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samedi 3 octobre 2026

Les seins d'Armelle


Je ne peux m'empêcher de voir les seins d'une femme que comme une promesse de douceur même si cette promesse par les femmes n'est pas toujours tenue le ravissement obtenue n'en est pas moins grand et plutôt que de cantonner la femme à cet animal dont on s'interrogerait sur sa sexualité en se demandant si elle est plus clitoris que vaginale, je m'interrogerais sur si elle est plus seins que sexe.

Et ce serait plus maternelle que sexuelle, mais surtout plus douceur et sensualité que putain (dans le sens ancien que lui donne Le Larousse: qui cherche à séduire tout le monde) et sexualité. "Couvrez ce sein, que je ne saurais voir". Je n'ai pas l'hypocrisie d'un Tartuffe et il ne réveille pas en moi de coupables pensées sinon une infinie tendresse pour la femme.

Armelle s'est faite opérée des seins, déjà jeune ils lui pesaient au sens propre comme au sens figuré, je crois pouvoir dire qu'Armelle est plus sexe que seins, et que sa décision répondait à une nécessité qui n'était pas que physique et que se libérer ou se soulager un peu du poids de ses seins trop lourds à porter était plutôt que de s'en prendre à sa sexualité (trop souvent symbolisé par les seins) la libérer.

Oui, trop souvent ou trop longtemps considérés comme un outrage à la pudeur les seins qui ne sont que rondeurs et douceurs en sont au contraire la réclame plus qu'ils ne sont ceux d'une sexualité débridée. Il ne m'est ainsi pas impossible d'imaginer qu'une Armelle qui aurait eu plus de seins aurait été une Armelle plus douce.

dimanche 27 septembre 2026

L'intuition


La mort devrait être une affaire personnelle, une affaire personnelle que nous avons à régler avec la vie. Armelle m'a plu quand elle m'a dit qu'elle n'avait pas peur de la mort parce que je l'ai cru. Pour une fois elle ne mentait pas. Il faut dire qu'Armelle mentait avec cette honnêteté trompeuse propre à ceux qui ont accepté leurs mensonges, ce qui les rend aux autres plus recevables. 

Rien de plus appréciable aussi qu'un menteur qui dit la vérité. Elle transpirait la vérité comme elle pouvait transpirer la fausseté. Seulement ce qui transpire des êtres se sent, imperceptible à l'intelligence mais pas à l'intuition. Etonnant qu'Armelle m'ai demandé si j'avais de l'intuition et si je croyais à mon intuition.

Je me souviens encore lui avoir répondu que j'en doutais. Mais j'en doutais comme ceux qui veulent se cacher la vérité sur eux-mêmes ou sur les autres parce que cette vérité leur déplait. En réalité elle ne m'avait jamais trompé l'intuition, et pas plus cette fois ci que les autres. C'est comme une petite voix intérieure qu'on devrait écouter plus souvent, vous en déplaise.

Il n'est pas de joueur d'échecs qui n'est fait le pari de l'intelligence: son intuition lui avait déconseillé de jouer le coup mais après avoir calculé il le joue quand même, mais il s'avère après coup (c'est le cas de le dire) qu'il s'est trompé et comme à lui il peut arriver à la société qui a tout misé sur l'intelligence de se tromper, ce qui ne l'empêchera pas non plus de tout faire à force de calculs, le considérant plus sûr que l'intuition.

Mu par l'intuition qu'il vérifie par du calcul, n'est-ce pas ce que fait tout scientifique, mais il faut lire Bergson et ce qu'il dit de l'intuition: "Toute la complexité de sa doctrine, qui irait à l'infini, n'est donc que l'incommensurabilité entre son intuition simple et les moyens dont il disposait pour l'exprimer" car ce qu'il dit pour le philosophe peut valoir aussi bien pour le scientifique que pour notre joueur d'échecs.

Souvent ce qui se perd dans les calculs c'est l'intuition première que n'arrivera pas à retrouver sinon peut-être a approcher au plus près autant le philosophe que le scientifique et le joueur d'échecs, encore moins tout celui qui voudra appliquer une doctrine, une théorie, des principes (et il y en a beaucoup au jeu d'échecs comme il y en a beaucoup dans la société) dont l'idée initiale se sera perdue dans le fatras de l'énoncé.

J'étais en moto avec mon petit frère derrière et je voulais prendre toute la route parce que je me trouvais dans une rue à sens unique quand une intuition m'en empêcha. Il arriva dans l'autre sens lancée à toute vitesse une voiture que je pus alors éviter. Dans ce cas comme dans celui qui se défend de suivre toute doctrine ou théorie dont ce serait perdue l'intuition première et originaire aussi que dans celui du joueur d'échecs qui malgré ses calculs aurait suivi son intuition, elle présente ce caractère négatif qui défend, dont parlait Bergson.

Impossible, comme dit Bergson, qu'elle souffle à l'oreille du philosophe, comme elle me soufflait à l'oreille, cet amour d'Armelle, impossible. "Impossible, parce qu'une certaine expérience, confuse peut-être mais décisive, te parle par ma voix, qu'elle est incompatible avec les faits qu'on allègue et les raisons qu'on donne, et que dès lors ces faits doivent être mal observés, ces raisonnements faux."

vendredi 18 septembre 2026

Le dernier soupir du Maure


Je m'entends encore dire à mon ami, et c'est comme dans un songe, et alors que j'écris tard dans la nuit ces quelques lignes, que je n'ai plus de nouvelles d'Anabelle, et que plus le temps passe plus il y a de risque qu'elle soit à jamais pour moi perdue, n'est-ce pas ce que dit la police quand quelqu'un disparait que plus on tarde à le retrouver moins il y a de chance qu'on le retrouve.

Mais je suis pareil à cette mère qui ne perd pas espoir et qui croit revoir son enfant à chaque coin de rue et qui attend tout appel comme on attend la bonne nouvelle, tandis que miner par un profond chagrin elle se consume et je ne sais plus si plaindre cette femme ou plaindre son enfant, si vouloir qu'Anabelle me revienne ou que cette femme revienne à elle même.

Etre cet homme qui dit à cette femme de revenir à elle même, qui est de se faire à l'idée qu'elle ne reverra plus la chair de sa chair, le fruit de ses entrailles et dont la perte lui arrache le cœur; mais je n'en trouve pas encore la force ni l'envie car je suis un peu pareil à elle qui contre les pires pronostics ose nourrir les plus fous espoirs.

Comme elle je n'en dors plus de la nuit, comme elle qui pense à ce que son enfant est devenu je pense à ce qu'Anabelle est devenue; je me dis que ce n'est peut-être qu'une fugue et je ne suis alors qu'une mère qui se rassure, et quand tout lui rappelle son enfant tout me rappelle Anabelle, et quand il n'y a pas de honte a être cette mère j'ai honte d'être moi même si faible.

Car je pense au dernier soupir du Maure, à ce que sa mère qui l'accompagnait dans son exil, et c'est à la sortie de Granada à un endroit précis que je connais pour y être passé mainte fois et non sans avoir ressenti ce qu'il a bien pu ressentir et que je ressens aujourd'hui où je crois encore entendre ce que sa mère lui a dit: "Pleure maintenant comme une femme un royaume que tu n'as pas su défendre comme un homme!"

lundi 14 septembre 2026

War au cœur fleuri


C'était tôt le matin et sans doute quelques meurtrissures de l'âme me tenaient à l'état de songe éveillé que j'imaginais rouler vers lui, et comme il était loin et que je voulais y arriver vite, que déjà le temps me pressait comme il m'a toujours pressé de je ne sais si de l'atteindre ou d'être atteint par lui, j'y mettais tant d'empressement et de vitesse qu'en lui passant dessus c'est à peine si je sentis WAR au cœur fleuri.

Mais que ne m'arriva t-il pas ensuite quand je m'en éloignais, toujours chevauchant cette mécanique de l'orgueil, et que je me retrouvai seul envahi par une bouffée de senteurs qui était autant de fleurs écrasées. Haut les cœurs! qui est ce qu'on se dit quand on a fait tout son mal et celui d'autrui, et c'est quand du haut de son cheval d'orgueil on a écrasé WAR au cœur fleuri.

Je ne saurais trop en dire si ce n'est que je serais en pleurs s'il ne me fallait pas retenir mes larmes pour n'avoir pas su au temps jadis, oh! temps perdu! retenir tant d'ardeurs belliqueuses sinon amoureuses et monté sur mon cheval d'orgueil n'avoir pas su non plus m'y arrêter lancé comme je l'étais, et par tant d'impétuosités poussé avoir écrasé, WAR au cœur fleuri.

Je revois encore ce graffiti qu'un artiste peintre a recouvert d'une belle panthère noire aux griffes sorties et prête à bondir mais tapie, et je crois encore reconnaître WAR au cœur fleuri dans une de ses nombreuses métamorphoses saisi par celui qui s'est arrêté à la peindre et je l'envie, car tout son cœur il y a mis, mais dessous il y avait, je l'ai lu, ce graffiti qui me parlait aussi de WAR au cœur fleuri.

Sans doute avait-il été écrit par qui avait souffert de passer comme moi trop vite mais était revenu là, face à ce mur blanchi et sali par le temps qui passe inexorablement et dit que c'est fini, et c'était tout ce qui lui restait ces quelques mots que je vais ici retranscrire parce qu'ils m'ont saisis tout comme la panthère noire tapie où j'ai aussi reconnu WAR au cœur fleuri.

"Girl make bird cry", je ne sais si j'ai bien traduit et compris mais c'est à cette capacité à faire pleurer jusqu'aux oiseaux, chose inouïe, que j'ai reconnu WAR au cœur fleuri, non plus dans une de ses nombreuses métamorphoses mais nue, et comme elle m'était apparue alors que descendu de mon cheval d'orgueil les larmes me montaient aux yeux, et oui c'était pour WAR au cœur fleuri.

Qui voit ici quelqu'un déraisonner doit aussitôt lui pardonner: c'était tôt le matin et sans doute quelques meurtrissures de l'âme me tenaient à l'état de songe éveillé si bien que tant d'apparitions insolites pouvaient marquer mon esprit souffreteux et encore endormi qui se repassait une vie amoureuse au ralenti parce qu'il était allé trop vite et avait tout écrasé sur son passage, et c'était à priori WAR au cœur fleuri.

vendredi 4 septembre 2026

A toutes les Armelles de la terre


La vie redevient facile, des livres la lecture tranquille. Armelle ne sera bientôt plus qu'un petit point jusqu'à disparaitre à l'horizon (de l'oubli) où tout fini par s'estomper, c'en est fini aussi avec la jouissance des femmes. Il y a tant de choses que l'on fait en dehors de nous pour nous quand toutes les choses que l'on pourrait faire pour nous ne seraient que les choses en nous.

Et je travaille à moi, et c'est tout le travail que je me donne. L'amour n'est que saisissement de l'autre et par l'autre. Et cependant nous n'ignorons pas qu'il nous échappe, que jamais nous ne pourrons le saisir entièrement, que jamais il nous appartiendra comme nous nous appartenons, qu'il est à jamais l'autre.

Quant bien même il serait l'autre que nous aimons que cet amour de l'autre ne fera jamais qu'il soit autre que l'autre. Et bien autre que moi était Armelle que je renvoie tout à sa peine d'être, qui était une toute autre peine d'être que la mienne, à laquelle bientôt je serais indifférent, ne me retrouvant alors plus qu'avec mon être.

Combien sommes nous à vouloir purger plus que notre peine? D'Armelle j'avais déjà épousé toute la peine, comment affranchis d'elle vais-je m'en plaindre? Me voilà donc sans cette peine d'être qui portait le joli nom d'Armelle et qui, avec ce joli nom d'Armelle que j'aime à prononcer, résonnera encore un peu en moi avant d'aller se perdre dans les lointains. 

Et sans plus réveiller aucun écho en moi qui n'entendrait plus le son de sa voix. Seulement, peut-être, ce vers de Paul Verlaine "Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a l'inflexion des voix chères qui se sont tues", ce vers qui aura en moi gagné en résonance et profondeur. Combien de peines et de souffrances faut-il à un poète pour écrire un vers? ou combien en un vers il peut en être contenu?

J'en prendrais mieux la mesure comme je prendrais mieux la mesure de toutes choses longtemps après qu'elles aient pris fin, et moi enfin libre de toutes choses qui ne seraient pas moi, comme de toute peine d'être qui ne serait pas ma peine d'être, et dans la jouissance et réjouissance de mon être libre et égoïste, regretterais je encore toutes les Armelles de la terre qui gravitent avec leur peine d'être?

jeudi 3 septembre 2026

C'est pas une femme pour toi


C'est pas une histoire à dormir debout, même si j'en ai pas dormi de la nuit rien que d'y penser, c'est pas non plus une histoire à pleurer de rire, c'est pas un one man show, c'est pas moi, c'est ma grand-mère qui se retourne, comme les morts se retournent dans leur tombe quand ça leur plait pas ce qu'on fait, et c'est pour me redire encore une fois ce qu'elle m'a souvent dit auparavant: c'est pas une femme pour toi. 

Mais grand-mère que j'ai envie de lui répondre, mais c'est pas bien, mais ça se fait pas de répondre aux morts, alors je me tais, paix à son âme, et moi faut que j'arrête d'entendre des voix comme Jeanne d'Arc ou comme Chateaubriant parce que c'est une voix d'outre tombe que j'entends: c'est pas une femme pour toi.

Tu me l'as déjà dit mille fois que j'aurais bien envie de lui dire à la grand-mère si je m'écoutais mais c'est elle et pas moi que j'ai toujours écouté puisque ça c'est toujours passé comme elle, elle la grand-mère elle disait, et pas comme moi je voulais. Moi, pour qui l'aurait pas encore compris, j'ai toujours voulu que ce soit une femme pour moi, mais toujours la grand-mère qui dit: c'est pas une femme pour toi.

La grand-mère, mais je voudrais pas trop raconter les histoires de famille, que dit ma tante, elle a toujours fait le mal partout autour d'elle, et c'est vrai que la grand-mère elle en voulait pas non plus de la belle fille pour son fils, et que ce serait alors pas trop pour mon bien qu'elle aurait dit comme je l'entends encore dire: c'est pas une femme pour toi.

Y aurait à l'heure qu'il est un tas de femmes pas pour moi devant chez moi que j'y aurais mis sur les conseils de ma grand-mère et comme on met le gros œuvre, parce que c'est pas rien une femme qu'est une femme qu'est pas pour moi, ça prend de la place, et que j'attends que le service de la voirie et de la mairie passe, c'est pour la décharge, mais ça y arrivera pas parce qu'y a un tas gens aussi qui passent devant chez moi et qui pensent aussi que ce sont pas des femmes pour moi.

Le pire avec tout ça c'est que j'en veux à personne moi, ni à ces femmes qui ne sont pas faites pour moi d'après ma grand-mère ni à ma grand-mère elle même qu'a dit à chaque fois que j'en trouvais une qui me paraissait bien et qui me plaisait, que c'est pas une femme pour moi, ni aux gens qui passent devant chez moi et les ramassent toutes avant que le service de la voirie passe et ramasse plus rien.

Je voudrais cependant pas que ça arrive aux oreilles de la dernière comme ça arrive aux miennes ce qu'elle dit la grand-mère sinon que ça finira comme avec les autres, et c'est que ma tante elle en a souffert de ce qu'elle a dit la grand-mère et que moi je veux pas en souffrir parce que les femmes une fois qu'elles sont parties elles reviennent plus et que je les entends plus comme j'entends encore la grand-mère me dire: c'est pas une femme pour toi.

Alors je t'en supplie, tais toi grand-mère, que de là où tu es et de l'épaisseur de la pierre, rien ne semble y faire, que t'as toujours eu la voix qui porte et que ça toujours été à en croire ma tante le malheur ici bas pour ceux qui t'entendent et qui restent seul, le malheur et la perte parce que c'est ben vrai que toi t'as plus rien à perdre de là où tu es. Et puis c'est toi qui le dis: c'est pas une femme pour toi.

vendredi 21 août 2026

Le Bob et la mode


C'est au Vieux Campeur que j'ai fait l'acquisition de ce Bob pour me protéger du soleil. Mais là où je ne voyais que protection je compris bientôt qu'il y avait aussi une certaine affectation à le porter, un manquement au naturel dans l'attitude que je pris aussi bien à le porter, une mode, un genre qu'il me donnait.

Sous ce couvre-chef je me sentis aussitôt bien et ce n'était pas que bien à l'abri du soleil qui était toute l'attribution et l'intention que je lui prêtais d'abord mais bien d'une façon moins définissable et qui touchait moins au physique qu'au mental: il semblait répondre à mon être, à l'exigence de mon être qui allait au-delà du fait de se protéger du soleil.

Bientôt je ne pus plus m'en passer, sortir sans lui était comme sortir à découvert bien que ses rebords étroits ne me protégeaient ni des rayons du soleil ni des regards que l'on pouvait darder sur moi, mais il semblait recouvrir mon être de toute une bonhommie qui me sied à merveille aussi que faire office de talisman écartant de mon chemin tout sentiment ou pensée malveillante.

Mais il y avait une raison plus lointaine et plus cachée qui me fit l'adopter et me sentir bien sous mon Bob, elle tarda cependant à me revenir car je ne possédais aucune photo de moi à quatre ou cinq ans qui est tout l'âge que je devais avoir quand sur la plage je portais un Bob. J'étais alors un petit enfant aux cheveux presque blonds et bouclés et aux yeux presque verts comme ceux de ma mère et qui jouais encore à faire des châteaux de sable.

Il serait vrai alors qu'à un certain âge l'on retombe en enfance et c'est aussi là que non seulement le Bob mais tous nos souvenirs nous renvoient et le Bob ne serait qu'un messager ou que l'avant-garde d'un mouvement qui est lui de retour au passé, c'est je crois aussi ce que l'on dit de la mode, que la mode revient et qui sait si la mode du Bob n'est pas en train de revenir.

lundi 17 août 2026

Le veuf


Homme qui devrait encore prier pour la défunte ne te mets pas à genoux devant une autre femme, si tu n'as pas la force de tenir debout tout seul qu'elle te soit encore donnée par celle qui n'est plus. Et s'il n'y a pas de honte à aimer qu'un amour futur ne te fasses pas désapprouver un amour passé, aussi ta face qui est tournée vers le passé ne doit pas être désapprouvée par ta face qui est tournée vers l'avenir.

Si ton cœur s'ouvre à un autre amour qu'un coin de ton cœur serré ne t'en fasse pas désespérer. Tu ne peux plus qu'aimer dans la dignité. A moins que tu es la mémoire courte. Il faut savoir souffrir comme il faut savoir aimer. Et c'est toujours prier. Silence. Eternité. Il y a toujours qui est sacrifié. Et seul qui a aimer sait aimer.

Il faut accepter l'amour comme il faut accepter la mort, et aimer plusieurs fois c'est mourir plusieurs fois. Mais la peine, la peine et le tourment va au vivant. Laisse cependant la défunte là où elle est et repose en paix. Pour elle tu t'agiterais en vain. Et rends toi seul sur l'autel de l'amour s'il y a qui réclame ton cœur comme le bourreau réclame une tête à couper.

N'y va pas en riant pas plus qu'en pleurant, mais la tête haute comme qui connait et accepte son sort, inutile de jouer la comédie si tu as le sens de la tragédie, l'amour comme la mort est de la plus haute exigence à laquelle il t'est demandé de répondre sans te mettre à genoux car si c'est une prière c'est une prière qui se fait debout.

Et tais toi maintenant, j'en ai marre de t'entendre. Seulement les battements de ton cœur me diront que tu es vivant. Qu'il batte fort. Encore plus fort. Qu'il couvre ta voix. Qu'il couvre toutes les voix. Que le monde soit un immense battement de cœurs battants à l'unisson. 

jeudi 13 août 2026

Je vais pour jouir et me réjouir


Je vais pour jouir et me réjouir de mon entreprise quand je suis aussi par l'autre entrepris et comme je disais hier à mon ami Jean Pierre joueur d'échecs on ne pense jamais assez à comment l'autre nous entreprend sinon à comment nous l'entreprenons, à nos désirs avant les siens, et nous sommes d'autant plus trompés par l'amour qu'il nous les fait croire communs.

Il n'est pas sûr cependant que les désirs de l'homme et de la femme coïncident encore qu'ont coïncident à s'aimer. C'est en effet une étrange coïncidence qui a fait en vain couler beaucoup d'encre parce que l'on croit parler du même amour quand ce n'est pas la même partie d'échecs que jouent les deux joueurs d'échecs: l'un a les blancs, l'autre a les noirs.

Une fois la partie jouée l'un et l'autre en parlerons en des termes différents révélant bien qu'ils n'ont pas vu la même partie et que des mêmes faits ils n'ont pas tirés les mêmes enseignements, c'est aussi ce qui les a fait à chacun mener la partie comme ils l'ont menée et la perdre ou la gagner ou faire nul, et faut-il considérer que ceux qui restent ensemble font nul quand c'est pour gagner que chacun est parti de là où il est.

Et de là où je suis je vais toujours pour jouir et me réjouir de mon entreprise. C'est plus fort que moi. C'est ce qui commande à ma vie comme c'est ce qui commande à ta vie. Chacun aime l'amour comme il aime la vie et c'est d'abord pour lui. Mais ni l'amour ni la vie n'est lui, l'être.

L'être qui alors prend une leçon de vie qui est toujours leçon d'amour, même s'il le prend mal.

Princesses et princes endormis


Princesses et princes endormis que l'amour fait sortir d'une longue léthargie. L'amour comme un éveil à la vie. Mais ce n'est pas tout. Il y a dessaisissement. Il en coûte à qui a longtemps été saisi de lui-même. Parce que quelqu'un l'a aborder on peut parler d'abordage. Pas de naufrage. Il faut se ressaisir, gagner l'autre n'est pas se perdre, qu'il se dit.

Mais il sent bien au fond de lui que c'est loin de lui que l'amour l'emporte, qu'il n'y a pas d'amour qui se résume à nous, qu'il y aurait plutôt nous l'être et la vie, l'être à qui la vie est dispensée et qui ne peut pas s'en passer, c'est que l'amour ne donne pas seulement la vie mais est la vie et que nous ne pouvons nous y refuser sans mourir.

Mourir à l'amour c'est mourir à la vie, aussi tant que nous vivons nous aimons. Aussi qui n'aime plus n'aime plus la vie. C'est pourquoi on ne peut pas se contenter de soi: l'être n'est pas la vie, il n'est pas non plus l'amour; mais il ne peut être sans vie, sans amour, sinon mort. Il n'en ai pas moins vrai que l'amour comme la mort le conduit à un dessaisissement de son être: dans les deux cas il lui faut mourir à lui-même.

Qu'il approche de la mort et c'est ce qu'il veut le moins. Qu'il approche de l'amour et c'est ce qu'il veut le plus. Et les jeunes gens sont plus généreux d'eux-mêmes parce qu'ils sont ceux qui craignent le moins et l'amour et la mort. Aussi ils sont plus proches de la vie et plus proche de l'amour mais moins de l'être auquel s'accroche cet être vieillissant, lequel se détache par conséquent et de la vie et de l'amour. 

Quand l'espagnol dit AMOR AMOR, le français peut entendre A MORT A MORT, et ce serait la mort de l'être, la mort de l'être tout empêtré de lui-même et, qui ne voulant se perdre, perdrait l'AMOR, qui serait comme une mise à mort de l'être qu'il entend cependant et paradoxalement, s'il est encore en âge de l'entendre ainsi, comme un appel à la vie.

mardi 21 juillet 2026

La question du choix (suite et fin)


Il y a un choix auquel il ne m'est même pas venu à l'esprit de me livrer en me rendant à la vidéothèque: et c'est à un choix aveugle. De me présenter devant un rayon de DVD et après avoir fermé les yeux d'en prendre un au hasard. Je crois qu'il ne me plait pas davantage que ma vie soit sujette au hasard mais plutôt fasse l'objet d'un choix ou encore plus précisément préfère que ma vie soit le sujet de choix répétés.

Que ma vie ne soit pas une destinée qui me soit étrangère et livrée par conséquent et seulement à ce que l'on appelle les accidents de la vie ou circonstances fortuites et indépendantes de notre volonté. Je ne suis pas joueur à ce point que je la livrerais au hasard des circonstances mais voudrais plutôt avoir main mise dessus comme le joueur d'échecs sur chacune des pièces de l'échiquier qu'il déplace selon son entendement.

Mais comme je sais par ailleurs mon entendement limité j'entends faire cas d'entendements supérieurs, ma reconnaissance de leur supériorité s'arrêtant à leur faire cas ce qui n'est pas tout à fait m'y soumettre sinon y soumettre mon entendement pour qu'il gagne justement en entendement et non que je perde en soumission ce que je ferais en ne faisant plus appel à mon propre entendement.

Mais revenons au choix, au seul qui soit à prohiber: le choix aveugle. Si l'on est doté d'un entendement c'est bien pour s'en servir comme des yeux c'est bien pour voir. Mais la confiance absolue en son entendement comme à ce que l'on voit peut bien relever de la croyance et le choix alors ne plus opérer. Je m'en tiendrais plutôt à ce que l'on dit de la vie: qu'elle est choix mais aussi qu'elle est lutte.

On retrouve ces deux idées jointes de lutte et de choix dans les deux plus grands philosophes espagnols: Unamuno et Ortega y Gasset. Le premier en prise avec la foi dans Agonie du Christianisme parle de la foi comme une lutte et c'est qu'il était lui-même en proie au doute, un doute fécond. Le second dans Thème de notre temps trouve que tout ce qui cesse d'être questionnement devient croyance (aveugle) comme celle que nous portons à la raison aussi qu'à la démocratie, et en cela perdrait de leur vitalité.

NB

Mais je ne peux résister à citer celui de par la bouche de qui (et c'est le grand mérite qu'il a) nous parlent encore les Anciens:

"N'est-ce pas une singulière marque d'imperfection que de ne pouvoir fixer notre contentement en aucun domaine? Et le fait que, sous l'effet du désir même et de l'imagination, il soit hors de notre pouvoir de choisir ce qu'il nous faut. De cela porte bon témoignage la grande discussion qui a toujours existé entre les philosophes pour trouver le souverain bien de l'homme, discussion qui dure encore et durera éternellement, sans solution et sans accord". Michel de Montaigne Les Essais.

La question du choix


Il y a trop longtemps que je n'ai pas demandé aux bibliothécaires de choisir un film à ma place et ce qui devait arriver est arrivé qui est justement ce que je voulais éviter à tout prix en faisant appel à elles: et c'était de retomber sur un de mes choix et de revoir un film que j'avais déjà vu et oublié jusqu'au titre sur la jaquette du DVD en rayon.

Comme quoi je suis limité dans mes choix puisque je suis toujours appelé à faire les mêmes choix. C'est cette prise de conscience de cette limitation ou détermination (il n'est que de penser à Spinoza et au libre arbitre: "le libre arbitre est une totale illusion qui vient de ce que l'homme a conscience de ces actions mais non des causes qui le déterminent à agir.") qui m'avait amené à demander aux bibliothécaires de choisir à ma place.

Je voulais ainsi que je leur expliquais et parce que j'avais écrémé une bonne partie de la filmographie en sortir de mes choix et m'ouvrir à un spectre plus large de choix. C'est que je tapais toujours dans le même type de films. Aussi quand elles me demandèrent gentiment quel genre de films m'intéressait je leur répondis tout aussi gentiment qu'il m'intéressait justement qu'elles me sortent de ce genre de film dont moi même je ne saurais sortir tout seul.

J'ignorais que je ne faisais ainsi que de me soumettre à l'imposition d'un choix qui n'était pas le mien et que l'on pourrait ainsi dire de la société, qui est ce à quoi l'on se refuse le plus pensant par là que c'est une limitation et non une ouverture à d'autres choix que les nôtres forcément limités. Je voyais enfin un côté positif à cela que les autres choisissent ce qui est bon pour nous.

Je pensais alors à mes parents fonctionnaires à qui il avait été proposé ou la Guyane Française ou la Nouvelle Calédonie avant que le paternel eut enfin pu obtenir l'Espagne qui répondait plus à ses désirs et ce fut où il choisit de finir sa vie; aussi qu'aux étudiants en médecine à qui en fonction de leurs résultats aux examens s'ouvrent un certain nombre de spécialités plus ou moins éloignées du choix qu'ils feraient s'ils avaient totale liberté de choisir.

Or cette totale liberté ne ferait autre chose que de nous enfermer dans nos propres choix tandis que nous en libèrerait le choix de la société et mes parents n'auraient pas connu la Nouvelle Calédonie à laquelle ils n'auraient même pas pensé si elle ne leur avait pas été proposé comme je n'aurais jamais vu et apprécié tous ces films que les bibliothécaires au choix éclairé m'ont permis de voir et apprécier.

Je me soumettrais donc à un choix éclairé comme l'on peut se soumettre à une élite éclairée, que la connaissance éclairerait mieux que ma propre connaissance et dont l'ouverture à la connaissance serait plus grande que ma propre ouverture à la connaissance, c'est-à-dire pas non plus à n'importe qui sinon à qui je reconnais une qualité qui est une qualité quant à ses choix que j'accepterais alors comme miens aussi et parce que pouvant m'enrichir, mais le mot le plus approprié ici est m'épanouir.  

vendredi 26 juin 2026

Un jeune homme tard dans la nuit


Je voyais ce jeune homme tard dans la nuit et je crois que j'étais le seul à le voir dans le sens où il ne s'aperçut pas de mon passage et je sus aussitôt que je le connaissais déjà quoique très peu. Je me rappelle d'une photo d'il y a longtemps où je figurais et surtout de ce qu'il me surprit d'y trouver un couple que je n'avais pas vu alors et qui lui m'avait regardé comme je regardais ce jeune homme dans la pleine force de l'âge au milieu de ses amis et savourant un moment de vie dont il n'aurait pas plus souvenir que de m'avoir vu car il me connaissait comme je le connaissais.

Mais il est faux de dire cela: jamais quelqu'un ne nous connait comme nous le connaissons ni ne nous voit comme nous le voyons. C'est beau de saisir un être humain dans l'élan de sa vie, il est de la même beauté, car cette beauté ne lui appartient pas en propre, qu'un cerf surpris, par le passé et tandis que j'y courais encore seul et librement, dans la forêt de Fontainebleau. Il y avait en lui une certaine insouciance que je croyais remarquer et qui est aussi inconscience du temps qui passe, et c'est qu'il est encore lui-même dans ce qui passe.

Tandis que je suis comme cette photo un arrêt sur l'image, arrêt qu'il ne prendrait pas la peine de prendre emporté comme il le serait dans l'élan de la vie et je reviens sur ce mot car il me semble que c'est ce qui porte la jeunesse, qu'elle est en plein élan de la vie, car là encore cet élan ne leur appartiendrait pas en propre mais appartiendrait plus aux forces de la vie qu'on dit aussi les forces de l'âge et il était en pleine force de l'âge; et comme il faisait chaud avait ôté sont tee-shirt pour exhiber un corps plat et lisse qu'on aurait dit sans muscle mais qu'on devinait souple et agile et léger et capable de traverser le temps avec cette même souplesse et agilité et légèreté.

J'aimerais ce jeune homme comme si c'était moi ou voilà une homosexualité latente se demanderait qui tomberait sur ces lignes quand je peux seulement regarder plus librement les hommes que les femmes parce que je m'en émeus moins et qu'il m'en sera moins fait grief. Aussi que je connais plus d'hommes que de femmes parce que j'ai dit et maintiens que je connais ce jeune homme tandis que je ne connais vraiment aucune femme, j'entends suffisamment pour la regarder sans qu'elle en soit dérangée. Il est brillant mais ne le sait pas encore trop et l'avenir que je lui prédis tient plutôt à la sensibilité que je lui connais, et ce qu'elle lui réserve comme déconvenues me le fait aimer davantage.

Il fait médecine et joue aux échecs à l'aveugle. Il a dû cependant faire une année ou deux des études de physique pour relancer ses années de médecine, Il avait échoué en première année. Mais c'est quand on lui parle qu'on reconnait à la douceur de sa voix sans aspérités qu'il est encore jeune et tendre. On a sans doute vu beaucoup de jeunesse se perdre en perdant la douceur de cette voix sans aspérités, mais repose encore en lui comme en toute jeunesse l'espoir d'une humanité meilleure. Enfin, peu importe ce qu'il en sera, mon émotion est toute poétique et c'est ce moment poétique que j'aurais aimé rendre, semblable à celui que la nature peut nous procurer parce qu'il est une nature de l'homme, changeante, naissante, croissante, mourante, comme toute nature qu'il lui est donné d'observer.

jeudi 18 juin 2026

La rue


Tayeb a mis son petit chapeau, chaussé ses mocassins, et ainsi apprêté est sorti faire un tour qu'il a dit, mais Tayeb ne sort pas faire un tour comme moi je sors faire un tour et la rue n'est pas pour Tayeb ce qu'elle est pour moi. Il y a entre Tayeb et moi quelque chose qui s'est perdu et que je crois Tayeb est à chaque fois déçu de ne pas trouver, quoiqu'il ne saurait dire quoi.

C'est quand je revois mon frère sortir dans les rues de Motril, une petite ville agricole et industrieuse de la province de Granada en Espagne que je comprends mieux Tayeb. Mon frère avait une façon sans doute inconsciente de bomber le torse et il saluait à la ronde tout autant qu'il était salué. C'était sa sortie dans les rues de Motril sans but particulier ou autre que celui-là qui semblait le motiver.

Quand je sors et je sors moins, qui sait si pour cela, je n'envisage pas une seule seconde d'être reconnu ou de reconnaitre, je ne salue pas et je ne suis pas salué; il manque à ma promenade la société des autres, mais je ne la sollicite pas plus qu'elle ne me sollicite; je sors prendre l'air et l'expression rend bien ce rien que je sors prendre.

Ce rien cependant doit peser à Tayeb car je ne crois pas que Tayeb fasse l'effort (que je ne fais plus) de s'habiller pour rien. Mon frère m'avait fait part du plaisir qu'il avait à se promener ainsi dans les rues de Motril, c'est ce plaisir qui doit manquer aux sorties de Tayeb. Quant à moi j'ose dire que cela ne me manque pas, plus, que le contraire ne serait pas forcément pour me plaire.

La rue comme un lieu de sociabilité quand c'est la nature que je vais chercher quand je sors de chez moi, et je ne vois pas les rues animées sinon de solitaires comme moi. Il m'arrive cependant de saluer et que l'on réponde à mon salut; d'un côté comme de l'autre on est surpris, oserais-je dire agréablement surpris, ce n'est pas toujours le cas et l'on ne voudrait pas déranger.

J'ai vu mon frère s'arrêter dans les rues de Motril et discuter, Tayeb n'est pas encore rentré de sa sortie, peut-être a t-il trouvé avec qui discuter, mais la plupart du temps il dit qu'il n'a pas aimé le regard des gens et qu'il a même craché par terre. J'ai moi même regardé des gens qui ont ensuite crachés par terre: à croire qu'on ne sait plus saluer ni regarder sinon mal, de travers.

La rue comme un lieu d'insécurité aurait pris la place de la rue comme un lieu de sociabilité et si ce n'est pas une réalité ce serait tout du moins un sentiment partagé qui ferait qu'on se regarde mal, de travers, et qu'on ne se salue plus. A quoi bon le petit chapeau de Tayeb et le torse bombé de mon frère si la rue n'est plus ce qu'elle était.

jeudi 30 avril 2026

Les joggeurs des bords de Marne


Où va le joggeur? Nul part! Où va la société? Nul part! Mais le joggeur ne le sait pas. Mais la société ne le sait pas. Le joggeur court pour lui. La société court pour elle. C'est ce que nous dit le joggeur. C'est ce que nous dit la société.

Je ne peux pas courir pour le joggeur qui ne court que pour lui. Je ne peux pas courir pour la société qui ne court que pour elle. Alors je suis un autre joggeur qui ne court que pour lui. Alors je suis une autre société qui ne court que pour elle.

Aussi nous ne sommes qu'à l'image de notre société. Aussi l'image de notre société est l'image du joggeur. "There is no finish line" qu'il était inscrit sur le tee-shirt du joggeur, mais cette ouverture n'est plus ouverture à l'aventure.

Elle est ouverture sur le néant et l'ennui de l'existence sans fin et sans autrui. Et si l'expression est restée de courir après quelqu'un il y a beaucoup d'hommes et de femmes qui courent tout seul sur les bords de Marne, ce sont les joggeurs des bords de Marne.

Le dernier des romantiques


Son questionnement n'était-il pas celui que pourrait avoir le dernier des romantiques sur les bords de Marne. Aux cygnes qui auraient rejoins le règne animal on préférerait les canards à qui on donnait à manger, signe d'après lui de la vulgarité des temps.

On voyait bien un peintre ici et là sur les bords de Marne et on entendait bien, aussi qu'on le voyait, un musicien, mais c'était en vain qu'ils chercheraient a rendre son romantisme aux promenades sur les bords de Marne, il fallait croire que ce n'était plus dans l'air du temps.

Les guinguettes où on allait danser étaient bien toujours là et on y allait bien toujours danser mais comme elles lui paraissaient alors grotesques et désuètes et fréquentés que par un âge qui n'inspire plus de sentiments romantiques mais bien la fin de tout romantisme.

Le pas du promeneur lui-même s'était perdu, et ne pensait-il pas au promeneur rêveur, au promeneur romantique, pour céder la place au marcheur armé de bâton et au joggeur; il y avait bien encore quelques amoureux mais étaient-ils si romantiques qu'ils l'avaient été par le passé?

Et quand il tombait sur des aires de jeu et des parcours de santé il croyait comprendre que le divertissement et la santé l'avaient emporté, que l'avaient emporté les joies du corps sur les joies de l'esprit.

Et qu'il y avait comme un vide, comme un manque, comme une absence qui serait comme la présence de corps, de son propre corps qu'on aurait vidé de l'intérieur; ce serait à l'extérieur l'intériorité qui viendrait à manquer et ce manque qu'il viendrait à ressentir.

Le dernier des romantiques ne trouverait plus dans le décor romantique des bords de Marne qu'un décor vide, qu'un décor de cinéma, qu'une façade et le vide derrière; plus rien n'emplirait l'air car ce qui emplirait l'air ne pouvait être que l'esprit et l'esprit n'était plus au romantisme.

vendredi 13 mars 2026

Une impression notable


Il lui fallait noter cette impression et réfléchir dessus parce qu'elle était forte et inhabituelle bien qu'il pourrait la rapprocher d'autres impressions similaires mais ce ne serait que pour mieux l'en distinguer. 

Au cours d'une de ses nombreuses promenades sur les bords de Marne et au lieu d'être gagné par une certaine lassitude, d'être blasé par un environnement qui l'avait pourtant ravi, il fut saisi par cette impression qu'il avait ressentie la première fois que Sylvie lui avait fait connaître son lieu de résidence. Elle le lui serait apparue en personne, et c'était huit mois au moins après son décès, qu'il n'aurait pas été aussi surpris et émue par l'endroit. Cependant, ce qui lui était arrivé paraitrait plus crédible qu'une apparition de la défunte, et c'est ainsi qu'il la reçue. 

Mais, à bien y réfléchir, c'était à peine croyable: comment pouvait-il avoir ressenti aussi fortement ce qu'il voyait, comme si c'était la première fois qu'il le voyait et en présence de la femme qu'il aimait, ce qui ne pouvait qu'avoir ajouté à son émoi, aussi que la beauté de sa femme à la beauté des lieux; et ceci qu'il s'y retrouvait bien des années plus tard, après qu'elle soit morte d'une longue maladie débilitante et après que bien des fois il eût pu trouver le lieu plutôt déprimant, ce qui d'ailleurs lui avait souvent fait renoncer à revenir en des endroits qu'ils avaient fréquentés ensemble.

Ainsi, il en avait été différemment quand sur les quais de la Seine et alors qu'il était en charmante compagnie, et c'était avant Sylvie, il avait eut le sentiment, un sentiment bien tragique celui-là, qu'il y reviendrait mais seul cette fois. Et cela c'était effectivement produit et il en avait été très malheureux. C'est ce qui arrive le plus fréquemment quand une personne chère nous a quitté et que nous sommes amenés à repasser par ces lieux qui ne manquent pas de nous la rappeler.

Ce n'avait pas été le cas cependant et ce n'est que maintenant s'interrogeant sur cette impression qu'il se rappelait que c'est exactement ainsi qu'il avait éprouvé les lieux quand pour la première fois il en avait eu connaissance et que c'était Sylvie et personne d'autre qui lui avait permise et procurer une telle émotion. Son amour aussi était neuf alors. C'était il y a plus de dix ans. Quand il ne songeait plus désormais qu'a quitter Saint Maur et les bords de Marne parce que Sylvie qui l'y avait amené les avait quitté et que justement cette impression lui avait semblé définitivement morte.

Excepté cette apparition, car bien qu'il n'y eut pas apparition il pourrait en parler comme d'une apparition pour le caractère éphémère de l'impression reçue et l'inhabituelle bonheur que sa fréquentation des bords de Marne lui avait procuré; fraîcheur aussi du sentiment auquel il avait coûté à sa mémoire d'opposer un franc démenti. Pourtant, quelques secondes, il avait été heureux comme il y avait longtemps qu'il n'avait plus été heureux et comme, il y avait fort à parier, il ne le serait plus jamais, car, entre-temps, il avait perdu Sylvie.

samedi 20 septembre 2025

Les orphelins


Je me laisserais plumer

Par qui toi tu as aimer


On dit qui aime bien châtie bien

Quand de toi ont pris grand soin


Qui ni par vocation ni par amour

Compagnons de tes derniers jours


Sont sans toi restés à ma merci

Ceux qui avec moi te remercient


Simplement pour avoir été

Tout le temps à nos côtés


Toi de ta gaieté

Nous a tant gâté


Que nous pauvres ères

Avons perdus une mère


Il y en a un qui te faisais bien rigoler

C'est un drôle qui ne sait plus où aller


Il y en a une qui te sortais au café

Te donnai à manger et aussi t'a lavé


Et ya moi pas le plus gentil des trois

C'était parce que je t'aimais je crois


Et si aucun de nous n'est un saint

On est tous restés de toi orphelin

mardi 19 août 2025

Promenade sur les bords de Marne


Ecrire comme je marche, écrire dans la foulée, avec pas moins de gratuité et de liberté, le journal de mes pensées, méditations d'un promeneur. Il y a des pensées qui méritent qu'on s'y arrête mais y revenir ce n'est pas s'y arrêter c'est les continuer, les poursuivre, les approfondir. Cette conversation hier au cours d'un bon repas pris avec Louis et Rosana et Roland comment l'oublier. Mais tout fini par s'oublier, allez! il faut l'écrire. 

Rosana avait un nom pour ces femmes qui font en Italie office d'auxiliaires de vie que j'ai d'ailleurs déjà oublié, et un statut qui leur est accordé en reconnaissance de leur travail mais pour Louis c'était de l'esclavage et en France le droit du travail ne le permettrait pas. Ces femmes, reprit Rosana, ne touchaient rien au pays, pas même des allocations, alors qu'au bout de dix ans en Italie elles reviendraient avec un pactole leur permettant d'avoir une maison et de payer des études à leurs enfants; et puis elles n'étaient pas toujours si mal traitées que ça.

Louis n'en démordait pas, sans doute cette exploitation lui rappelait d'autres exploitations, il n'était pas Italien pour rien mais Rosana aussi était Italienne qui disait (si je l'ai bien comprise) qu'il fallait partir de ses femmes et non des revendications sociales et des droits sociaux, mais de la vie de ses femmes dans leur pays d'origine qui n'était pas forcément plus enviable qu'en Italie et surtout moins porteuse d'avenir pour elles et les leurs. Roland qui pour les besoins de la conversation, de l'alimenter, et fort opinément devait se rappeler ses jeunes années et mai 68 déclara que c'était profiter de la misère du monde.

Cette femme avec son chien, gros au pelage noir reluisant sous les réverbères des bords de Marne, parce qu'il commençait à faire nuit, suffisamment en tout cas pour que l'éclairage électrique et public se déclencha, s'étaient comme arrêtés alors que j'avançais bon train en leur direction, elle tentait vainement de le faire avancer. Je l'aurais impressionner, m'exclamais-je. Elle sourit comprenant l'ironie de mon propos: comment pouvais-je prétendre l'impressionner. Non, il attendait, dit-elle, pensant qu'il y aurait un chien avec vous. Et maintenant ajouta t-elle en riant, et comme je m'en allais d'un bon pas, il a une grosse déception.

Mais je ne voulais pas perdre le cours de mes pensées et me rappelais à ce propos ce que Louis Mozzini ex-champion senior de natation nous avait raconté à Roland et à moi surtout qui comparait le plaisir que l'on peut avoir a marcher et qui est de contempler un paysage (quoiqu'en réalité plus qu'un paysage ce soient mes pensées qui m'occupent) au déplaisir que l'on peut avoir a compter les petits carreaux du carrelage que l'œil du nageur ne peut manquer de voir en regardant le fond de la piscine. Ce n'était pas le carrelage qu'il avait à compter, rectifia Louis, mais la distance parcourue, et comme il n'aimait pas moins que moi qu'on le distrait de ses pensées il avait un truc, et je me rappelais de ce truc.

5Om qu'il se répétait comme il était en train de nager, 5Om5Om5Om5Om5Om5Om5Om, jusqu'à ce que cela s'inscrive dans sa tête comme un air de musique (ce sont ses propres paroles), alors seulement il pouvait s'arrêter de compter sûr qu'il y penserait le moment venu quand il devra Louis le remplacer cet air de musique par un autre air de musique, par 1OOm1OOm1OOm1OOm1OOm1OOm1OOm, nouvelle musique dans sa tête qui lui permettait de revenir à ses chères pensées. Quant à moi tout le long de ma promenade le long de la Marne et au vu de tout ce qui distrayait ma pensée je me répétais l'individuel et le collectif, puis ça devint le social et le personnel, puis devint encore l'homme et la société.

C'est qu'il me semblait que Rosana et moi nous partions de l'homme (ou de la femme) existant tandis que Louis et Roland eux partaient de la société et c'est en quoi les considérations sociales ne considèreraient pas forcément l'humain et c'est pourquoi les gens que la société (la bonne société ou la société bien pensante) voudrait défendre ne se sentiraient pas forcément défendus par elle mais empêchés par elle. Il y a pire. Et cela n'engage que moi qui voyais qu'alors que certains privilégiés se sentiraient investis d'une mission sociale beaucoup par contre se sentiraient complètement désolidarisés des autres (par eux traités d'assistés) du fait que cette mission au lieu d'incomber à tous (tous pour un, un pour tous) incomberait à l'Etat (et ses hauts dignitaires) et autres institutions émérites (et ses hauts fonctionnaires) qui seul en tireraient la gloire et les lauriers.

Une branche d'un arbre était tombée qui me barrait le passage et que j'eus à contourner, de l'autre côté encore une femme (avec son chien) à qui je le fis remarquer, oui qu'elle dit sobrement comprenant que c'était histoire d'engager la conversation mais il fallait encore qu'elle comprenne que c'était à titre gratuit que je le faisais, que je n'entendais en tirer aucun parti, sans doute me suis je moi aussi senti investi d'une mission qui soit de rendre aux rapports humains leur naturel et leur gratuité; et la quittant sans rien ajouter, et la quittant sans lendemain qui chante (aussi ne devais-je plus croire aux lendemains qui chantent), je fus bientôt repris par mes pensées 15Om15Om15Om15Om, ça y est je me suis pris pour un grand nageur, pour Luigi Mozzarini, quand je ne suis qu'un pauvre penseur en proie à ses pensées.

Un gros plouf dans la Marne m'en distrayait cependant. Je m'attendais à voir bientôt émerger la tête d'un chien qui voudrait rapporter à son maître le bâton qu'il y aurait jeté ou bien celle d'un gosse en mal de baignade mais c'était la tête d'un homme un peu dégarni comme longtemps je m'étais représenté, moi qui avais beaucoup de cheveux, les intellectuels, et je trouvais bon que les intellectuels se jettent à l'eau, d'autant que cela me renvoyait à ce que j'avais lu récemment dans A.O.Barnabooth, le journal intime de Valéry Larbaud: "Si je n'en étais encore qu'aux débuts de la vie intellectuelle, lorsqu'on commence à peser le pour et le contre sans mettre son moi dans la balance?". C'est que sans toutes les passions qui nous animent nos conversations seraient hors de la vie, avec les événements historiques et ceux qui les expliquent, avec la société et les sociologues qui l'expliquent, quand la vie elle est avec nous qui la vivons.

lundi 18 août 2025

Le metteur en scène


Je suis passé de Saint-Maur à Champigny en passant de l'autre côté de la Marne, et, entre les deux, pas de frontières. Je le dis comme ça parce que je me suis senti dépaysé et ravi de l'être à deux pas de chez moi, sans avoir à aller à l'étranger, je le dis encore comme ça parce qu'à cette époque de l'année pour être dépaysé il y en a qui ressentent la nécessité d'aller à des milliers de kilomètres de chez eux et ça me parait aussi bête que d'avoir à se battre encore pour des frontières.

Aussi bien c'était l'Afrique que l'Inde et comme je ne suis pas un spécialiste de l'Inde ou de l'Afrique je m'imaginais que ces femmes étaient comme emmitouflées dans de grands draps colorées mais à peine chaussées, on dirait ici mal chaussées mais bien marchaient sans s'en soucier, et parlaient entre elles sans accent une langue qui leur allait naturellement bien comme tout ce qu'elles portaient. Je savais cependant qu'elles comprenaient la mienne et je les en remerciais parce qu'il m'aurait été difficile de parler la leur.

Je me souviens aussi de cette fille qui ne devait pas avoir vingt ans et de son jean usé avec des trous au niveau des genoux, il était clair que le monde lui appartenait et qu'elle était cent pour cent sûre de ce qu'elle pensait et que ce qu'elle portait si elle le portait c'est parce qu'elle avait choisi elle de le porter. Quand vous vous le savez bien il n'en était rien : tout ce qu'elle portait comme tout ce qu'elle pensait répondaient à la mode de son temps, et les modes passent et changent aussi bien que le temps. Et il faisait beau dans sa vie sans qu'elle sourit.

Je croisais encore une autre femme s'approchant davantage de mon âge mais pas plus de moi, c'est que comme j'étais un homme qui marchait seul et qu'elle était une femme qui marchait seule il ne fallait pas que je crois… Au fond d'elle qui sait si elle n'aurait pas aimé que je lui parle à moins qu'ayant fait un beau mariage et habitant les beaux quartiers et forte de son importance elle puisse s'étonner qu'on s'adresse à elle comme à n'importe qui. Elle faisait cependant elle aussi partie du paysage et de la mise en scène, pas plus pas moins, que moi le metteur en scène.