samedi 5 septembre 2026

Normalité et moralité


Si certains d'entre nous adoptent un mode de penser comme d'agir vicié et que ce mode s'avère efficient, et quelque soit sa moralité, il est alors adopté par beaucoup, de sorte qu'il sera du côté de la normalité, de la normalité en lieu et place de la moralité.

Aussi qu'on ne pourra taxer d'amoral mais d'anormal qui n'adoptera pas ce mode ou plutôt et dans le meilleur des cas le qualifiera d'innocent ou de naïf, et son innocence ou sa naïveté prêtera pour le moins à rire sinon à moqueries.

Il en va ainsi d'une certaine innocence ou naïveté en matière de cœur et de sentiments comme en matière de penser; pour les affaires privées comme pour les affaires publiques, toutes deux atteintes d'un certain degré de corruption des cœurs et de l'esprit.

Cela entre cependant, et comme dit précédemment, dans la normalité, de sorte que cela ne choque plus personne: il est attendu que…le contraire serait étonnant. Ce contraire qui serait bon et juste serait étonnant et non efficient.

Me trouvant au centre de santé RATP parce qu'on allait me laisser partir sans payer la consultation on s'étonna que je rappelle que n'ayant pas de mutuelle je devais effectivement payer  la part qui n'était pas pris en charge par le régime général ou spécial aux agents RATP.

Ce qui étonnait c'était l'honnêteté comme si cela allait de soi qu'on fût malhonnête. En amour non plus l'honnêteté ne semble pas payer: l'honnêteté des sentiments moins que les sentiments feints, joués, visant une autre fin que celle déclarée et beaucoup alors se déclarent faux pour jouer le jeu.

De loin s'avèrerait plus efficient jouer un jeu malhonnête qu'un jeu honnête. Si la malhonnêteté est de mise elle devient la norme, ici aussi la normalité aurait pris la place de la moralité, et passerait pour innocent ou naïf qui l'ignorerait.

Ainsi il y aurait un jeu vicié des sentiments et du cœur comme des pensées, de l'esprit; comme il y aurait aussi un jeu vicié des institutions. Comment s'en étonner! Aucune institution fut-elle juste et bonne ne pourrait bien fonctionner si le cœur et l'esprit qui commandent à son fonctionnement est juste et bon.

Le mal de notre civilisation il ne faudrait donc pas tant le chercher dans nos institutions fussent-elles viciées, corrompues, qu'en l'homme civilisé, et j'aimerai à ce propos et pour l'illustrer faire parler mon expérience, et désolé si je ne tire pas comme Montaigne mes exemples de Cicéron ou d'Epicure.

En Nouvelle Calédonie où j'étais interne on se battait souvent et quand on était un petit blanc, un zoreil, il se pouvait qu'on ait affaire à un canaque. Eh bien ce canaque si l'on se retrouvait au sol cessait immédiatement de cogner.

Peut-être maintenant vicié, ayant appris de notre normalité plus que de notre moralité, que leur comportement a changé et perdu de sa noblesse guerrière. De retour en France et comme agent de sécurité de la RATP il m'a en effet souvent été donné de voir qu'un homme au sol était roué de coups par qui autrement n'en serait jamais allé de son coup de pied.

Que personne n'y trouve à redire, que personne n'en fut choqué montrait clairement que l'on était non dans la moralité mais dans la normalité (qui en avait pris lieu et place).

vendredi 4 septembre 2026

A toutes les Armelles de la terre


La vie redevient facile, des livres la lecture tranquille. Armelle ne sera bientôt plus qu'un petit point jusqu'à disparaitre à l'horizon (de l'oubli) où tout fini par s'estomper, c'en est fini aussi avec la jouissance des femmes. Il y a tant de choses que l'on fait en dehors de nous pour nous quand toutes les choses que l'on pourrait faire pour nous ne seraient que les choses en nous.

Et je travaille à moi, et c'est tout le travail que je me donne. L'amour n'est que saisissement de l'autre et par l'autre. Et cependant nous n'ignorons pas qu'il nous échappe, que jamais nous ne pourrons le saisir entièrement, que jamais il nous appartiendra comme nous nous appartenons, qu'il est à jamais l'autre.

Quant bien même il serait l'autre que nous aimons que cet amour de l'autre ne fera jamais qu'il soit autre que l'autre. Et bien autre que moi était Armelle que je renvoie tout à sa peine d'être, qui était une toute autre peine d'être que la mienne, à laquelle bientôt je serais indifférent, ne me retrouvant alors plus qu'avec mon être.

Combien sommes nous à vouloir purger plus que notre peine? D'Armelle j'avais déjà épousé toute la peine, comment affranchis d'elle vais-je m'en plaindre? Me voilà donc sans cette peine d'être qui portait le joli nom d'Armelle et qui, avec ce joli nom d'Armelle que j'aime à prononcer, résonnera encore un peu en moi avant d'aller se perdre dans les lointains. 

Et sans plus réveiller aucun écho en moi qui n'entendrait plus le son de sa voix. Seulement, peut-être, ce vers de Paul Verlaine "Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a l'inflexion des voix chères qui se sont tues", ce vers qui aura en moi gagné en résonance et profondeur. Combien de peines et de souffrances faut-il à un poète pour écrire un vers? ou combien en un vers il peut en être contenu?

J'en prendrais mieux la mesure comme je prendrais mieux la mesure de toutes choses longtemps après qu'elles aient pris fin, et moi enfin libre de toutes choses qui ne seraient pas moi, comme de toute peine d'être qui ne serait pas ma peine d'être, et dans la jouissance et réjouissance de mon être libre et égoïste, regretterais je encore toutes les Armelles de la terre qui gravitent avec leur peine d'être?

jeudi 3 septembre 2026

C'est pas une femme pour toi


C'est pas une histoire à dormir debout, même si j'en ai pas dormi de la nuit rien que d'y penser, c'est pas non plus une histoire à pleurer de rire, c'est pas un one man show, c'est pas moi, c'est ma grand-mère qui se retourne, comme les morts se retournent dans leur tombe quand ça leur plait pas ce qu'on fait, et c'est pour me redire encore une fois ce qu'elle m'a souvent dit auparavant: c'est pas une femme pour toi. 

Mais grand-mère que j'ai envie de lui répondre, mais c'est pas bien, mais ça se fait pas de répondre aux morts, alors je me tais, paix à son âme, et moi faut que j'arrête d'entendre des voix comme Jeanne d'Arc ou comme Chateaubriant parce que c'est une voix d'outre tombe que j'entends: c'est pas une femme pour toi.

Tu me l'as déjà dit mille fois que j'aurais bien envie de lui dire à la grand-mère si je m'écoutais mais c'est elle et pas moi que j'ai toujours écouté puisque ça c'est toujours passé comme elle, elle la grand-mère elle disait, et pas comme moi je voulais. Moi, pour qui l'aurait pas encore compris, j'ai toujours voulu que ce soit une femme pour moi, mais toujours la grand-mère qui dit: c'est pas une femme pour toi.

La grand-mère, mais je voudrais pas trop raconter les histoires de famille, que dit ma tante, elle a toujours fait le mal partout autour d'elle, et c'est vrai que la grand-mère elle en voulait pas non plus de la belle fille pour son fils, et que ce serait alors pas trop pour mon bien qu'elle aurait dit comme je l'entends encore dire: c'est pas une femme pour toi.

Y aurait à l'heure qu'il est un tas de femmes pas pour moi devant chez moi que j'y aurais mis sur les conseils de ma grand-mère et comme on met le gros œuvre, parce que c'est pas rien une femme qu'est une femme qu'est pas pour moi, ça prend de la place, et que j'attends que le service de la voirie et de la mairie passe, c'est pour la décharge, mais ça y arrivera pas parce qu'y a un tas gens aussi qui passent devant chez moi et qui pensent aussi que ce sont pas des femmes pour moi.

Le pire avec tout ça c'est que j'en veux à personne moi, ni à ces femmes qui ne sont pas faites pour moi d'après ma grand-mère ni à ma grand-mère elle même qu'a dit à chaque fois que j'en trouvais une qui me paraissait bien et qui me plaisait, que c'est pas une femme pour moi, ni aux gens qui passent devant chez moi et les ramassent toutes avant que le service de la voirie passe et ramasse plus rien.

Je voudrais cependant pas que ça arrive aux oreilles de la dernière comme ça arrive aux miennes ce qu'elle dit la grand-mère sinon que ça finira comme avec les autres, et c'est que ma tante elle en a souffert de ce qu'elle a dit la grand-mère et que moi je veux pas en souffrir parce que les femmes une fois qu'elles sont parties elles reviennent plus et que je les entends plus comme j'entends encore la grand-mère me dire: c'est pas une femme pour toi.

Alors je t'en supplie, tais toi grand-mère, que de là où tu es et de l'épaisseur de la pierre, rien ne semble y faire, que t'as toujours eu la voix qui porte et que ça toujours été à en croire ma tante le malheur ici bas pour ceux qui t'entendent et qui restent seul, le malheur et la perte parce que c'est ben vrai que toi t'as plus rien à perdre de là où tu es. Et puis c'est toi qui le dis: c'est pas une femme pour toi.

mercredi 2 septembre 2026

L'histoire des corps


Il lui faut un corps pour exister, un corps et sa fonctionnalité, un corps pour lui et un corps pour l'autre, son corps à lui mais aussi le corps de l'autre il lui faut pour exister; sa complétude, sa plénitude, est la complétude, la plénitude à deux, l'amour est une manière d'y goûter, de reposer en deux corps entrelacés, deux corps qui se donnent l'un à l'autre pour ne faire plus qu'un.

Et quand il leur faut se séparer on dit que chacun revient à son existence mais ce n'est pas vrai parce qu'il n'y a pas d'existence séparée sinon vécue alors comme existence du manque, existence à défaut, et c'est l'autre qui manque, et c'est l'autre qui fait défaut, pour exister complètement, pleinement, et l'on dit à deux quand on a l'impression de ne faire plus qu'un, de n'être plus qu'un.

Et qui a connu cette existence a connu l'amour, appelle cela l'amour, l'amour comme seul lieu, lieu et temps, où il lui est donné d'exister vraiment; ne veut plus connaître d'existence autrement, se dit qu'il n'y a pas d'autre existence vraiment et que seul il lui manque un corps qui est le corps de l'autre et que son corps n'existe vraiment qu'avec le corps de l'autre.

Il lui a fallu cependant apprendre a exister autrement et c'est dans cette indépendance des corps, non pas des corps unis mais des corps désunis. D'abord il lui a fallu sortir du corps de sa mère pour n'être plus qu'un corps, un corps désuni, un corps qui ne demandera plus qu'à s'unir à un autre corps pour avec lui faire corps.

Alors il aimera et son amour sera amour d'un corps auquel il voudra s'unir, qu'il voudra sentir comme son propre corps et y être comme dans son propre corps et tant que cela ne se pourra il ne pourra vivre, parfois se tuera si le corps de l'autre vient à lui manquer, parce qu'il y aura goûté et ne pourra plus s'en passer de confondre son corps au corps de l'autre.

Cette confusion des corps entraîne une confusion de l'esprit qui n'est pas sans appartenir aux corps et ce sentiment confus sans être un sentiment des corps unis, de l'union des corps auxquels l'esprit reste attaché et se confond aussi, c'est-à-dire ne s'appartient plus et goûte à cette existence à deux, à deux qui ne font plus qu'un d'où sa confusion, cette "con"fusion(c'est-à-dire fusion avec)  qu'on appelle l'amour.

Et l'on parle de corps étranger quand un corps rejette un autre corps et le phénomène de rejet est aussi naturel que le phénomène d'attrait, il suffit pour cela de penser aux aimants, ce mot si étrangement semblable à amants, de comment ils s'attirent et de comment ils peuvent se rejeter et cela dépend de comment ils sont tournés l'un vers l'autre, tournés ou retournés.

Dans un cas comme dans l'autre chamboulés l'un par l'autre, jamais indifférents. Les pôles opposés s'attirent. Force physique. Force des corps. Force plus forte qu'eux. Ils se soumettent comme ils se soumettent l'un à l'autre. On dit qu'ils s'aiment. Les voilà unis les deux aimants, les deux amants, les deux corps, fondus ou confondus en une seule et même existence comme en un seul corps devenu corps de leur existence.

NB

Le mythe de l'androgyne de Platon: "Or quand le corps eut été ainsi divisé, chacun, regrettant sa moitié, allait à elle; et s'embrassant et s'enlaçant les uns les autres avec le désir de se fondre ensemble […] c'est de ce moment que date l'amour inné des hommes les uns pour les autres: l'amour récompense l'antique nature, s'efforce de fondre deux êtres en un seul, et de guérir la nature humaine".

mardi 1 septembre 2026

L'amour et nous


"Il la tire vers le bas". Oui, mais l'amour nous tire vers le haut. L'amour un sentiment noble mais qui ne serait pas réservé qu'aux personnes nobles. Qui pourrait atteindre n'importe qui. N'importe qui qui cesserait alors immédiatement de ne plus penser qu'à lui pour penser à l'autre, qui aurait le souci de l'autre et du bien de l'autre aussi que de s'élever lui même.

Il, s'il ne peut l'être, surveillera du moins davantage son paraitre pour paraitre à l'autre être à la hauteur de son amour car, il faut le redire, l'amour est un sentiment noble indifférent à la nature de chacun qui se trouve ennoblit par cet amour: il n'est plus le même; frappé par l'amour comme sacré par l'amour, auréolé, couronné, qu'il est par l'amour.

Le vil appétit qui serait celui de manger ou de boire ou de dormir et tout autre appétit qui ne seraient attachés qu'au corps sont d'un coup par l'esprit qui est l'esprit amoureux tenus et en viennent à dépendre plus de lui que du corps qui aurait perdu sa direction exclusive sur la personne amoureuse qu'il (le vil appétit) ne tiendrait plus comme il le tenait quand elle n'était pas tenue par l'amour. 

S'il y a des personnes mauvaises il n'y aurait donc jamais d'amour mauvais qui tire vers le bas car l'amour serait un bon sentiment qui nous tirerait vers le haut; la personne importerait moins que la relation que nous aurions avec elle: fût-elle mauvaise si notre relation avec elle est bonne elle tendrait avec nous a être bonne tout autant que nous tendrions a être bon avec elle: c'est ce qui s'appelle aimer.

Maintenant il se peut qu'il y ait autant d'amour différent qu'il y a de personne différente, que pour l'une ce soit le corps qui tire plus quand pour d'autre ce serait le cœur et pour l'autre encore l'esprit et qu'il n'y ait pas un esprit de l'amour qui vienne s'emparer et animer le corps et l'esprit de chacun le tirant vers le haut.

Il n'en reste pas moins que celui qui est touché par l'amour se sent pousser des ailes quelque soit sa vile condition qui est celle largement partagée par tous et c'est parce qu'il se sent s'élever au-dessus de sa condition, que c'est elle qui lui devient alors intolérable et non l'amour; il peut alors tricher pour répondre à cette nouvelle exigence.

Et c'est vouloir paraitre plus que de vouloir être. Il fera alors tout pour paraitre mieux et non tant pour être mieux, qui est s'améliorer, se grandir, s'élever, pour être à la hauteur de son amour qui n'a d'ailleurs pas toujours à voir sinon jamais avec la hauteur où se trouve, c'est-à-dire où il met la personne aimée.

Je ris mais devrais-je pleurer en me rappelant de cet homme avec qui j'avais sympathisé, et qui n'aurait pas sympathisé avec lui, comme voulu voir la personne qu'il aimait tant il en parlait avec amour. A l'entendre il n'y avait de personne plus belle et plus intelligente et plus généreuse: enfin un beau corps, un bel esprit, une belle âme, qui avait en un mot: tout pour elle, quand elle n'avait pour elle que son amour à lui.

Transfigurer par l'amour. Il est sûr alors qu'on ne le voit pas du même œil quand on est extérieur à cet amour, que l'on ne voit que la personne qui peut tirer vers le bas et non l'amour qui ne peut que tirer vers le haut. Car c'est au temps de l'amour qu'il nous faudrait vivre: ce temps qui lui même se place au-dessus du temps comme il nous place au-dessus de nous même. On ne tombe pas amoureux, on tombe quand on n'aime plus, et c'est de haut.

lundi 31 août 2026

L'art et l'amour


Comme les œuvres de l'art se combinent à l'œuvre de l'amour c'est ce qu'il faudrait démêler en regard de cette visite au château de Chantilly où munis de nos deux billets nous fîmes irruption comme l'amour faisait en nous irruption tant on aurait dit que les deux œuvraient ou concourraient en même temps et c'était sans doute à l'élévation de notre âme.

Car déjà nous ne nous appartenions plus tandis que nous nous ouvrions l'un à l'autre et l'un et l'autre à plus grand que nous que l'on pourrait appeler l'art ou l'amour, car aux deux nous aurions été appelé d'une même voix souple et douce qu'on aurait dit un souffle et le plus souple et doux des souffles et seul à nous tirer vers le haut qu'on appelle inspiration.

Et je crois en effet qu'on avait été bien inspirés de se trouver en ces lieux où nos âmes, où notre cœur, semblaient également motivés à recevoir toute cette beauté qui était à la fois en nous et hors de nous. Nous aurions pu faire parti du cadre, de tous les cadres que nous voyions comme de celui où nous étions qui parlait d'une autre époque à la nôtre.

Car nous étions plus que jamais capables d'y voir ce qu'il y avait d'éternel ou d'immortel, et c'était l'art et c'était l'amour, l'amour qui ne pouvait que concourir à tout art, et l'art qui ne pouvait que servir tout amour; aussi nous passions des œuvres d'art à nous qui nous aimions et de nous qui nous aimions aux œuvres d'art.

Nous nous y confondions et nous y étions confondus. A part nous il y avait bien du monde mais plus dans la confrontation. La couleur de notre amour ou la couleur des œuvres d'art avait changé à nos yeux la couleur du monde et notre relation sa relation. Partout en nous et autour de nous la beauté rayonnait et partout la tristesse s'était effacée comme par enchantement.

Et c'était du sol au plafond que tout était beau, quant aux murs ils étaient aussi tapissés de beautés auxquelles, chose rare, sans y être initiés nous avions accès, à croire que l'amour nous avait ouvert les portes de l'art et nous aurions voulus nous asseoir sans y être invités, mais ne nous y sentions nous pas invités, à cette longue table où assiettes et couverts d'une autre époque étaient aussi posées pour la nôtre.

Et nous nous buvions à longs traits comme nous aurions bus à la table des rois car nos sentiments étaient nobles et nos corps avaient faim de mets délicieux, exquis, comme il ne peut en être servis qu'à la table des rois. Que nous soyons de la plèbe importait peu. Certes, il avait fallu payer à l'entrée mais le prix était modeste en considération du milieu noble où nous avions accès qui n'était autre que celui de l'amour et de l'art.

Sans doute les avions nous confondus où en eux nous étions nous confondus et passions sans trop les voir comme l'on ne voit pas trop ce qui se passe en nous mais s'en émerveille et cet émerveillement est bien celui de l'amour aussi que de l'art, aucun que l'on puisse jamais prétendre posséder mais bien par eux être traversés pour ne pas dire transpercés comme par la pointe de ces épées au tournant d'une galerie. 

Nous pouvions être saisi par la beauté d'un tableau, touchée par elle, comme nous pouvions être saisi et touché par nous mêmes, ce que nous faisions et ne nous paru pas en ces lieux sacrilège tant ils semblaient appelés à l'amour comme à l'art; et les faux derrières et le frou-frou des longues robes des courtisanes bruissaient à nos oreilles tandis que l'on voyait et peint et sculpter les contes et les princes.

Nous nous rendions maitres des lieux en l'absence des maitres des lieux, et à nos ravissements comme ils avaient été à leurs ravissements, et ils y concouraient autant qu'ils pouvaient y concourir, et c'était à travers l'art comme à travers l'amour que nous nous portions comme de l'amour qu'ils s'étaient portés et dont tout l'air que nous respirions, que nous étions peut-être seuls à respirer, s'était empli et aspirions.

La condition de la femme


J'ai vu un corps qui me plaisait puis ensuite et ensuite seulement j'ai découvert une intelligence et une sensibilité que je n'avais pas vus. Je parle du corps d'une femme que les hommes ont aimé et honoré et de l'intelligence et de la sensibilité d'une femme que les hommes n'ont, il me semble, ni respecté ni apprécié à sa juste valeur.

Ce corps aimé a été aimant tandis que cette intelligence et cette sensibilité parce qu'elle ne l'était pas s'est soumise aux exigences et conditions de l'homme qui sont exigences et conditions pour être aimé de lui. Ce que je découvrais alors c'est que la condition de la femme n'était autre que la condition de la femme qui se soumettait aux conditions de l'homme.

Que c'était lui donner ce qu'il demandait, ne pas se refuser au corps et aux plaisirs du corps, mais bien refuser, nier l'expression de toute intelligence et sensibilité qui puissent lui être contraire, si tant est qu'elle puisse être ce que nous avons de plus cher et demande le plus a être aimé, et cela en connaissance de cause: c'est-à-dire qu'elle ne le sera pas.

D'où cette connaissance imparfaite que l'homme en a (de la femme) et conduit inéluctablement à un traitement imparfait. D'où cette réduction de la femme à un corps et au plaisir vanté aussi et partout où le corps de la femme est exposé au regard de l'homme. Regard de l'homme tout aussi bien façonné par tous les regards portés sur la femme qui sont images de la femme véhiculées par la société des hommes.

Qui est ce qu'on montre mais pas ce qu'elle cache: cette intelligence et cette sensibilité qui peine a s'exercer comme à se montrer autrement que comme participant d'un corps lascif et désirant, c'est-à-dire comme soumis à la concupiscence des hommes. Voilà que m'était révélée en une seule femme aimante la condition féminine qui était celle de la femme vouée (pour ne pas dire dévouée) à l'homme.

De là que les hommes n'aiment pas les féministes et ils n'ont pas tort dans le sens où le nombre des féministes se réduit au nombre des femmes qui n'aiment pas l'homme et parce qu'elles n'aiment pas l'homme ne demandent pas forcément a être aimées de l'homme. Quand il faudrait au contraire une de ces femmes aimant l'homme pour lui faire connaitre non pas seulement un corps aimant mais une intelligence et une sensibilité aimante.

Parce que si l'homme n'apprend pas à connaitre et à aimer cette intelligence et cette sensibilité de la femme il n'apprend pas bien à bien aimer la femme ni la femme qui a cette sensibilité et cette intelligence ne peut se sentir bien aimée de lui: à connaissance imparfaite amour imparfait. Il faut entendre aussi par là que cela doit passer par l'amour mais par l'amour qui ne soit pas seulement l'amour d'un corps.

samedi 29 août 2026

La prison dorée


Qui ne sent pas les barreaux de sa prison n'en est t-il pas moins en prison que celui qui les sent, mais quand l'un qui ne les sent pas ne fera rien pour les rompre, l'autre fera tout. Aussi la politique bien comprise de la société viserait à rendre les barreaux de la dite société le moins sensible comme le moins visible à tous, et l'on peut dire que la démocratie est le régime politique qui y aurait réussi le mieux.

Est-on libre pour autant? La question reste posée mais on peut la poser autrement: de combien de liberté sommes nous capables ou inversement jusqu'à quel point sommes nous capables de nous asservir aussi que de mesurer notre degré d'asservissement, on en revient aux barreaux de la prison qui pour être une prison dorée n'en serait pas moins une prison.

Qui sait si notre éducation ne serait pas qu'un long apprentissage visant à nous faire aimer les barreaux de notre prison dorée, et je l'a dit dorée parce que la plupart des détenus y seraient assez bien servis et pourvus de tout ou presque tout qu'ils n'en voudraient plus sortir, dotée comme elle est à chaque fois de plus de technologies modernes qui sont autant de moyens de communication tout en restant en prison.

Je fis l'épreuve il y a longtemps de notre enfermement volontaire et c'était quand j'étais encore agent de sécurité de la RATP, des heures mes collègues et moi passées à déambuler dans les couloirs du métro pour en assurer la sécurité, et voulus refaire surface ne serait-ce qu'un instant pour voir la couleur du jour: mais non ils étaient bien là où ils étaient, habitués comme ils y étaient.

Il est vrai que l'on touchait une prime qu'on appelait la prime des mineurs et qui devait compenser toutes ces heures de souterrain et je crois que s'il n'y avait pas de prime il n'y aurait pas de prison dorée et que ce que fait le mieux notre société c'est de faire de nous des détenus argentés, des toucheurs de primes qui compensent voire récompensent notre enfermement en son sein, de sorte que nous n'en voulions plus sortir.

Mais tout l'argent du monde ferait-il notre bonheur si nous sentions les barreaux de notre prison et, s'il le fait, n'est-il pas parce que nous ne sentons pas les barreaux de notre prison. Il ne faut pas croire que cet enfermement ne serait qu'un enfermement physique quand il est aussi un enfermement mental, on parle à cet effet de conditionnement et c'est comme l'on peut conditionner nos produits, ceux de notre société marchande.

En dehors de nos murs, ses murs plutôt, il n'y aurait pas de sécurité, et ses murs ne seraient là que pour assurer notre sécurité et non pas notre enfermement, voilà tout le discours officiel et j'avoue y être pris (enfermement mental) autant que je suis pris entre ses murs (enfermement physique) parce que j'en suis venu à aimer davantage tout ce confort matériel que la dite société assure à ses détenus dans sa prison dorée que ma liberté.

vendredi 28 août 2026

L'ouvrier à la barbe blanche


J'ai vu un ouvrier à la barbe blanche, il avait un casque et mon âge, peut-être plus, et c'est là où le bât blesse. Je ne tarde pas à entrer dans un café, commande un thé, il me faut boire: échographie oblige. Pas grand monde dans le café à cette heure où monte le monte charge à qui une armature de fer en forme d'arc brisé comme celle que l'on voit dans les églises gothiques ouvre le passage et apparaissent alors de lourdes caisses et un sac de pommes de terre qu'aussitôt un serveur vient chercher, il est tout à sa tâche. 

Voilà mon thé: il me faut boire, je paie d'avance et verse un pourboire à l'homme qui jusque-là se tenait derrière son comptoir. Il connait mon calme aussi que son travail. Remercie et puis s'en retourne derrière son comptoir qui est là où est sa place, chaque homme devrait savoir où est sa place, cet homme je ne me le représenterais plus jamais autrement que derrière son comptoir: il y est tout à son affaire.

Il y a le PMU et à la télé CNEWS la chaîne d'information en continu, il y a quelques pantalons de travail homme, verts, avec bandes réfléchissantes, ils prennent un café comme on prend une pause; leur visage n'est pas reposé, leurs traits sont tirés, et ils causent comme si de rien n'était, comme pour donner le change, mais je sais qu'ils sont au travail.

Place La Chambeaudie, Espace Santé RATP, dans la salle d'attente cet homme qui me parle n'est pas encore à la retraite, dans un an qu'il me dit et à deux jours de prendre des vacances. D'après lui les centres de santé RATP sont appelés à disparaître ainsi que le régime spécial. Il est tout à sa cause, la cause ouvrière, comme on est tout à son travail.

Je pense à ces hommes et à ses femmes au travail comme jamais je n'y ai pensé et c'est comme jamais je ne pourrais penser à moi. Cela aurait pu se faire en d'autres lieux et en d'autres temps, alors que je n'étais qu'un enfant dont la classe visitait l'usine de Doniambo près de Nouméa en Nouvelle Calédonie et ce que j'avais senti je le sens encore ici: c'est une ambiance de travail.

Son authenticité, sa vérité, l'authenticité, la vérité de ces hommes au travail, j'aurais aimé la partager, sans doute n'aurais-je pas pu mais à ce moment là je l'ai du moins voulu comme j'ai voulu Brigitte, parce que je vais parler maintenant des femmes au travail, Brigitte était infirmière et je peux dire qu'en aimant Brigitte j'ai aimé une infirmière, qui sait à quel point le travail nous définit.

Et avec Sylvie qui est devenue ma femme je peux dire que j'ai aimé une coiffeuse; j'avais divorcé auparavant d'un médecin ou plus précisément, parce qu'elle n'en avait pas encore l'expérience, d'une étudiante en médecine. Etudiant, écolier, ce n'est rien encore de bien défini, sans grande authenticité, sans grande vérité.  Armelle me dit que si on l'a prise pour ce job dans le BTP c'est parce qu'elle a de l'expérience.

Quelle prétention dans l'écriture, être écrivain c'est comme être comédien, c'est comme être bon à rien, et pouvoir tout dire comme pouvoir tout faire c'est comme ne pouvoir rien dire, tout et rien, et comme ne pouvoir rien faire, tout et rien. Pouvoir rentrer dans tous les moules c'est être rentré dans aucun moule. Quelle prétention: qui, parce qu'il n'a pas pris femme, peut prétendre prendre toutes les femmes. 

J'aime ces caractères bien trempés et c'est parce qu'ils ont trempé dans le travail, on ne triche pas avec le travail, on ne prend pas de faux airs, on n'a pas l'air d'être garagiste ou avocat: on est garagiste ou avocat, ça ne trompe pas ou si ça trompe c'est dans le cadre de son travail mais comme un personnage dans un tableau: du cadre on ne sort pas.

Je ne connais pas d'autres moi que ces moi si identifiables, si définissables, par leur travail, et comme il est difficile de faire du tourisme dans sa vie, d'être partout en visite et jamais à sa place. Trop tard pour être cet ouvrier à la barbe blanche, mais c'était trop tôt pour l'usine de Doniambo. Qui pourrait regretter cependant qu'on envoie plus les enfants à l'usine mais à l'école?

Le jaloux


Je m'imagine jaloux et comment ma raison devrait parler à ma passion et ce serait de lui dire d'abord qu'elle s'inquiète trop de personnes actuelles et supposées quand il y en a eu d'autres et d'avérées dont elle n'a cure ma passion et qui pourtant ont déjà possédé la personne désirée, ça calme tout de suite, mais il y a mieux.

C'est que nous considérons la personne quand il nous faudrait considérer la relation que nous avons avec cette personne, et nous importer non pas tant la personne que la relation que nous avons avec cette personne. Si celle-là est bonne celle-ci peut par ailleurs faire ce que bon lui semble de sa personne dont elle est seule à répondre.

Et pas devant nous puisque sa personne est sa personne tandis que sa relation avec nous qu'elle soit bonne ou mauvaise doit seule nous affecter. Ce n'est pas un distinguo subtil que celui de la personne et de la relation mais le moyen de se détacher de la passion qui est de se détacher de l'objet de la passion et comment sinon en ne considérant plus l'objet mais notre relation à l'objet.

La relation est une dynamique, l'objet est lourd, il pèse par sa gravité, aussi c'est par la dynamique que nous nous soustrayons à cette pesanteur qui est aussi pesanteur de l'être. A lui il ne faut pas être scotché quoique deux corps s'attirent, s'aimantent, aussi ce n'est que par l'esprit, c'est-à-dire par un effort de la raison que le jaloux cesse d'être jaloux.

CITATION

En parlant de l'âme Plotin écrit dans la Première Ennéade: "il n'est pas absurde qu'elle reçoive des formes, qu'elle éprouve les passions dont j'ai parlé, au cas où la raison le lui permettra…"

Plotin distingue les vertus intellectuelles qui résident dans l'âme des vertus non intellectuelles: "qui viennent de l'habitude et de l'exercice, appartiennent au composé; les vices aussi, ainsi que l'envie, la jalousie "

jeudi 27 août 2026

Meetic


Il est entendu de dire comme de penser que ce serait la liberté de la femme qui ferait peur à l'homme d'aujourd'hui, mais qu'en est-il de la liberté de la femme? Ne confondrait t-on pas cette agitation folle, cette précipitation insensée à se jeter dans tous ce que la société offre de trompe l'œil, à répondre à toutes ses sollicitations à en perdre la tête, avec la liberté.

Que l'homme alors ne veuille pas la suivre, lui emboiter le pas, ce serait plus faire preuve de raison que de couardise ou lâcheté devant la vie parce qu'il ne faut pas non plus confondre la vie avec la vie de la société ou que réclame et exige la société que l'on vive: si c'est ainsi que les femmes vivent cela ne doit pas entraîner automatiquement que cela soit ainsi que les hommes vivent.

Que l'on brandisse la liberté de la femme comme une réclame publicitaire ne doit pas faire que les hommes se rangent derrière mais plutôt suspectent, en tant qu'ils auraient un peu d'esprit critique, que cette réclame soit un leurre, et que courant derrière comme derrière la femme ils courent à leur perte qui est la perte de l'humanité, d'une humanité aimante troquée contre une humanité marchande.

La marchandisation de l'amour est passée sur Internet et ses sites de rencontres puisqu'on ne se rencontrerait plus dans la rue sans risquer de tomber pour harcèlement sous le coup de la loi tandis que l'échange tarifé, autant dire la prostitution, bat son plein. Il est cependant une autre forme de se vendre, terme que l'on accepte en matière de recherche d'emploi autant qu'en matière de recherche de partenaires sur Meetic.

mercredi 26 août 2026

Peine perdue d'avance


J'ai lu quelque part que ce ne serait pas les choses mais l'idée que l'on se fait des choses qui nous troublerait, mais l'idée même que nous nous en faisons ou que nous ne pouvons cesser de nous en faire pour ne toujours pas avoir accès direct aux choses cessent cependant de nous troubler par la moins grande adhésion que nous leur portons.

La vie que nous avons aurait sur nous un moins fort impact parce que nous ne lui laisserions pas avoir, du moins ne l'amplifierions nous pas par l'idée que nous nous en ferions ni ne nous impliquerions davantage dans ce qu'il ne nous appartient pas de penser, car souvent nous pensons ce que nous ne devons pas penser et cela vient souvent de là que nous soyons blessés par nos pensées.

J'aime cette pâleur d'un ciel qui vient à peine de se lever, on dirait qu'il a passé une mauvaise nuit; voilà encore une idée qui nous correspond plus qu'elle ne correspond à la réalité: son aspect livide n'est-il pas le nôtre et qui des deux n'a pas bien dormi qui est là pour le regarder et se retrouver en lui ce qui est bon et comme un élargissement de sa pensée ou de ses sentiments.

On communie avec la nature fût-elle indifférente à nous, la nature humaine l'est aussi, et on comprend qu'il est tout aussi absurde de lui en vouloir, que les choses sont comme elles sont, et qu'il faudrait y calquer davantage nos idées. Etre muet comme la nature est muette, seulement un peu pâle ce matin mais c'est parce que le soleil ne s'est pas encore levé.

L'artificielle société nous en a trop éloigné qui nous fait croire tout pouvoir régir par nos idées, car c'est un petit monde d'idées, de petites idées par lesquelles nous croyons pouvoir lui échapper ou pire la dominer quand il faudrait nous y faire à notre nature humaine comme à la nature tout court, nous accepter comme l'accepter, ce qui est faire avec et non pas lutter contre, peine perdue d'avance.

mardi 25 août 2026

Partout où je me retourne il y a une femme qui travaille


Partout où je me retourne il y a une femme qui travaille. Il n'en a peut-être pas toujours été ainsi mais voilà ce que je vois maintenant et d'abord quand je me retourne sur ma vie. Luisa Eugenia la première de mes femmes qui faisait médecine et que j'attendais pour aller à la plage qu'elle est fait quelques taches ménagères comme qu'elle est terminé ses études pour l'épouser.

Quel gros bourdon que je fais et que d'abeilles laborieuses j'ai connues, il y a plus près de moi aujourd'hui Armelle et ses enfants et son travail, Armelle qui va travailler dans le BTP; et la défunte que j'aidais et c'est bien peu ce que je faisais bien que je le faisais de mon mieux quand elle allait voir ses clientes à domicile après avoir fermé boutique, et que mon affection pèse peu dans la balance.

Il m'arrive de m'arrêter lors de mes marches sur Paris et c'est à Vincennes pour manger sur place et chez un chinois, quelques légumes sont exposés en devanture qu'elle vend aussi; elle a mon âge qu'elle m'a dit et aussi qu'elle a perdu son mari il y a quelques années mais n'a pas fermé boutique pour autant. Je mange et elle travaille.

Je reviens du dentiste, c'est une femme aussi et qui prend à peine le temps de manger, elle n'est plus très jeune mais est très maigre; elle y laissera aussi sa vie dans sa boutique. Elle a eu une fille, un gros bourdon est passé par là et puis s'en est allé bourdonner ailleurs comme il semble que ce soit de bonne guerre, mais il n'y a plus de temps à perdre (surtout avec un homme) et elle travaille.

Il y a aussi souvent plus de femmes que d'hommes qui courent sur les bords de Marne (il m'est arrivé de les compter), quand elles ne poussent pas des poussettes ce que j'ai très peu souvent vu les hommes faire, mais voilà il y a des choses qui nous semblent encore si naturelles de voir les femmes faire qu'on ne leur donnerait pas le nom de travail.

C'est chose courante aussi de penser que pour rien au monde elles ne voudraient perdre leur travail, que c'est un droit revendiqué et gagné de hautes luttes, mais les voilà plus que jamais dans la bagarre et on les dit de forces égales mais que les conditions sont inégales; je dis qu'il ne manque plus que ça que les conditions soient inégales quand déjà les forces ne sont pas égales et je parle des forces de travail.

C'est pourquoi je ne vois que des femmes qui s'épuisent au travail avec toujours de gros bourdons qui bourdonnent autour d'elles et qu'on appelle chefs et qui non seulement disent mais aussi pensent qu'il n'y a qu'eux qui travaillent et le pire c'est que tout le monde, et les femmes comprises, pensent que c'est vrai, qu'il n'y a qu'eux, les hommes, qui travaillent. 

Ce quelque chose qui ne dit pas son nom


On a commencé quelque chose et on ne sait pas exactement quoi ni quel nom lui donner, seulement que quelque chose venait de se terminer et que l'on pouvait se pencher dessus parce qu'avec sa fin il avait reçu sa forme définitive qui est ce que l'on croyait mais les choses ne meurent jamais en nous où elles continuent d'évoluer.

On dirait que les choses se font malgré nous et que notre participation à ces choses ne peut qu'être légère et sans grande connaissance de cause, de quoi nous reste t-il après à nous vanter d'avoir réussi ou raté si c'est en aveugle que nous avons procédé et que la chance nous ait souri ou qu'elle nous ait fait la grimace.

Et puis aimer après avoir aimer qu'est-ce que cela veut dire de l'amour et comment cela le traite sinon par l'insignifiance cette chose à laquelle pourtant on attache la plus haute importance. Cela ne sourit plus ni ne nous fait la grimace mais se rit de nous: te voilà encore une fois pris, on pourrait dire épris mais l'on n'ose déjà plus le dire.

C'est comme ces croyants que rien ne peut détourner de leur croyance comme on leur dirait que Dieu n'existe pas et ils continueraient à croire en Dieu, qu'on nous dise maintenant que l'amour n'existe pas qu'on continuerait à croire en l'amour aussi qu'on le personnifierait comme ils personnifient leur Dieu, mais voilà que le nôtre viendrait à mourir, alors on lui donnerait un nouveau visage.

Beaucoup de dieux sont morts mais la croyance aux dieux, elle, n'est pas morte, et il en irait ainsi de notre amour qui ne veut pas mourir, qui a besoin d'un objet de culte, d'adoration, de vénération, d'exultation; et nous à qui comme à quoi nous remettre ce qui est à qui ou à quoi remettre notre vie parce que nous ne sommes pas capable de la mener tout seul.

Ce quelque chose qui ne dit pas son nom j'ai appris récemment que Plotin l'avait appelé l'Un et c'est ce qu'il y a le plus humble de dire dans notre ignorance de la chose qui nous la fait confondre à toutes les choses ou toutes les choses se confondre en elle qui est bien sur nous souveraine, car le principe premier, absolu et infini qui se trouve au-delà de l'être et de la pensée est bien l'amour. 

lundi 24 août 2026

Un pied-à-terre


Une femme comme un pied-à-terre, de plain-pied dans la réalité, te descend en plein ciel des idées, beauté charnelle, vérité première de la nature humaine, innocence que l'on ne voudrait pas blesser, perversité que l'on voudrait satisfaire, matière qui est devenue matière à penser, qui sait si aussi pensée originelle et pensée pieuse et pensée du péché.

Epouser la femme c'est épouser la réalité dans tout ce qu'elle a de mouvant, de changeant, de vivant. Quand l'idée qu'on a de la femme est vite obsolète, il vaut mieux alors ne pas la suivre mais suivre la femme pour que la relation soit durable, car il vaut toujours mieux être accompagné par la femme que par l'idée que l'on s'en fait, qui fût-elle bonne n'est jamais d'aussi bonne compagnie à l'homme que la femme.

C'est préférer la matière charnelle à l'idée éternelle car c'est parce que la femme est mortelle que la femme est vivante et existe indépendamment de nous quand nos idées n'existent qu'en nous, n'ont pas d'autre existence que nous même, pas d'autre forme que nous même, tandis que notre existence n'aspire qu'à une autre existence qu'elle même, qu'à une autre forme qu'elle même.

Elle n'a que son corps, que croyons nous avoir d'autre nous autres, à offrir, et elle s'offre, quand Le nôtre ne demande que ça, mais il y a l'autre qui se croit au-dessus de tout ça; mais il ne peut pas mentir à la femme et tout ce qu'il crache est tout ce qu'il a de mieux à faire, tout le reste n'est que blablabla auquel il vaut mieux que la femme ne se fie pas.

Seules certaines femmes qui se croient aussi au-dessus de tout ça et tout ça c'est l'humanité toujours naissante, toujours gémissante, toujours geignant et frémissante, préfèreront à ce qu'elles ne considéreront aussi que comme un crachat la parole toujours trompeuse, toujours menteuse, mais qu'elles prendront pour argent comptant, parce qu'elles voudront aussi atteindre le ciel des idées, pure idéalité et vrai mensonge.

Mais une femme comme un pied-à-terre t'aura descendu en plein ciel et tu amorceras ton atterrissage forcée et c'est ton hôtesse de l'air qui t'accueillera sur terre pour te souhaiter la bienvenue. Qui sait si elle aura mis les pieds sur terre en même temps que toi ou avant toi ou après toi, mais cela n'a pas grande d'importance pourvu qu'elle y soit avec toi.

CITATION

Valéry Larbaud A.O.Barnabooth: " La femme est une grande réalité, comme la guerre. Je sais: la raison les repousse, les refuse, les nie. On nous a élevés à vivre dans les rêves et les théories, et nous crions quand la vie nous opère de nos rêves et quand la réalité trouve fausses nos théories."

dimanche 23 août 2026

L'hêtre sans racines


Je croyais m'appartenir. Et voilà une femme. Et voilà que je ne m'appartiens plus. Appartiendrais je à une femme mais alors à laquelle de celles que j'ai aimées? Simone Weil et l'enracinement. Qu'en est-il aussi de l'enracinement d'un être de chair dans un autre être de chair? Contre le déracinement prendre racine, Simone Weil ne dirait pas le contraire.

Etres déracinés qui seraient autant livrés à eux-mêmes qu'aux autres sans jamais s'appartenir ni appartenir les uns aux autres. Liberté si vanté qui serait comme un vin éventé. Hêtre des grandes forêts tempérées de mon être, en toi je me reconnais mais qui m'a dénaturé? Aussi l'animal chassé de son territoire en un autre territoire cherche à se fixer.

Homme je connais maintenant ta vérité: c'est parce que tu n'appartiendrais à personne pas même à toi-même que tu veux appartenir, c'est parce que tu n'es pas fixe que tu veux te fixer, c'est si dure d'être toi parce que tu n'as pas de toi mais en l'autre peux te trouver. Voilà ta société naturelle, voilà la société de l'homme, pas celle qui a déraciné l'hêtre, habitant des grandes forêts tempérées.

Mais ne serais tu plus qu'un grand niais épris de liberté comme on l'est de vin, énivré, ivre mort, qui ne sait plus où il habite et va titubant, à droite, à gauche, et c'est parce qu'il ne sait plus où il va; et comment le saurait-il s'il ne sait plus où il est; alors, il se dit libre d'aller où il veut, et il ne va nulle part. 

Etre sans êtres pluriel ni singulier mais qui cherche a être, être qui aurait perdu son être parce qu'il le chercherait en lui-même quand il ne peut le trouver qu'en les autres, Hêtre qui ne pourrait être que là où il plante ses racines.

samedi 22 août 2026

Un conte de Maupassant


C'était après une partie d'échecs avec mon ami R. Je lui avais si bien parlé des contes de Maupassant qu'à la télé et sur YouTube on pouvait visionner qu'il voulu qu'on en vit un ensemble. Les répliques étaient bonnes, pas moins bons étaient les acteurs, mais surtout ce qui, à n'en pas douter, plaisait à mon ami c'est qu'on pouvait rire avec Maupassant de la noblesse et du clergé.

Mon ami ne comprit pas alors que cela se termina par cette duchesse qu'on avait empoisonné et qui accepta de mourir en connaissance de cause. Il s'agissait bien de son mari et de sa maitresse. Mais elle ne voulait pas qu'un scandale de plus éclabousse la noblesse. Aussi elle exigea du médecin qui a son chevet comme un confesseur recueillait ses dernières volontés qu'il garda le secret.

Je dis alors à mon ami que Maupassant qui savait si bien décrier l'ancien régime n'en savait pas moins apprécier ce qu'en la perdant on en perdait. Opinion sans doute partagée par Valéry Larbaud, j'étais en pleine lecture de O.Barnabooth, qui parlant de la noblesse et voulant mieux la définir citait cette expression qui était tout ce qui en restait: "noblesse oblige" et c'était que la noblesse serait faite avant tout d'obligations, de devoirs.

Le sens du devoir comme le sens de la prière se seraient perdus en cours de route, ce qui est pour l'homme non pas tant s'incliner ou s'abaisser ou s'humilier devant plus grand que lui; que d'être grandi, élevé, par son aspiration à ce qu'il y a de plus pur et de plus beau, à ce qui nous transcendent ou par quoi on est transcendé. Et peu importe que cela soit plus contestable que constatable par la science.

Car ceux qui savent bien mourir sont aussi ceux qui savent bien vivre, et c'est dignement, et c'est sans s'abaisser à de vils sentiments de haine et de vengeance, sentiments mesquins par excellence, et il faut voir dans la mort de cette femme une mort exemplaire on l'on peut mesurer toute la grandeur de son amour qui est celle de son âme, de son cœur, plus que celle de son corps moribond.

Qui sait alors si après que l'homme ait connu les siècles de l'esprit il ne soit pas tombé dans ceux de la matière; si le corps n'a pas établi sur lui son empire après la démission de l'esprit. Etre bien de son corps et jouir de son corps, voilà tout ce qu'on voudrait. Mais si l'on croit que c'est le corps qui nous tient on se méprend. Et si le corps nous lâche, alors tout nous lâche. S'il n'y a de force qui ne soit que du corps.

Humanitas vulnerabilitas


Les fulgurances de l'autre dans ta vie c'est la femme, la femme comme un éclair dans un ciel d'été. C'est beau à voir mais ça peut te foudroyer ce zigzag sous la voute céleste qui en est un instant tout illuminée. Le phénomène est naturel à l'homme qui n'a pourtant cesse de s'en étonné et d'être à ce spectacle émerveillé.

Comme pour toute chose il y a l'exacte distance à tenir quand tout tend à te rapprocher. Alors, danger! Mais tu n'es pas étranger à cet animal qui s'il flaire le danger s'en écarte, excepté si en même temps il a flairé la femelle. Selon la distance gardée tu peux être hypnotisé ou brûlé, mais jamais indifférent, et c'est aussi selon que le feu brûle en toi ou en dehors de toi.

Que tu vois la flame de ses yeux et son corps et son cœur ardent c'est déjà comme cuire à petit feu. Aussi tu es cet animal que la flame attire. Poète ou contemplatif s'en tirent à moindre frais. Pour le reste il faut payer de sa vie. Donner dans la génération parce qu'à tout il faut un suivi. Tandis que les vers du poète seront lus près de l'âtre au feux mourants, de faibles braises rougeoyantes et de cendres fumantes.

Il faudrait donner un nom aux éclairs pour en avoir souvenance, c'est si vif comme une piqure d'abeille dans la chair que si ça ne couraient pas dans le ciel tu voudrais en garder tout le miel. Armelle qu'elle t'a dit qu'elle s'appelle. Mais les éclairs dans le ciel brillent pour tout le monde. Mais à qui la foudre. Qui croit connaitre son bonheur ne croit pas connaitre son malheur, et vis versa. Humanitas vulnerabilitas.

vendredi 21 août 2026

Céleste nature, je te hais


La question qui se pose à moi est comment je puis encore être attiré par la femme si je prétends l'être par le beau et par le vrai et si je constate qu'elle n'est que tissu de mensonges et fais l'épreuve de sa laideur et de sa fausseté, ou bien alors je dois constater en même temps que je suis son égal ou son pareil ou qu'elle est ou que je suis son âme sœur.

Ce n'est cependant pas cette égalité que l'on voudrait ni cette âme sœur que l'on désirerait mais il faudrait se faire à la réalité, c'est-à-dire à l'existence qui, comme vu précédemment, ne collerait pas forcément avec notre être qui cependant ne saurait se suffire à lui-même. Mais cette exigence qu'on aurait pour soi-même est-on en droit de l'avoir pour l'autre?

Et si l'on ne s'octroie sur l'autre aucun droit comment son être à notre être peut-il s'accorder? Au nom d'une liberté totale? Le laisser à son existence plutôt que le prendre à son existence? Aussi l'on ne prendrait pas femme. J'aime ces expressions toutes faites qui disent tout à fait notre état d'esprit qui demanderait a être révisé d'après cette devise: changer ses désirs plutôt que l'ordre du monde.

Mais souvent il me semble que l'autre non seulement me renvoie mais me rabaisse à l'existence, à cette existence au-dessus de laquelle je voudrais m'élever pour ne pas avoir à en souffrir, quand c'est l'appel de son être qui est toujours appel vers le haut qui s'adresse à moi parce qu'il s'adresse à moi de tout son être et c'est quand il m'aime, et c'est quand il m'aime que j'entends cet appel.

L'erreur où l'on tombe est de penser que l'on est tous les deux appelés à une existence commune quand on est tous les deux appelés par l'être qui sublime toute existence. C'est une hauteur à laquelle on aspire de tout notre être mais où malheureusement on ne saurait se tenir. Il n'empêche qu'il y en a qui sont davantage que d'autre fait pour l'existence et c'est qu'ils arrivent à taire davantage les aspirations de l'être.

Il se peut aussi qu'ils souffrent d'une espèce de surdité aux aspirations de l'être quand d'autres souffriraient de cette même surdité mais aux exigences de l'existence. Les êtres sociaux sont ces êtres que la société a fait à leur existence et leur existence pour eux, comme la vache est faite pour le pré et le pré pour la vache. Ils ne ruminent que ce que la société leur donne à ruminer et n'ont que cela en matière de pensées.

Aimer le commun des mortels serait comme aimer les vaches dans les prés et c'est qu'on ne peut être sans avoir une certaine tendresse à les regarder aussi que leurs mamelles et ce lait que l'on boirait à même la vache comme le petit veau et c'est aussi pour nous un spectacle attendrissant et le retour à l'étable promet la chaude paillasse, comment vivre sans tout ça, l'air pur, éthéré, est si froid, presque glacé. Céleste nature, je te hais.

CITATION

O Barnabooth de Valéry Larbaud: "Si l'intellectualité, l'esprit était indépendant de la matière et constituait ce qu'on appelle les Cieux? Et le maintien, l'universalité des lois physiques… Si nous portions en nous un monde plus complet, plus parfait et plus réel que celui qui nous entoure?"

Le Bob et la mode


C'est au Vieux Campeur que j'ai fait l'acquisition de ce Bob pour me protéger du soleil. Mais là où je ne voyais que protection je compris bientôt qu'il y avait aussi une certaine affectation à le porter, un manquement au naturel dans l'attitude que je pris aussi bien à le porter, une mode, un genre qu'il me donnait.

Sous ce couvre-chef je me sentis aussitôt bien et ce n'était pas que bien à l'abri du soleil qui était toute l'attribution et l'intention que je lui prêtais d'abord mais bien d'une façon moins définissable et qui touchait moins au physique qu'au mental: il semblait répondre à mon être, à l'exigence de mon être qui allait au-delà du fait de se protéger du soleil.

Bientôt je ne pus plus m'en passer, sortir sans lui était comme sortir à découvert bien que ses rebords étroits ne me protégeaient ni des rayons du soleil ni des regards que l'on pouvait darder sur moi, mais il semblait recouvrir mon être de toute une bonhommie qui me sied à merveille aussi que faire office de talisman écartant de mon chemin tout sentiment ou pensée malveillante.

Mais il y avait une raison plus lointaine et plus cachée qui me fit l'adopter et me sentir bien sous mon Bob, elle tarda cependant à me revenir car je ne possédais aucune photo de moi à quatre ou cinq ans qui est tout l'âge que je devais avoir quand sur la plage je portais un Bob. J'étais alors un petit enfant aux cheveux presque blonds et bouclés et aux yeux presque verts comme ceux de ma mère et qui jouais encore à faire des châteaux de sable.

Il serait vrai alors qu'à un certain âge l'on retombe en enfance et c'est aussi là que non seulement le Bob mais tous nos souvenirs nous renvoient et le Bob ne serait qu'un messager ou que l'avant-garde d'un mouvement qui est lui de retour au passé, c'est je crois aussi ce que l'on dit de la mode, que la mode revient et qui sait si la mode du Bob n'est pas en train de revenir.

L'être et l'existence


Je ne peux pas me soutenir par tout ce qui tient à mon existence dit l'être parce que mon existence n'est pas pérenne. je dois donc en appeler à tout ce qui peut transcender mon existence ou me permettre de la transcender et c'est en avoir une idée plus grande que ce qu'elle se montre être à mes yeux et ne m'aide en rien parce que m'abaisse en tout et m'ôte ainsi à l'existence avant de l'avoir vécue.

Aussi je me veux noble dans mes sentiments, noble dans mes pensées, noble dans mes actes, parce qu'en tout je me sais vil si et quand je me laisse aller à mon existence; aussi mon existence je la veux transcender par l'idée que s'en fait l'être que je suis; de même pour ne pas être abattu par la laideur il tend vers le beau ni par le mensonge il tend vers la vérité, tout deux que je sais n'être pas de ce monde.

Il n'est pas nécessaire pour autant que je les pense d'un autre monde mais bien comme ce qui en ce monde plait à mon être qui est conscience d'être et par conséquent ne peut se suffire d'une existence qui ne satisferait pas aux conditions de son être, qui n'en remplirait pas tous les paramètres. Il y aurait donc d'une part les limites d'une réalité auxquelles d'autre part mon être se trouverait confronté mais ne pourrait se résoudre.

Mais ce n'est pas folie des grandeurs mais folie que de vivre sans grandeurs. Je tombe si je ne suis pas appelé vers le haut. Tout le poids de l'existence me tombe dessus, m'écrase. Comme je sens en tout la pesanteur. Et comme il est bon aussi parfois de se sentir pousser des ailes. Certes, ça ne dure pas, mais qui sait laquelle des deux est notre condition première: celle à laquelle on se sent appelée ou celle où l'on vit et finit par être terrassé.

Je ne peux vivre là où je vis, voilà ce que dit l'homme quand l'animal vit là où il vit, parce que l'être qui est conscience d'être n'est pas conscience d'un ici et maintenant; l'ici et maintenant c'est l'existence, ce n'est pas l'être, à l'être il lui faut beaucoup plus que cette existence limitée et c'est de tout son être qu'il se soustrait à ces conditions d'être limité qui est ce à quoi on voudrait limiter son être mais n'est pas son être sinon son existence.

De confondre les conditions de l'existence avec les conditions de l'être conduit à l'erreur de penser qu'il suffit à la société de satisfaire aux conditions de l'existence pour satisfaire aux conditions de l'être. Pourtant les croyances de l'être aussi que ses aspirations vers le beau, le bon, le vrai, n'ont cesser de dénoncer combien il échappe par elles à son existence qui par conséquent ne peut le satisfaire.

jeudi 20 août 2026

On est que locataire sur terre


Je lançais comme on lance une boutade: "on est que locataire sur terre". Et quand il me revoyait, qu'on tournait ensemble en équipe de jour ou de nuit, un agent de sécurité de la RATP que cette phrase avait alors plus marquée que moi me la rappelait quand je l'avais déjà oubliée et c'est sans doute à lui que je dois d'en approfondir et saisir maintenant toute la portée.

J'entendais bien sûr que l'on n'est pas propriétaire sur terre mais je ne crois pas être allé alors jusqu'au bout de ma pensée sinon de m'être arrêté à tous ces biens meubles ou immeubles qu'il ne m'intéressait pas d'avoir et c'était sûrement faire contre mauvaise fortune bon cœur, mais de là à penser que ma vie ne m'appartenait pas comme qu'il ne m'appartenait pas d'en jouir égoïstement j'étais bien loin.

Quand je tirerais aujourd'hui tout ce qu'il y a de faux à penser ainsi, c'est-à-dire que notre vie nous appartient comme nous avons coutume de penser que nous appartiennent les choses. C'est que nous avons tous été élevés, éduqués, en propriétaires, et à penser et à agir en tant que tel, ce qui est une erreur eu égard au nombre de ceux qui n'ont rien mais encore croient-ils posséder leur vie et en jouir comme propriétaire.

Comment ne pas penser autrement et pensant ainsi ne pas agir autrement que comme on agit et souffrir comme on en souffre de ne pas pouvoir en jouir égoïstement, quand nous mêmes, à bien y regarder, nous ne la voulons pas pour nous sinon pour notre femme, pour nos enfants, si nous les aimons, et si nous aimons ce que nous faisons alors nous sommes aussi tout à ce que nous faisons. Je n'avais pas encore penser la vie comme sacrifice.

Et si nous sommes contrariés c'est que le mode de société où nous vivons contrarie la nature même de la vie qui est sacrifice. Il n'est que d'ouvrir les yeux sur la nature, mais nous les fermons sur la nature pour les ouvrir sur la société, or les lois qui semblent régir la société ne sont pas les lois qui régissent la nature mais celles qui en feraient notre propriété: des lois de propriétaires. 

Le sens de la vie


Que notre vie nous appartienne nous ne sommes pas moins pressés de la donner. Ne faisons nous rien que nous sommes pressés de nous donner à quelque activité. Sommes nous seul que nous sommes pressés de ne plus l'être, c'est que nous voudrions nous donner à quelque être et ce n'est pas seulement que la chair est faible mais que l'esprit l'est aussi.

Patrick Humbert, qui est parti tout seul et revenu tout seul de Nouvelle Zélande, d'Afrique du Sud et de je ne sais encore combien de pays où il n'a eu d'autre compagnie que la sienne, et c'est qu'il se suffit à lui-même, qu'il a sa vie à lui. Mais ce n'est pas, détrompez-vous, qu'elle est tout entière occupée de lui-même car il n'y a pas esprit plus ouvert et plus curieux que le sien.

Mais voilà, nous ne sommes pas tous Patrick Humbert, non plus que milliardaire, c'est que je pense à un autre écumeur des mers (et des terres) qui se faisait appeler Barnabooth et n'était autre que l'écrivain français Valéry Larbaud tout aussi seul qu'a pu l'être dans la vie le philosophe Nietzche mais beaucoup plus heureux. Aucun cependant n'a atteint le nirvana ni un contentement de soi ni une vie meilleure.

C'est en quoi j'en reviens à penser à cette idée de sacrifice, que la vie n'est bonne que sacrifiée, ce qui va à l'encontre de l'idée de ce que l'on s'en fait mais peut-être pas de ce qu'elle est: sacrifice. Alors la sacrifier à une femme ou à un travail, peu importe, mais la sacrifier. Et pour la sacrifier il faut aimer son sacrifice.

Valéry Larbaud comme Nietzche il n'y a pas de doute l'on sacrifié à leur œuvre. Patrick Humbert est des nôtres en cela qu'il la sacrifie sans savoir qu'il la sacrifie et à quoi il la sacrifie; il a comme nous cette idée d'en profiter qu'on dit égoïste quand en réalité on ne peut en profiter qu'en étant généreux de sa personne et de son temps, les deux courant au sacrifice.

Je sais seulement que Patrick la sacrifie mais pas à quoi comme j'ignore à quoi je sacrifie ma vie et il en est ainsi de tous ceux qui ne pensent qu'à en profiter et ignorent à quoi ils la sacrifie. Les nihilistes aussi que les existentialistes qui ont refusé ou trouvé que cette vie n'avait pas de sens n'ont pas non plus trouver le sens du sacrifice qui est le sens de la vie.

mercredi 19 août 2026

Le monde des corps


Qu'il y ait un corps qui me plaise et me voilà par ce corps non seulement renvoyé à mon corps mais aussi à tous les corps qui pour moi se mettent alors à exister, comme entre ce corps qui me plait et le mien. C'est le monde qui alors pour moi se remplit de corps jusqu'alors pratiquement inexistants en cela que je ne me sentais pas attaché à la vie de ces corps ainsi que me semblais me détacher du mien.

Et voilà que c'est elle la femme qui m'y rattache comme le cordon ombilical rattache l'enfant à la mère à laquelle il tient encore , voilà que tout ce qui m'attache à la femme m'attache au corps auquel je croyais n'étant plus un nourrisson m'être détaché. Quand c'est maintenant un lien invisible qui remplace celui qui a été coupé qui me rattache toujours au monde animal.

C'est parce que je tiens encore à la femme que je suis encore tenu par la femme et par ce lien devenu maintenant invisible mais pas moins pour autant physique. J'ai eu ce geste de caresser son ventre et c'est bête quand j'y pense parce que c'est de là que je viens et c'est de là que je viens où toute ma sensualité et la sienne se concentre et y est comme retenue. Qui sait si c'était pour y sentir la vie, une vie attachante.

C'est encore une vie mortelle parce qu'attachée au corps d'où cette angoisse vitale mais aussi aimante et poignante qui nous saisit au contact de ce ventre qu'on pourrait voir comme le ventre du monde, de notre monde humain fait de ces corps qui sont les nôtres dotés de cette force centrifuge aussi que centripète parce que nous nous y attachons mais aussi nous en détachons, y sommes attirés mais aussi expulsés.

On peut voir aussi les corps s'entre-dévorant et vouloir échapper à ce cannibalisme, ne pas vouloir être dévoré par ce corps que l'on dévore déjà des yeux, parce que l'on est dévoré autant que l'on dévore. Armelle a parlé d'être apaisé mais n'y a t-il d'être apaisé que repu? Il est vrai que j'ai senti son ventre et que je n'ai pas encore senti sa faim.

Le style c'est l'homme


J'ai un ami qui n'écrira jamais parce qu'il sait trop bien ce que c'est que bien écrire mais ce que cet ami ne sait pas c'est que l'on écrit pas avec cette intention là qui est de bien écrire ni même celle de dire quelque chose de bien sinon que l'amour de l'écriture c'est comme l'amour tout court: c'est lui qui nous porte et il y aurait mille manières d'écrire comme il y aurait mille manières de faire l'amour.

Chez certains on verrait toute l'expérience qu'ils en ont et on les aimerait pour cela, quand chez d'autres on verrait toute l'innocence qu'ils ont dans cette même pratique et on les aimerait aussi pour cela. De Valéry Larbaud on dit, je sais, que c'est un écrivain qui écrit pour des écrivains et ce serait dire pour des amoureux de la littérature quand avec lui je nage dans la vie comme dans une eau limpide qui est son style.

Est-ce entendre par là qu'un écrivain doit tout à son style, ce qui est moins à ce qu'il dit qu'à comment il le dit, et que le plus brute des hommes c'est encore à cela qu'il goûte quand il lit même s'il n'en retiendra que le côté anecdotique qui est ce que l'on y raconte dans son livre. J'ai lui tant de livres dont j'ai oublié l'histoire mais je saurais encore dire s'ils m'ont plu, oui! l'histoire est anecdotique.

On ne se tromperait pas alors en disant que le style c'est l'homme mais on n'irait pas assez loin: le style c'est l'homme qui écrit, il n'écrirait pas sans style. Il se trouve cependant parmi mes amis qui affirme que je n'ai pas de style ce qui me met au rang d'écrivains dont ils ignorent jusqu'au nom et que je tairais ici par modestie, mais s'ils savaient que c'est le style qui commande à l'écriture ils ne diraient pas une telle ineptie.

J'ai dit l'amour, j'ai dit l'écriture, j'ajoute qu'il y a peu de pratiques où l'homme se trouve engagé tout entier et c'est pourquoi une fois qu'il y a goûté il ne peut plus s'en passer, car jamais autant qu'en elles il n'a existé et cette existence c'est sa signature ou son style, ce qui me renvoie à cette tirade du nez de Cyrano de Bergerac qu'aimait tant à faire mon ami R: "Ah! non! c'est un peu court, jeune homme!

Eh bien oui, c'est un peut court et les femmes peuvent me le reprocher et les hommes qui me lisent peuvent me le reprocher comme on peut reprocher à quelqu'un son style; mais c'est pour faire bref que j'aime Alain et Montaigne et Pascal et tant d'autres qui n'écrivent pas des romans fleuves mais ont des propos que l'on peut tenir pour anodins et reprocher qu'ils ne tiennent pas la longueur quand ils ne peuvent être autrement vivants.

mardi 18 août 2026

La volonté et nous


Pour le philosophe Baruch Spinoza, le libre arbitre est une pure illusion. Les êtres humains se croient libres parce qu'ils ont conscience de leurs actions et de leurs désirs, mais ils ignorent totalement les causes profondes qui les poussent à vouloir et à agir. Voilà pour ce qui est de notre libre arbitre dont nous ne sommes pas peu fier, mais si ce n'était que cela.

Mon ami R et moi parlions de femmes pour changer, "para variar", disent les espagnols, et il faut entendre par là tout le contraire, et c'est que nous en parlons souvent ces derniers temps où l'un comme l'autre nous nous sommes retrouvés sans femme. On dit de l'amour que moins on le fait plus on en parle. Eh bien, il en irait de même avec les femmes: moins on en a plus on en parle.

Mais tandis que c'était la deuxième qui nous avait quitté nous parlions de la première à nous avoir quitté et c'était pour la même raison qu'elles ne voulaient pas de nous dont elles avaient voulus dans un premier temps, et pour un autre qu'elles avaient voulu dans un deuxième temps, tandis que l'un comme l'autre aurions voulu faire toute notre vie avec elles.

C'est qu'après le libre arbitre dont nous nous réclamons il y a cette volonté, notre bon vouloir, c'est-à-dire que nous croyons bons pour nous, quand tout ce que nous allons nous dire à propos de nos ex femmes respectives tendraient à prouver le contraire. Et c'est à mon ami qui a toujours bon pied bon œil de me parler de ce bellâtre qui lui a ravi sa femme et de ce qu'il est devenu.

Si elle l'avait su l'aurait-elle encore voulu à lui, le bellâtre, plutôt qu'à mon ami. Il a la maladie de Parkinson, me dit mon ami. Et c'est parce que de la mienne de première femme que j'avais tant aimé et avec qui tant voulu rester jusqu'à la fin de la mienne de vie, que je lui dis, j'avais appris récemment qu'elle souffrait depuis plusieurs années du cancer du sein.

Ce qui est à souhaiter pour Notre père qui est aux cieux ne serait donc pas bon à souhaiter pour nous et c'est que notre volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Non, et si il y a un notre père il ne nous l'a heureusement pas souhaité. Serions nous alors assez bêtes pour vouloir avec autant de force qu'à notre jeune âge, mon ami, car il n'y a pas quelque femme encore que nous ne voudrions faire nôtre.

Les femmes et nous


Je crois pouvoir dire sans risque de beaucoup me tromper et en considération de ma propre personne aussi que de toutes les autres que je connais ou aie pu connaître au cours de ma vie et de mon séjour sur terre qui commence à compter pas mal d'années que la plus grande entreprise des hommes, celle qui leur tient le plus à cœur, c'est la femme, et qui sait, mais je ne peux pas parler en leur nom, si la plus grande entreprise des femmes, celle qui leur tient le plus à cœur, ce n'est pas l'homme.

Et pourtant il me semble, bien que j'aurais dû avant de me prononcer là-dessus faire ce que les universitaires appellent l'étude de la question, que le sujet est très peu et très mal traité socialement parlant. Je n'aurais en tout cas reçu sur lui que ces propos parfois grivois que les hommes peuvent s'échanger sur les femmes et qu'il ne m'intéresse pas ici de rapporter car ils n'iraient ni en l'honneur des uns ni en l'honneur des autres, pas plus qu'ils ne diraient rien qui puissent apporter à la connaissance des uns comme des autres.

C'est qu'ils sont fait de sentiments et de ressentiments, de méconnaissances plus que de connaissances, de préjugés plus que de bons jugements, c'est cependant avec ce peu de bagages intellectuels que l'homme doit entreprendre la femme sur laquelle il continue à faire reposer son bonheur plus que sur toutes autres choses qui viendraient en second. Il n'empêche que sur ces toutes autres choses il est formé comme il l'est à un métier et ce peut être aussi à toutes pratiques contribuant à son loisir ou à son bien être.

On ne rangerait donc la femme dans aucune de ces catégories comme si elle ne méritait pas sa place dans la vie de l'homme. J'ai entendu par exemple parler de la répartition des richesses mais jamais de la répartition des femmes comme si elles ne constituaient pas une richesse pour l'homme. Mais ne dit-on pas d'un homme sans femme: le pauvre homme. Et si je n'avais fait un bref séjour dans le Pacifique, en Nouvelle Calédonie, je n'aurais jamais su qu'en des temps reculés elles, les femmes, faisaient l'objet d'un marchandage et d'échanges entre les tribus comme on peut le faire aujourd'hui de marchandises et en parler comme on parle aujourd'hui en économie de régulation des flux.

Bien sûr, il y a à la télé Le bonheur est dans le pré, et les agences matrimoniales, et certains sites affectés à cet effet, mais ce n'est là que traitement à la petite semelle, et privé non public, l'on n'en fait pas une affaire d'Etat. Les tribus dites primitives si on peut leur en vouloir de la façon dont elles pouvaient considérer les femmes on ne peut pas leur enlever qu'au moins elles les prenaient en considération, en faisait une estimation, en appréciait la valeur et pas seulement économiquement mais socialement, ce en quoi les femmes pouvaient participer au bonheur ou équilibre des hommes de la tribu.

Il est un temps en effet où l'on ne parlait pas tant de bonheur que d'équilibre quand beaucoup d'hommes sans femme aujourd'hui semblent justement avoir perdu leur équilibre, mais si la balance de l'équilibre des paiements est assurée voilà l'Etat, le pays, rassuré. Pourtant une guerre qui, si elle n'est plus tribale reste sans merci, continue à se livrer pour la femme, et il serait plus juste de dire dont la femme serait toujours le butin, que l'on s'étonne alors de la brutalité du ravissement ou des ravisseurs quand on n'a rien fait pour en arranger la pratique serait pure hypocrisie sociale. A retenir il y  a quelques années cet article dans la presse sur le droit de cuissage à la RATP. 

On en serait donc toujours au temps des seigneurs en matière de femmes quand tout autre domaine traité par la société ou civilisation du progrès ne pourrait qu'évoluer, c'est-à-dire de façon civilisée et non sauvage, sans compter que les dits sauvages par la prise en considération, même si mauvaise, qu'ils avaient des femmes, le traitement politique et social et non pas seulement économique qu'ils en faisaient, pourrait les mettre au rang des civilisés et nous les dits civilisés au rang des sauvages.

C'est d'une femme que je tiens que des femmes qui manqueraient de tout seraient à nouveau prêtes à se livrer aux hommes pour une bouchée de pain, ce ne sont pas là des courtisanes mais des femmes du peuple pour qui nécessité fait loi. On croyait, petits bourgeois que nous sommes être rendus au temps de l'amour quand l'amour reçoit son traitement le plus brutal et cela parce qu'il n'est pas pris au sérieux, parce que l'amour ce ne serait pas sérieux, quand il n'y a pas entreprise qui tienne plus à cœur les hommes comme les femmes et contribuerait pour autant le plus à leur bonheur comme à leur équilibre.

lundi 17 août 2026

Tout son homme


Je me suis laissé aller à dire que le monde est beau dans son activité et que c'est ce qu'il plait à regarder. Et que c'est un beau gâchis quand on sait que peu trouvent le bonheur dans le travail, que le mot même de travail indique qu'il y a une contrainte à le faire. Mais les hommes se retrouvent bien bêtes quand ils n'en ont plus, à ce point que beaucoup n'ont de hâte que d'en retrouver.

Il faut être malade autrement et s'il y a de plus en plus de malades du travail il faut s'interroger sur la cause qui est le travail, pas l'homme. Qui croit lui préférer les vacances ne les lui préfère qu'un moment, qu'elles viennent à durer et il finit par s'y ennuyer, à vouloir reprendre son activité. On ne sait pas à quel point c'est de son travail qu'on vit. De le faire pour faire de l'argent c'est à quoi on l'a réduit et pourquoi on ne s'y retrouve pas, pas tout entier en tout cas, et il est comme nous morcelé.

Armelle reprend mardi. On se reverra samedi qu'elle a dit. Cependant voir Armelle dans son travail est peut-être ce qu'il y a de plus beau. Qui aime voir les touristes. On voit bien qu'ils ne savent pas quoi faire de leur temps ce qui les poussent à acheter n'importe quelle babiole comme à aller au pied de la Tour Eiffel quand c'est de loin qu'elle fait son effet. 

On est tout entier à son travail où on n'y est pas. Et c'est l'homme tout entier à son travail qui plait à voir et il plait à voir parce qu'on le voit tout entier. Le touriste n'est pas à mes yeux un homme que je vois tout entier et c'est pourquoi il ne peut pas plaire à mes yeux de le voir. Armelle a dit qu'on irait à un ciné où à une expo samedi. Ce ne sera donc pas sur son lieu de travail que je la verrais.

Quand le travail serait même le seul lieu où l'on pourraient se rencontrer tout entier si l'on était tout entier à son travail, mais on ne l'est pas ou plus, on dit même être aliénés, que le travail nous aliène, qui est qu'il nous rend étranger à nous-mêmes: l'étranger ne serait plus seulement le touriste. On se retrouvera samedi avec les touristes, tous oisifs, mais Armelle reprendra le lundi d'après sa semaine de travail.

J'aurais vu Armelle, ce qui m'aura j'espère évité de voir les touristes qui en ce mois d'aout doivent être nombreux à Paris. Ils ne différeront en rien de ceux que j'ai vus à Barcelone. Ils n'ont pas de lieux sinon les lieux touristiques et tout devient lieu et prétexte à faire du tourisme ce qui n'est pas un enrichissement ni pour le pays ni pour la personne sinon la richesse du pauvre, du clinquant, du tape à l'œil, pas de quoi nourrir son homme, de quoi nourrir son homme tout entier puisqu'il ne peut pas y être tout entier comme il semblerait il ne peut plus être non plus tout entier à son travail qui non plus par conséquent ne nourrirait plus tout son homme.

Le veuf


Homme qui devrait encore prier pour la défunte ne te mets pas à genoux devant une autre femme, si tu n'as pas la force de tenir debout tout seul qu'elle te soit encore donnée par celle qui n'est plus. Et s'il n'y a pas de honte à aimer qu'un amour futur ne te fasses pas désapprouver un amour passé, aussi ta face qui est tournée vers le passé ne doit pas être désapprouvée par ta face qui est tournée vers l'avenir.

Si ton cœur s'ouvre à un autre amour qu'un coin de ton cœur serré ne t'en fasse pas désespérer. Tu ne peux plus qu'aimer dans la dignité. A moins que tu es la mémoire courte. Il faut savoir souffrir comme il faut savoir aimer. Et c'est toujours prier. Silence. Eternité. Il y a toujours qui est sacrifié. Et seul qui a aimer sait aimer.

Il faut accepter l'amour comme il faut accepter la mort, et aimer plusieurs fois c'est mourir plusieurs fois. Mais la peine, la peine et le tourment va au vivant. Laisse cependant la défunte là où elle est et repose en paix. Pour elle tu t'agiterais en vain. Et rends toi seul sur l'autel de l'amour s'il y a qui réclame ton cœur comme le bourreau réclame une tête à couper.

N'y va pas en riant pas plus qu'en pleurant, mais la tête haute comme qui connait et accepte son sort, inutile de jouer la comédie si tu as le sens de la tragédie, l'amour comme la mort est de la plus haute exigence à laquelle il t'est demandé de répondre sans te mettre à genoux car si c'est une prière c'est une prière qui se fait debout.

Et tais toi maintenant, j'en ai marre de t'entendre. Seulement les battements de ton cœur me diront que tu es vivant. Qu'il batte fort. Encore plus fort. Qu'il couvre ta voix. Qu'il couvre toutes les voix. Que le monde soit un immense battement de cœurs battants à l'unisson. 

dimanche 16 août 2026

Tu es ton corps


Il n'y a pas toi et ton corps, tu es ton corps! Qu'on s'y jette dessus comme sur un matelas de chair. Qu'importe, tu n'y étais pas que tu disais. Erreur! Tu es ton corps! Sinon autant le donner aux chiens, autant être une chienne. Tu es ton corps! Tu n'es pas une chienne. Mais c'est ainsi que parlent les hommes des femmes qui donnent leur corps: "Quelle chienne!"

Il aurait suffit que tu entendes: Tu es ton corps! pour ne pas qu'on te passes dessus parce que tu n'es pas autrement à te laisser faire, à te laisser passer dessus. Mais non, parce que la société dissocie le corps de l'âme et dévalorise le corps, tu dissocies ton corps de l'âme et dévalorise ton corps qui serait alors comme un corps sans âme.

Aussi tu crois pouvoir me dire ce que tu as fait de ton corps en ajoutant que tu n'y étais pas parce que, peu importe si ton cœur ou ta tête ou ton âme, n'y étaient pas; quand tu es partout où est ton corps et nulle part où il ne se trouverait pas. Si c'est un plaisir c'est un plaisir partagé. Si c'est une souffrance c'est une souffrance partagée. Et ce qui a marqué ton corps a marqué ton âme. Et les habitudes de ton corps sont tes habitudes.

C'est comme celui qui dirait à qui il a giflé: c'est pas moi c'est ma main. A ton tour tu ne peux pas dire: ce n'est pas moi c'est mon corps, tu es ton corps! Ce qu'a fait ton corps tu l'as fait. Ce n'est pas comme une chose indifférente à toi, comment alors pourrais tu rester indifférente à lui. Mourir à son corps c'est mourir à soi parce que tu es ton corps.

L'homme et sa condition


La condition fait l'homme, non, elle fait le troupeau, bêlant ou meuglant. L'homme qui ne peut être que libre est l'homme qui s'élève au-dessus de sa condition mais ce n'est pas encore le mot juste car comment pourrait-il s'élever au dessus de la condition que l'on considèrerait la plus élevée; il vaudrait mieux dire sans avoir peur des répétitions qu'il n'est homme qu'à condition qu'il échappe à sa condition.

Au cas contraire il n'est pas libre et n'étant pas libre il n'est pas homme. Je m'insurge contre ma condition de consommateur dit l'homme plutôt que j'épouse ma condition de consommateur, jamais il ne veut être réduit à sa condition; Il a une condition comme on a des chaines mais doit être libre dans ses chaines ou ses chaines ne pas l'enchainer. 

Mon homme n'est pas celui qui fait le troupeau, le troupeau a préexisté à l'homme, je vois mon homme d'abord vivre en troupeau puis petit à petit avec le temps, qui fut un temps animal, s'en détacher, devenir homme. Mais je vois aussi et trop souvent mon homme revenir au troupeau et bêler et meugler. Il est un temps de l'homme qui n'est pas le temps du troupeau mais il est aussi un temps du troupeau qui n'est pas le temps de l'homme.

J'entends qu'il ne peut y être heureux sinon en troupeau et je n'aimerais pas que cela soit ainsi qu'on l'habitue à l'être heureux, qu'on l'y éduque, qu'on l'y façonne, qu'on l'y conditionne, que l'on dise que la condition fait l'homme quand elle en fait au mieux une bête sinon une machine fût-elle intelligente si elle n'exerce cette intelligence que d'après ce que lui commande sa condition.

Parce que je suis pauvre que l'on cesse de voir en moi qu'un pauvre et si je suis riche que l'on cesse de voir en moi qu'un riche comme si je suis ouvrier qu'on cesse de voir en moi qu'un ouvrier et si je suis patron qu'on cesse de voir en moi qu'un patron; mais d'abord il faudrait que je cesse moi même de ne me voir qu'en pauvre ou riche, qu'en ouvrier ou patron, mais en homme qui n'épouse pas sa condition, n'y est pas pris mais y échappe. 

Que l'on entende après le bruit de mes chaines qui est le bruit de ma condition mais que l'on n'en soit pas assourdi au point de ne pas entendre au-dessus de leur fracas la voix de l'homme qui clame sa liberté qui est qu'il échappe à sa condition comme on échappe à ses chaines fussent-elles en or, qu'elles ne parlent pas pour lui mais que c'est lui qui parle.

samedi 15 août 2026

Si nous n'y étions pas jetés...


Dans la vie, si nous n'y étions pas jetés nous ne nous y jetterions pas. Aussi que nous nous jetons dans l'amour et c'est avec précipitation, et c'est que notre intelligence n'y participe pas. Après quoi nous nous disons quand même des êtres intelligents et nous le sommes en effet en tout ce qui ne touche ni à la vie ni à l'amour.

C'est ce qui est plus fort que nous: l'amour, la vie, et qui par conséquent nous emportent. On pourrait dire par là qu'on est emporté par nature puisqu'on est vivant et que l'amour porte à des summums d'emportements, que la vie est comme un courant qui passe par nous et s'accélère par moment. Que l'on peut suivre ou ne pas suivre et c'est souvent pareil de dire: que l'on veut suivre ou ne pas suivre.

Mais comme l'on y est jetés et qu'ensuite il nous porte et nous emporte avec notre consentement comme malgré nous et c'est que nous disposons de notre être mais pas de la vie et pas de l'amour et que cet être s'avère bien impuissant contre des forces qui le dépassent et dans lesquelles il se trouve jeté aussi que bientôt immergé il lui faut suivre.

Mais suivre sans précipitation serait le maitre mot et le début de la sagesse surtout si l'on sait où cela nous conduit à tous inévitablement qui est ce que la vie comme l'amour nous réserve et ce n'est pas que finalement mais entre-temps aussi. Et si nous ne sommes pas pressés d'en finir pourquoi serions nous pressés de commencer quand toute hâte, hâte vers la fin.

Mais nous sentons le courant d'autant plus que nous lui résistons et d'autant plus que nous lui résistons nous sentons qu'il nous emporte et c'est toujours, comme dirait un certain philosophe, la même eau, c'est-à-dire la même vie, c'est-à-dire le même amour, et aussi jamais la même eau, et aussi jamais la même vie, et aussi jamais le même amour.

Et c'est vouloir se donner le change, et c'est vouloir se duper, parce qu'il reste à faire que notre intelligence y adhère, j'entends que notre être y adhère, celui qui dit: "je pense donc je suis" et qui est amené a exister sans penser, ce qui est encore vivre ou aimer. Mais si celui qui souffre ne veut qu'être consolé le sage ne veut lui qu'être apaisé.

La rechute


Tout est une question de hauteur, de hauteur de vue. A tout ceux qui ne peuvent s'élever spirituellement il reste l'avion qui les élèvera physiquement et ils verront comment tout leur apparait autrement, qu'il n'y a rien de plus beau que les vues du ciel. Ce petit cours d'eau fétide d'humanité sordide comme il est beau vu du ciel.

Et surtout bientôt on ne le voit plus sinon toutes ces lumières dans les cités qu'on peut voir la nuit encore de très haut et on peut avoir alors à la bouche le mot de société et lui trouver un goût moins amer, il est comme les étoiles, c'est un ciel retourné, on est dans l'espace ou chaque point est un point lumineux et qui scintille et qui nous fait comme un clin d'œil complice.

Il n'y a plus un homme ou une femme mais des hommes et des femmes comme il n'y a plus une maison mais des zones d'habitations, plus une montagne mais une chaîne de montagnes, et que c'est beau de voir tout ce monde ensemble qu'on le dirait harmonieux, on se prend alors à penser qu'on y est heureux et quand remettant pied sur ce sol qu'on a quitté on pourra enfin toucher au bonheur.

J'étais dans mes lectures comme on peut être dans les nuages et c'est ce qu'ici bas on m'a toujours reproché: de ne pas atterrir. C'est toujours une tour d'ivoire qu'un livre ou que les livres qui vous donnent cette vue d'en haut qui est si belle à voir, le tort qu'on a cependant c'est de la croire vrai comme de la croire faux: c'est une question de point de vue, on ne se situe pas à la même hauteur, c'est tout.

J'ai vu cette femme, elle m'a ramené sur terre et il y a longtemps que je n'y avais pas été car j'avais été dans mes livres mais je n'ai pu rien lui rapporter du ciel, ma vision des choses aurait été trop déplacée, pas assez terre à terre, trop dans les nuages, et j'en aurais encore souffert, alors je l'ai écoutée me parler de quelques hommes et de quelques femmes et m'en dresser un portrait déplorable.

Elle voyait de trop près les choses, elle avait le nez collé contre la réalité, elle s'y collait aussi comme se collent les mouches et moi même je redevenais une de ces mouches que bien à tort j'avais cru cessé d'être et j'aurais aussi voulu me coller à elle qui m'attirait comme on s'attire tous autant qu'on se répugne tous et à nouveau je m'empêtrais dans cette glue dont je croyais m'être extrait à jamais, avoir pris suffisamment de hauteur.

Et ce fut une rechute pas un atterrissage en douceur. Elle exprimait et j'exprimais toute ma douleur à être et c'était être de plein pied avec les êtres. L'utile, le nécessaire, le plaisir à l'état brut, cette sauvagerie à vivre où il domine où il écrase où rien ni personne ne lui est épargné mais où chacun doit y répondre en fonction de ses moyens et de ses forces, tout ça me retombait dessus ou je retombais dans tout ça.