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jeudi 5 novembre 2026

La maladie du travail


Si je disais que l'homme ne peut pas ne pas travailler j'irais contre l'idée reçue qu'il y a des fainéants comme il y a des travailleurs, des gens qui aimeraient travailler et d'autres qui n'aimeraient pas travailler; mais c'est que l'on ne considérerait alors comme travail que celui qui serait imposé à l'homme et auquel certes certains se soustrairaient.

Mais le travail envisagé dans un sens plus large comme toute activité que l'homme se proposerait d'avoir, à cela l'homme ne peut s'y soustraire parce que naturellement il y est porté non seulement par le besoin de se nourrir et de se lotir mais par cette inquiétude comme par cette curiosité qui l'anime, car si le premier fait de lui un Homo faber la seconde fait de lui un Homo sapiens.

S'il s'est détourné du travail c'est qu'on l'a détourné d'un travail qui lui correspondait: c'est-à-dire répondant à la fois à la nécessité de se nourrir et de se lotir parce que constatant que ni il le nourrit ni il lui permet de se lotir comme de ses propres mains il l'aurait fait; comme ne répondant pas non plus à son inquiétude ni à sa curiosité tout aussi naturelle.

La maladie du travail c'est pourtant fort répandue et doit nous interroger sur ce travail qui nous rend malade, qui fait que l'homme qui ne peut pas rester sans travailler, (et l'on rejoint Pascal quand il affirmait que: "Tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre"), ne peut qu'être malade s'il préfère garder la chambre.

La maladie du travail, on l'aura bien compris, c'est le chômage, et le chômeur celui qu'on accuse de ne pas vouloir travailler, et il faut en effet qu'il soit bien malade pour cela qui est de garder la chambre. Voyez le retraité, il n'y a pas plus occupé qu'un retraité. C'est que si la société ne lui donne pas de travail il s'en trouve, il trouve à s'occuper.

Il se peut néanmoins qu'il y en ait à qui la société ayant toujours donné à quoi s'occuper rendus à s'occuper eux-mêmes ne trouvent pas meilleur emploi que celui que la société avait fait d'eux; mais, pour la plupart, ayant été par elle fort mal employé, il ne leur sera pas difficile de trouver mieux: c'est que le travail qu'impose la société se serait par trop éloigné du travail que l'homme s'imposait à lui-même.

Si l'on part de l'homme primitif on le voit occuper à se nourrir et à se lotir, occupation toute naturelle ou qu'exige de lui sa nature d'homme aussi bien qu'une nature environnante qui le lui en fourni les moyens. Maintenant, si l'on substitue à cette environnement naturel l'artificiel société, voilà ses exigences à la fois décuplées et dénaturées, aussi que le travail de l'homme décuplé et dénaturé.

C'est que le travail s'est trop éloigné de l'homme pour qu'il en voit le bénéfice quand ce ne serait d'abord que de l'occuper, car si l'oisiveté est bien la mère de tous les vices c'est qu'elle ne répond pas davantage aux besoins de l'homme; il n'empêche que s'il tombe dans ce désœuvrement qui lui sied si mal c'est à défaut d'un travail qui le nourrit au sens propre comme au sens figuré, physiquement et moralement.

mardi 3 novembre 2026

La corruption


Sans doute faudra t-il me pardonner de tout ramener aux hommes, mais c'est alors ne pas trop accuser la société, en disant que s'il n'y a pas assez de vérité c'est que les hommes n'aiment pas assez la vérité et que s'il n'y a pas assez de liberté c'est que les hommes n'aiment pas assez la liberté. Cela n'a cependant peut-être pas toujours été.

Je me tiens enfermé toute la journée, pourquoi je ne sors pas. Je pourrais lui dire, pourquoi je ne lui dis pas. La vérité ne serait pas toujours bonne à dire. La liberté ne serait pas toujours bonne à prendre. Mais si c'est les autres qui nous arrêtent, va encore. Mais si c'est le courage qui nous manque, ça ne va plus.

Aussi je donne le courage de l'homme comme à la base de tout et la société comme à la base de toutes ses lâchetés parce que c'est tout ce qu'il fait, lui l'homme, à et sous couvert de la société. Aussi quand la société est lâche c'est l'homme qui est lâche. Le courage passerait comme un courant de l'homme à l'homme, aussi la lâcheté; et l'on pourrait parler d'une société lâche comme d'un homme lâche.

Et les sociétés se relâcheraient ou se tendraient selon les circonstances. C'est pourquoi malheureusement il faudrait attendre les périodes de guerre pour faire appel au courage et que des hommes courageux sortent du lot, tandis qu'en temps de paix on les tiendrait à l'écart et ce ne serait pas eux qui donneraient le ton et favoriseraient un courant de pensées et d'actions, mais bien ceux à qui la lâcheté de tous profiterait.

Maintenant si je me laissais porter par un sentiment pessimiste voilà ce qu'il me ferait dire des hommes: s'il ne leur était possible que d'être vertueux les hommes seraient vertueux, mais s'il leur est encore possible d'être mauvais les hommes seront mauvais. De là en découle que la société ne devrait pas plus leur permettre d'être lâche que d'être mauvais.

Qu'ils se l'autorisent mais qu'ils n'aient pas son autorisation, encore moins ses encouragements, encore moins l'impression que cela puisse leur profiter; or il me semble que c'est tout ce que la société leur permet aujourd'hui de penser et c'est qu'elle serait plus corrompue que vertueuse la société et par conséquent que la corruption plus que la vertu profiterait à tout un chacun.


CITATION

Simone Weil, L'enracinement: "Il n'y a aucune possibilité de satisfaire chez un peuple le besoin de vérité si on ne peut trouver à cet effet des hommes qui aiment la vérité."

lundi 2 novembre 2026

Le tout de l'argent


Ce serait une boutade de commencer par dire, et tout le monde en conviendrait, que si l'argent ne fait pas le bonheur il y contribue fortement, de même que de remplacer les paroles de la chanson: "sans amour on est rien du tout" par "sans argent on est rien du tout", de cela non plus personne n'en disconviendrait. Mais si on ne doit pas rejeter en bloc l'argent ou tout l'argent c'est bien le tout de l'argent qui serait à rejeter. 

Il y a longtemps cependant que les revendications sociales se résument à demander de l'argent, toujours plus d'argent, des augmentations salariales, et c'est toujours plus à gagner, des diminutions des prix, du coût de la vie, et c'est toujours moins à payer; de cela non plus personne n'en disconviendrait car si l'argent ne fait pas le bonheur il y contribue fortement et sans argent on est rien du tout.

Cependant je ne peux manquer d'attribuer en partie la brutalité de ce monde à ce rapport exclusif que nous avons à l'argent et à accuser autant le capitalisme que le matérialisme, la primauté de l'économique sur l'humain, la réduction de nos rapports à un rapport économique. Même l'amour serait tarifé. N'est pas étranger à cela non plus la réduction de l'amour à l'amour sexuel, au sexe, parce que seul le sexe peut être tarifé.

Qui, si j'ose m'exprimer ainsi, passe à l'as dans tout ça sinon l'être humain, car il ne faut pas s'étonner non plus que tout l'émotif, que tout l'affectif, qui est à mon avis une grande partie de l'humain, passe pour cette partie qui ne mérite pas un traitement social mais un traitement médical, autant dire soit un mal à soigner, pour ne pas avoir d'incidences trop graves sans quoi la police pourrait s'en charger.

Aussi il n'y aurait pas loin de là à voir dans les troubles sociaux des troubles mentaux, de voir dans la personne qui s'en prendrait à la société un dérangé mental. On semble s'être éloigné du tout de l'argent quand on est encore en plein dedans parce que tout ce qui échappe au rapport matériel, et c'est tout l'humain en dehors de ce rapport, c'est-à-dire dans son rapport affectif, qui est oublié.

Il est autant nié dans son existence sentimentale que morale, la société ne serait plus à s'encombrer de sentiments et de moral, tout deux relégués à une certaine puérilité (quand ils ne sont pas taxés de sentimentalité et de moralité bourgeoise), comme à l'enfance de la société, enfance de laquelle elle serait sortie pour prendre les choses plus au sérieux et ce serait avec objectivité et pragmatisme.

De là découle, de cette conception des choses, de l'humain et de la vie, la brutalité de notre rapport au monde qui n'est plus envisagé que sur le plan matériel, de combien il nous en coûterait de vivre. A quoi je ne serais pas loin d'ajouter qu'il nous en coûte effectivement de vivre sans considération sinon subalterne de notre affectivité comme de notre moralité.

Le tout de l'argent serait l'argent comme valeur unique et cela ne peut aller en effet sans la déconsidération de toute autre valeur que l'on devrait donc à nouveau considérer pour palier à ce tout de l'argent qui évidement ne peut pas nous rendre tous heureux parce que s'il n'y a qu'une façon d'être heureux c'est d'avoir de l'argent, l'argent unique source du bonheur pourrait se tarir bien vite et la société devenir un désert social.

vendredi 30 octobre 2026

Le courant de la vie


Certes, on est entrainé par le courant de la vie mais on ne peut pour autant se laisser aller comme un objet, un corps à la dérive; il ne peut y avoir d'être sans volonté d'être; et c'est pourquoi l'on parle de l'être parce que l'être veut être, veut être et non avoir, c'est ce qui le trompe, c'est la société qui veut avoir, la société qui l'estime à son avoir, quand l'être ne devrait pouvoir s'estimer qu'à son être.

Aussi le courant de la vie n'est pas plus pernicieux que le courant de la société qui fait dériver l'être vers l'avoir, lui fait perdre son être dans l'avoir, le perd à lui-même, aussi est celui qui court après l'avoir, aussi il faut travailler à l'être et non pas à l'avoir, et quand la société privilégie le travail de l'avoir sur le travail de l'être, l'être doit privilégier le travail de l'être sur le travail de l'avoir.

Certes, le courant de la vie entraine l'être et tout son avoir mais par un travail de rétention, de contention, il peut non pas retenir et contenir la vie mais retenir et contenir son être. Le travail de l'être est en cela et pour cela un travail de réflexion, de réflexion sur lui même l'être et non pas sur la vie, et encore moins sur l'avoir; tous les deux ne font que le faire dériver, dévier de l'être.

Cette dérive de l'être qu'on peut dire aussi déviance de l'être fait qu'il ne s'y retrouve plus, qu'il est et se sent un être perdu, et il l'est en effet dans le flot de la vie comme dans le cours de la société; l'être qui ne peut saisir ni l'eau dans son cours ni la société dans son progrès peut cependant se saisir lui même, ce qui est se ressaisir, mais ceci ne peut se faire que par un travail de réflexion.

Ne voudrait pas lui en laisser le temps le courant de plus en plus rapide qui l'entraine, de plus en plus rapide et de plus en plus artificiel, car de moins en moins celui de la vie pour être celui de la société. Il ne faudrait pas non plus voir là une volonté de quelques êtres sur d'autres êtres car la volonté de l'être est d'être, c'est à quoi il est appelé.

Mais dans le vacarme assourdissant que fait le flot impétueux et ininterrompu de la société il, lui l'être, n'entendrait plus cet appel de l'être, que celui de l'avoir qui est celui de la société; et dans sa confusion et perdition ne ferait plus la différence entre les deux qui l'entrainent également et irréversiblement à la mort, quand tandis que l'un ferait de lui un mort vivant, il rejetterait l'autre la vie et sa mort naturelle.  

jeudi 29 octobre 2026

La perte du sens humain


J'ai vu beaucoup d'hommes et peut-être encore plus de femmes perdus parce qu'ils n'avaient pas de grandes orientations à donner à leur vie, et, n'ayant pas de grandes orientations, ils n'avaient pas non plus de grandes destinées, et je crois pouvoir encore me compter au nombre d'entre eux quand quelque chose est pour moi en train de se dessiner mais que je ne saurais encore à point nommer.

Qui sait s'il leur faudrait une ou des règles de vie et non pas une ou des vies déréglées; seulement si elles étaient encore orientées elles pourraient prendre des chemins divers ou de traverses mais concourant tous à la même destination ou destinée. La société ne fait plus cela pour eux que de leur donner des règles à défaut d'orientation, aussi on peut les voir livrés à eux-mêmes et c'est un spectacle bien désolant à voir.

Et c'est un dommage certain pour l'humanité si l'on en vient à ce point de dégradation de l'humain qu'aucun homme ne puisse se reconnaitre en un autre homme et encore moins le prendre pour modèle; un monde ou la technique aura remplacé l'humain au point qu'il ne soit plus admiratif que de la technique et non point de l'homme, et je crois que l'on y vient non pas insensiblement mais sensiblement.

Sans doute que l'on peut voir comme le signe le plus révélateur de la perte du sens humain la perte du sens du sacrifice: plus personne n'est prêt à se sacrifier pour plus personne, ne considérant plus sa vie qu'individuellement, unique, indépendante et non liée, renvoyé comme il l'est à son bon plaisir, à sa bonne volonté, à son bien être; mais indifférent au bon plaisir, à la bonne volonté, au bien être, d'un autre que lui-même.

S'il n'y a plus de vertus il y a des vices, parce qu'ils font entre eux vases communicants, et que tandis que l'un se viderait l'autre se remplirait, et qu'il ne peut y en aller autrement parce que la nature humaine est une, et que si elle est changeante c'est bien seulement dû au fait de cet incessant passage des vertus aux vices et vis versa, si je puis m'exprimer ainsi (par la répétition et par la coordination).

Si je mange à plus faim, si je bois à plus soif, j'ai aussi perdu le sens de la mesure qui est aussi le sens de l'humain, et j'aime à me rappeler les Grecs (ceux de l'Antiquité) qui ne parlaient pas tant du bonheur que de l'équilibre, et comment obtenir l'équilibre sinon par la mesure, et c'est pourquoi l'on peut aimer aussi la justice et non pas l'injustice, tout cela est en l'homme qui, comme on le dit si bien, sait rester humain.

lundi 26 octobre 2026

Mon corps et moi


Si je devais faire un petit topo sur mon corps je ne commencerais pas par moi mais par ma civilisation qui l'a domestiqué car je le vois comme un petit animal sauvage à l'origine et c'est l'idée qu'on peut le dompter, le dresser, l'accommoder à notre mode de vie disons civilisée jusqu'à faire de lui notre animal domestique qui en a fait en réalité ce corps souffrant de tous les maux que l'on connait.

On a voulu en être les maîtres et c'est ne pas trop l'écouter, aussi que de se refuser à ses pulsions ou instincts pourtant bien naturels car si je pense à sa violence elle est d'abord violence amoureuse, c'est-à-dire qui se résorbe dans l'amour et il n'y a que si l'amour lui est refusé qu'elle peut être violence gratuite, ce qui est dénuée de tout fondement biologique.

L'aimer serait d'abord lui redonner sa liberté qui d'abord serait liberté d'aimer, mais il n'était pas question qu'il passe son temps et donne son énergie à aimer. J'ai dit qu'on en avait fait un animal domestique que parfois l'on promenait en laisse dans la nature car c'est bien de nature dont il a besoin, d'arbres, de forêts, de montagnes, de mers; et que c'est lâché dans la nature qu'il se sent le plus libre.

Mais c'est un temps de promenade qui lui est accordé et il va à la nature comme on allait à la messe le dimanche pour en semaine s'employer à quoi on l'emploie dans ce qu'on peut en tirer de mieux en matière de rendement et de productivité et c'est ainsi que j'ai appris à le faire ou que la société m'a apprise à le traiter, ce qui souvent a été le maltraiter.

Hors de question qu'il se lève quand il n'est plus fatigué, non plus qu'il se couche quand il est fatigué, il aura des horaires à respecter. Quant à s'il veut manger et parce que je suis dans une société d'abondance je lui donnerais en abondance et le petit animal sauvage qu'il n'a pas cessé d'être se goinfrera, mais c'est que l'animal sauvage pouvait aussi rester longtemps sans manger tandis que le mien je ne cesserai pas de le gaver.

Le jeûne lui serait pourtant aussi naturel alors qu'il a perdu l'habitude de jeûner, aussi cet artifice des heures de repas qui font qu'il mange même quand il a pas faim mais parce que c'est l'heure de manger comme il y a l'heure de dormir et qu'après c'est plus l'heure sinon de travailler. Je l'ai habituer depuis très jeune à ce régime forcé qui en rien ne répond à sa nature sauvage et c'est en quoi je ne l'écoute pas.

C'est pourquoi trop souvent je me trouve en porte à faux avec lui et que c'est à contre temps que je lui réclame ce qu'à un autre moment il m'aurait donné sans que j'ai à lui réclamer. C'est que je voudrais qu'il soit réglé comme je l'entends et sans doute l'a t-il été avant que je le dérègle avec cette volonté qui m'a été inculqué par ma société et c'est de lui donner de nouvelles règles qui sont les règles de ma société.

Ce qui fait que, comme elle l'a voulu, mon corps et moi on fait deux quand à la base on ne faisait qu'un; il n'y avait pas entre nous toute cette dialectique entre le maître et l'esclave dont parlera si bien Hegel qu'on sait jamais lequel des deux commande à l'autre, et c'est que l'animal sauvage reste toujours sauvage et que je suis l'homme civilisé qui veut toujours le tenir en laisse.

jeudi 15 octobre 2026

Je crois au courage de tout un peuple...


Je crois au courage de tout un peuple comme on pouvait dire que les spartes étaient courageux; si je compte parmi mes amis des modèles de courage comment ne pourrai-je pas être comme eux; il se trouve que le courage se spécialise comme les hommes se spécialisent, les hommes de la montagne sont courageux en montagne et les hommes de la mer en mer; il faut pour le savoir avoir nager avec les polynésiens au milieu des requins.

Et je ne doute pas qu'en cas de guerre les occidentaux seraient se montrer courageux, ce qui est se montrer courageux dans l'épreuve qui requiert un tel courage, mais ce qui est bien dommage c'est qu'en temps de paix l'on se relâche sans quoi l'on ne serait pas amenés trop souvent à guérir le mal quand il est déjà là, c'est-à-dire qu'il est déjà trop tard pour y échapper. 

Etait-ce de Foucault ou de Bergson que j'ai lu qu'il y aurait des petites guerres qui n'auraient, si l'on voulait les justifier, que pour but ou pour effet d'entretenir l'esprit guerrier quand l'inévitable, l'effroyable grande guerre, requerrait de tous le sacrifice ultime. Pourtant on le voit tourner, le mal, comme on voit tourner les requins avant qu'ils n'attaquent.

Et les polynésiens savaient les écarter du bout de leur flèche, c'est-à-dire les dissuader d'attaquer, comme resserrer leur rang ou se mettre dos à dos pour protéger leurs arrières. Je ne sais si ces gestes élémentaires de prudence aussi que de courage, car l'on fait face, font encore parti, après les spartes, de la tradition d'une très vieille civilisation, c'est-à-dire des gestes appris ou mieux encore des automatismes acquis.

Mais mes amis ne sont point trop courageux et je ne le suis moi même que très peu, et tous nous évitons de penser à la mort quand pour les philosophes comme pour les religieux d'antan il fallait y penser, et c'était y habituer sa pensée, et c'était s'y faire, s'y préparer, comme on peut s'y faire à l'idée de la guerre, s'y préparer; et ce n'est pas la vouloir, mais c'est ne pas lui tourner le dos et la regarder en face.

Rien qu'un petit kyste au doigt mais j'avais peur de cette IRM suivi d'une radio et d'une échographie; et qui dit que tous ces moyens mis en œuvre n'étaient pas là pour répondre à mes craintes comme à celles de tous ceux de mon siècle, mais ils demandaient à voir avec les yeux froids de la science et des techniques mis à notre service. Ils ne nous rendront cependant et malheureusement pas le courage de nos aïeux.

mercredi 14 octobre 2026

C'est mal commencer…


C'est mal commencer que de se sentir l'égal d'un autre, mieux vaut sentir ce qu'il nous reste à faire pour l'égaler, et il n'y a que de cette égalité gagnée dont on puisse être fier et qu'une fois gagnée on ne puisse plus être fier, autant dire que cette fierté n'est jamais longtemps gagnée comme que l'égalité tant prônée ne peut longtemps nous satisfaire.

Ce serait être satisfait de son sort, ce serait un contentement de soi gagné à peu de frais, et je préfère entendre dire de l'homme comme j'entends dire de quelqu'un: qu'il n'est jamais content. Ne lui demandez pas alors d'aimer l'égalité: c'est aller contre sa nature, c'est tuer dans l'œuf sa volonté d'être qui n'est jamais seulement volonté d'être mais volonté d'être plus.

Il n'est que volonté de croissance trop souvent confondu avec la volonté de puissance et c'est que l'on manque à la nuance comme en manque ceux qui veulent écraser tout le monde et ce n'est pas parce que je ne veux pas écraser tout le monde qu'il n'y ait pas en moi, l'homme, de volonté, non pas alors de puissance mais de croissance, qu'il n'y ait pas en moi de volonté de m'accroitre.

Mon semblable m'est bien égal. Qui prétend aimer son semblable prétend aimer son égal. Qui prétend aimer son égal? Cette prétention à l'égalité est à mettre au nom de l'hypocrisie générale. A qui va notre admiration? A qui va notre amour? Où nous porte notre naturel? Vers le bas ou encore vers notre égal ou bien plutôt vers le haut? On parle d'aspiration et c'est aspiration a être qui n'est jamais aspiration à l'égalité.

Je crois que c'est Platon qui en parlant de l'amour des garçons pour les garçons trouvait cet amour bien fondé si l'un était pour l'autre un modèle tandis qu'il en irait différemment d'une femme qui aimerait un homme pour ses richesses matérielles et seule pourrait avoir honte d'un tel amour, et tomberait de haut en apprenant qu'il est pauvre, tandis que le premier et quelque soit la valeur réelle du modèle se serait élevé.

Ils voudraient se sentir égaux quand l'égalité ne les fait ni s'aimer ni s'élever les uns les autres, et en considération des autres, mais plutôt se rabaisser les uns les autres, et en considération que de soi-même, car c'est arrêter tout élan de croissance, et pas de puissance, confusion, faut-il le répéter, dans laquelle ils tombent trop souvent, et rend suspecte tout aspiration qui ne serait pas aspiration à l'égalité.

CITATION

Mariano José de Larra, Articulos: "Muchas cosas me admiran en este mundo: esto prueba que mi alma debe pertenecer a la clase vulgar, al justo medio de las almas; solo a las muy superiores, o a las muy estupidas les es dado no admirarse de nada"

mardi 13 octobre 2026

La moralité des comportements


Comme je lisais Histoire de la sexualité de Michel Foucault, et c'est beaucoup dire, car j'en avais entrepris au choix un chapitre, et n'entendais pas le lire autrement que par goût et caprice, aussi que de façon sporadique, le laissant et le reprenant à ma guise, car me sentant appelé en même temps par d'autres lectures, ce qui fait de moi un lecteur inconstant et infidèle, ou l'inverse si l'on considère que j'y reviens souvent et ne lâche jamais complètement, ceci comme tout ce que j'entreprends une fois et pour toujours.

Aussi je tombais sur ce passage: "les individus ou les groupes se conduisent en référence à un système prescriptif qui est explicitement ou implicitement donné dans leur culture et dont ils ont une conscience plus ou moins claire. Appelons ce niveau de phénomènes la "moralité des comportements" " qui me renvoyait directement, me semblait-il du moins, à ce que j'étais en train de vivre par cette connaissance que j'avais de fraîche date et qui était plutôt une méconnaissance des modes de fonctionnement des sites de rencontre et c'est que j'étais depuis peu sur Randodate.

Il me semblait ainsi tout naturel d'adresser un message à qui j'avais rencontré lors d'une randonnée pour célibataires et un peu discuté avec, ce qu'on appelle faire connaissance; et en des termes il me semble sans doute invitant mais non point trop compromettant, encore moins prêtant à s'en offusquer; et si je donne toutes ces précisions c'est qu'à mes messages il ne fut pas répondu.

Etait-ce cela le nouvel usage? Ne pas répondre éviterait de se perdre en précautions aussi hypocrites qu'inutiles, mais cherchant toutes à ménager l'autre. C'est que, selon une moralité qui semblait être dépassée, la moindre des corrections aurait été de répondre. Devais-je à mon tour ne plus m'y sentir tenu, car le comportement des uns ne se règlent t-il pas sur celui des autres?

Seulement, si je devais ajouter à ma difficulté à comprendre la femme ou dans un sens plus large l'autre, celle de comprendre le mode de fonctionnement des sites avec leurs usages comme celui des likes auquel en tant que tout nouveau venu je ne me pliais pas: les trouvant tout à fait ridicules et déplacés: n'ayant jamais apprécié une personne pour sa photo et ne pouvant ainsi lui signifier que je l'appréciais pour cela.

Il serait intéressant cependant pour les spécialistes de se pencher sur les nouveaux comportements ou moralité des comportements que pourrait induire les sites de rencontre puisqu'il n'y aurait plus que comme cela que l'on puisse se rencontrer, qu'il faille absolument passer par eux si l'on ne veut pas rester désespérément seul, car cela ne veut pas dire qu'on ne le restera pas sinon avec espoir de ne pas le rester qui est celui qui anime tous ceux qui ont recours à ces sites.

Il faut bien alors les considérer et les faire entrer dans nos pratiques mais il doit avoir là plus qu'ailleurs un flou à comment se comporter, qui amenant plus de naturel amènerait aussi plus de sauvagerie, chacun ne se sentant plus tenu par l'autre qui resterait cet étranger avec qui néanmoins l'on aurait échangé mais avec qui l'on ne se sentirait nullement obligé, pas plus qu'avec un anonyme puisqu'à son anonymat s'en serait retourné comme nous au nôtre.

Ce n'est plus la famille, pas plus la société des amis, on voit des photos, à ces photos s'attachent des noms de façon tout aussi gratuite ou fortuite, à défaut d'histoire un rapide historique ou présentation de la personne, de la personne sans histoire sinon personnelle, sans histoire commune, une aventure qui sait, probable, improbable. A quoi s'en tenir? Comment s'en tenir? A rien, à presque rien.

Il y a un naturel artificiel et une artificialité dans le naturel car ce n'est en réalité pas plus gratuit que fortuit: des êtres sont là qui ont voulu être là pour se rencontrer mais qui feignent d'être là en passant, d'être là sans vraiment y être, d'être là pour eux sans vraiment y être pour l'autre, conduite bizarre, extravagante, ou très quant-à-soi.

Exploration d'un univers inconnu qui est l'autre vu sous l'angle de l'inconnu: sorti de l'inconnu avec retour possible à l'inconnu à moins que quelque chose se passe, se fasse; sinon à rien l'on est tenu ou à quoi l'on devrait être tenu, pas de règles en la matière, pas de règles préconçues, on est comme lâchés dans la nature, comme des êtres primitifs qui auraient une voiture et surtout un smartphone et internet.

lundi 12 octobre 2026

La partie d'échecs


Que le jeu d'échecs soit un jeu guerrier et, qui n'aura pas voulu faire le parallèle ou simplement établir des correspondances entre la stratégie militaire et la stratégie aux échecs, trouvera ce qu'il a bien voulu y chercher mais Kasparov, ex champion du monde d'échecs, qui portait souvent sur l'échiquier de féroces attaques à ses adversaires, dans son livre: La vie est une partie d'échecs, ne s'est pas limité au champ de bataille mais plutôt étendu (ses réflexions échiquéennes) à la vie.

Une vie qui n'est pas inquiété aux échecs, qui n'encourt pas le risque de mort comme sur le champ de bataille, mais où nous sommes aussi amenés à prendre des décisions comme dans la vie. Et pourtant. "On dirait qu'ils jouent leur vie" se laissèrent aller à dire les joueurs de mon équipe, faisant allusion à certains, du nombre desquels nous pensions nous distinguer. Le match n'avait cependant pas encore commencé et on ne voit jamais que le visage de son adversaire.

Qui le temps d'une partie devient son ennemi. Car à peine la partie commence que les visages se referment et comme la partie va se durcir les visages aussi vont se durcir. C'est les hommes et pas le jeu qu'il faut voir pour voir la guerre. Inutile d'être au préalable des ennemis. L'on peut même être les meilleurs amis au monde. Cela n'empêchera pas que l'on devienne les pires des ennemis. Déjà l'on ne se parle pas ou plus. L'heure est grave et les mines renfrognées.

J'avais en face de moi un bien brave homme qui, avant que les hostilités commencent (car c'est bien de cela qu'il s'agit et personne ne sera épargné), avait passé les consignes et imparti les règles du jeu comme le temps qui nous était alloué. Mais ce n'était plus le même, et ce que je pouvais lire sur son visage, maintenant que la partie avait commencé, était une détermination farouche à me battre et cette impuissance que je connais trop où l'on livre tout parce qu'on ne veut rien livrer: et c'est vaincre ou mourir.

Vous dites que l'homme joue, moi je dis qu'il ne joue plus, aussi que c'est son vrai visage qu'il montre, dur, fermé, et non cet autre souriant, avenant, envers vous bien disposé, et je ne doute pas que le mien m'aurait fait peur au moment critique de la partie: je n'avais pas envie comme on dit de rigoler. Mon dentiste qui trouve que mes dents sont usées dit que c'est à force de trop les serrer, voire de les faire grincer. Je ne m'en rend pas compte, que je lui répondis,  et qui sait si c'est quand je "joue" aux échecs.

Ah oui, j'allais oublier, ce qui en dit aussi beaucoup sur la nature humaine et qui sait si sur la guerre. La guerre sur l'échiquier est terminée depuis un moment et mon adversaire a retrouvé son air bon enfant et son rôle de responsable de club: il débarrasse déjà les échiquiers des tables, je me propose de l'aider, mais c'est très gentiment qu'il repousse mon offre: nous sommes le club invité et la guerre est terminée nous pourrons bientôt tous retournés dans nos foyers (après avoir goûter à la fraternité des compagnons d'armes, ils nous a été servi un bon café).  

dimanche 11 octobre 2026

Une expérience humaine


Ceci est une mise en garde que je ne ferais à personne si je ne me l'a faisais d'abord à moi-même et plus que pour qu'elle soit gravée dans le marbre pour qu'elle soit gravée dans ma tête et autant de têtes qui puissent en avoir connaissance. Abreuvés comme nous le sommes de savoir livresque ou lectures diverses toujours idéologiquement et politiquement orientées aussi bien que de faits divers, ladite actualité.

Comme un homme de gauche je peux me planter là et abhorrer le monde de la finance. Il n'y aura pas loin alors que mon jugement se reporte sur qui de près ou de loin l'approche, pire, en fait partie, c'est-à-dire sur tous ces hommes qui participent du monde de la finance, confondant alors le jugement que j'aurais sur une société qui serait la société de la finance (ou régit par) avec les hommes qui font (de gré ou de force) partis de cette société.

Je n'ai pourtant de la finance qu'une connaissance plutôt sommaire pour ne pas dire inexistante ou pour toute connaissance que cette considération dépréciative de cet ère après Marx et Le Capital que nous serons peu a avoir lu quand beaucoup sans l'avoir lu rejetterons le capital qui se résumera pour nous au capitalisme; toujours des mots et des idées derrière ces mots qui font vitrines illustratives comme paravents.

Car on ne sait jamais trop de quoi l'on parle sinon de notre argent, on dit notre argent et ce que d'autres en font, et c'est à nos yeux de l'argent avec de l'argent, qui leur profiterait plus qu'il nous profiterait, voilà pour la plupart d'entre nous où s'arrêterait notre connaissance pour le moins sommaire et lacunaire du monde de l'économie et des finances.

Si après ça on nous sort en fait divers un Jérôme Kerviel, ce trader jugé responsable de la totalité des pertes enregistrées par le groupe bancaire la société générale, ou certains d'entre nous aurons peut-être choisi d'avoir leur compte bancaire, et c'est tout le monde de la finance qui s'en trouve sali et le monde de l'argent plus que jamais est à nos yeux le monde de l'argent sale.

De là que les gens qui y participent y participent, c'est-à-dire se salissent les mains avec cet argent sale il n'y a qu'un pas que nous faisons allègrement sautant à pieds joints de notre considération (idéologique) de l'argent à celle des hommes qui sont dans la finance. Car, si nous en doutions encore, voilà l'exemple humain qui pourrait illustrer et confirmer au mieux notre pensée.

Mais qui peut prétendre connaitre les tenants et les aboutissants de l'affaire Kerviel comme de connaitre l'économie et les finances, d'en avoir été instruit plutôt qu'abreuvé de lectures idéologiquement orienté (de l'après Marx et Le Capital) aussi que de faits divers jamais glorieux ni édifiants. Or il se trouve que, s'il ne m'est pas davantage donné de connaitre Kerviel que le monde de la finance, j'ai connu Alexandre.

C'est au cours d'une randonnée que je me suis adressé à Alexandre qui m'a dit qu'il était formateur et dans le domaine de la finance. Après cette présentation, je compris mieux le mutisme et la distance qui l'avait tenu jusqu'à ce moment où la parole d'Alexandre fut libérée et profita à tous, car elle était bonne à tous ne blessant personne en particulier, et ceci parce qu'était à la source de cette parole une écoute singulière.

Je dis à Alexandre que j'aurais besoin de covoiturage et appris aussitôt que A était le seul du groupe (17 personnes) à s'être proposé à un covoiturage et qu'il avait déjà deux personnes à ramener chez elle, ce qui n'empêcha pas Alexandre d'envisager aussi vite comment il pourrait me venir en aide et de trouver la gare où il pourrait me déposer qui me rapprocherait le plus de chez moi.

Je ne veux pas avec A (Alexandre) généraliser mais pas plus qu'on est en droit de généraliser avec K (Kerviel), aussi que si avec A (Alexandre) on avait eu plus de curiosité à connaitre le monde des finances on aurait peut-être une autre approche que celle de M (Marx). Les hommes sont bons à connaitre et l'expérience humaine plus que l'expérience livresque (toujours idéologiquement orientée) bonne à avoir. Et le mutisme que les beaux parleurs.

samedi 10 octobre 2026

La pinaillerie et la rouerie


Il faudrait que je commence par définir ce que j'entends par survie avant de dire que la plupart d'entre nous vivons sous le mode survie quand très peu d'entre nous par conséquent vivrait vraiment, c'est-à-dire sur le mode vie. Est dans le mode survie qui est totalement pris par la vie, et les turbulences de la vie, de sorte qui lui est pratiquement impossible de prendre avec elle cette distance suffisante qu'à le spectateur avec le spectacle qui lui est offert et ainsi d'en jouir pleinement.

Et c'est me direz-vous qu'il n'est pas spectateur mais acteur de sa vie. Non, il est agit par la vie plus qu'il n'agit sur la vie, tout est chez lui réaction comme réagit celui qui va se noyer en nageant s'il a appris à nager et souvent il a mal appris, mal appris à vivre, et c'est en quoi il est dans la survie et que souvent il boit la tasse. Aussi il y a beaucoup plus d'êtres que l'on pense qui sont dans la survie et beaucoup moins que l'on pense qui sont dans la vie.

La retraite est un âge, un temps, où l'on peut apprécier la vie autrement, et c'est que l'on peut passer du mode survie au mode vie, je dis bien l'on peut parce que tous nos mécanismes qui sont réglés sur un mode de fonctionnement qui est celui de la survie, voudraient continuer à s'affairer autant, ce qui est se débattre autant, c'est que les tient la peur de couler, ils voudraient rester à la surface de la vie et aussi restent-ils à la surface de la vie et continuent-ils à se débattre tout autant.

Une plongée dans la vie qui serait vivre pleinement la vie leur a été refusé dès le départ, dès le départ il leur a fallut survivre, c'est-à-dire nager tant bien que mal (sans arrêt chercher à faire surface), c'est-à-dire encore se débattre avec la vie et dans la vie. J'ai connu ces êtres plein de roueries et ce sont ceux qui sont en mode survie, c'est à quoi je les reconnais; tandis que les autres avec lesquels il ne m'a pas été donné d'être je les reconnais plutôt à leur pinaillerie (ou pinaillage).

Et c'est Valery Larbaud qui va aimer et décrire les loquets dorés des trains de luxe de ses voyages de par le monde, et c'est Proust dont la vie n'est peut-être pas un long fleuve tranquille mais une longue phrase interminable ou qui n'en termine pas de terminer, et dans son journal décrivant par le menu ses dispositions et les indispositions de sa femme c'est Michelet… La liste pourrait être longue mais ça ferait au bout du compte que très peu de monde dont je n'ai pu qu'apprécier la vie mais la vie vue autrement parce que vécue autrement.

Et ce n'est pas sur le mode survie et voilà un style qu'on dit bien vivant mais qui n'est bien souvent que pinailleries (ou pinaillages) pour celui qui est pris par la vie jusqu'au cou, au bord de la noyade, et qui se débat tant bien que mal avec toute la rouerie dont il est capable qui serait comme l'intelligence mise au service du mal, du mal qui est du mal vivre, et comme j'ai compris Armelle sans pouvoir la comprendre, et comme je l'ai apprécié sans pouvoir la juger,  et comme je l'ai jugé sans pouvoir l'apprécier, Armelle qui se croit bien vivante, Armelle la survivante.

C'est que tous les gens que j'ai pu approcher sont dans le mode survie, et bien qu'ils pensent vivre ne font que survivre, tandis que ces beaux parleurs de la vie et (faut-il bien le reconnaitre) sont les seuls à l'éprouver pleinement (aussi en profondeur, pas qu'en surface) et à nous donner autant et pour autant envie de la vivre à nous à qui il n'est pas donner de la vivre autrement qu'en mode survie, à nous plein de rouerie, à nous qui n'avons pas l'esprit à pinailler.

vendredi 9 octobre 2026

La classe de l'être


Le conatus de Spinoza: "L'essence de l'homme n'est pas autre chose que l'effort par lequel l'homme s'efforce de persévérer dans son être" puis cette stratégie de la nature dont parle Bergson qui concourait de même à la préservation de l'homme en mettant en jeu des dispositifs instinctifs, sociaux et psychologiques contre les dangers de l'intelligence ramènent tous deux l'homme à un être qui tient plus que tout à la vie.

Ils ne prennent donc pas en compte le suicide et plus que le suicide le sacrifice. Et il n'est pas loin de moi de soutenir cette gageure: c'est que l'homme plus qu'à la vie tiendrait à l'homme, que l'être tiendrait à l'être plus qu'à la vie, qu'à l'être pour qui il serait capable de donner son être. Il me souvient avoir appris en ethnologie que chassés de leur tribu les primitifs se laissaient mourir.

Cela ne doit pas étonner l'homme d'aujourd'hui pour qui un seul être vous manque et tout est dépeuplé, ce qui l'amène par conséquent au suicide. De même se laisse plus facilement mourir celui qui a perdu les siens et souvent les couples âgés ne se survivent pas longtemps. Que l'homme tient à la vie on ne semble pas l'avoir oublié mais qu'il tienne à l'autre, cela il semble l'avoir oublié tant tout concourt à le lui faire oublier.

C'est qu'il n'est plus tenu par la nécessité: c'est Armelle qui me disait que certaines femmes se retrouvaient si démunies aujourd'hui qu'elles étaient amenées à chercher un homme par nécessité. Et cela choque. On croyait ces temps révolus. Que celui d'aujourd'hui était celui de la femme indépendante. Mais, plus récemment, une femme sans emploi me laissait entendre que ce n'est pas pour autant qu'elle ferait l'aumône à un homme.

L'on pourra en conclure que s'il n'y a pas toujours une indépendance de fait les esprits eux sont indépendants et libres, que l'être ne tient plus à l'être, du moins ne veut plus tenir à l'être, sinon ne tenir qu'à lui-même. Par conséquent l'homme serait de plus en plus cet être qui tient plus que tout à la vie dont parlait Spinoza puis Bergson, à la vie, et non à l'être.

Puisque, ni par la nécessité, ni par l'esprit, il n'est cet être qui tient à l'être. C'est pourquoi au lieu de regarder du côté de la société il vaudrait mieux regarder du côté de l'être ce qui ne va plus et pourquoi cela ne va plus. Tous ces hommes seuls, toutes ces femmes seules, ne disent-ils pas en cœur: mieux vaut être seul que mal accompagné. C'est que l'être pour l'être ne serait plus de bonne compagnie???

On est à sa télé, à son portable, à son ordi, à son animal de compagnie, à son travail, à ses loisirs, le plus souvent seul parfois accompagné mais il y va des personnes comme des biens en circulation, denrées périssables vite mises au rebut, on les prend et s'en déprend, leur réserve le même traitement qu'à des marchandises consommables et périssables, seules les consommables peuvent intéresser la consommation.

Dans cette marchandisation de l'être on ne peut pas dire que l'être tienne à l'être plus qu'à la vie, c'est que l'être s'est désubstantialisé, qu'il a perdu de sa substance d'être, qu'il est moins être et plus marchandise consommable ou avariée. Jamais il n'y aurait eu autant mépris de l'être. Et ce n'est plus un mépris de classe sinon que l'être a changé de classe: il n'appartient plus à la classe de l'être.

jeudi 8 octobre 2026

Un ange déchu


Nous sommes au chevet de ce malade la société, en faisons sans cesse le diagnostic, y dispensons nos attentions aussi que nos remèdes, et nous nous étonnons que son cas ne fasse qu'empirer sans jamais nous dire qu'au lieu de considérer cette entité abstraite construite de toutes pièces par nos idéologues autant que par nos sociologues mais qui se disputeraient à trouver une définition qui leur convienne à tous, car tous ils s'en font une idée différente comme on se faisait une idée différente de Dieu, ce qui engendrait autant de disputes et de discordes qu'aujourd'hui.

Quand seul existe l'homme, qui, qu'on le veuille ou non, est bien réel, l'homme, la pierre d'achoppement de l'humanité, d'une humanité qui voudrait se faire sans lui, mais comment pourrait-il y avoir une fourmilière sans fourmis? Sans compter que les hommes ne font pas société comme les fourmis font fourmilière, en ce sens l'intelligence est moins sûr que l'instinct. Et si l'homme qui veut faire l'ange fait la bête, l'homme qui veut faire la bête fait bien l'ange, mais un ange déchu.

Aussi les forces démoniaques de l'homme gagnent l'homme qui veut faire la bête, malade de tant de culture, de progrès, de civilisation; retour au corps, à l'inconscient, aux superstitions, aux forces obscures de l'être qui a cessé de croire à tout ce qui l'éclaire, aux lumières, à la raison. Et c'est pour l'emploi qu'on en fait et c'est parce que tout ce qui sert la société le dessert qu'il a aussi perdu la foi, la connaissance et la reconnaissance. Il concourt à se perdre parce qu'il est perdu, ce qui veut dire délaissé par une société qui n'a cure que d'elle-même.

Il se sait livré à lui-même et il l'est en effet à ses démons, car c'est eux que toute la société flatte, la société flatte la bête, non pas l'homme civilisé, non pas l'homme cultivé, non pas l'homme moral, non pas l'honnête citoyen d'Athènes ou de Rome, non plus que l'honnête homme relégué à un autre siècle ou la personne humaine et sa conscience (parce qu'elle ne peut être humaine sans conscience) comptait encore pour les hommes d'église mais aussi pour les humanistes.

Le voilà enfin libre mais il court dans tous les sens sans savoir où donner de la tête et se cogne à tous les murs parce que la société ne cesse pas pour autant de lever des murs et sur lui de resserrer son étau, bientôt par elle il sera broyé, mais cet inconscient donne aussi de la tête dans le vide comme la bête à cornes qui voudrait tuer le toréador qu'on dirait s'amuse avec lui, qu'on dirait le donne en spectacle qui est le spectacle de sa furie, de celui qui ne sait plus ce qu'il fait et pourquoi il le fait, dont la vie n'a pas plus de sens que celle de la bête qu'on mène à l'abattoir.

Mais j'aime cet homme, qui aime encore cet homme, que reste t-il encore en lui à aimer, n'est-il déjà pas trop tard pour l'aimer, quand il ne reste plus que sa rage, que son désespoir, à aimer. Mais on lui préfère déjà la société, lui-même préfère déjà la société à laquelle il s'est rendu comme les vaches se rendent à l'étable. C'est qu'il faut espérer qu'il n'y ait pas que des vaches, des êtres vaches dans le troupeau mais aussi des toros, plus nobles, plus beaux.

mercredi 7 octobre 2026

L'amour, un leg universel


Je vais te dire comme je me dis à moi même parce que j'en ai besoin comme tu en as besoin quel est le leg de tes morts. Et c'est pour commencer la première raison que je vois que d'avoir après eux moins peur de la mort et plus de courage à vivre. Quant à leur amour ce n'est pas qu'il soit perdu à jamais mais plutôt qu'il ne peut plus se perdre comme tout ce qui d'eux t'a été donné et comme tout ce qui d'eux t'a été donné il te faudra le donner à ton tour.

J'aime ce mot de passeur, que nous ne serions que des passeurs, aussi que ce qui nous a été passé nous devrions le passer non pas pour que tout reste de nous mais parce que rien n'est de nous qui ne sommes que des passeurs, et le testament est bien réducteur si nous en restions au testament comme si nous gardions d'eux, nos morts, seulement leur testament qui répond seulement à leurs dernières volontés quand nous ne voudrions pas que l'on garde de nous seulement nos dernières volontés.

C'est leur amour qui doit nous rendre plus fort et c'est en cela qu'il ne sera pas mort. Qui après peut accepter d'être traité sans amour. C'est être indigne de l'amour reçu que de s'abaisser à un moindre amour. Aussi chaque être humain qui a été aimé ne peut déchoir à un amour si bas qu'il ne mériterait pas qu'on l'appelle de la même manière, recevoir le même nom, et ce n'est pas orgueil mais leg des morts qui nous ont aimé.

Qui dit qu'il n'a plus le cœur à aimer s'il est comme par l'amour habité (qui est celui de l'être qui l'a aimé) quand d'autres diraient qu'ils sont hantés par leurs morts et c'est vrai qu'on n'est plus tout à fait seul, qu'on ne sera plus jamais tout à fait seul, mais accompagné de cette présence qui n'est plus présent non plus qu'elle n'est passé ni futur, qui a cessé d'exister dans le temps pour exister en nous.

On ne peut jamais rendre que l'amour que l'on a reçu; il n'est pas à nous, rien n'est à nous, qui ne sommes que des passeurs, l'amour ne s'enterre pas, pas plus en nous quand n'importe qui qui voudrait le garder pour lui, qui mourrait avec lui en même temps que son corps qu'il croyait seul à pouvoir dispenser l'amour, erreur mortelle qui fera que son amour ne connaitra pas de passeurs, s'arrêtant à lui, pourrissant avec lui.

Quand l'amour véritable est ce leg universel que tout le monde peut recevoir de tout le monde et que j'ai reçu de Sylvie, nos morts ne sont pas partis avec, nous ne devons pas partir non plus avec, il faut le passer, le testament répond seulement à nos dernières volontés qu'on dit être la volonté du mort tandis que ce leg universel qu'est l'amour doit être le fait du vivant de son vivant.

mardi 6 octobre 2026

L'amour, une aventure humaine


Il n'est qu'une aventure qu'il nous est donné à tous de vivre et c'est une aventure humaine et cette aventure humaine c'est l'amour. Nous pouvons nous y sentir petit, mais il faut y être grand; enfin, y donner toute notre mesure, et qui n'a rien contre le sexe dirait que si le sexe est seul à en donner la mesure on ne peut pas dire que c'est la mesure de l'homme sinon de l'animal jouisseur et reproducteur.

On pourrait cependant s'arrêter là à moindre frais et beaucoup s'arrêtent là à moindre frais, et ce serait peut-être rester à ce stade esthétique dont parlait le philosophe danois Kierkegaard dans son journal d'un séducteur, l'autre stade éthique répondrait à l'ancienne génération dont mon ami reprit l'expression: "quand on touche on se marie". Cet engagement étant alors l'engagement d'une vie.

L'amour n'en reste pas moins pour beaucoup la seule aventure humaine qu'il leur est donné de vivre. Elle l'est en cela qu'elle les sort de leur ordinaire quand le mariage bourgeois n'a finalement résulté être qu'une retombée dans l'ordinaire dont seul les amours impossibles par cette impossibilité même de leur réalisation ont pu échappés et sont par là même devenus légendaires.

Ils sont des modèles comme peuvent l'être pour les religieux les mystiques, les mystiques qui s'élèvent au-dessus de toute religion statique dirait cette fois-ci un autre philosophe, Bergson, dans Les deux sources de la morale et de la religion, qui a une religion statique oppose une religion dynamique.

Et l'on pourrait dire avec Bergson qu'il ne s'agit pas d'une différence quantitative: plus ou moins d'amour, mais qualitative; qu'il s'agirait d'un amour d'une autre nature et qui est celui auquel se sentent aspirés, voire élevés, les jeunes amoureux, quand dans l'extase amoureuse comme dans l'extase mystique on pourrait ne voir que pure folie.

Quand ceux qui demeuraient dans cet état par cet état seraient définitivement appelés à sortir de leur finitude pour toucher à l'infini et à l'éternel qui serait l'infini de leur amour et l'éternel de leur amour, et sortiraient définitivement du commun des mortels qui ne leur pardonneraient pas de leur vivant quitte à les canoniser et les immortaliser une fois mort. 

Mais il faut dire que la plupart d'entre nous ne voudrions pas perdre la tête, et pourtant de l'avoir perdu nous sentirions étrangement libres et non tenus par tous ce qui jusque-là nous tenaient. La société (et souvent celle de nos proches) ne serait en effet pas étrangère à nous faire considérer que cet amour serait dangereux pour nous, et il l'est en effet mais pour la société car c'est d'elle qu'il nous libère.

D'où l'expression: "vivre d'amour et d'eau fraîche (à quoi on rajoute) ne paie pas les factures". C'est qu'on ne sait pas où l'on s'aventure, et c'est en quoi il s'agit là d'une véritable aventure, qui se tient au-dessus de la raison comme au-dessus de la morale, en tout cas de la raison et de la morale d'une société toujours trop statique, trop conservatrice, quand on pourrait parler de l'élan amoureux comme d'un élan vital.

Mais ce serait encore se méprendre sur cet élan vital si nous le résumions à nous, car cet élan vital serait plutôt un saut au-delà de notre propre vie, et c'est en quoi l'amour serait aspiration au sacrifice, et dans ce sacrifice il faudrait voir le sens de sa vie et notre bonheur qui serait le bonheur de se donner. Que cette aventure emporte l'humain au-delà de l'humain, non, mais au-delà de lui-même, oui.


CITATION

Ici j'ai choisi de citer une autre aventure humaine, celle de la guerre, dans Terre des hommes de Saint Exupéry: "Mais un camarade s'engagea, puis un second, puis un troisième, et tu subis avec surprise une étrange transformation: tes occupations, peu à peu t'apparurent futiles. Tes plaisirs, tes soucis, ton petit confort, tout cela était d'un autre âge. Là ne résidait point l'important." On ne pourrait mieux décrire l'état amoureux.

lundi 5 octobre 2026

Amour et pouvoir


On dit aussi bien Dieu est amour que Dieu est toute puissance, pourtant on est loin de penser à un homme de pouvoir comme à un être d'amour, et si en voulant le pouvoir c'est l'amour qu'il avait voulu, tout l'amour, la toute puissance serait tout l'amour. Je pense maintenant à un enfant qui reçoit l'amour de sa mère: en recevant l'amour de sa mère l'enfant reçoit tout l'amour parce qu'il n'en considère encore pas d'autre.

Mais quand il en considèrera d'autre il le voudra aussi parce que c'est tout l'amour qu'il a reçu et ainsi tout l'amour qu'il voudra toujours recevoir, ad aeternam, les croyants ne demandant à leur tour qu'à être toujours aimé, exigeant ce même amour absolu qu'ils vouent à Dieu de Dieu et ceci à plus forte raison s'ils ne peuvent pas le recevoir ici et maintenant de tous qui serait comme étendre le royaume de Dieu sur la terre.

Il ne faut pas s'étonner alors qu'ils aient recherché à le faire: si l'empire de la religion n'est autre que l'empire de Dieu et l'empire de Dieu l'empire de l'amour parce qu'il n'y aurait pas grande différence entre l'être d'amour et l'être de pouvoir tout deux voulant étendre leur empire sur tous, c'est-à-dire être aimé de tous, de gré ou de force.

Si je dis que nos politiques ne valent pas mieux je dis aussi que nos politiques ne valent pas moins, qu'ils sont eux aussi amour comme Dieu est amour, et que c'est un absolu, et que c'est d'une exigence absolue, le reste n'est que démagogie, c'est-à-dire ne demande qu'à conduire le peuple à l'aimer, et ici tous les moyens sont bons qui justifient le but.

L'être d'amour est l'être qui demande a être aimé et l'être politique ou de pouvoir celui qui demande le plus a être aimé le plus et il l'est par le plus grand nombre sur lequel il établit son pouvoir, pouvoir qui ne demande qu'à être aimé, qui n'est que demande a être aimé. Résultat toujours défavorable en vue de cette quête d'amour qui est toujours quête d'absolu. 

Odile m'a dit qu'elle avait perdu sa mère quand elle n'avait que seize ans et Kamel que c'était dans un bus qu'il était né mais qu'on avait reconnu sa naissance qu'à un hôpital de la ville. C'était à cette randonnée pour célibataires, ces êtres d'amour privé d'amour, ces mal aimés qui voudraient être bien aimés, à qui sans doute comme à moi il avait manqué l'amour d'une mère.

dimanche 4 octobre 2026

En qualité d'homme


Il y aura toujours trop peu de policiers là où les gens se portent mal et trop là où ils se portent bien, comme il y aura trop peu de sécurité sociale là où les gens sont malades et trop là où les gens sont bien portants. Aussi on devrait cesser de penser en terme de quantité car pensent autant en terme de quantité ceux qui demandent plus de policiers que ceux qui demandent moins de policiers et ceux qui demandent plus de sécurité sociale autant que ceux qui demandent moins de sécurité sociale.

Aussi les uns comme les autres ne feront que participer à l'aggravation des problèmes d'une société qu'on pourrait dire alors de plus en plus malade sur le plan moral comme sur le plan physique. On est loin d'un esprit sain dans un corps sain. Aussi l'on ne luttera pas non plus contre la corruption dans la fonction publique en ajoutant des fonctionnaires qui viendront plutôt en augmenter le nombre en prenant le pli qui s'il est bon sera le bon pli mais s'il est mauvais sera le mauvais pli.

Toutes ces lapalissades ne semblent pourtant pas retenir l'attention d'une société qui a pris le parti délibéré de la quantité sur la qualité, la quantité l'emportant toujours sur la qualité, s'y soumettant comme on se soumet au vote majoritaire dans une démocratie. On pourrait parler de la trahison des élites si tout le monde ne participait pas à cette débandade générale étant au niveau où il se trouve au-dessous du niveau qu'exigerait une société pour faire société.

Il ne faut pas non plus désespérer sur le genre humain sinon se demander s'il n'est pas fait barrage à ces meilleures volontés ou représentants comme à ses meilleures intelligences et plutôt que de s'extasier ou d'apostasier l'intelligence artificielle, l'IA, le nouveau dieu qui sauverait l'humanité ou en précipiterait la fin, recourir à une intelligence plus humaine quand tout laisse à penser qu'elle ait cessé de plus en plus de l'être humaine et ceci bien avant qu'apparaisse l'intelligence artificielle, au point que seules ses erreurs étaient humaines.

Comment aussi peut-on penser parce que cela on peut le lire dans les journaux et non des moindres, dans Le Monde diplomatique, que, comme plus d'hommes (en l'occurrence des fonctionnaires) arrangeront les choses, plus de lois arrangeront aussi les choses. Quand ne serait-ce pas plutôt de meilleurs hommes, de meilleures lois; et qui dit que ces meilleurs hommes et ces meilleures lois n'existent pas déjà sinon qu'on croit pouvoir s'en passer quand sans eux et sans elles il ne peut y avoir de meilleure société.

De même comment ne pas ranger au nombre des conservateurs ceux qui mènent des combats d'arrière garde, pour ne pas perdre des acquis devenus privilèges ou qui n'ont plus lieu d'être sinon de contribuer au dépérissement de cette même société au florissement de laquelle ils avaient pourtant contribué; quand mieux vaut se battre pour gagner de nouveaux acquis au nom d'une nouvelle société plutôt qu'au nom d'une société vieillissante et vieillissant mal parce qu'en prenant de l'âge elle se serait viciée et aurait perdu le noble et généreux élan de sa jeunesse.

C'est que tout est à chaque fois à refaire, n'en déplaise aux anciens et comme ils se sont bien battus il faudra à d'autres bien se battre; que change la nature des combats qu'ils se consolent: pire serait que change la nature des hommes au point que non seulement ils ne puissent les égaler mais encore les prendre comme modèle. Car là aussi c'est la qualité qui plus que la quantité devrait être sujet de préoccupations. Que l'on puisse toujours parler en qualité d'homme et non en quantité d'hommes comme Ortega y Gasset (le grand philosophe espagnol) dans l'homme masse (qui est celui qui fait quantité et non qualité).


CITATION

Dans Le Monde diplomatique à l'article Réenchanter l'Etat on peut lire:

Pour le moins quantitatif: "Attal propose la suppression de cent mille postes de fonctionnaire et le Rassemblement national (RN) l'instauration d'une "règle d'or" budgétaire.

Pour le plus quantitatif:  "Insoumis, écologistes et communistes voudraient prendre le relais de collectifs, d'associations d'usagers ou de syndicats en proposant l'augmentation du nombre de fonctionnaires, le développement des services de proximité, la création de pôles publics dans différents secteurs(transports, banque, etc.), une sécurité sociale intégrale…"

vendredi 2 octobre 2026

Le moi aimant


Contre tous les ennemis du moi je dirais que le premier être à aimer devrait être nous même et que c'est à nous même que l'on devrait réserver le meilleur de nous même, quand il n'en va pas ainsi cependant. Et seul qui n'a pas aimer peut l'ignorer. Car c'est vers l'autre que notre amour est tourné et à l'autre que nous réservons le meilleur de nous-même.

Et si nous ne sommes pas à la hauteur de l'amour qu'à l'autre nous portons c'est que nous aurions dû nous aimer tout autant au préalable, ce qui serait se hausser au préalable à la hauteur de notre amour quand l'autre toujours nous porte plus haut que là où nous nous trouvons être. Aussi il m'étonne d'entendre encore dire de quelqu'un qu'il ne s'aime pas puisqu'il me semble évident que personne ne peut s'aimer autant qu'il peut aimer.

Du reste l'amour que nous nous portons est insuffisant puisque nous désirons être aimer, c'est-à-dire que l'amour de l'autre vienne s'ajouter à celui que nous pouvons nous porter. Nous sommes aussi plus altruiste qu'égoïste par nature puisque notre amour n'est pas tourné vers nous mais vers l'autre. Il n'est pas inutile de le répéter à tous ceux qui continueront à considérer le moi comme égoïste et égocentrique.

Et c'est tous ceux qui pensent avec Blaise Pascal que le moi est haïssable et qui se tournant vers Dieu se détournent de l'humain; s'en détournent également ceux qui ont mis la société à la place de Dieu et lui vouent un culte comme à une divinité qui également serait partout et nulle part. Quand de quoi peut souffrir le moi sinon de ne pas être là où est l'autre qu'il aime.

C'est l'autre, c'est l'étranger, et nous sommes prêt à lui donner jusqu'à notre vie pourvu que nous l'aimions. C'est qu'il donne à notre vie un sens qui est le sens du sacrifice, c'est par lui qu'à l'autre nous sommes appelés quand jamais nous ne vivons avec une telle intensité que quand nous sentons cet appel. Jamais dans notre existence nous n'atteignons un tel climax ou niveau de dramaticité comme d'amativité.

Jamais nous ne nous sentons autant exister que quand nous existons pour l'autre (et non pas pour nous). A la lumière de cela il faudrait réviser notre position sur la nature humaine et se demander si ce prétendu égoïsme et égocentrisme qu'on prête à l'homme ce n'est pas plutôt la société qui lui prête comme elle lui prête ses intérêts de sorte qu'il prenne les intérêts de la société pour les siens. 

Et, pire encore, serait attendre d'elle qu'elle donne un sens à sa vie quand on sait combien elle en diverge par le sens. Il n'y a pas pire ennemi du moi que les dévots de la société et c'est en quoi l'on peut encore parler de puritanisme et de moralisme. On sait par ailleurs qu'il n'y a de vrai religion qui ne soit amour et qu'il n'y a pas d'amour qui ne soit sacrifice. Mais pour que le moi se donne il faut encore l'aimer.


CITATION

Les Propos d'Alain: "Et, comme c'est être fidèle à soi que de regarder en soi cet homme qui veut être un homme, c'est fidélité aussi aux autres que les connaître hommes… L'homme a grand besoin de l'homme."

samedi 26 septembre 2026

L'être social


Si je suis un homme je suis tous les hommes, si je suis une femme je suis toutes les femmes, si je suis un noir je suis tous les noirs, si je suis un blanc je suis tous les blancs, par ce simple mécanisme de généralisation qui fait aller du particulier au général dont bien sûr tout le monde se défend mais plutôt mal que bien, encouragé comme il l'est par les médias à se faire une idée qu'il donnera comme sa propre idée des choses et des êtres.

Il m'étonne que cet aspect de la socialisation qui est un effet de la généralisation passe inaperçu quand on sait comment chacun est perçu et ce sera souvent par tout ce qui ne tient pas tant à sa personne qu'à ce qu'il représente aux yeux de qui ignorerait qui il est vraiment. La socialisation des êtres tiendrait tout entière à cette fiction ou méconnaissance de l'être dans sa particularité ou singularité.

Il n'y aurait d'être social que pluriel et fictionnel, fondement des préjugés par là même inévitables d'une société qui en outre en médiatiserait l'image ajoutant à cette superficialité celle de l'image qui ne pourrait se passer de commentaires attenant à l'image qu'on prendrait alors comme la réalité, rien ne serait plus faux qui ne passerait pour plus vrai.

Qui par le jugement différerait de l'opinion générale comme il arrive souvent et inévitablement quand on a de la chose ou de la personne  connaissance plus directe et plus personnelle ne serait pas entendu mais conspué comme pouvait l'être tout hérétique puisque son jugement personnel passerait pour rien d'autre qu'une hérésie.

La société a par conséquent dans ses composantes des constantes ou invariables qui la rendent tout aussi méprisable hier qu'aujourd'hui, ce qui n'empêche pas les sociologues de concourir à son édification et pourquoi pas à sa sacralisation. Elle est comme ce ciment qui voudrait faire tenir tout l'édifice en le figeant définitivement quand on sait que l'être vivant appartient par nature au mouvant.

C'est pourquoi elle sera aussi la société et par nature toujours branlante et de partout se fissurant. Elle aura alors ses spécialistes du colmatage, réformistes de tout poil et grands conservateurs s'il en est devant l'éternel. Tout le monde sait cependant qu'elle finira par s'écrouler. Les plus grands soins sont apportés à sa façade et c'est ce qu'on appelle l'hypocrisie sociale largement partagée par tous.

Les maux inhérents à sa nature passent pour des faits divers qui émaillent le quotidien de ceux qui vivent en son sein comme on vit au sein de la nature quand c'est une nature contrefaite et inhumaine qui ne tient pas de l'homme mais de la société qui a pris le pas sur l'homme, nier sa réalité et créer sa fiction: l'être social.

CITATION

Les Propos d'Alain: " il est formé, tout au contraire, à dire ce que tout le monde dit. L'erreur de Socrate, si l'on ose ainsi parler, était d'inviter chaque homme à combattre de sa vraie pensée."