dimanche 28 juin 2026

Les cris du père


Je crois que l'enfant crie parce qu'il ne parle pas encore et que nous crions quand nous n'arrivons plus à parler. On dit cependant crier un ordre ou commandement et l'on voit bien alors que parler ne s'arrête pas à cela et que c'est toujours à défaut de mieux que l'on crie, que cette manifestation de nous est encore insuffisante et c'est pourtant cette insuffisance que l'on appelle puissance.

Ceux qui crient sur les autres croient du moins manifester sur les autres leur toute puissance quand il ne font souvent que la perdre mais c'est ce que la peur qu'ils engendrent leur laisse entendre quand ils n'entendent que leurs cris. Certes, c'est une alerte qui ne doit laisser personne indifférent car elle est plutôt signe et manifestation d'une impuissance rendue intolérable à celui qui profère le cri.

Il faudrait le secourir et combien de fois n'aurais-je pas dû voler à mon propre secours en retenant mon cri et en cherchant à articuler quelques paroles intelligibles qui ne voulaient pas sortir. J'étais en péril. Comme lorsque enfant on me laissait crier jusqu'à m'égosiller. On ne trouve souvent rien de mieux que faire le vide autour de celui qui crie. Au pire on le tance mais jamais on le berce.

Je parle de ce que je connais car les colères du père commençaient toujours par des cris, les coups qui venaient après n'en étaient que plus redoutables et c'est je crois parce que le tonnerre fait davantage peur que la foudre qui ne s'abat pas toujours sur nous ou du moins ferait moins peur si elle n'était précédée du tonnerre.

Mais les cris ne font pas mal sinon à celui qui les profère et c'est une vérité que je n'ai appris que plus tard et à mes dépens. Mon père avait d'abord mal avant de nous faire mal. S'il avait su parler ou que parler n'est pas seulement commander, crier un ordre ou commandement, ni non plus ce qu'il y a à faire ou ne pas faire, mais exprimer des émotions, des sentiments, ce qui en nous nous travaille au point de nous faire crier.

Les cris de mon père retentissent encore en moi qui parfois m'en fait l'écho et je sais que c'est une injustice qui nous frappe tous et lui compris, tous enfants de père criard, quand je croyais alors être le seul a être frappé par cette injustice et que je l'en rendais coupable, c'est pourquoi je cherche des mots, des mots pour recouvrir tous ces cris, cette lignée de cris qui n'ont pas commencés avec lui ni ne finiront avec moi.

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