une grande famille, sa famille plus grande que celle de Kamadja réduite à un seul père et une seule mère et deux frères qui étaient tous ce qu'Avocat lui connaissait de famille, le reste étant resté sur le continent et Kamadja n'aurait pas pu lui en parler parce qu'il ne la connaissait pas trop bien lui-même sa famille. La mère d'Avocat faisait des ménages dans les maisons des blancs et c'est dans une de ses maisons qu'Avocat avait dû être conçu et où Avocat et Kamadja feraient leurs flans. Des sachets de flans qu'ils avaient pu acheter aux économats du village parce qu'ils avaient gagné cet argent en arrachant les sensitives, ces mauvaises herbes qu'ils aimaient voir se refermer quand ils les touchaient comme si c'étaient des insectes pour découvrir leurs piquants, et ils y avaient eu droit plus souvent qu'à leur tour, comme on dit, aux piquants des sensitives, car il fallait en passer par là pour les arracher. C'était bien mérité les flans.

Mais Avocat ce n'était pas que les flans. Avocat c'était aussi le foot. C'est Avocat qui apprit à Kamadja l'existence de Karembeu, un Kanak qui était parti jouer au foot sur le continent. Avocat c'était pieds nus qu'il jouait sur le terrain de foot de la tribu, et ça aurait pu être un grand footballeur sans son souffle au cœur, qu'il disait Avocat. Sa spécialité c'était le drible, Kamadja l'avait vu à l'œuvre, et quand il partait tout seul avec le ballon personne ne pouvait l'arrêter. Avocat avait la taille d'un zoreil et la force d'un Kanak. Mais ça ne parle pas à un métropolitain ça. Il faut savoir que le Kanak n'est pas de grande taille en général et que le zoreil n'est pas très physique en général. En tout cas c'est ces généralités là qui connaissaient peu d'exception comme Avocat. La première chose que Kamadja demanda aux parents c'est une paire de chaussures à crampons, il ne savait pas si c'était pour lui ou pour Avocat qu'il les demandait, car Kamadja n'a jamais été assez bon au foot pour aller jouer sur le terrain vague entre le village et la tribu où une équipe du continent était venu un jour mais c'était pas pour jouer au foot qu'elle était venue mais au Hand Ball, le PUF c'était, qui avait rencontré une équipe de Wallisiens, des costauds, plus costauds encore que les Kanaks, et qui avaient perdu quand même contre le PUF, peut-être la première fois que Kamadja avait dit à Avocat qu'il était fier d'être zoreil, un peu comme Avocat était fier de la tribu et de Karembeu. 

C'est à Nouméa  que Kamadja avait revu Avocat qui avait quitté Kouaoua et la Brousse avant lui. Chez Abel Wadra l'ex directeur de l'école de Kouaoua chez qui sa mère avait fait des ménages et qui était leur correspondant quand on les laissait partir de l'internat qu'ils allaient manger et dormir. Chez Abel Wadra qui était des iles Loyautés mais qui enseignait sur la Grande Terre, c'est comme ça qu'on appelait aussi la Nouvelle Calédonie, où ils trouvaient toujours une natte où dormir (un matelas ça aurait pris trop de place); et des marmites qui bouillaient tout en long de la journée avec dedans de l'igname, du taro, du manioc, y avait aussi du riz, et dans d'autres marmites on pouvait encore trouver des bananes plantains, et dans d'autres encore de la viande avec de la sauce; y avait plus qu'à remplir son assiette à volonté et à n'importe quelle heure, et pour tout celui qui venait y avait de quoi boire et manger. On aurait dit qu'Abel Wadra recevait chez lui toute la tribu et que c'était la tribu qui avait reçu chez Abel Wadra le petit blanc, le zoreil, Kamadja et son ami Avocat qui n'y était pas toujours.

Et c'est chez Abel Wadra qu'Avocat avait montré un jour à Kamadja ce magazine avec de belles femmes dessus et presque nues, et qui étaient des métisses disait Avocat et les plus jolies femmes au monde, et c'est vrai qu'elles étaient belles et remplissait Kamadja d'envie de les connaître. Rosina qui était dans sa classe, Rosina la copine de Wayéméné Hélène, toutes deux filles de Lifou et de Maré, Rosina qui était dans la même classe que Kamadja et avait la taille et la couleur de peau d'Avocat, avait cette beauté métisse, sauf que Kamadja ne l'avait pas vu à demi nue à Rosina comme sur ce magazine que lui avait montré Avocat. Mais Rosina au Lycée Lapérouse à Nouméa, dans ces escaliers qui n'en finissaient pas de monter pour se rendre en classe s'était assise en haut des marches et avait remonté son manou qu'elle avait retroussé entre ses jambes quand Kamadja était passé et aussitôt s'était rappelé de ces métisses, les plus belles femmes au monde, que lui avait montré sur le magazine Avocat, et Rosina lui parut alors avoir les plus belles cuisses au monde. Mais c'était Wayéméné Helene, la première de la classe qu'aimait Kamadja comme on peut aimer à cet âge là qu'avait dépassé Avocat, mais comment, car il ne comptait pas beaucoup d'années de plus que lui, Avocat. Et c'était cependant cet amour là, celui d'Avocat que Kamadja sentait en même temps qu'il lui montait comme une raideur entre les jambes, mais ce n'était pas encore comme ça qu'il aimait lui Kamadja bien que ça lui réservait quelque surprise honteuse où qu'il cachait honteusement, ce qui revient au même, Avocat non plus n'en aurait pas parlé ouvertement mais simplement et placidement ouvrait et feuilletait devant lui ce magazine, partageant avec lui son envie de femmes métisses, les plus belles femmes au monde, qu'il disait Avocat.

mercredi 2 septembre 2020

La Nouvelle-Calédonie


J’étais de nouveau en salle de muscu. Premier jour d’ouverture après le confinement et l’alerte covid 19. on n’est que que le 2 septembre et c’est prévu qu’elle ouvvre le 9 je crois, donc j’imagine que j’ai un peu rêvé tout ça. Personne n’était très rassuré mais content quand même de se revoir et j’oserai ajouté en vie. D’autant qu’y en avait un qui m’avait dit qu’il partait pour la Nouvelle-Calédonie et qu’il avait dû y allé entre-temps et même en revenir puisqu’il était là devant moi avec ce petit sourire tranquille et amical que je lui connaissais déjà. Quand il m’avait dit qu’il partait pour la Nouvelle-Calédonie je n’avais pas pu me retenir de lui dire que je connaissais croyant le surprendre mais il avait accueillit la nouvelle sans trop de surprise, comme si être allé en Nouvelle-Calédonie c’était comme être allé au centre commercial de Créteil Soleil faire quelques emplettes. J’ui avais quand même touché un mot. Y avait pas marqué plus d’intérêt que ça. Est-ce que je faisais figure d’un vieux qui radotait ou que je racontais ma Nouvelle-Calédonie sur le ton de celui qui raconte ses guerres ? pourtant c’était la première fois qu’il y allait et quand je l’interrogeais y me répondait que c’était une idée de sa femme, qu’elle y connaissait quelqu’un mais qu’ils n’y étaient encore jamais allés. Sans doute qui se disait qu’il voulait voir par lui-même, se faire une idée par lui-même et que les racontars… enfin, qu’il fallait laissé dire et il me laissait dire, c’est l’impression qu’il me donnait car j’avais effectivement l’impression de parler dans le vide ou que je le bassinais depuis cinq minutes que je lui parlais quand je cessais tout aussi brusquement de lui parler. Je me rappelle encore son sourire à nouveau, celui d’un type sympa, ya rien à dire, mais qui du coup me parut beaucoup moins sympa et presque se foutre de moi, quoiqu’il était pas du genre non plus. D’habitude j’appréciais son calme qui m’invitait à lui parler un peu entre un exercice et puis l’autre, ce qu’on appelle le temps de récup, son temps de récup à lui aussi ce qui nous laissait jamais le temps de nous dire grand-chose, mais on s’appréciait pas moins pour autant. Je crois qu’en fait c’est comme cela pour tout le monde, les mots on pas grand-chose à voir là-dedans, sur le fait qu’on s’apprécie ou pas, c’est presque animal le rapport humain, et les mots viennent rien y ajouter ou y retrancher. Je dis ça parce que malgré son peu d’enthousiasme à mes propos sur la Nouvelle-Calédonie je pouvais pas m’empêcher de continuer à l’apprécier au gars et j’ui trouvais même ce courage que je lui avais toujours trouvé à faire les choses sans se défaire de son calme et sa bonne humeur, une gentillesse naturelle qu’on dit et qui lui allait bien. Il devait avoir à peu près mon âge, avoir passé le cap de la cinquantaine en aillant gardé un aspect jeune, un jeune qui serait aguerri, un jeune à l’usage du temps, le bon, celui qui vous rend plus fort, plus averti des périls de la vie et vous donne une certaine accoutumance qui dans son cas pouvait toucher à la nonchalance. Son regard était placide et celui de quelqu’un qui n’a pas froid aux yeux, direct mais sensible. Il ne rebutait pas à l’effort et soulevait de lourdes charges, il aimait la fonte mais c’était pas un gros bras, garder la forme voilà tout ce qu’il venait chercher en salle de muscu où il rebutait pas non plus à faire un peu de cardio, les gros bras sont moins fan de cardio. On aurait dit un ouvrier qui faisait son taf, je dirais même un artisan car je ne sais pas pourquoi mais je le voyais bien artisan menuisier par exemple mais c’est souvent décevant de savoir ce que les gens font vraiment quand on s’est imaginé le meilleurs pour eux selon bien sûr l’idée que l’on a du meilleur et qui est toute personnelle comme mon idée de la Nouvelle-Calédonie que j’avais essayé vainement de lui communiquer.

Y y était allé comme je l’aurais parié car il était pas du genre à affabuler. C’était pourtant un long voyage et il en parlait comme de la porte d'à côté, ça semblait d’ailleurs pour lui pas plus important que ça d’en parler. Je creusais un peu, le sujet continuait à me passionner. Allez raconte, que je lui disais. Il me sourit. Toujours ce même sourire, le covid 19 qui était passé par là n’y avait rien changé, pas plus la Nouvelle-Calédonie, intact le sourire, indemne qu’il s’en était sorti sans même prendre une ride, devenir rictus. L’avion, un très gros avion qu’ils (lui et sa femme, peut-être des gosses mais il n’en parlait pas) avaient pris avec son bruit de moteur qui était comme un gros ronronnement qui avait fini par l’endormir avec des trous d’air qui le faisait sursauter jusque dans son sommeil mais pas de quoi s’affoler. Ils avaient pris une collation, regarder un film, on leur avait passé des écouteurs. Le voyage commençait à me paraître long, c’était pas encore la Nouvelle-Calédonie et il me tardait qu’ils y arrivent, n’y arriveraient-ils jamais que je commençais à me demander. Ça me rappela le cheval que nous avait promis le paternel quand on n’était dans les verts pâturages de Normandie et que j’avais pas encore douze ans qui est l’âge où on partit pour le pays des caldoches et des Kanaks. Aux dernières nouvelles le cheval il s’était cassé la patte, il avait jamais dû s’en remettre parce qu’on ne le vit jamais jusqu’à ce qu’on l’oublia, qu’on oublia de demander de ses nouvelles au paternel qui se garda bien lui de nous le rappeler. Alors la Calédonie que je lui dis. Il me sourit. Ils sont encore dans l’avion quand on leur dit qu’ils vont amerrir. Comment ça amerrir, que je lui dis. A nouveau ce sourire. Se poser sur la mer, qu’il dit. Oui, j’ai bien compris, mais quand je suis allé en Nouvelle-Calédonie… il me laissa pas finir. C’était sa Nouvelle-Calédonie maintenant et son voyage et ils allaient amerrir. Une avarie moteur, rien de bien grave, presque de la routine, le commandant de bord les avait rassuré : il y avait là parmi les passagers des gens qui connaissaient le lagon comme leur poche et qui à bord de canots de sauvetage sauraient naviguer dans les passes entre les récifs pour les mener jusqu’au rivage, la terre ferme quoi, la Grande Terre même qu’on l’appelait là-bas, comme quoi ils pouvaient pas la rater, c’était juste qu’un petit contretemps. L’avion ce lourd dingue qui avait passé tout son temps à ronronner allait donc se poser en douceur sur son gros ventre douillet qui amortirait le choc, on sentirait même pas les roues sur la piste de Tontouta si je ne m’abuse, si mes souvenirs sont bons. Mais je l’écoutais comme il m’avait écouté. N’en croyant pas plus mes oreilles qu’il n’en avait cru ses oreilles, car c’est l’impression qu’il m’avait laissé et que peut-être je lui laissais tandis que je faisais tout pour ne pas l’interrompre, mais non sans une certaine incrédulité pour tout dire. Quand on va en Nouvelle-Calédonie que je me disais c’est pas la peine d’en rajouter. L’avion c’était enfin posé et était maintenant bercé par les flots du pacifique. Les premiers canots avaient été largués à la mer. Chacun eut son pilote. Et pour tous la terre était en vue. Il fallait encore y arriver. Il fallait encore ramer pour y arriver. Il eut, qu’il me dit, moins de mal à s’improviser rameur que certains à s’improviser pilote. A croire que certains s'étaient perdus en route. C’est vrai aussi qu’il faisait du rameur à la salle de muscu. L’avion gros porteur qui ne portait maintenant plus personne s’enfonçait doucement dans les eaux, un gros glouglou l’y accompagnait ainsi que le regard médusé des passagers qui très vite s’en détourna, car tout le monde n’avait plus d’yeux que pour la Nouvelle-Calédonie. Et alors la Nouvelle-Calédonie comment c’était ? Bien, qu’il dit.

dimanche 23 août 2020

Les retrouvailles


Je revois un ami. Un black. Je ne sais pas pourquoi on ne dit pas un noir un noir ici ou un kanak, sans doute parce qu’ils ne sont pas tous kanak ici les noirs, pardon les blacks. Mais passons. Je ne peux pas contenir ma joie. Il y a si longtemps. Je crie son nom. Enfin, je veux crier son nom. Mais je ne m’en souviens plus. Puis, je le sens, il ne va pas très bien. Pour lui non plus les choses ne ce sont pas passées comme il le pensait, comme dans nos rêves les plus fous. Il est concierge qu’il me dit. Toute sa noblesse, sa grandeur d’âme et son corps d’athlète, devant mes yeux occupés à traîner un balai. Il est triste. Je le vois triste. Il me fait un sourire triste. Il m’a reconnu sans doute. C’est vrai que moi non plus je ne paye pas de mine. Des années que je suis au chômage. Un chômeur de longue durée qu’on dit ici, voilà ce que je suis devenu ici. Et c’est mieux encore d’avoir un emploi comme lui. C’est vrai que j’en ai eu un moi aussi. Je le prends avec moi. Je ne sais pas pourquoi mais on se retrouve très vite devant une salle de gym. J’ui dit que là j’ai donné des cours. Je voudrais que mon ami me voit autrement que comme un chômeur longue durée. Que moi si timide j’ai été ça : un prof de gym, que c’est même la timidité qui m’a rendu ce boulot si difficile, qui me l’a fait quitté ou perdre, ne plus jamais vouloir le reprendre après mettre pris un bide au Vitatop lors d’un cours d’aérobic. C’était nouveau, l’aérobic. La salle s’est vidée tandis que je gesticulais encore, tout seul en justaucorps, sur un podium devant un grand miroir où bientôt je ne verrais plus que moi, pantin ridicule, se désarticulant sur une musique dont il n’arrivait pas à capter le rythme. Un vrai bide que je vous dis. L’ami faut pas qu’y me voit comme ça et je discute avec les clientes de la salle que je lui présente. Ça doit les surprendre que je leur parle si naturellement, moi qui me contentais de dire : et un, et deux, et trois, et quatre, c’est vrai que j’avais pas beaucoup de conversation à part ça, j’étais si timide, c’était pas un métier pour moi. Je l’ai fait pendant dix ans que je lui dis à  mon ami retrouvé. Il me regarde. Qu’il est triste son regard. Est-ce qu’il sait ce que cela a été pour moi ces dix ans là ? Non, c’est sûrement à son job de concierge qu’il pense. Il n’en peut plus et je le comprends. Il avait d’autres aspirations lui aussi. Je le prends par le bras. On s’éloigne. Le cours va commencer. De l’aérobic ou du step. J’ai pas suivi la mode depuis, tout ce qu’on peut inventer pour faire que les gens se bougent, se laissent mener par la musique, oublient leurs problèmes, que sais-je encore, se posent pas trop de questions sur ce qu’on a fait d’eux, sur ce qu’ils sont devenus… Mais ch’uis content j’ai retrouvé mon ami et j’ai encore quelque rêve à lui communiquer comme quand ont étaient des gosses tous les deux et que l’avenir était à nous, enfin, je veux dire comme on pouvait se l’imaginer. Pourquoi qu’ont partiraient pas tous les deux que je lui dis pour la Nouvelle-Calédonie. J’ui explique. Il me regarde tristement. J’attends que son visage s’éclaire, alors je continue. Ya des fruits autant que t’en veux : les noix de coco tombent toutes seules des cocotiers, les mangues sabots du manguier elles te restent dans la main, tu n’as même pas besoin de les éplucher pour les manger, tu fais une petite ouverture au bout et tu les suces, c’est les meilleurs celles qui se laissent sucer ; il y aussi des papayers, je lui cite le nom de tas de fruits exotiques, puis j’ui parle des eaux poissonneuses du lagon et des crabes de palétuvier et de petites crevettes roses, tout ce que j’ais connu dans mon enfance calédonienne, histoire de le faire rêver un peu avec moi et qu’il se mette à sourire un peu et je crois qu’il sourit mais c’est un sourire triste que le sien. Je le prends maintenant tendrement dans mes bras. Tu verras. Foutons le camp d’ici tant qu’il est encore temps, tant que nous en avons encore la force et l’envie, pas vrai que je lui dis. Il n’a pas l’air décidé, je crois sentir en lui comme quelques réticences incompréhensibles pour moi, je ne reconnais plus là mon ami et j’ui dit : je ne te reconnais plus là mon ami, il stop net, son visage aussi se fige, j’avoue alors que ça fait peut-être un peu loin la Nouvelle-Calédonie et que par conséquent ça va nous faire un peu cher le billet d’avion mais comme ce ne sera qu’un aller simple et  à nous la bonne vie. C’est qu’il n’ira jamais qu’il me répond enfin, pas même avec moi, tant que ses frères kanaks, et là je tombe sur le cul, tant que ses frères kanaks qu’il me dit n’auront pas retrouvé leurs terres et le fruit de leurs terres.  Quel con que je fais, c’est en Nouvelle-Calédonie bien sûr qu’on s’est connus et j’ai maintenant son nom sur le bout de la langue. On ne va pas leur prendre que je le rassure alors, leurs terres et le fruit de leurs terres. On n’est pas des exploiteurs nous mais des exploités que je lui dis même en rigolant. Il rigolait bien, avant. Il rigole plus, maintenant. Puis je me rappelle qu’on avait aussi nos conversations sérieuses, qu’il pouvait être très sérieux à l’occasion, à l’occasion il m’avait même dit, voilà que je m’en rappelais, qu’il irait un jour en France, chez les zoreils qu’il disait, mais c’était pour être comme Karembeu, pas concierge.

Pas croyable que je le retrouve loin des terres de ses ancêtres et qu’il ne veuille plus y retourner, pas même avec moi son ami, pas même pour cueillir la mangue sabot et la noix de coco, qui toutes deux ne demandent pourtant qu’à être mangés avant que d’être perdus pour tout le monde, pour le zoreil comme pour le kanak mon frère, mon semblable, mon ami noir, pardon black, que j’avais enfin retrouvé.

vendredi 3 juillet 2020

SOMMAIRE

 LES  ZOREILS



1)   Le bus

2)   Une fille blanche à Nouméa

3)   Le retour de Kamadja

  

LES  KANAK



1)   Le Caillou

2)   Les arpèges

3)   La peau noire d’Avocat

4)   Le grand frère

5)   Le coupe-coupe

6)   Une enfance Kanak



LES  CALDOCHES



1)   Le cow-boy 

2)   La légende d’Antoine

3)   L’encre indélébile

4)   Le petit Thomas

5)   L’expédition des frères Prigent

6) Le bateau de Graziani



UN PEU DE GEOGRAPHIE ou LA NATURE CALEDONIENNE


1)   Une nuit au milieu du Pacifique

2)   La baie Tranquille

3)   Les passeurs

4)   En bas Nouméa

5)   Le cône tueur

6)   Le crabe de palétuvier

7)   Le peigne de Vénus

8)   Les sensitives

9) Une nuit à l'internat

10) Le cocotier





UN PEU D’HISTOIRE  ou  DE POLITIQUE



1)   L’internat

2)   Le primitif

3)   Joseph (ou The independance day)

4)   Tjibaou et la noix de coco

5)   Le échos de la grotte d’Ouvéa



HISTOIRES DE FAMILLE



1)   L’abandon

2)   L’appel

3)   Le scorpion

4)   Le bougna

5)   Les bouseux

6)   Les pêches miraculeuses

7)   L’esprit des morts



UN PEU DE FANTASTIQUE



1)   Le pays d’Aoua dis pas

2)   L’emboucanement

3)   Les êtres du regard

4)   L'envoutement

5)   Le requin bleu

6)   L’évadé

7)   Ma petite famille calédoniènne

8)   Le rêve calédonien

9)   Le crabe mou

10) La petite fille au coquillage

11) L'homme à l'archet




LETTRES OUVERTES 



1)  A Louise Michel

2)    Aux enfants de la Nouvelle-Calédonie

3)    A Hélène


CHANTS  A LA NOUVELLE-CALEDONIE



1)   Il y a bien longtemps que tu saignes

2)   J’ai aimé

3)   Encore aujourd’hui

4)   La clôture du père Kabar

5)   Une nuit sous les Tropiques