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jeudi 17 septembre 2026

De l'idée de sacrifice


Je n'ai jamais parlé que de sacrifice humain, de l'humain pour l'humain, quand le sacrifice est à la base même de notre société comme elle l'était de la société dite précolombienne qui elle par contre pratiquait le sacrifice humain sans s'en cacher, ou plus proche de nous comme dans l'esprit de la société judéo-chrétienne, pour faire société n'y a t-il pas en effet déjà une part de sacrifice à faire? Pourtant, et c'est là sa contradiction, et où elle nous trompe cette société qui ne cesse par ailleurs de faire appel à l'égoïsme de chacun quand ce prétendu égoïsme n'aurait pour but que de nous dissimuler le sacrifice lui bien réel et exigée par la société de production et de consommation.

Pour mieux le comprendre il faudrait étendre cette notion de sacrifice au temps et à l'espace. Ne nous est-il pas exigé une de plus en plus grande mobilité comme ne nous est-il pas demandé de sacrifier notre temps à l'étude et au travail. Nous avons en tout cas intégré ce sacrifice sans y voir un sacrifice sinon un investissement personnel visant à notre profit personnel. Il n'est pas sûr cependant que ce ne soit pas à la société qu'il profite quand on voit combien elle s'en prend à ceux qui ne s'y soumettent pas.

C'est aussi l'avis de l'opinion générale qui n'est autre que celui de la société, mais tout cela sans jamais évoquer l'esprit de sacrifice mais en louant et en flattant l'effort et l'investissement personnel, ce qui est toujours parler de dépense et du profit personnel en résultant, ce qui n'a pourtant rien d'évident, mais que la société fait miroiter autant que ce miroitement dissimule le véritable sacrifice qui lui effectivement est celui de notre personne toute dévouée à la cause et à la forme de société qu'il épouse plus ou moins inconsciemment, sans quoi il n'irait pas plus au sacrifice que n'y seraient allés les indiens des sociétés amérindiennes.

Si l'on étend aussi cette notion de sacrifice et l'amène à la hauteur d'autres notions auxquels on est par contre très attachés comme la notion de liberté et la notion d'égalité on ne pourra nier qu'il faut sacrifier à la liberté pour satisfaire l'égalité et vis versa sacrifier à l'égalité pour viser à plus de liberté, que rien ne va donc sans sacrifice, mais l'on ne veut pas voir le sacrifice, alors on nous parle indistinctement de liberté et d'égalité comme deux nourrissons tétant à la même mamelle qui serait la mamelle de la société du progrès et de la civilisation quand de tout progrès comme de toute civilisation il nous faut payer le prix fort, ce qui est ni plus ni moins y aller de notre sacrifice.

Il est passé dans le langage courant qu'on "a rien sans sacrifice" mais l'on a pas conscience d'à quel point cela est vrai ni qu'il serait bon de s'interroger sur la nature de ce sacrifice pour savoir s'il emporte notre adhésion ou pas et pour qu'il ne se fasse pas contre nous mais avec nous, aussi que de ne pas se sentir frustré dans nos vies qui ne seraient faites en apparence que de profits et de plaisirs parce que conscient qu'elles sont de toute manière vouées au sacrifice (comme à la mort) et qu'il nous appartient seulement de décider à quoi nous désirons nous sacrifier plutôt que d'y être mené malgré nous comme pouvaient l'être les indiens d'Amérique s'ils n'avaient foi ou perdu foi en leur civilisation.

mercredi 16 septembre 2026

De la relation humaine


Il y a un monde souterrain de la relation humaine qui est en train de se développer au point de prendre la première place et cela sans inquiéter personne quand il n'y aurait pourtant rien de plus inquiétant. D'abord il signifie qu'en plein jour personne n'oserait plus s'exposer, ce qui serait prendre un risque partagé et non unilatéral comme on a trop tendance à le penser. Il faut donc voir dans cette exposition ce qu'il y a de plus honnête et de plus courageux et que trop la décourager conduirait à l'inverse.

C'est en effet à couvert que les pires malhonnêtetés et les pires lâchetés sont permises aussi que l'exploitation et la marchandisation de la relation humaine si tant est qu'il s'agisse encore d'êtres humains sinon qui s'abaissent au rang de marchandises, de produits, puisque c'est ainsi qu'ils doivent se présenter pour ne pas dire se vendre: le code en cours de validité n'étant plus celui de la galanterie mais du marketing.

Cela n'est pas sans me rappeler quand mes collègues, agents de sécurité de la RATP jusqu'alors en civil, apprirent qu'ils seraient désormais en tenue (cette tenue qu'ils n'avaient pas de ne pas savoir se tenir), ce qui veut dire qu'ils seraient vus de tous. Ce n'était semble t-il plus faire de la répression mais de la dissuasion et cette dissuasion plaisait d'autant moins à certains de mes collègues parce que dissuadés les premiers avant de dissuader les autres de mal agir.

C'était agir en plein jour, au vu et au su de tout le monde. On opérait en souterrain mais désormais au su et vu de tout le monde. Qui aurait à gagner que les relations humaines soient de plus en plus souterraines? Certainement pas les meilleurs de l'espèce humaine, certainement pas ceux de mes collègues qui ne voulaient pas mettre la tenue parce que ce n'était pas, loin de là, ceux qui pouvaient se prévaloir d'un comportement exemplaire et irréprochable.

Favoriser la relation humaine ce n'est pas favoriser les sites de rencontre mais que les rencontres puissent avoir lieu à découvert, c'est-à-dire à toutes heures et en tous lieux et non à des heures et en des lieux ou sous le couvert d'un certain anonymat (quand ce n'est pas d'une fausse identité) tout est permis, donnant lieu alors à toutes les escroqueries possibles et imaginables.

Entre hommes et femmes comment cela se passe t-il? Les médias friands de faits divers et de scandales et de procès n'arrêtent pas de rapporter que cela se passe mal. Et cela est sans doute vrai pour beaucoup de cas connus et qui défrayent la chronique mais la conséquence directe est que pour beaucoup d'autres cela ne se passe plus, que cela ne se passe plus en dehors des sites de rencontre auxquels certains opposent encore une résistance farouche ne voyant pas là un sort digne de l'humain, de la condition humaine comme de la relation humaine.

mardi 15 septembre 2026

Le sens du sacrifice (5)


Si l'on a perdu le sens de la vie c'est qu'on a perdu le sens du sacrifice comme on aurait perdu le sens de la religion qui ne serait autre que le sens du sacrifice ou du moins qui l'aurait compris dans les deux sens du terme. Néanmoins l'on peut comprendre encore aujourd'hui et nous aussi qu'un homme se sacrifie pour sa femme, les parents pour leurs enfants, et la liste des sacrifices auxquelles on consentirait encore est longue.

C'est que l'on ne vit pas que pour soi comme l'on dit à nos vieux aujourd'hui: "pensez à vous", mais les vieux continuent à pensez à leurs enfants et petits enfants, excepté ceux qui n'y ont jamais pensé, qui n'ont jamais pensé qu'à eux, mais ce serait encore ne pas bien penser que de penser ainsi car qui n'aurait pas tout donné à ses enfants aurait tout donné aux hommes (amante plus que mère) ou aux femmes (amant plus que père) si c'est un homme, et qui n'aurait vécu que pour lui-même et son plaisir n'existe pas davantage.

Et comme on dit: "dis moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es" on pourrait dire plus justement: "dis moi pour quoi tu te sacrifies et je te dirais qui tu es". Seulement on ne se sacrifie pas comme les bêtes vont à l'abattoir, aussi si je me sacrifierai bien pour une femme je ne me sacrifierai pas pour n'importe quelle femme sinon pour celle qui aura des sentiments pour moi. 

Trop souvent il est vrai les hommes sont allés à la guerre comme les bêtes à l'abattoir et leur sacrifice ne parait pas toujours aujourd'hui se justifier mais nous dit qu'il y a bien un élan qu'on ose à peine appeler vital parce qu'il porte à se sacrifier et qui meut cependant les hommes a aller au-delà d'eux-mêmes et permet de dire que cela est naturel à l'homme et le distingue de la bête.

Qu'il est de la religion ou qu'il n'en ait pas l'homme ne s'arrête pas à lui, et qu'il n'y ait ou pas rien en dehors de lui, l'homme, il n'empêche qu'il ne s'arrête pas non plus à sa vie mais est souvent prêt à ce sacrifice ultime. Aux aidants on dit aussi: "pensez à vous" comme on me l'a dit alors que ma femme était malade et requérait mon sacrifice. Dans le même temps ma tante se sacrifiait pour mon oncle souffrant du même mal.

Certes il est bon que la société ne pousse pas au sacrifice comme cependant à l'occasion il lui a été donné de pousser à la guerre mais c'est l'homme qui ne doit pas perdre ce sens du sacrifice parce qu'en perdant ce sens du sacrifice il perd le sens de sa vie et n'est bien qu'illusion tout ce qui peut l'en détourner car en dehors de lui il ne trouvera de meilleure satisfaction qui est celle de s'être donné.

dimanche 13 septembre 2026

La fête de l'humanité


Je suis allé à la fête de l'humanité mais c'est pour un ami que j'y suis allé, j'y suis allé comme on va à la fête de l'amitié parce que c'est elle que j'aurais voulu fêter, mais mon ami était trop occupé à la fête de l'humanité alors je me suis demandé s'il y en avait une en dehors de l'amitié et de quelle humanité il s'agissait alors.

Parce que je n'y ai vu que des visages se refermer et des rangs se serrer comme si c'était la lutte finale non celle qui ouvrait aux autres mais opposait aux autres en partie imaginaire mais en partie aussi bien réelle car je n'étais pas loin de penser qu'ainsi qu'ils s'entretenaient une autre partie s'entretenait aussi à serrer les rangs et en voyant leurs visages fermés je voyais aussi d'autres visages à eux se fermer.

J'ai dit à mon ami que je partais mais où aller dans un monde fracturé et quand mon amour aussi l'était, aussi l'était sans consolation, sans l'autre moitié, sans faire humanité. Cependant ce que mon ami me montrait c'était un modèle d'humanité, mais ce n'était pas ce que son parti me montrait ni la fête de l'humanité qui n'était autre que la fête du parti communiste qui avait fait tant de mal à l'humanité.

Comme je sortais de l'enceinte fermée de la fête de l'humanité qui me la faisait voir comme une société close et non ouverte et qu'une femme, une militante communiste, demandait a y entrer, et que je n'avais utilisé qu'une petite heure mon pass qui devait valoir pour trois jours de fête de l'humanité et que je n'y retournerai plus jamais, je me proposais de lui en faire profiter 

Mais c'était nominatif, individuel, que je m'entendis dire. Mais enfin, répliquai-je, n'est-ce pas au collectif, à l'impersonnel ou sans différence de personne que s'adressait une telle fête qui se revendiquait être de l'humanité. Aussi que c'était une militante, une militante sans le sou et que la pauvreté n'avait pas ici non plus bon accueil; j'en appelais en fait à un peu d'humanité et ne fut pas entendu.

Il était sûr que mon ami aurait favorisé son entrée parce que mon ami était humain et n'avait pas cessé de l'être en devenant communiste, mais mon ami ne devait pas son humanité au parti sinon à sa sensibilité toute humaine que beaucoup sans doute, à en croire le refus catégorique essuyé sans considération de la personne comme de la militante, auraient perdu en intégrant le parti.

De retour à mon domicile, et qui sait si par dépit, je me jetais sur ma lecture de Bergson contre qui j'avais entendu un orateur s'en prendre sans bien comprendre pourquoi car il me semblait que tout homme d'envergure et de mérite, d'une nature élevée et de propos rigoureux et exigeants ne pouvait être qu'un exemple qu'il était bon pour l'humanité d'avoir pour modèle indépendamment de tout parti pris.

Je fus ainsi instruit "que ce n'est pas en élargissant la cité qu'on arrive à l'humanité" "(qu')entre une morale sociale et une morale humaine la différence n'est pas de degré, mais de nature." L'international communiste était mort pour moi et c'était ma croyance en lui comme en la fraternité de tout ce qui s'opposait, car dans l'opposition tout ce qui pouvait s'en sortir grandi n'était pas l'amour mais la haine.

De l'animalité à l'homme


Il est connu de tous que chez les animaux les mâles se battent pour les femelles, mais non que nous ne sommes pas loin de leur ressembler, à moins que nous ne nous y efforçons, et ce qui montre davantage que nous n'en sommes pas loin c'est que cela ne nous demande pas un mince effort, car ce n'est pas un mince effort que doit accomplir tout homme qui doit renoncer à l'amour de la femme.

Et c'est encore accepter sa décision car chez les animaux les mâles ne se battraient pas s'ils s'en tenait à la décision de la femelle, or il semble bien que c'est leur décision de mâles qui compte et parmi eux la décision du plus fort qui l'emportera et la plus faible qui est la femelle n'aura plus qu'à s'y soumettre.

Il se trouve que la femelle s'en tiendrait à un rôle passif mais pas si passif que cela si l'on considère qu'elle peut aussi contribuer à exciter les mâles comme à se sentir tout excité par le combat que se livre les mâles pour elle avant de se livrer elle même au mâle dominant. Sans doute là encore nous ne sommes pas loin de leur ressembler et ce ne doit pas être un mince effort pour la femme de ne pas être cet animal femelle.

Mais c'est l'homme qui gouverne en lui l'animal qui se soumettra au choix de la femme plutôt que de s'en prendre à d'autres mâles pour ainsi se faire valoir de la femme qui à son tour ne se montrera pas être cette femelle animale désireuse, après les avoir excités, de les voir se battre pour elle, ce qui est en son honneur avant de l'honorer, car c'est ainsi que pourrait encore le prendre la femme trop femelle ou animale.

C'est ici la société des hommes qui prendra le pas sur la société animale à chaque fois que les hommes cesseront de se battre pour les femmes et plutôt que de s'imposer à elles se soumettront à leur décision, tandis que les femmes aussi quitteraient le règne animal qui leur commanderait comme leur commande leurs instincts, ce qui ne serait pas pour elles plus facile que pour les hommes de s'en défaire.

Il y a bien pour nous et entre nous des comportements animaux, et qui s'en défait peut paraitre moins mâle s'il s'agit d'un homme ou moins femelle s'il s'agit d'une femme, quand elle en sera pour cela et bien au contraire plus femme et l'homme plus homme. Mais l'on appelle féminité ce qui ressemble encore trop à l'animalité comme l'on appelle virilité ce qui ressemble encore trop à l'animalité.

vendredi 11 septembre 2026

La propriété et l'homme


On est que locataire sur terre. La propriété tendrait a laisser entendre le contraire, en quoi la propriété est un leurre. Tout ce que nous avons est tout ce qui nous fut donner: la vie, et non acquis: la propriété. La vie ne fait que passer et nous avec elle: c'est en quoi nous disons que nous ne sommes que de passage sur terre. En payant un droit de propriété nous payons le prix fort et sommes abusés puisque nous n'y sommes que locataire, c'est-à-dire que de passage, et c'est encore vouloir nous faire croire le contraire et rendre plus difficile, parce que perdant la vie nous perdons la propriété de tout, à accepter notre sort qui est le sort commun comme notre condition qui est la condition de locataire et non de propriétaire.

Mais puisque l'on ne peut aller à l'encontre du désir de durer qui est le propre de chaque être n'allons pas à l'encontre du désir de propriété qui en ce point là aussi et non seulement en celui d'avoir quelque chose à soi (quand on a rien qui ne nous appartiennent vraiment et qui ne nous sera repris) mais de perdurer par cette supposée et prétendue permanence des biens matériels ce qui nous rassure et sécurise quand aussi et par eux il s'ajoute à l'inquiétude que nous pouvons avoir sur notre vie l'inquiétude que nous pouvons avoir sur nos biens. Si cela néanmoins peut rendre notre condition plus supportable que ne croyant pas au Paradis voulons un Paradis sur terre, ici et maintenant plutôt qu'un au-delà improbable, acceptons la propriété.

La propriété en tant qu'elle rassemble une communauté d'hommes sous un même toit ou sur une même terre, alors la grandeur de la propriété serait pareille à la grandeur du travail dont parle Saint Exupéry dans Terre des hommes:" La grandeur d'un métier est peut être, avant tout d'unir des hommes: il n'est qu'un luxe véritable, et c'est celui des relations humaines. En travaillant pour les seuls biens matériels, nous bâtissons nous mêmes notre prison. Nous nous enfermons solitaires, avec notre monnaie de cendre qui ne procure rien qui vaille de vivre."

Combien de propriétaires en effet entourés des hauts murs de leurs propriétés y vivent comme dans une prison dorée et la propriété qui ne serait que prétexte à unir, à rassembler (sous un même toit et sur une même terre) ne fait que séparer et isoler les membres d'une même famille qui est la famille des hommes. Cette conception archaïque de la propriété fait plus de mal que la propriété elle-même, ce ne serait donc pas tant la propriété que l'idée que l'on se fait de la propriété qui nuirait à la relation humaine quand elle pourrait y contribuer. 

J'irais ici de mon exemple personnel que je voudrais aussi instructif que possible. Ainsi je voulais m'inclure: élargissant par là le cercle des vivants, à la propriété de ma femme défunte et c'était une proposition d'ouverture comme d'un projet de vie commun que je faisais à son frère quand il fallut me rendre à l'évidence qu'il répondait à cette conception archaïque de la propriété qui ne veut que les biens, l'exclusivité des biens, les biens à l'exclusion des hommes, sans doute n'avait-il pas lu comme moi Terre des hommes de Saint Exupéry, lecture donc à laquelle je le renvoie, lecture sans laquelle on ne peut imaginer possible l'élargissement de la famille humaine et la propriété comme un prétexte à inclure plutôt qu'à exclure, à motiver plutôt qu'à réduire la participation et la relation des hommes entre eux.


dimanche 6 septembre 2026

Le confinato


C'est en soi que l'homme est assigné à résidence de force quand la société n'a plus d'emprise sur lui, comme elle en a de moins en moins aujourd'hui, et quoiqu'il cherche à s'y accrocher plus qu'à s'en déprendre, ce que seul des conditions adverses pourraient l'obliger à faire. Ce confinato, je le connais bien, parce que Le Christ (ne) s'est (pas seulement) arrêté à Eboli: titre de l'ouvrage de Carlo Levi, mais à ma porte.

Il est aussi une belle image que l'on peut trouver chez Henri Bergson: "Des plantes aquatiques qui montent à la surface, sont ballotées sans cesse par le courant; leurs feuilles, se rejoignant au-dessus de l'eau, leur donnent de la stabilité, en haut, par leur entrecroisement. Mais plus stables encore sont les racines, solidement plantées dans la terre, qui les soutiennent du bas".

On comprend ainsi en quoi la société nous tient non pas mieux mais plus facilement et plus sûrement que nous le sommes par nous même. Cet ancrage en nous même est bien le plus difficile à développer d'autant que nous sommes plus tournés vers l'extérieur qu'en nous, qui est ce à quoi tend la société comme à nous éloigner de toute vie intérieure.

Mais nous sommes alors bien démunis et indigents quand nous nous retrouvons livrés à nous même, quand c'est l'homme seul auquel la société ne vient pas en aide qui doit trouver en lui les ressources nécessaires; et de plus en plus d'hommes (comme de femmes) se retrouvent en cet état que l'on pourrait appeler un état de survie parce que la société n'est alors pour eux d'aucun secours.

En considération de cela et ne pouvant faire face à tout, ce qui est accepter que l'humain lui échappe ou peut lui échapper, la société devrait accepter et prendre pour inaliénable et propre à la nature humaine cette intériorité et, plutôt que chercher à l'en déposséder, lui permettre de la développer, ce qui est de s'y développer (son moi intérieur comme son moi social, ses racines comme ses feuilles).

Mais ce serait avouer qu'elle ne peut pas tout pour lui. Il n'y aurait plus le tout Etat ou gouvernement des hommes qui seraient appelés à se gouverner eux-mêmes. Et c'est en cela aussi que l'on pourrait dire que nos gouvernements ont des velléités totalitaires, par le social, en faisant du social, ou dans le social comme dans l'humanitaire, l'Etat penserait tout comprendre qui est ne rien laisser en dehors de lui.

Et seul le confinato par le détachement, l'exil forcé, peut en prendre conscience, mais n'ayant plus les armes pour se défendre et ne trouvant rien en lui-même (tout le monde n'est pas Carlo Levi) il se peut qu'il se retourne alors contre la société qui ayant voulu tout prendre en charge se voit accuser de ce que en aucun cas elle ne peut prendre en charge et c'est l'homme en qui elle n'a voulu voir que l'être social.

On pourrait parler de juste retournement et de faille sociale que ce serait faire erreur, erreur aussi justifiée par l'idée qu'on se fait de la société comme devant prendre tout l'homme à sa charge; quand la faille est humaine, et sociale qu'en cela que la société ne laisserait plus place à l'homme, ni le temps ni l'espace (intérieur) suffisant à son développement, à celui de ses racines tel que les entendait Henri Bergson.

Autant qu'il m'en souvienne le confinato de Carlo Levi après l'avoir rejeté fini par aimer son exil, et c'est d'avoir noué des liens et une sympathie pour les paysages comme avec les hommes d'un abord rude mais authentiques tandis qu'il marquait ses distances avec la société totalitaire, c'est-à-dire le régime fasciste. Notre intériorité n'en ai pas moins dure d'accès, austère, aride, mais profondément humaine.

samedi 5 septembre 2026

Normalité et moralité


Si certains d'entre nous adoptent un mode de penser comme d'agir vicié et que ce mode s'avère efficient, et quelque soit sa moralité, il est alors adopté par beaucoup, de sorte qu'il sera du côté de la normalité, de la normalité en lieu et place de la moralité.

Aussi qu'on ne pourra taxer d'amoral mais d'anormal qui n'adoptera pas ce mode ou plutôt et dans le meilleur des cas le qualifiera d'innocent ou de naïf, et son innocence ou sa naïveté prêtera pour le moins à rire sinon à moqueries.

Il en va ainsi d'une certaine innocence ou naïveté en matière de cœur et de sentiments comme en matière de penser; pour les affaires privées comme pour les affaires publiques, toutes deux atteintes d'un certain degré de corruption des cœurs et de l'esprit.

Cela entre cependant, et comme dit précédemment, dans la normalité, de sorte que cela ne choque plus personne: il est attendu que…le contraire serait étonnant. Ce contraire qui serait bon et juste serait étonnant et non efficient.

Me trouvant au centre de santé RATP parce qu'on allait me laisser partir sans payer la consultation on s'étonna que je rappelle que n'ayant pas de mutuelle je devais effectivement payer  la part qui n'était pas pris en charge par le régime général ou spécial aux agents RATP.

Ce qui étonnait c'était l'honnêteté comme si cela allait de soi qu'on fût malhonnête. En amour non plus l'honnêteté ne semble pas payer: l'honnêteté des sentiments moins que les sentiments feints, joués, visant une autre fin que celle déclarée et beaucoup alors se déclarent faux pour jouer le jeu.

De loin s'avèrerait plus efficient jouer un jeu malhonnête qu'un jeu honnête. Si la malhonnêteté est de mise elle devient la norme, ici aussi la normalité aurait pris la place de la moralité, et passerait pour innocent ou naïf qui l'ignorerait.

Ainsi il y aurait un jeu vicié des sentiments et du cœur comme des pensées, de l'esprit; comme il y aurait aussi un jeu vicié des institutions. Comment s'en étonner! Aucune institution fut-elle juste et bonne ne pourrait bien fonctionner si le cœur et l'esprit qui commandent à son fonctionnement est juste et bon.

Le mal de notre civilisation il ne faudrait donc pas tant le chercher dans nos institutions fussent-elles viciées, corrompues, qu'en l'homme civilisé, et j'aimerai à ce propos et pour l'illustrer faire parler mon expérience, et désolé si je ne tire pas comme Montaigne mes exemples de Cicéron ou d'Epicure.

En Nouvelle Calédonie où j'étais interne on se battait souvent et quand on était un petit blanc, un zoreil, il se pouvait qu'on ait affaire à un canaque. Eh bien ce canaque si l'on se retrouvait au sol cessait immédiatement de cogner.

Peut-être maintenant vicié, ayant appris de notre normalité plus que de notre moralité, que leur comportement a changé et perdu de sa noblesse guerrière. De retour en France et comme agent de sécurité de la RATP il m'a en effet souvent été donné de voir qu'un homme au sol était roué de coups par qui autrement n'en serait jamais allé de son coup de pied.

Que personne n'y trouve à redire, que personne n'en fut choqué montrait clairement que l'on était non dans la moralité mais dans la normalité (qui en avait pris lieu et place).

mercredi 2 septembre 2026

L'histoire des corps


Il lui faut un corps pour exister, un corps et sa fonctionnalité, un corps pour lui et un corps pour l'autre, son corps à lui mais aussi le corps de l'autre il lui faut pour exister; sa complétude, sa plénitude, est la complétude, la plénitude à deux, l'amour est une manière d'y goûter, de reposer en deux corps entrelacés, deux corps qui se donnent l'un à l'autre pour ne faire plus qu'un.

Et quand il leur faut se séparer on dit que chacun revient à son existence mais ce n'est pas vrai parce qu'il n'y a pas d'existence séparée sinon vécue alors comme existence du manque, existence à défaut, et c'est l'autre qui manque, et c'est l'autre qui fait défaut, pour exister complètement, pleinement, et l'on dit à deux quand on a l'impression de ne faire plus qu'un, de n'être plus qu'un.

Et qui a connu cette existence a connu l'amour, appelle cela l'amour, l'amour comme seul lieu, lieu et temps, où il lui est donné d'exister vraiment; ne veut plus connaître d'existence autrement, se dit qu'il n'y a pas d'autre existence vraiment et que seul il lui manque un corps qui est le corps de l'autre et que son corps n'existe vraiment qu'avec le corps de l'autre.

Il lui a fallu cependant apprendre a exister autrement et c'est dans cette indépendance des corps, non pas des corps unis mais des corps désunis. D'abord il lui a fallu sortir du corps de sa mère pour n'être plus qu'un corps, un corps désuni, un corps qui ne demandera plus qu'à s'unir à un autre corps pour avec lui faire corps.

Alors il aimera et son amour sera amour d'un corps auquel il voudra s'unir, qu'il voudra sentir comme son propre corps et y être comme dans son propre corps et tant que cela ne se pourra il ne pourra vivre, parfois se tuera si le corps de l'autre vient à lui manquer, parce qu'il y aura goûté et ne pourra plus s'en passer de confondre son corps au corps de l'autre.

Cette confusion des corps entraîne une confusion de l'esprit qui n'est pas sans appartenir aux corps et ce sentiment confus sans être un sentiment des corps unis, de l'union des corps auxquels l'esprit reste attaché et se confond aussi, c'est-à-dire ne s'appartient plus et goûte à cette existence à deux, à deux qui ne font plus qu'un d'où sa confusion, cette "con"fusion(c'est-à-dire fusion avec)  qu'on appelle l'amour.

Et l'on parle de corps étranger quand un corps rejette un autre corps et le phénomène de rejet est aussi naturel que le phénomène d'attrait, il suffit pour cela de penser aux aimants, ce mot si étrangement semblable à amants, de comment ils s'attirent et de comment ils peuvent se rejeter et cela dépend de comment ils sont tournés l'un vers l'autre, tournés ou retournés.

Dans un cas comme dans l'autre chamboulés l'un par l'autre, jamais indifférents. Les pôles opposés s'attirent. Force physique. Force des corps. Force plus forte qu'eux. Ils se soumettent comme ils se soumettent l'un à l'autre. On dit qu'ils s'aiment. Les voilà unis les deux aimants, les deux amants, les deux corps, fondus ou confondus en une seule et même existence comme en un seul corps devenu corps de leur existence.

NB

Le mythe de l'androgyne de Platon: "Or quand le corps eut été ainsi divisé, chacun, regrettant sa moitié, allait à elle; et s'embrassant et s'enlaçant les uns les autres avec le désir de se fondre ensemble […] c'est de ce moment que date l'amour inné des hommes les uns pour les autres: l'amour récompense l'antique nature, s'efforce de fondre deux êtres en un seul, et de guérir la nature humaine".

mardi 1 septembre 2026

L'amour et nous


"Il la tire vers le bas". Oui, mais l'amour nous tire vers le haut. L'amour un sentiment noble mais qui ne serait pas réservé qu'aux personnes nobles. Qui pourrait atteindre n'importe qui. N'importe qui qui cesserait alors immédiatement de ne plus penser qu'à lui pour penser à l'autre, qui aurait le souci de l'autre et du bien de l'autre aussi que de s'élever lui même.

Il, s'il ne peut l'être, surveillera du moins davantage son paraitre pour paraitre à l'autre être à la hauteur de son amour car, il faut le redire, l'amour est un sentiment noble indifférent à la nature de chacun qui se trouve ennoblit par cet amour: il n'est plus le même; frappé par l'amour comme sacré par l'amour, auréolé, couronné, qu'il est par l'amour.

Le vil appétit qui serait celui de manger ou de boire ou de dormir et tout autre appétit qui ne seraient attachés qu'au corps sont d'un coup par l'esprit qui est l'esprit amoureux tenus et en viennent à dépendre plus de lui que du corps qui aurait perdu sa direction exclusive sur la personne amoureuse qu'il (le vil appétit) ne tiendrait plus comme il le tenait quand elle n'était pas tenue par l'amour. 

S'il y a des personnes mauvaises il n'y aurait donc jamais d'amour mauvais qui tire vers le bas car l'amour serait un bon sentiment qui nous tirerait vers le haut; la personne importerait moins que la relation que nous aurions avec elle: fût-elle mauvaise si notre relation avec elle est bonne elle tendrait avec nous a être bonne tout autant que nous tendrions a être bon avec elle: c'est ce qui s'appelle aimer.

Maintenant il se peut qu'il y ait autant d'amour différent qu'il y a de personne différente, que pour l'une ce soit le corps qui tire plus quand pour d'autre ce serait le cœur et pour l'autre encore l'esprit et qu'il n'y ait pas un esprit de l'amour qui vienne s'emparer et animer le corps et l'esprit de chacun le tirant vers le haut.

Il n'en reste pas moins que celui qui est touché par l'amour se sent pousser des ailes quelque soit sa vile condition qui est celle largement partagée par tous et c'est parce qu'il se sent s'élever au-dessus de sa condition, que c'est elle qui lui devient alors intolérable et non l'amour; il peut alors tricher pour répondre à cette nouvelle exigence.

Et c'est vouloir paraitre plus que de vouloir être. Il fera alors tout pour paraitre mieux et non tant pour être mieux, qui est s'améliorer, se grandir, s'élever, pour être à la hauteur de son amour qui n'a d'ailleurs pas toujours à voir sinon jamais avec la hauteur où se trouve, c'est-à-dire où il met la personne aimée.

Je ris mais devrais-je pleurer en me rappelant de cet homme avec qui j'avais sympathisé, et qui n'aurait pas sympathisé avec lui, comme voulu voir la personne qu'il aimait tant il en parlait avec amour. A l'entendre il n'y avait de personne plus belle et plus intelligente et plus généreuse: enfin un beau corps, un bel esprit, une belle âme, qui avait en un mot: tout pour elle, quand elle n'avait pour elle que son amour à lui.

Transfigurer par l'amour. Il est sûr alors qu'on ne le voit pas du même œil quand on est extérieur à cet amour, que l'on ne voit que la personne qui peut tirer vers le bas et non l'amour qui ne peut que tirer vers le haut. Car c'est au temps de l'amour qu'il nous faudrait vivre: ce temps qui lui même se place au-dessus du temps comme il nous place au-dessus de nous même. On ne tombe pas amoureux, on tombe quand on n'aime plus, et c'est de haut.

lundi 31 août 2026

La condition de la femme


J'ai vu un corps qui me plaisait puis ensuite et ensuite seulement j'ai découvert une intelligence et une sensibilité que je n'avais pas vus. Je parle du corps d'une femme que les hommes ont aimé et honoré et de l'intelligence et de la sensibilité d'une femme que les hommes n'ont, il me semble, ni respecté ni apprécié à sa juste valeur.

Ce corps aimé a été aimant tandis que cette intelligence et cette sensibilité parce qu'elle ne l'était pas s'est soumise aux exigences et conditions de l'homme qui sont exigences et conditions pour être aimé de lui. Ce que je découvrais alors c'est que la condition de la femme n'était autre que la condition de la femme qui se soumettait aux conditions de l'homme.

Que c'était lui donner ce qu'il demandait, ne pas se refuser au corps et aux plaisirs du corps, mais bien refuser, nier l'expression de toute intelligence et sensibilité qui puissent lui être contraire, si tant est qu'elle puisse être ce que nous avons de plus cher et demande le plus a être aimé, et cela en connaissance de cause: c'est-à-dire qu'elle ne le sera pas.

D'où cette connaissance imparfaite que l'homme en a (de la femme) et conduit inéluctablement à un traitement imparfait. D'où cette réduction de la femme à un corps et au plaisir vanté aussi et partout où le corps de la femme est exposé au regard de l'homme. Regard de l'homme tout aussi bien façonné par tous les regards portés sur la femme qui sont images de la femme véhiculées par la société des hommes.

Qui est ce qu'on montre mais pas ce qu'elle cache: cette intelligence et cette sensibilité qui peine a s'exercer comme à se montrer autrement que comme participant d'un corps lascif et désirant, c'est-à-dire comme soumis à la concupiscence des hommes. Voilà que m'était révélée en une seule femme aimante la condition féminine qui était celle de la femme vouée (pour ne pas dire dévouée) à l'homme.

De là que les hommes n'aiment pas les féministes et ils n'ont pas tort dans le sens où le nombre des féministes se réduit au nombre des femmes qui n'aiment pas l'homme et parce qu'elles n'aiment pas l'homme ne demandent pas forcément a être aimées de l'homme. Quand il faudrait au contraire une de ces femmes aimant l'homme pour lui faire connaitre non pas seulement un corps aimant mais une intelligence et une sensibilité aimante.

Parce que si l'homme n'apprend pas à connaitre et à aimer cette intelligence et cette sensibilité de la femme il n'apprend pas bien à bien aimer la femme ni la femme qui a cette sensibilité et cette intelligence ne peut se sentir bien aimée de lui: à connaissance imparfaite amour imparfait. Il faut entendre aussi par là que cela doit passer par l'amour mais par l'amour qui ne soit pas seulement l'amour d'un corps.

mercredi 26 août 2026

Peine perdue d'avance


J'ai lu quelque part que ce ne serait pas les choses mais l'idée que l'on se fait des choses qui nous troublerait, mais l'idée même que nous nous en faisons ou que nous ne pouvons cesser de nous en faire pour ne toujours pas avoir accès direct aux choses cessent cependant de nous troubler par la moins grande adhésion que nous leur portons.

La vie que nous avons aurait sur nous un moins fort impact parce que nous ne lui laisserions pas avoir, du moins ne l'amplifierions nous pas par l'idée que nous nous en ferions ni ne nous impliquerions davantage dans ce qu'il ne nous appartient pas de penser, car souvent nous pensons ce que nous ne devons pas penser et cela vient souvent de là que nous soyons blessés par nos pensées.

J'aime cette pâleur d'un ciel qui vient à peine de se lever, on dirait qu'il a passé une mauvaise nuit; voilà encore une idée qui nous correspond plus qu'elle ne correspond à la réalité: son aspect livide n'est-il pas le nôtre et qui des deux n'a pas bien dormi qui est là pour le regarder et se retrouver en lui ce qui est bon et comme un élargissement de sa pensée ou de ses sentiments.

On communie avec la nature fût-elle indifférente à nous, la nature humaine l'est aussi, et on comprend qu'il est tout aussi absurde de lui en vouloir, que les choses sont comme elles sont, et qu'il faudrait y calquer davantage nos idées. Etre muet comme la nature est muette, seulement un peu pâle ce matin mais c'est parce que le soleil ne s'est pas encore levé.

L'artificielle société nous en a trop éloigné qui nous fait croire tout pouvoir régir par nos idées, car c'est un petit monde d'idées, de petites idées par lesquelles nous croyons pouvoir lui échapper ou pire la dominer quand il faudrait nous y faire à notre nature humaine comme à la nature tout court, nous accepter comme l'accepter, ce qui est faire avec et non pas lutter contre, peine perdue d'avance.

lundi 24 août 2026

Un pied-à-terre


Une femme comme un pied-à-terre, de plain-pied dans la réalité, te descend en plein ciel des idées, beauté charnelle, vérité première de la nature humaine, innocence que l'on ne voudrait pas blesser, perversité que l'on voudrait satisfaire, matière qui est devenue matière à penser, qui sait si aussi pensée originelle et pensée pieuse et pensée du péché.

Epouser la femme c'est épouser la réalité dans tout ce qu'elle a de mouvant, de changeant, de vivant. Quand l'idée qu'on a de la femme est vite obsolète, il vaut mieux alors ne pas la suivre mais suivre la femme pour que la relation soit durable, car il vaut toujours mieux être accompagné par la femme que par l'idée que l'on s'en fait, qui fût-elle bonne n'est jamais d'aussi bonne compagnie à l'homme que la femme.

C'est préférer la matière charnelle à l'idée éternelle car c'est parce que la femme est mortelle que la femme est vivante et existe indépendamment de nous quand nos idées n'existent qu'en nous, n'ont pas d'autre existence que nous même, pas d'autre forme que nous même, tandis que notre existence n'aspire qu'à une autre existence qu'elle même, qu'à une autre forme qu'elle même.

Elle n'a que son corps, que croyons nous avoir d'autre nous autres, à offrir, et elle s'offre, quand Le nôtre ne demande que ça, mais il y a l'autre qui se croit au-dessus de tout ça; mais il ne peut pas mentir à la femme et tout ce qu'il crache est tout ce qu'il a de mieux à faire, tout le reste n'est que blablabla auquel il vaut mieux que la femme ne se fie pas.

Seules certaines femmes qui se croient aussi au-dessus de tout ça et tout ça c'est l'humanité toujours naissante, toujours gémissante, toujours geignant et frémissante, préfèreront à ce qu'elles ne considéreront aussi que comme un crachat la parole toujours trompeuse, toujours menteuse, mais qu'elles prendront pour argent comptant, parce qu'elles voudront aussi atteindre le ciel des idées, pure idéalité et vrai mensonge.

Mais une femme comme un pied-à-terre t'aura descendu en plein ciel et tu amorceras ton atterrissage forcée et c'est ton hôtesse de l'air qui t'accueillera sur terre pour te souhaiter la bienvenue. Qui sait si elle aura mis les pieds sur terre en même temps que toi ou avant toi ou après toi, mais cela n'a pas grande d'importance pourvu qu'elle y soit avec toi.

CITATION

Valéry Larbaud A.O.Barnabooth: " La femme est une grande réalité, comme la guerre. Je sais: la raison les repousse, les refuse, les nie. On nous a élevés à vivre dans les rêves et les théories, et nous crions quand la vie nous opère de nos rêves et quand la réalité trouve fausses nos théories."

dimanche 23 août 2026

L'hêtre sans racines


Je croyais m'appartenir. Et voilà une femme. Et voilà que je ne m'appartiens plus. Appartiendrais je à une femme mais alors à laquelle de celles que j'ai aimées? Simone Weil et l'enracinement. Qu'en est-il aussi de l'enracinement d'un être de chair dans un autre être de chair? Contre le déracinement prendre racine, Simone Weil ne dirait pas le contraire.

Etres déracinés qui seraient autant livrés à eux-mêmes qu'aux autres sans jamais s'appartenir ni appartenir les uns aux autres. Liberté si vanté qui serait comme un vin éventé. Hêtre des grandes forêts tempérées de mon être, en toi je me reconnais mais qui m'a dénaturé? Aussi l'animal chassé de son territoire en un autre territoire cherche à se fixer.

Homme je connais maintenant ta vérité: c'est parce que tu n'appartiendrais à personne pas même à toi-même que tu veux appartenir, c'est parce que tu n'es pas fixe que tu veux te fixer, c'est si dure d'être toi parce que tu n'as pas de toi mais en l'autre peux te trouver. Voilà ta société naturelle, voilà la société de l'homme, pas celle qui a déraciné l'hêtre, habitant des grandes forêts tempérées.

Mais ne serais tu plus qu'un grand niais épris de liberté comme on l'est de vin, énivré, ivre mort, qui ne sait plus où il habite et va titubant, à droite, à gauche, et c'est parce qu'il ne sait plus où il va; et comment le saurait-il s'il ne sait plus où il est; alors, il se dit libre d'aller où il veut, et il ne va nulle part. 

Etre sans êtres pluriel ni singulier mais qui cherche a être, être qui aurait perdu son être parce qu'il le chercherait en lui-même quand il ne peut le trouver qu'en les autres, Hêtre qui ne pourrait être que là où il plante ses racines.

vendredi 21 août 2026

L'être et l'existence


Je ne peux pas me soutenir par tout ce qui tient à mon existence dit l'être parce que mon existence n'est pas pérenne. je dois donc en appeler à tout ce qui peut transcender mon existence ou me permettre de la transcender et c'est en avoir une idée plus grande que ce qu'elle se montre être à mes yeux et ne m'aide en rien parce que m'abaisse en tout et m'ôte ainsi à l'existence avant de l'avoir vécue.

Aussi je me veux noble dans mes sentiments, noble dans mes pensées, noble dans mes actes, parce qu'en tout je me sais vil si et quand je me laisse aller à mon existence; aussi mon existence je la veux transcender par l'idée que s'en fait l'être que je suis; de même pour ne pas être abattu par la laideur il tend vers le beau ni par le mensonge il tend vers la vérité, tout deux que je sais n'être pas de ce monde.

Il n'est pas nécessaire pour autant que je les pense d'un autre monde mais bien comme ce qui en ce monde plait à mon être qui est conscience d'être et par conséquent ne peut se suffire d'une existence qui ne satisferait pas aux conditions de son être, qui n'en remplirait pas tous les paramètres. Il y aurait donc d'une part les limites d'une réalité auxquelles d'autre part mon être se trouverait confronté mais ne pourrait se résoudre.

Mais ce n'est pas folie des grandeurs mais folie que de vivre sans grandeurs. Je tombe si je ne suis pas appelé vers le haut. Tout le poids de l'existence me tombe dessus, m'écrase. Comme je sens en tout la pesanteur. Et comme il est bon aussi parfois de se sentir pousser des ailes. Certes, ça ne dure pas, mais qui sait laquelle des deux est notre condition première: celle à laquelle on se sent appelée ou celle où l'on vit et finit par être terrassé.

Je ne peux vivre là où je vis, voilà ce que dit l'homme quand l'animal vit là où il vit, parce que l'être qui est conscience d'être n'est pas conscience d'un ici et maintenant; l'ici et maintenant c'est l'existence, ce n'est pas l'être, à l'être il lui faut beaucoup plus que cette existence limitée et c'est de tout son être qu'il se soustrait à ces conditions d'être limité qui est ce à quoi on voudrait limiter son être mais n'est pas son être sinon son existence.

De confondre les conditions de l'existence avec les conditions de l'être conduit à l'erreur de penser qu'il suffit à la société de satisfaire aux conditions de l'existence pour satisfaire aux conditions de l'être. Pourtant les croyances de l'être aussi que ses aspirations vers le beau, le bon, le vrai, n'ont cesser de dénoncer combien il échappe par elles à son existence qui par conséquent ne peut le satisfaire.

jeudi 20 août 2026

On est que locataire sur terre


Je lançais comme on lance une boutade: "on est que locataire sur terre". Et quand il me revoyait, qu'on tournait ensemble en équipe de jour ou de nuit, un agent de sécurité de la RATP que cette phrase avait alors plus marquée que moi me la rappelait quand je l'avais déjà oubliée et c'est sans doute à lui que je dois d'en approfondir et saisir maintenant toute la portée.

J'entendais bien sûr que l'on n'est pas propriétaire sur terre mais je ne crois pas être allé alors jusqu'au bout de ma pensée sinon de m'être arrêté à tous ces biens meubles ou immeubles qu'il ne m'intéressait pas d'avoir et c'était sûrement faire contre mauvaise fortune bon cœur, mais de là à penser que ma vie ne m'appartenait pas comme qu'il ne m'appartenait pas d'en jouir égoïstement j'étais bien loin.

Quand je tirerais aujourd'hui tout ce qu'il y a de faux à penser ainsi, c'est-à-dire que notre vie nous appartient comme nous avons coutume de penser que nous appartiennent les choses. C'est que nous avons tous été élevés, éduqués, en propriétaires, et à penser et à agir en tant que tel, ce qui est une erreur eu égard au nombre de ceux qui n'ont rien mais encore croient-ils posséder leur vie et en jouir comme propriétaire.

Comment ne pas penser autrement et pensant ainsi ne pas agir autrement que comme on agit et souffrir comme on en souffre de ne pas pouvoir en jouir égoïstement, quand nous mêmes, à bien y regarder, nous ne la voulons pas pour nous sinon pour notre femme, pour nos enfants, si nous les aimons, et si nous aimons ce que nous faisons alors nous sommes aussi tout à ce que nous faisons. Je n'avais pas encore penser la vie comme sacrifice.

Et si nous sommes contrariés c'est que le mode de société où nous vivons contrarie la nature même de la vie qui est sacrifice. Il n'est que d'ouvrir les yeux sur la nature, mais nous les fermons sur la nature pour les ouvrir sur la société, or les lois qui semblent régir la société ne sont pas les lois qui régissent la nature mais celles qui en feraient notre propriété: des lois de propriétaires. 

Le sens de la vie


Que notre vie nous appartienne nous ne sommes pas moins pressés de la donner. Ne faisons nous rien que nous sommes pressés de nous donner à quelque activité. Sommes nous seul que nous sommes pressés de ne plus l'être, c'est que nous voudrions nous donner à quelque être et ce n'est pas seulement que la chair est faible mais que l'esprit l'est aussi.

Patrick Humbert, qui est parti tout seul et revenu tout seul de Nouvelle Zélande, d'Afrique du Sud et de je ne sais encore combien de pays où il n'a eu d'autre compagnie que la sienne, et c'est qu'il se suffit à lui-même, qu'il a sa vie à lui. Mais ce n'est pas, détrompez-vous, qu'elle est tout entière occupée de lui-même car il n'y a pas esprit plus ouvert et plus curieux que le sien.

Mais voilà, nous ne sommes pas tous Patrick Humbert, non plus que milliardaire, c'est que je pense à un autre écumeur des mers (et des terres) qui se faisait appeler Barnabooth et n'était autre que l'écrivain français Valéry Larbaud tout aussi seul qu'a pu l'être dans la vie le philosophe Nietzche mais beaucoup plus heureux. Aucun cependant n'a atteint le nirvana ni un contentement de soi ni une vie meilleure.

C'est en quoi j'en reviens à penser à cette idée de sacrifice, que la vie n'est bonne que sacrifiée, ce qui va à l'encontre de l'idée de ce que l'on s'en fait mais peut-être pas de ce qu'elle est: sacrifice. Alors la sacrifier à une femme ou à un travail, peu importe, mais la sacrifier. Et pour la sacrifier il faut aimer son sacrifice.

Valéry Larbaud comme Nietzche il n'y a pas de doute l'on sacrifié à leur œuvre. Patrick Humbert est des nôtres en cela qu'il la sacrifie sans savoir qu'il la sacrifie et à quoi il la sacrifie; il a comme nous cette idée d'en profiter qu'on dit égoïste quand en réalité on ne peut en profiter qu'en étant généreux de sa personne et de son temps, les deux courant au sacrifice.

Je sais seulement que Patrick la sacrifie mais pas à quoi comme j'ignore à quoi je sacrifie ma vie et il en est ainsi de tous ceux qui ne pensent qu'à en profiter et ignorent à quoi ils la sacrifie. Les nihilistes aussi que les existentialistes qui ont refusé ou trouvé que cette vie n'avait pas de sens n'ont pas non plus trouver le sens du sacrifice qui est le sens de la vie.

mardi 18 août 2026

La volonté et nous


Pour le philosophe Baruch Spinoza, le libre arbitre est une pure illusion. Les êtres humains se croient libres parce qu'ils ont conscience de leurs actions et de leurs désirs, mais ils ignorent totalement les causes profondes qui les poussent à vouloir et à agir. Voilà pour ce qui est de notre libre arbitre dont nous ne sommes pas peu fier, mais si ce n'était que cela.

Mon ami R et moi parlions de femmes pour changer, "para variar", disent les espagnols, et il faut entendre par là tout le contraire, et c'est que nous en parlons souvent ces derniers temps où l'un comme l'autre nous nous sommes retrouvés sans femme. On dit de l'amour que moins on le fait plus on en parle. Eh bien, il en irait de même avec les femmes: moins on en a plus on en parle.

Mais tandis que c'était la deuxième qui nous avait quitté nous parlions de la première à nous avoir quitté et c'était pour la même raison qu'elles ne voulaient pas de nous dont elles avaient voulus dans un premier temps, et pour un autre qu'elles avaient voulu dans un deuxième temps, tandis que l'un comme l'autre aurions voulu faire toute notre vie avec elles.

C'est qu'après le libre arbitre dont nous nous réclamons il y a cette volonté, notre bon vouloir, c'est-à-dire que nous croyons bons pour nous, quand tout ce que nous allons nous dire à propos de nos ex femmes respectives tendraient à prouver le contraire. Et c'est à mon ami qui a toujours bon pied bon œil de me parler de ce bellâtre qui lui a ravi sa femme et de ce qu'il est devenu.

Si elle l'avait su l'aurait-elle encore voulu à lui, le bellâtre, plutôt qu'à mon ami. Il a la maladie de Parkinson, me dit mon ami. Et c'est parce que de la mienne de première femme que j'avais tant aimé et avec qui tant voulu rester jusqu'à la fin de la mienne de vie, que je lui dis, j'avais appris récemment qu'elle souffrait depuis plusieurs années du cancer du sein.

Ce qui est à souhaiter pour Notre père qui est aux cieux ne serait donc pas bon à souhaiter pour nous et c'est que notre volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Non, et si il y a un notre père il ne nous l'a heureusement pas souhaité. Serions nous alors assez bêtes pour vouloir avec autant de force qu'à notre jeune âge, mon ami, car il n'y a pas quelque femme encore que nous ne voudrions faire nôtre.

Les femmes et nous


Je crois pouvoir dire sans risque de beaucoup me tromper et en considération de ma propre personne aussi que de toutes les autres que je connais ou aie pu connaître au cours de ma vie et de mon séjour sur terre qui commence à compter pas mal d'années que la plus grande entreprise des hommes, celle qui leur tient le plus à cœur, c'est la femme, et qui sait, mais je ne peux pas parler en leur nom, si la plus grande entreprise des femmes, celle qui leur tient le plus à cœur, ce n'est pas l'homme.

Et pourtant il me semble, bien que j'aurais dû avant de me prononcer là-dessus faire ce que les universitaires appellent l'étude de la question, que le sujet est très peu et très mal traité socialement parlant. Je n'aurais en tout cas reçu sur lui que ces propos parfois grivois que les hommes peuvent s'échanger sur les femmes et qu'il ne m'intéresse pas ici de rapporter car ils n'iraient ni en l'honneur des uns ni en l'honneur des autres, pas plus qu'ils ne diraient rien qui puissent apporter à la connaissance des uns comme des autres.

C'est qu'ils sont fait de sentiments et de ressentiments, de méconnaissances plus que de connaissances, de préjugés plus que de bons jugements, c'est cependant avec ce peu de bagages intellectuels que l'homme doit entreprendre la femme sur laquelle il continue à faire reposer son bonheur plus que sur toutes autres choses qui viendraient en second. Il n'empêche que sur ces toutes autres choses il est formé comme il l'est à un métier et ce peut être aussi à toutes pratiques contribuant à son loisir ou à son bien être.

On ne rangerait donc la femme dans aucune de ces catégories comme si elle ne méritait pas sa place dans la vie de l'homme. J'ai entendu par exemple parler de la répartition des richesses mais jamais de la répartition des femmes comme si elles ne constituaient pas une richesse pour l'homme. Mais ne dit-on pas d'un homme sans femme: le pauvre homme. Et si je n'avais fait un bref séjour dans le Pacifique, en Nouvelle Calédonie, je n'aurais jamais su qu'en des temps reculés elles, les femmes, faisaient l'objet d'un marchandage et d'échanges entre les tribus comme on peut le faire aujourd'hui de marchandises et en parler comme on parle aujourd'hui en économie de régulation des flux.

Bien sûr, il y a à la télé Le bonheur est dans le pré, et les agences matrimoniales, et certains sites affectés à cet effet, mais ce n'est là que traitement à la petite semelle, et privé non public, l'on n'en fait pas une affaire d'Etat. Les tribus dites primitives si on peut leur en vouloir de la façon dont elles pouvaient considérer les femmes on ne peut pas leur enlever qu'au moins elles les prenaient en considération, en faisait une estimation, en appréciait la valeur et pas seulement économiquement mais socialement, ce en quoi les femmes pouvaient participer au bonheur ou équilibre des hommes de la tribu.

Il est un temps en effet où l'on ne parlait pas tant de bonheur que d'équilibre quand beaucoup d'hommes sans femme aujourd'hui semblent justement avoir perdu leur équilibre, mais si la balance de l'équilibre des paiements est assurée voilà l'Etat, le pays, rassuré. Pourtant une guerre qui, si elle n'est plus tribale reste sans merci, continue à se livrer pour la femme, et il serait plus juste de dire dont la femme serait toujours le butin, que l'on s'étonne alors de la brutalité du ravissement ou des ravisseurs quand on n'a rien fait pour en arranger la pratique serait pure hypocrisie sociale. A retenir il y  a quelques années cet article dans la presse sur le droit de cuissage à la RATP. 

On en serait donc toujours au temps des seigneurs en matière de femmes quand tout autre domaine traité par la société ou civilisation du progrès ne pourrait qu'évoluer, c'est-à-dire de façon civilisée et non sauvage, sans compter que les dits sauvages par la prise en considération, même si mauvaise, qu'ils avaient des femmes, le traitement politique et social et non pas seulement économique qu'ils en faisaient, pourrait les mettre au rang des civilisés et nous les dits civilisés au rang des sauvages.

C'est d'une femme que je tiens que des femmes qui manqueraient de tout seraient à nouveau prêtes à se livrer aux hommes pour une bouchée de pain, ce ne sont pas là des courtisanes mais des femmes du peuple pour qui nécessité fait loi. On croyait, petits bourgeois que nous sommes être rendus au temps de l'amour quand l'amour reçoit son traitement le plus brutal et cela parce qu'il n'est pas pris au sérieux, parce que l'amour ce ne serait pas sérieux, quand il n'y a pas entreprise qui tienne plus à cœur les hommes comme les femmes et contribuerait pour autant le plus à leur bonheur comme à leur équilibre.

lundi 17 août 2026

Tout son homme


Je me suis laissé aller à dire que le monde est beau dans son activité et que c'est ce qu'il plait à regarder. Et que c'est un beau gâchis quand on sait que peu trouvent le bonheur dans le travail, que le mot même de travail indique qu'il y a une contrainte à le faire. Mais les hommes se retrouvent bien bêtes quand ils n'en ont plus, à ce point que beaucoup n'ont de hâte que d'en retrouver.

Il faut être malade autrement et s'il y a de plus en plus de malades du travail il faut s'interroger sur la cause qui est le travail, pas l'homme. Qui croit lui préférer les vacances ne les lui préfère qu'un moment, qu'elles viennent à durer et il finit par s'y ennuyer, à vouloir reprendre son activité. On ne sait pas à quel point c'est de son travail qu'on vit. De le faire pour faire de l'argent c'est à quoi on l'a réduit et pourquoi on ne s'y retrouve pas, pas tout entier en tout cas, et il est comme nous morcelé.

Armelle reprend mardi. On se reverra samedi qu'elle a dit. Cependant voir Armelle dans son travail est peut-être ce qu'il y a de plus beau. Qui aime voir les touristes. On voit bien qu'ils ne savent pas quoi faire de leur temps ce qui les poussent à acheter n'importe quelle babiole comme à aller au pied de la Tour Eiffel quand c'est de loin qu'elle fait son effet. 

On est tout entier à son travail où on n'y est pas. Et c'est l'homme tout entier à son travail qui plait à voir et il plait à voir parce qu'on le voit tout entier. Le touriste n'est pas à mes yeux un homme que je vois tout entier et c'est pourquoi il ne peut pas plaire à mes yeux de le voir. Armelle a dit qu'on irait à un ciné où à une expo samedi. Ce ne sera donc pas sur son lieu de travail que je la verrais.

Quand le travail serait même le seul lieu où l'on pourraient se rencontrer tout entier si l'on était tout entier à son travail, mais on ne l'est pas ou plus, on dit même être aliénés, que le travail nous aliène, qui est qu'il nous rend étranger à nous-mêmes: l'étranger ne serait plus seulement le touriste. On se retrouvera samedi avec les touristes, tous oisifs, mais Armelle reprendra le lundi d'après sa semaine de travail.

J'aurais vu Armelle, ce qui m'aura j'espère évité de voir les touristes qui en ce mois d'aout doivent être nombreux à Paris. Ils ne différeront en rien de ceux que j'ai vus à Barcelone. Ils n'ont pas de lieux sinon les lieux touristiques et tout devient lieu et prétexte à faire du tourisme ce qui n'est pas un enrichissement ni pour le pays ni pour la personne sinon la richesse du pauvre, du clinquant, du tape à l'œil, pas de quoi nourrir son homme, de quoi nourrir son homme tout entier puisqu'il ne peut pas y être tout entier comme il semblerait il ne peut plus être non plus tout entier à son travail qui non plus par conséquent ne nourrirait plus tout son homme.