Si certains d'entre nous adoptent un mode de penser comme d'agir vicié et que ce mode s'avère efficient, et quelque soit sa moralité, il est alors adopté par beaucoup, de sorte qu'il sera du côté de la normalité, de la normalité en lieu et place de la moralité.
Aussi qu'on ne pourra taxer d'amoral mais d'anormal qui n'adoptera pas ce mode ou plutôt et dans le meilleur des cas le qualifiera d'innocent ou de naïf, et son innocence ou sa naïveté prêtera pour le moins à rire sinon à moqueries.
Il en va ainsi d'une certaine innocence ou naïveté en matière de cœur et de sentiments comme en matière de penser; pour les affaires privées comme pour les affaires publiques, toutes deux atteintes d'un certain degré de corruption des cœurs et de l'esprit.
Cela entre cependant, et comme dit précédemment, dans la normalité, de sorte que cela ne choque plus personne: il est attendu que…le contraire serait étonnant. Ce contraire qui serait bon et juste serait étonnant et non efficient.
Me trouvant au centre de santé RATP parce qu'on allait me laisser partir sans payer la consultation on s'étonna que je rappelle que n'ayant pas de mutuelle je devais effectivement payer la part qui n'était pas pris en charge par le régime général ou spécial aux agents RATP.
Ce qui étonnait c'était l'honnêteté comme si cela allait de soi qu'on fût malhonnête. En amour non plus l'honnêteté ne semble pas payer: l'honnêteté des sentiments moins que les sentiments feints, joués, visant une autre fin que celle déclarée et beaucoup alors se déclarent faux pour jouer le jeu.
De loin s'avèrerait plus efficient jouer un jeu malhonnête qu'un jeu honnête. Si la malhonnêteté est de mise elle devient la norme, ici aussi la normalité aurait pris la place de la moralité, et passerait pour innocent ou naïf qui l'ignorerait.
Ainsi il y aurait un jeu vicié des sentiments et du cœur comme des pensées, de l'esprit; comme il y aurait aussi un jeu vicié des institutions. Comment s'en étonner! Aucune institution fut-elle juste et bonne ne pourrait bien fonctionner si le cœur et l'esprit qui commandent à son fonctionnement est juste et bon.
Le mal de notre civilisation il ne faudrait donc pas tant le chercher dans nos institutions fussent-elles viciées, corrompues, qu'en l'homme civilisé, et j'aimerai à ce propos et pour l'illustrer faire parler mon expérience, et désolé si je ne tire pas comme Montaigne mes exemples de Cicéron ou d'Epicure.
En Nouvelle Calédonie où j'étais interne on se battait souvent et quand on était un petit blanc, un zoreil, il se pouvait qu'on ait affaire à un canaque. Eh bien ce canaque si l'on se retrouvait au sol cessait immédiatement de cogner.
Peut-être maintenant vicié, ayant appris de notre normalité plus que de notre moralité, que leur comportement a changé et perdu de sa noblesse guerrière. De retour en France et comme agent de sécurité de la RATP il m'a en effet souvent été donné de voir qu'un homme au sol était roué de coups par qui autrement n'en serait jamais allé de son coup de pied.
Que personne n'y trouve à redire, que personne n'en fut choqué montrait clairement que l'on était non dans la moralité mais dans la normalité (qui en avait pris lieu et place).