Je crois pouvoir m'arrêter pour aujourd'hui à cette réflexion que j'ai eue et c'est qu'il nous arrive comme il arrive à notre société d'être à un moment de fracture et c'est avec nous-même comme la société avec elle-même, et j'insiste sur le mot fracture car ce n'est pas rien, et pourtant il passerait de nous inaperçu, ce moment de fracture, d'autant que nous en sortirions changé.
Il n'y aurait alors qu'une vision extérieure et postérieure qui pourrait en parler ainsi, et c'est historiquement parlant, et ce n'est pas comme nous pouvons parler de nous même qui sommes continuité de l'être mais de l'être changeant, qu'on pencherait pour dire imperceptiblement changeant, et c'est qu'effectivement nous ne nous en rendons pas bien compte, ne pouvant pas plus être extérieure à nous même que ne l'est la société.
Un sentiment, une intuition, tout au plus, de ce que quelque chose est en train de se passer, de ce que quelque chose est en train de nous modifier, mais sans davantage nous l'expliquer, seulement le vivre, nous sommes dedans, nous passons, nous changeons, et aussi bien nous ne changeons pas; mais le regard extérieur porté sur nous comme sur la société ne verrait que ce changement et rien d'autre.
Car ce ne serait qu'un instantané, qu'un instant fragmenté pris sur notre vie comme sur celle de la société qui est un tout, d'où la fiction de l'histoire et la réalité de notre propre existence qui fait que nous ne nous rendions à peu près compte de rien, d'aucun changement qui soit réellement changement dans le sens où nous en sortions modifié, plus le même.
Aussi seul un observateur extérieur peut s'exclamer: comme tu as changé! mais c'est aussi qu'il ne nous voit pas tout entier, du commencement à la fin, dans la continuité de notre vie; et pour ce qui est de la société il faudrait alors la voir aussi comme un être vivant qui a un début et une fin qui se tiennent comme nous nous tenons dans notre vie. Sinon c'est faire de notre histoire comme de l'histoire de la société une fiction.
Car nous sommes dans la société comme en nous même vivant, c'est-à-dire partie prenante, indescriptiblement liés, s'extraire de soi même comme de la société parait être une entreprise impossible, il n'empêche que des personnes comme Walter Benjamin, cet auteur du siècle passé et qui en avait prévu bien des malheurs, aurait cette capacité qu'on dira intellectuelle quand bien des intellectuels se sont fourvoyés, mais que je dirais plutôt intuitive et qui procèderait plutôt d'avoir collé au plus près de la réalité et d'eux-mêmes, des êtres visionnaires parce qu'authentiques.