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lundi 20 juillet 2026

Faire acte de présence


Il ne suffirait pas d'être présent au monde mais encore faudrait-il acter de cette présence au monde. Cela pouvait paraitre évident aux autres mais ce ne l'était pas pour moi, que notre seule présence ne suffirait pas à marquer notre présence, qu'elle ne serait que présence à soi mais pas encore présence au monde.

Pourtant il y a bien longtemps et il ne m'en souvient que maintenant que celle qui allait devenir pour un temps ma belle mère et c'était dans la lointaine Espagne et nous n'étions que fiancés, sa fille et moi, fiancés non encore officiellement, que nous ne devrions pas nous cacher mais nous montrer aux gens de sorte que notre amour ne soit pas un amour honteux, c'est-à-dire laisse penser que nous ferions quelque chose de mal.

Bien plus récemment, après le Covid et son confinement, j'eus le sentiment de cette présence au monde qu'il fallait acter et c'était alors que je me trouvais sur le pont de Joinville et que j'y voyais d'autres gens comme que j'étais vu d'autres gens, me rendant compte de leur existence autant que je rendais ainsi compte de mon existence par le simple fait de ma présence sur ce pont.

Et c'était un sentiment heureux comme de renouer avec l'existence, mais avec quelle existence? Et c'était avec celle qui me fait sortir de chez moi: mon existence au monde, tandis que chez moi je n'existe que pour moi et ma présence n'est que présence à soi, qui est une présence qui est aussi une absence au monde, et qui peut nous faire défaut, voire que l'on peut ressentir cruellement.

Si ma présence me suffit, et ce n'est pas vrai qu'elle me suffit, en aucun cas elle ne suffit pour être présence au monde, il faudrait encore que je fasse présence au monde ce qui est acter de ma présence. Et l'on pourrait m'en vouloir comme de m'avoir cru important quand je ne saisissais pas la nuance ni ne sentais la nécessité où tout homme se trouve d'avoir à faire acte de présence.

vendredi 17 juillet 2026

Quelqu'un de compliqué


Nous ne sommes pas entendu comme nous nous entendons ni vu comme nous nous voyons et quand nous parlons de nous nous nous rendons bien compte qu'ils ont pour ce nous qu'un intérêt vague et distrait et qu'aussitôt ils en viennent à parler de cet autre nous que nous sommes pour eux ou qu'ils aimeraient que nous soyons pour eux.

C'est à lui qu'ils s'adressent quand ils s'adressent à nous et si nous n'avons pas bien en nous cet gymnastique de l'esprit qui nous fait incessamment passer non pas de nous à eux mais de ce nous à cet autre nous nous ne saurions les suivre et leur répondre convenablement car ce à quoi nous devons répondre effectivement est à cette idée qu'ils se font de nous.

Si nous ne sommes pas imposteur par nature nous devons l'être par métier, faire effort pour l'être, alors seulement on pourra dire de nous que nous sommes des êtres sociaux parce que nous répondons à leur demande qui est demande d'identité entre ce qu'ils pensent de nous et ce que nous sommes. La société des autres c'est la norme, la conformité de ce que l'on est avec ce que les autres pensent que l'on est.

Rien de plus gênant ou embarrassant que cet être difficile à saisir car c'est bien cela que l'on veut: le saisir. On dira alors de lui que c'est quelqu'un de compliqué. On parle du mystère de l'homme et encore davantage du mystère de la femme mais l'on aime pas "que l'on fasse des mystères" et l'on se réfère plutôt à l'éternelle féminin ce qui dissiperait tout mystère de la femme dont on préfèrerait se faire une idée.

De là ces conversations creuses qui croient aller à l'autre quand c'est à l'autre nous qu'elles vont toutes et qui ne nous affectent guère ou que très peu car nous n'avons été que très peu ou guère concerné, car nous n'avons jamais été saisi. Quand bien même toutes nos manifestations extérieures auraient été captées l'on voit bien que l'être intérieur échappe.

Nous sommes reçu du dehors et rarement l'on va au dedans: c'est que quand nous vivons du dedans au dehors c'est le chemin inverse qu'il faut prendre pour nous saisir quand ce ne sont au mieux que des aperçus d'être qu'on aura de nous, mais cet autre nous fait tout d'extériorités est celui qui plait et en quoi nous pouvons plaire si nous nous arrêtons à lui et beaucoup s'arrêtent à lui et sont ainsi d'un commerce agréable.

lundi 13 juillet 2026

Les signes de reconnaissance


Je n'avais pas compris les tatouages de mon frère, aussi que mon père voulu lui faire enlever. Cela s'est passé il y a plus vingt ans. Quand ce matin apparait en première page de mon ordinateur un visage tout tatoué et écrit dessous: "Ne trouve plus de travail". Mon père c'était donc la société. Mais mon frère n'était pas le rebelle qu'il était aux yeux de mon père et de la société sinon celui qui cherchait un signe d'appartenance plus fort à cette société.

Prenons que cette société soit ladite société civilisée et celle des tatouages la primitive en cela que l'on pourrait dire la plus ancienne et l'on parle aujourd'hui des peuples premiers. J'avoue regarder avec curiosité (la même que j'ai à regarder les tatouages) un temps que je n'ai pas connu où l'ouvrier portait la casquette et le bleu de travail tandis que lors de mon mariage il me fallut porter le costume en queue de pie et le haut de forme que des nostalgiques d'un temps révolu m'avaient obligé a porter.

Mais il n'y a plus une telle distinction dans l'habillement et l'on pourrait généraliser sans risque de trop se tromper en disant qu'il n'y a plus de signes d'appartenance du moins subtil (et ce sont les tatouages subtils qui me semblent distingués). On ressort aussi les drapeaux quand il n'y a plus que les drapeaux pour dire qu'on est français, quand on ne sait plus l'exprimer autrement "dans la langue de chez nous" ou "dans la langue de Molière". Aussi le nazis ont recouru à la croix gammée, un signe ostentatoire emprunté à des temps primitifs.

Il n'est pas étonnant qu'alors que tous les signes ostentatoires d'appartenance se sont plus ou moins effacés ou rendus plus subtils -- j'ai un ami pour qui le niveau de langue ne trompe jamais, et que seul peut déceler un examinateur chargé de décider de votre avenir en vous employant ou pas -- les tatouages trop abondants et trop manifestes puissent choquer et vous fermez les portes de la société. Le paradoxe et j'en reviens à mon frère et c'est que plus que moi il cherchait a appartenir à cette société comme a être reconnu par son père, ce qui sans doute revient au même, sauf qu'il n'arborait pas les bons signes de reconnaissance.

dimanche 12 juillet 2026

L'auto et mutuelle connaissance


Pourquoi il m'a toujours semblé que la perception que les autres avaient de moi (si elle n'était pas sujet à préjugés) pouvait être plus juste que la connaissance que j'avais de moi? Cette dernière ne pouvant en aucun cas être objective: car je n'étais pas l'objet de ma connaissance mais le sujet lui-même, sujet et parti.

Par contre pour les autres j'étais bien un objet de connaissance c'est-à-dire quelqu'un dont ils pouvaient se faire une idée objective (s'il n'y investissait pas leur propre subjectivité faite de préjugés); ils pouvaient donc par là-même se faire une idée de moi plus parfaite que moi-même, car l'idée n'est pas l'objet mais disons les lois qui le régissent.

Et c'est ce que j'ai pu souvent constater: qu'ils savaient mieux que moi-même (souvent perdu dans les circonstances de mon vécu qui est celui du sujet ou de l'existant) ce qui me régissait, ce par quoi j'étais tenu; que l'idée qu'ils avaient de moi-même en disait plus long sur moi et portait ainsi cet objet (moi-même) à ma connaissance.

A ma connaissance inexacte qu'ils avaient parfaite n'en étant pas eux-mêmes l'objet (l'objet sujet) et pouvant en déterminer les lois qui la régissaient. C'est pourquoi quand ils avaient quelque chose à porter à mon attention je m'empressais d'y subvenir (c'est à dire de me corriger) tant je pensais que cela subvenait à mon être, c'est-à-dire dans ce qui le déterminait et déterminerait sa croissance ou épanouissement.

Je crois en cela beaucoup leur devoir et que plus qu'attention à soi, plus que le "connais toi toi-même" de Socrate, notre attention aux autres peut être attention à nous mêmes, et ainsi nous préserver de nous mêmes comme des autres, par une connaissance mutuelle; mais comment alors ne pas en être affecté? mais si l'affection qui nous tient aux autres est bonne pourquoi la connaissance ne serait pas bonne (pour le moins recevable)?

vendredi 10 juillet 2026

Le mien moi et le moi de l'autre et vis versa


Le moi que je vois est celui qui est devant moi ou mes yeux, celui qui est derrière moi, dans mon dos, est souvent celui que me renvoient les autres moi qui au lieu d'être ce miroir devant moi que je serais, seraient ce miroir derrière moi qui me renvoie l'image de moi qui serait comme l'image de mon dos. D'où l'expression parler dans le dos de quelqu'un me parait la plus appropriée à ceux qui voient mon dos ou en sont le miroir (et ne peuvent ainsi parler de moi autrement).

On ne peut pas tout se voir et ils m'ôteraient cette part que je ne pourrais qu'imaginer de moi-même et conforme à ce que j'en vois quand ce qu'ils me disent est que ce qu'ils voient de moi n'est en rien comparable à ce que je vois de moi, bien plutôt son envers ou comme le revers de la médaille que chacun serait pour chacun; et je suis surpris par eux comme je le serais d'un miroir qui m'aurait vu là où je ne me vois pas.

En vérité il n'y a aucun miroir où je me plaise ni ne me complaise car il n'y a aucun miroir qui ne soit le reflet de ma pensée et ce n'est que par elle que je me connais et connais les autres et comme leur surface visible ne m'intéresse pas plus que la mienne je dirais que ceux que je peux voir c'est dans le noir que je peux les voir, ou que quand je pense à eux je n'ai pas besoin de les voir.

Quand la plupart quand ils cessent de se voir cessent de se voir il me semble les voir davantage dans le noir comme de les entendre davantage dans le silence. Sans doute ai-je été habitué à si peu de présence et je m'en défie tant car souvent elle m'aurait trompé qu'il me semble mieux les trouver quand je ne vois ni leur dos ni leur face.

Aussi je n'en appelle pas toujours à plus de présence car plus de présence ne serait pas synonyme pour moi de plus de présence et j'aimerais plus ce qui fait présence en moi que ce qui est présence sans l'être en moi et s'ils le sont tous, je sais, hors de moi, je garde cependant quelques uns en moi qui est là où je les vois mieux et il me semble dans leur entier.

mardi 30 juin 2026

Le vieux comédien


Il y a quelque chose de bien que disait le menteur, c'est qu'il ne ment pas. Trouvez moi un prisonnier qui ne dise pas qu'il est innocent et je vous dirais que je dis tout ce que je pense avec cette même innocence, mais ne me faites pas dire ce que je ne pense pas; comme le menteur je craindrais que l'on me fasse dire mes mensonges ou comme le prisonnier que l'on me fasse avouer ma culpabilité.

C'est que je ne crois pas en l'innocence, c'est que je ne crois pas en la vérité, en la mienne d'innocence, en la mienne de vérité, pas plus qu'en celle de n'importe qui; plutôt nous sommes tous des comédiens plus ou moins heureux ou malheureux dans le rôle qu'ils tiennent avec aussi plus ou moins de bonheur ou de malheur. Et la confiance est une question de foi, c'est à dire d'aveuglement sur soi.

J'ai dit que nous sommes des comédiens mais nous ne savons pas que nous jouons ou plutôt ne le voyons pas par cet aveuglement sur nous même qu'on peut appeler confiance et aussi esprit de sérieux; aussi parce que dès tout petit il nous a fallu apprendre à nous jouer des autres comme à jouer avec les autres qui nous récompensent de notre jeu à la hauteur de nos facultés à jouer et pourvu que nous y croyons et les y faisons croire.

Et ils ne seraient pas dupes si nous n'étions pas dupes nous mêmes et j'avoue en cela être un piètre comédien et que le jeu de l'innocence et de la vérité qui est le jeu que beaucoup se plaisent à jouer commence sérieusement à m'agacer. Voilà que je sens trop le comédien et son air d'innocent et ses airs de vérité. C'est vrai que je n'y ai jamais eu beaucoup d'aisance mais oui beaucoup de complaisance.

Si nous n'étions pas comédiens comment pourrions nous encore nous regarder dans la glace mais comme nous sommes comédiens nous nous plaisons à nous y voir comme à croire que c'est nous que nous aimons y voir quand c'est le comédien qui souvent s'y essaye surtout quand il a à recevoir des invités de marque qui sont autant de comédiens de choix.

Nous n'avons en effet qu'un désir, qu'un mot, plaire; et pour cela il faut d'abord que l'on se plaise et l'on ne se plait que si répétant devant sa glace on voit le comédien jouer et qu'on trouve qu'il joue bien, sinon l'on dira que non, que l'on est pas bien, et l'on ne voudra pas que l'on nous voit, non, pas comme ça; et c'est qu'il nous manquera aussi l'envie et la force de jouer. Comme je connais bien ce comédien fatigué de jouer. 

mercredi 24 juin 2026

La guerre des moi


Qui est venu au monde n'a jamais connu que la guerre des moi, des petits moi mais aussi des grands moi, les grands moi seraient ledit peuple, ladite société, le dit Etat et autres entités qui nient aux petits moi l'existence, seulement, ces grands moi ont leurs représentants qui sont des petits moi.

Les petits moi pour commencer ne devraient pas dire moi, ce ne serait pas bien de dire moi, et l'on prêche aux petits moi l'altruisme, l'altruiste serait celui qui ne dit pas moi et ne pense pas moi mais dit l'autre et pense l'autre et l'autre ce  serait le peuple, l'Etat, la société, les grands moi où devraient se confondre comme dans le grand tout tous les petits moi.

Cela serait bon et bien et juste et altruiste si les grands moi avaient une existence réelle, autant dire si Dieu existait, quand ce ne sont qu'autant d'entités abstraites qui n'ayant pas d'existence réelle ont cependant leurs représentants sur terre qui sont autant de petits moi qui ne sont ni bons ni biens ni justes ni altruistes.

Et quand la guerre des moi que se livrent les petits moi se limitent à tuer le moi de l'autre, de l'autre petit moi; les petits moi qui sont à la tête des grands moi eux s'en prennent et tuent d'un coup tous les petits moi sans considération de leur petit moi mais en considération des grands moi dont ils se disent être les garants.

Et je dis moi que ce sont les plus fourbes des petits moi qui sous couverture des grands moi tuent tous les petits moi excepté leur petit moi qui lui veut être grand parce que là est la raison de la guerre des moi: tous les petits moi veulent être grands et reconnus par tous les petits moi comme des grands moi.

Ce qui justifie le massacre du moi où ne périssent que les petits moi, c'est que le petit moi est exécrable tandis que le grand moi seul serait légitime et altruiste et bon et bien et juste et nécessaire tandis que le petit moi lui serait illégitime et égoïste et mauvais et injuste et accessoire pour ne pas dire inutile et futile.

Tous les petits moi devraient se rendre aux grands moi qui auraient seul droit d'existence quand ceux là même, nous l'avons vu, n'auraient pas d'existence réelle s'ils n'étaient pas représentés par des petits moi qui comme tous les petits moi veulent devenir grands, mais qui à la différence de tous les autres petits moi le seraient eux devenus grands mais sous couvert des grands moi dissimuleraient leurs petits moi.

Aussi et parce que le moi est haïssable (il s'agit bien entendu du ou des petits moi) la volonté des grands moi (leurs représentants) de tuer tous les petits moi qui ne sont pas eux au nom du ou des grands moi qui seuls auraient droit d'existence, eux qui n'existent pas réellement sans quoi on s'en prendrait à eux qui ne pourraient être alors que les petits moi contre lesquels les grands moi sont en guerre.


vendredi 12 juin 2026

A hauteur d'homme


Quand je vais être cet homme que je voyais en bas de la fenêtre où je me trouvais à le regarder, toujours je me suis dit que c'était moi cet homme, et je me le dis encore des années après où tant de choses se sont passées, mais lui on dirait qu'il est toujours là à attendre que je sois lui, qu'il n'a pas bougé tandis que je le revois par la pensée, seul et plus très jeune, et je crois que je commence seulement à lui ressembler.

Mais il y avait déjà quelque chose en lui qui me ressemblait mais comme ces choses qui ont besoin encore d'une mise au point et je devais en lui la trouver réalisée et c'est cela qui devait et doit m'attirer à lui comme aimanté par lui, sans doute est-ce cela la destinée, ma destinée c'est d'être lui et c'est cette appréhension de sa destinée qui m'avait saisie alors.

Je ne m'en suis pas remis depuis parce que j'avais affaire à un parfait inconnu mais voilà que je le connais de plus en plus, que toutes ces années écoulées je me suis familiarisé avec lui et que bientôt je ne ferais plus de différence entre lui et moi parce qu'il sera moi et que je serais lui comme disait Montaigne en parlant de son ami.

C'est bien cela: toutes ces années pour renouer avec lui, c'est-à-dire avec moi, tant de temps pour pouvoir enfin s'aimer, se trouver être en conformité avec l'être que chacun voit de sa fenêtre comme me disait Oscar le boxeur noir: ça c'est vu de ta fenêtre. Oui, Oscar ça c'est moi vu de ma fenêtre et je le voyais en bas et qu'il me fallait descendre de mes hauteurs pour être enfin à hauteur d'homme.

lundi 1 juin 2026

Un sacré personnage


Il y aurait dans la vie un temps où l'on s'éprend et un autre où l'on se déprend de tout ce de quoi l'on s'est épris. C'est à ce moment là que commencerait la comédie du vivant qui ne voulant rien perdre de son élan vital, qui ne voulant rien perdre de ce qui l'animait feindrait mais à la manière d'un acteur pris par son rôle et qui ayant toujours joué continuerais à jouer.

Il se peut aussi que jouant si bien il en oublie qu'il joue et c'est se prendre au jeu. Extérieurement il est parfait mais intérieurement il n'y est plus. Seulement il lui faudrait être à l'écoute de lui-même pour s'en rendre compte. Il se peut alors qu'il ne s'en rende jamais compte et cela vaut mieux pour sa santé mentale.

Douter des sentiments d'un autre n'est rien comparé à en venir à douter de ses propres sentiments aussi que de son engagement dans la vie. Mais le joueur ne connait son jeu, son style de jeu, qu'à force de jouer, et cela peut prendre du temps. Il ne peut dire pour autant s'il lui correspond, peut en arriver même à douter de cette correspondance qui serait alors authenticité.

Et c'est en quoi il joue et n'aurait pas cessé de jouer avec d'autres joueurs ou comédiens prenant comme lui leur rôle très au sérieux sans être plus sûr qu'il ne colle à leur personne sinon à leur personnage. C'est dans Unamuno, philosophe et écrivain espagnol, qu'un personnage en vient à se plaindre à son auteur; mais dans le roman de la vie à quel auteur se plaindre de notre inexistence en tant que personne.

Car il s'agit bien de cela, d'atteindre ce degré de lucidité qui ferait apparaitre tout d'un coup notre vie comme une comédie et nous révèlerait comme personnage ou acteur de notre vie mais seulement comme on peut l'être sur les planches, au théâtre. Se voir vivre c'est encore autre chose d'assez déplaisant mais ce n'est qu'être spectateur de sa propre vie, certes, un peu s'en déprendre, voir le personnage.

Mais de se savoir une personne dupe de son propre personnage est bien la pire des choses comme que tous nos sentiments, toutes nos actions puissent lui être attribuées, qu'il n'est rien qui ne nous affecte vraiment en tant que personne comme si à cette personne la vie lui était étrangère où qu'il était étranger à la vie qui ne serait que la vie de son personnage, serait une révélation dont on ne se relèverait pas. 

En effet cela ne ferait que de courir au désavantage de notre sacré personnage que de le savoir car cherchant vainement à se défaire de son personnage, en connaissant trop les travers, non seulement on ne comprendrait pas mais ne lui pardonnerait pas d'être autrement, c'est-à-dire d'y échapper qui serait comme vouloir échapper à la règle de vie commune. 

dimanche 24 mai 2026

Mon existence


Que nous mourrions passe encore mais tout ce qui en nous meurt alors que nous sommes encore vivant passe beaucoup moins à mon goût que je ne crois pas être très différent du goût de tout vivant qui se le représente. Sylvie est morte mais ce qui tuera mon amour pour Sylvie sera de ne plus en souffrir et ce n'est qu'une question de temps, de vivre assez longtemps pour cela.

Et c'est cela qui me tue comme cela tuera tout celui qui se le représente aussi bien que moi. Moi vivant mais qui y a t-il de moi vivant. Un moi vivant qui se vide de son contenu, où rien ne vit autant qu'il ne vit. Aussi ce n'est pas de perdre des êtres chers comme de perdre notre être mais tout ce qui nous rattache à ces êtres qui n'est pas indifférent à tout ce qui nous rattache à notre être.

L'absurde de notre existence se révèle alors dans la continuité de cette existence qu'on ne peut rattacher à rien parce que tout meurt en elle tandis qu'elle persiste a être sans que rien ne motive plus son existence, qu'on peut se demander en quoi elle est la nôtre puisqu'en rien de ce à quoi nous nous attachons elle ne s'attache.

Je pourrais à ce point en parler comme d'une étrangère: je suis sensible, elle est insensible; je connais des gens, elle ne connait personne; parfois je me demande si elle m'ignore moi-même puisqu'il n'y a rien de moi qu'elle ne retienne longtemps et de tout ce que je crois sentir, ressentir, penser, elle fait que je ne sente plus, ne ressente plus, n'y pense même plus.

J'ai de quoi lui en vouloir et je lui en voudrais si cela n'était pas absurde aussi de s'en prendre et retourner contre son existence. Je dois donc la laisser aller comme il lui convient même s'il me semble qu'il n'y a pas pire démenti de mon existence que mon existence elle même et pour cela qu'elle ne veut pas mourir en même temps que tout ce qui meurt en elle.

samedi 11 avril 2026

Une vie à raconter


S'il avait à raconter sa vie il dirait qu'il était arrivé trop tard sur les bords de Marne, à l'heure où les couleurs se publient et se marient avec le noir. De la nuit ovulatrice et copulatrice nonobstant sortirait d'autres journées ensoleillées. Mais lui toujours tardivement irait dans la vie la gueule enfarinée de blanc bec nouveau né. C'est qu'il faisait leçon de ténèbres plus que de clartés tandis que de plus fortunés brillaient au soleil levant comme au soleil couchant.  Parmi tous ces seigneurs il était monseigneur à la triste figure qui arpentait les quais de Marne comme quelqu'un à la recherche de ce que le monde ne pourrait plus lui offrir et qu'il y avait certainement perdu depuis longtemps et peut-être depuis toujours, qu'il ne saurait plus s'il l'avait jamais su, en préciser la nature.

Il avait de toute façon toujours été à côté de la plaque, de cette plaque qu'on appelle autrement la planche à billets dans la plus totale méconnaissance de son cours qui était le cours de la vie, tel qu'on l'estimait et par conséquent fauché jusqu'à ce que sa vie se mit à répondre à cette expression: aux innocents les mains pleines, ce qui le laissa pantois quoiqu'il ne se pendit pas pour autant. C'est qu'il n'avait jamais considéré que le cours des gens plutôt que le cours de l'argent, leur évaluation aussi que leur dévaluation, aussi que leur inflation car les gens ne se prenaient plus pour n'importe qui, il avait été sensible à l'inflation des gens ces derniers temps consécutif peut-être à sa dévaluation perso. Il faut dire que dans l'échange planétaire son astre n'était pas l'astre solaire.

On rencontre parfois certains de ces êtres que rien ne pourrait favoriser, qu'on dirait qu'ils sont nés pour porter sur eux toute la tristesse du monde et à qui l'on aurait envie de dire comme quand on prend quelqu'un en photo, pour qu'ils montrent un visage radieux ou plus souriant que celui qu'ils ont coutume d'arborer, de leur dire: souriez! Par ailleurs, ils sont aussi attendrissant qu'un arbre déraciné, ce n'est plus le tronc dur à l'épaisse écorce qu'on voit mais la tendre arborescence des racines comme autant de branches tendres qui partent dans tous les sens, nues et désorientées, sortis de terre mais sans ciel, retournées. Ils font pitié et ne veulent pas de notre pitié comme ils ne veulent pas de notre bonheur facile, on dit qu'ils sont compliqués ou qu'ils ne sont pas faciles à vivre, qu'ils jettent un froid, que la chaleur de vivre ils connaissent pas, ou qu'elle les a quitté.

Enfin, s'il avait à raconter sa vie il n'y aurait plus personne pour l'écouter parce qu'elle serait comme la leur à faire pleurer, mais pas de ces larmes de crocodiles mais de vraies larmes comme aujourd'hui on ne sait plus en verser; des larmes qui déverseraient des flots de vérités, de vérités telles qu'aujourd'hui on ne sait plus en asséner parce que plus personne n'est prêt à les supporter. Et dites moi qui voudrait encore d'une vie intérieure, d'une vie qui ne souffre pas le soleil, d'une vie sans extérieur, d'une vie qui  n'a rien à montrer, qui n'est pas brillante, qui a la couleur de l'encre des encriers, qui peut éclabousser, laisser sur la vôtre une tache indélébile, non que dieu vous en préserve, non mieux vaut la taire jusqu'à la nuit des temps. 

lundi 6 avril 2026

L'éternel retour

 

Qui s'étonne de se réveiller, de cet éternel retour à la vie, pourquoi ce matin alors, comme d'avoir considéré le nombre de fois incalculable ou ce corps a bu, mangé, marché, s'est exercé sans faillir à vivre, de façon si simple et si naturelle et si attendue alors qu'on attend rien d'autre de lui comme mourir.

C'est pourtant une interrogation sur la mort comme événement exceptionnel qui le frappe puisque non répété et qui nous prend au dépourvu si habitués à vivre que nous le sommes, à nous voir vivre, que c'est la règle générale dont la mort serait l'exception, et encore, pas notre mort mais celle des autres.

Etrange retournement de situation que de se voir vivant et de s'en étonner après tant d'années, après que cela soit devenu notre ordinaire, que de se dire que c'est cela qui est extraordinaire: vivre, que le soleil brille encore pour nous, qu'il se soit lui aussi couché tant de fois pour renaitre qu'il ne puisse non plus nous paraitre comme possible qu'il se couche définitivement.

Sylvie ne s'est plus réveillée. Elle était là couchée pour l'éternité. Ce n'est pas à cet éternité là qu'on est préparé mais à celui de l'éternel retour à la vie: qu'elle se réveille comme elle s'était réveillée tant de fois par le passé, mais non l'obstinée voudrait enfreindre la règle: l'obstinée, la contre nature, la délinquante, la mort.

A moins qu'elle nous ait pris en faute, c'est-à-dire en vie, le comble serait de se sentir en faute d'être en vie et cela dès son réveil jusqu'à son couché. En faute d'être encore en vie quand on se réveille encore et que Sylvie ne se réveille plus. Au pire par rapport à elle, Sylvie, mais pas par rapport à la mort.

On va y passer, on va y passer tous autant qu'on est. Quel vent de panique si cela n'était pas contrebalancé par cette folle habitude de vivre que rien ne semble pouvoir contrarier. C'était pas pareil sur le Titanic. Sur le Titanic panique à bord. Mais à bord de la vie on est tranquille. On a beau se dire qu'on va y passer on voit, au pire, que les autres mourir.

mardi 9 septembre 2025

Le spectateur


De plus en plus moi je regarde les gens vivre comme qui regarde un spectacle

Mais ils ne jouent pas et sont sérieux et je m'en réjouis et ça me tue

C'est que je n'ais pas pu et ne pourrais jamais plus être comme eux

C'est que je n'ai pas non plus la gaieté insouciante que je leur ai connus parfois

C'est que je ne sais pas comment ils font pour jouer et être sérieux tout à la fois

Mais je me dis que c'est justement parce qu'ils ne jouent pas

Même quand ils croient jouer avec les enfants à papa et maman

Ils ne jouent pas quand moi je joue encore comme leur enfant

Oublieux du sérieux de mon âge comme de celui d'être parent

Le rôle de l'enfant je l'aurais oublié et quant à celui de parent je n'ai pas  eu à l'apprendre

Parce que je crois que pour eux tout s'apprend oui je crois que pour eux la vie s'apprend

Et qu'ils diront par conséquent que je ne sais pas vivre c'est parce que j'ignore comment

Tant rien dans mon sang rien dans mon cœur rien dans ma tête me le dise vraiment

C'est pas que je les maudisse non plutôt j'applaudis c'est authentique c'est bien joué

On dirait qu'ils ne le font pas exprès d'être bêtes et méchants et égoïstes et j'en passe

Mais comme c'est facile de ma place trop facile quand on n'est pas acteur mais spectateur

De juger la vie et le vécu de qui ne reste pas comme moi  le cul planté sur une chaise 

Comme je les entends mais comment auraient-ils prise sur moi qui ne suis que spectateur