Affichage des articles dont le libellé est Conversations. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Conversations. Afficher tous les articles

samedi 1 janvier 2022

L'être aimant

 

Il lui arrivait avec tous les gens qu’il connaissait et cela pouvait même s’étendre à ceux qu’il n’avait fait que croiser ce qu’il arrive à qui a tendrement aimer au point de s’entretenir avec l’être aimé et en son absence de choses qu’il n’oserait jamais lui dire en vérité, d’imaginer des conversations qu’ils n’ont jamais eues. Cela pouvait le rendre d’autant plus prudent sur ce qu’il dirait pouvant dévoiler ces conversations secrètes qu’il n’avait en fait qu’avec lui-même. C’est ainsi que dès son plus jeune âge il s’était déjà entretenu longuement avec ses parents qui en réalité n’avaient pas échangés avec lui le traître mot. Il avait ainsi des conversations avec les défunts comme avec les vivants. Il pouvait aussi répondre à un auteur qu’il avait lu comme entendre les réponses de l’auteur ; ainsi alors qu’il avait cessé de lire et s’était endormi il se rendit compte qu’il avait poursuivit sa lecture les yeux fermés, c’est qu’il continuait à discuter avec l’auteur. Il pouvait également vous prêter des propos que vous n’aviez jamais proférés comme des pensées qui ne vous auraient jamais effleurées l’esprit. Conséquence de tout cela il croyait mieux vous connaître quand il ne faisait que de vous imaginez. Sans doute trouvait-il trop maigre la part de réalité, trop peu ce qu’elle lui disait de l’autre, pour qu’il se mit réellement à exister à ses yeux, pour qu’il ait cette épaisseur suffisante qui lui fasse l’aimer, car c’était avant tout un être aimant qui trouvait qu’il n’y avait pas assez en l’autre à aimer. C’était comme un enfant à qui on avait donné une part de gâteau quand c’est le gâteau tout entier qu’il aurait aimé manger, alors, il ne lui restait plus qu’à imaginer la part manquante et c’est ce qu’il faisait, car il n’aurait pu se contenter de ce qui lui revenait. Il faut dire pour sa défense que c’était bien peu ce qui lui avait été alloué de recevoir des autres. Il faisait parti de ses êtres habitués à beaucoup donner pour peu recevoir. Comme il ne pouvait recevoir plus ni ne se résignait à sa part congrue avait-il trouvé en lui cette ressource cachée. C’était comme un buffet à volonté où il y pouvait allé manger à chaque fois qu’il voulait. Et il ne se gênait pas pour le faire. Cela requérait seulement qu’il soit seul. Et c’était tout le paradoxe de sa vie : il lui fallait être seul pour ne pas l’être ou c’est encore quand il l’était le plus qu’il l’était le moins. Il finissait d’ailleurs par trouver si pauvre la présence des autres, de la trouver si peu présence, qu’il n’avait qu’une hâte et c’était de la compléter en leur absence. Il se pouvait alors qu’il ait envie de les revoir tellement ils s’étaient enrichis par leur absence. N’est-ce pas ainsi que l’être aimée en nous grandit ? Il lui était apparu cependant si petit cet amour qu’il avait tant attendu une fois qu’il l’eut connu qu’il s’en sépara bien vite et ce n’est que des années après qu’il pu retrouver cette dimension que la réalité avait tant contrariée ; il ne voulait simplement plus qu’il y soit confronté. Les autres occupaient tant de place en lui et si peu dans sa vie. Il y a des vies si pleines qu’en comparaison la sienne pouvait paraître vide. Mais dans ces vies si pleines la pensée est-elle si occupée par les autres que n’était la sienne ? Il pensait parfois que les objets pouvaient occuper plus leurs pensées que les êtres humains et que ce n’était que d’objets qu’ils parlaient même quand ils parlaient d’êtres humains. Ils aimaient cependant et ils souffraient d’aimer, mais ils mettaient l’amour de côté comme l’on range un objet, tandis qu’à lui l’amour l’envahissait comme une pensée subtile et pénétrante.

vendredi 23 avril 2021

Le malfaisant

 

Vous aimez ?

Quoi ?

Ce que vous faites ?

Pourquoi ?

Pour le faire bien.

Pourquoi ?

Parce que le malfaisant est celui qui mal fait.

Et que faites-vous des compétences ?

Vous pourrez encore plaider l’incompétence.

Pourquoi ?

Parce que vous n’aviez pas l’intention de mal faire.

Non !

Seul un malfaisant à l’intention de mal faire.

Oui !

Et cependant il ne peut pas aimer ce qu’il fait.

Non !

Mais vous vous aimez ce que vous faites ?

Oui !

Alors vous n’êtes pas un malfaisant.

Mais j’ai mal fait !

Et vous êtes prêt à recommencer jusqu’à bien faire ?

Oui !

Tandis que le malfaisant lui est prêt à recommencer à mal faire.

C’est vrai.

Et comme lui tout celui qui n’aime pas suffisamment ce qu’il fait pour recommencer jusqu’à le faire bien.

Il y a donc beaucoup de malfaisants et je peux encore me compter parmi eux ?

Non, vous n’êtes pas malfaisant, mais il ne faut pas croire non plus qu’on est bienfaisant du jour au lendemain.

 

vendredi 1 mai 2020

Pourquoi entendre veut dire aussi comprendre en français


Celui qui a conversé avec beaucoup d’autres qui eux-mêmes ont conversé avec beaucoup d’autres, croyez-vous que quand il converse avec vous il cesse subitement de converser avec les autres. Non ! Mais c’est à vous seul qu’il parle et pour ce faire il ne rapporte pas toutes les conversations qu’il a eut avant la vôtre, et se contente de vous parlez comme s’il était seul à vous parlez, de là résulte la difficulté que vous avez à le comprendre. Il ne suffit pas pour cela de suivre le fil de la conversation, car ce n’est pas un fil mais un tissu de fils qui se croisent et entrecroisent en différents points qu’il vous faudrait suivre. C’est pourquoi souvent ce qui passe pour de l’intelligence est de l’érudition, mais ne peut-on pas dire aussi de celui qui a élevé sa conversation, ou a su l’enrichir de toutes les autres conversations qu’il a pu avoir avec d’autres que vous, à un niveau de complexité et de subtilité tel que vous n’arrivez pas à le suivre, que celui-là est intelligent ? Tête bien pleine serait aussi tête bien faite ? Par contre, ce qu’il ne doit pas c’est vous découragez en vous subjuguant par une conversation que vous n’êtes pas en mesure de suivre et c’est ce qu’il vous arrive quand vous lisez sans comprendre ce que vous lisez, que cela ne vous décourage pas de lire et vous renvoie par exemple à ne faire que regarder des films à la télé, en vous disant que cela n’est pas pour vous, ne sera jamais pour vous. En effet cela n’est pas pour vous mais peut le devenir plus vite que vous ne le pensez. Ce ne sont pas les auteurs difficiles qui vous font perdre votre temps mais les auteurs faciles. Tandis que ces derniers n’ont rien à vous apprendre, des premiers vous apprendrez beaucoup. Et dites-vous bien que de reprocher à un auteur d’être « compliqué » c’est comme de reprocher à quelqu’un d’avoir eu de nombreuses conversations avant de parlez avec vous. La langue a ses limites qui empêchent de parler à tout le monde en même temps, et c’est souvent ce qu’ils font en vous parlant. Sans compter que l’on ne fait jamais que de se parler à soi-même, mais un soi-même qui n’est plus tout à fait seul tellement il s’est enrichi de la voix des autres qu’il a fait sienne, comme des idées des autres qu’il a fait siennes. N’entendez jamais un seul être qui vous parle. Mettez vous à entendre des voix comme la petite Jeanne de France. Et quand je dis la petite Jeanne de France entendez-vous à la fois Jeanne d’arc qui entendait des voix et la Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France du poète Suisse Blaise Cendrars. Alors, vous commencez à comprendre pourquoi entendre veut dire aussi comprendre en français.

vendredi 15 novembre 2019

L'aliénation

Hier j'étais en grande conversation avec le camarade Marx. Il y en a qui diront que je devrais surveiller mes fréquentations. Il y en a d'autres qui diront que c'est tout bonnement impossible, mais c'est oublier que ceux à qui on pense ne sont jamais mort, c'est pourquoi j'ai souvent des conversations avec les morts, conversations je ne vous le cache pas beaucoup plus instructives qu'avec les vivants. J'aimerais aujourd'hui vous en rapporter les propos mais j'en suis tout à fait incapable et j'espère qu'il ne m'en voudra pas trop le camarade Marx car néanmoins je me suis fait ma petite idée de ce qu'est l'aliénation, sujet dont nous avons longuement débattu ensemble.

L'aliénation c'est :

- Ne pas faire les choses pour elles-mêmes mais pour ce qu'elles nous rapportent (c'est comme on dit perdre sa vie à la gagner).

- Donner toute sa vie pour l'acquisition d'un bien quand il n'y a pas de valeur plus haute que la vie qui ne mérite donc pas qu'on la rabaisse. Car c'est la rabaisser que de la ramener ou de la réduire à l'acquisition d'un bien quelque soit sa valeur.

- Ne pas faire des études pour acquérir des connaissances mais des diplômes (c'est le bachotage à tous les niveaux de l'acquisition des connaissances).

Cela revient à ne pas travailler pour soi, à nous aliéner notre travail, au point qu'il nous devienne étranger et se retourne contre nous : qu'au lieu de nous enrichir il nous appauvrisse, qu'au lieu de nous en approprier (de notre travail comme des fruits de notre travail) nous possédons un bout de papier ( valant titre de propriété ou universitaire) avec une valeur marchande dérisoire et aléatoire, car sujette aux fluctuations du marché.

En d'autres termes l'aliénation c'est quand tout ce qui devrait nous être profitable, nous enrichir, contribuer à notre bonheur, comme les biens matériels et spirituels (les connaissances) font plutôt notre malheur, nous appauvrissent, et cela parce que nous ne nous en approprions pas, nous ne les faisons pas nôtre, et nous nous donnons le change par la propriété fallacieuse de titres, fallacieuses parce que ne correspondant pas à notre vraie valeur qui elle n'est pas marchande mais vitale, pas plus grande mais plus haute et qui ne doit pas lui être assujetie ce qui est un inversement des valeurs : on ne vit pas pour manger on mange pour vivre, on peut aussi avoir faim ou soif de connaissances pas d'un diplôme.

S'émanciper dans le sens de se désaliéner reviendrait donc à ne plus faire les choses pour ce qu'elles nous rapportent mais pour elles-mêmes, acquérir des connaissances pour ces connaissances elles-mêmes et non pas pour le bout de papier valant titre de propriété de ces connaissances quand un affreux bachotage nous a empêché de nous en approprier véritablement.

Et si la société s'y oppose il faut s'opposer à la société c'est-à-dire en sortir comme on voudrait sortir d'un asile d'aliénés parce qu'on ne s'y sentirait pas bien traité sinon en aliéné ce que nous ne serions plus alors.

jeudi 22 août 2019

Conversation avec Jaime


Deux hommes parlent mieux qu'un seul. Je tiens la conversation comme le début de la civilisation et regrette que l'on se parle moins, fin et décadence de ladite civilisation. Mais quand plus de deux hommes se parlent je ne suis pas sûr que ceux qui s'y ajoutent ajoutent beaucoup à la conversation. C'est pourquoi je n'ai jamais aimé autant que parler à un seul homme à la fois. Il se trouve que ces derniers temps c'est avec Jaime que je parle. Maintenant quand Jaime parle il y a beaucoup d'hommes qui parlent avec lui parce qu'il connaît beaucoup plus de monde et sait beaucoup plus de choses que moi, pauvre de moi, trop longtemps réduit à me parler à moi-même qui ne peux lui rapporter que les propos que je me tiens.

Il se trouve que pour me rendre chez Jaime qui n'habite pas les beaux quartiers je dus prendre une ligne de métro que je n'ai pas prise depuis bien longtemps. Je me serais cru dans le RER. Le RER glisse toujours plus silencieusement, est plus confortable, plus propre, sort à l'air libre et prend la lumière du jour. Eh bien, j'eus droit à tous cela dans la rame de métro qui me conduisit chez mon ami. Qui plus est, la prochaine station était annoncée avant même l'arrivée sur les quais, on ne pouvait pas la manquer. Je le rapportais à Jaime ou plutôt la réflexion que je me fis.

Jaime, ils n'ont pas besoin d'en faire tant, il y a des années de cela moi et des milliers de gens prenions quand même le métro. Je veux dire : ils pourraient en faire moins que des milliers de gens et moi continueront à prendre quand même le métro. Pourtant ils les rendent plus silencieux, plus propres, plus spacieux et ces annonces vocales pour que l'on ne manque pas sa station, n'est-ce pas là une attention touchante ? Jaime acquiesça. On ne pouvait pas le nier. Il y avait un mieux. Mais est-ce que cela voulait dire que pour une fois l'homme pensait à l'homme plutôt qu'à l'argent ? Et s'il pensait à l'homme à quel homme pensait-il ?

C'est à peu près cela que me dit Jaime. Au touriste argenté plutôt qu'à celui qui se rend à son travail et plutôt à celui qui habite les beaux quartiers quand la ligne devient aérienne, pour qui l'on voulu que la rame soit silencieuse et belle à voir. Mais on ne pouvait en effet contester que cela profitait à tous. Cela ne me suffisait pas. Jaime, n'y a t-il pas un degré de sensibilité partagé par tous et qui ferait qu'on ne pourrait plus être traité comme du bétail, partagé même par ceux qui pourraient nous traiter comme du bétail ? On nous traite encore comme du bétail, conclut Jaime.

Il n'avait pas tort. Je n'avais pas raison. Il n'y a pas de splendide vérité. Il n'y a que d'orgueilleux mensonges. Et c'est ce que j'aime chez mon ami c'est qu'il ne donne ni dans l'un, ni dans l'autre. Et nous avions mieux à faire que de refaire le monde, nous étions le monde, le monde comme on la fait et comme il tâche de se refaire, non pas à l'image des dieux mais à l'image de l'homme, à l'image de l'image qu'il se fait de l'homme, si je veux être plus précis et ne point trahir la pensée de mon ami Jaime.



vendredi 16 août 2019

Conversación con un muerto


Ni recuerdo cuando has muerto, ¿bastante tiempo ?, verdad, ¿Qué pregunta ?, me diras, cuando para ti el tiempo ha dejado de pasar, que esto es la nueva condición tuya que te envidio. ¿Recuerdas ? Bueno, cómo puedes recordar si has muerto, aunque tampoco me creo todas estas tonterías de que se pasa por el lethe cuando se va uno al infierno. Disculpa si no tengo piedad a los muertos. Ya sabes nunca fue hipócrito, sencillo, inocente,¡sí ! Pero no hipócrito. Muchos hablan mal de las personas y cuando están muertas de malas pasan a ser buenas, y más cuando fueran importantes. Es como si ellas habran pasado por el río lethe no el muerto de poco que se acuerdan de quien era. Yo no te he olvidado. Fuíste él que me dio palizas, fuíste él que me insultó de holgazán, de tonto ; fuíste él que me echó a tierra y me puso más bajo que tierra, ¡hombre ! Como quieres que esto se olvidé así por las buenas, así porque has muerto, que el tiempo no lo entierra todo. Aunque aquí sí que te han enterrado, empezando con tu mujer. No tardó mucho, en su lecho de muerte todavía caliente estaría tu cuerpo, cuando ella ya calentara el suyo con otro hombre. Yo en aquel entonces te lloraba como quien acaba de perder a su padre. El golpe fue contundente y de repente, digo el de tu muerte, y como cuando me golpeaste me dio de lleno y fuerte.¡Sí ! Lloré tu muerte. ¡Sí ! Sencillamente. Mi suegro ¿Recuerdas? Te voy a ayudar : él que salía de pesca contigo, Antonio se llamaba y sigo llamándose, pienso yo ; pues, Antonio mi suegro, tu amigo de pesca, decía que en tiempo de Franco nadie abriría la boca en contra cuando una vez muerto todos a ladrar como perros. Habras sido tú uno de estos despotas, pequeños tiranos de casa, que solo una vez muertos en contra se puede uno abrir la boca. Posiblemente sí, que incluso ahora el miedo a palizas me tiene tieso como antes cuando las recibía. Pero, como ves no he cambiado un ápice y estoy siempre para recibirlas de tu autoridad puesta a mal, porque pueden declarar a mi favor de que no he esperado el día de tu muerte. Ahora, como tampoco quiero que me consagren como santo y martirio, no te doy la absolución de todo pecado. ¿Me entiendes?,¡Nunca me has entendido! ¿Cómo me vas a entender ahora?

Ví titilear una estrella en una noche andaluza que pasé a cielo raso preguntándote que me contestara porque acabaste de morir sin que tengamos nunca una conversación de padre a hijo. De sencillo e inocente como era vi en esta estrella tu contesta como si brillara por mí cuando tú nunca vivíste por mi, ni siquiera como un padre. Esta estrella era una estrella fugaz como tu vida fue una estrella fugaz. Ahora te llevó cinco años más de vida y es como si te sobrevivira, ¿entiendes?, no como si fuera tu hijo pero un hombre que te ha superado en edad. También levanta esta antigua sospecha que tenía cada vez que me pegabas : que tú no eras mi padre, que sino no me pegarías así y más : de vez en cuando me hablarías como un padre habla con su hijo. Gracias a Dios, padre, no tengo hijo porque sino no sabré como hablarle a mi hijo, ya que tú no hablaste con el tuyo. Ya sé, no era lo mismo con mis hermanos. De allí mi sospecha. Mi sospecha se hizo más sospecha cuando tu mujer empezó ser la mujer de otros, que tal vez siempre lo fue. Y tus palizas a tu mujer, que también a ella la pegaste, recuerdo una cierta noche, ¿Recuerdas? ¡No! ¡Cómo vas a recordar! Y tus palizas no sé si se justificaban al momento pero sí que tenían un carácter profético y quien sabe si no se fundaban en un pasado desconocido de mí, pero que participó a mi nacimiento. ¿Contigo te llevaras un secreto de familia, el de la infidelidad de tu mujer? Pues es un secreto a voces cuando uno se lleva la cuenta de todos los hombres que si te fueron posteriores y nada dicen de los anteriores sino que también pudieran ser numerosos. En vez de decirte burradas preferiras padre que te doy noticias de Daniel que también se llama Pascual como tú ; o de Bernard, ¿No? No de Bernard. Disculpe padre se me olvidaba vuestro último enfado cuando Bernard para acercarse de su padre, para reclamarse de ti se hizó nacionalista ¿No fuiste tú « pour l'Algérie Française » y no encontró más de tu parte que rechazo porque te habías convertido en un socialista de buen tono, reservándote lo de despota, de tirano, para casa adentro. Entonces Bernard no dio conmigo la vuelta a los hospitales acompañandote en tu última gira no muy divertida, la verdad. Pues, que lo quieras o no, te voy a dar noticias de Bernard.¿Recuerdas ? ¡No ! No recuerdas cuando se quedó Daniel con vosotros en Nueva Caledonia mientras nos mandabaís a Bernard y yo con un año de antelación a un pensionato de Francia, que recien salidos estábamos del pensionato de Nouméa. Pues, siendo yo el mayor, tenía que cuidar de Bernard e informarles por carta de cómo Bernard se había comportado. No lo hice. Ahora sí, que lo quieras o no, te diré como se porta Bernard. Siempre como uno que no tiene padre ni madre a su lado y busca familia en la patria y porque tampoco allí la encuentra, en la droga busca su fin y su felicidad. Más noticias te daré más tarde si quieres, padre, que ahora me llaman los vivos a que los atienda, ya sabes como yo valgo para estas cosas, padre, que bastante lo aprovechaste.

mercredi 17 juillet 2019

Le dernier des communistes


Vu Jaime aujourd’hui. Avons mangé ensemble, un peu, et beaucoup parlé. Toujours cette impression de pauvreté quand il fait tout pour élever mes propos ; ce supplément de richesse qu’il leur apporte, il me faut le prendre avec beaucoup d’humilité, ne pas chercher à rivaliser, à avoir le dernier mot, écouter, écouter, écouter. Je crois l’avoir écouté un peu plus cette fois-ci, et avoir un peu moins à me reprocher de ne pas l’avoir fait. Cependant, je n’ai pas manqué de lui dire qu’à la maison mon père nous parlait de Moshe Dayan, que cela n’a peut-être rien à voir, mais qu’est venu s’ajouter à ce héros les héros de la Résistance française, au nombre desquels on comptait des prêtres et des communistes. Inattendu comme rapprochement quand on sait que communisme et religion ne vont pas de pair, et pourtant cette foi, cette engagement… Voilà à peu près tout ce que je lui ai dit. Et ce que je ne lui ai pas dit, pour ne pas avoir à regretter tout ce sur quoi j’aurais aimé l’entendre parler, je peux le dire maintenant. Que cette foi, que cet engagement, envers et contre tout, le passé, le présent, je m’étonnais de le trouver encore si vivant en lui quand l’apathie semble nous avoir tous gagnés, qu’on pense « aucune guerre ne nous menace », et que nous vivons sur nos acquis comme de riches héritiers vivent de leur rente. Et cette impression bizarre que j’ai eue, sûrement en pensant au dernier des Mohicans, de voir le dernier des communistes.


lundi 2 juillet 2018

Le mal de vivre


  • Il a le mal de vivre
  • C'est quoi ça ?
  • Vous ne savez pas ?
  • Non !
  • Eh bien, c'est un mal qui l'empêche de vivre comme tout le monde
  • Je vois

On dirait que la vie, la vraie vie, continue de se produire. Mais loin des micros, des porte voix, des porte paroles et des caméras. Il s'en défend.

  • Pas moi, sûrement pas moi

Dit celui qui l'entend et qui la voit. On ne saurait braver l'interdit et les non dits.

  • S'il vous dit qu'il n'a rien vu d'autre que ce que vous lui montrez à la télé, rien entendu d'autre que ce que vous dites aux actualités

Le mal de vivre procède d'une privation de la vraie vie. Heureusement pour lui, on lui administra une dose massive de télé et d'actualités et il revint à lui et à nous, chers téléspectateurs.

samedi 9 juin 2018

Conversation avec mon père

Mon père eut le choix entre Cayenne et la Nouvelle Calédonie. C'est le même choix je crois qu'on eut les bagnards autrefois. Mais mon père était fou de joie. Et sûrement qu'il regretta la Nouvelle Calédonie comme il avait regretté l'Algérie. En réalité les exilés n'ont pas d'autre choix que l'exil. Mais cela mon père ne le savait pas. Il ne tenait seulement pas en place. Il y avait toujours une place qui lui en rappelait une autre et toutes la première qu'il ne savait sans doute plus être laquelle. Un bateau qui a largué les amarres combien a t-il de ports d'attache? La mer. Il aimait la mer. La mer est la terre des exilés. La mer est la terre de ceux qui n'ont plus de terre. La mer était la terre de mon père et du père de mon père. La mer est la terre de mes pères. Et mes pères ont tous péri en mer avec une terre en vue qu'ils croyaient être la leur.

- Là où tu es, père, dis-moi, as-tu enfin perdu la terre de vue?

Père, le ciel est une mer sans terre, sans rivage, sans mirage, d'où je crois t'entendre me dire:

- Ton rapport à la terre fils, oublie.
- Ton rapport à la mer fils, pense s'y.

- Oui, père

mercredi 23 mai 2018

L'histoire des pauvres


Il parlait, elle l'écoutait. Non ! Il parlait et elle ne l'écoutait pas. Ce n'était pas l'histoire qu'elle voulait entendre. L'histoire des riches. Elle n'aimait que l'histoire des riches. Celle du prince Harry par exemple qu'elle avait à peine hier et pendant des heures regardé et écouté à la télé ; ou cette autre plus ancienne qu'on lui avait sans doute aussi à longueur de journée et depuis sa plus tendre enfance rabâchée : celle des riches colons d'Algérie et des pauvres algériens, après, qui ont dû émigrer. L'Algérie était l'histoire des riches. L'émigration, l'histoire de l'émigration était l'histoire des riches. Mais son histoire à lui était l'histoire des pauvres. Il lui disait qu'avant les émigrés d'aujourd'hui il y avait eu les émigrés d'hier et qu'ils étaient eux, les pauvres, tous fils ou petit-fils ou arrière-petit-fils, non pas de riches colons d'Algérie, mais d'émigrés. Que des parents à lui, avant que les siens ne viennent en France, étaient allés en Algérie, et que ce n'étaient pas les riches colons que l'histoire rapportait. Mais elle ne l'écoutait pas. Il l'employait pour qu'elle s'occupe de sa femme qui était malade et encore hier elle lui avait demandé de l'argent. C'était à ses yeux, à n'en pas douter, un riche colon d'Algérie, un exploitant qui l'exploitait. Et son histoire des pauvres ne la faisait pas rêver. Peut-être aurait t-elle voulut qu'il soit son prince charmant. Et à défaut, à défaut qu'il banque. Elle ou sa sœur, comme dit la fable, l'avait même appelé le baron, sans doute par référence au baron de Rothschild. L'histoire des riches, c'était tout ce qui l'intéressait, on ne sortirait pas de là. Qu'il banque. Lui c'était Rothschild et elle la Beurette de service. Voilà comment l'histoire se rejouait entre eux. Voilà comment il ne voulait pas que l'histoire se rejoue entre eux. Alors il parlait et elle l'écoutait. Non ! Il parlait et elle ne l'écoutait pas.

mardi 10 avril 2018

La dureté (ou pourparlers sur l'amour)


Tu vois, P, je te l'avais dit, c'est lui qui est allé la trouver

Ils faisaient les malins tous les deux mais c'était bien la plus intelligente des trois. Du mal à s'exprimer,pas évident quand on n'a pas fait d'études. Pour ça, ils en avaient fait eux des études, pour la même raison qu'ils n'avaient pas beaucoup travaillé ; quand L qui n'avait pas fait beaucoup d'études avait toujours travaillé et travaillait toujours. C'est peut-être un peu pour ça qu'ils la méprisaient. Non, ils n'étaient pas comme ses enfants. Un jour L avait dit.

Tu sais, P, les enfants peuvent être durs parfois

Sa fille lui avait dit qu'elle jamais elle ne ferait ça. Les enfants ont du mal à trouver du travail, L ne comprenait pas, L avait toujours travaillé et jamais trouvé ça avilissant. Les enfants avaient dû aussi aller à l'école plus longtemps qu'L ou rêver plus longtemps qu'L. Tout comme eux deux, P et M, qui se croyaient très intelligents et la chahutaient à longueur de journée. C'est vrai qu'L leur rendait le travail facile, celui de se moquer, mais aussi celui de vivre ensemble, parce que c'était L qui faisait tout ou à peu près tout, autant dire les tâches les plus ingrates.

Je suis content pour lui

L était contente pour M, qu'il ait revu sa femme après leur séparation et put s'entendre au sujet de leur fille sans justice interposée. Il était allé la trouver et elle avait dit d'accord. M aurait tout fait pour sa fille mais si on lui avait dit qu'il allait revoir sa femme il y a à peine un jour il aurait répondu que pour sûr ça non, jamais, et c'était lui qui était allé la trouver ; comme un jour les enfants de L iraient au travail, il fallait bien qu'ils y aillent un jour le trouver le travail.

Tu vois, P, les femmes sont dures

L disait aussi de sa fille que sa fille était dure et c'était sa fille pas son garçon qui lui avait fait des remontrances. D'ailleurs le garçon acceptait un peu n'importe quoi mais pas longtemps, lui il aurait aimé (M aussi avait fait du foot) être footballeur, avait même faillit l'être, aurait dû l'être, mais ne l'était pas et devait chercher du travail comme tout le monde, c'est dur d'être comme tout le monde quand on s'est cru un moment différent. C'est ce que devaient se croire P et M et que s'était cru un moment le garçon de L. Mais la fille de L était plus difficile, ce n'était pas une question de foot ou de se sentir différent mais de caractère, elle ne disait pas oui à tout comme ça, et souvent non à sa mère.

Tu vois, P, il est encore allé la voir

L parlait de M, de M qui se vantait de n'être jamais tombé amoureux ni qu'il tomberait jamais amoureux mais qui était encore allé voir cette femme, pas sa femme, c'était fini avec sa femme, la mère de sa fille, mais avec une autre qui le faisait à nouveau rêver. Pour être plus juste, en parlant de M, il faudrait dire fantasmer, parce que pour lui, à l'en croire, ça passait par le sexe plutôt que par le cœur. Les femmes sont dures, disait L à P, ça passe ni par le sexe ni par le cœur mais, il faut qu'il banque sinon il peut aller se rhabiller. M qui disait ne pas être un rêveur était un rêveur s'il pensait que sa grosse bite pouvait tout faire, son quatre coups comme il disait.

Tu vois, P, les femmes sont dures

L répétait mais P ne savait plus ce qu'L voulait dire : dures au mal ou dures aux mâles, peut-être les deux, sûrement les deux. Il avait vu comment l'infirmière avait piqué L et comment L n'avait pas bronché. Lui, P, tout homme qu'il était, n'aurait pu être ni l'infirmière qui piquait ni L qui recevait la piqûre sans tourner de l'œil. Mais il n'y avait pas que ça, L disait aussi que les femmes ne lâchaient pas, ne lâchaient jamais. Pourtant P et M en tant que joueurs d'échecs savaient qu'il ne fallait jamais lâcher la tension au centre, que celui qui lâchait le premier souvent perdait, mais les femmes n'avaient pas besoin de connaître les échecs : elles ne lâchaient jamais disait L. Il fallait la croire : son mari qui l'avait trompée avait essayé de revenir, peine perdue, c'était une femme, L ne reviendrait jamais, plus dure que M, plus dure que P.

Tu vois, P, les femmes sont dures

P était un sentimental qui entretenait avec une femme qu'il aimait une relation platonique, voire épistolaire. Ils s'envoyaient des e-mails. Enfin, c'était toujours lui qui la relançait. Après elle lui répondait, certes, mais jamais dans ses mails elle n'avait montré le moindre signe compromettant. Peut-être avait t-elle lu (tout deux aimaient lire) de Vladan Desnica L'histoire du moine à la barbe verte : c'est comme quand on est amoureux : dès qu'elle a donné le premier signe d'intérêt, on commence à prendre de l'assurance et on peut s'offrir le luxe de détourner d'elle sa pensée, de se reposer un peu. C'est ainsi pour tout ; la question est toujours : qui est le plus fort, qui est le maître, toi ou elle, toi ou le moine.
Peut-être l'avait t-elle lu, mais elle ne l'avait pas plus lu que les femmes de M connaissaient les échecs. C'est que les femmes de M ou la femme de P ou de n'importe qui d'autre n'avaient pas besoin de jouer aux échecs ou d'avoir de la culture, elles avaient du caractère comme la fille de L : elles étaient dures.

Tu vois, P, les femmes sont dures, disait L.


mercredi 28 mars 2018

Conversation avec ma mère


Je lui demande si elle se rappelle du jour où elle m'a embrassé ou caressé parce que moi je ne me rappelle pas du jour où elle m'a embrassé ou caressé comme elle caressait et embrassait le petit-frère.

Ma mère ne me répond pas : pourquoi me répondrait t-elle ?

Je lui demande si elle se rappelle du jour où elle jeta mon frère sur moi, comme on jette un chien sur un voleur, comme je voulais prendre le petit zodiac avec lequel je m'évadais sur la rivière de kouaoua, parce que moi je m'en rappelle encore.

Ma mère ne me répond pas : pourquoi me répondrait t-elle ?

Je lui demande si elle se rappelle du jour où toute nue et sans connaissance je la portais sous la douche parce que mon père craignait l'avoir tuée.

Ma mère ne me répond pas : comment pourrait t-elle s'en rappeler ?

Je lui demande si elle se rappelle cette nuit où une femme à peine habillée est venue se jeter sur le lit de son adolescent de fils peut-être parce que son mari la battait ; et, beaucoup plus tard, au décès de ce dernier quand son fils était majeur et vacciné (quoique pas contre sa mère).

Ma mère ne me répond pas : pourquoi me répondrait t-elle ?

Je lui demande si c'est vrai cette histoire quand elle dit en riant qu'elle ne sait pas avec qui elle l'a eu celui-là ; ou cette autre quand elle dit: celui-là j'ai dû l'avoir avec un légionnaire, parce qu'il y en avait à Sidi bel abbès, et c'est là que je suis né.

Ma mère ne répond pas : je l'entends encore rigoler

Je lui demande si elle se rappelle ce jour où mon père avait bien failli me noyer et cet autre où il avait bien failli m'électrocuter, car par deux fois il avait échoué et c'est à lui qu'elle semblait en vouloir, quoique ce soit moi qu'elle envoya immédiatement se coucher comme contrariée de me voir encore là.

Ma mère ne répond pas : comment pourrait t-elle répondre à de telles accusations.

Je lui demande si elle se rappelle ce que bien plus tard m'apprit ma grand-mère : qu'à peine né elle me laissa à sa sœur qui elle-même me remit à ma grand-mère

Ma mère ne me répond pas : comment me répondrait t-elle ?

Par courrier : une lettre de ma mère sans adresse ni nom de l'expéditeur me dit qu'elle n'oublie pas ses enfants. Peut-être alors, me suis-je dis à mon tour, qu'elle se rappelle de tous çà, de tout ce qu'il y a eu entre nous et nous sépare à jamais et nous empêche de nous voir, et empêche cette conversation entre ma mère et moi d'avoir lieu.

Par la présente, je voulais simplement lui répondre que moi aussi, son fils, je n'oublie pas ma mère.

mercredi 21 février 2018

Conversation avec mon frère


Tu sais pourquoi je suis là avec toi aujourd'hui
Mon frère ne répondait pas
Ce n'est pas parce que tu as été gentil avec moi
Mon frère ne répondait pas
Mais parce que tu es mon frère
Mon frère ne répondait pas
Et tu sais ce que c'est qu'être frère
Mon frère ne répondait pas
Eh bien, je crois que moi non plus je ne le sais pas, que je ne sais pas pourquoi je suis là avec toi aujourd'hui, mais je suis bien là et tu es bien mon frère
Mon frère ne répondait pas
Tu étais jaloux ?
Mon frère ne répondait pas
Je sais moi aussi ce que c'est qu'être jaloux, j'ai été moi aussi un homme jaloux
Mon frère ne répondait pas
Sans quoi il m'aurait dit qu'on n'aime pas un frère comme on aime une femme, que cela n'a rien à voir
Et j'imagine que je lui aurais répondu que oui, qu'on n'aime pas une femme comme on aime son frère, mais que dans les deux cas il s'agit bien d'amour et de jalousie.
Puis d'emblée je lui aurais dit : si tu étais jaloux c'est parce que tu m'estimais trop et ne t'estimais pas assez
Comme je ne me suis pas assez estimé et ai trop estimé Luisa, mon ex.
Puis pour être plus clair j'aurais ajouté : c'est de ne pas s'estimer digne d'amour mais l'autre oui qui nous rend jaloux de l'autre à qui tout l'amour revient, qu'on croit.
Et regarde l'amour que j'ai eu des parents, le même que toi : des coups et l'internat, l'internat avant toi parce que je suis ton aîné.
Mon frère n'aurait pas répondu
Cet amour que tu n'as pas eu je ne l'ai pas eu non plus, maintenant tu me dis que tu cherches une femme, moi je te dis que c'est cet amour que tu n'as pas eu et que tu n'auras jamais que tu cherches.
Là encore tu vas me dire que ce n'est pas pareil l'amour d'une mère et l'amour d'une femme, l'amour d'une femme qui est ta femme et pas ta mère.
Mon frère n'aurait pas répondu
Mais ta demande d'amour est plus forte que toi, que ta pauvre raison, devant l'amour défaillante, et ta demande d'amour demande tout l'amour que tu n'as pas eu, mon frère.

Ainsi je pourrais parler des heures avec mon frère mais mon frère ne me parle pas ainsi. Mon frère ne recherche pas un frère, il l'a retrouvé, mais une femme.

A  BERNARD