jeudi 24 septembre 2026

Ni insecte ni araignée


Qu'on est la société, que la société n'est pas quelque chose d'indépendant de nous ni nous d'indépendant d'elle, qu'on en parle la langue, qu'on en a les habitudes, les idées ou opinions; voilà à peu près tout mais pas tout ce que mon ami en dirait car il en sait plus long que moi sur la société, et cependant que j'en conviendrais avec lui, et acquiescerais à tout ce qu'il pourrait m'en dire d'indubitable, je lui répondrais par cette simple et seule image qui peut être reçue de tous.

Pensons la société comme une toile d'araignée et qu'il y ait tant de sociétés que de toiles d'araignées et ceci en autant de coins et de recoins que l'on puisse imaginer, aussi que du peu de place qu'elles peuvent occuper déjà dans une maison, alors que dire dans l'univers incommensurable. C'est donc de l'infiniment petit que l'on parle mais qui à l'échelle humaine se donne et présente comme si grand et si important.

Eh bien, pensons maintenant que la plupart d'entre nous ne sommes pas bien différents de cette multitude d'insectes qui viennent se prendre dans ces toiles d'araignées et que ces araignées en question et en nombre beaucoup plus réduit que nous soient cependant les maitres du monde aussi qu'ils se disent l'être quand ils ne le sont réellement que des toiles qu'ils ont tendu et leur puissance de nuire se limitant à elles, pour ne pas dire à nous.

Si les insectes y sont pris les araignées ne s'en tiennent jamais trop éloignées car à ses prises elles sont intéressées, quand il leur faudrait y être indifférent pour prendre une réelle distance vis à vis de la toile et c'est en cela que l'on peut dire sans risque de se tromper qu'elles y sont aussi prises avec nous. Ainsi mon ami aurait raison quand il dit que tout le monde est pris ou compris dans la société.

Je voudrais néanmoins lui communiquer sans plus tarder mon positionnement (GPS) par rapport à ladite société parce qu'il ne m'y verra ni comme insecte ni comme araignée et pourrait s'en étonner. C'est que je ne voudrais ni nourrir les araignées maitres de ce monde (à les en croire) ni étant avec eux me nourrir de tout ce qu'ils se nourrissent. Aussi je m'en tiens aussi éloigné que possible, des uns comme des autres, ce qui est chose aisée et naturelle à qui n'est ni insecte ni araignée. 

mercredi 23 septembre 2026

L'amour d'Armelle


Les femmes qui ont vu beaucoup d'hommes sont pareilles à ceux qui à la guerre ont vu beaucoup de morts au point d'y être insensibles; aussi bien l'on pourrait parler de l'insensibilité du métier de pute. Mais dans le personnel hospitalier habitué a côtoyer beaucoup de malades certains ne s'y font jamais qui ne sont pas bons pour le métier, quand la plupart prenne la tournure ou l'habitude qui pour l'usage est donnée comme bonne.

Il n'est pas sûr pour autant qu'elle soit bonne autrement cette insensibilité sinon à les protéger, à les préserver, mais de quoi sinon que d'aimer. J'ai un ami qui disait que les femmes sont plus fortes à ce jeu de l'amour et que c'était souvent en faisant la grève du sexe qu'elles tenaient leur bonhomme qui lui ne savait pas s'en priver trop longtemps.

Mais il faudrait encore ajouter  que ce sont les femmes sans cœur qui savent se faire aimer et cela je ne le tiens pas de mon ami sinon de ce que j'ai lu d'Alain dans ses Propos et qu'il suffit de reporter aux femmes: "redoutés par cette indifférence qui enlevait tout espoir … les hommes sans cœur, étaient finalement aimés."

Armelle qui se vantait d'avoir connu plusieurs hommes ne savait pas qu'elle se vantait ainsi d'être une femme sans cœur, ayant pourtant cette insensibilité qui était comme une insensibilité de métier; on aurait dit par là qu'elle avait du métier comme on aurait dit qu'elle avait de l'expérience; et je ne suis pas sans penser que chaque homme qui venait à elle en tuait un autre qui l'aurait précédé et que tous ces prédécesseurs tuaient l'homme qui venait à elle.

On les dit alors faites pour l'amour quand l'amour les a défaites. Et c'est parler autant pour les femmes sans cœur que pour les hommes sans cœur. Aussi chacun finit par trouver celui de sa condition et croyant se préserver ne fait qu'empirer son cas, car, toujours allant vers qui moins de cœur aurait à l'ouvrage, il ou elle, finirait par trouver son égal qui autant de mal lui ferait qu'il ou elle lui ferait.

Maintenant je répondrai à mon ami que la force de l'homme ne se mesure pas à la femme mais à lui-même, que celui qui est fort est fort contre lui-même et non pas contre la femme, que c'est lui qu'il doit empêcher, contre lui qu'il doit se retourner et non pas contre la femme, qu'elle se laisse aller et il la laissera aller car n'est pas à lui celle qui est à d'autres, ni a de cœur celle qui se donne sans se donner. 

A la manière des romantiques


Toujours je me dis, et c'est que toujours je pense à toi, que tout serait plus beau avec toi, et c'est que je regarde le paysage et que je ne t'y trouve pas, mais si tu étais avec moi c'est toi que je regarderais et non pas le paysage, suis-je en cela romantique que les romantiques se sont tournés vers le paysage en l'absence de l'aimée et comme pour la retrouver.

On peut bien remplir le paysage de la présence de l'aimée mais c'est en son absence qu'on le fait, parce qu'en la présence de l'aimée on est à l'aimée et non pas au paysage; n'est romantique le paysage qu'en tant qu'il tient son romantisme de l'aimée, qui seulement en l'absence de l'aimée peut s'emplir de notre amour qui n'est pas tant amour du paysage que de l'aimée.

Combien triste je serais d'être où nous avons été car je ne pourrais l'embellir davantage ce paysage qui de ta présence fut déjà choyée bien que je ne l'ai point vu tandis que je te voyais, et comme je ne l'ai point vu tandis que je te voyais c'est à ta seule présence qu'il me renverrait lui que je  ne souffrirais pas de revoir sans toi.

F.W.Schelling ce philosophe romantique qui a écrit Clara, l'amour et le monde des esprits, aurait réintroduit la nature dans le monde de l'esprit. Je ne sais rien de lui et peut-être aussi rien de toi l'aimée sinon que tu appartiens à la nature, et que si je peux t'y retrouver c'est aussi parce que tu es entrée dans le monde des esprits aussi que dans cet esprit qui est le mien.

D'après Schelling le monde de l'errance serait celui du péché mais c'est aussi celui des âmes en peine et qui sait si ce ne sont pas les mêmes; que je connaisse la mienne et qu'elle se double de la tienne car si je sais de quoi je pêche il se peut aussi que je sache de quoi du pêches et que je compare ton errance à la mienne et qui serait de ne s'être pas trouver ou de s'étant trouvés de ne s'être pas retrouvés.

Si je fais usage d'un langage sibyllin c'est qu'il est des vérités cachées que seul le cœur connait et que sans descendre à ses profondeurs mieux vaut les ignorer car on ne saurait les éprouver avec chaleur, mais je m'égare comme on s'égare dans un paysage où tu ne serais plus et où je ne serais pas car je ne saurais pas y être sans toi et y goûter à la manière des romantiques.

mardi 22 septembre 2026

Le noyau dur de l'être


Le noyau dur de l'être est la force de l'être. Jamais l'être ne s'est senti autant exister que quand il a touché au noyau dur de l'être. Mais seul celui à qui il a été donné de toucher au noyau dur de l'être le sait. Sinon tout le trompe. Tout le détourne du noyau dur de l'être. Et c'est un être faible et balloté par la société qu'on trouve en lieu et place de l'être fort qui n'appartient qu'à lui-même (c.à.d. au noyau dur de l'être).

Et c'est parce qu'il n'appartient qu'à lui-même qu'il peut se donner et qu'il se donne et qu'en se donnant il sent l'existence de toute la force de son être et jusqu'au noyau dur de son être. La société veut bien qu'il se donne mais pour elle, la société, sinon qu'il soit faible. Le noyau dur, l'être fort, c'est le héro, et la société qui en temps ordinaire le veut ordinaire, en temps de guerre le pousse à l'héroïsme.

Mais c'est à tuer qu'elle le pousse la société et non pas à aimer et quand l'homme qui aime veut se donner la société fait que l'homme qui aime ne puisse aimer que de façon intéressée: il ne cherche plus alors à se donner mais à posséder et se trouve alors faible et balloté, sans héroïsme, sans toucher au noyau dur de l'être qui est la force de l'être qui est la force d'aimer jusqu'à se donner.

Ce n'est plus qu'un être dévoyé, dévoyé par la société de sa nature d'homme, du noyau dur de l'être par lequel seulement il peut sentir le sens de son existence, c'est-à-dire n'exister qu'en se donnant, mais la société lui a fait perdre le sens de son existence pour lui donner le sens de l'existence de la société, pour qu'il ne vive plus que par son truchement, et ce n'est pas à dépenser sa vie mais à la gagner.

Quand il n'y a que dans la fête ou que dans l'amour ou que dans tout autre dépense de soi que l'homme se retrouve, l'homme qui ne se retrouve qu'en se perdant, il n'y a aucun doute là-dessus, mais c'est lui même en l'autre être qui comme lui est un être d'amour fait pour se perdre dans l'amour et non pas dans la guerre. Mais l'on n'a rien à gagner à s'aimer ainsi, souffle à notre homme la société.

Seulement ce n'est pas la société qui donne à notre homme son souffle de vie mais l'amour, l'amour seul qui continue à animer ce souffle de vie en tant que l'homme continue à se donner par amour. Il s'éteint autrement. Et celui que l'on appelle l'être social n'est qu'un homme éteint qu'on ne voit s'animer qu'en société, mais prenez le tout seul dans un coin et pour vous tout seul et il ne fera rien.

Tandis qu'il prendra ses grands airs de sauveur de l'humanité, qu'il vous dira que ce qu'il aime lui c'est l'humanité, mais il ne vous sauvera pas, mais il ne vous aimera pas. Qu'aurait-il a y gagner? Rien. Or la société lui a appris à gagner, à prendre, non pas à se donner. C'est un être dévoyé, dénaturé, qui ne connaît que son intérêt. Mais c'est mal le connaitre. Ce qu'il connait en effet c'est l'intérêt de la société.

Jamais il ne sentira le noyau dur de l'être. Jamais il ne sentira la force de son être. Jamais il ne sentira le sens de son existence, autant dire jamais il ne se sentira vivre pleinement, vivre jusqu'à en mourir, et c'est parce qu'en refusant de se donner il a refuser d'être, excepté en certaines circonstances et qui lui seront dictées par la société, mais cet homme qui vit pour la société est déjà mort.

lundi 21 septembre 2026

Les selfies


Si j'abomine cette vieille société, ses peines comme ses joies, c'est qu'il y a trop longtemps qu'ils ont appris à gémir comme il y a trop longtemps qu'ils ont appris à aimer. Ils sont pareils à cet enfant, acteur bientôt oscarisé, qui très tôt a appris à faire de la comédie et qu'ils applaudissent et qu'ils voudraient pour enfant. N'ont-ils pas eux mêmes très tôt appris à jouer et les adultes ces vieux comédiens n'ont -ils pas été pour eux des exemples à suivre, leur idole bientôt détrôné. 

C'est qu'à chaque génération ils ont appris à mieux jouer leur rôle en société. En vérité ils n'aiment plus que la comédie et quand c'est bien jouée. Non ils ne demandent pas que cela soit authentique mais que cela soit bien joué, ce qui signifie que cela passe pour authentique. Mais ce n'est pas dire qu'ils aiment pour autant l'authentique: soyez le authentique autant que vous le voudrez mais ils diront de vous, je les entends déjà, quel idiot!

Voilà pour quoi vous passerez plutôt que pour quelqu'un d'authentique, et croyez moi n'insistez pas: le vrai effraie. Dans cette vieille société je ne connais de vrais que les fous, les fous ne font pas exprès d'être fous, aussi les fous effraient. Conclusion: vous passerez pour un fou ou un idiot, dans les deux cas pour celui qui n'a rien compris au petit jeu auquel ils se livrent.

Rien d'étonnant alors que ce qu'ils aiment au-dessus de tout soit la fiction et les personnages de fiction. Aussi ils aiment tous ceux qui jouent et qui jouent bien, comédiens, politiciens, qu'à la moindre fausse note ils sanctionnent, fussent cela une preuve d'authenticité, une preuve qu'ils sont humains comme l'erreur est humaine et dire qu'ils aiment la perfection est dire qu'ils aiment la fiction.

Et méfiez-vous de ceux qui vous diront qu'ils vont vous parlez en toute franchise, déduisez en seulement que parler seulement n'est pas pour eux parler en toute franchise, que la franchise serait comme une valeur ajoutée à leur discourir et qu'il faudra sûrement payer de votre silence et que vous soyez leur obligé et comme redevable de cette franchise à vous seul accordée. Croyez moi: refusez là d'emblée. 

La parole donnée n'engage que ceux qui y croient, de même que "les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent." Ne les écoutez donc pas, ne voyez-vous donc pas qu'ils sont en train de jouer ou de réciter un rôle qui est ce qu'ils ont appris depuis leur plus tendre enfance et sur des générations, dans cette acquis il y a presque, avec le temps, quelque chose d'innée, de pas encore vrai mais de déjà vraisemblable. 

C'est pourquoi ils aiment plus que tout la société: cette vieille estrade pourvu qu'ils y aient un rôle à jouer, et qu'ils aiment à faire rire comme à faire pleurer de peine ou de joie, peu importe, mais qu'ils y soient tous montés, qu'on les voient! surtout qu'on les voient! c'est eux qui disent loin des yeux loin du cœur, sinon ils se font des selfies, ils s'envoient des selfies, tous metteurs en scène de leur propre vie.

dimanche 20 septembre 2026

Le monde des morts et des vivants


Que l'homme primitif ne sépare pas le monde des morts du monde des vivants dit bien le contraire de ce que nous pensons de l'homme primitif et c'est qu'il serait toute extériorité et action, parce que comme l'animal happé par l'action que lui commande la nécessité et n'ayant pas de temps à lui pour penser, il ne pourrait se forger une intériorité, quand l'homme n'aurait été d'abord qu'intériorité dont il aurait eu longtemps du mal à s'extraire, cette hypothèse nous aiderait en tout cas à mieux le comprendre. 

Aussi il serait plus juste de penser que ce que l'homme primitif ne sépare pas encore c'est son monde intérieur (chacun est encore livré à lui quand il est livré à lui-même) du monde extérieur (qu'il n'aurait pas encore objectiver, c'est-à-dire séparer de lui). Alors on comprend mieux qu'en lui comme en nous et c'est en notre pensée et tandis que nous continuons a y penser que vivent nos morts mêlés aux vivants que nous sommes.

Le primitif ne vit pas encore sous l'empire de la raison qui distingue et sépare tout aussi qu'après relie tout, qui analyse et objectivise; il est toute intériorité. Nous n'avons pas encore tout perdu de ce caractère primitif de notre entendement et c'est lui qui me fit lire sur un écriteau ce à quoi je devais alors penser très fort et ce n'est que de m'en étonner que je réalisais qu'il y avait tout autre chose d'écrite.

Notre monde intérieur n'aurait fait depuis que de se réduire comme une peau de chagrin et nous ne serions plus alors que toute objectivité et sous l'empire de la raison, voyant tout en dehors de nous mais incapable de voir quoi que ce soit en nous tant nos regards et en particulier celui de notre intelligence ne seraient tournés que vers l'extérieur n'y voyant que ce qui y figurerait et serait perçus par nos sens.

Ce surveillant Kanak, qui roulait des yeux de fou dans la semi obscurité (éclairage de sécurité) du dortoir de l'internat à Nouméa, on disait de lui qu'il avait trop étudié, que ça lui était monté à la tête, et je le crois aussi que dans son monde intérieur de loin plus chargé que celui du petit zoreil que j'étais le viendrait déranger tout ce qu'il pouvait encore intérioriser de connaissances et qu'elles lui apparaitraient aussi bien que s'il les voyait vivantes devant lui et s'exerçant à le torturer, et c'était qu'il était toujours à l'intérieur de lui (les yeux rivés) dont il n'arrivait pas à sortir.

Ne s'étant pas opérer en lui cette séparation entre monde intérieur et monde extérieur comme il peut encore nous arriver en rêvant, et il avait du somnambule l'aspect effrayant qui faisait que les petits internes Kanaks en avaient peur comme ils avaient peur de l'esprit des ancêtres, tant que celui-là d'esprit occupait le leur d'esprit et non celui du petit zoreil pour qui tout ce monde intérieur avait été depuis longtemps et par les siens réduit à néant, ne voyant plus que du dehors et jamais rien qui ne fut que du dehors.

L'habitude donc que nous aurions contracté avec le temps est bien de tout distinguer de nous comme de tout voir en dehors de nous; mais c'est toujours de nous que nous partons et il a fallu que la phénoménologie nous le rappelle comme que ce n'est pas la chose ou le monde que nous voyons mais comme nous nous le représentons, qu'il ne peut y avoir d'objectivité totale quand il y a un sujet. Mais la subjectivité n'est pas encore l'intériorité du primitif sinon ce qu'il nous en resterait.

Peut-être aussi en viendront nous à regretter l'intériorité, et ce n'est pas courir toujours après les choses et les êtres mais reposer un peu en soi, faisant contre-poids à la frénésie de l'existence. Et comme j'aimais goûter et comme j'aspirais au calme, à la sérénité, des Kanaks, pas d'angoisse, pas d'anxiété, pas d'état fébrile, seulement de l'activité ou du repos, c'est toujours d'un grand calme qu'ils semblaient partir et à un grand calme qu'ils semblaient retourner, aussi leur tempête comme les tempêtes, imprévisibles, et le retour à l'accalmie la plus totale et la moins suspecte, et j'appris ainsi à m'en méfier comme à les aimer.

samedi 19 septembre 2026

L'autre et nous


Il est un moment où l'autre n'est plus l'autre, où il n'est plus l'autre pour nous, mais il continue cependant a être l'autre, car il ne cessera jamais d'être l'autre et ne sera jamais nous. Ce moment où il a cessé d'être l'autre pour nous ne peut donc être qu'un moment de pure illusion qui forcément ne peut que se dissiper avec le temps qui nous fera voir un autre quand cet autre n'est jamais que le même autre que nous aurions cessé de voir le temps de l'illusion.

On ne pourrait situer pour autant ce moment de passage de l'autre à nous, c'est-à-dire quand il cesse d'être un autre pour nous et que nous croyons tenir cela de notre connaissance de l'autre comme si toute connaissance de l'autre pouvait faire cesser l'autre d'être l'autre. Le voilà maintenant renvoyé à la masse indistincte et indifférenciée des autres pour nous. Quel n'est pas notre étonnement. Aurions nous cru qu'il avait cessé d'être l'autre qu'il faut nous rendre à l'évidence que non.

Sans doute n'avons nous jamais été qu'un autre pour cet autre ou bien le sommes nous redevenu. Le retour à l'autre de l'autre comme de nous même pour l'autre est ce moment de passage où l'autre et nous même redevenons l'autre pour l'autre. Nous venons de l'autre et nous retournons à l'autre. Si pour autant nous avons été autre chose pour l'autre que l'autre. Si pour autant il est possible d'être autre chose que l'autre pour l'autre. Si pour autant il ne s'agit pas d'une pure illusion qui ne dure que le temps de l'illusion.

Il faudrait remonter au mythe de l'androgyne chez Platon pour croire que cet autre n'est pas tant autre sinon cette moitié, notre moitié d'orange comme on dit aujourd'hui, notre autre moitié, qui aurait donc été nôtre avant que l'on soit séparé. Il faut lire le Banquet de Platon qui parle de cette unité perdue pour comprendre cette attraction des corps et des âmes les portant à l'union, les portant à ne faire plus qu'un, pour que l'autre ne soit plus l'autre. Mais voilà cette union n'est jamais que momentanée, juste le temps d'entretenir l'illusion d'un temps révolu.

On y a bien cru cependant, à chaque fois on y croit, on y croit sans pour autant croire au mythe de l'androgyne auquel seuls croyaient les grecs de l'Antiquité. C'est qu'il n'est pas besoin d'y croire pour que cela se vérifie en chacun de nous qui croit passer à l'autre pour s'y confondre et c'est effectivement une confusion de sentiments qui en résulte et qui lui fait prendre les sentiments de l'autre pour les siens et les siens pour ceux de l'autre aussi que son corps pour le corps de l'autre et le corps de l'autre pour le sien. Quand nous le savons enfin: il n'en est rien.

vendredi 18 septembre 2026

Le dernier soupir du Maure


Je m'entends encore dire à mon ami, et c'est comme dans un songe, et alors que j'écris tard dans la nuit ces quelques lignes, que je n'ai plus de nouvelles d'Anabelle, et que plus le temps passe plus il y a de risque qu'elle soit à jamais pour moi perdue, n'est-ce pas ce que dit la police quand quelqu'un disparait que plus on tarde à le retrouver moins il y a de chance qu'on le retrouve.

Mais je suis pareil à cette mère qui ne perd pas espoir et qui croit revoir son enfant à chaque coin de rue et qui attend tout appel comme on attend la bonne nouvelle, tandis que miner par un profond chagrin elle se consume et je ne sais plus si plaindre cette femme ou plaindre son enfant, si vouloir qu'Anabelle me revienne ou que cette femme revienne à elle même.

Etre cet homme qui dit à cette femme de revenir à elle même, qui est de se faire à l'idée qu'elle ne reverra plus la chair de sa chair, le fruit de ses entrailles et dont la perte lui arrache le cœur; mais je n'en trouve pas encore la force ni l'envie car je suis un peu pareil à elle qui contre les pires pronostics ose nourrir les plus fous espoirs.

Comme elle je n'en dors plus de la nuit, comme elle qui pense à ce que son enfant est devenu je pense à ce qu'Anabelle est devenue; je me dis que ce n'est peut-être qu'une fugue et je ne suis alors qu'une mère qui se rassure, et quand tout lui rappelle son enfant tout me rappelle Anabelle, et quand il n'y a pas de honte a être cette mère j'ai honte d'être moi même si faible.

Car je pense au dernier soupir du Maure, à ce que sa mère qui l'accompagnait dans son exil, et c'est à la sortie de Granada à un endroit précis que je connais pour y être passé mainte fois et non sans avoir ressenti ce qu'il a bien pu ressentir et que je ressens aujourd'hui où je crois encore entendre ce que sa mère lui a dit: "Pleure maintenant comme une femme un royaume que tu n'as pas su défendre comme un homme!"

jeudi 17 septembre 2026

De l'idée de sacrifice


Je n'ai jamais parlé que de sacrifice humain, de l'humain pour l'humain, quand le sacrifice est à la base même de notre société comme elle l'était de la société dite précolombienne qui elle par contre pratiquait le sacrifice humain sans s'en cacher, ou plus proche de nous comme dans l'esprit de la société judéo-chrétienne, pour faire société n'y a t-il pas en effet déjà une part de sacrifice à faire? Pourtant, et c'est là sa contradiction, et où elle nous trompe cette société qui ne cesse par ailleurs de faire appel à l'égoïsme de chacun quand ce prétendu égoïsme n'aurait pour but que de nous dissimuler le sacrifice lui bien réel et exigée par la société de production et de consommation.

Pour mieux le comprendre il faudrait étendre cette notion de sacrifice au temps et à l'espace. Ne nous est-il pas exigé une de plus en plus grande mobilité comme ne nous est-il pas demandé de sacrifier notre temps à l'étude et au travail. Nous avons en tout cas intégré ce sacrifice sans y voir un sacrifice sinon un investissement personnel visant à notre profit personnel. Il n'est pas sûr cependant que ce ne soit pas à la société qu'il profite quand on voit combien elle s'en prend à ceux qui ne s'y soumettent pas.

C'est aussi l'avis de l'opinion générale qui n'est autre que celui de la société, mais tout cela sans jamais évoquer l'esprit de sacrifice mais en louant et en flattant l'effort et l'investissement personnel, ce qui est toujours parler de dépense et du profit personnel en résultant, ce qui n'a pourtant rien d'évident, mais que la société fait miroiter autant que ce miroitement dissimule le véritable sacrifice qui lui effectivement est celui de notre personne toute dévouée à la cause et à la forme de société qu'il épouse plus ou moins inconsciemment, sans quoi il n'irait pas plus au sacrifice que n'y seraient allés les indiens des sociétés amérindiennes.

Si l'on étend aussi cette notion de sacrifice et l'amène à la hauteur d'autres notions auxquels on est par contre très attachés comme la notion de liberté et la notion d'égalité on ne pourra nier qu'il faut sacrifier à la liberté pour satisfaire l'égalité et vis versa sacrifier à l'égalité pour viser à plus de liberté, que rien ne va donc sans sacrifice, mais l'on ne veut pas voir le sacrifice, alors on nous parle indistinctement de liberté et d'égalité comme deux nourrissons tétant à la même mamelle qui serait la mamelle de la société du progrès et de la civilisation quand de tout progrès comme de toute civilisation il nous faut payer le prix fort, ce qui est ni plus ni moins y aller de notre sacrifice.

Il est passé dans le langage courant qu'on "a rien sans sacrifice" mais l'on a pas conscience d'à quel point cela est vrai ni qu'il serait bon de s'interroger sur la nature de ce sacrifice pour savoir s'il emporte notre adhésion ou pas et pour qu'il ne se fasse pas contre nous mais avec nous, aussi que de ne pas se sentir frustré dans nos vies qui ne seraient faites en apparence que de profits et de plaisirs parce que conscient qu'elles sont de toute manière vouées au sacrifice (comme à la mort) et qu'il nous appartient seulement de décider à quoi nous désirons nous sacrifier plutôt que d'y être mené malgré nous comme pouvaient l'être les indiens d'Amérique s'ils n'avaient foi ou perdu foi en leur civilisation.

mercredi 16 septembre 2026

De la relation humaine


Il y a un monde souterrain de la relation humaine qui est en train de se développer au point de prendre la première place et cela sans inquiéter personne quand il n'y aurait pourtant rien de plus inquiétant. D'abord il signifie qu'en plein jour personne n'oserait plus s'exposer, ce qui serait prendre un risque partagé et non unilatéral comme on a trop tendance à le penser. Il faut donc voir dans cette exposition ce qu'il y a de plus honnête et de plus courageux et que trop la décourager conduirait à l'inverse.

C'est en effet à couvert que les pires malhonnêtetés et les pires lâchetés sont permises aussi que l'exploitation et la marchandisation de la relation humaine si tant est qu'il s'agisse encore d'êtres humains sinon qui s'abaissent au rang de marchandises, de produits, puisque c'est ainsi qu'ils doivent se présenter pour ne pas dire se vendre: le code en cours de validité n'étant plus celui de la galanterie mais du marketing.

Cela n'est pas sans me rappeler quand mes collègues, agents de sécurité de la RATP jusqu'alors en civil, apprirent qu'ils seraient désormais en tenue (cette tenue qu'ils n'avaient pas de ne pas savoir se tenir), ce qui veut dire qu'ils seraient vus de tous. Ce n'était semble t-il plus faire de la répression mais de la dissuasion et cette dissuasion plaisait d'autant moins à certains de mes collègues parce que dissuadés les premiers avant de dissuader les autres de mal agir.

C'était agir en plein jour, au vu et au su de tout le monde. On opérait en souterrain mais désormais au su et vu de tout le monde. Qui aurait à gagner que les relations humaines soient de plus en plus souterraines? Certainement pas les meilleurs de l'espèce humaine, certainement pas ceux de mes collègues qui ne voulaient pas mettre la tenue parce que ce n'était pas, loin de là, ceux qui pouvaient se prévaloir d'un comportement exemplaire et irréprochable.

Favoriser la relation humaine ce n'est pas favoriser les sites de rencontre mais que les rencontres puissent avoir lieu à découvert, c'est-à-dire à toutes heures et en tous lieux et non à des heures et en des lieux ou sous le couvert d'un certain anonymat (quand ce n'est pas d'une fausse identité) tout est permis, donnant lieu alors à toutes les escroqueries possibles et imaginables.

Entre hommes et femmes comment cela se passe t-il? Les médias friands de faits divers et de scandales et de procès n'arrêtent pas de rapporter que cela se passe mal. Et cela est sans doute vrai pour beaucoup de cas connus et qui défrayent la chronique mais la conséquence directe est que pour beaucoup d'autres cela ne se passe plus, que cela ne se passe plus en dehors des sites de rencontre auxquels certains opposent encore une résistance farouche ne voyant pas là un sort digne de l'humain, de la condition humaine comme de la relation humaine.

mardi 15 septembre 2026

Le sens du sacrifice (5)


Si l'on a perdu le sens de la vie c'est qu'on a perdu le sens du sacrifice comme on aurait perdu le sens de la religion qui ne serait autre que le sens du sacrifice ou du moins qui l'aurait compris dans les deux sens du terme. Néanmoins l'on peut comprendre encore aujourd'hui et nous aussi qu'un homme se sacrifie pour sa femme, les parents pour leurs enfants, et la liste des sacrifices auxquelles on consentirait encore est longue.

C'est que l'on ne vit pas que pour soi comme l'on dit à nos vieux aujourd'hui: "pensez à vous", mais les vieux continuent à pensez à leurs enfants et petits enfants, excepté ceux qui n'y ont jamais pensé, qui n'ont jamais pensé qu'à eux, mais ce serait encore ne pas bien penser que de penser ainsi car qui n'aurait pas tout donné à ses enfants aurait tout donné aux hommes (amante plus que mère) ou aux femmes (amant plus que père) si c'est un homme, et qui n'aurait vécu que pour lui-même et son plaisir n'existe pas davantage.

Et comme on dit: "dis moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es" on pourrait dire plus justement: "dis moi pour quoi tu te sacrifies et je te dirais qui tu es". Seulement on ne se sacrifie pas comme les bêtes vont à l'abattoir, aussi si je me sacrifierai bien pour une femme je ne me sacrifierai pas pour n'importe quelle femme sinon pour celle qui aura des sentiments pour moi. 

Trop souvent il est vrai les hommes sont allés à la guerre comme les bêtes à l'abattoir et leur sacrifice ne parait pas toujours aujourd'hui se justifier mais nous dit qu'il y a bien un élan qu'on ose à peine appeler vital parce qu'il porte à se sacrifier et qui meut cependant les hommes a aller au-delà d'eux-mêmes et permet de dire que cela est naturel à l'homme et le distingue de la bête.

Qu'il est de la religion ou qu'il n'en ait pas l'homme ne s'arrête pas à lui, et qu'il n'y ait ou pas rien en dehors de lui, l'homme, il n'empêche qu'il ne s'arrête pas non plus à sa vie mais est souvent prêt à ce sacrifice ultime. Aux aidants on dit aussi: "pensez à vous" comme on me l'a dit alors que ma femme était malade et requérait mon sacrifice. Dans le même temps ma tante se sacrifiait pour mon oncle souffrant du même mal.

Certes il est bon que la société ne pousse pas au sacrifice comme cependant à l'occasion il lui a été donné de pousser à la guerre mais c'est l'homme qui ne doit pas perdre ce sens du sacrifice parce qu'en perdant ce sens du sacrifice il perd le sens de sa vie et n'est bien qu'illusion tout ce qui peut l'en détourner car en dehors de lui il ne trouvera de meilleure satisfaction qui est celle de s'être donné.

L'être atypique


Peux t-on l'accuser, comme on l'accuse, que déréglé il dérègle les autres, ce qui serait considérer les autres comme tous réglés de la même façon parce que ne l'étant pas ils sont tout aussi sujet à se dérégler au contact de qui ne serait pas également réglé, c'est-à-dire comme ils le sont. Ce n'est alors que parce qu'on les voudrait tous régler sur la société qu'on pourrait parler de celui qui ne l'est pas comme déréglé.

Ainsi l'être atypique serait celui qui n'appartiendrait à aucun type d'êtres en tant qu'ils seraient tous des êtres sociaux, c'est-à-dire réglés sur et par la société. Cet être bien sûr n'existe pas dans l'absolu car existant comme tous les êtres en société il ne peut s'en démarquer complètement. Il ne s'agit donc pas tant d'une question de nature que de degré ou de conformité à la société à laquelle il appartient aussi.

Pour mieux le comprendre il faudrait lui opposer (et bien que n'existant pas lui non plus dans l'absolu) l'être social type qui au nom de la société ne cesse de revendiquer et c'est encore revendiquer pour cette société tandis que notre être atypique ne revendique rien sinon sa propre existence qui en elle même pourrait être considérée comme intolérable à ladite société parce que s'en démarquant trop.

Son absence même de revendications plaiderait contre lui comme un manque de partis pris qui serait un manque d'appartenance ou d'adhésion qui pourrait aussi lui être reproché. Il pourrait en souffrir comme on souffre d'une maladie si l'on considère l'état général comme l'état de santé général qu'il aurait perdu et son fonctionnement serait pris comme un dysfonctionnement.

La société comme un organisme vivant pourrait connaître envers lui comme un phénomène de rejet si naturel et général qu'il n'en paraitrait rien de plus normal à toutes les cellules qui le composent d'agir ainsi, le renvoyant à sa supposé toxicité et c'est paradoxalement que la normalité tue et non l'inverse: qu'il est un poison pour la société.

Mais comme pourrait l'être un médicament pour un organisme malade. Il en serait  aussi, puisqu'en faisant également parti, comme la cellule la plus sensible et réactive, et créatrice dans le sens où elle élaborerait ces toxines capables d'agir sur des cellules cibles dans l'organisme contaminé. Cela se ferait aussi à son insu, en quoi aucune revendication affichée quand toute revendication viendrait de sa nature atypique.

On pourrait alors le dire porteur et comme révélateur d'un mal endémique qui serait celui d'une société malade et dont il souffrirait tout particulièrement de par sa sensibilité exacerbé mais, ne bénéficiant cependant pas d'une attention particulière, il serait destiné à mourir sans suite ni bénéfice de personne ou autre cellule ou composante de l'organisme social en question.

lundi 14 septembre 2026

War au cœur fleuri


C'était tôt le matin et sans doute quelques meurtrissures de l'âme me tenaient à l'état de songe éveillé que j'imaginais rouler vers lui, et comme il était loin et que je voulais y arriver vite, que déjà le temps me pressait comme il m'a toujours pressé de je ne sais si de l'atteindre ou d'être atteint par lui, j'y mettais tant d'empressement et de vitesse qu'en lui passant dessus c'est à peine si je sentis WAR au cœur fleuri.

Mais que ne m'arriva t-il pas ensuite quand je m'en éloignais, toujours chevauchant cette mécanique de l'orgueil, et que je me retrouvai seul envahi par une bouffée de senteurs qui était autant de fleurs écrasées. Haut les cœurs! qui est ce qu'on se dit quand on a fait tout son mal et celui d'autrui, et c'est quand du haut de son cheval d'orgueil on a écrasé WAR au cœur fleuri.

Je ne saurais trop en dire si ce n'est que je serais en pleurs s'il ne me fallait pas retenir mes larmes pour n'avoir pas su au temps jadis, oh! temps perdu! retenir tant d'ardeurs belliqueuses sinon amoureuses et monté sur mon cheval d'orgueil n'avoir pas su non plus m'y arrêter lancé comme je l'étais, et par tant d'impétuosités poussé avoir écrasé, WAR au cœur fleuri.

Je revois encore ce graffiti qu'un artiste peintre a recouvert d'une belle panthère noire aux griffes sorties et prête à bondir mais tapie, et je crois encore reconnaître WAR au cœur fleuri dans une de ses nombreuses métamorphoses saisi par celui qui s'est arrêté à la peindre et je l'envie, car tout son cœur il y a mis, mais dessous il y avait, je l'ai lu, ce graffiti qui me parlait aussi de WAR au cœur fleuri.

Sans doute avait-il été écrit par qui avait souffert de passer comme moi trop vite mais était revenu là, face à ce mur blanchi et sali par le temps qui passe inexorablement et dit que c'est fini, et c'était tout ce qui lui restait ces quelques mots que je vais ici retranscrire parce qu'ils m'ont saisis tout comme la panthère noire tapie où j'ai aussi reconnu WAR au cœur fleuri.

"Girl make bird cry", je ne sais si j'ai bien traduit et compris mais c'est à cette capacité à faire pleurer jusqu'aux oiseaux, chose inouïe, que j'ai reconnu WAR au cœur fleuri, non plus dans une de ses nombreuses métamorphoses mais nue, et comme elle m'était apparue alors que descendu de mon cheval d'orgueil les larmes me montaient aux yeux, et oui c'était pour WAR au cœur fleuri.

Qui voit ici quelqu'un déraisonner doit aussitôt lui pardonner: c'était tôt le matin et sans doute quelques meurtrissures de l'âme me tenaient à l'état de songe éveillé si bien que tant d'apparitions insolites pouvaient marquer mon esprit souffreteux et encore endormi qui se repassait une vie amoureuse au ralenti parce qu'il était allé trop vite et avait tout écrasé sur son passage, et c'était à priori WAR au cœur fleuri.

dimanche 13 septembre 2026

La fête de l'humanité


Je suis allé à la fête de l'humanité mais c'est pour un ami que j'y suis allé, j'y suis allé comme on va à la fête de l'amitié parce que c'est elle que j'aurais voulu fêter, mais mon ami était trop occupé à la fête de l'humanité alors je me suis demandé s'il y en avait une en dehors de l'amitié et de quelle humanité il s'agissait alors.

Parce que je n'y ai vu que des visages se refermer et des rangs se serrer comme si c'était la lutte finale non celle qui ouvrait aux autres mais opposait aux autres en partie imaginaire mais en partie aussi bien réelle car je n'étais pas loin de penser qu'ainsi qu'ils s'entretenaient une autre partie s'entretenait aussi à serrer les rangs et en voyant leurs visages fermés je voyais aussi d'autres visages à eux se fermer.

J'ai dit à mon ami que je partais mais où aller dans un monde fracturé et quand mon amour aussi l'était, aussi l'était sans consolation, sans l'autre moitié, sans faire humanité. Cependant ce que mon ami me montrait c'était un modèle d'humanité, mais ce n'était pas ce que son parti me montrait ni la fête de l'humanité qui n'était autre que la fête du parti communiste qui avait fait tant de mal à l'humanité.

Comme je sortais de l'enceinte fermée de la fête de l'humanité qui me la faisait voir comme une société close et non ouverte et qu'une femme, une militante communiste, demandait a y entrer, et que je n'avais utilisé qu'une petite heure mon pass qui devait valoir pour trois jours de fête de l'humanité et que je n'y retournerai plus jamais, je me proposais de lui en faire profiter 

Mais c'était nominatif, individuel, que je m'entendis dire. Mais enfin, répliquai-je, n'est-ce pas au collectif, à l'impersonnel ou sans différence de personne que s'adressait une telle fête qui se revendiquait être de l'humanité. Aussi que c'était une militante, une militante sans le sou et que la pauvreté n'avait pas ici non plus bon accueil; j'en appelais en fait à un peu d'humanité et ne fut pas entendu.

Il était sûr que mon ami aurait favorisé son entrée parce que mon ami était humain et n'avait pas cessé de l'être en devenant communiste, mais mon ami ne devait pas son humanité au parti sinon à sa sensibilité toute humaine que beaucoup sans doute, à en croire le refus catégorique essuyé sans considération de la personne comme de la militante, auraient perdu en intégrant le parti.

De retour à mon domicile, et qui sait si par dépit, je me jetais sur ma lecture de Bergson contre qui j'avais entendu un orateur s'en prendre sans bien comprendre pourquoi car il me semblait que tout homme d'envergure et de mérite, d'une nature élevée et de propos rigoureux et exigeants ne pouvait être qu'un exemple qu'il était bon pour l'humanité d'avoir pour modèle indépendamment de tout parti pris.

Je fus ainsi instruit "que ce n'est pas en élargissant la cité qu'on arrive à l'humanité" "(qu')entre une morale sociale et une morale humaine la différence n'est pas de degré, mais de nature." L'international communiste était mort pour moi et c'était ma croyance en lui comme en la fraternité de tout ce qui s'opposait, car dans l'opposition tout ce qui pouvait s'en sortir grandi n'était pas l'amour mais la haine.

De l'animalité à l'homme


Il est connu de tous que chez les animaux les mâles se battent pour les femelles, mais non que nous ne sommes pas loin de leur ressembler, à moins que nous ne nous y efforçons, et ce qui montre davantage que nous n'en sommes pas loin c'est que cela ne nous demande pas un mince effort, car ce n'est pas un mince effort que doit accomplir tout homme qui doit renoncer à l'amour de la femme.

Et c'est encore accepter sa décision car chez les animaux les mâles ne se battraient pas s'ils s'en tenait à la décision de la femelle, or il semble bien que c'est leur décision de mâles qui compte et parmi eux la décision du plus fort qui l'emportera et la plus faible qui est la femelle n'aura plus qu'à s'y soumettre.

Il se trouve que la femelle s'en tiendrait à un rôle passif mais pas si passif que cela si l'on considère qu'elle peut aussi contribuer à exciter les mâles comme à se sentir tout excité par le combat que se livre les mâles pour elle avant de se livrer elle même au mâle dominant. Sans doute là encore nous ne sommes pas loin de leur ressembler et ce ne doit pas être un mince effort pour la femme de ne pas être cet animal femelle.

Mais c'est l'homme qui gouverne en lui l'animal qui se soumettra au choix de la femme plutôt que de s'en prendre à d'autres mâles pour ainsi se faire valoir de la femme qui à son tour ne se montrera pas être cette femelle animale désireuse, après les avoir excités, de les voir se battre pour elle, ce qui est en son honneur avant de l'honorer, car c'est ainsi que pourrait encore le prendre la femme trop femelle ou animale.

C'est ici la société des hommes qui prendra le pas sur la société animale à chaque fois que les hommes cesseront de se battre pour les femmes et plutôt que de s'imposer à elles se soumettront à leur décision, tandis que les femmes aussi quitteraient le règne animal qui leur commanderait comme leur commande leurs instincts, ce qui ne serait pas pour elles plus facile que pour les hommes de s'en défaire.

Il y a bien pour nous et entre nous des comportements animaux, et qui s'en défait peut paraitre moins mâle s'il s'agit d'un homme ou moins femelle s'il s'agit d'une femme, quand elle en sera pour cela et bien au contraire plus femme et l'homme plus homme. Mais l'on appelle féminité ce qui ressemble encore trop à l'animalité comme l'on appelle virilité ce qui ressemble encore trop à l'animalité.

samedi 12 septembre 2026

La relation amoureuse


Comment avoir perçu la perversion de quelqu'un et continuer à l'aimer sinon que l'amour tient au corps plus qu'à l'esprit car tandis que l'esprit nous en détournerait le corps nous y attacherait. Cet amour est pourtant imparfait et en tant qu'il est imparfait ne peut qu'être facteur de souffrances et non de jouissances, mieux vaut parler de réjouissances si l'acceptation que l'on a du mot jouissance renvoie essentiellement au corps.

Notre pensée va pourtant à la personne aimée quoique nous en percevions le vice qui est vice de la pensée et en cela nous disons qu'elle est viciée et non pas vicieuse ce qui limiterait au corps son vice; en quoi nous comprenons bien qu'il ne peut y avoir que corruption des deux, l'un ne pouvant pas aller sans l'autre, mais nous nous écartons de notre sujet.

Comment s'explique cette permanence du sentiment envers qui nous avons trouvé le sentiment vicié, de qui nous avons senti la corruption qui n'est pas que corruption du corps et loin de là que cela soit ce qui en elle nous attire. C'est plutôt qu'aussi que nous avons déterminé ce qui en elle était mauvais, vicié, corrompu, nous avons déterminé ce qu'il y avait de bon, de sensible, de tendre, et qui nous a également affecté.

Nous l'aimerions pour cela et la haïrions pour tout ce que nous ne l'aimons pas mais qui est aussi bien elle. Cela jette alors un trouble en nous qui est celui de notre propre sentiment et pas de l'amour sinon d'un amour empêché par ce qui nous dérange en l'objet de notre amour, qui fait obstacle à notre relation quand nous la voudrions libre, absoute de tout obstacle.

C'est bien à cela que tend l'amour: à une certaine pureté de la relation qu'on pourrait dire aussi exigence dans la relation, exigence qui n'est pas exigée dans d'autres types de relations. C'est qu'il se trouve que beaucoup restent à un niveau d'exigence inférieure et commune, et bien qu'ils se sentent appelés à plus d'exigence, ce qui est le propre de l'amour, aussi a être meilleur qu'ils ne sont, ils pensent quand même satisfaire par ce qui ne satisfait plus, mais par quoi il est courant de satisfaire, et c'est se tromper autant que tromper.

Leur incapacité à aimer est l'incapacité à se hausser à un niveau d'exigence qui n'est pas celui qui leur est d'ordinaire demandé, et quand ils disent alors ne pas aimer ils disent ne pas être capable de répondre à l'amour et à son niveau d'exigence, et ce n'est pas tant qu'ils préfèrent se repaitre dans des relations d'une moins grande exigence et qui ne pourraient les tromper que s'ils veulent eux-mêmes s'abuser autant qu'être abusés, quand cela au contraire n'est pas sans laisser en eux un certain sentiment de frustration amoureuse.

Mais qui a perçu la perversion de quelqu'un et continue à l'aimer n'est pas non plus à la hauteur de l'amour et se trompe aussi lui-même en pensant aimer et ne veut pas aussi lui-même, ou ne s'en sent pas aussi lui-même la force, ne se place pas aussi lui-même à la hauteur qui est hauteur de vue et hauteur d'exigence de l'amour. Il est en deçà autant que l'objet de son amour est en deçà et s'il s'y abaisse ne mérite pas mieux, quand l'amour ne peut qu'élever, qu'élever qui aime vraiment.

Quand l'amour (et l'idée que l'on s'en fait est-il à la hauteur de ce que l'on est?) n'a de valeur que s'il nous tire vers le haut qui est le haut de la pensée et des sentiments, et jamais la notion de partage ne pourra recevoir meilleure acceptation que dans l'amour, ni de valeur qui est toute la valeur qu'il réclame de nous et sans quoi nous ne pouvons le vivre, et surtout il n'y a de meilleure relation que la relation amoureuse quand elle répond aux exigences de l'amour. 

CITATION

Du Banquet de Platon: " Tout amour n'est pas beau et louable, mais seulement celui qui fait aimer honnêtement."

Plotin Première Ennéade: " Platon a raison de dire que celui qui doit être sage et heureux prend son bien d'en haut... "

vendredi 11 septembre 2026

La propriété et l'homme


On est que locataire sur terre. La propriété tendrait a laisser entendre le contraire, en quoi la propriété est un leurre. Tout ce que nous avons est tout ce qui nous fut donner: la vie, et non acquis: la propriété. La vie ne fait que passer et nous avec elle: c'est en quoi nous disons que nous ne sommes que de passage sur terre. En payant un droit de propriété nous payons le prix fort et sommes abusés puisque nous n'y sommes que locataire, c'est-à-dire que de passage, et c'est encore vouloir nous faire croire le contraire et rendre plus difficile, parce que perdant la vie nous perdons la propriété de tout, à accepter notre sort qui est le sort commun comme notre condition qui est la condition de locataire et non de propriétaire.

Mais puisque l'on ne peut aller à l'encontre du désir de durer qui est le propre de chaque être n'allons pas à l'encontre du désir de propriété qui en ce point là aussi et non seulement en celui d'avoir quelque chose à soi (quand on a rien qui ne nous appartiennent vraiment et qui ne nous sera repris) mais de perdurer par cette supposée et prétendue permanence des biens matériels ce qui nous rassure et sécurise quand aussi et par eux il s'ajoute à l'inquiétude que nous pouvons avoir sur notre vie l'inquiétude que nous pouvons avoir sur nos biens. Si cela néanmoins peut rendre notre condition plus supportable que ne croyant pas au Paradis voulons un Paradis sur terre, ici et maintenant plutôt qu'un au-delà improbable, acceptons la propriété.

La propriété en tant qu'elle rassemble une communauté d'hommes sous un même toit ou sur une même terre, alors la grandeur de la propriété serait pareille à la grandeur du travail dont parle Saint Exupéry dans Terre des hommes:" La grandeur d'un métier est peut être, avant tout d'unir des hommes: il n'est qu'un luxe véritable, et c'est celui des relations humaines. En travaillant pour les seuls biens matériels, nous bâtissons nous mêmes notre prison. Nous nous enfermons solitaires, avec notre monnaie de cendre qui ne procure rien qui vaille de vivre."

Combien de propriétaires en effet entourés des hauts murs de leurs propriétés y vivent comme dans une prison dorée et la propriété qui ne serait que prétexte à unir, à rassembler (sous un même toit et sur une même terre) ne fait que séparer et isoler les membres d'une même famille qui est la famille des hommes. Cette conception archaïque de la propriété fait plus de mal que la propriété elle-même, ce ne serait donc pas tant la propriété que l'idée que l'on se fait de la propriété qui nuirait à la relation humaine quand elle pourrait y contribuer. 

J'irais ici de mon exemple personnel que je voudrais aussi instructif que possible. Ainsi je voulais m'inclure: élargissant par là le cercle des vivants, à la propriété de ma femme défunte et c'était une proposition d'ouverture comme d'un projet de vie commun que je faisais à son frère quand il fallut me rendre à l'évidence qu'il répondait à cette conception archaïque de la propriété qui ne veut que les biens, l'exclusivité des biens, les biens à l'exclusion des hommes, sans doute n'avait-il pas lu comme moi Terre des hommes de Saint Exupéry, lecture donc à laquelle je le renvoie, lecture sans laquelle on ne peut imaginer possible l'élargissement de la famille humaine et la propriété comme un prétexte à inclure plutôt qu'à exclure, à motiver plutôt qu'à réduire la participation et la relation des hommes entre eux.


jeudi 10 septembre 2026

Loin des yeux, loin du coeur


Que les gens cessent d'exister quand nous cessons de les voir, et c'est pour nous qu'ils cessent d'exister, et encore que souvent provisoirement, pour réexister quand nous les revoyons, est chose commune mais dont je ne pouvais que m'étonner car cela n'était pas vrai pour moi qui allais imaginer leur existence sans que je les vois et je comprenais alors que là était l'origine de mes souffrances.

Qu'on ne souffrait qu'en imagination et que c'était imaginer les gens qu'on a quitté ou qui nous ont quitté alors qu'ils devraient cesser d'exister pour nous quand nous cessons de les voir; je voulais alors cessé de les voir en imagination comme il m'était arrivé de souvent revoir, alors que j'étais interne et ne les voyais plus, mes parents qui m'y avaient laissé pour faire à rebours la route qu'ils avaient faites pour m'y amener.

C'était sans doute une qualité mais je l'appelais un défaut ce qui faisait coexister longtemps après qu'ils ne soient plus des gens que j'avais aimés et avaient perdu toute existence: aussi bien l'imaginaire que je leur prêtais que la réelle qu'ils avaient eu. Ils étaient comme mort deux fois, mais pas encore assez pour moi qui les revoyais avec le même amour que je leur avais porté et comme si en moi rien ne mourrait.

Qualité de les faire revivre, défaut parce qu'ils étaient morts et ne revivraient jamais et qu'il fallait m'en consoler plutôt qu'entretenir par l'imagination le souvenir de cette présence qui n'est plus que fausse présence et réelle absence. Je n'arrivais pas à me faire à l'idée qu'ils puissent ne plus exister comme je n'arrivais pas à me faire à l'idée que ceux que je ne voyais plus continuassent d'exister sans que je puisse les voir.

Bien plus aimerions nous que ceux que nous ne voyions plus cessassent d'exister pour nous à l'instant où ne nous les voyions plus, car cela nous éviterait de souffrir qui est toujours souffrir en imagination. Il nous faudrait avoir moins d'imagination. Heureux celui qui n'a pas d'imagination car il ne souffre pas, aussi les gens sans cœur seraient des gens sans imagination.

Il faudrait vivre l'instant mais pour moi l'instant est peuplé d'êtres imaginaires, non visibles sinon que par moi et comme ils n'apparaitront plus à personne; beaucoup en effet ont cessé de les voir, et s'ils ne sont point morts pour moi ils le sont pour eux, et c'est il y a longtemps, aussi ils n'en souffrent pas comme je continue a en souffrir. 

Quelqu'un vient de passer de ce côté là qui est du côté de mon imagination, c'est-à-dire si on ne l'aurait pas encore compris quelqu'un que je ne reverrais plus et que j'aimais, quelqu'un pour qui je suis mort déjà et qui devrait être mort déjà pour moi aussi si je fonctionnais comme il est courant de fonctionner: et c'est que les gens cessent d'exister quand on cesse de les voir, et c'est faire preuve de peu d'imagination.

Et comme je disais que l'imagination avait à voir avec le cœur alors c'est aussi faire preuve de peu de cœur; aussi bien rien ne se développe en dehors de l'imagination qui est en dehors du cœur et ils ne peuvent voir que ce qu'ils voient et ce qu'ils voient ne le voient pas avec les yeux de l'imagination ou du cœur qui est où tout peut se développer et jamais mourir.

Hier, ou était-ce avant-hier, ou avant avant-hier, j'allais à un autre enterrement. Encore quelqu'un que je ne reverrais plus. Il y a tant de défunts de mon vivant. S'il n'y avait cette satanée imagination qui me les fait voir quand j'ai cessé de les voir et qu'ils ont cessé de me voir. J'aimerais tant qu'elle soit vrai pour moi comme elle est vrai pour les autres cette maxime: "loin des yeux, loin du cœur".

Il faudrait que quand je cesse de les voir ils cessassent à leur tour d'exister pour moi, et cela serait vrai sans cette fichue imagination qui a tout photographié d'eux (et je comprends que les gens qui n'ont pas d'imagination ou de cœur prennent autant de photos) me les rendant encore plus vivant en me rendant leur moindres expressions comme pensées ou sentiments quand à l'heure actuelle il n'y a encore aucun appareil photo qui ne soit capable de rendre cette photographie qui est du cœur et de l'esprit en tant qu'il est imaginatif.

mercredi 9 septembre 2026

L'amour avec un grand A


J'ai trop parlé de l'insoutenable légèreté de l'être qui est à la fois le titre éponyme du roman de Milan Kundera et l'amour de A, qui est l'amour sans l'Amour. Je voudrais alors parler de l'amour avec l'Amour qui est l'Amour avec un grand A, aussi pour en rire comme pour en pleurer, non pour en rire comme on en rit aujourd'hui sans en pleurer, mais aussi pour en parler sans pour autant le dénigrer comme on le dénigre aujourd'hui. Et c'est un ami que je m'étais fait lors d'un tournoi d'échecs à Benidorm en Espagne et auquel je participais aussi et tout comme lui en qualité d'amateurs éclairés.

Il se trouve que cet ami et à peu près pendant toute la durée du tournoi (qui devait prendre plus d'une semaine) attendit sa femme. J'avais alors la mienne de femme et comme nous étions à table ensemble et que se sentant trop seul il se joignit à nous et très certainement parce qu'il se sentirait encore trop seul ne pouvait que nous parler de sa femme comme si par ses propos il la convoquait aussi à notre table, et nous croyons en effet la voir comme il nous la montrait et se réjouir pour lui de sa beauté et désespérer comme lui de la voir enfin.

Il faut savoir que les joueurs d'échecs ne parlent que d'échecs sauf quand ils sont amoureux qui était à peu près tout ce que je me disais en l'écoutant. Ma femme, elle, n'en croyait pas ses yeux ni ses oreilles devant le tableau qu'il dressait, au moral comme au physique, de la précieuse personne qu'il voulait nous présenter lorsqu'elle viendrait à lui, mais elle tardait encore à venir à lui et il n'était pas parfois sans s'assombrir, désespéré qu'il était de l'attendre, tandis que nous l'encouragions aussi que nous le félicitions de ses résultats au tournoi d'échecs, et c'était comme vouloir lui donner le change, mais il n'était pas dupe et les échecs non plus ne tenaient pas la comparaison devant sa femme comme les échecs ne pouvaient non plus lui procurer une pareille joie et un pareil bonheur.

Enfin, sa venue était imminente, et la venue du Messie n'aurait pas par lui été autant célébrée. Ce soir on sablerait le champagne ensemble, il nous invitait, voulut qu'on participe de sa joie et de son bonheur qu'on pouvait déjà voir sur toute sa personne, et c'est qu'il n'était déjà plus seul ou que son amour était comme un projecteur porté non plus sur elle seulement mais aussi sur lui comme sur n'importe quel acteur du drame amoureux qu'on peut voir sur le grand écran plus beau qu'il n'est en réalité, car c'est ainsi que des années plus tard je devais voir Carmen Saura, l'actrice espagnole en chair et en os, nous présenter son film et c'était sous l'écran où elle apparaissait, l'écran encore chaud de son apparition, mais beaucoup moins belle que sa propre image, d'où mes yeux pouvaient encore aller de l'une à l'autre qui ne souffrait pas la comparaison et s'en étonner.

Enfin, bientôt on aurait le droit à l'apparition de "la femme de sa vie" et cela promettait, Carmen Saura ne m'y avait pas encore préparé et il est vrai qu'il nous avait fait saliver. Chaque matin je l'avais vu faire son jogging et c'est qu'il se préparait à sa venue et c'était comme un boxeur qui fait son shadow (comme si tout n'était qu'ombre et lumière: illusion) avant de s'affronter à un véritable adversaire en chair et en os qu'il se préparait a recevoir "la femme de sa vie" dans les meilleurs conditions possible. Aussi ce jour là qui devait être le dernier, mettant fin à son attente, il ne put tarir d'éloges vis à vis de celle que nous ne pûmes voir que comme il nous la fit voir, c'est-à-dire encore plus belle que nous ne l'eussions pu imaginer jusque-là.

Ma femme, et que Dieu ait son âme, eut la plus grande difficulté à réprimer en la voyant (à la miss comme on l'appelait désormais) un rire que par métier (elle tenait un salon de coiffure) elle sut transformer en un beau sourire d'accueil et de bienvenue. C'est que l'insignifiance de la personne qui nous était présentée fit que c'est à peine que nous la voyions (comme n'apparaissant que sous les coutures de celle qu'il nous avait fait voir) et que je ne pourrais vous la décrire sans blesser l'amour que mon ami lui portait. Mais la miss avait disparue pour laisser place, comme l'illusion à la réalité, à une femme sans grâce particulière et sans cette lumière que seulement les feux de l'Amour pouvaient porter sur elle. Nous reportions alors nos regards vers mon ami et cherchions à la voir avec ses yeux à lui, mais sans y parvenir pour autant sinon plutôt à la voir définitivement s'effacer devant nous, disparaitre à jamais. On sablait le champagne. Mon ami était radieux. Mais c'est ma femme qui souriait et comme elle était belle ma femme quand elle souriait , et il me semblait qu'elle souriait tout le temps, ce qui ne pouvait non plus être vrai sinon comme je la voyais et c'était souriante.

Et c'est que je ne pourrais terminer là mon récit sans parler de ma propre femme et de comment je la voyais alors que, des années après, malade d'Alzheimer et parce qu'elle s'était perdue je dus aller au commissariat de Saint Maur pour qu'on la recherche et retrouve. Je produisis alors une photo d'elle qui était quand on s'était connus elle et moi aussi que comme je la voyais toujours. Les policiers, en l'occurrence et en particulier une policière chargée de l'enquête, d'enquêter plus que de la retrouver, car il semblait qu'elle me suspectait en premier chef d'être la cause de cette disparition, n'eut pas ce beau sourire qu'avait eu ma femme jadis en voyant présentement cette photo que je produisais devant elle comme si je lui eus montrer ce qu'était ma femme pour moi, de comment je ne pouvais que la voir. Mais enfin, dit-elle excédée, vous vous moquez de moi. 

Désolé, répondis-je, je n'ai pas d'autres photos plus récentes à vous produire que celle qu'elle m'avait demandé de mettre dans mon portefeuille le jour où l'on s'est connus, et y est encore, et ça remontait à plus de quinze ans en arrière, mais le temps s'était arrêté de passer pour moi depuis ce jour où elle était tombée malade. Comment expliquer cela à la policière. J'y renonçais très vite et la laissais poser sur moi ses regards lourds de suspicions. 

Je ne saurais dire non plus si l'on pêche davantage par manque de légèreté que par manque de profondeur mais je laisse ce récit au regard du précédent pour qu'on en retire ce qu'on voudra comme enseignement. Maintenant, et si vous voulez faire un peu de littérature comparée, opposer L'insoutenable légèreté de l'être de Milan Kundera à L'échange de Paul Claudel et vous apprécierez ce qu'il y a d'appréciable: la légèreté ou l'absence de légèreté qui n'est pas tant pesanteur que profondeur, et vous vous déciderez soit pour l'amour avec un petit a, soit pour l'Amour avec un grand A.

mardi 8 septembre 2026

L'amour avec un petit a


Je parlais avec T. Oh, je parlais de ce que les hommes parlent continuellement entre eux et en leur absence, celle des femmes, oui je parlais des femmes ou plus particulièrement de ce qui nous lie à elles et c'est l'amour et de ce que l'on peut entendre par ce mot. J'avais en tête il est vrai ces propos de Jankélévitch que d'être aimé était à la portée du moindre imbécile tandis qu'aimer peu savait. A... m'avait rapporté qu'Amélie Nothomb se serait plainte de tous ceux qui veulent être aimés, sans doute leur préférait-elle comme Jankélévitch ceux qui aiment tout court.

Etre aimé serait comme vouloir être payé en retour d'un service où travail que l'on dispenserait, ce ne serait pas donner ce serait acheter l'amour par l'amour, comme vouloir que notre amour soit payant, notre amour qui demanderait a être payé en retour d'un amour au moins équivalent, ce serait peser ce que l'on donne comme peser ce que l'on reçoit, ce ne serait pas donner à fond perdu, or l'amour est perte de toute mesure: ne dit-on pas que quand on n'aime on ne compte pas.

Mais qu'est-ce que l'on peut entendre par ce mot? Je disais à T qu'il en allait de l'amour comme d'un travail et ce n'est pas que je comparais l'amour à un travail mais qu'il me venait cette comparaison comme le moyen de me faire comprendre. Le travail, disais-je à T, répond d'abord à une nécessité que l'on pourrait dire biologique, à un besoin que l'on pourrait dire du corps. A ce travail alimentaire correspondrait un amour alimentaire qui répondrait lui aussi aux besoins du corps; il est de consommation.

Nombreux sont les hommes et les femmes qui doivent se satisfaire de ce travail comme de cet amour et se félicitent et s'enorgueillissent de cette consommation, de ce qui est quantitatif et non pas qualitatif. Il peut se trouver cependant certains hommes et certaines femmes qui ne voient là que perte de temps et plus d'insatisfactions que de satisfactions, de frustrations à même la jouissance qui par sa réitération n'est que pure répétition d'elle même aussi que de sa frustration de n'être pas davantage que consommation.

Mais ils n'ont rien d'autre, rien d'autre ne leur est proposé, et c'est qu'ils se proposent d'être aimé mais non pas d'aimer, qu'ils recherchent seulement a être aimer, qu'ils ont posés leurs limites et comme paradoxe s'en vante et porte au nombre de leurs conquêtes ce qui n'est que défaites et attestent davantage de leur amour et de ses limites. Leur engagement est moindre comme est moindre l'engagement dans un travail alimentaire que dans un travail répondant à une vocation, qu'un travail passion où l'on se donne.

Le maitre mot ne serait pas prendre, posséder mais donner, se donner à pure perte car c'est toujours à pure perte que l'on se donne sinon c'est que l'on veut acheter, prendre, posséder, consommer, au plus bas prix, rien n'est plus bas en effet que cet amour là. Oui, mais il serait léger, et A me réclamait à plus de légèreté, comme à un travail qui n'exigerait pas beaucoup de moi et qui répondrait cependant aux besoins de son corps, serait purement alimentaire; A me conviait à cet amour là et l'insoutenable légèreté de A me rappelait le roman éponyme de Milan Kundera comme il me rappelait à cette humanité là dont A faisait partie et dont je croyais à tort me distinguer, car qui peut prétendre s'élever au-dessus des besoins de son corps?

Je n'avais eu que des métiers alimentaires pourquoi me refuserais-je alors à un amour alimentaire satisfaisant essentiellement aux besoins du corps? le corps n'avait-il pas ses nécessités et impérieuses et pressantes et obsédantes et jouissantes si satisfaites? quelle prétention, quelle exigeante prétention quand on ne se connait pas de vocation, de passion, qu'on ne veux pas aimer mais être aimer, car ne demandais-je pas a être aimé, étais-je bien encore capable comme je le prétendais d'aimer, d'aimer à corps perdu, n'étais-je pas devenu un petit bourgeois frileux et voulant être payé comptant, voulant se repaître et non s'élever par le sentiment, par la force d'aimer, parce que ne trouvant plus cette force en lui.

Aime comme un homme, me disais-je, ne cherche pas a aimer comme seul les dieux peuvent aimer, à force de vouloir faire l'ange on fait la bête me répondait Jankélévitch que je convoquais à l'occasion, et je me trouvais bien bête devant cette simplicité et légèreté auxquels A me conviait et un instant il y eut comme un voile qui se déchirait devant mes yeux pour me laisser voir l'amère vérité à laquelle je n'avais pas voulu goûter et m'apparut l'amour de A comme le seul amour possible et voulu m'y adapter comme on s'adapte à un travail alimentaire parce que répondant aux exigences de mon corps auxquels j'avais si peu et si mal répondu jusqu'alors.

Je regardais T comme j'avais regardé mon ami R et comme j'avais regardé A: tous avaient voulu me remettre les pieds sur terre, m'avaient dit d'aimer comme ils entendaient qu'aimer voulait dire et qu'il ne fallait pas trop demander à l'amour comme aux hommes, comme aux femmes, pas plus qu'à la vie, qu'à la vie qu'il nous était donné de vivre; pas plus au travail qu'il nous était donné de faire qu'aux hommes, qu'aux femmes, qu'il nous était donné de connaitre, pas plus non plus à nous mêmes qui n'étions pas capables de plus, qui demandions a être aimés plus qu'à aimer.

Aimer autrement exigerait trop de nous, un don, un sacrifice , qui serait comme un don, un sacrifice, au dieu de l'amour. Le seul cependant capable de nous élever au-dessus de nous même, mais en étais-je encore capable? en avais-je jamais été vraiment capable? n'étais-je pas qu'un homme qui ne pouvait aimer que comme un homme? et cette légèreté à laquelle j'étais conviée par A, par T, par R, ne me ramenait t-elle pas parmi les hommes, parmi les hommes et les femmes qui goûtaient aux hommes comme ils goûtaient aux femmes et c'était à l'amour avec un petit a.

lundi 7 septembre 2026

L'agent de liaison


Je me levais un matin et trouvais le monde changé. Je me demandais ce qu'il avait bien pu se passer. Le grand bouleversement n'avait cependant pas modifier l'emplacement, comme il a lieu et l'habitude de le faire avec les choses il ne l'avait pas fait non plus avec les gens. Mais si tout paraissait être à sa place comme avant, je voyais tout autrement et je compris alors que c'était mon regard sur le monde et non le monde qui avait changé.

Je m'étais couché tôt la veille et je me levais tôt ce matin là où ma présence au monde elle même me surpris comme quelqu'un peut être surpris en flagrant délit de vie. Quelque réveil avait sonné mon réveil et sorti comme d'un long sommeil. Ce n'était pas moi qui l'avais mis. Et comme je me disais cela je crus savoir qui: l'agent de liaison.

J'étais dans l'état de cet homme qui serait tombé et se relèverait un peu groggy, un peu groggy mais plus que jamais lucide sur sa condition, et voyant tout plus clairement que jamais. Et c'était la réalité d'un monde qui vivait indépendamment de ma petite personne qui était aussi cet autre monde où j'avais vécu jusque là et jusqu'à sa métamorphose.

Que je n'arriverais jamais a en être, c'était tout ce que je me disais, car j'y étais venu trop tard, mais cela ne m'avait jamais empêcher de penser qu'on pût y être bien. Il eût fallu que je n'en connusse pas d'autre. J'étais dans cet entre-deux. Toujours nécessiteux d'un agent de liaison, de qui me relierait à ce monde dont la nouveauté toujours renouvelé me rendait pareil à l'étranger.

Car ce sentiment d'étrangeté que revêtait le monde à mes yeux ne  tenait pas tant au monde qu'au regard que l'étranger porte sur le monde et cela il le doit au fait de ne pas lui appartenir, de ne pas y être de plain pied ou autrement que comme un étranger.

Il vient d'ailleurs qui ne peut être autre que ce point de départ de chacun, mais sa particularité à lui serait de ne pas pouvoir s'en détacher pour porter son regard exclusivement sur le point d'arrivée, mais plutôt de le laisser traîner, de s'appesantir, puis de finir par avoir une longueur de retard sur tout ce qu'il voit, d'être à la fois à ce qu'il voit et ailleurs.

Et c'est voir avec le regard de l'étranger qui n'est jamais à ce qu'il est, qui, parce qu'on ne peut être que dans l'immédiateté, se rachète en achetant tout ce qu'il ne peut posséder autrement. Il ne coïncide pas et ce manque de coïncidence avec les êtres et les choses est ce qui lui ferait vouloir tout acheter.

Je n'aime pas ce touriste, je ne comprends pas cet engouement pour le tourisme sinon parce que ce n'est pour beaucoup pas un état mais un jeu auquel l'on se prête juste le temps des vacances. Mais cette vacance de soi-même, ce manque de coïncidence, cet entre-deux, qui pourrait le supporter plus longtemps. Chacun revient à son travail comme à lui-même.

Qui serait partout étranger, aurait partout l'impression de faire du tourisme, vivrait dans cet entre-deux, parce qu'ayant quitté son point de départ il n'arriverait pour autant nulle part, serait toujours du voyage, n'aurait pas de point d'attache, ne pourrait alors que passer comme moi par un agent de liaison pour se lier à ce monde, et j'étais resté trop longtemps sans agent de liaison et le grand bouleversement viendrait de ce que je venais de retrouver un agent de liaison entre moi et ce monde.

dimanche 6 septembre 2026

Le confinato


C'est en soi que l'homme est assigné à résidence de force quand la société n'a plus d'emprise sur lui, comme elle en a de moins en moins aujourd'hui, et quoiqu'il cherche à s'y accrocher plus qu'à s'en déprendre, ce que seul des conditions adverses pourraient l'obliger à faire. Ce confinato, je le connais bien, parce que Le Christ (ne) s'est (pas seulement) arrêté à Eboli: titre de l'ouvrage de Carlo Levi, mais à ma porte.

Il est aussi une belle image que l'on peut trouver chez Henri Bergson: "Des plantes aquatiques qui montent à la surface, sont ballotées sans cesse par le courant; leurs feuilles, se rejoignant au-dessus de l'eau, leur donnent de la stabilité, en haut, par leur entrecroisement. Mais plus stables encore sont les racines, solidement plantées dans la terre, qui les soutiennent du bas".

On comprend ainsi en quoi la société nous tient non pas mieux mais plus facilement et plus sûrement que nous le sommes par nous même. Cet ancrage en nous même est bien le plus difficile à développer d'autant que nous sommes plus tournés vers l'extérieur qu'en nous, qui est ce à quoi tend la société comme à nous éloigner de toute vie intérieure.

Mais nous sommes alors bien démunis et indigents quand nous nous retrouvons livrés à nous même, quand c'est l'homme seul auquel la société ne vient pas en aide qui doit trouver en lui les ressources nécessaires; et de plus en plus d'hommes (comme de femmes) se retrouvent en cet état que l'on pourrait appeler un état de survie parce que la société n'est alors pour eux d'aucun secours.

En considération de cela et ne pouvant faire face à tout, ce qui est accepter que l'humain lui échappe ou peut lui échapper, la société devrait accepter et prendre pour inaliénable et propre à la nature humaine cette intériorité et, plutôt que chercher à l'en déposséder, lui permettre de la développer, ce qui est de s'y développer (son moi intérieur comme son moi social, ses racines comme ses feuilles).

Mais ce serait avouer qu'elle ne peut pas tout pour lui. Il n'y aurait plus le tout Etat ou gouvernement des hommes qui seraient appelés à se gouverner eux-mêmes. Et c'est en cela aussi que l'on pourrait dire que nos gouvernements ont des velléités totalitaires, par le social, en faisant du social, ou dans le social comme dans l'humanitaire, l'Etat penserait tout comprendre qui est ne rien laisser en dehors de lui.

Et seul le confinato par le détachement, l'exil forcé, peut en prendre conscience, mais n'ayant plus les armes pour se défendre et ne trouvant rien en lui-même (tout le monde n'est pas Carlo Levi) il se peut qu'il se retourne alors contre la société qui ayant voulu tout prendre en charge se voit accuser de ce que en aucun cas elle ne peut prendre en charge et c'est l'homme en qui elle n'a voulu voir que l'être social.

On pourrait parler de juste retournement et de faille sociale que ce serait faire erreur, erreur aussi justifiée par l'idée qu'on se fait de la société comme devant prendre tout l'homme à sa charge; quand la faille est humaine, et sociale qu'en cela que la société ne laisserait plus place à l'homme, ni le temps ni l'espace (intérieur) suffisant à son développement, à celui de ses racines tel que les entendait Henri Bergson.

Autant qu'il m'en souvienne le confinato de Carlo Levi après l'avoir rejeté fini par aimer son exil, et c'est d'avoir noué des liens et une sympathie pour les paysages comme avec les hommes d'un abord rude mais authentiques tandis qu'il marquait ses distances avec la société totalitaire, c'est-à-dire le régime fasciste. Notre intériorité n'en ai pas moins dure d'accès, austère, aride, mais profondément humaine.

samedi 5 septembre 2026

Normalité et moralité


Si certains d'entre nous adoptent un mode de penser comme d'agir vicié et que ce mode s'avère efficient, et quelque soit sa moralité, il est alors adopté par beaucoup, de sorte qu'il sera du côté de la normalité, de la normalité en lieu et place de la moralité.

Aussi qu'on ne pourra taxer d'amoral mais d'anormal qui n'adoptera pas ce mode ou plutôt et dans le meilleur des cas le qualifiera d'innocent ou de naïf, et son innocence ou sa naïveté prêtera pour le moins à rire sinon à moqueries.

Il en va ainsi d'une certaine innocence ou naïveté en matière de cœur et de sentiments comme en matière de penser; pour les affaires privées comme pour les affaires publiques, toutes deux atteintes d'un certain degré de corruption des cœurs et de l'esprit.

Cela entre cependant, et comme dit précédemment, dans la normalité, de sorte que cela ne choque plus personne: il est attendu que…le contraire serait étonnant. Ce contraire qui serait bon et juste serait étonnant et non efficient.

Me trouvant au centre de santé RATP parce qu'on allait me laisser partir sans payer la consultation on s'étonna que je rappelle que n'ayant pas de mutuelle je devais effectivement payer  la part qui n'était pas pris en charge par le régime général ou spécial aux agents RATP.

Ce qui étonnait c'était l'honnêteté comme si cela allait de soi qu'on fût malhonnête. En amour non plus l'honnêteté ne semble pas payer: l'honnêteté des sentiments moins que les sentiments feints, joués, visant une autre fin que celle déclarée et beaucoup alors se déclarent faux pour jouer le jeu.

De loin s'avèrerait plus efficient jouer un jeu malhonnête qu'un jeu honnête. Si la malhonnêteté est de mise elle devient la norme, ici aussi la normalité aurait pris la place de la moralité, et passerait pour innocent ou naïf qui l'ignorerait.

Ainsi il y aurait un jeu vicié des sentiments et du cœur comme des pensées, de l'esprit; comme il y aurait aussi un jeu vicié des institutions. Comment s'en étonner! Aucune institution fut-elle juste et bonne ne pourrait bien fonctionner si le cœur et l'esprit qui commandent à son fonctionnement est juste et bon.

Le mal de notre civilisation il ne faudrait donc pas tant le chercher dans nos institutions fussent-elles viciées, corrompues, qu'en l'homme civilisé, et j'aimerai à ce propos et pour l'illustrer faire parler mon expérience, et désolé si je ne tire pas comme Montaigne mes exemples de Cicéron ou d'Epicure.

En Nouvelle Calédonie où j'étais interne on se battait souvent et quand on était un petit blanc, un zoreil, il se pouvait qu'on ait affaire à un canaque. Eh bien ce canaque si l'on se retrouvait au sol cessait immédiatement de cogner.

Peut-être maintenant vicié, ayant appris de notre normalité plus que de notre moralité, que leur comportement a changé et perdu de sa noblesse guerrière. De retour en France et comme agent de sécurité de la RATP il m'a en effet souvent été donné de voir qu'un homme au sol était roué de coups par qui autrement n'en serait jamais allé de son coup de pied.

Que personne n'y trouve à redire, que personne n'en fut choqué montrait clairement que l'on était non dans la moralité mais dans la normalité (qui en avait pris lieu et place).

vendredi 4 septembre 2026

A toutes les Armelles de la terre


La vie redevient facile, des livres la lecture tranquille. Armelle ne sera bientôt plus qu'un petit point jusqu'à disparaitre à l'horizon (de l'oubli) où tout fini par s'estomper, c'en est fini aussi avec la jouissance des femmes. Il y a tant de choses que l'on fait en dehors de nous pour nous quand toutes les choses que l'on pourrait faire pour nous ne seraient que les choses en nous.

Et je travaille à moi, et c'est tout le travail que je me donne. L'amour n'est que saisissement de l'autre et par l'autre. Et cependant nous n'ignorons pas qu'il nous échappe, que jamais nous ne pourrons le saisir entièrement, que jamais il nous appartiendra comme nous nous appartenons, qu'il est à jamais l'autre.

Quant bien même il serait l'autre que nous aimons que cet amour de l'autre ne fera jamais qu'il soit autre que l'autre. Et bien autre que moi était Armelle que je renvoie tout à sa peine d'être, qui était une toute autre peine d'être que la mienne, à laquelle bientôt je serais indifférent, ne me retrouvant alors plus qu'avec mon être.

Combien sommes nous à vouloir purger plus que notre peine? D'Armelle j'avais déjà épousé toute la peine, comment affranchis d'elle vais-je m'en plaindre? Me voilà donc sans cette peine d'être qui portait le joli nom d'Armelle et qui, avec ce joli nom d'Armelle que j'aime à prononcer, résonnera encore un peu en moi avant d'aller se perdre dans les lointains. 

Et sans plus réveiller aucun écho en moi qui n'entendrait plus le son de sa voix. Seulement, peut-être, ce vers de Paul Verlaine "Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a l'inflexion des voix chères qui se sont tues", ce vers qui aura en moi gagné en résonance et profondeur. Combien de peines et de souffrances faut-il à un poète pour écrire un vers? ou combien en un vers il peut en être contenu?

J'en prendrais mieux la mesure comme je prendrais mieux la mesure de toutes choses longtemps après qu'elles aient pris fin, et moi enfin libre de toutes choses qui ne seraient pas moi, comme de toute peine d'être qui ne serait pas ma peine d'être, et dans la jouissance et réjouissance de mon être libre et égoïste, regretterais je encore toutes les Armelles de la terre qui gravitent avec leur peine d'être?

jeudi 3 septembre 2026

C'est pas une femme pour toi


C'est pas une histoire à dormir debout, même si j'en ai pas dormi de la nuit rien que d'y penser, c'est pas non plus une histoire à pleurer de rire, c'est pas un one man show, c'est pas moi, c'est ma grand-mère qui se retourne, comme les morts se retournent dans leur tombe quand ça leur plait pas ce qu'on fait, et c'est pour me redire encore une fois ce qu'elle m'a souvent dit auparavant: c'est pas une femme pour toi. 

Mais grand-mère que j'ai envie de lui répondre, mais c'est pas bien, mais ça se fait pas de répondre aux morts, alors je me tais, paix à son âme, et moi faut que j'arrête d'entendre des voix comme Jeanne d'Arc ou comme Chateaubriant parce que c'est une voix d'outre tombe que j'entends: c'est pas une femme pour toi.

Tu me l'as déjà dit mille fois que j'aurais bien envie de lui dire à la grand-mère si je m'écoutais mais c'est elle et pas moi que j'ai toujours écouté puisque ça c'est toujours passé comme elle, elle la grand-mère elle disait, et pas comme moi je voulais. Moi, pour qui l'aurait pas encore compris, j'ai toujours voulu que ce soit une femme pour moi, mais toujours la grand-mère qui dit: c'est pas une femme pour toi.

La grand-mère, mais je voudrais pas trop raconter les histoires de famille, que dit ma tante, elle a toujours fait le mal partout autour d'elle, et c'est vrai que la grand-mère elle en voulait pas non plus de la belle fille pour son fils, et que ce serait alors pas trop pour mon bien qu'elle aurait dit comme je l'entends encore dire: c'est pas une femme pour toi.

Y aurait à l'heure qu'il est un tas de femmes pas pour moi devant chez moi que j'y aurais mis sur les conseils de ma grand-mère et comme on met le gros œuvre, parce que c'est pas rien une femme qu'est une femme qu'est pas pour moi, ça prend de la place, et que j'attends que le service de la voirie et de la mairie passe, c'est pour la décharge, mais ça y arrivera pas parce qu'y a un tas gens aussi qui passent devant chez moi et qui pensent aussi que ce sont pas des femmes pour moi.

Le pire avec tout ça c'est que j'en veux à personne moi, ni à ces femmes qui ne sont pas faites pour moi d'après ma grand-mère ni à ma grand-mère elle même qu'a dit à chaque fois que j'en trouvais une qui me paraissait bien et qui me plaisait, que c'est pas une femme pour moi, ni aux gens qui passent devant chez moi et les ramassent toutes avant que le service de la voirie passe et ramasse plus rien.

Je voudrais cependant pas que ça arrive aux oreilles de la dernière comme ça arrive aux miennes ce qu'elle dit la grand-mère sinon que ça finira comme avec les autres, et c'est que ma tante elle en a souffert de ce qu'elle a dit la grand-mère et que moi je veux pas en souffrir parce que les femmes une fois qu'elles sont parties elles reviennent plus et que je les entends plus comme j'entends encore la grand-mère me dire: c'est pas une femme pour toi.

Alors je t'en supplie, tais toi grand-mère, que de là où tu es et de l'épaisseur de la pierre, rien ne semble y faire, que t'as toujours eu la voix qui porte et que ça toujours été à en croire ma tante le malheur ici bas pour ceux qui t'entendent et qui restent seul, le malheur et la perte parce que c'est ben vrai que toi t'as plus rien à perdre de là où tu es. Et puis c'est toi qui le dis: c'est pas une femme pour toi.

mercredi 2 septembre 2026

L'histoire des corps


Il lui faut un corps pour exister, un corps et sa fonctionnalité, un corps pour lui et un corps pour l'autre, son corps à lui mais aussi le corps de l'autre il lui faut pour exister; sa complétude, sa plénitude, est la complétude, la plénitude à deux, l'amour est une manière d'y goûter, de reposer en deux corps entrelacés, deux corps qui se donnent l'un à l'autre pour ne faire plus qu'un.

Et quand il leur faut se séparer on dit que chacun revient à son existence mais ce n'est pas vrai parce qu'il n'y a pas d'existence séparée sinon vécue alors comme existence du manque, existence à défaut, et c'est l'autre qui manque, et c'est l'autre qui fait défaut, pour exister complètement, pleinement, et l'on dit à deux quand on a l'impression de ne faire plus qu'un, de n'être plus qu'un.

Et qui a connu cette existence a connu l'amour, appelle cela l'amour, l'amour comme seul lieu, lieu et temps, où il lui est donné d'exister vraiment; ne veut plus connaître d'existence autrement, se dit qu'il n'y a pas d'autre existence vraiment et que seul il lui manque un corps qui est le corps de l'autre et que son corps n'existe vraiment qu'avec le corps de l'autre.

Il lui a fallu cependant apprendre a exister autrement et c'est dans cette indépendance des corps, non pas des corps unis mais des corps désunis. D'abord il lui a fallu sortir du corps de sa mère pour n'être plus qu'un corps, un corps désuni, un corps qui ne demandera plus qu'à s'unir à un autre corps pour avec lui faire corps.

Alors il aimera et son amour sera amour d'un corps auquel il voudra s'unir, qu'il voudra sentir comme son propre corps et y être comme dans son propre corps et tant que cela ne se pourra il ne pourra vivre, parfois se tuera si le corps de l'autre vient à lui manquer, parce qu'il y aura goûté et ne pourra plus s'en passer de confondre son corps au corps de l'autre.

Cette confusion des corps entraîne une confusion de l'esprit qui n'est pas sans appartenir aux corps et ce sentiment confus sans être un sentiment des corps unis, de l'union des corps auxquels l'esprit reste attaché et se confond aussi, c'est-à-dire ne s'appartient plus et goûte à cette existence à deux, à deux qui ne font plus qu'un d'où sa confusion, cette "con"fusion(c'est-à-dire fusion avec)  qu'on appelle l'amour.

Et l'on parle de corps étranger quand un corps rejette un autre corps et le phénomène de rejet est aussi naturel que le phénomène d'attrait, il suffit pour cela de penser aux aimants, ce mot si étrangement semblable à amants, de comment ils s'attirent et de comment ils peuvent se rejeter et cela dépend de comment ils sont tournés l'un vers l'autre, tournés ou retournés.

Dans un cas comme dans l'autre chamboulés l'un par l'autre, jamais indifférents. Les pôles opposés s'attirent. Force physique. Force des corps. Force plus forte qu'eux. Ils se soumettent comme ils se soumettent l'un à l'autre. On dit qu'ils s'aiment. Les voilà unis les deux aimants, les deux amants, les deux corps, fondus ou confondus en une seule et même existence comme en un seul corps devenu corps de leur existence.

NB

Le mythe de l'androgyne de Platon: "Or quand le corps eut été ainsi divisé, chacun, regrettant sa moitié, allait à elle; et s'embrassant et s'enlaçant les uns les autres avec le désir de se fondre ensemble […] c'est de ce moment que date l'amour inné des hommes les uns pour les autres: l'amour récompense l'antique nature, s'efforce de fondre deux êtres en un seul, et de guérir la nature humaine".