vendredi 31 juillet 2026

L'éducation


L'éducation est prévenance. En disant cela je ne pense pas à l'éducation mais à ceux qui vis à vis de moi aurait fait preuve d'éducation et à pourquoi je devrais leur en être gré, ce à quoi mon cœur ne participe pas mais c'est aussi parce que le leur n'y a pas pris part. Il me vient alors cette pensée de Pascal: "Il n'est pas nécessaire parce que vous êtes duc que je vous estime, mais il est nécessaire que je vous salue".

On pourrait en effet dire que Pascal fait ainsi preuve d'éducation ou de prévenance et l'on comprend mieux si je dis maintenant que le manque d'éducation serait un manque de prévenance. C'est que chacun est duc ou seigneur chez lui et que c'est toujours là qu'on vient le chercher quand on s'adresse à lui et que si on le fait avec le respect qu'on lui doit on le fait avec éducation, on est prévenant.

Et ce que l'on prévient c'est la dispute, ce à quoi le plus souvent sont conduit les gens sans éducation que ceux qui en auraient. Ceci explique pourquoi on ne peut que leur en être gré mais permet de bien comprendre que le sentiment ne passe pas par là ou que c'est plutôt l'absence de sentiment qui passe par là. Aussi je m'explique alors mieux pourquoi cette preuve d'éducation m'a toujours laissé un goût de trop peu.

Si c'est faire preuve d'intelligence, comme l'on parle de vivre les uns avec les autres en bonne intelligence, ce n'est pas faire preuve d'amour que faire preuve d'éducation. Et plus que de m'en prendre au manque d'éducation je m'en prendrais au manque d'amour. Et tout bien considéré il ne faudrait pas que ce qui prévient la dispute prévienne l'amour, que ce qui prévient le désaccord empêche cet accord mutuelle des corps et des âmes.

On voit bien que c'est un artifice social et en tant que tel peut se porter garant de la société, de faire bonne société, mais pas de l'homme, mais ne touche pas au cœur de la vie de l'homme, et c'est en homme exsangue que je me représente l'homme de bonne éducation tandis que c'est en homme un peu trop sanguin que je m'imagine l'être sans éducation. Sans doute alors en faut-il un peu d'éducation mais point trop.

jeudi 30 juillet 2026

Le sportif


En ces temps où nous vouons un culte au corps et au sport on peut s'imaginer les podiums comme autant d'autels où l'on sacrifie à ce culte et leur forme n'est pas sans rappeler ces pyramides où l'on procédait à d'autres sacrifices humains au nom d'autres dieux inhumains. Il y avait aussi couronnes de lauriers et sacres et festivités et les sacrifiés aussi étaient considérés comme des demi-dieux.

Non plus qu'ils se plaignaient mais se sentaient honorés et récompensés de leur sacrifice et tout le monde aurait voulu s'y voir à leur place désigné et s'il fallait se doper pour en avoir la force et le courage qui aurait refusé de le faire; eh bien il en va tout autant pour nos sportifs de haut niveau qui ont comme ils disent tout donné et cela avant même d'arrivés sur le podium qui est l'autel de tous les sacrifices.

On ne se trompe pas quand on voit dans le sport une forme d'héroïsme qui n'y est je crois pas absente comme un effort loyal et une dépense généreuse; et c'est ce que l'on apprécie avant tout: avant les récompenses et les honneurs non plus qui soit absent une certaine religiosité; c'est que l'on sent le sacrifice et la sueur, chose toutes deux humaines et qui plaisent à notre cœur.

Mais cette entreprise humaine et louable et glorieuse est reprise par la société qui n'est plus celle des prêtres mais qui en rien n'en diffère puisqu'est en tout propice au sacrifice et il n'en n'est pas de plus grand ni qu'acclame autant la foule des badauds que celui de nos sportifs de haut niveau . Les temps en cela n'ont pas changé et si ce sont des hommes que l'on veut voir ce sont des hommes qui se dépassent et en se dépassant dépassent tous les autres hommes.

Si je dis maintenant des hommes qui se transcendent et en se transcendant transcendent les autres hommes, on voit bien que l'esprit est toujours religieux et réclament ses dieux et ses demi-dieux. C'est d'ailleurs une véritable vénération qu'on leur professe qu'est loin d'égaler celle que l'on voue à nos hommes de science. C'est qu'on ne peut gouverner les hommes que par la raison et qu'il y a toujours une religion officielle même quand elle ne donne plus son nom. 

Je ne voudrais pas oublier nos sacrifiés parce que c'est à eux que vont mes pensées: à ceux qui ont tout donné. Je les connais mieux que je ne connais les Mayas ou les Incas mais il me semble que c'était leurs prisonniers ou leurs esclaves ou encore les plus bas de leur échelle sociale qui au prix du plus grand sacrifice qui était celui de leur vie pouvaient se voir un jour gravir toutes les marches de la pyramide. En va t-il autrement aujourd'hui, n'est-ce pas toujours les mêmes qu'on sacrifie?

mercredi 29 juillet 2026

Le joueur


Souvent il me prend à penser que je ne suis jamais seul car tant que je me donnerais en spectacle à moi même je serais encore spectateur de moi même, ce qui me laisse douter de l'authenticité du spectacle dont je serais à la fois auteur et spectateur; il n'y aurait pas que quand je joue aux échecs que je joue, ni il serait utile que j'entre en représentation, c'est-à-dire sur scène, pour que je joue, qu'il y ait les autres pour que je joue.

Et de penser tout cela de moi à vrai dire ne m'amuse pas, ce n'est pas pour moi un jeu de l'esprit mais de plus en plus une certitude: je joue. Aussi je jouerais à l'amour, la chose que je prends le plus au sérieux, car combien de fois ne l'ai-je pas été et ne l'ai-je plus été, amoureux, il faut alors me rendre à l'évidence qu'il n'y a rien de sérieux en cela, que c'est un jeu auquel je me prends comme auquel je suis pris, il n'y aurait pas que les enfants qui se prennent au jeu.

En quoi je trouve les animaux beaucoup plus sérieux que nous parce qu'ils ne se voient pas agir comme ils agissent, parler encore moins, non plus qu'aimer. Et ce sont les plus brutes d'entre nous que je trouve les plus authentiques et c'est je crois parce qu'ils ne se voient pas jouer et que si on ne se voit pas jouer on ne joue pas. Parfois donc je me surprend à désirer être plus brute que la plus brute des brutes et c'est que j'en ai marre de me voir jouer.

Hier et parce que je suis à un stage d'échecs il y avait une partie participative que je n'ai pas voulu jouer, mais dans la vie on ne peut pas passer son tour, dire je ne veux pas jouer. On n'a pas choisi de vivre, certes, mais tant qu'on a pas choisi de mourir il faut jouer. Si au moins et comme certains je pensais que je ne joue pas, que c'est sérieux ma vie, que c'est sérieux la vie, quand on sait combien la mort la tourne en dérision et si ce n'était que la mort mais toutes les choses de la vie et l'amour en particulier et nous que tout affecte un peu, beaucoup, et rien n'affecte vraiment.

Puisque nous survivons à tout, à tout ce que nous avions cru mourir pour, et souvent c'est mourir d'amour, mais nous voilà encore vivant et nous disons comme aux échecs quand l'autre demande la nulle parce qu'il perd: "on va jouer encore un peu" et c'est ce que l'on fait, jouer encore un peu, tant qu'il y a de la vie, de cette vie qu'on se voit vivre, de cette vie qui se joue de nous, de cette vie dont on se joue, de cette vie qui même si on la prend au sérieux ne serait qu'un jeu.

Et si j'aime la vie c'est que je suis joueur, je ne crois pas que l'on puisse aimer la vie autrement, et quand je n'ai plus envie de jouer je crois que je n'ai plus envie de vivre, mais la vie reprend le dessus comme le jeu reprend le dessus, et me voilà refaire une énième partie d'échecs qu'on dit être toujours la même et est aussi toujours différente, et le joueur ne voit pas le temps passer ni qu'il est seul devant son échiquier, seul à jouer (son jeu).

mardi 28 juillet 2026

En parlant de la femme


En parlant de la femme je n'ai parlé que du corps de la femme et ce n'est pas que je voudrais la réduire à un corps ou faire le jeu des matérialistes en réduisant tout à la matière mais que comme il y en a qui peuvent avoir quelque pudeur à exprimer les choses du corps il peut y en avoir d'autres qui peuvent avoir quelque pudeur a dire les choses de l'esprit, à parler de l'âme, par exemple.

Je ne peux néanmoins pas m'empêcher de penser que c'est de trouver l'âme sœur qui nous tient le plus à cœur aussi que l'exemple des couples qu'on aimerait citer serait celui de ceux qui n'ont pas besoin de se parler pour se comprendre, qui se comprennent au premier coup d'œil, et ne disait-on pas, quand on répugnait moins à parler des choses de l'âme, que c'est la voie de l'âme (ou voix par laquelle elle s'exprime) l'œil, le regard.

Aussi j'ai beaucoup de mal avec cette idée qu'il faudrait se dire je t'aime à tout bout de champ et serait plutôt porter à croire ceux pour qui il résulterait difficile de le dire, que de l'amour comme de la mort moins on en parle mieux on se porte, et, de même que l'on distinguait les croyants des dévots qui n'avaient que le mot Dieu à la bouche, il faudrait distinguer ceux qui aiment de ceux qui disent je t'aime.

S'il y a mille façons de s'entendre, l'amour, ce mot si galvaudé comme une monnaie qui serait passée dans toutes les mains, serait la plus parfaite façon de s'entendre que même les mots risqueraient de mal rendre, c'est-à-dire imparfaitement, et c'est pourquoi la musique (rend t-elle compte de notre âme et de nos états d'âme?) est ce qui plait le plus à notre âme, le plus à nos cœurs, le plus après l'amour, sa plus parfaite expression.

Je dis l'âme et puis le cœur, avant j'ai dis le corps; c'est qu'on a bien du mal à loger l'amour quelque part, d'où ce qu'il y a de moins quelque part, matière espace ou temps, serait le plus amour, et l'éternel, et l'infini, seraient les autres noms de l'amour, et davantage se comprendrait que c'est à eux que nous ouvre l'amour, aussi il y aurait Amour avec un grand A comme il y a Histoire avec un grand H.

Et comme nous sommes tout petit devant l'Histoire avec un grand H nous serions tout petit devant l'Amour avec un grand A. Et si nous nous sentons grandi par lui c'est une hauteur à laquelle nous ne savons pas nous tenir. Il est dommage cependant que quand le reproche nous est fait de n'avoir pas été à la hauteur cela soit pour des raisons bien matérielles car c'est par elles qu'on rabaissent l'Amour avec un grand A à l'amour avec un petit a.

Ceux qui ont aimé se sont sentis transcendés par l'amour d'une femme, mais par égard pour ceux qui n'aiment pas entendre parler de transcendance ou d'autres pour qui on ne devrait employer le mot transcendance que pour Dieu, disons, appeler par une femme, mais on reconnaitra que cet appel n'est pas qu'appel du sexe et que l'intimité et la fusion recherchés ne s'arrêtent pas au corps et c'est en quoi on ne saurait concrètement le définir, le délimiter, le limiter. 

Je crois encore pouvoir dire que je ne sais pas ce que je veux quand je dis que je veux une femme. Et que tout ce que je sais c'est qu'on ne peut pas vouloir une femme comme on veut un objet ou un animal de compagnie. Et que tout cela on le sait plus ou moins consciemment. Mais c'est plus ou moins inconsciemment aussi que l'on sait que cette demande nous dépasse, autant dire nous transcende, que nous ne lui commandons pas ou qu'elle nous commande, et qui sait si c'est d'aimer quelqu'un d'autre que nous même.

lundi 27 juillet 2026

Mon plaidoyer pour les hommes


Si je n'avais pas regardé les femmes comme je les regarde toujours je crois pouvoir dire que je n'aurais pas aimé les femmes comme je les ai aimées et les aime toujours. Encore dans le TGV et parce que j'avais tout loisir d'en examiner une sans nullement l'inquiéter je me suis surpris à aimer ce petit creux qu'elle avait à la joue et faisait ressortir sans doute un peu trop sa bouche mais ce n'est pas ce qu'il me paraissait.

J'aurais pu dire sa mâchoire et c'est ce que j'aurais dit s'il s'était agi d'un homme et je n'aurais pas apprécié quand d'une femme cela ne pouvait que me renvoyer à sa bouche; aussi la bouche d'un homme n'aurait été d'aucun attrait pour moi, et pensant à cela je comprenais aussitôt pourquoi et c'était que la bouche d'une femme était la seule à laquelle je pouvais imaginer coller la mienne.

Cette étonnante révélation l'était d'autant plus qu'elle venait après que pour la première fois et alors que le TGV n'avait pas encore quitté les quais je vis une femme en short marcher et c'est que je voyais ses jambes et que je réalisais que ses jambes étaient faites comme les miennes pour marcher. Il n'empêche qu'en matière de muscles et de cuisses je me demande si une femme y pense comme je pense aux miennes qui n'ont aucun attrait pour moi, tandis que celles d'une femme me semblent être faites pour l'amour et je n'y avais jamais pensé autrement.

Il y avait aussi sur ce quai que le TGV tardait à quitter un jeune homme qui tenait une jeune femme par la taille et dont la tête s'abandonnait librement sur son épaule. Je regardais attentivement cette femme dont le corps n'était pas faible tandis que celui de l'homme n'était pas fort, cependant, c'était naturellement qu'elle semblait s'y abandonner. Pas loin d'eux, curieuse coïncidence, un homme plus très jeune, et c'est un euphémisme que de le dire ainsi, posait sa lourde main sur le cou d'une femme qu'on dira être d'un certain âge et qui lui tournait le dos mais sans être surprise pour autant elle se contenta de lui jeter un regard ni trop tendre ni trop désapprobateur avant de s'en détourner à nouveau tandis que la main restait sur son cou, du moins tout le temps que je pus les regarder et qui me sembla long, peut-être plus long qu'à la femme.

Et ce n'est donc pas que la bouche, et ce n'est donc pas que les cuisses, mais tout le corps de la femme qui est pris ou que l'homme peut prendre ou, encore mieux dit, dont l'homme peut s'éprendre, et ce n'est pas un vilain jeu de mots que je fais là, car aussi la femme peut prendre le corps de l'homme qui est aussi un corps à prendre et aussi un corps à s'éprendre.

C'est cette possibilité toujours entrevue qui me rend la femme désirable, autant dire que me la fait aimer la possibilité d'amour, possibilité d'amour que je n'envisage pas ou ne suis pas porté à envisager une seule seconde avec un homme. Maintenant je comprends mieux les femmes qu'embarrasserait ce regard particulier ou cette attention particulière que leur porterait les hommes.

Parce que si un homme jetait sur moi ce même regard ou dévolu que je jette sur les femmes cela ne me plairait pas beaucoup; mais me révélant sa nature je ne pourrais pas lui en vouloir d'être comme il est et c'est à porter ce regard qu'il me porte. Et c'est ce que j'aimerai à mon tour porter à l'attention des femmes qui finiront par toutes préférer ces hommes qui ne les regardent pas comme je les regarde et de là les diront meilleurs. Oui, je porte seulement à leur attention qu'ils ont toujours ce regard d'homme que nous avons tous et que s'il ne les atteint plus c'est pour avoir dévié sur nous autres hommes qui les intéressons plus que vous, que leur nature porte à envisager comme une possibilité d'amour, ce que vous n'êtes plus pour eux mais encore pour nous.

dimanche 26 juillet 2026

Faire peuple


Tu mets le peuple au-dessus de tout mais après m'avoir battu aux échecs auprès de quel esprit inférieur me ranges tu? Et n'appelleras t-on pas toujours un garçon d'épicerie ou un garçon coiffeur autrement qu'on appelle un docteur en droit ou en médecine. Et est-il mal d'avoir de l'estime pour quelqu'un et peut-on en avoir quand on sait à qui elle va notre estime et ce n'est pas à qui l'on considère moins que nous sinon à qui l'on estime au moins autant que l'on s'estime soi-même.

Je ne connais pas une seule balance, la balance de la justice y compris, qui penche du côté de l'égalité, j'ai divorcé d'une femme médecin et parce que c'était une femme et parce que c'était un médecin je ne pesais pas lourd dans la balance moi de qui seul les coups pouvaient venir, et comme balance nous pesons tout ce qui s'offre à nous aussi que nous pesons seulement et de tout notre poids pour ce qui semble à nos yeux la mériter cette soi-disante égalité de traitement qui a donc été bien pesée au préalable.

On aime dire que l'on vient du peuple comme l'on aime dire que l'on vient d'en bas; est-ce pour dire que l'on apprécie le peuple, que l'on n'oublie pas nos origines, en cela elles seraient pour tous les mêmes et pourquoi alors toute une vie chercher à s'en distinguer par nos titres, par notre carrière, si ce n'est plutôt pour montrer à tous notre ascension prodigieuse.

Prodigieuse peut rimer avec scandaleuse et ce qui nous détache du peuple ne pas nous détacher de l'animal prédateur, n'a t-on pas sacrifier des amis, des parents, c'est-à-dire une vie amoureuse au sens le plus large du terme, une vie amoureuse du peuple pour en être son "digne" représentant, et ce regard tourné vers le peuple n'est-il pas le même que celui nostalgique que l'on tourne vers son enfance et le village de son enfance qui serait seulement habité par ceux que l'on aime d'un amour d'enfant.

Ce serait avant que l'on se connaisse des rivaux, mais la rivalité fait rage chez les enfants, l'a t-on oublié? Et si elle n'est plus si vive c'est que l'on est plus enfant, aussi que l'on est plus peuple et bien qu'issue du peuple n'avons plus affaire à lui, avons grandi et tout le monde n'est pas Peter Pan pour vouloir rester un enfant bien qu'on aime faire l'enfant comme on aime faire peuple. 

samedi 25 juillet 2026

Question de point de vue


Je me souviens d'être à des endroits différents et demain il m'étonnera aussi d'être ailleurs parce que partout où que j'aille c'est toujours moi qui regarde et le regard que je porte lui sur les choses ou sur les gens reste sensiblement le même sinon que ce n'est pas au début du familier que je vois mais de l'étranger.

Mais il me semble que c'est toujours le même étranger que je vois partout où je suis pour la première fois avant qu'il ne devienne au bout d'un certain temps toujours le même familier, j'entends par là que les objets et les gens ont cette différence que je perçois comme après cette familiarité qu'à force de les voir ils ont obtenu de moi ou moi d'eux.

Aussi demain je m'en vais et je sais déjà que je m'y ferais à l'endroit où j'irais et c'est que je le ferais mien comme tous les endroits où je vais. Cet endroit aurait pourtant jamais pu me voir et moi le voir mais il me semblera si naturel d'avoir voyagé vers lui et jusqu'à lui et de le trouver là où il est tel qu'il est.

En fait je crois que l'on est partout seul et que c'est partout notre solitude le point commun à tout même s'il y a des noms d'endroits et de gens et de choses qui s'inscrivent en nous mais c'est toujours à partir de nous et jamais à partir d'eux, le point de vue ne change donc jamais mais sans lui je crois que l'on deviendrait fou.

C'est qu'on ne voyage jamais en dehors de nous sans quoi le dépaysement serait total et comme où que l'on soit l'on est d'abord en nous avant d'être là où l'on est la différence n'est pas si grande entre être resté sans bouger que d'avoir bougé comme l'on a bougé. Tout ce qu'on a vu un miroir pourrait l'avoir vu aussi bien et n'en garder pas davantage trace.

Il me rappelle avoir longuement regardé un homme que je savais être parti loin pour si dans ses yeux je pouvais voir inscrit tout ce qu'ils avaient vu et m'être étonné que non seulement c'étaient les mêmes yeux mais le même homme que je revoyais. Et si je n'avais su où il était allé rien ne me l'aurait laissé deviner.

Et c'est tout ce qui nous échappe: la faramineuse somme d'existence de tout un chacun qui mériterait le voyage, d'être perçu quand nous ne percevons rien en dehors de nous même et ceci où que nous allions et quoique nous y faisions or l'étranger a en nous cet effrayant potentiel avant que nous nous habituons à lui, c'est-à-dire le faisons nôtre, c'est-à-dire plus approprié à notre vue qui est notre point de vue. 

Rapport aux femmes


Voilà ce qui nous est montré des femmes. Et je crois qu'il leur serait montré à peu près tout et très peu suggéré. Ce serait néanmoins un compte rendu mais qui se voudrait exhaustif de ce qu'ils auraient vu sur terre et rapporteraient sur leur planète et aux leurs. Discours qu'ils chercheraient du moins à tempérer en ces termes.

Ils ajouteraient en effet qu'ils ne sauraient dire si cela étaient une demande des femmes ou une réponse des femmes à la demande des hommes et que si l'on voyait qu'elles s'offraient il ne faudrait pas trop s'empresser de dire qu'elles s'offraient à tous parce que tous ainsi les voyaient mais qu'elles s'offraient aux plus offrants.

Et que si l'on y voyait un appel au sexe ce soit le sexe qu'elles voulaient mais que les hommes comme ils aimaient les boissons fortes et toutes sortes d'excitants avaient besoin de cet autre excitant qu'était pour eux la femme dont la simple vue les mettait en état de consommer ce qui était d'abord de payer pour ce qu'ils auraient, dans le meilleur des cas, à consommer.

Que sans doute il y avait de l'esprit dans ces étranges créatures mais que c'était d'abord un appel au sexe et que cet esprit qui ne pouvait relever que du corps portait ce nom que l'on appelait la grâce mais dont peu de ces pauvres créatures pouvaient se prévaloir car il aurait fallu moins montrer ou avec plus d'esprit quand la vulgarité était le lot commun.

Ce qui plait au vulgaire est ce qui plait à tous et l'on voyait bien qu'elles cherchaient à plaire à tous parce qu'il n'y avait rien de singulier à découvrir ce qu'elles découvraient comme à cacher ce qu'elles cachaient et étaient à peu près rien sinon se refuser à l'état de nudité parce qu'on la dit primaire et qu'elles se disaient civilisées, ultime prétention et qui tient à l'esprit.

Et nos extra terrestres avaient pu constater chez ces étranges créatures que c'était non pas la chair (comme on le disait) qui était faible mais l'esprit car ce n'était pas la chair qui les faisait céder mais l'esprit, quand ce n'était pas non plus la chair qui était vulgaire mais l'esprit, quand souvent par la chair ou l'état du corps elles étaient plaisantes et par l'esprit ou l'état d'esprit décevantes.

Ils regrettaient cependant d'avoir à parler ainsi des femmes et que c'était injuste si l'on considérait qu'elles n'étaient que le fruit d'une civilisation qui était celle des hommes et qu'elles disaient à ce propos machistes tout en n'arrivant pas à proposer d'elles autre chose que ce qu'elles proposaient aux hommes. 

De ce rapport qui était rapport des hommes aux femmes et des femmes aux hommes ils concluraient que si des premiers ont pouvait dire qu'ils étaient vicieux et c'était souvent ce que les femmes leur reprocheraient d'être vicieux, et c'est du corps des hommes qu'elles parlaient, quant à ces dernières on pourrait dire que si elles avaient de l'esprit il était vicié, mais sans doute était-ce encore là, à les en croire, le fait des hommes.

vendredi 24 juillet 2026

Et l'argent est plus libre qu'eux


Et l'argent est plus libre qu'eux, le vif argent qu'ils voudraient gouverner comme ils gouvernent les gens, bien sûr je parle des fonctionnaires qui divisent et qui règnent. Ô combien je préfère le gouvernement du vif argent à celui des fonctionnaires. Je le vois couler comme l'eau et comme la vie qui est à sa dépense.

Et je crois que c'est mot (et maux) de fonctionnaires de penser à l'épargne plus qu'à la dépense et ça me renvoie directe aux conserves de ma grand mère qui a connu la guerre et l'Etat conservateur. Il y a eu néanmoins dans sa famille des fonctionnaires et des entrepreneurs. Son cœur allait à ces derniers tandis que son esprit était l'esprit du siècle qui est un esprit de fonctionnaires.

Mais ce serait plus juste de dire (et plus juste de dire que c'est entre la droite et la gauche) que comme mon siècle mon esprit entre les deux est divisé et que je ne sais auquel me remettre: mais il ne faut pas s'y tromper et c'est bien l'Etat Vespasien, celui qui tirait une taxe sur l'urine, pour qui l'argent n'a pas d'odeur.

Ma femme avait un frère fonctionnaire, avait mais c'est elle la défunte, et lui le conservateur des biens, et elle le vif argent, car ma femme était vive tandis qu'elle était vivante et jamais ne sera un bien mort comme on parle des biens de l'Etat, car elle n'était pas fonctionnaire mais avait son salon de coiffure ce qui être artisan et auto entrepreneur.

Je crois qu'elle reçue toutes ses leçons de la vie et pas de l'école qui fait des fonctionnaires mais pas de l'argent, car l'argent coulait de ses mains comme coulait la vie et jamais je ne vis mains plus pleines ni mains plus vides, aussitôt remplies qu'aussitôt vidées, et son frère à juste titre la trouvait dépensière et c'est qu'ils n'avaient pas été à la même école; elle à l'école de la vie, lui à l'école des fonctionnaires.

L'esprit et le corps


Il m'arrive de sentir mon esprit tout encombré de ce que je viens de lire comme peut l'être mon estomac de ce que je viens de manger, mais après un temps l'un comme l'autre semble avoir digéré ce que je leur ai fait ingurgiter. Ma lenteur à lire comme à manger a toujours fait non pas que j'ai une digestion légère mais que je puisse ingérer de grandes quantités.

Après pour ce qui est des connaissances je me suis toujours plains de tout oublier, la nourriture non plus ne semble pas davantage me profiter, et c'est que je ne suis pas gros malgré tout ce que je mange mais j'ai grandi cependant et rien ne m'interdit de croire que ce que j'ai lu, et bien que je n'en ai pas gardé mémoire, en tout cas en cela que je ne peux pas rappelé à moi ce qui est passé en moi, m'ait profité.

Mais je n'ai pas cette facilité qu'on certains de mes amis à dire par cœur et je crois que c'est aussi dire avec le cœur ce qu'ils ont lu autrefois si ce n'est quelques bribes de poèmes appris comme on apprend une prière et c'est je crois que je suis plus porté aux idées qu'aux mots qui les expriment et qu'après il me faut trouver les miens.

Sans doute aussi suis-je un ruminant et c'est en quoi, et bien que je n'en ait plus mémoire, je crois que ce que j'ai en moi ne me quitte pas de sitôt mais se change en tout ce que mes ruminations en font aussi qu'en grande partie à mon insu pour arriver ensuite tout cuit par mes dites ruminations et comme un vomi et c'est ce vomi que je donnerais à lire.

Après ce long transit par mes viscères il est très personnel en ce qu'il a un goût de moi que rien ne pourrait rendre mieux qu'elles et je me défis pour autant de ceux qui donnent le cerveau comme l'organe de la pensée et préfère cette expression populaire qui dit de certains qu'ils pensent avec leurs tripes car je crois que je suis de ceux-là.

Et je me sentirais bien après comme quelqu'un qui vient de vomir, et c'est souffrances et c'est soulagement après de ces mêmes souffrances. Je comprends bien qu'après ma mort je ne penserais plus. Encore que j'aie une âme je n'aurais plus de corps. Et je crois que tout ce que l'on sécrète y compris les pensées procèdent du corps que j'ai encore bien portant ce que ne peuvent prétendre tous ceux qui prétendent avoir de l'esprit.

jeudi 23 juillet 2026

Le sens du sacrifice


Les hommes qui sont malheureux à l'heure de mourir sont ceux qui ignoreraient que leur vie n'a été qu'un long et heureux et douloureux sacrifice et que l'heure dernière est l'heure dernière du sacrifice. En quoi s'ils sont tout donné perdre la vie n'est rien perdre. Difficile cependant à se faire à cette idée qui est contraire à celle selon laquelle on vit et est contraire à tout sacrifice.

Mais il n'y a pas a être volontaire, personne n'est volontaire à la mort et tout le monde meurt; il en va de même pour le sacrifice qui n'est que bien considérer la vie et à quoi elle nous entraîne avec ou sans notre consentement. Y consentir est seulement bien vivre. Ne dit t-on pas de celui qui dépense qu'il mène la bonne vie, eh bien dépensons la notre vie.

Alors que nous pensons qu'au travail nous la gagnons nous ne faisons encore que la dépenser, eh bien dépensons la au travail. Et si nous ne voulons pas travailler nous la dépenserons toujours quoique autrement, et ce pourrait bien être à ne rien faire si ce n'était ce qui nous est le plus difficile pour cette impression que nous aurions de ne pas vivre.

Et c'est en effet que le sacrifice est inhérent à notre nature comme à la vie: que nous avons besoin de nous dépenser, ce qui est de la dépenser. En outre, et c'est le petit plus humain, nous ressentons le besoin de ne pas la dépenser inutilement mais d'estimer c'est-à-dire de valoriser notre dépense; aussi jusqu'à présent nous avons valorisé le travail à ce point qu'il n'y aurait que le travail de valorisant.

On sait maintenant que l'on a dévalorisé le travail comme que tout travail n'est pas valorisant cependant que l'on veut toujours que notre vie soit dépensée de façon valorisante pour nous, pour chacun d'entre nous, dit en termes familiers: "on ne veut pas se sacrifier pour rien". C'est encore dire combien le sens du sacrifice est le sens de notre vie.

L'idée de sacrifice (bis)


A quoi choisissons nous de dépenser notre vie? Il est peut-être dommage que nous ayons appris à penser autrement: à quoi allons nous gagner notre vie? J'avais d'abord choisi de pratiquer le sport et comme on le sait le sport est d'abord une dépense et je me suis dépensé d'abord gratuitement et beaucoup dépensé et peu gagné ensuite avec ou dans le sport.

Ai-je pour autant échoué dans ma vie. Oui, si l'on considère que le but c'est gagner sa vie. Non, si l'on considère que l'on ne fait que dépenser sa vie dans une activité ou une autre, que la vie c'est se dépenser et non gagner, que l'on ne gagne pas sa vie mais qu'on la perd. De là l'idée mal comprise de sacrifice: quelque soit l'autel qu'on choisit, sur cet autel notre vie sera sacrifiée.

Or ce qu'on ne veut surtout pas c'est avoir à se sacrifier mais à vivre ce qui confirme bien que pour nous la vie c'est gagner et non dépenser quand la vie n'est que dépense, pour autant dire que sacrifice, et comme nous choisissons de vivre nous choisissons de mourir. Il n'y a pas que Molière qui meurt sur scène, nous mourons tous sur la scène de notre activité qui est dépense de soi.

Parce que c'est acteur et non spectateur de notre propre vie que nous voulons être, la mener jusqu'au bout que nous entendons faire, et c'est la mener au sacrifice de notre personne qui en se dépensant à une activité ou à une autre la dépense car nous n'existons qu'au vu de ce que nous faisons et qui nous détermine comme cela détermine notre vie.

Si de vouloir la gagner est ce qui nous perd en tant qu'être voué au sacrifice c'est que nous sommes dévoyés de nous comme d'elle, ou encore de notre sacrifice, ou encore de notre dépense qui est sacrifice. Par contre d'avoir bien saisi la grandeur de ce sacrifice c'est avoir bien senti la grandeur de notre vie qui est de se donner. 

Nous sommes fait pour donner notre vie plus que pour prendre la vie des autres quand souvent gagner sa vie est prendre la vie des autres tandis que dépenser sa vie est la donner mais pas n'importe comment sinon comme nous avons choisi de la donner, sans compter qu'au bout du compte nous serions moins déçu si au lieu de nous demander comment l'on va gagner sa vie on se demanderait comment on va la dépenser, parce qu'au total nous l'aurons dépensée.

mercredi 22 juillet 2026

Un monde ouvert


Je pense à cet homme qui a perdu son travail comme à cet homme qui a perdu sa femme car je crois les avoir bien connu tous les deux. Et s'il n'avait pas bien aimé son travail, et s'il n'avait pas bien aimé sa femme, à ce point qu'il ait divorcé et de l'un et de l'autre, il s'étonnera cependant du grand vide que l'un et l'autre ont pu laisser dans sa vie.

L'homme d'aujourd'hui et bien qu'il s'en croit différent doit apprendre à donner un sens à sa vie que ni le travail ni la femme ne peuvent lui donner, car il n 'aura plus de travail à vie non plus que de femme à vie. La société n'offrant plus ni pour l'un ni pour l'autre aucune garantie. Comment remplir sa vie autrement quand côté travail et côté femme elle se vide sinon en cherchant en nous ce que nous aurions cherché en dehors de nous.

Une force de l'intérieur plus qu'une force puisée à l'extérieur, empruntée à nous même plutôt qu'aux autres; c'est que je vois mon homme de plus en plus délaissé des hommes et que ce n'est pas repli mais plus grande ouverture qu'il doit chercher, car ce que l'on a appelé jusqu'à présent son bonheur n'était que fermeture sur un travail et sur une femme.

Rien n'empêche au contraire l'homme de s'ouvrir à un bonheur plus généreux parce que plus ouvert mais pour le mieux comprendre il faut comprendre ce passage par le vide qu'à connu cet homme qui a perdu son travail comme de cet homme qui a perdu sa femme. Ce vide est cependant la plus grande ouverture qui soit aussi que liberté et l'homme apprend ainsi qu'il n'aime pas plus la liberté que le vide.

Mais c'est qu'il n'y est pas préparé. Il fut un temps où l'on devait se préparer à la mort, c'était dans notre philosophie aussi que dans notre religion. Mais nous sommes homme sans philosophie et sans religion. C'est aussi qu'il nous en faudrait une autre qui nous prépare non pas à la mort mais à une vie sans travail et sans femme qui risque d'être le lot commun de beaucoup d'hommes.

Et ce serait non pas ne pas trop compter sur la vie mais apprendre à ne pas trop compter sur le travail et sur la femme pour remplir notre vie, deux biens, si l'on peut encore les considérer comme des biens, aléatoires et, comme auraient dit les stoïciens, indépendants de notre volonté, ce qui est contraire à ce que nous avons toujours penser.

L'homme est de plus en plus renvoyé à lui-même mais c'est un bon départ que de partir de soi même, ce qui n'est pas non plus y rester, mais chercher (l'ouverture), et trouverons nous une ouverture aux autres qui ne soit pas fermeture sur un travail et sur une femme. L'homme ne peut être qu'un homme de plus en plus ouvert quand il est amené à vivre dans un monde de plus en plus ouvert. Pour un monde ouvert il faut un homme ouvert.

mardi 21 juillet 2026

La question du choix (suite et fin)


Il y a un choix auquel il ne m'est même pas venu à l'esprit de me livrer en me rendant à la vidéothèque: et c'est à un choix aveugle. De me présenter devant un rayon de DVD et après avoir fermé les yeux d'en prendre un au hasard. Je crois qu'il ne me plait pas davantage que ma vie soit sujette au hasard mais plutôt fasse l'objet d'un choix ou encore plus précisément préfère que ma vie soit le sujet de choix répétés.

Que ma vie ne soit pas une destinée qui me soit étrangère et livrée par conséquent et seulement à ce que l'on appelle les accidents de la vie ou circonstances fortuites et indépendantes de notre volonté. Je ne suis pas joueur à ce point que je la livrerais au hasard des circonstances mais voudrais plutôt avoir main mise dessus comme le joueur d'échecs sur chacune des pièces de l'échiquier qu'il déplace selon son entendement.

Mais comme je sais par ailleurs mon entendement limité j'entends faire cas d'entendements supérieurs, ma reconnaissance de leur supériorité s'arrêtant à leur faire cas ce qui n'est pas tout à fait m'y soumettre sinon y soumettre mon entendement pour qu'il gagne justement en entendement et non que je perde en soumission ce que je ferais en ne faisant plus appel à mon propre entendement.

Mais revenons au choix, au seul qui soit à prohiber: le choix aveugle. Si l'on est doté d'un entendement c'est bien pour s'en servir comme des yeux c'est bien pour voir. Mais la confiance absolue en son entendement comme à ce que l'on voit peut bien relever de la croyance et le choix alors ne plus opérer. Je m'en tiendrais plutôt à ce que l'on dit de la vie: qu'elle est choix mais aussi qu'elle est lutte.

On retrouve ces deux idées jointes de lutte et de choix dans les deux plus grands philosophes espagnols: Unamuno et Ortega y Gasset. Le premier en prise avec la foi dans Agonie du Christianisme parle de la foi comme une lutte et c'est qu'il était lui-même en proie au doute, un doute fécond. Le second dans Thème de notre temps trouve que tout ce qui cesse d'être questionnement devient croyance (aveugle) comme celle que nous portons à la raison aussi qu'à la démocratie, et en cela perdrait de leur vitalité.

NB

Mais je ne peux résister à citer celui de par la bouche de qui (et c'est le grand mérite qu'il a) nous parlent encore les Anciens:

"N'est-ce pas une singulière marque d'imperfection que de ne pouvoir fixer notre contentement en aucun domaine? Et le fait que, sous l'effet du désir même et de l'imagination, il soit hors de notre pouvoir de choisir ce qu'il nous faut. De cela porte bon témoignage la grande discussion qui a toujours existé entre les philosophes pour trouver le souverain bien de l'homme, discussion qui dure encore et durera éternellement, sans solution et sans accord". Michel de Montaigne Les Essais.

La question du choix


Il y a trop longtemps que je n'ai pas demandé aux bibliothécaires de choisir un film à ma place et ce qui devait arriver est arrivé qui est justement ce que je voulais éviter à tout prix en faisant appel à elles: et c'était de retomber sur un de mes choix et de revoir un film que j'avais déjà vu et oublié jusqu'au titre sur la jaquette du DVD en rayon.

Comme quoi je suis limité dans mes choix puisque je suis toujours appelé à faire les mêmes choix. C'est cette prise de conscience de cette limitation ou détermination (il n'est que de penser à Spinoza et au libre arbitre: "le libre arbitre est une totale illusion qui vient de ce que l'homme a conscience de ces actions mais non des causes qui le déterminent à agir.") qui m'avait amené à demander aux bibliothécaires de choisir à ma place.

Je voulais ainsi que je leur expliquais et parce que j'avais écrémé une bonne partie de la filmographie en sortir de mes choix et m'ouvrir à un spectre plus large de choix. C'est que je tapais toujours dans le même type de films. Aussi quand elles me demandèrent gentiment quel genre de films m'intéressait je leur répondis tout aussi gentiment qu'il m'intéressait justement qu'elles me sortent de ce genre de film dont moi même je ne saurais sortir tout seul.

J'ignorais que je ne faisais ainsi que de me soumettre à l'imposition d'un choix qui n'était pas le mien et que l'on pourrait ainsi dire de la société, qui est ce à quoi l'on se refuse le plus pensant par là que c'est une limitation et non une ouverture à d'autres choix que les nôtres forcément limités. Je voyais enfin un côté positif à cela que les autres choisissent ce qui est bon pour nous.

Je pensais alors à mes parents fonctionnaires à qui il avait été proposé ou la Guyane Française ou la Nouvelle Calédonie avant que le paternel eut enfin pu obtenir l'Espagne qui répondait plus à ses désirs et ce fut où il choisit de finir sa vie; aussi qu'aux étudiants en médecine à qui en fonction de leurs résultats aux examens s'ouvrent un certain nombre de spécialités plus ou moins éloignées du choix qu'ils feraient s'ils avaient totale liberté de choisir.

Or cette totale liberté ne ferait autre chose que de nous enfermer dans nos propres choix tandis que nous en libèrerait le choix de la société et mes parents n'auraient pas connu la Nouvelle Calédonie à laquelle ils n'auraient même pas pensé si elle ne leur avait pas été proposé comme je n'aurais jamais vu et apprécié tous ces films que les bibliothécaires au choix éclairé m'ont permis de voir et apprécier.

Je me soumettrais donc à un choix éclairé comme l'on peut se soumettre à une élite éclairée, que la connaissance éclairerait mieux que ma propre connaissance et dont l'ouverture à la connaissance serait plus grande que ma propre ouverture à la connaissance, c'est-à-dire pas non plus à n'importe qui sinon à qui je reconnais une qualité qui est une qualité quant à ses choix que j'accepterais alors comme miens aussi et parce que pouvant m'enrichir, mais le mot le plus approprié ici est m'épanouir.  

lundi 20 juillet 2026

Faire acte de présence


Il ne suffirait pas d'être présent au monde mais encore faudrait-il acter de cette présence au monde. Cela pouvait paraitre évident aux autres mais ce ne l'était pas pour moi, que notre seule présence ne suffirait pas à marquer notre présence, qu'elle ne serait que présence à soi mais pas encore présence au monde.

Pourtant il y a bien longtemps et il ne m'en souvient que maintenant que celle qui allait devenir pour un temps ma belle mère et c'était dans la lointaine Espagne et nous n'étions que fiancés, sa fille et moi, fiancés non encore officiellement, que nous ne devrions pas nous cacher mais nous montrer aux gens de sorte que notre amour ne soit pas un amour honteux, c'est-à-dire laisse penser que nous ferions quelque chose de mal.

Bien plus récemment, après le Covid et son confinement, j'eus le sentiment de cette présence au monde qu'il fallait acter et c'était alors que je me trouvais sur le pont de Joinville et que j'y voyais d'autres gens comme que j'étais vu d'autres gens, me rendant compte de leur existence autant que je rendais ainsi compte de mon existence par le simple fait de ma présence sur ce pont.

Et c'était un sentiment heureux comme de renouer avec l'existence, mais avec quelle existence? Et c'était avec celle qui me fait sortir de chez moi: mon existence au monde, tandis que chez moi je n'existe que pour moi et ma présence n'est que présence à soi, qui est une présence qui est aussi une absence au monde, et qui peut nous faire défaut, voire que l'on peut ressentir cruellement.

Si ma présence me suffit, et ce n'est pas vrai qu'elle me suffit, en aucun cas elle ne suffit pour être présence au monde, il faudrait encore que je fasse présence au monde ce qui est acter de ma présence. Et l'on pourrait m'en vouloir comme de m'avoir cru important quand je ne saisissais pas la nuance ni ne sentais la nécessité où tout homme se trouve d'avoir à faire acte de présence.

Une affaire "perso"


Escote/ escuetamente/ terminante. Je me réveille avec ces trois mots. Il y a des jours où il faudrait que je passe du français à l'espagnol parce que mon esprit y est passé. C'est qu'il y a entre l'esprit et la langue une liaison intime que j'ignore et ne respecte pas, mais je vois bien que je pense différemment quand je passe d'une langue à une autre.

Traduire c'est trahir non seulement la pensée mais le sentiment d'une langue, aussi que cette autre liaison tout aussi intime entre pensée et sentiment qui diffère d'une langue à une autre et si l'on peut encore penser de manière égale jamais l'on ne ressentira également les choses perçues dans une langue et dans une autre.

Il y a aussi sa sonorité et comment elle résonne en nous et il nous faudrait parler d'elle et il nous faudrait parler de nous, de notre expérience commune qui peut différer encore de l'expérience commune et je parlerais plutôt d'une expérience personnelle et intime, de chacun avec sa langue. Je reprendrais, pour expliquer mon différend avec l'idée que l'on s'en fait, ce que dit un mien ami à propos des échecs.

Qu'on ne peut pas parler des échecs comme un jeu d'équipes parce que des équipes se rencontrent aux échecs et c'est qu'après chacun est tout seul devant son échiquier, à quoi j'ajouterai que chacun est tout seul à s'exprimer dans la langue de tout le monde si l'on s'en tient à la grammaire, à la conjugaison, à la syntaxe, autant dire aux règles, comme le joueur d'échecs aux règles du jeu d'échecs.

Mais après chacun fait sa partie, à sa façon de s'exprimer sur l'échiquier qui en dit beaucoup de son rapport personnel avec les échecs. Eh bien notre façon de nous exprimer en dit beaucoup de notre rapport personnel avec notre langue: de ce qu'elle nous fait dire autant que de ce que nous voulons lui faire dire, de comment elle nous porte autant que de comment nous la portons en nous.

Imaginons l'équipe des francophones et l'équipe des hispanophones et l'équipe des anglophones. Eh bien ce ne sont pas des équipes de football mais des équipes d'échecs et mon ami n'entend pas que l'on puisse parler là d'un jeu d'équipe mais plutôt "perso"; on peut être trop "perso" au foot mais enfin on joue en équipe, il faut quelqu'un qui nous fasse la passe pour marquer un but; j'attends que personne me dise ce que j'ai a dire ni comment. 

dimanche 19 juillet 2026

Le sacré


Je me dirigeais vers les toilettes, il n'y a en ça rien de répréhensible surtout quand on est pris par un besoin irrépressible qui faisait que déjà je sortais de ma braguette … pour plus vite pouvoir me soulager cependant que je passais devant une photo de Sylvie qui nous a quitté il y a plus d'un an maintenant et je perçus alors ce geste, qui jadis eut été bienvenu et propice à une relation intime, comme blasphématoire.

J'associais aussitôt cela à la pensée qu'il aurait paru aussi inconvenant que rappelant la défunte à des proches dans mes souvenirs il y eut des souvenirs de cet ordre là dont je fasse le récit, voire même que je me remémore en me la remémorant, car je me trouverais aussi reprochable d'avoir de telles pensées qui ne semblent plus convenir à son état. 

Voilà où je veux en venir: à rien de moins qu'à la naissance du sacré voire du religieux mais il m'en faut passer d'abord par le culte des anciens dont les petits Kanak en Nouvelle Calédonie m'avaient parlé avec beaucoup de respect et qui n'était rien d'autre que le culte des morts. Ces morts semblaient avoir revêtus pour eux une dimension que je n'aurais pas cru possible que les miens un jour atteignent.

Eh bien il leur a seulement suffit de mourir pour cela, pour que mes sentiments comme mes pensées à leur égards soient plus élevés et respectueux, pour qu'ils prennent enfin à mes yeux une autre dimension que j'aurais du mal à définir sinon comme différente de celle des vivants. Et comme les petits Kanak et c'étaient des enfants mais je ne le suis plus pourtant je me surprends à parler à mes morts.

J'ai lu entre autre d'Unamuno un philosophe espagnol que croire ou vouloir croire c'est vouloir croire à l'immortalité et ce serait de la nôtre propre qu'il s'agit. Sans doute, mais j'aimerais ajouter à cela qu'il y a peut-être quelque chose que l'on supporte moins que sa propre mort et c'est la mort de ceux qu'on a aimé et qu'on n'accepte pas d'avoir perdus.

samedi 18 juillet 2026

L'individu et la société


Il nous faudrait réviser nos jugements comme je révise les miens. La coutume était plus forte que la loi quand la loi n'existait pas et les hommes y étaient plus tenus qu'ils ne le sont par la loi. Ce n'était déjà plus le cas quand j'arrivais en Nouvelle Calédonie où il y avait encore la coutume mais déjà la loi et déjà l'on ne respectait plus la coutume sans pour autant respecter la loi sinon la craindre.

J'entends que la société de la coutume n'est pas la société de la loi, qu'il y a moins société là où il y a plus loi que coutume. Et c'est la naissance de l'individu que je salue et avec lui saluez le progrès de l'humanité qui ne vient pas de la société comme on le croit trop. Enferré comme il l'était dans la coutume et la vie tribale et on voit combien les sociétés dites premières en sont restés à des modes d'existences aussi primaires.

Il est, je sais, de bon ton de les louer et d'y porter un regard nostalgique comme de porter une critique féroce à un individualisme forcené qui serait le propre des civilisations avancées quand c'est de l'homme et non de la société que vient l'invention, la nouveauté, autant dire le progrès et autant qu'il est libre des entraves d'une société qui ne vise qu'à se conserver en l'état où elle se trouve et restera longtemps sans quoi.

Sans cet avènement de l'homme qui est celle de l'individu si décrié dans les sociétés civilisés. Certes l'on ne mourra pas comme mourrait toute la tribu mais c'est que l'on ne vit pas comme vivait toute la tribu. Et c'est que l'on ne fait plus un. Et Ortega y Gasset qui parlait de la masse pensait aussi à une élite qui n'était pas une classe sociale mais un individu qui n'était pas l'individu masse.

Cet individu qui n'est pas l'individu masse c'est à lui que doit la société civilisée ses avancées, quand l'individu masse est celui qui retourne à la tribu ou ne l'a jamais quitté, qui en se faisant tatouer croit se différencier de la société mais ne fait en cela qu'être plus société comme la société primitive était plus société que la société civilisée ou l'individu a droit d'existence.

Le regard fier et un peu altier


Je crois que j'ai toujours aimé quoique sans jamais me l'expliquer ce regard qu'on dirait fier et un peu altier mais tout n'est qu'interprétation et ce n'est que regarder droit devant et un brin vers le haut tout comme lors d'un défilé militaire. Aussi j'ai aimé ce symbole ou logo de la RATP quelques années après que je sois entré dans les forces de sécurité et c'était sur fond vert l'esquisse d'un visage légèrement incliné vers le haut.

Mais je n'ai jamais aimé les va t-en guerre et si cette attitude je voudrais maintenant l'adopter c'est au vu de celle qui est en train de devenir l'ennemi de l'homme: la femme; parce que ce regard militaire est je crois le mieux approprier pour la vaincre qui est d'abord se vaincre soi même et sa peur comme ses bas instincts, c'est aussi qu'elles nous font souvent reproche d'un regard trop direct.

On peut dépasser du regard, s'élever du regard, qui est d'abord se dépasser et s'élever au-dessus de sa propre nature et déjà la dominer car comme disaient les Anciens qui pourraient prétendre dominer s'il ne se domine pas d'abord lui-même et ce n'est pas qu'elles sont basses créatures mais qu'elles nous abaissent plus qu'elles nous élèvent si nous ne cessons pas de les regarder comme nous les regardons.

Mais me disait un ami fort avisé et grand connaisseur des femmes qui reconnaissait par ailleurs que nous entrions en des temps difficiles et conflictuels comment penses tu ainsi que les choses se fassent. Il y voyait en effet et avec raison une forme de renoncement, mais si les choses ne se font plus comment ne pas prendre une attitude digne et résignée plutôt que de tirer la langue comme un chien.

Et ce n'est encore que parader. Une parade non pas militaire mais amoureuse car l'homme sera toujours amoureux de la femme et voudra toujours l'honorer quand ce sera un honneur pour elle et l'élever quand ce ne sera pas pour elle s'abaisser. Et l'on parle trop de la dignité de la femme a t-on oublié la dignité de l'homme? Ce n'est ici qu'un bref rappel et aux hommes de se ranger le regard fier et un peu altier.

vendredi 17 juillet 2026

être de peu


Peu de corps, peu d'esprit, aussi peu à en dire, sinon comment quelqu'un d'aussi peu de poids a t-il pu en venir à penser qu'il pèserait sur mon existence? C'est sans doute cette faiblesse que l'on a vis à vis des femmes qui leur peut laisser espérer autant. Mettre fin à notre relation dit-elle mais de quelle relation parle t-elle?

Mesure t-elle la longueur et la profondeur qu'il faut atteindre pour parler de relation, sans quoi ce n'est que bagatelle et à la bagatelle beaucoup il est vrai sont tenus et à ceux là je la renvois sans la renvoyer car c'est elle qui met fin à ce à quoi elle a donné commencement, le tout avec la même légèreté qui caractérise les êtres sans consistance.

Je ne sais pas si c'est en pensant à cela que Kundera intitulait son fameux roman: L'insoutenable légèreté de l'être de quoi il en faisait son affaire qui est affaire de don juan mais c'est bien cette légèreté qui permet en effet de passer d'un être à un autre être sans s'en incommoder outre mesure.

J'ai reçu son e-mail. Je ne vais pas y répondre. C'est accorder trop importance à ce qui n'en a pas. L'orgueil ici ne doit pas trouver sa place, car il ne peut y avoir d'orgueil blessé face à ce qui est à ce point inexistant mais se voudrait obligeant, est ignorant mais se voudrait savant, prend de grands airs et n'est que du vent. 

Etre de peu et à ce point suffisant. Il n'y a rien en moi qui te rejette parce qu'il n'y avait rien en moi qui te réclamait. Et sans doute cela a t-il été insupportable à qui cela aurait effleuré l'esprit en un instant de lucidité, aussi je te renvoie à ton humanité qui est légèreté.

Quelqu'un de compliqué


Nous ne sommes pas entendu comme nous nous entendons ni vu comme nous nous voyons et quand nous parlons de nous nous nous rendons bien compte qu'ils ont pour ce nous qu'un intérêt vague et distrait et qu'aussitôt ils en viennent à parler de cet autre nous que nous sommes pour eux ou qu'ils aimeraient que nous soyons pour eux.

C'est à lui qu'ils s'adressent quand ils s'adressent à nous et si nous n'avons pas bien en nous cet gymnastique de l'esprit qui nous fait incessamment passer non pas de nous à eux mais de ce nous à cet autre nous nous ne saurions les suivre et leur répondre convenablement car ce à quoi nous devons répondre effectivement est à cette idée qu'ils se font de nous.

Si nous ne sommes pas imposteur par nature nous devons l'être par métier, faire effort pour l'être, alors seulement on pourra dire de nous que nous sommes des êtres sociaux parce que nous répondons à leur demande qui est demande d'identité entre ce qu'ils pensent de nous et ce que nous sommes. La société des autres c'est la norme, la conformité de ce que l'on est avec ce que les autres pensent que l'on est.

Rien de plus gênant ou embarrassant que cet être difficile à saisir car c'est bien cela que l'on veut: le saisir. On dira alors de lui que c'est quelqu'un de compliqué. On parle du mystère de l'homme et encore davantage du mystère de la femme mais l'on aime pas "que l'on fasse des mystères" et l'on se réfère plutôt à l'éternelle féminin ce qui dissiperait tout mystère de la femme dont on préfèrerait se faire une idée.

De là ces conversations creuses qui croient aller à l'autre quand c'est à l'autre nous qu'elles vont toutes et qui ne nous affectent guère ou que très peu car nous n'avons été que très peu ou guère concerné, car nous n'avons jamais été saisi. Quand bien même toutes nos manifestations extérieures auraient été captées l'on voit bien que l'être intérieur échappe.

Nous sommes reçu du dehors et rarement l'on va au dedans: c'est que quand nous vivons du dedans au dehors c'est le chemin inverse qu'il faut prendre pour nous saisir quand ce ne sont au mieux que des aperçus d'être qu'on aura de nous, mais cet autre nous fait tout d'extériorités est celui qui plait et en quoi nous pouvons plaire si nous nous arrêtons à lui et beaucoup s'arrêtent à lui et sont ainsi d'un commerce agréable.

jeudi 16 juillet 2026

Le gouvernement des hommes


Ni ma naissance ni mes parents ne m'ont donnés un parti comme je pense que beaucoup l'ont déjà qui n'ont aucune difficulté a choisir entre la gauche et la droite. Aussi je dis que je voterais pour un homme plus que pour un parti et je crois que c'est ce que j'ai fait avant de ne plus voter, qu'on en conclue par là ce que je veux qu'on en conclue.

Souvent aussi je me suis demandé si j'assistais plus à un débat de personne qu'à un débat d'idées et j'ai souvenir de cette conversation surprenante dans la voiture qui nous amenait l'équipe de National 4 d'échecs sur les lieux de la rencontre et c'était en pleine période électorale, d'avoir entendu quelques uns dirent qu'il n'y avait pas de différences dans les programmes proposés par la gauche comme par la droite.

Malgré tout il me semblait qu'ils n'auraient aucun doute à l'heure de voter, je dis doute mais je pourrais dire scrupules car qui fait preuve de démagogie ne fait pas preuve de convictions et quelqu'un qui ne fait pas preuve de convictions n'est rien d'autre qu'un opportuniste ou un affairiste. L'idéaliste serait-il celui qui pense que d'un côté il y a les affaires et de l'autre la politique?

J'entends encore ma grand-mère s'indigner quand la justice s'en prit à Balkany maire de Levallois parce que c'était, à l'entendre parler, tout l'échafaudage politique qui était menacé de tomber, or il faut avouer que les politiques ne font plus depuis autorité ou s'ils eurent jamais une aura comme on a une couronne sur la tête il n'y a plus beaucoup de têtes couronnées qui nous gouvernent mais des têtes dont la couronne a chue.

Cela crée une ambiance délétère qui met la vie, la santé en danger, donne comme définition de délétère le Robert (dictionnaire), et il n'est pas loin de donner aussi la réalité sociale et politique d'un pays qui a perdu foi en ses représentants. Qu'il n'y ait plus de croyances on pourrait s'en féliciter si ce n'était le retour à des temps plus indécis pour ne pas dire troublés ou sujet à des troubles.

Mais l'indécision qui est la mienne je ne la voudrais à personne car c'est mal voir quand seul bien voir ne nous fait pas hésiter à marcher et où que nous allions allons d'un pied ferme et décidé, ce qui je dois l'avouer n'a jamais été le mien de pied ni de marche. C'est que je ne suis pas homme à vivre sans croyances en quoi je suis encore homme de mon temps qui ne pouvant pas ne pas croire néanmoins n'arrive plus à croire en rien.

Cet homme salue cependant des temps nouveaux ou toute croyance sera abolie, aussi ni couronne (d'argent, d'or ou d'épines) ni aura ne seront plus exigés et tout cela n'étant qu'apparat et n'ayant plus tout cet apparat à leur disposition le gouvernement cessera d'être celui des dieux ou des demi dieux ou des rois sur la plèbe pour être celui des hommes sur les hommes qui accepterons alors que rien de plus qu'eux les gouverne.

mercredi 15 juillet 2026

La médiocrité


Ce que me donne la richesse, et je m'estime sans doute riche pour bien peu, c'est de ne pas avoir à compter plutôt que de me mettre à compter, ce qui est capitaliser, non plus qu'à dépenser sans compter, ce qui serait très vite avoir de nouveau à compter. L'argent m'accorderait vis à vis de l'argent une dispense, la santé financière pourrait nous donner une dispense comme la santé physique nous dispenser de sport parce qu'aussi le sport est dépense physique outrancière.

Je jouis (et je dis jouir et non pas posséder) d'un capital comme je peux jouir de ma santé, de mon capital santé. Il me faut aussi chercher à ne pas lui nuire tout en me disant qu'il est comme la vie fait pour passer, c'est-à-dire non plus chercher à trop le retenir. Mais ma vie est simple et je ne veux pas aussi qu'il la complique. Vivre simplement est vivre sainement et je n'ai jamais vécu autrement. Mes livres sont fait pour être lus comme ma vie pour être vécue aussi cela me retient de posséder une riche bibliothèque qui est bien la seule chose que je pourrais vouloir acquérir, mais je n'aurais assez de toute ma vie pour la lire, alors à quoi bon.

Je pourrais bien aussi aller au théâtre lyrique, c'est comme cela que j'appelle l'opéra, mais je n'ai déjà pas goût pour le théâtre tout court; délaisser l'exercice en plein air qui est ce à quoi je m'adonne quoique de plus en plus rarement pour me mettre au golf mais ce serait encore satisfaire à des goûts ou plaisirs qui ne sont pas en moi, sans doute n'y ai-je pas été instruit ou éduqué et rien ne m'y pousse qui vienne de moi. Devrais-je alors me délaisser, ce qui est perdre cet attachement que j'ai pour moi, pour m'attacher à la société qui serait celle des riches et du golf et du théâtre lyrique parce que je n'en connais pas d'autre dont on veuille se prévaloir.

L'ataraxie. Je tiens ce mot des Grecs. Les Grecs pour qui être heureux serait ne pas souffrir. Fini les soucis d'argent quand ils ne pourraient qu'avec l'argent commencer. Si j'ai connu les soucis et la crainte de celui qui vient à manquer je ne voudrais pas connaître maintenant les soucis de qui a à se préoccuper pour son argent. Les banquiers m'emmerdent aussi que les assureurs. Ma vie n'est pas assurée et ne le sera jamais parce que je suis mortel, condition contre laquelle ils ne peuvent rien, pas plus que n'y peut tout l'argent du monde. D'avoir de l'argent peut seulement me rendre plus dure l'idée de mourir si je considère que la vie sourit davantage à qui à de l'argent qu'à qui n'en a pas.

Mais c'est une mauvaise habitude que d'apprendre à vivre richement, habitude que je n'aurais peut-être pas le temps de contracter, pour cela qu'elle nous prépare moins à mourir alors que j'y étais en ce qui me concerne fin prêt; rien à perdre comme on dit quand on a que la vie à perdre, et je crois pouvoir encore ajouter parce que les êtres qui m'étaient chers je les avais déjà perdus et comme on le sait l'argent ne peut pas tout acheter pour ne pas dire rien acheter quand tout ce qui compte vraiment ce n'est pas l'argent mais l'amour et la vie.

Ou en viendrais-je à penser l'inverse: que tout ce qui compte vraiment c'est l'argent comme cette réplique dans un film: "vous ne saurez jamais ce que l'argent vous apporte" Finirais-je donc par le savoir? Je ne suis pas sûr de le vouloir comme je ne suis pas sûr d'avoir jamais voulu l'argent mais une chose est sûr c'est que l'on est vite accroc, que l'on ne peut plus s'en passer quand on y goûte trop, mais en ce qui me concerne je n'y ai goûté que trop peu et entend garder avec lui mes distances ne changeant pas un iota a ma vie d'avant qui n'était pas riche mais qui n'était pas pauvre non plus, et je crois qu'Horace avant moi avait loué la médiocrité.

NB

Aurea mediocritas: expression latine qui désigne l'idéal d'une vie équilibrée, située entre les excès et les privations. Employée par le poète romain Horace au premier siècle avant J. Christ, elle est généralement traduite par juste milieu ou médiocrité dorée.

mardi 14 juillet 2026

Plus d'appelés


Qui a fait l'expérience du service militaire obligatoire a fait l'expérience du pouvoir absolu qui est aussi celui que l'on peut rejeter de la manière la plus absolue. Plus de service militaire plus de pouvoir absolu. Non pas. S'il y a toujours une armée. Seulement tout le monde n'en fait plus l'expérience quand tout le monde fait encore l'expérience du pouvoir économique rendu seul coupable d'injustices et d'inégalités, mais c'est mal connaître la réalité du pouvoir et son exercice qui est d'abord et avant tout un exercice de force.

On ferait donc depuis la fin du service militaire obligatoire davantage l'expérience du pouvoir économique que du pouvoir politique qui ne résiste pourtant pas toujours à l'emploi de la force armée; et sans doute partage t-on aussi plus le pouvoir économique pour si peu qu'on le partage que le pouvoir politique en ce qu'il a de plus absolu et pour autant de moins démocratique. Et l'impression qu'on le partage par le vote et non qu'on le subit de manière aussi forte et absolu que par l'accomplissement du service militaire obligatoire.

C'est une soumission totale qui est exigée de chacun, de l'esprit de chacun -- aux ordres ou commandements qui ne souffrent aucune contestation et encore moins de refus ou d'avis contraire, c'est-à-dire d'être contrarié, il ne s'agit pas là d'un régime parlementaire et encore moins contestataire -- mais surtout du corps de chacun marchant au pas et que de contraintes allant parfois jusqu'à la contrainte par corps.

C'était un adjudant chef qui m'arracha un livre des mains que je mis par terre parce que je voulais récupérer mon livre qu'il n'avait aucun droit de me prendre ainsi de la manière forte. Mais c'était sans compter que j'étais un simple appelé quand il était un militaire de carrière et un gradé. Il n'y a pas d'égalité devant la loi. On n'était pas en guerre mais on n'était pas non plus devant un tribunal civil. Je comparus devant un officier qui me signifia ma peine d'emprisonnement. Autant dire plus simplement qu'on m'envoya au trou et que j'eus à faire du "rab".

Les mauvais traitements. Il n'y a pas de mauvais traitements si tout le monde est traité à la même enseigne. Aussi personne ne peut s'en plaindre. Il se peut cependant que la société civile se soit adoucit quand la société militaire pas plus que la société religieuse n'aurait évoluée avec leur temps (du moins pas à la même vitesse). Et que les appelés étant appelés pour la plupart à retourner à la vie civile diraient des choses qui ne pourraient plus être entendues. Aussi pour que demeure l'armée comme institution au service d'un pouvoir absolu qui avec elle ne voudrait pas mourir, plus d'appelés. (il y aurait aussi de moins en moins d'appelés devant Dieu mais c'est une autre histoire comme disait le petit lion).

NB

Voilà ce qu'il m'aurait fallu savoir et en quoi la lecture des Propos d'Alain peut être profitable: "Car sur quoi règne t-il (César)? En apparence sur ces corps qu'il tire et pousse; en réalité sur des esprits faibles, qui ne savent point obéir sans approuver."

Pourquoi j'aime mes parents (ou plaidoyer pour ses parents)


Pourquoi j'aime mes parents? Parce que je trouve qu'un amour qui est redevable d'un autre amour n'est pas l'amour, pas en tout cas l'amour que j'ai pour mes parents qui ne m'ont jamais aimé. Ne me dites pas aussi qu'il faut aimer ses parents. En aucun cas l'amour ne peut être une obligation ou un devoir. Pas en tout cas pour moi qui me sens vis à vis d'eux libre de toute obligation au vu du peu d'amour qu'ils m'ont donné et qu'aussi j'aurais à leur rendre.

Je trouve pour commencer que la vie exige beaucoup de nous pour que l'on ait à ajouter à cette exigence la nôtre d'exigence et je n'en n'ai plus aucune vis à vis de mes parents non plus que je ne la trouve naturelle. Par contre ne me sont plus étrangères des pensées comme: qu'il est parfois plus difficile d'être méchant que d'être bon; de même je penserais comme Rousseau que l'homme nait naturellement bon et que c'est la société qui le déprave, à quoi j'ajouterai que cette dépravation fait souffrir l'homme méchant plus qu'il ne fait souffrir les autres parce qu'en cherchant à se contenir il cherche à contenir cette méchanceté que plus souvent j'ai vu contenue en mes parents que librement et ouvertement exercée.

Mes parents étaient en souffrance. Quand l'on ne pourrait voir qu'un enfant en souffrance il faudrait encore voir des parents en souffrance, mais je n'étais encore qu'aveugler par ma propre souffrance. Il me semble maintenant que ce n'est pas l'être se réjouissant (et jamais mes parents ne se sont réjouis de mes souffrances, mon père n'était pas en joie tandis qu'il me frappait) mais l'être souffrant que l'on peut aimer et j'aurais vu mon père pleurer s'il n'avait su cacher ses larmes.

Certes il en va autrement de ma mère, la commanditaire, ne se reconnaissant pas dans sa progéniture. Et je n'ai pas peur de la montrer dans toute sa scélératesse et de la reconnaitre en même temps comme ma mère celle qui disait ne plus savoir avec qui elle avait bien pu m'avoir. Ma mère que j'ai vu pleurer et enfant dû (aidant en cela mon père) porter évanouie sous la douche. Que dire de cette pauvre créature sinon que si elle n'était pas aimable elle était aimante mais mal, c'est-à-dire qu'elle aimait comme tout le monde aime, et c'est quand on y est pas forcé.

Et comment dire qu'elle y avait été forcé d'avoir des gosses et moi le premier, les autres mes frères peut-être un peu plus voulu mais jamais assez, un peu plus aimés mais jamais assez. Que l'homme ne soit pas libre de faire ce qu'il veut et ce qu'il fait le dit assez et comment le dit-il sinon en le faisant mal, à contre cœur quand ce n'est pas sans cœur ou avec un cœur mauvais et ma mère n'a jamais rien fait autrement à chaque fois que l'on a voulu confisquer son amour qui ne pouvait être que libre et consenti.

Je crois encore que je tiens d'elle mon rejet de la société en tant que la société oblige (société oblige comme force oblige que l'on dit mais cela ne nous fait pas aimer, pour autant et en tant que nous sommes et restons des êtres libres, bien au contraire) et pour sûr que la bonne société n'aime pas davantage voir mon visage que le visage de ma mère et pas plus qu'elle n'aime voir le visage de la souffrance elle n'aime voir le visage de l'amour, du véritable amour qui ne peut être que libre et consenti.

lundi 13 juillet 2026

Les signes de reconnaissance


Je n'avais pas compris les tatouages de mon frère, aussi que mon père voulu lui faire enlever. Cela s'est passé il y a plus vingt ans. Quand ce matin apparait en première page de mon ordinateur un visage tout tatoué et écrit dessous: "Ne trouve plus de travail". Mon père c'était donc la société. Mais mon frère n'était pas le rebelle qu'il était aux yeux de mon père et de la société sinon celui qui cherchait un signe d'appartenance plus fort à cette société.

Prenons que cette société soit ladite société civilisée et celle des tatouages la primitive en cela que l'on pourrait dire la plus ancienne et l'on parle aujourd'hui des peuples premiers. J'avoue regarder avec curiosité (la même que j'ai à regarder les tatouages) un temps que je n'ai pas connu où l'ouvrier portait la casquette et le bleu de travail tandis que lors de mon mariage il me fallut porter le costume en queue de pie et le haut de forme que des nostalgiques d'un temps révolu m'avaient obligé a porter.

Mais il n'y a plus une telle distinction dans l'habillement et l'on pourrait généraliser sans risque de trop se tromper en disant qu'il n'y a plus de signes d'appartenance du moins subtil (et ce sont les tatouages subtils qui me semblent distingués). On ressort aussi les drapeaux quand il n'y a plus que les drapeaux pour dire qu'on est français, quand on ne sait plus l'exprimer autrement "dans la langue de chez nous" ou "dans la langue de Molière". Aussi le nazis ont recouru à la croix gammée, un signe ostentatoire emprunté à des temps primitifs.

Il n'est pas étonnant qu'alors que tous les signes ostentatoires d'appartenance se sont plus ou moins effacés ou rendus plus subtils -- j'ai un ami pour qui le niveau de langue ne trompe jamais, et que seul peut déceler un examinateur chargé de décider de votre avenir en vous employant ou pas -- les tatouages trop abondants et trop manifestes puissent choquer et vous fermez les portes de la société. Le paradoxe et j'en reviens à mon frère et c'est que plus que moi il cherchait a appartenir à cette société comme a être reconnu par son père, ce qui sans doute revient au même, sauf qu'il n'arborait pas les bons signes de reconnaissance.

La grandeur de l'homme


J'ai a l'esprit depuis que je l'ai lu ce que j'ai appris de Spartacus et c'est qu'approchant de Rome la grandeur de Rome l'aurait arrêté (malgré tout le mal que les Romains lui auraient fait) et je crois que tout homme devrait y penser à chaque fois qu'il approche d'un autre homme pour le tuer ou lui faire du mal: il devrait penser à la grandeur de l'homme pour autant qu'il se montre méprisable.

Et c'est ainsi je crois que cela se passe qu'un homme ne peut pas en tuer un autre s'il ne le trouve d'abord méprisable. Mais par ailleurs qui a approcher l'homme sait pour l'avoir approché que tout en lui n'est jamais méprisable, ce qui complique tout. En vérité il faut avoir le nez fin parce que c'est dans d'infimes variations qu'il peut se révéler à nous.

Et ce n'est pas tant ce qu'il en est de sa nature pareille à la nôtre mais justement la variation qui peut être la sienne et non la nôtre et c'est cela qui surprend parce que se sentant de même nature on ne connait pas les mêmes variations, on pourrait dire encore inclinations et cela se comprendraient mieux si l'on ne donnait aux inclinations un caractère naturel dans le sens de tenant à la nature de chacun.

Quand il n'y aurait pas de différences dans la nature de chacun sinon dans ces variations qu'une nature pourrait prendre et l'autre pas. C'est ainsi pour le moins que je le sens à chaque fois que j'approche une nature non pas différente de la mienne mais semblable et qui diffère ensuite comme je ne peux différer, sans doute je diffère autrement.

Ce ne serait donc pas une question de donnée statique (le caractère) mais de dynamique de chacun et c'est pourquoi souvent ces variations se révèlent dans l'action tandis qu'elles se dissimulent dans l'être étant et non agissant; et je pense à ces êtres que j'ai vu mal agir et que rien ne me préparait à voir mal agir, j'entends eux-mêmes, et je dis qu'ils dissimulaient mais je ne crois pas qu'ils dissimulaient.

Je n'étais seulement pas sensible à leurs variations, mais comment l'aurais-je été avant qu'ils ne varient, c'est-à-dire qu'ils agissent. Et pourtant je les ai bien connus: c'étaient des amis, des parents mêmes, et je les mépriserais totalement si je ne les avais si bien connus et approchés, aussi je pense à la grandeur de l'homme pour autant qu'il se montre méprisable, me gardant ainsi de les tuer comme Spartacus d'entrer dans Rome.

dimanche 12 juillet 2026

L'auto et mutuelle connaissance


Pourquoi il m'a toujours semblé que la perception que les autres avaient de moi (si elle n'était pas sujet à préjugés) pouvait être plus juste que la connaissance que j'avais de moi? Cette dernière ne pouvant en aucun cas être objective: car je n'étais pas l'objet de ma connaissance mais le sujet lui-même, sujet et parti.

Par contre pour les autres j'étais bien un objet de connaissance c'est-à-dire quelqu'un dont ils pouvaient se faire une idée objective (s'il n'y investissait pas leur propre subjectivité faite de préjugés); ils pouvaient donc par là-même se faire une idée de moi plus parfaite que moi-même, car l'idée n'est pas l'objet mais disons les lois qui le régissent.

Et c'est ce que j'ai pu souvent constater: qu'ils savaient mieux que moi-même (souvent perdu dans les circonstances de mon vécu qui est celui du sujet ou de l'existant) ce qui me régissait, ce par quoi j'étais tenu; que l'idée qu'ils avaient de moi-même en disait plus long sur moi et portait ainsi cet objet (moi-même) à ma connaissance.

A ma connaissance inexacte qu'ils avaient parfaite n'en étant pas eux-mêmes l'objet (l'objet sujet) et pouvant en déterminer les lois qui la régissaient. C'est pourquoi quand ils avaient quelque chose à porter à mon attention je m'empressais d'y subvenir (c'est à dire de me corriger) tant je pensais que cela subvenait à mon être, c'est-à-dire dans ce qui le déterminait et déterminerait sa croissance ou épanouissement.

Je crois en cela beaucoup leur devoir et que plus qu'attention à soi, plus que le "connais toi toi-même" de Socrate, notre attention aux autres peut être attention à nous mêmes, et ainsi nous préserver de nous mêmes comme des autres, par une connaissance mutuelle; mais comment alors ne pas en être affecté? mais si l'affection qui nous tient aux autres est bonne pourquoi la connaissance ne serait pas bonne (pour le moins recevable)?

Nos idoles


Si nous nous regardions de bien au-dessus de nous combien misérables pourrions nous apparaitre à nos propres yeux de sorte que le suicide resterait la solution la plus enviable pour mettre fin à ce triste sort aussi qu'à cet enfermement en ce soi-même dont nous ne pouvons sortir autrement qu'en nous prenant de haut ce que nous n'acceptons de personne d'autre.

Aussi les plus lucides d'entre nous seraient les plus malheureux d'entre nous et si je considère la famille des humains et ses piètres manigances je me sens envahi par une immense tristesse car je sais plus intelligent que moi mais pas meilleur que moi et que cette intelligence même n'est que petitesses et bassesses dans son exercice parce que jamais je ne lui ai vu et connu de louables desseins.

Pourtant mon parti pris reste celui de l'homme parce que la société qui a voulu l'élever au-dessus de sa condition n'a fait que l'abaisser au-dessous de sa condition, que l'avilir, que l'aliéner, que de faire de la famille un panier de crabes que l'on compare trop à la nation si ce n'est que la nation et ses représentants le sont d'abord d'une famille plus étroite dont ils auraient gardés l'étroitesse d'esprit au lieu de s'ouvrir au monde.

Et ce regard de bien au-dessus d'eux ne peut être que celui d'un dieu et c'est en cela qu'il manquera toujours un dieu aux hommes pour que leur grandeur qui n'est que petitesse ne les perdent pas, qui est qu'ils ne se perdent pas eux-mêmes en se voyant plus grands qu'ils ne sont et c'est en le plaçant bien au-dessus d'eux ce dieu qui n'a pas d'autre existence sinon de leur en communiquer une plus louable que la leur.

On pourrait voir là plus que la crédulité la sagesse des Anciens d'avoir placé des dieux bien au-dessus d'eux plutôt que de prendre leur place qui est de faire des idoles car c'est l'idolâtrie que les religions ont combattu. Il y aurait alors un recul dans cette avancée de la civilisation qui ne place plus de dieux bien au-dessus d'elle mais aussi plus l'homme au centre du monde.

Mais alors il ne s'agit plus du monde des hommes s'ils n'y sont rien et ne peuvent rien en attendre n'y être motivés a être plus grands par ce qu'ils devinent de plus grand qu'eux et a être plus humbles aussi par ce qu'ils devinent de plus grand qu'eux. C'est encore un sentiment que nous donneraient les montagnes et l'immensité du ciel si nous ne regardions plutôt et fixement nos petits écrans d'où surgissent comme d'ultimes reliques d'un temps que nous ne comprenons plus (parce qu'il ne nous comprend plus) nos idoles.

samedi 11 juillet 2026

Le parti pris des vieux


Parce que la société a pris le parti des jeunes en lequel elle veut voir son propre avenir, ce qui est ne pas mourir, et parce que c'est le plus facile et qu'y ajouter n'y ajouterait rien je vais prendre le parti des vieux et dire que chez les vieux on doit déjà vénérer qu'ils soient vieux et c'est en quoi l'on parle d'un âge vénérable qui en aucun cas puisse être celui de ceux qui viennent de naître.

Mes amis Kanak de Nouvelle Calédonie vénéraient les Anciens et je crois me souvenir qu'ils me parlaient avec des trémolos dans la voix des vieux de la tribu qui souvent ne devaient cette vénération qu'à leur âge avancé. Si l'on voit comparativement ce qu'il en est de nos vieux abandonnés à eux mêmes ou dans des maisons de retraite on comprend combien l'avancée de notre civilisation ne semble pas être celle de l'homme.

Les vieux cons chantait Brassens et il semble qu'ils ne soient pas considérés autrement et leur dite expérience ne serait que la somme des erreurs qu'ils auraient commissent et ne profiterait à personne. Un de mes amis plus très jeune me disait cependant que la connaissance de l'Histoire avec un grand H servirait à minima à ce qu'on ne la répète pas, aussi pourrait-on en dire de l'histoire avec un petit h, celle de chacun de nos vieux.

Qui est allé au collège (et qui n'est pas allé au collège?) sait que s'il a aimé tel enseignant il a aimé aussi la matière que tel enseignant enseignait et vis versa. Les Anciens parlaient de passeurs, et si tout le monde n'a pas les mêmes passeurs je ne pourrais jamais dire que mon ordinateur ou l'intelligence artificielle ait été pour moi un passeur. On oublierait cependant que le savoir humain passe par l'humain.

L'homme a besoin de l'homme et la société qui n'en a pas besoin ou le prétend se déshumanise. Ainsi en est-il de la société qui pense pouvoir se passer de ses vieux. S'il y avait une jeunesse qui se sentait inutile il y aurait aujourd'hui une vieillesse qui se sentirait de plus en plus inutile ou, ce qui revient au même, de moins en moins écouté, et c'est un fait de société, et c'est la société qui écoute de moins en moins l'homme.

CITATION

Je lis dans Meditaciones del Quijote d'Ortega y Gasset: "el progreso intelectual de nuestro espiritu marcha a brincos y no en linea continua y que sus crecimientos momentaneos se originan en empujones emocionales" En deux mots pour apprendre il faut passer par l'émotion et l'admiration, sentiments que seul l'humain peut procurer à un autre humain.

Amour ou amitié


Que j'aimerais qu'ils soient tout le temps avec moi comme un enfant gâté qui exigerait tout de tout le monde, aussi que tout lui soit dû. Je parle de mes amis qui sont des êtres indépendants et libres tout du moins vis à vis de moi et je crois que c'est en cela que la relation amicale est moins aliénante que la relation amoureuse ou souvent notre indépendance comme notre liberté sont aliénés.

Il se trouve par là que mes amis restent longtemps mes amis, cela n'a pas grande incidence sur notre amitié qu'ils aient aussi des amis qui ne soient mes amis, que j'ignore ou n'ignorant pas restent les amis de mes amis sans devenir les miens d'amis ni pour autant que j'en prenne ombrage comme je pourrais le prendre d'une femme que je dirais aimer.

C'est en quoi les Anciens préféraient cette forme d'amour plus libre que serait l'amitié. Mais il n'est pas utile d'avoir lu Aristote ou Montaigne pour goûter à l'amitié. Et c'est les vacances et ils sont pratiquement tous partis. J'en ai connus aussi qui ne reviendront jamais et d'autres qui reviennent parfois me voir. L'étonnant c'est qu'ont se retrouvent comme ont s'étaient quittés: bons amis.

Il n'en va pas de même on le sait pour les couples qui se séparent et ce n'est pas étonnant quand ce sont les corps qui unissent que la séparation des corps les désunissent. Autant dire que je n'entretiens pas de relations charnelles avec mes amis ce qui serait faire descendre l'amitié au niveau de l'amour et du même coup la perdre et craindre de la perdre a chaque fois qu'ils s'éloigneraient de moi et connaitraient un autre que moi. 

Il y en a qui dirait que l'on ne peut pas comparer l'incomparable: que l'amitié traite de sentiments entre êtres humains du même sexe, ou mieux, de sentiments sans sexe, et c'est alors comme s'ils leur manquait quelque chose aux sentiments pour s'épanouir. Car c'est ainsi que l'on pense, du moins mes amis et moi à qui ils arrivent de s'interroger entre une amitié possible entre hommes et femmes quand ils sont capables d'amour entre eux.

Et c'est comme si c'était le nec le plus ultra l'amour et que passer de l'amitié à l'amour serait un plus. Rappelons que cela ne l'était pas ni pour Aristote ni pour Montaigne ni pour les Grecs. Mais un homme d'aujourd'hui se sentirait éconduit par une femme qui lui parlerait d'amitié si, n'y croyant pas à l'amitié entre homme et femme, il ne se disait que cela devrait déboucher fatalement sur de l'amour.

Et c'est ce mot fatal qu'il faudrait retenir car il n'y a pas de cette fatalité dans l'amitié, ce n'est pas en tout cas ainsi qu'elle est vécue, tout y semble plus libre et moins contraignant, personne n'y abdiquant de sa vie mais la poursuivant indépendamment de tous ces amis qui comme lui continuent leur vie et ce n'est pas sans souci de l'autre et parfois s'en souciant beaucoup mais n'y pesant jamais car ne confondant pas leur vie respective.

vendredi 10 juillet 2026

Le mien moi et le moi de l'autre et vis versa


Le moi que je vois est celui qui est devant moi ou mes yeux, celui qui est derrière moi, dans mon dos, est souvent celui que me renvoient les autres moi qui au lieu d'être ce miroir devant moi que je serais, seraient ce miroir derrière moi qui me renvoie l'image de moi qui serait comme l'image de mon dos. D'où l'expression parler dans le dos de quelqu'un me parait la plus appropriée à ceux qui voient mon dos ou en sont le miroir (et ne peuvent ainsi parler de moi autrement).

On ne peut pas tout se voir et ils m'ôteraient cette part que je ne pourrais qu'imaginer de moi-même et conforme à ce que j'en vois quand ce qu'ils me disent est que ce qu'ils voient de moi n'est en rien comparable à ce que je vois de moi, bien plutôt son envers ou comme le revers de la médaille que chacun serait pour chacun; et je suis surpris par eux comme je le serais d'un miroir qui m'aurait vu là où je ne me vois pas.

En vérité il n'y a aucun miroir où je me plaise ni ne me complaise car il n'y a aucun miroir qui ne soit le reflet de ma pensée et ce n'est que par elle que je me connais et connais les autres et comme leur surface visible ne m'intéresse pas plus que la mienne je dirais que ceux que je peux voir c'est dans le noir que je peux les voir, ou que quand je pense à eux je n'ai pas besoin de les voir.

Quand la plupart quand ils cessent de se voir cessent de se voir il me semble les voir davantage dans le noir comme de les entendre davantage dans le silence. Sans doute ai-je été habitué à si peu de présence et je m'en défie tant car souvent elle m'aurait trompé qu'il me semble mieux les trouver quand je ne vois ni leur dos ni leur face.

Aussi je n'en appelle pas toujours à plus de présence car plus de présence ne serait pas synonyme pour moi de plus de présence et j'aimerais plus ce qui fait présence en moi que ce qui est présence sans l'être en moi et s'ils le sont tous, je sais, hors de moi, je garde cependant quelques uns en moi qui est là où je les vois mieux et il me semble dans leur entier.