Il lui arrivait avec tous les gens qu’il connaissait et cela pouvait même s’étendre à ceux qu’il n’avait fait que croiser ce qu’il arrive à qui a tendrement aimer au point de s’entretenir avec l’être aimé et en son absence de choses qu’il n’oserait jamais lui dire en vérité, d’imaginer des conversations qu’ils n’ont jamais eues. Cela pouvait le rendre d’autant plus prudent sur ce qu’il dirait pouvant dévoiler ces conversations secrètes qu’il n’avait en fait qu’avec lui-même. C’est ainsi que dès son plus jeune âge il s’était déjà entretenu longuement avec ses parents qui en réalité n’avaient pas échangés avec lui le traître mot. Il avait ainsi des conversations avec les défunts comme avec les vivants. Il pouvait aussi répondre à un auteur qu’il avait lu comme entendre les réponses de l’auteur ; ainsi alors qu’il avait cessé de lire et s’était endormi il se rendit compte qu’il avait poursuivit sa lecture les yeux fermés, c’est qu’il continuait à discuter avec l’auteur. Il pouvait également vous prêter des propos que vous n’aviez jamais proférés comme des pensées qui ne vous auraient jamais effleurées l’esprit. Conséquence de tout cela il croyait mieux vous connaître quand il ne faisait que de vous imaginez. Sans doute trouvait-il trop maigre la part de réalité, trop peu ce qu’elle lui disait de l’autre, pour qu’il se mit réellement à exister à ses yeux, pour qu’il ait cette épaisseur suffisante qui lui fasse l’aimer, car c’était avant tout un être aimant qui trouvait qu’il n’y avait pas assez en l’autre à aimer. C’était comme un enfant à qui on avait donné une part de gâteau quand c’est le gâteau tout entier qu’il aurait aimé manger, alors, il ne lui restait plus qu’à imaginer la part manquante et c’est ce qu’il faisait, car il n’aurait pu se contenter de ce qui lui revenait. Il faut dire pour sa défense que c’était bien peu ce qui lui avait été alloué de recevoir des autres. Il faisait parti de ses êtres habitués à beaucoup donner pour peu recevoir. Comme il ne pouvait recevoir plus ni ne se résignait à sa part congrue avait-il trouvé en lui cette ressource cachée. C’était comme un buffet à volonté où il y pouvait allé manger à chaque fois qu’il voulait. Et il ne se gênait pas pour le faire. Cela requérait seulement qu’il soit seul. Et c’était tout le paradoxe de sa vie : il lui fallait être seul pour ne pas l’être ou c’est encore quand il l’était le plus qu’il l’était le moins. Il finissait d’ailleurs par trouver si pauvre la présence des autres, de la trouver si peu présence, qu’il n’avait qu’une hâte et c’était de la compléter en leur absence. Il se pouvait alors qu’il ait envie de les revoir tellement ils s’étaient enrichis par leur absence. N’est-ce pas ainsi que l’être aimée en nous grandit ? Il lui était apparu cependant si petit cet amour qu’il avait tant attendu une fois qu’il l’eut connu qu’il s’en sépara bien vite et ce n’est que des années après qu’il pu retrouver cette dimension que la réalité avait tant contrariée ; il ne voulait simplement plus qu’il y soit confronté. Les autres occupaient tant de place en lui et si peu dans sa vie. Il y a des vies si pleines qu’en comparaison la sienne pouvait paraître vide. Mais dans ces vies si pleines la pensée est-elle si occupée par les autres que n’était la sienne ? Il pensait parfois que les objets pouvaient occuper plus leurs pensées que les êtres humains et que ce n’était que d’objets qu’ils parlaient même quand ils parlaient d’êtres humains. Ils aimaient cependant et ils souffraient d’aimer, mais ils mettaient l’amour de côté comme l’on range un objet, tandis qu’à lui l’amour l’envahissait comme une pensée subtile et pénétrante.