mercredi 21 octobre 2026

Des êtres visionnaires parce qu'authentiques


Je crois pouvoir m'arrêter pour aujourd'hui à cette réflexion que j'ai eue et c'est qu'il nous arrive comme il arrive à notre société d'être à un moment de fracture et c'est avec nous-même comme la société avec elle-même, et j'insiste sur le mot fracture car ce n'est pas rien, et pourtant il passerait de nous inaperçu, ce moment de fracture, d'autant que nous en sortirions changé.

Il n'y aurait alors qu'une vision extérieure et postérieure qui pourrait en parler ainsi, et c'est historiquement parlant, et ce n'est pas comme nous pouvons parler de nous même qui sommes continuité de l'être mais de l'être changeant, qu'on pencherait pour dire imperceptiblement changeant, et c'est qu'effectivement nous ne nous en rendons pas bien compte, ne pouvant pas plus être extérieure à nous même que ne l'est la société.

Un sentiment, une intuition, tout au plus, de ce que quelque chose est en train de se passer, de ce que quelque chose est en train de nous modifier, mais sans davantage nous l'expliquer, seulement le vivre, nous sommes dedans, nous passons, nous changeons, et aussi bien nous ne changeons pas; mais le regard extérieur porté sur nous comme sur la société ne verrait que ce changement et rien d'autre.

Car ce ne serait qu'un instantané, qu'un instant fragmenté pris sur notre vie comme sur celle de la société qui est un tout, d'où la fiction de l'histoire et la réalité de notre propre existence qui fait que nous ne nous rendions à peu près compte de rien, d'aucun changement qui soit réellement changement dans le sens où nous en sortions modifié, plus le même.

Aussi seul un observateur extérieur peut s'exclamer: comme tu as changé! mais c'est aussi qu'il ne nous voit pas tout entier, du commencement à la fin, dans la continuité de notre vie; et pour ce qui est de la société il faudrait alors la voir aussi comme un être vivant qui a un début et une fin qui se tiennent comme nous nous tenons dans notre vie. Sinon c'est faire de notre histoire comme de l'histoire de la société une fiction.

Car nous sommes dans la société comme en nous même vivant, c'est-à-dire partie prenante, indescriptiblement liés, s'extraire de soi même comme de la société parait être une entreprise impossible, il n'empêche que des personnes comme Walter Benjamin, cet auteur du siècle passé et qui en avait prévu bien des malheurs, aurait cette capacité qu'on dira intellectuelle quand bien des intellectuels se sont fourvoyés, mais que je dirais plutôt intuitive et qui procèderait plutôt d'avoir collé au plus près de la réalité et d'eux-mêmes, des êtres visionnaires parce qu'authentiques.

mardi 20 octobre 2026

Faut pas rêver!


Toujours cette impression quand je reviens au roman de reprendre contact avec la réalité, et dire que les lecteurs passent pour des doux rêveurs quand le lecteur de roman est l'homme de tous les jours bien ancré dans son quotidien; il faut être passé par la philosophie et la poésie pour faire la différence de genre.

Le philosophe veut refaire le monde, avec le poète il l'idéalise ou le noirci, dénigre, calomnie, mais jamais n'y met vraiment les pieds: il est à hauteur d'idées et n'y descendra pas. Il y a bien un peu de poésie aussi qu'un peu de philosophie dans tout roman qui est un peu comme un pot pourri où l'on trouve de tout, mais c'est la réalité du vivant qui prédomine et à laquelle aussi il n'échappe pas, faut pas rêver!

Oui, contrairement à l'idée reçue tout nous dit dans le roman qu'il faut pas rêver comme ce qui arrive au rêveur. Oui, rien de mieux qu'un roman pour nous remettre les pieds sur terre, aussi beaucoup cherchent dans les romans des leçons de vie et ce sont en effet des expériences de vie qu'ils peuvent recevoir mais sans prendre de coups de bâtons.

Et c'est cette absence de coups de bâtons sans doute qui les fait passer pour des doux rêveurs, qu'on croit par la lecture les voir devenir et qu'ils deviennent très certainement s'ils finissent par croire que tout se passe dans la vie comme dans un roman qu'on lit sans prendre de coups de bâtons alors qu'ils pleuvent tout autour de nous. Non! faut pas rêver!

Le disent ceux qui aimeraient leur administrer ces coups de bâtons histoire de les ramener à la réalité et c'est en quoi l'on pourrait tout de même parler d'une réalité idéalisée puisqu'elle se passe de coups de bâtons; et il en serait ainsi si seul le lecteur en serait indemne mais non les personnages du roman et c'est à leur enseigne que le lecteur est enseigné.

Cette enseignement ne vaut cependant pas enseignement de vie, on est dans la fiction, et qui oserait par la suite se permettre ce que se permet un personnage de fiction il pourrait lui en coûter comme il en a coûté au personnage de fiction, tandis que comme il se contenterait de lire, ce qu'il fait, il ne pourra rien lui arriver; au cas contraire: faut pas rêver!

Faut pas rêver! sonnerait là comme un avertissement, une mise en garde faite aux lecteurs, à tout lecteur qui (oui, c'est ça) prendrait ses rêves pour la réalité, ses rêves étant bien entendu ses lectures qui sont comme autant d'expériences de vie, certes, mais sans les coups de bâtons. Alors, faut bien lire mais faut pas rêver! C'est autre chose la réalité de la vie que la réalité du roman, que de vivre à même la vie où les coups de bâtons sont bien ressentis.

lundi 19 octobre 2026

A quoi bon!


Je crois pouvoir dire sans trop me tromper et faire une généralité sans que trop de mon temps puissent y échapper que s'il nous était donné d'exprimer tout haut ce que nous pensons tout bas très souvent reviendrait comme un leitmotiv: A quoi bon!

Si je vais voter, et je ne vais plus voter, et comme moi beaucoup de ma génération, et qui sait si encore plus de l'autre, ne vont plus voter, et comme eux je pense que voter pour les uns comme pour les autres n'y changent pas grand chose, et alors on se dit tous ensemble: A quoi bon!

Quant à faire carrière comme nos pères il aurait fallu être de leur génération pour en avoir la motivation et c'était accéder à la société de consommation car pour beaucoup on ne pourra pas dire qu'ils avaient la vocation, n'étions nous pas alors en droit plutôt que de vouloir ce qu'ils avaient voulu et déjà obtenu: un niveau de vie appréciable (surtout par eux), de vouloir que notre profession réponde à une vocation. Travailler pour travailler: A quoi bon!

Résultat (pour beaucoup d'entre nous) le chômage, et plutôt que les subsides du travail les subsides du chômage, et comme ils s'étaient accommodés des premiers nous nous accommoderions des seconds aussi que de leurs récriminations, car si nous avions pensé de toute la hauteur de notre pensée par trop altière: honte à eux, à leur tour (juste retour des choses) de toute leur pensée par trop terre à terre ils disaient: honte à vous. Quant à tous ce qu'ils avaient fait avant nous le continuer après eux nous disions: A quoi bon!

Leurs luttes ont en parle encore mais sans plus les comprendre que les guerres de religions ce qui ne nous empêche pas de les juger comme nous jugeons ces dernières et c'est tout autant de ne pas les avoir connus. Ils aiment l'histoire comme nous aimons l'actualité, ils se raccrochent à leur passé comme nous nous raccrochons à notre présent, car pour nous se retourner: A quoi bon!

Et, pour finir, mettre des enfants au monde et dans quel monde, nous étions déjà beaucoup à nous poser la question mais pas tant à y répondre conséquemment, cependant que les choses n'allant pas s'améliorant nous serions de plus en plus nombreux à nous dire: A quoi bon!

Aussi il ne faudrait pas être surpris comme je le fus que ma tante qui avait fait fortune dans la merguez à Bordeaux, la ville de Montaigne avant d'être celle de la merguez, me parle du lâcher prise, si c'est toujours de soi que l'on parle ou ce que l'on se dit à soi-même que l'on voudrait faire partager aux autres, mais ce qui aurait valu pour sa génération ne valait plus pour la mienne qui n'était pas plus celle de Montaigne que celle de la merguez mais bien du: A quoi bon!

dimanche 18 octobre 2026

Ma génération


J'avais perdu de vue ma génération et c'est que charrier par la vie on peut en être déporté comme baigné dans le bain multigénérationnel être amené à les confondre toutes. Aussi j'apprenais que c'était pour commencer, ce qui était un début de distinction, une génération de prénoms que j'avais un peu oublié, qu'elle était donc faite de Catherine, de Murielle, de Corinne, d'Anne, de Guy, de Jean, de Frédéric, de Philippe car je n'étais pas le seul Philippe de ma génération.

Je les trouvais d'emblée sympathiques sans m'expliquer vraiment pourquoi et c'est que cela se passait pour une fois d'explications, de justifications, et c'est que le courant générationnel passait entre nous comme aussi que leurs pensées me semblaient familières, qu'elles me traversaient comme elles les traversaient, que nous en étions toutes et tous irriguées même si elles commençaient à dater.

Mais je n'en avais pas vraiment suivi l'évolution et il est vrai que je renouais seulement et qui dirait fatalement ou inéluctablement avec elle et c'était bien confortable et rassurant, deux choses qui avec l'âge commencent à compter vraiment. C'était un monde d'appartenances comme de lieux communs où il était bon de se retrouver. L'originalité de tout temps peut être déplaisante, voire déplacée, et cela est sans doute un trait commun intergénérationnel.

Les attitudes mêmes qui sont les attitudes de l'âge ou de conformité avec l'âge faisait que l'on pouvait se sentir en terrain connu, c'est que nous aurions traversé à peu près les mêmes épreuves comme l'outrage du temps ensemble quoique séparément bien que nous ne l'ayons pas été autant que notre solitude, qui peut-être aussi fut le lot commun, ne l'eut prétendu. Je peux seulement aujourd'hui mettre des visages, des expressions du visage, des corps, des expressions du corps, et les donner aussi comme propres à cette génération qui est la mienne.

Je l'avais quitté enfant, déporté en outre mer, pour ne plus la retrouver qu'à un âge avancé, et quand je dis retrouver c'est la reconnaitre et me reconnaitre en elle, et à cela j'avais tardé mais l'on ne peut pas couper les ponts avec sa génération car les générations sont elles mêmes comme des ponts qui mèneraient d'une génération à une autre, qui partent de l'enfance et débouche sur l'enfance. Et je ne peux maintenant m'empêcher de les revoir enfants.

Daniel Maillard et sa sœur, comment s'appelait encore sa sœur car son nom doit être un nom oublié de ma génération, que je ne savais pas qui des deux je pleurais quand quittant la Normandie pour la Nouvelle Calédonie j'en fus séparé, éloigné, je ne les reverrai plus jamais, mais je revoyais ma génération et eux en ma génération et en l'amour que je lui portais il devait y avoir de l'amour que je leur avais porté, et c'était aussi un amour de déporté et il n'est pas bon d'être de sa génération trop longtemps déporté au point de ne plus la reconnaitre et en elle se reconnaitre. Sa sœur c'était Christine, voilà, voilà qu'en retrouvant les noms de ma génération je retrouve ma génération.

 

samedi 17 octobre 2026

En aparté


Si j'avais un reproche à me faire, car comment en ferais-je à d'autres qu'à moi-même, ou ne commencerais je pas par m'en faire à moi même que je suis censé connaitre mieux que quiconque, mais voilà où justement le bas blesse et c'est au fondement de cette connaissance qu'elle me fait aller et c'est d'avoir trop vécu en aparté.

M'étant toujours examiné ainsi, c'est-à-dire seul, en dictateur (car de là dictant ma conduite), il ne m'était pas difficile de former sur moi un jugement par trop clair et absolu. Mais comment en aurait-il été différemment, si pour relativiser il aurait fallu que je ne sois pas seul mais en compagnie de mes semblables pourtant tous différents les uns des autres mais suffisamment semblables pour que l'on se compare.

Si je me croyais avoir de la volonté voilà que je vois s'exercer une volonté dont je n'aurais pas eu l'idée jusque-là qu'elle puisse exister et se manifester. Si je croyais aimer voilà que des cœurs plus chastes se montrent aussi être des cœurs plus purs. Si je me croyais sensible voilà qui se dit dur et que je trouve plus sensible que moi et inversement si je me croyais dur voilà qui se dit sensible et que je trouve plus dur que moi. 

Comment ne pas se perdre et être confondu par le nombre? Comment s'y retrouver qui est comment se retrouver? Quant à sa vérité si chacun est porteur de sa vérité que vaut-elle et pour qui vaut-elle, peut-elle se prétendre avoir une valeur universelle? Il en va ainsi de son amour quand chacun aurait sa façon d'aimer, et de sa façon de penser qu'en chacun aurait sa façon de penser.

Et c'est une nouvelle terrifiante que celle que l'on ne dispose plus de son moi, j'entends de façon absolu et discrétionnaire, qu'il soit mis en doute, qu'il soit relativiser, et cela par la seule existence des autres moi qui se le disputent et cela non pas en le poussant dans ses retranchements mais plutôt à s'ouvrir aux autres moi.

Je compris alors que le moi était le siège du pouvoir (car il n'y aurait pas d'autre pouvoir qu'absolu et discrétionnaire) et pour autant l'existence de tout autre moi serait alors jugée suspecte et fort compromise, voire nier par celui là même qui sous couvert de l'Etat et en aparté, ce qui signifie de manière privée, confidentielle ou à l'écart du reste du groupe, se sentirait autorisé à l'exercer.

jeudi 15 octobre 2026

Je crois au courage de tout un peuple...


Je crois au courage de tout un peuple comme on pouvait dire que les spartes étaient courageux; si je compte parmi mes amis des modèles de courage comment ne pourrai-je pas être comme eux; il se trouve que le courage se spécialise comme les hommes se spécialisent, les hommes de la montagne sont courageux en montagne et les hommes de la mer en mer; il faut pour le savoir avoir nager avec les polynésiens au milieu des requins.

Et je ne doute pas qu'en cas de guerre les occidentaux seraient se montrer courageux, ce qui est se montrer courageux dans l'épreuve qui requiert un tel courage, mais ce qui est bien dommage c'est qu'en temps de paix l'on se relâche sans quoi l'on ne serait pas amenés trop souvent à guérir le mal quand il est déjà là, c'est-à-dire qu'il est déjà trop tard pour y échapper. 

Etait-ce de Foucault ou de Bergson que j'ai lu qu'il y aurait des petites guerres qui n'auraient, si l'on voulait les justifier, que pour but ou pour effet d'entretenir l'esprit guerrier quand l'inévitable, l'effroyable grande guerre, requerrait de tous le sacrifice ultime. Pourtant on le voit tourner, le mal, comme on voit tourner les requins avant qu'ils n'attaquent.

Et les polynésiens savaient les écarter du bout de leur flèche, c'est-à-dire les dissuader d'attaquer, comme resserrer leur rang ou se mettre dos à dos pour protéger leurs arrières. Je ne sais si ces gestes élémentaires de prudence aussi que de courage, car l'on fait face, font encore parti, après les spartes, de la tradition d'une très vieille civilisation, c'est-à-dire des gestes appris ou mieux encore des automatismes acquis.

Mais mes amis ne sont point trop courageux et je ne le suis moi même que très peu, et tous nous évitons de penser à la mort quand pour les philosophes comme pour les religieux d'antan il fallait y penser, et c'était y habituer sa pensée, et c'était s'y faire, s'y préparer, comme on peut s'y faire à l'idée de la guerre, s'y préparer; et ce n'est pas la vouloir, mais c'est ne pas lui tourner le dos et la regarder en face.

Rien qu'un petit kyste au doigt mais j'avais peur de cette IRM suivi d'une radio et d'une échographie; et qui dit que tous ces moyens mis en œuvre n'étaient pas là pour répondre à mes craintes comme à celles de tous ceux de mon siècle, mais ils demandaient à voir avec les yeux froids de la science et des techniques mis à notre service. Ils ne nous rendront cependant et malheureusement pas le courage de nos aïeux.

mercredi 14 octobre 2026

C'est mal commencer…


C'est mal commencer que de se sentir l'égal d'un autre, mieux vaut sentir ce qu'il nous reste à faire pour l'égaler, et il n'y a que de cette égalité gagnée dont on puisse être fier et qu'une fois gagnée on ne puisse plus être fier, autant dire que cette fierté n'est jamais longtemps gagnée comme que l'égalité tant prônée ne peut longtemps nous satisfaire.

Ce serait être satisfait de son sort, ce serait un contentement de soi gagné à peu de frais, et je préfère entendre dire de l'homme comme j'entends dire de quelqu'un: qu'il n'est jamais content. Ne lui demandez pas alors d'aimer l'égalité: c'est aller contre sa nature, c'est tuer dans l'œuf sa volonté d'être qui n'est jamais seulement volonté d'être mais volonté d'être plus.

Il n'est que volonté de croissance trop souvent confondu avec la volonté de puissance et c'est que l'on manque à la nuance comme en manque ceux qui veulent écraser tout le monde et ce n'est pas parce que je ne veux pas écraser tout le monde qu'il n'y ait pas en moi, l'homme, de volonté, non pas alors de puissance mais de croissance, qu'il n'y ait pas en moi de volonté de m'accroitre.

Mon semblable m'est bien égal. Qui prétend aimer son semblable prétend aimer son égal. Qui prétend aimer son égal? Cette prétention à l'égalité est à mettre au nom de l'hypocrisie générale. A qui va notre admiration? A qui va notre amour? Où nous porte notre naturel? Vers le bas ou encore vers notre égal ou bien plutôt vers le haut? On parle d'aspiration et c'est aspiration a être qui n'est jamais aspiration à l'égalité.

Je crois que c'est Platon qui en parlant de l'amour des garçons pour les garçons trouvait cet amour bien fondé si l'un était pour l'autre un modèle tandis qu'il en irait différemment d'une femme qui aimerait un homme pour ses richesses matérielles et seule pourrait avoir honte d'un tel amour, et tomberait de haut en apprenant qu'il est pauvre, tandis que le premier et quelque soit la valeur réelle du modèle se serait élevé.

Ils voudraient se sentir égaux quand l'égalité ne les fait ni s'aimer ni s'élever les uns les autres, et en considération des autres, mais plutôt se rabaisser les uns les autres, et en considération que de soi-même, car c'est arrêter tout élan de croissance, et pas de puissance, confusion, faut-il le répéter, dans laquelle ils tombent trop souvent, et rend suspecte tout aspiration qui ne serait pas aspiration à l'égalité.

CITATION

Mariano José de Larra, Articulos: "Muchas cosas me admiran en este mundo: esto prueba que mi alma debe pertenecer a la clase vulgar, al justo medio de las almas; solo a las muy superiores, o a las muy estupidas les es dado no admirarse de nada"

mardi 13 octobre 2026

La moralité des comportements


Comme je lisais Histoire de la sexualité de Michel Foucault, et c'est beaucoup dire, car j'en avais entrepris au choix un chapitre, et n'entendais pas le lire autrement que par goût et caprice, aussi que de façon sporadique, le laissant et le reprenant à ma guise, car me sentant appelé en même temps par d'autres lectures, ce qui fait de moi un lecteur inconstant et infidèle, ou l'inverse si l'on considère que j'y reviens souvent et ne lâche jamais complètement, ceci comme tout ce que j'entreprends une fois et pour toujours.

Aussi je tombais sur ce passage: "les individus ou les groupes se conduisent en référence à un système prescriptif qui est explicitement ou implicitement donné dans leur culture et dont ils ont une conscience plus ou moins claire. Appelons ce niveau de phénomènes la "moralité des comportements" " qui me renvoyait directement, me semblait-il du moins, à ce que j'étais en train de vivre par cette connaissance que j'avais de fraîche date et qui était plutôt une méconnaissance des modes de fonctionnement des sites de rencontre et c'est que j'étais depuis peu sur Randodate.

Il me semblait ainsi tout naturel d'adresser un message à qui j'avais rencontré lors d'une randonnée pour célibataires et un peu discuté avec, ce qu'on appelle faire connaissance; et en des termes il me semble sans doute invitant mais non point trop compromettant, encore moins prêtant à s'en offusquer; et si je donne toutes ces précisions c'est qu'à mes messages il ne fut pas répondu.

Etait-ce cela le nouvel usage? Ne pas répondre éviterait de se perdre en précautions aussi hypocrites qu'inutiles, mais cherchant toutes à ménager l'autre. C'est que, selon une moralité qui semblait être dépassée, la moindre des corrections aurait été de répondre. Devais-je à mon tour ne plus m'y sentir tenu, car le comportement des uns ne se règlent t-il pas sur celui des autres?

Seulement, si je devais ajouter à ma difficulté à comprendre la femme ou dans un sens plus large l'autre, celle de comprendre le mode de fonctionnement des sites avec leurs usages comme celui des likes auquel en tant que tout nouveau venu je ne me pliais pas: les trouvant tout à fait ridicules et déplacés: n'ayant jamais apprécié une personne pour sa photo et ne pouvant ainsi lui signifier que je l'appréciais pour cela.

Il serait intéressant cependant pour les spécialistes de se pencher sur les nouveaux comportements ou moralité des comportements que pourrait induire les sites de rencontre puisqu'il n'y aurait plus que comme cela que l'on puisse se rencontrer, qu'il faille absolument passer par eux si l'on ne veut pas rester désespérément seul, car cela ne veut pas dire qu'on ne le restera pas sinon avec espoir de ne pas le rester qui est celui qui anime tous ceux qui ont recours à ces sites.

Il faut bien alors les considérer et les faire entrer dans nos pratiques mais il doit avoir là plus qu'ailleurs un flou à comment se comporter, qui amenant plus de naturel amènerait aussi plus de sauvagerie, chacun ne se sentant plus tenu par l'autre qui resterait cet étranger avec qui néanmoins l'on aurait échangé mais avec qui l'on ne se sentirait nullement obligé, pas plus qu'avec un anonyme puisqu'à son anonymat s'en serait retourné comme nous au nôtre.

Ce n'est plus la famille, pas plus la société des amis, on voit des photos, à ces photos s'attachent des noms de façon tout aussi gratuite ou fortuite, à défaut d'histoire un rapide historique ou présentation de la personne, de la personne sans histoire sinon personnelle, sans histoire commune, une aventure qui sait, probable, improbable. A quoi s'en tenir? Comment s'en tenir? A rien, à presque rien.

Il y a un naturel artificiel et une artificialité dans le naturel car ce n'est en réalité pas plus gratuit que fortuit: des êtres sont là qui ont voulu être là pour se rencontrer mais qui feignent d'être là en passant, d'être là sans vraiment y être, d'être là pour eux sans vraiment y être pour l'autre, conduite bizarre, extravagante, ou très quant-à-soi.

Exploration d'un univers inconnu qui est l'autre vu sous l'angle de l'inconnu: sorti de l'inconnu avec retour possible à l'inconnu à moins que quelque chose se passe, se fasse; sinon à rien l'on est tenu ou à quoi l'on devrait être tenu, pas de règles en la matière, pas de règles préconçues, on est comme lâchés dans la nature, comme des êtres primitifs qui auraient une voiture et surtout un smartphone et internet.

lundi 12 octobre 2026

La partie d'échecs


Que le jeu d'échecs soit un jeu guerrier et, qui n'aura pas voulu faire le parallèle ou simplement établir des correspondances entre la stratégie militaire et la stratégie aux échecs, trouvera ce qu'il a bien voulu y chercher mais Kasparov, ex champion du monde d'échecs, qui portait souvent sur l'échiquier de féroces attaques à ses adversaires, dans son livre: La vie est une partie d'échecs, ne s'est pas limité au champ de bataille mais plutôt étendu (ses réflexions échiquéennes) à la vie.

Une vie qui n'est pas inquiété aux échecs, qui n'encourt pas le risque de mort comme sur le champ de bataille, mais où nous sommes aussi amenés à prendre des décisions comme dans la vie. Et pourtant. "On dirait qu'ils jouent leur vie" se laissèrent aller à dire les joueurs de mon équipe, faisant allusion à certains, du nombre desquels nous pensions nous distinguer. Le match n'avait cependant pas encore commencé et on ne voit jamais que le visage de son adversaire.

Qui le temps d'une partie devient son ennemi. Car à peine la partie commence que les visages se referment et comme la partie va se durcir les visages aussi vont se durcir. C'est les hommes et pas le jeu qu'il faut voir pour voir la guerre. Inutile d'être au préalable des ennemis. L'on peut même être les meilleurs amis au monde. Cela n'empêchera pas que l'on devienne les pires des ennemis. Déjà l'on ne se parle pas ou plus. L'heure est grave et les mines renfrognées.

J'avais en face de moi un bien brave homme qui, avant que les hostilités commencent (car c'est bien de cela qu'il s'agit et personne ne sera épargné), avait passé les consignes et imparti les règles du jeu comme le temps qui nous était alloué. Mais ce n'était plus le même, et ce que je pouvais lire sur son visage, maintenant que la partie avait commencé, était une détermination farouche à me battre et cette impuissance que je connais trop où l'on livre tout parce qu'on ne veut rien livrer: et c'est vaincre ou mourir.

Vous dites que l'homme joue, moi je dis qu'il ne joue plus, aussi que c'est son vrai visage qu'il montre, dur, fermé, et non cet autre souriant, avenant, envers vous bien disposé, et je ne doute pas que le mien m'aurait fait peur au moment critique de la partie: je n'avais pas envie comme on dit de rigoler. Mon dentiste qui trouve que mes dents sont usées dit que c'est à force de trop les serrer, voire de les faire grincer. Je ne m'en rend pas compte, que je lui répondis,  et qui sait si c'est quand je "joue" aux échecs.

Ah oui, j'allais oublier, ce qui en dit aussi beaucoup sur la nature humaine et qui sait si sur la guerre. La guerre sur l'échiquier est terminée depuis un moment et mon adversaire a retrouvé son air bon enfant et son rôle de responsable de club: il débarrasse déjà les échiquiers des tables, je me propose de l'aider, mais c'est très gentiment qu'il repousse mon offre: nous sommes le club invité et la guerre est terminée nous pourrons bientôt tous retournés dans nos foyers (après avoir goûter à la fraternité des compagnons d'armes, ils nous a été servi un bon café).  

dimanche 11 octobre 2026

Une expérience humaine


Ceci est une mise en garde que je ne ferais à personne si je ne me l'a faisais d'abord à moi-même et plus que pour qu'elle soit gravée dans le marbre pour qu'elle soit gravée dans ma tête et autant de têtes qui puissent en avoir connaissance. Abreuvés comme nous le sommes de savoir livresque ou lectures diverses toujours idéologiquement et politiquement orientées aussi bien que de faits divers, ladite actualité.

Comme un homme de gauche je peux me planter là et abhorrer le monde de la finance. Il n'y aura pas loin alors que mon jugement se reporte sur qui de près ou de loin l'approche, pire, en fait partie, c'est-à-dire sur tous ces hommes qui participent du monde de la finance, confondant alors le jugement que j'aurais sur une société qui serait la société de la finance (ou régit par) avec les hommes qui font (de gré ou de force) partis de cette société.

Je n'ai pourtant de la finance qu'une connaissance plutôt sommaire pour ne pas dire inexistante ou pour toute connaissance que cette considération dépréciative de cet ère après Marx et Le Capital que nous serons peu a avoir lu quand beaucoup sans l'avoir lu rejetterons le capital qui se résumera pour nous au capitalisme; toujours des mots et des idées derrière ces mots qui font vitrines illustratives comme paravents.

Car on ne sait jamais trop de quoi l'on parle sinon de notre argent, on dit notre argent et ce que d'autres en font, et c'est à nos yeux de l'argent avec de l'argent, qui leur profiterait plus qu'il nous profiterait, voilà pour la plupart d'entre nous où s'arrêterait notre connaissance pour le moins sommaire et lacunaire du monde de l'économie et des finances.

Si après ça on nous sort en fait divers un Jérôme Kerviel, ce trader jugé responsable de la totalité des pertes enregistrées par le groupe bancaire la société générale, ou certains d'entre nous aurons peut-être choisi d'avoir leur compte bancaire, et c'est tout le monde de la finance qui s'en trouve sali et le monde de l'argent plus que jamais est à nos yeux le monde de l'argent sale.

De là que les gens qui y participent y participent, c'est-à-dire se salissent les mains avec cet argent sale il n'y a qu'un pas que nous faisons allègrement sautant à pieds joints de notre considération (idéologique) de l'argent à celle des hommes qui sont dans la finance. Car, si nous en doutions encore, voilà l'exemple humain qui pourrait illustrer et confirmer au mieux notre pensée.

Mais qui peut prétendre connaitre les tenants et les aboutissants de l'affaire Kerviel comme de connaitre l'économie et les finances, d'en avoir été instruit plutôt qu'abreuvé de lectures idéologiquement orienté (de l'après Marx et Le Capital) aussi que de faits divers jamais glorieux ni édifiants. Or il se trouve que, s'il ne m'est pas davantage donné de connaitre Kerviel que le monde de la finance, j'ai connu Alexandre.

C'est au cours d'une randonnée que je me suis adressé à Alexandre qui m'a dit qu'il était formateur et dans le domaine de la finance. Après cette présentation, je compris mieux le mutisme et la distance qui l'avait tenu jusqu'à ce moment où la parole d'Alexandre fut libérée et profita à tous, car elle était bonne à tous ne blessant personne en particulier, et ceci parce qu'était à la source de cette parole une écoute singulière.

Je dis à Alexandre que j'aurais besoin de covoiturage et appris aussitôt que A était le seul du groupe (17 personnes) à s'être proposé à un covoiturage et qu'il avait déjà deux personnes à ramener chez elle, ce qui n'empêcha pas Alexandre d'envisager aussi vite comment il pourrait me venir en aide et de trouver la gare où il pourrait me déposer qui me rapprocherait le plus de chez moi.

Je ne veux pas avec A (Alexandre) généraliser mais pas plus qu'on est en droit de généraliser avec K (Kerviel), aussi que si avec A (Alexandre) on avait eu plus de curiosité à connaitre le monde des finances on aurait peut-être une autre approche que celle de M (Marx). Les hommes sont bons à connaitre et l'expérience humaine plus que l'expérience livresque (toujours idéologiquement orientée) bonne à avoir. Et le mutisme que les beaux parleurs.

samedi 10 octobre 2026

La pinaillerie et la rouerie


Il faudrait que je commence par définir ce que j'entends par survie avant de dire que la plupart d'entre nous vivons sous le mode survie quand très peu d'entre nous par conséquent vivrait vraiment, c'est-à-dire sur le mode vie. Est dans le mode survie qui est totalement pris par la vie, et les turbulences de la vie, de sorte qui lui est pratiquement impossible de prendre avec elle cette distance suffisante qu'à le spectateur avec le spectacle qui lui est offert et ainsi d'en jouir pleinement.

Et c'est me direz-vous qu'il n'est pas spectateur mais acteur de sa vie. Non, il est agit par la vie plus qu'il n'agit sur la vie, tout est chez lui réaction comme réagit celui qui va se noyer en nageant s'il a appris à nager et souvent il a mal appris, mal appris à vivre, et c'est en quoi il est dans la survie et que souvent il boit la tasse. Aussi il y a beaucoup plus d'êtres que l'on pense qui sont dans la survie et beaucoup moins que l'on pense qui sont dans la vie.

La retraite est un âge, un temps, où l'on peut apprécier la vie autrement, et c'est que l'on peut passer du mode survie au mode vie, je dis bien l'on peut parce que tous nos mécanismes qui sont réglés sur un mode de fonctionnement qui est celui de la survie, voudraient continuer à s'affairer autant, ce qui est se débattre autant, c'est que les tient la peur de couler, ils voudraient rester à la surface de la vie et aussi restent-ils à la surface de la vie et continuent-ils à se débattre tout autant.

Une plongée dans la vie qui serait vivre pleinement la vie leur a été refusé dès le départ, dès le départ il leur a fallut survivre, c'est-à-dire nager tant bien que mal (sans arrêt chercher à faire surface), c'est-à-dire encore se débattre avec la vie et dans la vie. J'ai connu ces êtres plein de roueries et ce sont ceux qui sont en mode survie, c'est à quoi je les reconnais; tandis que les autres avec lesquels il ne m'a pas été donné d'être je les reconnais plutôt à leur pinaillerie (ou pinaillage).

Et c'est Valery Larbaud qui va aimer et décrire les loquets dorés des trains de luxe de ses voyages de par le monde, et c'est Proust dont la vie n'est peut-être pas un long fleuve tranquille mais une longue phrase interminable ou qui n'en termine pas de terminer, et dans son journal décrivant par le menu ses dispositions et les indispositions de sa femme c'est Michelet… La liste pourrait être longue mais ça ferait au bout du compte que très peu de monde dont je n'ai pu qu'apprécier la vie mais la vie vue autrement parce que vécue autrement.

Et ce n'est pas sur le mode survie et voilà un style qu'on dit bien vivant mais qui n'est bien souvent que pinailleries (ou pinaillages) pour celui qui est pris par la vie jusqu'au cou, au bord de la noyade, et qui se débat tant bien que mal avec toute la rouerie dont il est capable qui serait comme l'intelligence mise au service du mal, du mal qui est du mal vivre, et comme j'ai compris Armelle sans pouvoir la comprendre, et comme je l'ai apprécié sans pouvoir la juger,  et comme je l'ai jugé sans pouvoir l'apprécier, Armelle qui se croit bien vivante, Armelle la survivante.

C'est que tous les gens que j'ai pu approcher sont dans le mode survie, et bien qu'ils pensent vivre ne font que survivre, tandis que ces beaux parleurs de la vie et (faut-il bien le reconnaitre) sont les seuls à l'éprouver pleinement (aussi en profondeur, pas qu'en surface) et à nous donner autant et pour autant envie de la vivre à nous à qui il n'est pas donner de la vivre autrement qu'en mode survie, à nous plein de rouerie, à nous qui n'avons pas l'esprit à pinailler.

vendredi 9 octobre 2026

La classe de l'être


Le conatus de Spinoza: "L'essence de l'homme n'est pas autre chose que l'effort par lequel l'homme s'efforce de persévérer dans son être" puis cette stratégie de la nature dont parle Bergson qui concourait de même à la préservation de l'homme en mettant en jeu des dispositifs instinctifs, sociaux et psychologiques contre les dangers de l'intelligence ramènent tous deux l'homme à un être qui tient plus que tout à la vie.

Ils ne prennent donc pas en compte le suicide et plus que le suicide le sacrifice. Et il n'est pas loin de moi de soutenir cette gageure: c'est que l'homme plus qu'à la vie tiendrait à l'homme, que l'être tiendrait à l'être plus qu'à la vie, qu'à l'être pour qui il serait capable de donner son être. Il me souvient avoir appris en ethnologie que chassés de leur tribu les primitifs se laissaient mourir.

Cela ne doit pas étonner l'homme d'aujourd'hui pour qui un seul être vous manque et tout est dépeuplé, ce qui l'amène par conséquent au suicide. De même se laisse plus facilement mourir celui qui a perdu les siens et souvent les couples âgés ne se survivent pas longtemps. Que l'homme tient à la vie on ne semble pas l'avoir oublié mais qu'il tienne à l'autre, cela il semble l'avoir oublié tant tout concourt à le lui faire oublier.

C'est qu'il n'est plus tenu par la nécessité: c'est Armelle qui me disait que certaines femmes se retrouvaient si démunies aujourd'hui qu'elles étaient amenées à chercher un homme par nécessité. Et cela choque. On croyait ces temps révolus. Que celui d'aujourd'hui était celui de la femme indépendante. Mais, plus récemment, une femme sans emploi me laissait entendre que ce n'est pas pour autant qu'elle ferait l'aumône à un homme.

L'on pourra en conclure que s'il n'y a pas toujours une indépendance de fait les esprits eux sont indépendants et libres, que l'être ne tient plus à l'être, du moins ne veut plus tenir à l'être, sinon ne tenir qu'à lui-même. Par conséquent l'homme serait de plus en plus cet être qui tient plus que tout à la vie dont parlait Spinoza puis Bergson, à la vie, et non à l'être.

Puisque, ni par la nécessité, ni par l'esprit, il n'est cet être qui tient à l'être. C'est pourquoi au lieu de regarder du côté de la société il vaudrait mieux regarder du côté de l'être ce qui ne va plus et pourquoi cela ne va plus. Tous ces hommes seuls, toutes ces femmes seules, ne disent-ils pas en cœur: mieux vaut être seul que mal accompagné. C'est que l'être pour l'être ne serait plus de bonne compagnie???

On est à sa télé, à son portable, à son ordi, à son animal de compagnie, à son travail, à ses loisirs, le plus souvent seul parfois accompagné mais il y va des personnes comme des biens en circulation, denrées périssables vite mises au rebut, on les prend et s'en déprend, leur réserve le même traitement qu'à des marchandises consommables et périssables, seules les consommables peuvent intéresser la consommation.

Dans cette marchandisation de l'être on ne peut pas dire que l'être tienne à l'être plus qu'à la vie, c'est que l'être s'est désubstantialisé, qu'il a perdu de sa substance d'être, qu'il est moins être et plus marchandise consommable ou avariée. Jamais il n'y aurait eu autant mépris de l'être. Et ce n'est plus un mépris de classe sinon que l'être a changé de classe: il n'appartient plus à la classe de l'être.

jeudi 8 octobre 2026

Un ange déchu


Nous sommes au chevet de ce malade la société, en faisons sans cesse le diagnostic, y dispensons nos attentions aussi que nos remèdes, et nous nous étonnons que son cas ne fasse qu'empirer sans jamais nous dire qu'au lieu de considérer cette entité abstraite construite de toutes pièces par nos idéologues autant que par nos sociologues mais qui se disputeraient à trouver une définition qui leur convienne à tous, car tous ils s'en font une idée différente comme on se faisait une idée différente de Dieu, ce qui engendrait autant de disputes et de discordes qu'aujourd'hui.

Quand seul existe l'homme, qui, qu'on le veuille ou non, est bien réel, l'homme, la pierre d'achoppement de l'humanité, d'une humanité qui voudrait se faire sans lui, mais comment pourrait-il y avoir une fourmilière sans fourmis? Sans compter que les hommes ne font pas société comme les fourmis font fourmilière, en ce sens l'intelligence est moins sûr que l'instinct. Et si l'homme qui veut faire l'ange fait la bête, l'homme qui veut faire la bête fait bien l'ange, mais un ange déchu.

Aussi les forces démoniaques de l'homme gagnent l'homme qui veut faire la bête, malade de tant de culture, de progrès, de civilisation; retour au corps, à l'inconscient, aux superstitions, aux forces obscures de l'être qui a cessé de croire à tout ce qui l'éclaire, aux lumières, à la raison. Et c'est pour l'emploi qu'on en fait et c'est parce que tout ce qui sert la société le dessert qu'il a aussi perdu la foi, la connaissance et la reconnaissance. Il concourt à se perdre parce qu'il est perdu, ce qui veut dire délaissé par une société qui n'a cure que d'elle-même.

Il se sait livré à lui-même et il l'est en effet à ses démons, car c'est eux que toute la société flatte, la société flatte la bête, non pas l'homme civilisé, non pas l'homme cultivé, non pas l'homme moral, non pas l'honnête citoyen d'Athènes ou de Rome, non plus que l'honnête homme relégué à un autre siècle ou la personne humaine et sa conscience (parce qu'elle ne peut être humaine sans conscience) comptait encore pour les hommes d'église mais aussi pour les humanistes.

Le voilà enfin libre mais il court dans tous les sens sans savoir où donner de la tête et se cogne à tous les murs parce que la société ne cesse pas pour autant de lever des murs et sur lui de resserrer son étau, bientôt par elle il sera broyé, mais cet inconscient donne aussi de la tête dans le vide comme la bête à cornes qui voudrait tuer le toréador qu'on dirait s'amuse avec lui, qu'on dirait le donne en spectacle qui est le spectacle de sa furie, de celui qui ne sait plus ce qu'il fait et pourquoi il le fait, dont la vie n'a pas plus de sens que celle de la bête qu'on mène à l'abattoir.

Mais j'aime cet homme, qui aime encore cet homme, que reste t-il encore en lui à aimer, n'est-il déjà pas trop tard pour l'aimer, quand il ne reste plus que sa rage, que son désespoir, à aimer. Mais on lui préfère déjà la société, lui-même préfère déjà la société à laquelle il s'est rendu comme les vaches se rendent à l'étable. C'est qu'il faut espérer qu'il n'y ait pas que des vaches, des êtres vaches dans le troupeau mais aussi des toros, plus nobles, plus beaux.

mercredi 7 octobre 2026

L'amour, un leg universel


Je vais te dire comme je me dis à moi même parce que j'en ai besoin comme tu en as besoin quel est le leg de tes morts. Et c'est pour commencer la première raison que je vois que d'avoir après eux moins peur de la mort et plus de courage à vivre. Quant à leur amour ce n'est pas qu'il soit perdu à jamais mais plutôt qu'il ne peut plus se perdre comme tout ce qui d'eux t'a été donné et comme tout ce qui d'eux t'a été donné il te faudra le donner à ton tour.

J'aime ce mot de passeur, que nous ne serions que des passeurs, aussi que ce qui nous a été passé nous devrions le passer non pas pour que tout reste de nous mais parce que rien n'est de nous qui ne sommes que des passeurs, et le testament est bien réducteur si nous en restions au testament comme si nous gardions d'eux, nos morts, seulement leur testament qui répond seulement à leurs dernières volontés quand nous ne voudrions pas que l'on garde de nous seulement nos dernières volontés.

C'est leur amour qui doit nous rendre plus fort et c'est en cela qu'il ne sera pas mort. Qui après peut accepter d'être traité sans amour. C'est être indigne de l'amour reçu que de s'abaisser à un moindre amour. Aussi chaque être humain qui a été aimé ne peut déchoir à un amour si bas qu'il ne mériterait pas qu'on l'appelle de la même manière, recevoir le même nom, et ce n'est pas orgueil mais leg des morts qui nous ont aimé.

Qui dit qu'il n'a plus le cœur à aimer s'il est comme par l'amour habité (qui est celui de l'être qui l'a aimé) quand d'autres diraient qu'ils sont hantés par leurs morts et c'est vrai qu'on n'est plus tout à fait seul, qu'on ne sera plus jamais tout à fait seul, mais accompagné de cette présence qui n'est plus présent non plus qu'elle n'est passé ni futur, qui a cessé d'exister dans le temps pour exister en nous.

On ne peut jamais rendre que l'amour que l'on a reçu; il n'est pas à nous, rien n'est à nous, qui ne sommes que des passeurs, l'amour ne s'enterre pas, pas plus en nous quand n'importe qui qui voudrait le garder pour lui, qui mourrait avec lui en même temps que son corps qu'il croyait seul à pouvoir dispenser l'amour, erreur mortelle qui fera que son amour ne connaitra pas de passeurs, s'arrêtant à lui, pourrissant avec lui.

Quand l'amour véritable est ce leg universel que tout le monde peut recevoir de tout le monde et que j'ai reçu de Sylvie, nos morts ne sont pas partis avec, nous ne devons pas partir non plus avec, il faut le passer, le testament répond seulement à nos dernières volontés qu'on dit être la volonté du mort tandis que ce leg universel qu'est l'amour doit être le fait du vivant de son vivant.

mardi 6 octobre 2026

L'amour, une aventure humaine


Il n'est qu'une aventure qu'il nous est donné à tous de vivre et c'est une aventure humaine et cette aventure humaine c'est l'amour. Nous pouvons nous y sentir petit, mais il faut y être grand; enfin, y donner toute notre mesure, et qui n'a rien contre le sexe dirait que si le sexe est seul à en donner la mesure on ne peut pas dire que c'est la mesure de l'homme sinon de l'animal jouisseur et reproducteur.

On pourrait cependant s'arrêter là à moindre frais et beaucoup s'arrêtent là à moindre frais, et ce serait peut-être rester à ce stade esthétique dont parlait le philosophe danois Kierkegaard dans son journal d'un séducteur, l'autre stade éthique répondrait à l'ancienne génération dont mon ami reprit l'expression: "quand on touche on se marie". Cet engagement étant alors l'engagement d'une vie.

L'amour n'en reste pas moins pour beaucoup la seule aventure humaine qu'il leur est donné de vivre. Elle l'est en cela qu'elle les sort de leur ordinaire quand le mariage bourgeois n'a finalement résulté être qu'une retombée dans l'ordinaire dont seul les amours impossibles par cette impossibilité même de leur réalisation ont pu échappés et sont par là même devenus légendaires.

Ils sont des modèles comme peuvent l'être pour les religieux les mystiques, les mystiques qui s'élèvent au-dessus de toute religion statique dirait cette fois-ci un autre philosophe, Bergson, dans Les deux sources de la morale et de la religion, qui a une religion statique oppose une religion dynamique.

Et l'on pourrait dire avec Bergson qu'il ne s'agit pas d'une différence quantitative: plus ou moins d'amour, mais qualitative; qu'il s'agirait d'un amour d'une autre nature et qui est celui auquel se sentent aspirés, voire élevés, les jeunes amoureux, quand dans l'extase amoureuse comme dans l'extase mystique on pourrait ne voir que pure folie.

Quand ceux qui demeuraient dans cet état par cet état seraient définitivement appelés à sortir de leur finitude pour toucher à l'infini et à l'éternel qui serait l'infini de leur amour et l'éternel de leur amour, et sortiraient définitivement du commun des mortels qui ne leur pardonneraient pas de leur vivant quitte à les canoniser et les immortaliser une fois mort. 

Mais il faut dire que la plupart d'entre nous ne voudrions pas perdre la tête, et pourtant de l'avoir perdu nous sentirions étrangement libres et non tenus par tous ce qui jusque-là nous tenaient. La société (et souvent celle de nos proches) ne serait en effet pas étrangère à nous faire considérer que cet amour serait dangereux pour nous, et il l'est en effet mais pour la société car c'est d'elle qu'il nous libère.

D'où l'expression: "vivre d'amour et d'eau fraîche (à quoi on rajoute) ne paie pas les factures". C'est qu'on ne sait pas où l'on s'aventure, et c'est en quoi il s'agit là d'une véritable aventure, qui se tient au-dessus de la raison comme au-dessus de la morale, en tout cas de la raison et de la morale d'une société toujours trop statique, trop conservatrice, quand on pourrait parler de l'élan amoureux comme d'un élan vital.

Mais ce serait encore se méprendre sur cet élan vital si nous le résumions à nous, car cet élan vital serait plutôt un saut au-delà de notre propre vie, et c'est en quoi l'amour serait aspiration au sacrifice, et dans ce sacrifice il faudrait voir le sens de sa vie et notre bonheur qui serait le bonheur de se donner. Que cette aventure emporte l'humain au-delà de l'humain, non, mais au-delà de lui-même, oui.


CITATION

Ici j'ai choisi de citer une autre aventure humaine, celle de la guerre, dans Terre des hommes de Saint Exupéry: "Mais un camarade s'engagea, puis un second, puis un troisième, et tu subis avec surprise une étrange transformation: tes occupations, peu à peu t'apparurent futiles. Tes plaisirs, tes soucis, ton petit confort, tout cela était d'un autre âge. Là ne résidait point l'important." On ne pourrait mieux décrire l'état amoureux.

lundi 5 octobre 2026

Amour et pouvoir


On dit aussi bien Dieu est amour que Dieu est toute puissance, pourtant on est loin de penser à un homme de pouvoir comme à un être d'amour, et si en voulant le pouvoir c'est l'amour qu'il avait voulu, tout l'amour, la toute puissance serait tout l'amour. Je pense maintenant à un enfant qui reçoit l'amour de sa mère: en recevant l'amour de sa mère l'enfant reçoit tout l'amour parce qu'il n'en considère encore pas d'autre.

Mais quand il en considèrera d'autre il le voudra aussi parce que c'est tout l'amour qu'il a reçu et ainsi tout l'amour qu'il voudra toujours recevoir, ad aeternam, les croyants ne demandant à leur tour qu'à être toujours aimé, exigeant ce même amour absolu qu'ils vouent à Dieu de Dieu et ceci à plus forte raison s'ils ne peuvent pas le recevoir ici et maintenant de tous qui serait comme étendre le royaume de Dieu sur la terre.

Il ne faut pas s'étonner alors qu'ils aient recherché à le faire: si l'empire de la religion n'est autre que l'empire de Dieu et l'empire de Dieu l'empire de l'amour parce qu'il n'y aurait pas grande différence entre l'être d'amour et l'être de pouvoir tout deux voulant étendre leur empire sur tous, c'est-à-dire être aimé de tous, de gré ou de force.

Si je dis que nos politiques ne valent pas mieux je dis aussi que nos politiques ne valent pas moins, qu'ils sont eux aussi amour comme Dieu est amour, et que c'est un absolu, et que c'est d'une exigence absolue, le reste n'est que démagogie, c'est-à-dire ne demande qu'à conduire le peuple à l'aimer, et ici tous les moyens sont bons qui justifient le but.

L'être d'amour est l'être qui demande a être aimé et l'être politique ou de pouvoir celui qui demande le plus a être aimé le plus et il l'est par le plus grand nombre sur lequel il établit son pouvoir, pouvoir qui ne demande qu'à être aimé, qui n'est que demande a être aimé. Résultat toujours défavorable en vue de cette quête d'amour qui est toujours quête d'absolu. 

Odile m'a dit qu'elle avait perdu sa mère quand elle n'avait que seize ans et Kamel que c'était dans un bus qu'il était né mais qu'on avait reconnu sa naissance qu'à un hôpital de la ville. C'était à cette randonnée pour célibataires, ces êtres d'amour privé d'amour, ces mal aimés qui voudraient être bien aimés, à qui sans doute comme à moi il avait manqué l'amour d'une mère.

dimanche 4 octobre 2026

En qualité d'homme


Il y aura toujours trop peu de policiers là où les gens se portent mal et trop là où ils se portent bien, comme il y aura trop peu de sécurité sociale là où les gens sont malades et trop là où les gens sont bien portants. Aussi on devrait cesser de penser en terme de quantité car pensent autant en terme de quantité ceux qui demandent plus de policiers que ceux qui demandent moins de policiers et ceux qui demandent plus de sécurité sociale autant que ceux qui demandent moins de sécurité sociale.

Aussi les uns comme les autres ne feront que participer à l'aggravation des problèmes d'une société qu'on pourrait dire alors de plus en plus malade sur le plan moral comme sur le plan physique. On est loin d'un esprit sain dans un corps sain. Aussi l'on ne luttera pas non plus contre la corruption dans la fonction publique en ajoutant des fonctionnaires qui viendront plutôt en augmenter le nombre en prenant le pli qui s'il est bon sera le bon pli mais s'il est mauvais sera le mauvais pli.

Toutes ces lapalissades ne semblent pourtant pas retenir l'attention d'une société qui a pris le parti délibéré de la quantité sur la qualité, la quantité l'emportant toujours sur la qualité, s'y soumettant comme on se soumet au vote majoritaire dans une démocratie. On pourrait parler de la trahison des élites si tout le monde ne participait pas à cette débandade générale étant au niveau où il se trouve au-dessous du niveau qu'exigerait une société pour faire société.

Il ne faut pas non plus désespérer sur le genre humain sinon se demander s'il n'est pas fait barrage à ces meilleures volontés ou représentants comme à ses meilleures intelligences et plutôt que de s'extasier ou d'apostasier l'intelligence artificielle, l'IA, le nouveau dieu qui sauverait l'humanité ou en précipiterait la fin, recourir à une intelligence plus humaine quand tout laisse à penser qu'elle ait cessé de plus en plus de l'être humaine et ceci bien avant qu'apparaisse l'intelligence artificielle, au point que seules ses erreurs étaient humaines.

Comment aussi peut-on penser parce que cela on peut le lire dans les journaux et non des moindres, dans Le Monde diplomatique, que, comme plus d'hommes (en l'occurrence des fonctionnaires) arrangeront les choses, plus de lois arrangeront aussi les choses. Quand ne serait-ce pas plutôt de meilleurs hommes, de meilleures lois; et qui dit que ces meilleurs hommes et ces meilleures lois n'existent pas déjà sinon qu'on croit pouvoir s'en passer quand sans eux et sans elles il ne peut y avoir de meilleure société.

De même comment ne pas ranger au nombre des conservateurs ceux qui mènent des combats d'arrière garde, pour ne pas perdre des acquis devenus privilèges ou qui n'ont plus lieu d'être sinon de contribuer au dépérissement de cette même société au florissement de laquelle ils avaient pourtant contribué; quand mieux vaut se battre pour gagner de nouveaux acquis au nom d'une nouvelle société plutôt qu'au nom d'une société vieillissante et vieillissant mal parce qu'en prenant de l'âge elle se serait viciée et aurait perdu le noble et généreux élan de sa jeunesse.

C'est que tout est à chaque fois à refaire, n'en déplaise aux anciens et comme ils se sont bien battus il faudra à d'autres bien se battre; que change la nature des combats qu'ils se consolent: pire serait que change la nature des hommes au point que non seulement ils ne puissent les égaler mais encore les prendre comme modèle. Car là aussi c'est la qualité qui plus que la quantité devrait être sujet de préoccupations. Que l'on puisse toujours parler en qualité d'homme et non en quantité d'hommes comme Ortega y Gasset (le grand philosophe espagnol) dans l'homme masse (qui est celui qui fait quantité et non qualité).


CITATION

Dans Le Monde diplomatique à l'article Réenchanter l'Etat on peut lire:

Pour le moins quantitatif: "Attal propose la suppression de cent mille postes de fonctionnaire et le Rassemblement national (RN) l'instauration d'une "règle d'or" budgétaire.

Pour le plus quantitatif:  "Insoumis, écologistes et communistes voudraient prendre le relais de collectifs, d'associations d'usagers ou de syndicats en proposant l'augmentation du nombre de fonctionnaires, le développement des services de proximité, la création de pôles publics dans différents secteurs(transports, banque, etc.), une sécurité sociale intégrale…"

samedi 3 octobre 2026

Les seins d'Armelle


Je ne peux m'empêcher de voir les seins d'une femme que comme une promesse de douceur même si cette promesse par les femmes n'est pas toujours tenue le ravissement obtenue n'en est pas moins grand et plutôt que de cantonner la femme à cet animal dont on s'interrogerait sur sa sexualité en se demandant si elle est plus clitoris que vaginale, je m'interrogerais sur si elle est plus seins que sexe.

Et ce serait plus maternelle que sexuelle, mais surtout plus douceur et sensualité que putain (dans le sens ancien que lui donne Le Larousse: qui cherche à séduire tout le monde) et sexualité. "Couvrez ce sein, que je ne saurais voir". Je n'ai pas l'hypocrisie d'un Tartuffe et il ne réveille pas en moi de coupables pensées sinon une infinie tendresse pour la femme.

Armelle s'est faite opérée des seins, déjà jeune ils lui pesaient au sens propre comme au sens figuré, je crois pouvoir dire qu'Armelle est plus sexe que seins, et que sa décision répondait à une nécessité qui n'était pas que physique et que se libérer ou se soulager un peu du poids de ses seins trop lourds à porter était plutôt que de s'en prendre à sa sexualité (trop souvent symbolisé par les seins) la libérer.

Oui, trop souvent ou trop longtemps considérés comme un outrage à la pudeur les seins qui ne sont que rondeurs et douceurs en sont au contraire la réclame plus qu'ils ne sont ceux d'une sexualité débridée. Il ne m'est ainsi pas impossible d'imaginer qu'une Armelle qui aurait eu plus de seins aurait été une Armelle plus douce.

vendredi 2 octobre 2026

Le moi aimant


Contre tous les ennemis du moi je dirais que le premier être à aimer devrait être nous même et que c'est à nous même que l'on devrait réserver le meilleur de nous même, quand il n'en va pas ainsi cependant. Et seul qui n'a pas aimer peut l'ignorer. Car c'est vers l'autre que notre amour est tourné et à l'autre que nous réservons le meilleur de nous-même.

Et si nous ne sommes pas à la hauteur de l'amour qu'à l'autre nous portons c'est que nous aurions dû nous aimer tout autant au préalable, ce qui serait se hausser au préalable à la hauteur de notre amour quand l'autre toujours nous porte plus haut que là où nous nous trouvons être. Aussi il m'étonne d'entendre encore dire de quelqu'un qu'il ne s'aime pas puisqu'il me semble évident que personne ne peut s'aimer autant qu'il peut aimer.

Du reste l'amour que nous nous portons est insuffisant puisque nous désirons être aimer, c'est-à-dire que l'amour de l'autre vienne s'ajouter à celui que nous pouvons nous porter. Nous sommes aussi plus altruiste qu'égoïste par nature puisque notre amour n'est pas tourné vers nous mais vers l'autre. Il n'est pas inutile de le répéter à tous ceux qui continueront à considérer le moi comme égoïste et égocentrique.

Et c'est tous ceux qui pensent avec Blaise Pascal que le moi est haïssable et qui se tournant vers Dieu se détournent de l'humain; s'en détournent également ceux qui ont mis la société à la place de Dieu et lui vouent un culte comme à une divinité qui également serait partout et nulle part. Quand de quoi peut souffrir le moi sinon de ne pas être là où est l'autre qu'il aime.

C'est l'autre, c'est l'étranger, et nous sommes prêt à lui donner jusqu'à notre vie pourvu que nous l'aimions. C'est qu'il donne à notre vie un sens qui est le sens du sacrifice, c'est par lui qu'à l'autre nous sommes appelés quand jamais nous ne vivons avec une telle intensité que quand nous sentons cet appel. Jamais dans notre existence nous n'atteignons un tel climax ou niveau de dramaticité comme d'amativité.

Jamais nous ne nous sentons autant exister que quand nous existons pour l'autre (et non pas pour nous). A la lumière de cela il faudrait réviser notre position sur la nature humaine et se demander si ce prétendu égoïsme et égocentrisme qu'on prête à l'homme ce n'est pas plutôt la société qui lui prête comme elle lui prête ses intérêts de sorte qu'il prenne les intérêts de la société pour les siens. 

Et, pire encore, serait attendre d'elle qu'elle donne un sens à sa vie quand on sait combien elle en diverge par le sens. Il n'y a pas pire ennemi du moi que les dévots de la société et c'est en quoi l'on peut encore parler de puritanisme et de moralisme. On sait par ailleurs qu'il n'y a de vrai religion qui ne soit amour et qu'il n'y a pas d'amour qui ne soit sacrifice. Mais pour que le moi se donne il faut encore l'aimer.


CITATION

Les Propos d'Alain: "Et, comme c'est être fidèle à soi que de regarder en soi cet homme qui veut être un homme, c'est fidélité aussi aux autres que les connaître hommes… L'homme a grand besoin de l'homme."

jeudi 1 octobre 2026

L'autre moi (ou la remise en question)


L'autre comme une remise en question de soi. Je ne sais pourquoi cela m'est venu à l'esprit mais pourquoi cela m'a  étonné que cela me vienne à l'esprit je le sais: et c'est que souvent loin d'être remis en question par l'autre il est dénigré, contesté, par nous, l'autre, que c'est la démarche naturelle et qui est défiance de l'autre ou simple prévenance ou mise en garde; on est sur son quant à soi comme on est sur sa défensive.

Il faut que tous ces barrages soient tombés pour que l'on se sente par l'autre remis en question et ce peut-être, si chacun est porteur d'une vérité, ce qui fait notre vérité par la vérité de l'autre remise en question, et ceux pour qui le moi n'existe pas n'existe pas non plus cette remise en question par l'autre moi aussi singulier que le nôtre puisse l'être de singulier.

Je n'aime pas ce siècle de sociologues où l'on ne peut plus dire moi sinon pour parler de la déconstruction du moi mais comment parler de la déconstruction du moi s'il n'y a pas de moi, et pourquoi un autre moi plutôt que de participer à la déconstruction du moi ne participerait t-il pas à son édification ou éducation et cela alors ne pourrait se faire sans une permanente remise en question.

Plus que les certitudes ce qui feraient obstacle à la remise en question de soi seraient ces jugements que l'on est si souvent amené à avoir et à faire sur l'autre à peine est-il connu de nous, voire sans même le connaitre, à défaut de le connaître le juger, car plus on le connaîtrait plus on s'abstiendrait de le juger et plus par lui on se sentirait appelé à une remise en question de soi.

C'est ce qu'il m'arrive à chaque fois que je quitte un ami c'est qu'en le quittant je quitte une part de vérité qui ne doit son existence qu'à l'existence d'un autre moi; je n'arrive pas à la connaitre en le connaissant car elle n'est pas mienne qui est la seule façon que j'aurais de la connaître mais je sens bien qu'elle constitue l'être en soi, le moi de l'autre.

On ne saurait mieux dire ce qui nous attire vers l'autre plus que ce qui nous oppose à l'autre, et les temps les plus forts d'opposition seraient les temps les plus faibles de remise en question, et il en irait ainsi de nous comme des sociétés quand fortes d'elles mêmes elles se montreraient peu enclines à une remise en question.

Et comme il y en a qui seraient pour les Empires je serais moi pour l'empire de soi qui seul permet la remise en question de soi par une abstention ou suspension du jugement sans quoi ne peut nous être révélée comme une vérité qui ne serait pas nôtre l'existence d'un autre qui est détenteur d'une autre vérité aussi entière aussi personnelle aussi revendiquée par tout son être et qui fait de lui un autre moi.

mercredi 30 septembre 2026

Il y a ce CD de Borodine Moussorgski Tchaïkovski


Il y a ce CD de Borodine Moussorgski Tchaïkovski, quelle résonance que ces noms, quelle résonance que cette musique. Oui, Armelle, c'est de la musique classique et cet ébranlement de mon âme est-ce toi ou est-ce elle? Après la mort de mon père c'est tout ce que j'ai eu de lui ce CD qu'il écoutait atteint par elle, cette musique classique, autant que par son cancer.

Que ne faut-il pas avoir vécu pour y être sensible? A quelle intensité de vie qui est amour, amour qui n'est qu'amour de la vie, ne faut-il pas être arrivé pour y être sensible? Et c'est quand elle fait signe de nous quitter, la vie, l'amour, que notre âme à son diapason vibre le plus fort, à croire que tout en elle est musique et toute musique céleste.

Je n'y suis pas parvenu d'un seul coup, trop forte, trop intense pour moi, cette musique comme la vie, il a fallut la mort de mon père, puis celle de ma femme, puis toi Armelle si vivante et si charnelle pour que je l'aime cette musique qui est comme toi sans véritable tendresse mais peut-être est-ce cela la vie, sans tendresse, sans affectation, sans manière, sans destinataire, comme toi ouverte, femme putain et mère.

Rien qui ne m'appartienne, pas plus que la vie, pas plus que l'amour, pas plus que toi Armelle, et que tout ce qui se perd; il reste cette musique qui plait aujourd'hui à mon âme triste de tout perdre, qui l'ébranle, qui la renverse, qui la retourne comme une crêpe. C'est à la chandeleur, cela me revient, que mon père faisait des crêpes, mon petit frère allait bientôt naitre et Apollo 11 ne tarderait pas à atterrir sur la lune.

Mais je pense à Borodine Moussorgski Tchaïkovski à leur âme, autant dire à leur musique qui est vibration de l'âme, que je n'aurais jamais atteint sans rien perdre en chemin, à ce qu'ils ont pu vivre et perdre car tout n'est pas que gain, Armelle, ni qu'excellence de l'instrument, que matière, que chair, certes il les fallut vivant, bien vivant, vibrant, bien vibrant.

Non ce n'est pas la musique du malheur à moins que le bonheur ne soit comme une crêpe qu'on retourne à la Chandeleur, à moins que des deux natures confondues elle ait cette musique les accents dans ces instants perdus tendus vibrants éjaculant sa pâte dans la poêle bien chaude et accueillante où elle fut bien prise; mais lamentablement retombant dans ces temps morts qui sont aussi malencontreusement des temps forts.

mardi 29 septembre 2026

Quand on aime


Quand on aime quelqu'un on voudrait être là où il est: Dieu n'aimerait pas qu'on soit là où il n'est pas, c'est pourquoi l'on dit qu'il est partout Dieu, et c'est son amour qui est partout, tandis qu'il est de nous comme de notre amour qui s'en tient à une personne et n'a pour les autres qu'indifférence: peu lui importe qu'elles soient là où elles sont si c'est là où il n'est pas.

Il faudrait avec l'amour avoir reçu le don d'ubiquité qui est la capacité d'être présent en plusieurs lieux ou partout à la fois, en même temps, ce qui est loin d'être notre cas et par conséquent nous contrarie beaucoup, c'est-à-dire contrarie beaucoup notre amour. Il est égoïste par nature ne pouvant s'étendre beaucoup ni très loin de là où nous sommes: le temps comme la distance jouent contre lui.

Il requiert une présence et l'absence le désole car s'il vient à s'absenter bientôt tout n'est plus que ruine et désolation. C'est comme une ancienne civilisation. Mais nous voilà, loin de notre amour, redevenu barbare, inculte, piétinant avec rage ce sol où nous avons tant aimé, et brisant tous ces vestiges qui nous le rappelle trop et pas assez pour s'en contenter.

Si l'on pouvait encore embrasser l'humanité il n'y aurait pas de cet être vous manque et tout est dépeuplé. Insupportable solitude. Insupportable multitude. Puisqu'elle ne peut pas être l'être aimé. Puisque l'être aimé lui a été retiré. Et que tout notre amour il a emporté. Il n'est peut-être rien quand il est tout pour nous et c'est qu'il nous pèse tant que l'humanité entière n'arrive pas à faire le poids contre lui.

Il n'y a pas plus mauvais investissement, c'est un investissement à perte, et c'est tout mettre dans le même panier, et c'est laisser les autres de côté. Ces affamés, ces assoiffés d'amour, combien sont-ils à se battre pour être aimés, et combien le seront demain car pour aujourd'hui il en manque déjà beaucoup à l'appel, sont-ils morts de chagrin ou de mauvais traitements?

Et à qui iront-ils se plaindre? Armelle tu te plaignais à moi d'avoir été mal aimée. Armelle à qui voudrais tu aujourd'hui que je me plaigne si tu n'es pas prête à m'écouter comme je t'écoutais et à compatir comme je compatissais. Armelle comment aurais tu pu l'être davantage aimé, davantage que je t'aimais? Armelle, ce n'est pas pareil que de vouloir l'être à son avantage que de l'être davantage. 

De l'amour on voudrait tirer un beau parti et ce serait comme tirer parti de l'amour, l'amour réduit ne peut-être réduit qu'à cela: en tirer un beau parti et les limites de notre amour ne sont que nos propres limites, avec lui c'est à elles que nous touchons. Je voudrais depuis qu'on s'est quittés l'ouvrir à l'humanité mon cœur qui ne bat plus que pour moi quand c'est maintenant à peine si je l'entends.

Armelle, tu ne connais pas Michelet, il a écrit l'histoire de la révolution, mais ce que j'ai lu de lui c'est son unique roman La sorcière où déjà il épousait le sort des femmes, aujourd'hui dans son Journal je lis: " Combien on s'attache fortement, en circonscrivant, concentrant tout sur un objet!" Et pourquoi c'est toi Armelle cet objet et pas l'humanité, est-ce à toi ou à Dieu que je dois me plaindre de m'avoir fait ainsi aimer.

lundi 28 septembre 2026

Les habitudes


Comme l'animal est fait d'instincts l'homme est fait d'habitudes. Tayeb fait au moins trois fois par jour sa prière. Il dit que ça l'aide à tenir mais ce n'est pas la prière qui l'aide à tenir mais l'habitude de la prière qui l'aide à tenir, comme ce n'est pas tant le contenu de tout ce que je lis comme de tous ce que j'écris qui m'aide à tenir sinon l'habitude de lire et d'écrire.

Maintenant c'est de manger comme de dormir qui nous fait tenir debout plus que l'habitude de manger et de dormir, c'est pourtant celle qui s'inscrit le plus près de nos instincts tandis que celles mentionnées antérieurement relèvent davantage de la culture, de la société humaine plus que de la nature humaine; aussi quand les premières nous permettent d'exister tout court, les secondes nous permettraient d'exister en société.

Il n'est pas sûr encore qu'elles relèvent de l'existence sinon autrement que du sens que l'on chercherait à donner à son existence. Une existence sans prières comme sans lectures serait une existence proprement animale puisque répondant essentiellement aux besoins animaux. Il fallu que l'homme n'eut plus a être sans cesse en quête de nourriture pour que sa quête prenne dirons nous une nature plus spirituelle.

Goce, grand lecteur (devant l'éternel), m'a étonné en disant qu'il était bon de cesser de lire pour reprendre contact avec la réalité. C'est du vécu, il ne faut donc pas le prendre à la légère: Goce aurait ressenti cette coupure entre réalité et fiction, cette coupure ou hiatus qui est aussi distance mais aussi esquive avec la réalité, petit pas de côté quand on ne veut pas se la prendre en pleine gueule.

Il serait bon aussi de se la prendre en pleine gueule d'après Goce et l'on en revient aux habitudes: ce serait pour ne pas perdre l'habitude de se la prendre en pleine gueule, pour continuer a y être fait à l'existence. Je pense à cet autre ami, comment s'appelait il encore? Je ne sais plus de lui sinon qu'il avait servi de secrétaire à cet écrivain espagnol Alvaro Pombo et qu'il disait que le rugby lui faisait du bien.

Quoi de plus viril comme à l'armée où mon livre me fut arraché des mains. L'intellectuel souffre toujours de ce préjugé défavorable: qu'il a perdu contact avec la réalité, qu'il faut qu'il revienne à la réalité, à l'existence brute, pour ne pas dire à l'existence des brutes, et ce sont en particulier les brutes qui le lui rappellent à leur manière qui est la manière brutale.

Mais Goce est un être doux et cultivé et c'est en quoi il m'étonnait de l'entendre ainsi reprendre le discours des brutes épaisses. Il faudrait cependant ajouter qu'il est avocat d'affaires et que dans les affaires il faut savoir à quoi s'en tenir parce que le monde des affaires n'est pas tendre, mais le monde intellectuel l'est-il? Il ne conte pas toujours fleurette.

Goce a donc l'habitude des affaires comme Tayeb a l'habitude de la prière et moi j'ai l'habitude de lire et d'écrire, toutes ces habitudes que nous avons contractés nous aident également à vivre. Le (dur) métier de vivre écrivait Cesare Pavese qui a fini par se suicider. Les habitudes de vivre, et quelles qu'elles soient, sont pourtant comme les instincts ce qui nous ancre le plus dans l'existence.

J'ai appris récemment que l'auteur de L'esprit des lois disait que l'habitude de la lecture ou de l'étude le tirait très vite de toute petite contrariété ou chagrin qui cessait alors de le tourmenter dès qu'il s'y mettait. Et Goce, qui est un bon joueur d'échecs, ne niera pas qu'il n'y a rien de mieux qu'une partie d'échecs pour se concentrer sur autre chose que notre petit moi souffreteux (au café de la Régence ils n'ont pas vu la Révolution passer).

dimanche 27 septembre 2026

L'intuition


La mort devrait être une affaire personnelle, une affaire personnelle que nous avons à régler avec la vie. Armelle m'a plu quand elle m'a dit qu'elle n'avait pas peur de la mort parce que je l'ai cru. Pour une fois elle ne mentait pas. Il faut dire qu'Armelle mentait avec cette honnêteté trompeuse propre à ceux qui ont accepté leurs mensonges, ce qui les rend aux autres plus recevables. 

Rien de plus appréciable aussi qu'un menteur qui dit la vérité. Elle transpirait la vérité comme elle pouvait transpirer la fausseté. Seulement ce qui transpire des êtres se sent, imperceptible à l'intelligence mais pas à l'intuition. Etonnant qu'Armelle m'ai demandé si j'avais de l'intuition et si je croyais à mon intuition.

Je me souviens encore lui avoir répondu que j'en doutais. Mais j'en doutais comme ceux qui veulent se cacher la vérité sur eux-mêmes ou sur les autres parce que cette vérité leur déplait. En réalité elle ne m'avait jamais trompé l'intuition, et pas plus cette fois ci que les autres. C'est comme une petite voix intérieure qu'on devrait écouter plus souvent, vous en déplaise.

Il n'est pas de joueur d'échecs qui n'est fait le pari de l'intelligence: son intuition lui avait déconseillé de jouer le coup mais après avoir calculé il le joue quand même, mais il s'avère après coup (c'est le cas de le dire) qu'il s'est trompé et comme à lui il peut arriver à la société qui a tout misé sur l'intelligence de se tromper, ce qui ne l'empêchera pas non plus de tout faire à force de calculs, le considérant plus sûr que l'intuition.

Mu par l'intuition qu'il vérifie par du calcul, n'est-ce pas ce que fait tout scientifique, mais il faut lire Bergson et ce qu'il dit de l'intuition: "Toute la complexité de sa doctrine, qui irait à l'infini, n'est donc que l'incommensurabilité entre son intuition simple et les moyens dont il disposait pour l'exprimer" car ce qu'il dit pour le philosophe peut valoir aussi bien pour le scientifique que pour notre joueur d'échecs.

Souvent ce qui se perd dans les calculs c'est l'intuition première que n'arrivera pas à retrouver sinon peut-être a approcher au plus près autant le philosophe que le scientifique et le joueur d'échecs, encore moins tout celui qui voudra appliquer une doctrine, une théorie, des principes (et il y en a beaucoup au jeu d'échecs comme il y en a beaucoup dans la société) dont l'idée initiale se sera perdue dans le fatras de l'énoncé.

J'étais en moto avec mon petit frère derrière et je voulais prendre toute la route parce que je me trouvais dans une rue à sens unique quand une intuition m'en empêcha. Il arriva dans l'autre sens lancée à toute vitesse une voiture que je pus alors éviter. Dans ce cas comme dans celui qui se défend de suivre toute doctrine ou théorie dont ce serait perdue l'intuition première et originaire aussi que dans celui du joueur d'échecs qui malgré ses calculs aurait suivi son intuition, elle présente ce caractère négatif qui défend, dont parlait Bergson.

Impossible, comme dit Bergson, qu'elle souffle à l'oreille du philosophe, comme elle me soufflait à l'oreille, cet amour d'Armelle, impossible. "Impossible, parce qu'une certaine expérience, confuse peut-être mais décisive, te parle par ma voix, qu'elle est incompatible avec les faits qu'on allègue et les raisons qu'on donne, et que dès lors ces faits doivent être mal observés, ces raisonnements faux."

samedi 26 septembre 2026

L'être social


Si je suis un homme je suis tous les hommes, si je suis une femme je suis toutes les femmes, si je suis un noir je suis tous les noirs, si je suis un blanc je suis tous les blancs, par ce simple mécanisme de généralisation qui fait aller du particulier au général dont bien sûr tout le monde se défend mais plutôt mal que bien, encouragé comme il l'est par les médias à se faire une idée qu'il donnera comme sa propre idée des choses et des êtres.

Il m'étonne que cet aspect de la socialisation qui est un effet de la généralisation passe inaperçu quand on sait comment chacun est perçu et ce sera souvent par tout ce qui ne tient pas tant à sa personne qu'à ce qu'il représente aux yeux de qui ignorerait qui il est vraiment. La socialisation des êtres tiendrait tout entière à cette fiction ou méconnaissance de l'être dans sa particularité ou singularité.

Il n'y aurait d'être social que pluriel et fictionnel, fondement des préjugés par là même inévitables d'une société qui en outre en médiatiserait l'image ajoutant à cette superficialité celle de l'image qui ne pourrait se passer de commentaires attenant à l'image qu'on prendrait alors comme la réalité, rien ne serait plus faux qui ne passerait pour plus vrai.

Qui par le jugement différerait de l'opinion générale comme il arrive souvent et inévitablement quand on a de la chose ou de la personne  connaissance plus directe et plus personnelle ne serait pas entendu mais conspué comme pouvait l'être tout hérétique puisque son jugement personnel passerait pour rien d'autre qu'une hérésie.

La société a par conséquent dans ses composantes des constantes ou invariables qui la rendent tout aussi méprisable hier qu'aujourd'hui, ce qui n'empêche pas les sociologues de concourir à son édification et pourquoi pas à sa sacralisation. Elle est comme ce ciment qui voudrait faire tenir tout l'édifice en le figeant définitivement quand on sait que l'être vivant appartient par nature au mouvant.

C'est pourquoi elle sera aussi la société et par nature toujours branlante et de partout se fissurant. Elle aura alors ses spécialistes du colmatage, réformistes de tout poil et grands conservateurs s'il en est devant l'éternel. Tout le monde sait cependant qu'elle finira par s'écrouler. Les plus grands soins sont apportés à sa façade et c'est ce qu'on appelle l'hypocrisie sociale largement partagée par tous.

Les maux inhérents à sa nature passent pour des faits divers qui émaillent le quotidien de ceux qui vivent en son sein comme on vit au sein de la nature quand c'est une nature contrefaite et inhumaine qui ne tient pas de l'homme mais de la société qui a pris le pas sur l'homme, nier sa réalité et créer sa fiction: l'être social.

CITATION

Les Propos d'Alain: " il est formé, tout au contraire, à dire ce que tout le monde dit. L'erreur de Socrate, si l'on ose ainsi parler, était d'inviter chaque homme à combattre de sa vraie pensée."

vendredi 25 septembre 2026

A bon entendeur, salut monsieur le professeur


Il en fait une salade le Dédé. Et c'est à peu près cette salade qu'il va vous servir plutôt qu'un plat élaboré qui pour aussi parfait qu'il soit n'en serait pas moins empreint d'artificialité. Tout à commencer, et j'ignorais encore où cela allait me mener, quand la bouche pleine, et c'est que R m'avait invité à déjeuner, je m'empressais déjà et avant de la vider de lui raconter comment la vieille je m'étais rendu au Blitz Society.

Comme je lui racontais les parties d'échecs que j'y avais jouées et un peu trop facilement gagnées R se demanda quel intérêt cela pouvait bien avoir, et en effet tout ce qui n'est pas remporter de haute lutte ne mérite pas qu'on s'y attarde, or je m'y étais attardé en, par exemple, laissant mes adversaires reprendre leurs coups. Tu as jouer au professeur c'est alors exclamé R plus dépité que jamais.

R me renvoyait sans ambages à Kierkegaard et ses trois stades de l'existence: l'esthétique, l'éthique, et le religieux. Je m'étais donc arrêté au stade éthique, j'avais voulu faire dans le social. Je ne dirais pas que R avait un profond mépris pour qui s'arrêterait à faire dans le social mais lui dont le religieux hérissait le poil me faisait désormais figure de mystique appelé comme il l'était à un plus haut stade de l'existence.

Mais ce n'était pas de Kierkegaard mais de Henry Bergson que je tenais cette exigence suprême du mystique, enfin, c'est Henry Bergson qui me l'avait fait connaitre en me faisant connaitre les deux stades de la religion, la statique qui était celle que mon ami R abhorrait au plus haut point, et la dynamique qu'il me semblait à son insu partager avec les mystiques.

Me voilà aussitôt et par lui renvoyé à un champion du monde d'échecs Bobby Fischer qui m'apparaissait maintenant, alors que jusque-là et comme beaucoup je l'avais tenu pour fou, et beaucoup tiennent également pour fous les mystiques, qu'il se révélait à moi (après avoir entrepris la lecture des Deux Sources de la morale et de la religion de Bergson) comme un mystique qui aurait pris pour religion les échecs.

Il y a dans le monde des échecs comme dans le monde tout court beaucoup d'amateurs qui ne demandent qu'à apprendre mais aussi beaucoup de professeurs qui ne demandent qu'à enseigner; il y en a maintenant beaucoup moins qui s'étant voués corps et âme aux échecs en ont reçu la récompense suprême et la consécration; ils sont alors pour tous devenus des modèles, des demi-dieux; mais on le sait: il n'y aurait pas pires professeurs qu'eux.

J'avais encore la bouche pleine que déjà R s'empressait de quitter la table. Il y avait une autre table qui nous attendait avec un échiquier. Pour sûr, je ne laisserai pas R reprendre ses coups et encore moins me permettrait de lui donner aucun conseil sur son jeu. A bon entendeur, salut monsieur le professeur. Je ne voulais pas déplaire à mon ami et qui sait si me hisser par la même occasion du stade éthique au stade religieux.

Non à celui de la religion statique mais dynamique au sens ou l'entendait Bergson, impulsée par les mystiques, mais il ne faudrait pas entendre par mystique contemplatif: "et le christianisme, qui prit la suite du judaïsme, dut en grande partie aux prophètes juifs d'avoir un mysticisme agissant," écrivait Bergson. Unamuno, le philosophe espagnol, dans L'Agonie du christianisme entendait aussi dans le mot agonie le mot lutte aussi que le mot déclin et c'est que je perdis contre mon ami R, mais c'était après m'être bien battu ( et sans blablabla).

jeudi 24 septembre 2026

Ni insecte ni araignée


Qu'on est la société, que la société n'est pas quelque chose d'indépendant de nous ni nous d'indépendant d'elle, qu'on en parle la langue, qu'on en a les habitudes, les idées ou opinions; voilà à peu près tout mais pas tout ce que mon ami en dirait car il en sait plus long que moi sur la société, et cependant que j'en conviendrais avec lui, et acquiescerais à tout ce qu'il pourrait m'en dire d'indubitable, je lui répondrais par cette simple et seule image qui peut être reçue de tous.

Pensons la société comme une toile d'araignée et qu'il y ait tant de sociétés que de toiles d'araignées et ceci en autant de coins et de recoins que l'on puisse imaginer, aussi que du peu de place qu'elles peuvent occuper déjà dans une maison, alors que dire dans l'univers incommensurable. C'est donc de l'infiniment petit que l'on parle mais qui à l'échelle humaine se donne et présente comme si grand et si important.

Eh bien, pensons maintenant que la plupart d'entre nous ne sommes pas bien différents de cette multitude d'insectes qui viennent se prendre dans ces toiles d'araignées et que ces araignées en question et en nombre beaucoup plus réduit que nous soient cependant les maitres du monde aussi qu'ils se disent l'être quand ils ne le sont réellement que des toiles qu'ils ont tendu et leur puissance de nuire se limitant à elles, pour ne pas dire à nous.

Si les insectes y sont pris les araignées ne s'en tiennent jamais trop éloignées car à ses prises elles sont intéressées, quand il leur faudrait y être indifférent pour prendre une réelle distance vis à vis de la toile et c'est en cela que l'on peut dire sans risque de se tromper qu'elles y sont aussi prises avec nous. Ainsi mon ami aurait raison quand il dit que tout le monde est pris ou compris dans la société.

Je voudrais néanmoins lui communiquer sans plus tarder mon positionnement (GPS) par rapport à ladite société parce qu'il ne m'y verra ni comme insecte ni comme araignée et pourrait s'en étonner. C'est que je ne voudrais ni nourrir les araignées maitres de ce monde (à les en croire) ni étant avec eux me nourrir de tout ce qu'ils se nourrissent. Aussi je m'en tiens aussi éloigné que possible, des uns comme des autres, ce qui est chose aisée et naturelle à qui n'est ni insecte ni araignée. 

mercredi 23 septembre 2026

L'amour d'Armelle


Les femmes qui ont vu beaucoup d'hommes sont pareilles à ceux qui à la guerre ont vu beaucoup de morts au point d'y être insensibles; aussi bien l'on pourrait parler de l'insensibilité du métier de pute. Mais dans le personnel hospitalier habitué a côtoyer beaucoup de malades certains ne s'y font jamais qui ne sont pas bons pour le métier, quand la plupart prenne la tournure ou l'habitude qui pour l'usage est donnée comme bonne.

Il n'est pas sûr pour autant qu'elle soit bonne autrement cette insensibilité sinon à les protéger, à les préserver, mais de quoi sinon que d'aimer. J'ai un ami qui disait que les femmes sont plus fortes à ce jeu de l'amour et que c'était souvent en faisant la grève du sexe qu'elles tenaient leur bonhomme qui lui ne savait pas s'en priver trop longtemps.

Mais il faudrait encore ajouter  que ce sont les femmes sans cœur qui savent se faire aimer et cela je ne le tiens pas de mon ami sinon de ce que j'ai lu d'Alain dans ses Propos et qu'il suffit de reporter aux femmes: "redoutés par cette indifférence qui enlevait tout espoir … les hommes sans cœur, étaient finalement aimés."

Armelle qui se vantait d'avoir connu plusieurs hommes ne savait pas qu'elle se vantait ainsi d'être une femme sans cœur, ayant pourtant cette insensibilité qui était comme une insensibilité de métier; on aurait dit par là qu'elle avait du métier comme on aurait dit qu'elle avait de l'expérience; et je ne suis pas sans penser que chaque homme qui venait à elle en tuait un autre qui l'aurait précédé et que tous ces prédécesseurs tuaient l'homme qui venait à elle.

On les dit alors faites pour l'amour quand l'amour les a défaites. Et c'est parler autant pour les femmes sans cœur que pour les hommes sans cœur. Aussi chacun finit par trouver celui de sa condition et croyant se préserver ne fait qu'empirer son cas, car, toujours allant vers qui moins de cœur aurait à l'ouvrage, il ou elle, finirait par trouver son égal qui autant de mal lui ferait qu'il ou elle lui ferait.

Maintenant je répondrai à mon ami que la force de l'homme ne se mesure pas à la femme mais à lui-même, que celui qui est fort est fort contre lui-même et non pas contre la femme, que c'est lui qu'il doit empêcher, contre lui qu'il doit se retourner et non pas contre la femme, qu'elle se laisse aller et il la laissera aller car n'est pas à lui celle qui est à d'autres, ni a de cœur celle qui se donne sans se donner.