jeudi 10 septembre 2026

Loin des yeux, loin du coeur


Que les gens cessent d'exister quand nous cessons de les voir, et c'est pour nous qu'ils cessent d'exister, et encore que souvent provisoirement, pour réexister quand nous les revoyons, est chose commune mais dont je ne pouvais que m'étonner car cela n'était pas vrai pour moi qui allais imaginer leur existence sans que je les vois et je comprenais alors que là était l'origine de mes souffrances.

Qu'on ne souffrait qu'en imagination et que c'était imaginer les gens qu'on a quitté ou qui nous ont quitté alors qu'ils devraient cesser d'exister pour nous quand nous cessons de les voir; je voulais alors cessé de les voir en imagination comme il m'était arrivé de souvent revoir, alors que j'étais interne et ne les voyais plus, mes parents qui m'y avaient laissé pour faire à rebours la route qu'ils avaient faites pour m'y amener.

C'était sans doute une qualité mais je l'appelais un défaut ce qui faisait coexister longtemps après qu'ils ne soient plus des gens que j'avais aimés et avaient perdu toute existence: aussi bien l'imaginaire que je leur prêtais que la réelle qu'ils avaient eu. Ils étaient comme mort deux fois, mais pas encore assez pour moi qui les revoyais avec le même amour que je leur avais porté et comme si en moi rien ne mourrait.

Qualité de les faire revivre, défaut parce qu'ils étaient morts et ne revivraient jamais et qu'il fallait m'en consoler plutôt qu'entretenir par l'imagination le souvenir de cette présence qui n'est plus que fausse présence et réelle absence. Je n'arrivais pas à me faire à l'idée qu'ils puissent ne plus exister comme je n'arrivais pas à me faire à l'idée que ceux que je ne voyais plus continuassent d'exister sans que je puisse les voir.

Bien plus aimerions nous que ceux que nous ne voyions plus cessassent d'exister pour nous à l'instant où ne nous les voyions plus, car cela nous éviterait de souffrir qui est toujours souffrir en imagination. Il nous faudrait avoir moins d'imagination. Heureux celui qui n'a pas d'imagination car il ne souffre pas, aussi les gens sans cœur seraient des gens sans imagination.

Il faudrait vivre l'instant mais pour moi l'instant est peuplé d'êtres imaginaires, non visibles sinon que par moi et comme ils n'apparaitront plus à personne; beaucoup en effet ont cessé de les voir, et s'ils ne sont point morts pour moi ils le sont pour eux, et c'est il y a longtemps, aussi ils n'en souffrent pas comme je continue a en souffrir. 

Quelqu'un vient de passer de ce côté là qui est du côté de mon imagination, c'est-à-dire si on ne l'aurait pas encore compris quelqu'un que je ne reverrais plus et que j'aimais, quelqu'un pour qui je suis mort déjà et qui devrait être mort déjà pour moi aussi si je fonctionnais comme il est courant de fonctionner: et c'est que les gens cessent d'exister quand on cesse de les voir, et c'est faire preuve de peu d'imagination.

Et comme je disais que l'imagination avait à voir avec le cœur alors c'est aussi faire preuve de peu de cœur; aussi bien rien ne se développe en dehors de l'imagination qui est en dehors du cœur et ils ne peuvent voir que ce qu'ils voient et ce qu'ils voient ne le voient pas avec les yeux de l'imagination ou du cœur qui est où tout peut se développer et jamais mourir.

Hier, ou était-ce avant-hier, ou avant avant-hier, j'allais à un autre enterrement. Encore quelqu'un que je ne reverrais plus. Il y a tant de défunts de mon vivant. S'il n'y avait cette satanée imagination qui me les fait voir quand j'ai cessé de les voir et qu'ils ont cessé de me voir. J'aimerais tant qu'elle soit vrai pour moi comme elle est vrai pour les autres cette maxime: "loin des yeux, loin du cœur".

Il faudrait que quand je cesse de les voir ils cessassent à leur tour d'exister pour moi, et cela serait vrai sans cette fichue imagination qui a tout photographié d'eux (et je comprends que les gens qui n'ont pas d'imagination ou de cœur prennent autant de photos) me les rendant encore plus vivant en me rendant leur moindres expressions comme pensées ou sentiments quand à l'heure actuelle il n'y a encore aucun appareil photo qui ne soit capable de rendre cette photographie qui est du cœur et de l'esprit en tant qu'il est imaginatif.

mercredi 9 septembre 2026

L'amour avec un grand A


J'ai trop parlé de l'insoutenable légèreté de l'être qui est à la fois le titre éponyme du roman de Milan Kundera et l'amour de A, qui est l'amour sans l'Amour. Je voudrais alors parler de l'amour avec l'Amour qui est l'Amour avec un grand A, aussi pour en rire comme pour en pleurer, non pour en rire comme on en rit aujourd'hui sans en pleurer, mais aussi pour en parler sans pour autant le dénigrer comme on le dénigre aujourd'hui. Et c'est un ami que je m'étais fait lors d'un tournoi d'échecs à Benidorm en Espagne et auquel je participais aussi et tout comme lui en qualité d'amateurs éclairés.

Il se trouve que cet ami et à peu près pendant toute la durée du tournoi (qui devait prendre plus d'une semaine) attendit sa femme. J'avais alors la mienne de femme et comme nous étions à table ensemble et que se sentant trop seul il se joignit à nous et très certainement parce qu'il se sentirait encore trop seul ne pouvait que nous parler de sa femme comme si par ses propos il la convoquait aussi à notre table, et nous croyons en effet la voir comme il nous la montrait et se réjouir pour lui de sa beauté et désespérer comme lui de la voir enfin.

Il faut savoir que les joueurs d'échecs ne parlent que d'échecs sauf quand ils sont amoureux qui était à peu près tout ce que je me disais en l'écoutant. Ma femme, elle, n'en croyait pas ses yeux ni ses oreilles devant le tableau qu'il dressait, au moral comme au physique, de la précieuse personne qu'il voulait nous présenter lorsqu'elle viendrait à lui, mais elle tardait encore à venir à lui et il n'était pas parfois sans s'assombrir, désespéré qu'il était de l'attendre, tandis que nous l'encouragions aussi que nous le félicitions de ses résultats au tournoi d'échecs, et c'était comme vouloir lui donner le change, mais il n'était pas dupe et les échecs non plus ne tenaient pas la comparaison devant sa femme comme les échecs ne pouvaient non plus lui procurer une pareille joie et un pareil bonheur.

Enfin, sa venue était imminente, et la venue du Messie n'aurait pas par lui été autant célébrée. Ce soir on sablerait le champagne ensemble, il nous invitait, voulut qu'on participe de sa joie et de son bonheur qu'on pouvait déjà voir sur toute sa personne, et c'est qu'il n'était déjà plus seul ou que son amour était comme un projecteur porté non plus sur elle seulement mais aussi sur lui comme sur n'importe quel acteur du drame amoureux qu'on peut voir sur le grand écran plus beau qu'il n'est en réalité, car c'est ainsi que des années plus tard je devais voir Carmen Saura, l'actrice espagnole en chair et en os, nous présenter son film et c'était sous l'écran où elle apparaissait, l'écran encore chaud de son apparition, mais beaucoup moins belle que sa propre image, d'où mes yeux pouvaient encore aller de l'une à l'autre qui ne souffrait pas la comparaison et s'en étonner.

Enfin, bientôt on aurait le droit à l'apparition de "la femme de sa vie" et cela promettait, Carmen Saura ne m'y avait pas encore préparé et il est vrai qu'il nous avait fait saliver. Chaque matin je l'avais vu faire son jogging et c'est qu'il se préparait à sa venue et c'était comme un boxeur qui fait son shadow (comme si tout n'était qu'ombre et lumière: illusion) avant de s'affronter à un véritable adversaire en chair et en os qu'il se préparait a recevoir "la femme de sa vie" dans les meilleurs conditions possible. Aussi ce jour là qui devait être le dernier, mettant fin à son attente, il ne put tarir d'éloges vis à vis de celle que nous ne pûmes voir que comme il nous la fit voir, c'est-à-dire encore plus belle que nous ne l'eussions pu imaginer jusque-là.

Ma femme, et que Dieu ait son âme, eut la plus grande difficulté à réprimer en la voyant (à la miss comme on l'appelait désormais) un rire que par métier (elle tenait un salon de coiffure) elle sut transformer en un beau sourire d'accueil et de bienvenue. C'est que l'insignifiance de la personne qui nous était présentée fit que c'est à peine que nous la voyions (comme n'apparaissant que sous les coutures de celle qu'il nous avait fait voir) et que je ne pourrais vous la décrire sans blesser l'amour que mon ami lui portait. Mais la miss avait disparue pour laisser place, comme l'illusion à la réalité, à une femme sans grâce particulière et sans cette lumière que seulement les feux de l'Amour pouvaient porter sur elle. Nous reportions alors nos regards vers mon ami et cherchions à la voir avec ses yeux à lui, mais sans y parvenir pour autant sinon plutôt à la voir définitivement s'effacer devant nous, disparaitre à jamais. On sablait le champagne. Mon ami était radieux. Mais c'est ma femme qui souriait et comme elle était belle ma femme quand elle souriait , et il me semblait qu'elle souriait tout le temps, ce qui ne pouvait non plus être vrai sinon comme je la voyais et c'était souriante.

Et c'est que je ne pourrais terminer là mon récit sans parler de ma propre femme et de comment je la voyais alors que, des années après, malade d'Alzheimer et parce qu'elle s'était perdue je dus aller au commissariat de Saint Maur pour qu'on la recherche et retrouve. Je produisis alors une photo d'elle qui était quand on s'était connus elle et moi aussi que comme je la voyais toujours. Les policiers, en l'occurrence et en particulier une policière chargée de l'enquête, d'enquêter plus que de la retrouver, car il semblait qu'elle me suspectait en premier chef d'être la cause de cette disparition, n'eut pas ce beau sourire qu'avait eu ma femme jadis en voyant présentement cette photo que je produisais devant elle comme si je lui eus montrer ce qu'était ma femme pour moi, de comment je ne pouvais que la voir. Mais enfin, dit-elle excédée, vous vous moquez de moi. 

Désolé, répondis-je, je n'ai pas d'autres photos plus récentes à vous produire que celle qu'elle m'avait demandé de mettre dans mon portefeuille le jour où l'on s'est connus, et y est encore, et ça remontait à plus de quinze ans en arrière, mais le temps s'était arrêté de passer pour moi depuis ce jour où elle était tombée malade. Comment expliquer cela à la policière. J'y renonçais très vite et la laissais poser sur moi ses regards lourds de suspicions. 

Je ne saurais dire non plus si l'on pêche davantage par manque de légèreté que par manque de profondeur mais je laisse ce récit au regard du précédent pour qu'on en retire ce qu'on voudra comme enseignement. Maintenant, et si vous voulez faire un peu de littérature comparée, opposer L'insoutenable légèreté de l'être de Milan Kundera à L'échange de Paul Claudel et vous apprécierez ce qu'il y a d'appréciable: la légèreté ou l'absence de légèreté qui n'est pas tant pesanteur que profondeur, et vous vous déciderez soit pour l'amour avec un petit a, soit pour l'Amour avec un grand A.

mardi 8 septembre 2026

L'amour avec un petit a


Je parlais avec T. Oh, je parlais de ce que les hommes parlent continuellement entre eux et en leur absence, celle des femmes, oui je parlais des femmes ou plus particulièrement de ce qui nous lie à elles et c'est l'amour et de ce que l'on peut entendre par ce mot. J'avais en tête il est vrai ces propos de Jankélévitch que d'être aimé était à la portée du moindre imbécile tandis qu'aimer peu savait. A... m'avait rapporté qu'Amélie Nothomb se serait plainte de tous ceux qui veulent être aimés, sans doute leur préférait-elle comme Jankélévitch ceux qui aiment tout court.

Etre aimé serait comme vouloir être payé en retour d'un service où travail que l'on dispenserait, ce ne serait pas donner ce serait acheter l'amour par l'amour, comme vouloir que notre amour soit payant, notre amour qui demanderait a être payé en retour d'un amour au moins équivalent, ce serait peser ce que l'on donne comme peser ce que l'on reçoit, ce ne serait pas donner à fond perdu, or l'amour est perte de toute mesure: ne dit-on pas que quand on n'aime on ne compte pas.

Mais qu'est-ce que l'on peut entendre par ce mot? Je disais à T qu'il en allait de l'amour comme d'un travail et ce n'est pas que je comparais l'amour à un travail mais qu'il me venait cette comparaison comme le moyen de me faire comprendre. Le travail, disais-je à T, répond d'abord à une nécessité que l'on pourrait dire biologique, à un besoin que l'on pourrait dire du corps. A ce travail alimentaire correspondrait un amour alimentaire qui répondrait lui aussi aux besoins du corps; il est de consommation.

Nombreux sont les hommes et les femmes qui doivent se satisfaire de ce travail comme de cet amour et se félicitent et s'enorgueillissent de cette consommation, de ce qui est quantitatif et non pas qualitatif. Il peut se trouver cependant certains hommes et certaines femmes qui ne voient là que perte de temps et plus d'insatisfactions que de satisfactions, de frustrations à même la jouissance qui par sa réitération n'est que pure répétition d'elle même aussi que de sa frustration de n'être pas davantage que consommation.

Mais ils n'ont rien d'autre, rien d'autre ne leur est proposé, et c'est qu'ils se proposent d'être aimé mais non pas d'aimer, qu'ils recherchent seulement a être aimer, qu'ils ont posés leurs limites et comme paradoxe s'en vante et porte au nombre de leurs conquêtes ce qui n'est que défaites et attestent davantage de leur amour et de ses limites. Leur engagement est moindre comme est moindre l'engagement dans un travail alimentaire que dans un travail répondant à une vocation, qu'un travail passion où l'on se donne.

Le maitre mot ne serait pas prendre, posséder mais donner, se donner à pure perte car c'est toujours à pure perte que l'on se donne sinon c'est que l'on veut acheter, prendre, posséder, consommer, au plus bas prix, rien n'est plus bas en effet que cet amour là. Oui, mais il serait léger, et A me réclamait à plus de légèreté, comme à un travail qui n'exigerait pas beaucoup de moi et qui répondrait cependant aux besoins de son corps, serait purement alimentaire; A me conviait à cet amour là et l'insoutenable légèreté de A me rappelait le roman éponyme de Milan Kundera comme il me rappelait à cette humanité là dont A faisait partie et dont je croyais à tort me distinguer, car qui peut prétendre s'élever au-dessus des besoins de son corps?

Je n'avais eu que des métiers alimentaires pourquoi me refuserais-je alors à un amour alimentaire satisfaisant essentiellement aux besoins du corps? le corps n'avait-il pas ses nécessités et impérieuses et pressantes et obsédantes et jouissantes si satisfaites? quelle prétention, quelle exigeante prétention quand on ne se connait pas de vocation, de passion, qu'on ne veux pas aimer mais être aimer, car ne demandais-je pas a être aimé, étais-je bien encore capable comme je le prétendais d'aimer, d'aimer à corps perdu, n'étais-je pas devenu un petit bourgeois frileux et voulant être payé comptant, voulant se repaître et non s'élever par le sentiment, par la force d'aimer, parce que ne trouvant plus cette force en lui.

Aime comme un homme, me disais-je, ne cherche pas a aimer comme seul les dieux peuvent aimer, à force de vouloir faire l'ange on fait la bête me répondait Jankélévitch que je convoquais à l'occasion, et je me trouvais bien bête devant cette simplicité et légèreté auxquels A me conviait et un instant il y eut comme un voile qui se déchirait devant mes yeux pour me laisser voir l'amère vérité à laquelle je n'avais pas voulu goûter et m'apparut l'amour de A comme le seul amour possible et voulu m'y adapter comme on s'adapte à un travail alimentaire parce que répondant aux exigences de mon corps auxquels j'avais si peu et si mal répondu jusqu'alors.

Je regardais T comme j'avais regardé mon ami R et comme j'avais regardé A: tous avaient voulu me remettre les pieds sur terre, m'avaient dit d'aimer comme ils entendaient qu'aimer voulait dire et qu'il ne fallait pas trop demander à l'amour comme aux hommes, comme aux femmes, pas plus qu'à la vie, qu'à la vie qu'il nous était donné de vivre; pas plus au travail qu'il nous était donné de faire qu'aux hommes, qu'aux femmes, qu'il nous était donné de connaitre, pas plus non plus à nous mêmes qui n'étions pas capables de plus, qui demandions a être aimés plus qu'à aimer.

Aimer autrement exigerait trop de nous, un don, un sacrifice , qui serait comme un don, un sacrifice, au dieu de l'amour. Le seul cependant capable de nous élever au-dessus de nous même, mais en étais-je encore capable? en avais-je jamais été vraiment capable? n'étais-je pas qu'un homme qui ne pouvait aimer que comme un homme? et cette légèreté à laquelle j'étais conviée par A, par T, par R, ne me ramenait t-elle pas parmi les hommes, parmi les hommes et les femmes qui goûtaient aux hommes comme ils goûtaient aux femmes et c'était à l'amour avec un petit a.

lundi 7 septembre 2026

L'agent de liaison


Je me levais un matin et trouvais le monde changé. Je me demandais ce qu'il avait bien pu se passer. Le grand bouleversement n'avait cependant pas modifier l'emplacement, comme il a lieu et l'habitude de le faire avec les choses il ne l'avait pas fait non plus avec les gens. Mais si tout paraissait être à sa place comme avant, je voyais tout autrement et je compris alors que c'était mon regard sur le monde et non le monde qui avait changé.

Je m'étais couché tôt la veille et je me levais tôt ce matin là où ma présence au monde elle même me surpris comme quelqu'un peut être surpris en flagrant délit de vie. Quelque réveil avait sonné mon réveil et sorti comme d'un long sommeil. Ce n'était pas moi qui l'avais mis. Et comme je me disais cela je crus savoir qui: l'agent de liaison.

J'étais dans l'état de cet homme qui serait tombé et se relèverait un peu groggy, un peu groggy mais plus que jamais lucide sur sa condition, et voyant tout plus clairement que jamais. Et c'était la réalité d'un monde qui vivait indépendamment de ma petite personne qui était aussi cet autre monde où j'avais vécu jusque là et jusqu'à sa métamorphose.

Que je n'arriverais jamais a en être, c'était tout ce que je me disais, car j'y étais venu trop tard, mais cela ne m'avait jamais empêcher de penser qu'on pût y être bien. Il eût fallu que je n'en connusse pas d'autre. J'étais dans cet entre-deux. Toujours nécessiteux d'un agent de liaison, de qui me relierait à ce monde dont la nouveauté toujours renouvelé me rendait pareil à l'étranger.

Car ce sentiment d'étrangeté que revêtait le monde à mes yeux ne  tenait pas tant au monde qu'au regard que l'étranger porte sur le monde et cela il le doit au fait de ne pas lui appartenir, de ne pas y être de plain pied ou autrement que comme un étranger.

Il vient d'ailleurs qui ne peut être autre que ce point de départ de chacun, mais sa particularité à lui serait de ne pas pouvoir s'en détacher pour porter son regard exclusivement sur le point d'arrivée, mais plutôt de le laisser traîner, de s'appesantir, puis de finir par avoir une longueur de retard sur tout ce qu'il voit, d'être à la fois à ce qu'il voit et ailleurs.

Et c'est voir avec le regard de l'étranger qui n'est jamais à ce qu'il est, qui, parce qu'on ne peut être que dans l'immédiateté, se rachète en achetant tout ce qu'il ne peut posséder autrement. Il ne coïncide pas et ce manque de coïncidence avec les êtres et les choses est ce qui lui ferait vouloir tout acheter.

Je n'aime pas ce touriste, je ne comprends pas cet engouement pour le tourisme sinon parce que ce n'est pour beaucoup pas un état mais un jeu auquel l'on se prête juste le temps des vacances. Mais cette vacance de soi-même, ce manque de coïncidence, cet entre-deux, qui pourrait le supporter plus longtemps. Chacun revient à son travail comme à lui-même.

Qui serait partout étranger, aurait partout l'impression de faire du tourisme, vivrait dans cet entre-deux, parce qu'ayant quitté son point de départ il n'arriverait pour autant nulle part, serait toujours du voyage, n'aurait pas de point d'attache, ne pourrait alors que passer comme moi par un agent de liaison pour se lier à ce monde, et j'étais resté trop longtemps sans agent de liaison et le grand bouleversement viendrait de ce que je venais de retrouver un agent de liaison entre moi et ce monde.

dimanche 6 septembre 2026

Le confinato


C'est en soi que l'homme est assigné à résidence de force quand la société n'a plus d'emprise sur lui, comme elle en a de moins en moins aujourd'hui, et quoiqu'il cherche à s'y accrocher plus qu'à s'en déprendre, ce que seul des conditions adverses pourraient l'obliger à faire. Ce confinato, je le connais bien, parce que Le Christ (ne) s'est (pas seulement) arrêté à Eboli: titre de l'ouvrage de Carlo Levi, mais à ma porte.

Il est aussi une belle image que l'on peut trouver chez Henri Bergson: "Des plantes aquatiques qui montent à la surface, sont ballotées sans cesse par le courant; leurs feuilles, se rejoignant au-dessus de l'eau, leur donnent de la stabilité, en haut, par leur entrecroisement. Mais plus stables encore sont les racines, solidement plantées dans la terre, qui les soutiennent du bas".

On comprend ainsi en quoi la société nous tient non pas mieux mais plus facilement et plus sûrement que nous le sommes par nous même. Cet ancrage en nous même est bien le plus difficile à développer d'autant que nous sommes plus tournés vers l'extérieur qu'en nous, qui est ce à quoi tend la société comme à nous éloigner de toute vie intérieure.

Mais nous sommes alors bien démunis et indigents quand nous nous retrouvons livrés à nous même, quand c'est l'homme seul auquel la société ne vient pas en aide qui doit trouver en lui les ressources nécessaires; et de plus en plus d'hommes (comme de femmes) se retrouvent en cet état que l'on pourrait appeler un état de survie parce que la société n'est alors pour eux d'aucun secours.

En considération de cela et ne pouvant faire face à tout, ce qui est accepter que l'humain lui échappe ou peut lui échapper, la société devrait accepter et prendre pour inaliénable et propre à la nature humaine cette intériorité et, plutôt que chercher à l'en déposséder, lui permettre de la développer, ce qui est de s'y développer (son moi intérieur comme son moi social, ses racines comme ses feuilles).

Mais ce serait avouer qu'elle ne peut pas tout pour lui. Il n'y aurait plus le tout Etat ou gouvernement des hommes qui seraient appelés à se gouverner eux-mêmes. Et c'est en cela aussi que l'on pourrait dire que nos gouvernements ont des velléités totalitaires, par le social, en faisant du social, ou dans le social comme dans l'humanitaire, l'Etat penserait tout comprendre qui est ne rien laisser en dehors de lui.

Et seul le confinato par le détachement, l'exil forcé, peut en prendre conscience, mais n'ayant plus les armes pour se défendre et ne trouvant rien en lui-même (tout le monde n'est pas Carlo Levi) il se peut qu'il se retourne alors contre la société qui ayant voulu tout prendre en charge se voit accuser de ce que en aucun cas elle ne peut prendre en charge et c'est l'homme en qui elle n'a voulu voir que l'être social.

On pourrait parler de juste retournement et de faille sociale que ce serait faire erreur, erreur aussi justifiée par l'idée qu'on se fait de la société comme devant prendre tout l'homme à sa charge; quand la faille est humaine, et sociale qu'en cela que la société ne laisserait plus place à l'homme, ni le temps ni l'espace (intérieur) suffisant à son développement, à celui de ses racines tel que les entendait Henri Bergson.

Autant qu'il m'en souvienne le confinato de Carlo Levi après l'avoir rejeté fini par aimer son exil, et c'est d'avoir noué des liens et une sympathie pour les paysages comme avec les hommes d'un abord rude mais authentiques tandis qu'il marquait ses distances avec la société totalitaire, c'est-à-dire le régime fasciste. Notre intériorité n'en ai pas moins dure d'accès, austère, aride, mais profondément humaine.

samedi 5 septembre 2026

Normalité et moralité


Si certains d'entre nous adoptent un mode de penser comme d'agir vicié et que ce mode s'avère efficient, et quelque soit sa moralité, il est alors adopté par beaucoup, de sorte qu'il sera du côté de la normalité, de la normalité en lieu et place de la moralité.

Aussi qu'on ne pourra taxer d'amoral mais d'anormal qui n'adoptera pas ce mode ou plutôt et dans le meilleur des cas le qualifiera d'innocent ou de naïf, et son innocence ou sa naïveté prêtera pour le moins à rire sinon à moqueries.

Il en va ainsi d'une certaine innocence ou naïveté en matière de cœur et de sentiments comme en matière de penser; pour les affaires privées comme pour les affaires publiques, toutes deux atteintes d'un certain degré de corruption des cœurs et de l'esprit.

Cela entre cependant, et comme dit précédemment, dans la normalité, de sorte que cela ne choque plus personne: il est attendu que…le contraire serait étonnant. Ce contraire qui serait bon et juste serait étonnant et non efficient.

Me trouvant au centre de santé RATP parce qu'on allait me laisser partir sans payer la consultation on s'étonna que je rappelle que n'ayant pas de mutuelle je devais effectivement payer  la part qui n'était pas pris en charge par le régime général ou spécial aux agents RATP.

Ce qui étonnait c'était l'honnêteté comme si cela allait de soi qu'on fût malhonnête. En amour non plus l'honnêteté ne semble pas payer: l'honnêteté des sentiments moins que les sentiments feints, joués, visant une autre fin que celle déclarée et beaucoup alors se déclarent faux pour jouer le jeu.

De loin s'avèrerait plus efficient jouer un jeu malhonnête qu'un jeu honnête. Si la malhonnêteté est de mise elle devient la norme, ici aussi la normalité aurait pris la place de la moralité, et passerait pour innocent ou naïf qui l'ignorerait.

Ainsi il y aurait un jeu vicié des sentiments et du cœur comme des pensées, de l'esprit; comme il y aurait aussi un jeu vicié des institutions. Comment s'en étonner! Aucune institution fut-elle juste et bonne ne pourrait bien fonctionner si le cœur et l'esprit qui commandent à son fonctionnement est juste et bon.

Le mal de notre civilisation il ne faudrait donc pas tant le chercher dans nos institutions fussent-elles viciées, corrompues, qu'en l'homme civilisé, et j'aimerai à ce propos et pour l'illustrer faire parler mon expérience, et désolé si je ne tire pas comme Montaigne mes exemples de Cicéron ou d'Epicure.

En Nouvelle Calédonie où j'étais interne on se battait souvent et quand on était un petit blanc, un zoreil, il se pouvait qu'on ait affaire à un canaque. Eh bien ce canaque si l'on se retrouvait au sol cessait immédiatement de cogner.

Peut-être maintenant vicié, ayant appris de notre normalité plus que de notre moralité, que leur comportement a changé et perdu de sa noblesse guerrière. De retour en France et comme agent de sécurité de la RATP il m'a en effet souvent été donné de voir qu'un homme au sol était roué de coups par qui autrement n'en serait jamais allé de son coup de pied.

Que personne n'y trouve à redire, que personne n'en fut choqué montrait clairement que l'on était non dans la moralité mais dans la normalité (qui en avait pris lieu et place).

vendredi 4 septembre 2026

A toutes les Armelles de la terre


La vie redevient facile, des livres la lecture tranquille. Armelle ne sera bientôt plus qu'un petit point jusqu'à disparaitre à l'horizon (de l'oubli) où tout fini par s'estomper, c'en est fini aussi avec la jouissance des femmes. Il y a tant de choses que l'on fait en dehors de nous pour nous quand toutes les choses que l'on pourrait faire pour nous ne seraient que les choses en nous.

Et je travaille à moi, et c'est tout le travail que je me donne. L'amour n'est que saisissement de l'autre et par l'autre. Et cependant nous n'ignorons pas qu'il nous échappe, que jamais nous ne pourrons le saisir entièrement, que jamais il nous appartiendra comme nous nous appartenons, qu'il est à jamais l'autre.

Quant bien même il serait l'autre que nous aimons que cet amour de l'autre ne fera jamais qu'il soit autre que l'autre. Et bien autre que moi était Armelle que je renvoie tout à sa peine d'être, qui était une toute autre peine d'être que la mienne, à laquelle bientôt je serais indifférent, ne me retrouvant alors plus qu'avec mon être.

Combien sommes nous à vouloir purger plus que notre peine? D'Armelle j'avais déjà épousé toute la peine, comment affranchis d'elle vais-je m'en plaindre? Me voilà donc sans cette peine d'être qui portait le joli nom d'Armelle et qui, avec ce joli nom d'Armelle que j'aime à prononcer, résonnera encore un peu en moi avant d'aller se perdre dans les lointains. 

Et sans plus réveiller aucun écho en moi qui n'entendrait plus le son de sa voix. Seulement, peut-être, ce vers de Paul Verlaine "Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a l'inflexion des voix chères qui se sont tues", ce vers qui aura en moi gagné en résonance et profondeur. Combien de peines et de souffrances faut-il à un poète pour écrire un vers? ou combien en un vers il peut en être contenu?

J'en prendrais mieux la mesure comme je prendrais mieux la mesure de toutes choses longtemps après qu'elles aient pris fin, et moi enfin libre de toutes choses qui ne seraient pas moi, comme de toute peine d'être qui ne serait pas ma peine d'être, et dans la jouissance et réjouissance de mon être libre et égoïste, regretterais je encore toutes les Armelles de la terre qui gravitent avec leur peine d'être?

jeudi 3 septembre 2026

C'est pas une femme pour toi


C'est pas une histoire à dormir debout, même si j'en ai pas dormi de la nuit rien que d'y penser, c'est pas non plus une histoire à pleurer de rire, c'est pas un one man show, c'est pas moi, c'est ma grand-mère qui se retourne, comme les morts se retournent dans leur tombe quand ça leur plait pas ce qu'on fait, et c'est pour me redire encore une fois ce qu'elle m'a souvent dit auparavant: c'est pas une femme pour toi. 

Mais grand-mère que j'ai envie de lui répondre, mais c'est pas bien, mais ça se fait pas de répondre aux morts, alors je me tais, paix à son âme, et moi faut que j'arrête d'entendre des voix comme Jeanne d'Arc ou comme Chateaubriant parce que c'est une voix d'outre tombe que j'entends: c'est pas une femme pour toi.

Tu me l'as déjà dit mille fois que j'aurais bien envie de lui dire à la grand-mère si je m'écoutais mais c'est elle et pas moi que j'ai toujours écouté puisque ça c'est toujours passé comme elle, elle la grand-mère elle disait, et pas comme moi je voulais. Moi, pour qui l'aurait pas encore compris, j'ai toujours voulu que ce soit une femme pour moi, mais toujours la grand-mère qui dit: c'est pas une femme pour toi.

La grand-mère, mais je voudrais pas trop raconter les histoires de famille, que dit ma tante, elle a toujours fait le mal partout autour d'elle, et c'est vrai que la grand-mère elle en voulait pas non plus de la belle fille pour son fils, et que ce serait alors pas trop pour mon bien qu'elle aurait dit comme je l'entends encore dire: c'est pas une femme pour toi.

Y aurait à l'heure qu'il est un tas de femmes pas pour moi devant chez moi que j'y aurais mis sur les conseils de ma grand-mère et comme on met le gros œuvre, parce que c'est pas rien une femme qu'est une femme qu'est pas pour moi, ça prend de la place, et que j'attends que le service de la voirie et de la mairie passe, c'est pour la décharge, mais ça y arrivera pas parce qu'y a un tas gens aussi qui passent devant chez moi et qui pensent aussi que ce sont pas des femmes pour moi.

Le pire avec tout ça c'est que j'en veux à personne moi, ni à ces femmes qui ne sont pas faites pour moi d'après ma grand-mère ni à ma grand-mère elle même qu'a dit à chaque fois que j'en trouvais une qui me paraissait bien et qui me plaisait, que c'est pas une femme pour moi, ni aux gens qui passent devant chez moi et les ramassent toutes avant que le service de la voirie passe et ramasse plus rien.

Je voudrais cependant pas que ça arrive aux oreilles de la dernière comme ça arrive aux miennes ce qu'elle dit la grand-mère sinon que ça finira comme avec les autres, et c'est que ma tante elle en a souffert de ce qu'elle a dit la grand-mère et que moi je veux pas en souffrir parce que les femmes une fois qu'elles sont parties elles reviennent plus et que je les entends plus comme j'entends encore la grand-mère me dire: c'est pas une femme pour toi.

Alors je t'en supplie, tais toi grand-mère, que de là où tu es et de l'épaisseur de la pierre, rien ne semble y faire, que t'as toujours eu la voix qui porte et que ça toujours été à en croire ma tante le malheur ici bas pour ceux qui t'entendent et qui restent seul, le malheur et la perte parce que c'est ben vrai que toi t'as plus rien à perdre de là où tu es. Et puis c'est toi qui le dis: c'est pas une femme pour toi.

mercredi 2 septembre 2026

L'histoire des corps


Il lui faut un corps pour exister, un corps et sa fonctionnalité, un corps pour lui et un corps pour l'autre, son corps à lui mais aussi le corps de l'autre il lui faut pour exister; sa complétude, sa plénitude, est la complétude, la plénitude à deux, l'amour est une manière d'y goûter, de reposer en deux corps entrelacés, deux corps qui se donnent l'un à l'autre pour ne faire plus qu'un.

Et quand il leur faut se séparer on dit que chacun revient à son existence mais ce n'est pas vrai parce qu'il n'y a pas d'existence séparée sinon vécue alors comme existence du manque, existence à défaut, et c'est l'autre qui manque, et c'est l'autre qui fait défaut, pour exister complètement, pleinement, et l'on dit à deux quand on a l'impression de ne faire plus qu'un, de n'être plus qu'un.

Et qui a connu cette existence a connu l'amour, appelle cela l'amour, l'amour comme seul lieu, lieu et temps, où il lui est donné d'exister vraiment; ne veut plus connaître d'existence autrement, se dit qu'il n'y a pas d'autre existence vraiment et que seul il lui manque un corps qui est le corps de l'autre et que son corps n'existe vraiment qu'avec le corps de l'autre.

Il lui a fallu cependant apprendre a exister autrement et c'est dans cette indépendance des corps, non pas des corps unis mais des corps désunis. D'abord il lui a fallu sortir du corps de sa mère pour n'être plus qu'un corps, un corps désuni, un corps qui ne demandera plus qu'à s'unir à un autre corps pour avec lui faire corps.

Alors il aimera et son amour sera amour d'un corps auquel il voudra s'unir, qu'il voudra sentir comme son propre corps et y être comme dans son propre corps et tant que cela ne se pourra il ne pourra vivre, parfois se tuera si le corps de l'autre vient à lui manquer, parce qu'il y aura goûté et ne pourra plus s'en passer de confondre son corps au corps de l'autre.

Cette confusion des corps entraîne une confusion de l'esprit qui n'est pas sans appartenir aux corps et ce sentiment confus sans être un sentiment des corps unis, de l'union des corps auxquels l'esprit reste attaché et se confond aussi, c'est-à-dire ne s'appartient plus et goûte à cette existence à deux, à deux qui ne font plus qu'un d'où sa confusion, cette "con"fusion(c'est-à-dire fusion avec)  qu'on appelle l'amour.

Et l'on parle de corps étranger quand un corps rejette un autre corps et le phénomène de rejet est aussi naturel que le phénomène d'attrait, il suffit pour cela de penser aux aimants, ce mot si étrangement semblable à amants, de comment ils s'attirent et de comment ils peuvent se rejeter et cela dépend de comment ils sont tournés l'un vers l'autre, tournés ou retournés.

Dans un cas comme dans l'autre chamboulés l'un par l'autre, jamais indifférents. Les pôles opposés s'attirent. Force physique. Force des corps. Force plus forte qu'eux. Ils se soumettent comme ils se soumettent l'un à l'autre. On dit qu'ils s'aiment. Les voilà unis les deux aimants, les deux amants, les deux corps, fondus ou confondus en une seule et même existence comme en un seul corps devenu corps de leur existence.

NB

Le mythe de l'androgyne de Platon: "Or quand le corps eut été ainsi divisé, chacun, regrettant sa moitié, allait à elle; et s'embrassant et s'enlaçant les uns les autres avec le désir de se fondre ensemble […] c'est de ce moment que date l'amour inné des hommes les uns pour les autres: l'amour récompense l'antique nature, s'efforce de fondre deux êtres en un seul, et de guérir la nature humaine".

mardi 1 septembre 2026

L'amour et nous


"Il la tire vers le bas". Oui, mais l'amour nous tire vers le haut. L'amour un sentiment noble mais qui ne serait pas réservé qu'aux personnes nobles. Qui pourrait atteindre n'importe qui. N'importe qui qui cesserait alors immédiatement de ne plus penser qu'à lui pour penser à l'autre, qui aurait le souci de l'autre et du bien de l'autre aussi que de s'élever lui même.

Il, s'il ne peut l'être, surveillera du moins davantage son paraitre pour paraitre à l'autre être à la hauteur de son amour car, il faut le redire, l'amour est un sentiment noble indifférent à la nature de chacun qui se trouve ennoblit par cet amour: il n'est plus le même; frappé par l'amour comme sacré par l'amour, auréolé, couronné, qu'il est par l'amour.

Le vil appétit qui serait celui de manger ou de boire ou de dormir et tout autre appétit qui ne seraient attachés qu'au corps sont d'un coup par l'esprit qui est l'esprit amoureux tenus et en viennent à dépendre plus de lui que du corps qui aurait perdu sa direction exclusive sur la personne amoureuse qu'il (le vil appétit) ne tiendrait plus comme il le tenait quand elle n'était pas tenue par l'amour. 

S'il y a des personnes mauvaises il n'y aurait donc jamais d'amour mauvais qui tire vers le bas car l'amour serait un bon sentiment qui nous tirerait vers le haut; la personne importerait moins que la relation que nous aurions avec elle: fût-elle mauvaise si notre relation avec elle est bonne elle tendrait avec nous a être bonne tout autant que nous tendrions a être bon avec elle: c'est ce qui s'appelle aimer.

Maintenant il se peut qu'il y ait autant d'amour différent qu'il y a de personne différente, que pour l'une ce soit le corps qui tire plus quand pour d'autre ce serait le cœur et pour l'autre encore l'esprit et qu'il n'y ait pas un esprit de l'amour qui vienne s'emparer et animer le corps et l'esprit de chacun le tirant vers le haut.

Il n'en reste pas moins que celui qui est touché par l'amour se sent pousser des ailes quelque soit sa vile condition qui est celle largement partagée par tous et c'est parce qu'il se sent s'élever au-dessus de sa condition, que c'est elle qui lui devient alors intolérable et non l'amour; il peut alors tricher pour répondre à cette nouvelle exigence.

Et c'est vouloir paraitre plus que de vouloir être. Il fera alors tout pour paraitre mieux et non tant pour être mieux, qui est s'améliorer, se grandir, s'élever, pour être à la hauteur de son amour qui n'a d'ailleurs pas toujours à voir sinon jamais avec la hauteur où se trouve, c'est-à-dire où il met la personne aimée.

Je ris mais devrais-je pleurer en me rappelant de cet homme avec qui j'avais sympathisé, et qui n'aurait pas sympathisé avec lui, comme voulu voir la personne qu'il aimait tant il en parlait avec amour. A l'entendre il n'y avait de personne plus belle et plus intelligente et plus généreuse: enfin un beau corps, un bel esprit, une belle âme, qui avait en un mot: tout pour elle, quand elle n'avait pour elle que son amour à lui.

Transfigurer par l'amour. Il est sûr alors qu'on ne le voit pas du même œil quand on est extérieur à cet amour, que l'on ne voit que la personne qui peut tirer vers le bas et non l'amour qui ne peut que tirer vers le haut. Car c'est au temps de l'amour qu'il nous faudrait vivre: ce temps qui lui même se place au-dessus du temps comme il nous place au-dessus de nous même. On ne tombe pas amoureux, on tombe quand on n'aime plus, et c'est de haut.

lundi 31 août 2026

L'art et l'amour


Comme les œuvres de l'art se combinent à l'œuvre de l'amour c'est ce qu'il faudrait démêler en regard de cette visite au château de Chantilly où munis de nos deux billets nous fîmes irruption comme l'amour faisait en nous irruption tant on aurait dit que les deux œuvraient ou concourraient en même temps et c'était sans doute à l'élévation de notre âme.

Car déjà nous ne nous appartenions plus tandis que nous nous ouvrions l'un à l'autre et l'un et l'autre à plus grand que nous que l'on pourrait appeler l'art ou l'amour, car aux deux nous aurions été appelé d'une même voix souple et douce qu'on aurait dit un souffle et le plus souple et doux des souffles et seul à nous tirer vers le haut qu'on appelle inspiration.

Et je crois en effet qu'on avait été bien inspirés de se trouver en ces lieux où nos âmes, où notre cœur, semblaient également motivés à recevoir toute cette beauté qui était à la fois en nous et hors de nous. Nous aurions pu faire parti du cadre, de tous les cadres que nous voyions comme de celui où nous étions qui parlait d'une autre époque à la nôtre.

Car nous étions plus que jamais capables d'y voir ce qu'il y avait d'éternel ou d'immortel, et c'était l'art et c'était l'amour, l'amour qui ne pouvait que concourir à tout art, et l'art qui ne pouvait que servir tout amour; aussi nous passions des œuvres d'art à nous qui nous aimions et de nous qui nous aimions aux œuvres d'art.

Nous nous y confondions et nous y étions confondus. A part nous il y avait bien du monde mais plus dans la confrontation. La couleur de notre amour ou la couleur des œuvres d'art avait changé à nos yeux la couleur du monde et notre relation sa relation. Partout en nous et autour de nous la beauté rayonnait et partout la tristesse s'était effacée comme par enchantement.

Et c'était du sol au plafond que tout était beau, quant aux murs ils étaient aussi tapissés de beautés auxquelles, chose rare, sans y être initiés nous avions accès, à croire que l'amour nous avait ouvert les portes de l'art et nous aurions voulus nous asseoir sans y être invités, mais ne nous y sentions nous pas invités, à cette longue table où assiettes et couverts d'une autre époque étaient aussi posées pour la nôtre.

Et nous nous buvions à longs traits comme nous aurions bus à la table des rois car nos sentiments étaient nobles et nos corps avaient faim de mets délicieux, exquis, comme il ne peut en être servis qu'à la table des rois. Que nous soyons de la plèbe importait peu. Certes, il avait fallu payer à l'entrée mais le prix était modeste en considération du milieu noble où nous avions accès qui n'était autre que celui de l'amour et de l'art.

Sans doute les avions nous confondus où en eux nous étions nous confondus et passions sans trop les voir comme l'on ne voit pas trop ce qui se passe en nous mais s'en émerveille et cet émerveillement est bien celui de l'amour aussi que de l'art, aucun que l'on puisse jamais prétendre posséder mais bien par eux être traversés pour ne pas dire transpercés comme par la pointe de ces épées au tournant d'une galerie. 

Nous pouvions être saisi par la beauté d'un tableau, touchée par elle, comme nous pouvions être saisi et touché par nous mêmes, ce que nous faisions et ne nous paru pas en ces lieux sacrilège tant ils semblaient appelés à l'amour comme à l'art; et les faux derrières et le frou-frou des longues robes des courtisanes bruissaient à nos oreilles tandis que l'on voyait et peint et sculpter les contes et les princes.

Nous nous rendions maitres des lieux en l'absence des maitres des lieux, et à nos ravissements comme ils avaient été à leurs ravissements, et ils y concouraient autant qu'ils pouvaient y concourir, et c'était à travers l'art comme à travers l'amour que nous nous portions comme de l'amour qu'ils s'étaient portés et dont tout l'air que nous respirions, que nous étions peut-être seuls à respirer, s'était empli et aspirions.

La condition de la femme


J'ai vu un corps qui me plaisait puis ensuite et ensuite seulement j'ai découvert une intelligence et une sensibilité que je n'avais pas vus. Je parle du corps d'une femme que les hommes ont aimé et honoré et de l'intelligence et de la sensibilité d'une femme que les hommes n'ont, il me semble, ni respecté ni apprécié à sa juste valeur.

Ce corps aimé a été aimant tandis que cette intelligence et cette sensibilité parce qu'elle ne l'était pas s'est soumise aux exigences et conditions de l'homme qui sont exigences et conditions pour être aimé de lui. Ce que je découvrais alors c'est que la condition de la femme n'était autre que la condition de la femme qui se soumettait aux conditions de l'homme.

Que c'était lui donner ce qu'il demandait, ne pas se refuser au corps et aux plaisirs du corps, mais bien refuser, nier l'expression de toute intelligence et sensibilité qui puissent lui être contraire, si tant est qu'elle puisse être ce que nous avons de plus cher et demande le plus a être aimé, et cela en connaissance de cause: c'est-à-dire qu'elle ne le sera pas.

D'où cette connaissance imparfaite que l'homme en a (de la femme) et conduit inéluctablement à un traitement imparfait. D'où cette réduction de la femme à un corps et au plaisir vanté aussi et partout où le corps de la femme est exposé au regard de l'homme. Regard de l'homme tout aussi bien façonné par tous les regards portés sur la femme qui sont images de la femme véhiculées par la société des hommes.

Qui est ce qu'on montre mais pas ce qu'elle cache: cette intelligence et cette sensibilité qui peine a s'exercer comme à se montrer autrement que comme participant d'un corps lascif et désirant, c'est-à-dire comme soumis à la concupiscence des hommes. Voilà que m'était révélée en une seule femme aimante la condition féminine qui était celle de la femme vouée (pour ne pas dire dévouée) à l'homme.

De là que les hommes n'aiment pas les féministes et ils n'ont pas tort dans le sens où le nombre des féministes se réduit au nombre des femmes qui n'aiment pas l'homme et parce qu'elles n'aiment pas l'homme ne demandent pas forcément a être aimées de l'homme. Quand il faudrait au contraire une de ces femmes aimant l'homme pour lui faire connaitre non pas seulement un corps aimant mais une intelligence et une sensibilité aimante.

Parce que si l'homme n'apprend pas à connaitre et à aimer cette intelligence et cette sensibilité de la femme il n'apprend pas bien à bien aimer la femme ni la femme qui a cette sensibilité et cette intelligence ne peut se sentir bien aimée de lui: à connaissance imparfaite amour imparfait. Il faut entendre aussi par là que cela doit passer par l'amour mais par l'amour qui ne soit pas seulement l'amour d'un corps.

samedi 29 août 2026

La prison dorée


Qui ne sent pas les barreaux de sa prison n'en est t-il pas moins en prison que celui qui les sent, mais quand l'un qui ne les sent pas ne fera rien pour les rompre, l'autre fera tout. Aussi la politique bien comprise de la société viserait à rendre les barreaux de la dite société le moins sensible comme le moins visible à tous, et l'on peut dire que la démocratie est le régime politique qui y aurait réussi le mieux.

Est-on libre pour autant? La question reste posée mais on peut la poser autrement: de combien de liberté sommes nous capables ou inversement jusqu'à quel point sommes nous capables de nous asservir aussi que de mesurer notre degré d'asservissement, on en revient aux barreaux de la prison qui pour être une prison dorée n'en serait pas moins une prison.

Qui sait si notre éducation ne serait pas qu'un long apprentissage visant à nous faire aimer les barreaux de notre prison dorée, et je l'a dit dorée parce que la plupart des détenus y seraient assez bien servis et pourvus de tout ou presque tout qu'ils n'en voudraient plus sortir, dotée comme elle est à chaque fois de plus de technologies modernes qui sont autant de moyens de communication tout en restant en prison.

Je fis l'épreuve il y a longtemps de notre enfermement volontaire et c'était quand j'étais encore agent de sécurité de la RATP, des heures mes collègues et moi passées à déambuler dans les couloirs du métro pour en assurer la sécurité, et voulus refaire surface ne serait-ce qu'un instant pour voir la couleur du jour: mais non ils étaient bien là où ils étaient, habitués comme ils y étaient.

Il est vrai que l'on touchait une prime qu'on appelait la prime des mineurs et qui devait compenser toutes ces heures de souterrain et je crois que s'il n'y avait pas de prime il n'y aurait pas de prison dorée et que ce que fait le mieux notre société c'est de faire de nous des détenus argentés, des toucheurs de primes qui compensent voire récompensent notre enfermement en son sein, de sorte que nous n'en voulions plus sortir.

Mais tout l'argent du monde ferait-il notre bonheur si nous sentions les barreaux de notre prison et, s'il le fait, n'est-il pas parce que nous ne sentons pas les barreaux de notre prison. Il ne faut pas croire que cet enfermement ne serait qu'un enfermement physique quand il est aussi un enfermement mental, on parle à cet effet de conditionnement et c'est comme l'on peut conditionner nos produits, ceux de notre société marchande.

En dehors de nos murs, ses murs plutôt, il n'y aurait pas de sécurité, et ses murs ne seraient là que pour assurer notre sécurité et non pas notre enfermement, voilà tout le discours officiel et j'avoue y être pris (enfermement mental) autant que je suis pris entre ses murs (enfermement physique) parce que j'en suis venu à aimer davantage tout ce confort matériel que la dite société assure à ses détenus dans sa prison dorée que ma liberté.

vendredi 28 août 2026

L'ouvrier à la barbe blanche


J'ai vu un ouvrier à la barbe blanche, il avait un casque et mon âge, peut-être plus, et c'est là où le bât blesse. Je ne tarde pas à entrer dans un café, commande un thé, il me faut boire: échographie oblige. Pas grand monde dans le café à cette heure où monte le monte charge à qui une armature de fer en forme d'arc brisé comme celle que l'on voit dans les églises gothiques ouvre le passage et apparaissent alors de lourdes caisses et un sac de pommes de terre qu'aussitôt un serveur vient chercher, il est tout à sa tâche. 

Voilà mon thé: il me faut boire, je paie d'avance et verse un pourboire à l'homme qui jusque-là se tenait derrière son comptoir. Il connait mon calme aussi que son travail. Remercie et puis s'en retourne derrière son comptoir qui est là où est sa place, chaque homme devrait savoir où est sa place, cet homme je ne me le représenterais plus jamais autrement que derrière son comptoir: il y est tout à son affaire.

Il y a le PMU et à la télé CNEWS la chaîne d'information en continu, il y a quelques pantalons de travail homme, verts, avec bandes réfléchissantes, ils prennent un café comme on prend une pause; leur visage n'est pas reposé, leurs traits sont tirés, et ils causent comme si de rien n'était, comme pour donner le change, mais je sais qu'ils sont au travail.

Place La Chambeaudie, Espace Santé RATP, dans la salle d'attente cet homme qui me parle n'est pas encore à la retraite, dans un an qu'il me dit et à deux jours de prendre des vacances. D'après lui les centres de santé RATP sont appelés à disparaître ainsi que le régime spécial. Il est tout à sa cause, la cause ouvrière, comme on est tout à son travail.

Je pense à ces hommes et à ses femmes au travail comme jamais je n'y ai pensé et c'est comme jamais je ne pourrais penser à moi. Cela aurait pu se faire en d'autres lieux et en d'autres temps, alors que je n'étais qu'un enfant dont la classe visitait l'usine de Doniambo près de Nouméa en Nouvelle Calédonie et ce que j'avais senti je le sens encore ici: c'est une ambiance de travail.

Son authenticité, sa vérité, l'authenticité, la vérité de ces hommes au travail, j'aurais aimé la partager, sans doute n'aurais-je pas pu mais à ce moment là je l'ai du moins voulu comme j'ai voulu Brigitte, parce que je vais parler maintenant des femmes au travail, Brigitte était infirmière et je peux dire qu'en aimant Brigitte j'ai aimé une infirmière, qui sait à quel point le travail nous définit.

Et avec Sylvie qui est devenue ma femme je peux dire que j'ai aimé une coiffeuse; j'avais divorcé auparavant d'un médecin ou plus précisément, parce qu'elle n'en avait pas encore l'expérience, d'une étudiante en médecine. Etudiant, écolier, ce n'est rien encore de bien défini, sans grande authenticité, sans grande vérité.  Armelle me dit que si on l'a prise pour ce job dans le BTP c'est parce qu'elle a de l'expérience.

Quelle prétention dans l'écriture, être écrivain c'est comme être comédien, c'est comme être bon à rien, et pouvoir tout dire comme pouvoir tout faire c'est comme ne pouvoir rien dire, tout et rien, et comme ne pouvoir rien faire, tout et rien. Pouvoir rentrer dans tous les moules c'est être rentré dans aucun moule. Quelle prétention: qui, parce qu'il n'a pas pris femme, peut prétendre prendre toutes les femmes. 

J'aime ces caractères bien trempés et c'est parce qu'ils ont trempé dans le travail, on ne triche pas avec le travail, on ne prend pas de faux airs, on n'a pas l'air d'être garagiste ou avocat: on est garagiste ou avocat, ça ne trompe pas ou si ça trompe c'est dans le cadre de son travail mais comme un personnage dans un tableau: du cadre on ne sort pas.

Je ne connais pas d'autres moi que ces moi si identifiables, si définissables, par leur travail, et comme il est difficile de faire du tourisme dans sa vie, d'être partout en visite et jamais à sa place. Trop tard pour être cet ouvrier à la barbe blanche, mais c'était trop tôt pour l'usine de Doniambo. Qui pourrait regretter cependant qu'on envoie plus les enfants à l'usine mais à l'école?

Le jaloux


Je m'imagine jaloux et comment ma raison devrait parler à ma passion et ce serait de lui dire d'abord qu'elle s'inquiète trop de personnes actuelles et supposées quand il y en a eu d'autres et d'avérées dont elle n'a cure ma passion et qui pourtant ont déjà possédé la personne désirée, ça calme tout de suite, mais il y a mieux.

C'est que nous considérons la personne quand il nous faudrait considérer la relation que nous avons avec cette personne, et nous importer non pas tant la personne que la relation que nous avons avec cette personne. Si celle-là est bonne celle-ci peut par ailleurs faire ce que bon lui semble de sa personne dont elle est seule à répondre.

Et pas devant nous puisque sa personne est sa personne tandis que sa relation avec nous qu'elle soit bonne ou mauvaise doit seule nous affecter. Ce n'est pas un distinguo subtil que celui de la personne et de la relation mais le moyen de se détacher de la passion qui est de se détacher de l'objet de la passion et comment sinon en ne considérant plus l'objet mais notre relation à l'objet.

La relation est une dynamique, l'objet est lourd, il pèse par sa gravité, aussi c'est par la dynamique que nous nous soustrayons à cette pesanteur qui est aussi pesanteur de l'être. A lui il ne faut pas être scotché quoique deux corps s'attirent, s'aimantent, aussi ce n'est que par l'esprit, c'est-à-dire par un effort de la raison que le jaloux cesse d'être jaloux.

CITATION

En parlant de l'âme Plotin écrit dans la Première Ennéade: "il n'est pas absurde qu'elle reçoive des formes, qu'elle éprouve les passions dont j'ai parlé, au cas où la raison le lui permettra…"

Plotin distingue les vertus intellectuelles qui résident dans l'âme des vertus non intellectuelles: "qui viennent de l'habitude et de l'exercice, appartiennent au composé; les vices aussi, ainsi que l'envie, la jalousie "

jeudi 27 août 2026

Meetic


Il est entendu de dire comme de penser que ce serait la liberté de la femme qui ferait peur à l'homme d'aujourd'hui, mais qu'en est-il de la liberté de la femme? Ne confondrait t-on pas cette agitation folle, cette précipitation insensée à se jeter dans tous ce que la société offre de trompe l'œil, à répondre à toutes ses sollicitations à en perdre la tête, avec la liberté.

Que l'homme alors ne veuille pas la suivre, lui emboiter le pas, ce serait plus faire preuve de raison que de couardise ou lâcheté devant la vie parce qu'il ne faut pas non plus confondre la vie avec la vie de la société ou que réclame et exige la société que l'on vive: si c'est ainsi que les femmes vivent cela ne doit pas entraîner automatiquement que cela soit ainsi que les hommes vivent.

Que l'on brandisse la liberté de la femme comme une réclame publicitaire ne doit pas faire que les hommes se rangent derrière mais plutôt suspectent, en tant qu'ils auraient un peu d'esprit critique, que cette réclame soit un leurre, et que courant derrière comme derrière la femme ils courent à leur perte qui est la perte de l'humanité, d'une humanité aimante troquée contre une humanité marchande.

La marchandisation de l'amour est passée sur Internet et ses sites de rencontres puisqu'on ne se rencontrerait plus dans la rue sans risquer de tomber pour harcèlement sous le coup de la loi tandis que l'échange tarifé, autant dire la prostitution, bat son plein. Il est cependant une autre forme de se vendre, terme que l'on accepte en matière de recherche d'emploi autant qu'en matière de recherche de partenaires sur Meetic.

mercredi 26 août 2026

Peine perdue d'avance


J'ai lu quelque part que ce ne serait pas les choses mais l'idée que l'on se fait des choses qui nous troublerait, mais l'idée même que nous nous en faisons ou que nous ne pouvons cesser de nous en faire pour ne toujours pas avoir accès direct aux choses cessent cependant de nous troubler par la moins grande adhésion que nous leur portons.

La vie que nous avons aurait sur nous un moins fort impact parce que nous ne lui laisserions pas avoir, du moins ne l'amplifierions nous pas par l'idée que nous nous en ferions ni ne nous impliquerions davantage dans ce qu'il ne nous appartient pas de penser, car souvent nous pensons ce que nous ne devons pas penser et cela vient souvent de là que nous soyons blessés par nos pensées.

J'aime cette pâleur d'un ciel qui vient à peine de se lever, on dirait qu'il a passé une mauvaise nuit; voilà encore une idée qui nous correspond plus qu'elle ne correspond à la réalité: son aspect livide n'est-il pas le nôtre et qui des deux n'a pas bien dormi qui est là pour le regarder et se retrouver en lui ce qui est bon et comme un élargissement de sa pensée ou de ses sentiments.

On communie avec la nature fût-elle indifférente à nous, la nature humaine l'est aussi, et on comprend qu'il est tout aussi absurde de lui en vouloir, que les choses sont comme elles sont, et qu'il faudrait y calquer davantage nos idées. Etre muet comme la nature est muette, seulement un peu pâle ce matin mais c'est parce que le soleil ne s'est pas encore levé.

L'artificielle société nous en a trop éloigné qui nous fait croire tout pouvoir régir par nos idées, car c'est un petit monde d'idées, de petites idées par lesquelles nous croyons pouvoir lui échapper ou pire la dominer quand il faudrait nous y faire à notre nature humaine comme à la nature tout court, nous accepter comme l'accepter, ce qui est faire avec et non pas lutter contre, peine perdue d'avance.

mardi 25 août 2026

Partout où je me retourne il y a une femme qui travaille


Partout où je me retourne il y a une femme qui travaille. Il n'en a peut-être pas toujours été ainsi mais voilà ce que je vois maintenant et d'abord quand je me retourne sur ma vie. Luisa Eugenia la première de mes femmes qui faisait médecine et que j'attendais pour aller à la plage qu'elle est fait quelques taches ménagères comme qu'elle est terminé ses études pour l'épouser.

Quel gros bourdon que je fais et que d'abeilles laborieuses j'ai connues, il y a plus près de moi aujourd'hui Armelle et ses enfants et son travail, Armelle qui va travailler dans le BTP; et la défunte que j'aidais et c'est bien peu ce que je faisais bien que je le faisais de mon mieux quand elle allait voir ses clientes à domicile après avoir fermé boutique, et que mon affection pèse peu dans la balance.

Il m'arrive de m'arrêter lors de mes marches sur Paris et c'est à Vincennes pour manger sur place et chez un chinois, quelques légumes sont exposés en devanture qu'elle vend aussi; elle a mon âge qu'elle m'a dit et aussi qu'elle a perdu son mari il y a quelques années mais n'a pas fermé boutique pour autant. Je mange et elle travaille.

Je reviens du dentiste, c'est une femme aussi et qui prend à peine le temps de manger, elle n'est plus très jeune mais est très maigre; elle y laissera aussi sa vie dans sa boutique. Elle a eu une fille, un gros bourdon est passé par là et puis s'en est allé bourdonner ailleurs comme il semble que ce soit de bonne guerre, mais il n'y a plus de temps à perdre (surtout avec un homme) et elle travaille.

Il y a aussi souvent plus de femmes que d'hommes qui courent sur les bords de Marne (il m'est arrivé de les compter), quand elles ne poussent pas des poussettes ce que j'ai très peu souvent vu les hommes faire, mais voilà il y a des choses qui nous semblent encore si naturelles de voir les femmes faire qu'on ne leur donnerait pas le nom de travail.

C'est chose courante aussi de penser que pour rien au monde elles ne voudraient perdre leur travail, que c'est un droit revendiqué et gagné de hautes luttes, mais les voilà plus que jamais dans la bagarre et on les dit de forces égales mais que les conditions sont inégales; je dis qu'il ne manque plus que ça que les conditions soient inégales quand déjà les forces ne sont pas égales et je parle des forces de travail.

C'est pourquoi je ne vois que des femmes qui s'épuisent au travail avec toujours de gros bourdons qui bourdonnent autour d'elles et qu'on appelle chefs et qui non seulement disent mais aussi pensent qu'il n'y a qu'eux qui travaillent et le pire c'est que tout le monde, et les femmes comprises, pensent que c'est vrai, qu'il n'y a qu'eux, les hommes, qui travaillent. 

Ce quelque chose qui ne dit pas son nom


On a commencé quelque chose et on ne sait pas exactement quoi ni quel nom lui donner, seulement que quelque chose venait de se terminer et que l'on pouvait se pencher dessus parce qu'avec sa fin il avait reçu sa forme définitive qui est ce que l'on croyait mais les choses ne meurent jamais en nous où elles continuent d'évoluer.

On dirait que les choses se font malgré nous et que notre participation à ces choses ne peut qu'être légère et sans grande connaissance de cause, de quoi nous reste t-il après à nous vanter d'avoir réussi ou raté si c'est en aveugle que nous avons procédé et que la chance nous ait souri ou qu'elle nous ait fait la grimace.

Et puis aimer après avoir aimer qu'est-ce que cela veut dire de l'amour et comment cela le traite sinon par l'insignifiance cette chose à laquelle pourtant on attache la plus haute importance. Cela ne sourit plus ni ne nous fait la grimace mais se rit de nous: te voilà encore une fois pris, on pourrait dire épris mais l'on n'ose déjà plus le dire.

C'est comme ces croyants que rien ne peut détourner de leur croyance comme on leur dirait que Dieu n'existe pas et ils continueraient à croire en Dieu, qu'on nous dise maintenant que l'amour n'existe pas qu'on continuerait à croire en l'amour aussi qu'on le personnifierait comme ils personnifient leur Dieu, mais voilà que le nôtre viendrait à mourir, alors on lui donnerait un nouveau visage.

Beaucoup de dieux sont morts mais la croyance aux dieux, elle, n'est pas morte, et il en irait ainsi de notre amour qui ne veut pas mourir, qui a besoin d'un objet de culte, d'adoration, de vénération, d'exultation; et nous à qui comme à quoi nous remettre ce qui est à qui ou à quoi remettre notre vie parce que nous ne sommes pas capable de la mener tout seul.

Ce quelque chose qui ne dit pas son nom j'ai appris récemment que Plotin l'avait appelé l'Un et c'est ce qu'il y a le plus humble de dire dans notre ignorance de la chose qui nous la fait confondre à toutes les choses ou toutes les choses se confondre en elle qui est bien sur nous souveraine, car le principe premier, absolu et infini qui se trouve au-delà de l'être et de la pensée est bien l'amour. 

lundi 24 août 2026

Un pied-à-terre


Une femme comme un pied-à-terre, de plain-pied dans la réalité, te descend en plein ciel des idées, beauté charnelle, vérité première de la nature humaine, innocence que l'on ne voudrait pas blesser, perversité que l'on voudrait satisfaire, matière qui est devenue matière à penser, qui sait si aussi pensée originelle et pensée pieuse et pensée du péché.

Epouser la femme c'est épouser la réalité dans tout ce qu'elle a de mouvant, de changeant, de vivant. Quand l'idée qu'on a de la femme est vite obsolète, il vaut mieux alors ne pas la suivre mais suivre la femme pour que la relation soit durable, car il vaut toujours mieux être accompagné par la femme que par l'idée que l'on s'en fait, qui fût-elle bonne n'est jamais d'aussi bonne compagnie à l'homme que la femme.

C'est préférer la matière charnelle à l'idée éternelle car c'est parce que la femme est mortelle que la femme est vivante et existe indépendamment de nous quand nos idées n'existent qu'en nous, n'ont pas d'autre existence que nous même, pas d'autre forme que nous même, tandis que notre existence n'aspire qu'à une autre existence qu'elle même, qu'à une autre forme qu'elle même.

Elle n'a que son corps, que croyons nous avoir d'autre nous autres, à offrir, et elle s'offre, quand Le nôtre ne demande que ça, mais il y a l'autre qui se croit au-dessus de tout ça; mais il ne peut pas mentir à la femme et tout ce qu'il crache est tout ce qu'il a de mieux à faire, tout le reste n'est que blablabla auquel il vaut mieux que la femme ne se fie pas.

Seules certaines femmes qui se croient aussi au-dessus de tout ça et tout ça c'est l'humanité toujours naissante, toujours gémissante, toujours geignant et frémissante, préfèreront à ce qu'elles ne considéreront aussi que comme un crachat la parole toujours trompeuse, toujours menteuse, mais qu'elles prendront pour argent comptant, parce qu'elles voudront aussi atteindre le ciel des idées, pure idéalité et vrai mensonge.

Mais une femme comme un pied-à-terre t'aura descendu en plein ciel et tu amorceras ton atterrissage forcée et c'est ton hôtesse de l'air qui t'accueillera sur terre pour te souhaiter la bienvenue. Qui sait si elle aura mis les pieds sur terre en même temps que toi ou avant toi ou après toi, mais cela n'a pas grande d'importance pourvu qu'elle y soit avec toi.

CITATION

Valéry Larbaud A.O.Barnabooth: " La femme est une grande réalité, comme la guerre. Je sais: la raison les repousse, les refuse, les nie. On nous a élevés à vivre dans les rêves et les théories, et nous crions quand la vie nous opère de nos rêves et quand la réalité trouve fausses nos théories."

dimanche 23 août 2026

L'hêtre sans racines


Je croyais m'appartenir. Et voilà une femme. Et voilà que je ne m'appartiens plus. Appartiendrais je à une femme mais alors à laquelle de celles que j'ai aimées? Simone Weil et l'enracinement. Qu'en est-il aussi de l'enracinement d'un être de chair dans un autre être de chair? Contre le déracinement prendre racine, Simone Weil ne dirait pas le contraire.

Etres déracinés qui seraient autant livrés à eux-mêmes qu'aux autres sans jamais s'appartenir ni appartenir les uns aux autres. Liberté si vanté qui serait comme un vin éventé. Hêtre des grandes forêts tempérées de mon être, en toi je me reconnais mais qui m'a dénaturé? Aussi l'animal chassé de son territoire en un autre territoire cherche à se fixer.

Homme je connais maintenant ta vérité: c'est parce que tu n'appartiendrais à personne pas même à toi-même que tu veux appartenir, c'est parce que tu n'es pas fixe que tu veux te fixer, c'est si dure d'être toi parce que tu n'as pas de toi mais en l'autre peux te trouver. Voilà ta société naturelle, voilà la société de l'homme, pas celle qui a déraciné l'hêtre, habitant des grandes forêts tempérées.

Mais ne serais tu plus qu'un grand niais épris de liberté comme on l'est de vin, énivré, ivre mort, qui ne sait plus où il habite et va titubant, à droite, à gauche, et c'est parce qu'il ne sait plus où il va; et comment le saurait-il s'il ne sait plus où il est; alors, il se dit libre d'aller où il veut, et il ne va nulle part. 

Etre sans êtres pluriel ni singulier mais qui cherche a être, être qui aurait perdu son être parce qu'il le chercherait en lui-même quand il ne peut le trouver qu'en les autres, Hêtre qui ne pourrait être que là où il plante ses racines.

samedi 22 août 2026

Un conte de Maupassant


C'était après une partie d'échecs avec mon ami R. Je lui avais si bien parlé des contes de Maupassant qu'à la télé et sur YouTube on pouvait visionner qu'il voulu qu'on en vit un ensemble. Les répliques étaient bonnes, pas moins bons étaient les acteurs, mais surtout ce qui, à n'en pas douter, plaisait à mon ami c'est qu'on pouvait rire avec Maupassant de la noblesse et du clergé.

Mon ami ne comprit pas alors que cela se termina par cette duchesse qu'on avait empoisonné et qui accepta de mourir en connaissance de cause. Il s'agissait bien de son mari et de sa maitresse. Mais elle ne voulait pas qu'un scandale de plus éclabousse la noblesse. Aussi elle exigea du médecin qui a son chevet comme un confesseur recueillait ses dernières volontés qu'il garda le secret.

Je dis alors à mon ami que Maupassant qui savait si bien décrier l'ancien régime n'en savait pas moins apprécier ce qu'en la perdant on en perdait. Opinion sans doute partagée par Valéry Larbaud, j'étais en pleine lecture de O.Barnabooth, qui parlant de la noblesse et voulant mieux la définir citait cette expression qui était tout ce qui en restait: "noblesse oblige" et c'était que la noblesse serait faite avant tout d'obligations, de devoirs.

Le sens du devoir comme le sens de la prière se seraient perdus en cours de route, ce qui est pour l'homme non pas tant s'incliner ou s'abaisser ou s'humilier devant plus grand que lui; que d'être grandi, élevé, par son aspiration à ce qu'il y a de plus pur et de plus beau, à ce qui nous transcendent ou par quoi on est transcendé. Et peu importe que cela soit plus contestable que constatable par la science.

Car ceux qui savent bien mourir sont aussi ceux qui savent bien vivre, et c'est dignement, et c'est sans s'abaisser à de vils sentiments de haine et de vengeance, sentiments mesquins par excellence, et il faut voir dans la mort de cette femme une mort exemplaire on l'on peut mesurer toute la grandeur de son amour qui est celle de son âme, de son cœur, plus que celle de son corps moribond.

Qui sait alors si après que l'homme ait connu les siècles de l'esprit il ne soit pas tombé dans ceux de la matière; si le corps n'a pas établi sur lui son empire après la démission de l'esprit. Etre bien de son corps et jouir de son corps, voilà tout ce qu'on voudrait. Mais si l'on croit que c'est le corps qui nous tient on se méprend. Et si le corps nous lâche, alors tout nous lâche. S'il n'y a de force qui ne soit que du corps.

Humanitas vulnerabilitas


Les fulgurances de l'autre dans ta vie c'est la femme, la femme comme un éclair dans un ciel d'été. C'est beau à voir mais ça peut te foudroyer ce zigzag sous la voute céleste qui en est un instant tout illuminée. Le phénomène est naturel à l'homme qui n'a pourtant cesse de s'en étonné et d'être à ce spectacle émerveillé.

Comme pour toute chose il y a l'exacte distance à tenir quand tout tend à te rapprocher. Alors, danger! Mais tu n'es pas étranger à cet animal qui s'il flaire le danger s'en écarte, excepté si en même temps il a flairé la femelle. Selon la distance gardée tu peux être hypnotisé ou brûlé, mais jamais indifférent, et c'est aussi selon que le feu brûle en toi ou en dehors de toi.

Que tu vois la flame de ses yeux et son corps et son cœur ardent c'est déjà comme cuire à petit feu. Aussi tu es cet animal que la flame attire. Poète ou contemplatif s'en tirent à moindre frais. Pour le reste il faut payer de sa vie. Donner dans la génération parce qu'à tout il faut un suivi. Tandis que les vers du poète seront lus près de l'âtre au feux mourants, de faibles braises rougeoyantes et de cendres fumantes.

Il faudrait donner un nom aux éclairs pour en avoir souvenance, c'est si vif comme une piqure d'abeille dans la chair que si ça ne couraient pas dans le ciel tu voudrais en garder tout le miel. Armelle qu'elle t'a dit qu'elle s'appelle. Mais les éclairs dans le ciel brillent pour tout le monde. Mais à qui la foudre. Qui croit connaitre son bonheur ne croit pas connaitre son malheur, et vis versa. Humanitas vulnerabilitas.

vendredi 21 août 2026

Céleste nature, je te hais


La question qui se pose à moi est comment je puis encore être attiré par la femme si je prétends l'être par le beau et par le vrai et si je constate qu'elle n'est que tissu de mensonges et fais l'épreuve de sa laideur et de sa fausseté, ou bien alors je dois constater en même temps que je suis son égal ou son pareil ou qu'elle est ou que je suis son âme sœur.

Ce n'est cependant pas cette égalité que l'on voudrait ni cette âme sœur que l'on désirerait mais il faudrait se faire à la réalité, c'est-à-dire à l'existence qui, comme vu précédemment, ne collerait pas forcément avec notre être qui cependant ne saurait se suffire à lui-même. Mais cette exigence qu'on aurait pour soi-même est-on en droit de l'avoir pour l'autre?

Et si l'on ne s'octroie sur l'autre aucun droit comment son être à notre être peut-il s'accorder? Au nom d'une liberté totale? Le laisser à son existence plutôt que le prendre à son existence? Aussi l'on ne prendrait pas femme. J'aime ces expressions toutes faites qui disent tout à fait notre état d'esprit qui demanderait a être révisé d'après cette devise: changer ses désirs plutôt que l'ordre du monde.

Mais souvent il me semble que l'autre non seulement me renvoie mais me rabaisse à l'existence, à cette existence au-dessus de laquelle je voudrais m'élever pour ne pas avoir à en souffrir, quand c'est l'appel de son être qui est toujours appel vers le haut qui s'adresse à moi parce qu'il s'adresse à moi de tout son être et c'est quand il m'aime, et c'est quand il m'aime que j'entends cet appel.

L'erreur où l'on tombe est de penser que l'on est tous les deux appelés à une existence commune quand on est tous les deux appelés par l'être qui sublime toute existence. C'est une hauteur à laquelle on aspire de tout notre être mais où malheureusement on ne saurait se tenir. Il n'empêche qu'il y en a qui sont davantage que d'autre fait pour l'existence et c'est qu'ils arrivent à taire davantage les aspirations de l'être.

Il se peut aussi qu'ils souffrent d'une espèce de surdité aux aspirations de l'être quand d'autres souffriraient de cette même surdité mais aux exigences de l'existence. Les êtres sociaux sont ces êtres que la société a fait à leur existence et leur existence pour eux, comme la vache est faite pour le pré et le pré pour la vache. Ils ne ruminent que ce que la société leur donne à ruminer et n'ont que cela en matière de pensées.

Aimer le commun des mortels serait comme aimer les vaches dans les prés et c'est qu'on ne peut être sans avoir une certaine tendresse à les regarder aussi que leurs mamelles et ce lait que l'on boirait à même la vache comme le petit veau et c'est aussi pour nous un spectacle attendrissant et le retour à l'étable promet la chaude paillasse, comment vivre sans tout ça, l'air pur, éthéré, est si froid, presque glacé. Céleste nature, je te hais.

CITATION

O Barnabooth de Valéry Larbaud: "Si l'intellectualité, l'esprit était indépendant de la matière et constituait ce qu'on appelle les Cieux? Et le maintien, l'universalité des lois physiques… Si nous portions en nous un monde plus complet, plus parfait et plus réel que celui qui nous entoure?"

Le Bob et la mode


C'est au Vieux Campeur que j'ai fait l'acquisition de ce Bob pour me protéger du soleil. Mais là où je ne voyais que protection je compris bientôt qu'il y avait aussi une certaine affectation à le porter, un manquement au naturel dans l'attitude que je pris aussi bien à le porter, une mode, un genre qu'il me donnait.

Sous ce couvre-chef je me sentis aussitôt bien et ce n'était pas que bien à l'abri du soleil qui était toute l'attribution et l'intention que je lui prêtais d'abord mais bien d'une façon moins définissable et qui touchait moins au physique qu'au mental: il semblait répondre à mon être, à l'exigence de mon être qui allait au-delà du fait de se protéger du soleil.

Bientôt je ne pus plus m'en passer, sortir sans lui était comme sortir à découvert bien que ses rebords étroits ne me protégeaient ni des rayons du soleil ni des regards que l'on pouvait darder sur moi, mais il semblait recouvrir mon être de toute une bonhommie qui me sied à merveille aussi que faire office de talisman écartant de mon chemin tout sentiment ou pensée malveillante.

Mais il y avait une raison plus lointaine et plus cachée qui me fit l'adopter et me sentir bien sous mon Bob, elle tarda cependant à me revenir car je ne possédais aucune photo de moi à quatre ou cinq ans qui est tout l'âge que je devais avoir quand sur la plage je portais un Bob. J'étais alors un petit enfant aux cheveux presque blonds et bouclés et aux yeux presque verts comme ceux de ma mère et qui jouais encore à faire des châteaux de sable.

Il serait vrai alors qu'à un certain âge l'on retombe en enfance et c'est aussi là que non seulement le Bob mais tous nos souvenirs nous renvoient et le Bob ne serait qu'un messager ou que l'avant-garde d'un mouvement qui est lui de retour au passé, c'est je crois aussi ce que l'on dit de la mode, que la mode revient et qui sait si la mode du Bob n'est pas en train de revenir.

L'être et l'existence


Je ne peux pas me soutenir par tout ce qui tient à mon existence dit l'être parce que mon existence n'est pas pérenne. je dois donc en appeler à tout ce qui peut transcender mon existence ou me permettre de la transcender et c'est en avoir une idée plus grande que ce qu'elle se montre être à mes yeux et ne m'aide en rien parce que m'abaisse en tout et m'ôte ainsi à l'existence avant de l'avoir vécue.

Aussi je me veux noble dans mes sentiments, noble dans mes pensées, noble dans mes actes, parce qu'en tout je me sais vil si et quand je me laisse aller à mon existence; aussi mon existence je la veux transcender par l'idée que s'en fait l'être que je suis; de même pour ne pas être abattu par la laideur il tend vers le beau ni par le mensonge il tend vers la vérité, tout deux que je sais n'être pas de ce monde.

Il n'est pas nécessaire pour autant que je les pense d'un autre monde mais bien comme ce qui en ce monde plait à mon être qui est conscience d'être et par conséquent ne peut se suffire d'une existence qui ne satisferait pas aux conditions de son être, qui n'en remplirait pas tous les paramètres. Il y aurait donc d'une part les limites d'une réalité auxquelles d'autre part mon être se trouverait confronté mais ne pourrait se résoudre.

Mais ce n'est pas folie des grandeurs mais folie que de vivre sans grandeurs. Je tombe si je ne suis pas appelé vers le haut. Tout le poids de l'existence me tombe dessus, m'écrase. Comme je sens en tout la pesanteur. Et comme il est bon aussi parfois de se sentir pousser des ailes. Certes, ça ne dure pas, mais qui sait laquelle des deux est notre condition première: celle à laquelle on se sent appelée ou celle où l'on vit et finit par être terrassé.

Je ne peux vivre là où je vis, voilà ce que dit l'homme quand l'animal vit là où il vit, parce que l'être qui est conscience d'être n'est pas conscience d'un ici et maintenant; l'ici et maintenant c'est l'existence, ce n'est pas l'être, à l'être il lui faut beaucoup plus que cette existence limitée et c'est de tout son être qu'il se soustrait à ces conditions d'être limité qui est ce à quoi on voudrait limiter son être mais n'est pas son être sinon son existence.

De confondre les conditions de l'existence avec les conditions de l'être conduit à l'erreur de penser qu'il suffit à la société de satisfaire aux conditions de l'existence pour satisfaire aux conditions de l'être. Pourtant les croyances de l'être aussi que ses aspirations vers le beau, le bon, le vrai, n'ont cesser de dénoncer combien il échappe par elles à son existence qui par conséquent ne peut le satisfaire.

jeudi 20 août 2026

On est que locataire sur terre


Je lançais comme on lance une boutade: "on est que locataire sur terre". Et quand il me revoyait, qu'on tournait ensemble en équipe de jour ou de nuit, un agent de sécurité de la RATP que cette phrase avait alors plus marquée que moi me la rappelait quand je l'avais déjà oubliée et c'est sans doute à lui que je dois d'en approfondir et saisir maintenant toute la portée.

J'entendais bien sûr que l'on n'est pas propriétaire sur terre mais je ne crois pas être allé alors jusqu'au bout de ma pensée sinon de m'être arrêté à tous ces biens meubles ou immeubles qu'il ne m'intéressait pas d'avoir et c'était sûrement faire contre mauvaise fortune bon cœur, mais de là à penser que ma vie ne m'appartenait pas comme qu'il ne m'appartenait pas d'en jouir égoïstement j'étais bien loin.

Quand je tirerais aujourd'hui tout ce qu'il y a de faux à penser ainsi, c'est-à-dire que notre vie nous appartient comme nous avons coutume de penser que nous appartiennent les choses. C'est que nous avons tous été élevés, éduqués, en propriétaires, et à penser et à agir en tant que tel, ce qui est une erreur eu égard au nombre de ceux qui n'ont rien mais encore croient-ils posséder leur vie et en jouir comme propriétaire.

Comment ne pas penser autrement et pensant ainsi ne pas agir autrement que comme on agit et souffrir comme on en souffre de ne pas pouvoir en jouir égoïstement, quand nous mêmes, à bien y regarder, nous ne la voulons pas pour nous sinon pour notre femme, pour nos enfants, si nous les aimons, et si nous aimons ce que nous faisons alors nous sommes aussi tout à ce que nous faisons. Je n'avais pas encore penser la vie comme sacrifice.

Et si nous sommes contrariés c'est que le mode de société où nous vivons contrarie la nature même de la vie qui est sacrifice. Il n'est que d'ouvrir les yeux sur la nature, mais nous les fermons sur la nature pour les ouvrir sur la société, or les lois qui semblent régir la société ne sont pas les lois qui régissent la nature mais celles qui en feraient notre propriété: des lois de propriétaires. 

Le sens de la vie


Que notre vie nous appartienne nous ne sommes pas moins pressés de la donner. Ne faisons nous rien que nous sommes pressés de nous donner à quelque activité. Sommes nous seul que nous sommes pressés de ne plus l'être, c'est que nous voudrions nous donner à quelque être et ce n'est pas seulement que la chair est faible mais que l'esprit l'est aussi.

Patrick Humbert, qui est parti tout seul et revenu tout seul de Nouvelle Zélande, d'Afrique du Sud et de je ne sais encore combien de pays où il n'a eu d'autre compagnie que la sienne, et c'est qu'il se suffit à lui-même, qu'il a sa vie à lui. Mais ce n'est pas, détrompez-vous, qu'elle est tout entière occupée de lui-même car il n'y a pas esprit plus ouvert et plus curieux que le sien.

Mais voilà, nous ne sommes pas tous Patrick Humbert, non plus que milliardaire, c'est que je pense à un autre écumeur des mers (et des terres) qui se faisait appeler Barnabooth et n'était autre que l'écrivain français Valéry Larbaud tout aussi seul qu'a pu l'être dans la vie le philosophe Nietzche mais beaucoup plus heureux. Aucun cependant n'a atteint le nirvana ni un contentement de soi ni une vie meilleure.

C'est en quoi j'en reviens à penser à cette idée de sacrifice, que la vie n'est bonne que sacrifiée, ce qui va à l'encontre de l'idée de ce que l'on s'en fait mais peut-être pas de ce qu'elle est: sacrifice. Alors la sacrifier à une femme ou à un travail, peu importe, mais la sacrifier. Et pour la sacrifier il faut aimer son sacrifice.

Valéry Larbaud comme Nietzche il n'y a pas de doute l'on sacrifié à leur œuvre. Patrick Humbert est des nôtres en cela qu'il la sacrifie sans savoir qu'il la sacrifie et à quoi il la sacrifie; il a comme nous cette idée d'en profiter qu'on dit égoïste quand en réalité on ne peut en profiter qu'en étant généreux de sa personne et de son temps, les deux courant au sacrifice.

Je sais seulement que Patrick la sacrifie mais pas à quoi comme j'ignore à quoi je sacrifie ma vie et il en est ainsi de tous ceux qui ne pensent qu'à en profiter et ignorent à quoi ils la sacrifie. Les nihilistes aussi que les existentialistes qui ont refusé ou trouvé que cette vie n'avait pas de sens n'ont pas non plus trouver le sens du sacrifice qui est le sens de la vie.