jeudi 17 septembre 2026

De l'idée de sacrifice


Je n'ai jamais parlé que de sacrifice humain, de l'humain pour l'humain, quand le sacrifice est à la base même de notre société comme elle l'était de la société dite précolombienne qui elle par contre pratiquait le sacrifice humain sans s'en cacher, ou plus proche de nous comme dans l'esprit de la société judéo-chrétienne, pour faire société n'y a t-il pas en effet déjà une part de sacrifice à faire? Pourtant, et c'est là sa contradiction, et où elle nous trompe cette société qui ne cesse par ailleurs de faire appel à l'égoïsme de chacun quand ce prétendu égoïsme n'aurait pour but que de nous dissimuler le sacrifice lui bien réel et exigée par la société de production et de consommation.

Pour mieux le comprendre il faudrait étendre cette notion de sacrifice au temps et à l'espace. Ne nous est-il pas exigé une de plus en plus grande mobilité comme ne nous est-il pas demandé de sacrifier notre temps à l'étude et au travail. Nous avons en tout cas intégré ce sacrifice sans y voir un sacrifice sinon un investissement personnel visant à notre profit personnel. Il n'est pas sûr cependant que ce ne soit pas à la société qu'il profite quand on voit combien elle s'en prend à ceux qui ne s'y soumettent pas.

C'est aussi l'avis de l'opinion générale qui n'est autre que celui de la société, mais tout cela sans jamais évoquer l'esprit de sacrifice mais en louant et en flattant l'effort et l'investissement personnel, ce qui est toujours parler de dépense et du profit personnel en résultant, ce qui n'a pourtant rien d'évident, mais que la société fait miroiter autant que ce miroitement dissimule le véritable sacrifice qui lui effectivement est celui de notre personne toute dévouée à la cause et à la forme de société qu'il épouse plus ou moins inconsciemment, sans quoi il n'irait pas plus au sacrifice que n'y seraient allés les indiens des sociétés amérindiennes.

Si l'on étend aussi cette notion de sacrifice et l'amène à la hauteur d'autres notions auxquels on est par contre très attachés comme la notion de liberté et la notion d'égalité on ne pourra nier qu'il faut sacrifier à la liberté pour satisfaire l'égalité et vis versa sacrifier à l'égalité pour viser à plus de liberté, que rien ne va donc sans sacrifice, mais l'on ne veut pas voir le sacrifice, alors on nous parle indistinctement de liberté et d'égalité comme deux nourrissons tétant à la même mamelle qui serait la mamelle de la société du progrès et de la civilisation quand de tout progrès comme de toute civilisation il nous faut payer le prix fort, ce qui est ni plus ni moins y aller de notre sacrifice.

Il est passé dans le langage courant qu'on "a rien sans sacrifice" mais l'on a pas conscience d'à quel point cela est vrai ni qu'il serait bon de s'interroger sur la nature de ce sacrifice pour savoir s'il emporte notre adhésion ou pas et pour qu'il ne se fasse pas contre nous mais avec nous, aussi que de ne pas se sentir frustré dans nos vies qui ne seraient faites en apparence que de profits et de plaisirs parce que conscient qu'elles sont de toute manière vouées au sacrifice (comme à la mort) et qu'il nous appartient seulement de décider à quoi nous désirons nous sacrifier plutôt que d'y être mené malgré nous comme pouvaient l'être les indiens d'Amérique s'ils n'avaient foi ou perdu foi en leur civilisation.

mercredi 16 septembre 2026

De la relation humaine


Il y a un monde souterrain de la relation humaine qui est en train de se développer au point de prendre la première place et cela sans inquiéter personne quand il n'y aurait pourtant rien de plus inquiétant. D'abord il signifie qu'en plein jour personne n'oserait plus s'exposer, ce qui serait prendre un risque partagé et non unilatéral comme on a trop tendance à le penser. Il faut donc voir dans cette exposition ce qu'il y a de plus honnête et de plus courageux et que trop la décourager conduirait à l'inverse.

C'est en effet à couvert que les pires malhonnêtetés et les pires lâchetés sont permises aussi que l'exploitation et la marchandisation de la relation humaine si tant est qu'il s'agisse encore d'êtres humains sinon qui s'abaissent au rang de marchandises, de produits, puisque c'est ainsi qu'ils doivent se présenter pour ne pas dire se vendre: le code en cours de validité n'étant plus celui de la galanterie mais du marketing.

Cela n'est pas sans me rappeler quand mes collègues, agents de sécurité de la RATP jusqu'alors en civil, apprirent qu'ils seraient désormais en tenue (cette tenue qu'ils n'avaient pas de ne pas savoir se tenir), ce qui veut dire qu'ils seraient vus de tous. Ce n'était semble t-il plus faire de la répression mais de la dissuasion et cette dissuasion plaisait d'autant moins à certains de mes collègues parce que dissuadés les premiers avant de dissuader les autres de mal agir.

C'était agir en plein jour, au vu et au su de tout le monde. On opérait en souterrain mais désormais au su et vu de tout le monde. Qui aurait à gagner que les relations humaines soient de plus en plus souterraines? Certainement pas les meilleurs de l'espèce humaine, certainement pas ceux de mes collègues qui ne voulaient pas mettre la tenue parce que ce n'était pas, loin de là, ceux qui pouvaient se prévaloir d'un comportement exemplaire et irréprochable.

Favoriser la relation humaine ce n'est pas favoriser les sites de rencontre mais que les rencontres puissent avoir lieu à découvert, c'est-à-dire à toutes heures et en tous lieux et non à des heures et en des lieux ou sous le couvert d'un certain anonymat (quand ce n'est pas d'une fausse identité) tout est permis, donnant lieu alors à toutes les escroqueries possibles et imaginables.

Entre hommes et femmes comment cela se passe t-il? Les médias friands de faits divers et de scandales et de procès n'arrêtent pas de rapporter que cela se passe mal. Et cela est sans doute vrai pour beaucoup de cas connus et qui défrayent la chronique mais la conséquence directe est que pour beaucoup d'autres cela ne se passe plus, que cela ne se passe plus en dehors des sites de rencontre auxquels certains opposent encore une résistance farouche ne voyant pas là un sort digne de l'humain, de la condition humaine comme de la relation humaine.

mardi 15 septembre 2026

Le sens du sacrifice (5)


Si l'on a perdu le sens de la vie c'est qu'on a perdu le sens du sacrifice comme on aurait perdu le sens de la religion qui ne serait autre que le sens du sacrifice ou du moins qui l'aurait compris dans les deux sens du terme. Néanmoins l'on peut comprendre encore aujourd'hui et nous aussi qu'un homme se sacrifie pour sa femme, les parents pour leurs enfants, et la liste des sacrifices auxquelles on consentirait encore est longue.

C'est que l'on ne vit pas que pour soi comme l'on dit à nos vieux aujourd'hui: "pensez à vous", mais les vieux continuent à pensez à leurs enfants et petits enfants, excepté ceux qui n'y ont jamais pensé, qui n'ont jamais pensé qu'à eux, mais ce serait encore ne pas bien penser que de penser ainsi car qui n'aurait pas tout donné à ses enfants aurait tout donné aux hommes (amante plus que mère) ou aux femmes (amant plus que père) si c'est un homme, et qui n'aurait vécu que pour lui-même et son plaisir n'existe pas davantage.

Et comme on dit: "dis moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es" on pourrait dire plus justement: "dis moi pour quoi tu te sacrifies et je te dirais qui tu es". Seulement on ne se sacrifie pas comme les bêtes vont à l'abattoir, aussi si je me sacrifierai bien pour une femme je ne me sacrifierai pas pour n'importe quelle femme sinon pour celle qui aura des sentiments pour moi. 

Trop souvent il est vrai les hommes sont allés à la guerre comme les bêtes à l'abattoir et leur sacrifice ne parait pas toujours aujourd'hui se justifier mais nous dit qu'il y a bien un élan qu'on ose à peine appeler vital parce qu'il porte à se sacrifier et qui meut cependant les hommes a aller au-delà d'eux-mêmes et permet de dire que cela est naturel à l'homme et le distingue de la bête.

Qu'il est de la religion ou qu'il n'en ait pas l'homme ne s'arrête pas à lui, et qu'il n'y ait ou pas rien en dehors de lui, l'homme, il n'empêche qu'il ne s'arrête pas non plus à sa vie mais est souvent prêt à ce sacrifice ultime. Aux aidants on dit aussi: "pensez à vous" comme on me l'a dit alors que ma femme était malade et requérait mon sacrifice. Dans le même temps ma tante se sacrifiait pour mon oncle souffrant du même mal.

Certes il est bon que la société ne pousse pas au sacrifice comme cependant à l'occasion il lui a été donné de pousser à la guerre mais c'est l'homme qui ne doit pas perdre ce sens du sacrifice parce qu'en perdant ce sens du sacrifice il perd le sens de sa vie et n'est bien qu'illusion tout ce qui peut l'en détourner car en dehors de lui il ne trouvera de meilleure satisfaction qui est celle de s'être donné.

L'être atypique


Peux t-on l'accuser, comme on l'accuse, que déréglé il dérègle les autres, ce qui serait considérer les autres comme tous réglés de la même façon parce que ne l'étant pas ils sont tout aussi sujet à se dérégler au contact de qui ne serait pas également réglé, c'est-à-dire comme ils le sont. Ce n'est alors que parce qu'on les voudrait tous régler sur la société qu'on pourrait parler de celui qui ne l'est pas comme déréglé.

Ainsi l'être atypique serait celui qui n'appartiendrait à aucun type d'êtres en tant qu'ils seraient tous des êtres sociaux, c'est-à-dire réglés sur et par la société. Cet être bien sûr n'existe pas dans l'absolu car existant comme tous les êtres en société il ne peut s'en démarquer complètement. Il ne s'agit donc pas tant d'une question de nature que de degré ou de conformité à la société à laquelle il appartient aussi.

Pour mieux le comprendre il faudrait lui opposer (et bien que n'existant pas lui non plus dans l'absolu) l'être social type qui au nom de la société ne cesse de revendiquer et c'est encore revendiquer pour cette société tandis que notre être atypique ne revendique rien sinon sa propre existence qui en elle même pourrait être considérée comme intolérable à ladite société parce que s'en démarquant trop.

Son absence même de revendications plaiderait contre lui comme un manque de partis pris qui serait un manque d'appartenance ou d'adhésion qui pourrait aussi lui être reproché. Il pourrait en souffrir comme on souffre d'une maladie si l'on considère l'état général comme l'état de santé général qu'il aurait perdu et son fonctionnement serait pris comme un dysfonctionnement.

La société comme un organisme vivant pourrait connaître envers lui comme un phénomène de rejet si naturel et général qu'il n'en paraitrait rien de plus normal à toutes les cellules qui le composent d'agir ainsi, le renvoyant à sa supposé toxicité et c'est paradoxalement que la normalité tue et non l'inverse: qu'il est un poison pour la société.

Mais comme pourrait l'être un médicament pour un organisme malade. Il en serait  aussi, puisqu'en faisant également parti, comme la cellule la plus sensible et réactive, et créatrice dans le sens où elle élaborerait ces toxines capables d'agir sur des cellules cibles dans l'organisme contaminé. Cela se ferait aussi à son insu, en quoi aucune revendication affichée quand toute revendication viendrait de sa nature atypique.

On pourrait alors le dire porteur et comme révélateur d'un mal endémique qui serait celui d'une société malade et dont il souffrirait tout particulièrement de par sa sensibilité exacerbé mais, ne bénéficiant cependant pas d'une attention particulière, il serait destiné à mourir sans suite ni bénéfice de personne ou autre cellule ou composante de l'organisme social en question.

lundi 14 septembre 2026

War au cœur fleuri


C'était tôt le matin et sans doute quelques meurtrissures de l'âme me tenaient à l'état de songe éveillé que j'imaginais rouler vers lui, et comme il était loin et que je voulais y arriver vite, que déjà le temps me pressait comme il m'a toujours pressé de je ne sais si de l'atteindre ou d'être atteint par lui, j'y mettais tant d'empressement et de vitesse qu'en lui passant dessus c'est à peine si je sentis WAR au cœur fleuri.

Mais que ne m'arriva t-il pas ensuite quand je m'en éloignais, toujours chevauchant cette mécanique de l'orgueil, et que je me retrouvai seul envahi par une bouffée de senteurs qui était autant de fleurs écrasées. Haut les cœurs! qui est ce qu'on se dit quand on a fait tout son mal et celui d'autrui, et c'est quand du haut de son cheval d'orgueil on a écrasé WAR au cœur fleuri.

Je ne saurais trop en dire si ce n'est que je serais en pleurs s'il ne me fallait pas retenir mes larmes pour n'avoir pas su au temps jadis, oh! temps perdu! retenir tant d'ardeurs belliqueuses sinon amoureuses et monté sur mon cheval d'orgueil n'avoir pas su non plus m'y arrêter lancé comme je l'étais, et par tant d'impétuosités poussé avoir écrasé, WAR au cœur fleuri.

Je revois encore ce graffiti qu'un artiste peintre a recouvert d'une belle panthère noire aux griffes sorties et prête à bondir mais tapie, et je crois encore reconnaître WAR au cœur fleuri dans une de ses nombreuses métamorphoses saisi par celui qui s'est arrêté à la peindre et je l'envie, car tout son cœur il y a mis, mais dessous il y avait, je l'ai lu, ce graffiti qui me parlait aussi de WAR au cœur fleuri.

Sans doute avait-il été écrit par qui avait souffert de passer comme moi trop vite mais était revenu là, face à ce mur blanchi et sali par le temps qui passe inexorablement et dit que c'est fini, et c'était tout ce qui lui restait ces quelques mots que je vais ici retranscrire parce qu'ils m'ont saisis tout comme la panthère noire tapie où j'ai aussi reconnu WAR au cœur fleuri.

"Girl make bird cry", je ne sais si j'ai bien traduit et compris mais c'est à cette capacité à faire pleurer jusqu'aux oiseaux, chose inouïe, que j'ai reconnu WAR au cœur fleuri, non plus dans une de ses nombreuses métamorphoses mais nue, et comme elle m'était apparue alors que descendu de mon cheval d'orgueil les larmes me montaient aux yeux, et oui c'était pour WAR au cœur fleuri.

Qui voit ici quelqu'un déraisonner doit aussitôt lui pardonner: c'était tôt le matin et sans doute quelques meurtrissures de l'âme me tenaient à l'état de songe éveillé si bien que tant d'apparitions insolites pouvaient marquer mon esprit souffreteux et encore endormi qui se repassait une vie amoureuse au ralenti parce qu'il était allé trop vite et avait tout écrasé sur son passage, et c'était à priori WAR au cœur fleuri.

dimanche 13 septembre 2026

La fête de l'humanité


Je suis allé à la fête de l'humanité mais c'est pour un ami que j'y suis allé, j'y suis allé comme on va à la fête de l'amitié parce que c'est elle que j'aurais voulu fêter, mais mon ami était trop occupé à la fête de l'humanité alors je me suis demandé s'il y en avait une en dehors de l'amitié et de quelle humanité il s'agissait alors.

Parce que je n'y ai vu que des visages se refermer et des rangs se serrer comme si c'était la lutte finale non celle qui ouvrait aux autres mais opposait aux autres en partie imaginaire mais en partie aussi bien réelle car je n'étais pas loin de penser qu'ainsi qu'ils s'entretenaient une autre partie s'entretenait aussi à serrer les rangs et en voyant leurs visages fermés je voyais aussi d'autres visages à eux se fermer.

J'ai dit à mon ami que je partais mais où aller dans un monde fracturé et quand mon amour aussi l'était, aussi l'était sans consolation, sans l'autre moitié, sans faire humanité. Cependant ce que mon ami me montrait c'était un modèle d'humanité, mais ce n'était pas ce que son parti me montrait ni la fête de l'humanité qui n'était autre que la fête du parti communiste qui avait fait tant de mal à l'humanité.

Comme je sortais de l'enceinte fermée de la fête de l'humanité qui me la faisait voir comme une société close et non ouverte et qu'une femme, une militante communiste, demandait a y entrer, et que je n'avais utilisé qu'une petite heure mon pass qui devait valoir pour trois jours de fête de l'humanité et que je n'y retournerai plus jamais, je me proposais de lui en faire profiter 

Mais c'était nominatif, individuel, que je m'entendis dire. Mais enfin, répliquai-je, n'est-ce pas au collectif, à l'impersonnel ou sans différence de personne que s'adressait une telle fête qui se revendiquait être de l'humanité. Aussi que c'était une militante, une militante sans le sou et que la pauvreté n'avait pas ici non plus bon accueil; j'en appelais en fait à un peu d'humanité et ne fut pas entendu.

Il était sûr que mon ami aurait favorisé son entrée parce que mon ami était humain et n'avait pas cessé de l'être en devenant communiste, mais mon ami ne devait pas son humanité au parti sinon à sa sensibilité toute humaine que beaucoup sans doute, à en croire le refus catégorique essuyé sans considération de la personne comme de la militante, auraient perdu en intégrant le parti.

De retour à mon domicile, et qui sait si par dépit, je me jetais sur ma lecture de Bergson contre qui j'avais entendu un orateur s'en prendre sans bien comprendre pourquoi car il me semblait que tout homme d'envergure et de mérite, d'une nature élevée et de propos rigoureux et exigeants ne pouvait être qu'un exemple qu'il était bon pour l'humanité d'avoir pour modèle indépendamment de tout parti pris.

Je fus ainsi instruit "que ce n'est pas en élargissant la cité qu'on arrive à l'humanité" "(qu')entre une morale sociale et une morale humaine la différence n'est pas de degré, mais de nature." L'international communiste était mort pour moi et c'était ma croyance en lui comme en la fraternité de tout ce qui s'opposait, car dans l'opposition tout ce qui pouvait s'en sortir grandi n'était pas l'amour mais la haine.

De l'animalité à l'homme


Il est connu de tous que chez les animaux les mâles se battent pour les femelles, mais non que nous ne sommes pas loin de leur ressembler, à moins que nous ne nous y efforçons, et ce qui montre davantage que nous n'en sommes pas loin c'est que cela ne nous demande pas un mince effort, car ce n'est pas un mince effort que doit accomplir tout homme qui doit renoncer à l'amour de la femme.

Et c'est encore accepter sa décision car chez les animaux les mâles ne se battraient pas s'ils s'en tenait à la décision de la femelle, or il semble bien que c'est leur décision de mâles qui compte et parmi eux la décision du plus fort qui l'emportera et la plus faible qui est la femelle n'aura plus qu'à s'y soumettre.

Il se trouve que la femelle s'en tiendrait à un rôle passif mais pas si passif que cela si l'on considère qu'elle peut aussi contribuer à exciter les mâles comme à se sentir tout excité par le combat que se livre les mâles pour elle avant de se livrer elle même au mâle dominant. Sans doute là encore nous ne sommes pas loin de leur ressembler et ce ne doit pas être un mince effort pour la femme de ne pas être cet animal femelle.

Mais c'est l'homme qui gouverne en lui l'animal qui se soumettra au choix de la femme plutôt que de s'en prendre à d'autres mâles pour ainsi se faire valoir de la femme qui à son tour ne se montrera pas être cette femelle animale désireuse, après les avoir excités, de les voir se battre pour elle, ce qui est en son honneur avant de l'honorer, car c'est ainsi que pourrait encore le prendre la femme trop femelle ou animale.

C'est ici la société des hommes qui prendra le pas sur la société animale à chaque fois que les hommes cesseront de se battre pour les femmes et plutôt que de s'imposer à elles se soumettront à leur décision, tandis que les femmes aussi quitteraient le règne animal qui leur commanderait comme leur commande leurs instincts, ce qui ne serait pas pour elles plus facile que pour les hommes de s'en défaire.

Il y a bien pour nous et entre nous des comportements animaux, et qui s'en défait peut paraitre moins mâle s'il s'agit d'un homme ou moins femelle s'il s'agit d'une femme, quand elle en sera pour cela et bien au contraire plus femme et l'homme plus homme. Mais l'on appelle féminité ce qui ressemble encore trop à l'animalité comme l'on appelle virilité ce qui ressemble encore trop à l'animalité.

samedi 12 septembre 2026

La relation amoureuse


Comment avoir perçu la perversion de quelqu'un et continuer à l'aimer sinon que l'amour tient au corps plus qu'à l'esprit car tandis que l'esprit nous en détournerait le corps nous y attacherait. Cet amour est pourtant imparfait et en tant qu'il est imparfait ne peut qu'être facteur de souffrances et non de jouissances, mieux vaut parler de réjouissances si l'acceptation que l'on a du mot jouissance renvoie essentiellement au corps.

Notre pensée va pourtant à la personne aimée quoique nous en percevions le vice qui est vice de la pensée et en cela nous disons qu'elle est viciée et non pas vicieuse ce qui limiterait au corps son vice; en quoi nous comprenons bien qu'il ne peut y avoir que corruption des deux, l'un ne pouvant pas aller sans l'autre, mais nous nous écartons de notre sujet.

Comment s'explique cette permanence du sentiment envers qui nous avons trouvé le sentiment vicié, de qui nous avons senti la corruption qui n'est pas que corruption du corps et loin de là que cela soit ce qui en elle nous attire. C'est plutôt qu'aussi que nous avons déterminé ce qui en elle était mauvais, vicié, corrompu, nous avons déterminé ce qu'il y avait de bon, de sensible, de tendre, et qui nous a également affecté.

Nous l'aimerions pour cela et la haïrions pour tout ce que nous ne l'aimons pas mais qui est aussi bien elle. Cela jette alors un trouble en nous qui est celui de notre propre sentiment et pas de l'amour sinon d'un amour empêché par ce qui nous dérange en l'objet de notre amour, qui fait obstacle à notre relation quand nous la voudrions libre, absoute de tout obstacle.

C'est bien à cela que tend l'amour: à une certaine pureté de la relation qu'on pourrait dire aussi exigence dans la relation, exigence qui n'est pas exigée dans d'autres types de relations. C'est qu'il se trouve que beaucoup restent à un niveau d'exigence inférieure et commune, et bien qu'ils se sentent appelés à plus d'exigence, ce qui est le propre de l'amour, aussi a être meilleur qu'ils ne sont, ils pensent quand même satisfaire par ce qui ne satisfait plus, mais par quoi il est courant de satisfaire, et c'est se tromper autant que tromper.

Leur incapacité à aimer est l'incapacité à se hausser à un niveau d'exigence qui n'est pas celui qui leur est d'ordinaire demandé, et quand ils disent alors ne pas aimer ils disent ne pas être capable de répondre à l'amour et à son niveau d'exigence, et ce n'est pas tant qu'ils préfèrent se repaitre dans des relations d'une moins grande exigence et qui ne pourraient les tromper que s'ils veulent eux-mêmes s'abuser autant qu'être abusés, quand cela au contraire n'est pas sans laisser en eux un certain sentiment de frustration amoureuse.

Mais qui a perçu la perversion de quelqu'un et continue à l'aimer n'est pas non plus à la hauteur de l'amour et se trompe aussi lui-même en pensant aimer et ne veut pas aussi lui-même, ou ne s'en sent pas aussi lui-même la force, ne se place pas aussi lui-même à la hauteur qui est hauteur de vue et hauteur d'exigence de l'amour. Il est en deçà autant que l'objet de son amour est en deçà et s'il s'y abaisse ne mérite pas mieux, quand l'amour ne peut qu'élever, qu'élever qui aime vraiment.

Quand l'amour (et l'idée que l'on s'en fait est-il à la hauteur de ce que l'on est?) n'a de valeur que s'il nous tire vers le haut qui est le haut de la pensée et des sentiments, et jamais la notion de partage ne pourra recevoir meilleure acceptation que dans l'amour, ni de valeur qui est toute la valeur qu'il réclame de nous et sans quoi nous ne pouvons le vivre, et surtout il n'y a de meilleure relation que la relation amoureuse quand elle répond aux exigences de l'amour. 

CITATION

Du Banquet de Platon: " Tout amour n'est pas beau et louable, mais seulement celui qui fait aimer honnêtement."

Plotin Première Ennéade: " Platon a raison de dire que celui qui doit être sage et heureux prend son bien d'en haut... "

vendredi 11 septembre 2026

La propriété et l'homme


On est que locataire sur terre. La propriété tendrait a laisser entendre le contraire, en quoi la propriété est un leurre. Tout ce que nous avons est tout ce qui nous fut donner: la vie, et non acquis: la propriété. La vie ne fait que passer et nous avec elle: c'est en quoi nous disons que nous ne sommes que de passage sur terre. En payant un droit de propriété nous payons le prix fort et sommes abusés puisque nous n'y sommes que locataire, c'est-à-dire que de passage, et c'est encore vouloir nous faire croire le contraire et rendre plus difficile, parce que perdant la vie nous perdons la propriété de tout, à accepter notre sort qui est le sort commun comme notre condition qui est la condition de locataire et non de propriétaire.

Mais puisque l'on ne peut aller à l'encontre du désir de durer qui est le propre de chaque être n'allons pas à l'encontre du désir de propriété qui en ce point là aussi et non seulement en celui d'avoir quelque chose à soi (quand on a rien qui ne nous appartiennent vraiment et qui ne nous sera repris) mais de perdurer par cette supposée et prétendue permanence des biens matériels ce qui nous rassure et sécurise quand aussi et par eux il s'ajoute à l'inquiétude que nous pouvons avoir sur notre vie l'inquiétude que nous pouvons avoir sur nos biens. Si cela néanmoins peut rendre notre condition plus supportable que ne croyant pas au Paradis voulons un Paradis sur terre, ici et maintenant plutôt qu'un au-delà improbable, acceptons la propriété.

La propriété en tant qu'elle rassemble une communauté d'hommes sous un même toit ou sur une même terre, alors la grandeur de la propriété serait pareille à la grandeur du travail dont parle Saint Exupéry dans Terre des hommes:" La grandeur d'un métier est peut être, avant tout d'unir des hommes: il n'est qu'un luxe véritable, et c'est celui des relations humaines. En travaillant pour les seuls biens matériels, nous bâtissons nous mêmes notre prison. Nous nous enfermons solitaires, avec notre monnaie de cendre qui ne procure rien qui vaille de vivre."

Combien de propriétaires en effet entourés des hauts murs de leurs propriétés y vivent comme dans une prison dorée et la propriété qui ne serait que prétexte à unir, à rassembler (sous un même toit et sur une même terre) ne fait que séparer et isoler les membres d'une même famille qui est la famille des hommes. Cette conception archaïque de la propriété fait plus de mal que la propriété elle-même, ce ne serait donc pas tant la propriété que l'idée que l'on se fait de la propriété qui nuirait à la relation humaine quand elle pourrait y contribuer. 

J'irais ici de mon exemple personnel que je voudrais aussi instructif que possible. Ainsi je voulais m'inclure: élargissant par là le cercle des vivants, à la propriété de ma femme défunte et c'était une proposition d'ouverture comme d'un projet de vie commun que je faisais à son frère quand il fallut me rendre à l'évidence qu'il répondait à cette conception archaïque de la propriété qui ne veut que les biens, l'exclusivité des biens, les biens à l'exclusion des hommes, sans doute n'avait-il pas lu comme moi Terre des hommes de Saint Exupéry, lecture donc à laquelle je le renvoie, lecture sans laquelle on ne peut imaginer possible l'élargissement de la famille humaine et la propriété comme un prétexte à inclure plutôt qu'à exclure, à motiver plutôt qu'à réduire la participation et la relation des hommes entre eux.


jeudi 10 septembre 2026

Loin des yeux, loin du coeur


Que les gens cessent d'exister quand nous cessons de les voir, et c'est pour nous qu'ils cessent d'exister, et encore que souvent provisoirement, pour réexister quand nous les revoyons, est chose commune mais dont je ne pouvais que m'étonner car cela n'était pas vrai pour moi qui allais imaginer leur existence sans que je les vois et je comprenais alors que là était l'origine de mes souffrances.

Qu'on ne souffrait qu'en imagination et que c'était imaginer les gens qu'on a quitté ou qui nous ont quitté alors qu'ils devraient cesser d'exister pour nous quand nous cessons de les voir; je voulais alors cessé de les voir en imagination comme il m'était arrivé de souvent revoir, alors que j'étais interne et ne les voyais plus, mes parents qui m'y avaient laissé pour faire à rebours la route qu'ils avaient faites pour m'y amener.

C'était sans doute une qualité mais je l'appelais un défaut ce qui faisait coexister longtemps après qu'ils ne soient plus des gens que j'avais aimés et avaient perdu toute existence: aussi bien l'imaginaire que je leur prêtais que la réelle qu'ils avaient eu. Ils étaient comme mort deux fois, mais pas encore assez pour moi qui les revoyais avec le même amour que je leur avais porté et comme si en moi rien ne mourrait.

Qualité de les faire revivre, défaut parce qu'ils étaient morts et ne revivraient jamais et qu'il fallait m'en consoler plutôt qu'entretenir par l'imagination le souvenir de cette présence qui n'est plus que fausse présence et réelle absence. Je n'arrivais pas à me faire à l'idée qu'ils puissent ne plus exister comme je n'arrivais pas à me faire à l'idée que ceux que je ne voyais plus continuassent d'exister sans que je puisse les voir.

Bien plus aimerions nous que ceux que nous ne voyions plus cessassent d'exister pour nous à l'instant où ne nous les voyions plus, car cela nous éviterait de souffrir qui est toujours souffrir en imagination. Il nous faudrait avoir moins d'imagination. Heureux celui qui n'a pas d'imagination car il ne souffre pas, aussi les gens sans cœur seraient des gens sans imagination.

Il faudrait vivre l'instant mais pour moi l'instant est peuplé d'êtres imaginaires, non visibles sinon que par moi et comme ils n'apparaitront plus à personne; beaucoup en effet ont cessé de les voir, et s'ils ne sont point morts pour moi ils le sont pour eux, et c'est il y a longtemps, aussi ils n'en souffrent pas comme je continue a en souffrir. 

Quelqu'un vient de passer de ce côté là qui est du côté de mon imagination, c'est-à-dire si on ne l'aurait pas encore compris quelqu'un que je ne reverrais plus et que j'aimais, quelqu'un pour qui je suis mort déjà et qui devrait être mort déjà pour moi aussi si je fonctionnais comme il est courant de fonctionner: et c'est que les gens cessent d'exister quand on cesse de les voir, et c'est faire preuve de peu d'imagination.

Et comme je disais que l'imagination avait à voir avec le cœur alors c'est aussi faire preuve de peu de cœur; aussi bien rien ne se développe en dehors de l'imagination qui est en dehors du cœur et ils ne peuvent voir que ce qu'ils voient et ce qu'ils voient ne le voient pas avec les yeux de l'imagination ou du cœur qui est où tout peut se développer et jamais mourir.

Hier, ou était-ce avant-hier, ou avant avant-hier, j'allais à un autre enterrement. Encore quelqu'un que je ne reverrais plus. Il y a tant de défunts de mon vivant. S'il n'y avait cette satanée imagination qui me les fait voir quand j'ai cessé de les voir et qu'ils ont cessé de me voir. J'aimerais tant qu'elle soit vrai pour moi comme elle est vrai pour les autres cette maxime: "loin des yeux, loin du cœur".

Il faudrait que quand je cesse de les voir ils cessassent à leur tour d'exister pour moi, et cela serait vrai sans cette fichue imagination qui a tout photographié d'eux (et je comprends que les gens qui n'ont pas d'imagination ou de cœur prennent autant de photos) me les rendant encore plus vivant en me rendant leur moindres expressions comme pensées ou sentiments quand à l'heure actuelle il n'y a encore aucun appareil photo qui ne soit capable de rendre cette photographie qui est du cœur et de l'esprit en tant qu'il est imaginatif.

mercredi 9 septembre 2026

L'amour avec un grand A


J'ai trop parlé de l'insoutenable légèreté de l'être qui est à la fois le titre éponyme du roman de Milan Kundera et l'amour de A, qui est l'amour sans l'Amour. Je voudrais alors parler de l'amour avec l'Amour qui est l'Amour avec un grand A, aussi pour en rire comme pour en pleurer, non pour en rire comme on en rit aujourd'hui sans en pleurer, mais aussi pour en parler sans pour autant le dénigrer comme on le dénigre aujourd'hui. Et c'est un ami que je m'étais fait lors d'un tournoi d'échecs à Benidorm en Espagne et auquel je participais aussi et tout comme lui en qualité d'amateurs éclairés.

Il se trouve que cet ami et à peu près pendant toute la durée du tournoi (qui devait prendre plus d'une semaine) attendit sa femme. J'avais alors la mienne de femme et comme nous étions à table ensemble et que se sentant trop seul il se joignit à nous et très certainement parce qu'il se sentirait encore trop seul ne pouvait que nous parler de sa femme comme si par ses propos il la convoquait aussi à notre table, et nous croyons en effet la voir comme il nous la montrait et se réjouir pour lui de sa beauté et désespérer comme lui de la voir enfin.

Il faut savoir que les joueurs d'échecs ne parlent que d'échecs sauf quand ils sont amoureux qui était à peu près tout ce que je me disais en l'écoutant. Ma femme, elle, n'en croyait pas ses yeux ni ses oreilles devant le tableau qu'il dressait, au moral comme au physique, de la précieuse personne qu'il voulait nous présenter lorsqu'elle viendrait à lui, mais elle tardait encore à venir à lui et il n'était pas parfois sans s'assombrir, désespéré qu'il était de l'attendre, tandis que nous l'encouragions aussi que nous le félicitions de ses résultats au tournoi d'échecs, et c'était comme vouloir lui donner le change, mais il n'était pas dupe et les échecs non plus ne tenaient pas la comparaison devant sa femme comme les échecs ne pouvaient non plus lui procurer une pareille joie et un pareil bonheur.

Enfin, sa venue était imminente, et la venue du Messie n'aurait pas par lui été autant célébrée. Ce soir on sablerait le champagne ensemble, il nous invitait, voulut qu'on participe de sa joie et de son bonheur qu'on pouvait déjà voir sur toute sa personne, et c'est qu'il n'était déjà plus seul ou que son amour était comme un projecteur porté non plus sur elle seulement mais aussi sur lui comme sur n'importe quel acteur du drame amoureux qu'on peut voir sur le grand écran plus beau qu'il n'est en réalité, car c'est ainsi que des années plus tard je devais voir Carmen Saura, l'actrice espagnole en chair et en os, nous présenter son film et c'était sous l'écran où elle apparaissait, l'écran encore chaud de son apparition, mais beaucoup moins belle que sa propre image, d'où mes yeux pouvaient encore aller de l'une à l'autre qui ne souffrait pas la comparaison et s'en étonner.

Enfin, bientôt on aurait le droit à l'apparition de "la femme de sa vie" et cela promettait, Carmen Saura ne m'y avait pas encore préparé et il est vrai qu'il nous avait fait saliver. Chaque matin je l'avais vu faire son jogging et c'est qu'il se préparait à sa venue et c'était comme un boxeur qui fait son shadow (comme si tout n'était qu'ombre et lumière: illusion) avant de s'affronter à un véritable adversaire en chair et en os qu'il se préparait a recevoir "la femme de sa vie" dans les meilleurs conditions possible. Aussi ce jour là qui devait être le dernier, mettant fin à son attente, il ne put tarir d'éloges vis à vis de celle que nous ne pûmes voir que comme il nous la fit voir, c'est-à-dire encore plus belle que nous ne l'eussions pu imaginer jusque-là.

Ma femme, et que Dieu ait son âme, eut la plus grande difficulté à réprimer en la voyant (à la miss comme on l'appelait désormais) un rire que par métier (elle tenait un salon de coiffure) elle sut transformer en un beau sourire d'accueil et de bienvenue. C'est que l'insignifiance de la personne qui nous était présentée fit que c'est à peine que nous la voyions (comme n'apparaissant que sous les coutures de celle qu'il nous avait fait voir) et que je ne pourrais vous la décrire sans blesser l'amour que mon ami lui portait. Mais la miss avait disparue pour laisser place, comme l'illusion à la réalité, à une femme sans grâce particulière et sans cette lumière que seulement les feux de l'Amour pouvaient porter sur elle. Nous reportions alors nos regards vers mon ami et cherchions à la voir avec ses yeux à lui, mais sans y parvenir pour autant sinon plutôt à la voir définitivement s'effacer devant nous, disparaitre à jamais. On sablait le champagne. Mon ami était radieux. Mais c'est ma femme qui souriait et comme elle était belle ma femme quand elle souriait , et il me semblait qu'elle souriait tout le temps, ce qui ne pouvait non plus être vrai sinon comme je la voyais et c'était souriante.

Et c'est que je ne pourrais terminer là mon récit sans parler de ma propre femme et de comment je la voyais alors que, des années après, malade d'Alzheimer et parce qu'elle s'était perdue je dus aller au commissariat de Saint Maur pour qu'on la recherche et retrouve. Je produisis alors une photo d'elle qui était quand on s'était connus elle et moi aussi que comme je la voyais toujours. Les policiers, en l'occurrence et en particulier une policière chargée de l'enquête, d'enquêter plus que de la retrouver, car il semblait qu'elle me suspectait en premier chef d'être la cause de cette disparition, n'eut pas ce beau sourire qu'avait eu ma femme jadis en voyant présentement cette photo que je produisais devant elle comme si je lui eus montrer ce qu'était ma femme pour moi, de comment je ne pouvais que la voir. Mais enfin, dit-elle excédée, vous vous moquez de moi. 

Désolé, répondis-je, je n'ai pas d'autres photos plus récentes à vous produire que celle qu'elle m'avait demandé de mettre dans mon portefeuille le jour où l'on s'est connus, et y est encore, et ça remontait à plus de quinze ans en arrière, mais le temps s'était arrêté de passer pour moi depuis ce jour où elle était tombée malade. Comment expliquer cela à la policière. J'y renonçais très vite et la laissais poser sur moi ses regards lourds de suspicions. 

Je ne saurais dire non plus si l'on pêche davantage par manque de légèreté que par manque de profondeur mais je laisse ce récit au regard du précédent pour qu'on en retire ce qu'on voudra comme enseignement. Maintenant, et si vous voulez faire un peu de littérature comparée, opposer L'insoutenable légèreté de l'être de Milan Kundera à L'échange de Paul Claudel et vous apprécierez ce qu'il y a d'appréciable: la légèreté ou l'absence de légèreté qui n'est pas tant pesanteur que profondeur, et vous vous déciderez soit pour l'amour avec un petit a, soit pour l'Amour avec un grand A.

mardi 8 septembre 2026

L'amour avec un petit a


Je parlais avec T. Oh, je parlais de ce que les hommes parlent continuellement entre eux et en leur absence, celle des femmes, oui je parlais des femmes ou plus particulièrement de ce qui nous lie à elles et c'est l'amour et de ce que l'on peut entendre par ce mot. J'avais en tête il est vrai ces propos de Jankélévitch que d'être aimé était à la portée du moindre imbécile tandis qu'aimer peu savait. A... m'avait rapporté qu'Amélie Nothomb se serait plainte de tous ceux qui veulent être aimés, sans doute leur préférait-elle comme Jankélévitch ceux qui aiment tout court.

Etre aimé serait comme vouloir être payé en retour d'un service où travail que l'on dispenserait, ce ne serait pas donner ce serait acheter l'amour par l'amour, comme vouloir que notre amour soit payant, notre amour qui demanderait a être payé en retour d'un amour au moins équivalent, ce serait peser ce que l'on donne comme peser ce que l'on reçoit, ce ne serait pas donner à fond perdu, or l'amour est perte de toute mesure: ne dit-on pas que quand on n'aime on ne compte pas.

Mais qu'est-ce que l'on peut entendre par ce mot? Je disais à T qu'il en allait de l'amour comme d'un travail et ce n'est pas que je comparais l'amour à un travail mais qu'il me venait cette comparaison comme le moyen de me faire comprendre. Le travail, disais-je à T, répond d'abord à une nécessité que l'on pourrait dire biologique, à un besoin que l'on pourrait dire du corps. A ce travail alimentaire correspondrait un amour alimentaire qui répondrait lui aussi aux besoins du corps; il est de consommation.

Nombreux sont les hommes et les femmes qui doivent se satisfaire de ce travail comme de cet amour et se félicitent et s'enorgueillissent de cette consommation, de ce qui est quantitatif et non pas qualitatif. Il peut se trouver cependant certains hommes et certaines femmes qui ne voient là que perte de temps et plus d'insatisfactions que de satisfactions, de frustrations à même la jouissance qui par sa réitération n'est que pure répétition d'elle même aussi que de sa frustration de n'être pas davantage que consommation.

Mais ils n'ont rien d'autre, rien d'autre ne leur est proposé, et c'est qu'ils se proposent d'être aimé mais non pas d'aimer, qu'ils recherchent seulement a être aimer, qu'ils ont posés leurs limites et comme paradoxe s'en vante et porte au nombre de leurs conquêtes ce qui n'est que défaites et attestent davantage de leur amour et de ses limites. Leur engagement est moindre comme est moindre l'engagement dans un travail alimentaire que dans un travail répondant à une vocation, qu'un travail passion où l'on se donne.

Le maitre mot ne serait pas prendre, posséder mais donner, se donner à pure perte car c'est toujours à pure perte que l'on se donne sinon c'est que l'on veut acheter, prendre, posséder, consommer, au plus bas prix, rien n'est plus bas en effet que cet amour là. Oui, mais il serait léger, et A me réclamait à plus de légèreté, comme à un travail qui n'exigerait pas beaucoup de moi et qui répondrait cependant aux besoins de son corps, serait purement alimentaire; A me conviait à cet amour là et l'insoutenable légèreté de A me rappelait le roman éponyme de Milan Kundera comme il me rappelait à cette humanité là dont A faisait partie et dont je croyais à tort me distinguer, car qui peut prétendre s'élever au-dessus des besoins de son corps?

Je n'avais eu que des métiers alimentaires pourquoi me refuserais-je alors à un amour alimentaire satisfaisant essentiellement aux besoins du corps? le corps n'avait-il pas ses nécessités et impérieuses et pressantes et obsédantes et jouissantes si satisfaites? quelle prétention, quelle exigeante prétention quand on ne se connait pas de vocation, de passion, qu'on ne veux pas aimer mais être aimer, car ne demandais-je pas a être aimé, étais-je bien encore capable comme je le prétendais d'aimer, d'aimer à corps perdu, n'étais-je pas devenu un petit bourgeois frileux et voulant être payé comptant, voulant se repaître et non s'élever par le sentiment, par la force d'aimer, parce que ne trouvant plus cette force en lui.

Aime comme un homme, me disais-je, ne cherche pas a aimer comme seul les dieux peuvent aimer, à force de vouloir faire l'ange on fait la bête me répondait Jankélévitch que je convoquais à l'occasion, et je me trouvais bien bête devant cette simplicité et légèreté auxquels A me conviait et un instant il y eut comme un voile qui se déchirait devant mes yeux pour me laisser voir l'amère vérité à laquelle je n'avais pas voulu goûter et m'apparut l'amour de A comme le seul amour possible et voulu m'y adapter comme on s'adapte à un travail alimentaire parce que répondant aux exigences de mon corps auxquels j'avais si peu et si mal répondu jusqu'alors.

Je regardais T comme j'avais regardé mon ami R et comme j'avais regardé A: tous avaient voulu me remettre les pieds sur terre, m'avaient dit d'aimer comme ils entendaient qu'aimer voulait dire et qu'il ne fallait pas trop demander à l'amour comme aux hommes, comme aux femmes, pas plus qu'à la vie, qu'à la vie qu'il nous était donné de vivre; pas plus au travail qu'il nous était donné de faire qu'aux hommes, qu'aux femmes, qu'il nous était donné de connaitre, pas plus non plus à nous mêmes qui n'étions pas capables de plus, qui demandions a être aimés plus qu'à aimer.

Aimer autrement exigerait trop de nous, un don, un sacrifice , qui serait comme un don, un sacrifice, au dieu de l'amour. Le seul cependant capable de nous élever au-dessus de nous même, mais en étais-je encore capable? en avais-je jamais été vraiment capable? n'étais-je pas qu'un homme qui ne pouvait aimer que comme un homme? et cette légèreté à laquelle j'étais conviée par A, par T, par R, ne me ramenait t-elle pas parmi les hommes, parmi les hommes et les femmes qui goûtaient aux hommes comme ils goûtaient aux femmes et c'était à l'amour avec un petit a.

lundi 7 septembre 2026

L'agent de liaison


Je me levais un matin et trouvais le monde changé. Je me demandais ce qu'il avait bien pu se passer. Le grand bouleversement n'avait cependant pas modifier l'emplacement, comme il a lieu et l'habitude de le faire avec les choses il ne l'avait pas fait non plus avec les gens. Mais si tout paraissait être à sa place comme avant, je voyais tout autrement et je compris alors que c'était mon regard sur le monde et non le monde qui avait changé.

Je m'étais couché tôt la veille et je me levais tôt ce matin là où ma présence au monde elle même me surpris comme quelqu'un peut être surpris en flagrant délit de vie. Quelque réveil avait sonné mon réveil et sorti comme d'un long sommeil. Ce n'était pas moi qui l'avais mis. Et comme je me disais cela je crus savoir qui: l'agent de liaison.

J'étais dans l'état de cet homme qui serait tombé et se relèverait un peu groggy, un peu groggy mais plus que jamais lucide sur sa condition, et voyant tout plus clairement que jamais. Et c'était la réalité d'un monde qui vivait indépendamment de ma petite personne qui était aussi cet autre monde où j'avais vécu jusque là et jusqu'à sa métamorphose.

Que je n'arriverais jamais a en être, c'était tout ce que je me disais, car j'y étais venu trop tard, mais cela ne m'avait jamais empêcher de penser qu'on pût y être bien. Il eût fallu que je n'en connusse pas d'autre. J'étais dans cet entre-deux. Toujours nécessiteux d'un agent de liaison, de qui me relierait à ce monde dont la nouveauté toujours renouvelé me rendait pareil à l'étranger.

Car ce sentiment d'étrangeté que revêtait le monde à mes yeux ne  tenait pas tant au monde qu'au regard que l'étranger porte sur le monde et cela il le doit au fait de ne pas lui appartenir, de ne pas y être de plain pied ou autrement que comme un étranger.

Il vient d'ailleurs qui ne peut être autre que ce point de départ de chacun, mais sa particularité à lui serait de ne pas pouvoir s'en détacher pour porter son regard exclusivement sur le point d'arrivée, mais plutôt de le laisser traîner, de s'appesantir, puis de finir par avoir une longueur de retard sur tout ce qu'il voit, d'être à la fois à ce qu'il voit et ailleurs.

Et c'est voir avec le regard de l'étranger qui n'est jamais à ce qu'il est, qui, parce qu'on ne peut être que dans l'immédiateté, se rachète en achetant tout ce qu'il ne peut posséder autrement. Il ne coïncide pas et ce manque de coïncidence avec les êtres et les choses est ce qui lui ferait vouloir tout acheter.

Je n'aime pas ce touriste, je ne comprends pas cet engouement pour le tourisme sinon parce que ce n'est pour beaucoup pas un état mais un jeu auquel l'on se prête juste le temps des vacances. Mais cette vacance de soi-même, ce manque de coïncidence, cet entre-deux, qui pourrait le supporter plus longtemps. Chacun revient à son travail comme à lui-même.

Qui serait partout étranger, aurait partout l'impression de faire du tourisme, vivrait dans cet entre-deux, parce qu'ayant quitté son point de départ il n'arriverait pour autant nulle part, serait toujours du voyage, n'aurait pas de point d'attache, ne pourrait alors que passer comme moi par un agent de liaison pour se lier à ce monde, et j'étais resté trop longtemps sans agent de liaison et le grand bouleversement viendrait de ce que je venais de retrouver un agent de liaison entre moi et ce monde.

dimanche 6 septembre 2026

Le confinato


C'est en soi que l'homme est assigné à résidence de force quand la société n'a plus d'emprise sur lui, comme elle en a de moins en moins aujourd'hui, et quoiqu'il cherche à s'y accrocher plus qu'à s'en déprendre, ce que seul des conditions adverses pourraient l'obliger à faire. Ce confinato, je le connais bien, parce que Le Christ (ne) s'est (pas seulement) arrêté à Eboli: titre de l'ouvrage de Carlo Levi, mais à ma porte.

Il est aussi une belle image que l'on peut trouver chez Henri Bergson: "Des plantes aquatiques qui montent à la surface, sont ballotées sans cesse par le courant; leurs feuilles, se rejoignant au-dessus de l'eau, leur donnent de la stabilité, en haut, par leur entrecroisement. Mais plus stables encore sont les racines, solidement plantées dans la terre, qui les soutiennent du bas".

On comprend ainsi en quoi la société nous tient non pas mieux mais plus facilement et plus sûrement que nous le sommes par nous même. Cet ancrage en nous même est bien le plus difficile à développer d'autant que nous sommes plus tournés vers l'extérieur qu'en nous, qui est ce à quoi tend la société comme à nous éloigner de toute vie intérieure.

Mais nous sommes alors bien démunis et indigents quand nous nous retrouvons livrés à nous même, quand c'est l'homme seul auquel la société ne vient pas en aide qui doit trouver en lui les ressources nécessaires; et de plus en plus d'hommes (comme de femmes) se retrouvent en cet état que l'on pourrait appeler un état de survie parce que la société n'est alors pour eux d'aucun secours.

En considération de cela et ne pouvant faire face à tout, ce qui est accepter que l'humain lui échappe ou peut lui échapper, la société devrait accepter et prendre pour inaliénable et propre à la nature humaine cette intériorité et, plutôt que chercher à l'en déposséder, lui permettre de la développer, ce qui est de s'y développer (son moi intérieur comme son moi social, ses racines comme ses feuilles).

Mais ce serait avouer qu'elle ne peut pas tout pour lui. Il n'y aurait plus le tout Etat ou gouvernement des hommes qui seraient appelés à se gouverner eux-mêmes. Et c'est en cela aussi que l'on pourrait dire que nos gouvernements ont des velléités totalitaires, par le social, en faisant du social, ou dans le social comme dans l'humanitaire, l'Etat penserait tout comprendre qui est ne rien laisser en dehors de lui.

Et seul le confinato par le détachement, l'exil forcé, peut en prendre conscience, mais n'ayant plus les armes pour se défendre et ne trouvant rien en lui-même (tout le monde n'est pas Carlo Levi) il se peut qu'il se retourne alors contre la société qui ayant voulu tout prendre en charge se voit accuser de ce que en aucun cas elle ne peut prendre en charge et c'est l'homme en qui elle n'a voulu voir que l'être social.

On pourrait parler de juste retournement et de faille sociale que ce serait faire erreur, erreur aussi justifiée par l'idée qu'on se fait de la société comme devant prendre tout l'homme à sa charge; quand la faille est humaine, et sociale qu'en cela que la société ne laisserait plus place à l'homme, ni le temps ni l'espace (intérieur) suffisant à son développement, à celui de ses racines tel que les entendait Henri Bergson.

Autant qu'il m'en souvienne le confinato de Carlo Levi après l'avoir rejeté fini par aimer son exil, et c'est d'avoir noué des liens et une sympathie pour les paysages comme avec les hommes d'un abord rude mais authentiques tandis qu'il marquait ses distances avec la société totalitaire, c'est-à-dire le régime fasciste. Notre intériorité n'en ai pas moins dure d'accès, austère, aride, mais profondément humaine.

samedi 5 septembre 2026

Normalité et moralité


Si certains d'entre nous adoptent un mode de penser comme d'agir vicié et que ce mode s'avère efficient, et quelque soit sa moralité, il est alors adopté par beaucoup, de sorte qu'il sera du côté de la normalité, de la normalité en lieu et place de la moralité.

Aussi qu'on ne pourra taxer d'amoral mais d'anormal qui n'adoptera pas ce mode ou plutôt et dans le meilleur des cas le qualifiera d'innocent ou de naïf, et son innocence ou sa naïveté prêtera pour le moins à rire sinon à moqueries.

Il en va ainsi d'une certaine innocence ou naïveté en matière de cœur et de sentiments comme en matière de penser; pour les affaires privées comme pour les affaires publiques, toutes deux atteintes d'un certain degré de corruption des cœurs et de l'esprit.

Cela entre cependant, et comme dit précédemment, dans la normalité, de sorte que cela ne choque plus personne: il est attendu que…le contraire serait étonnant. Ce contraire qui serait bon et juste serait étonnant et non efficient.

Me trouvant au centre de santé RATP parce qu'on allait me laisser partir sans payer la consultation on s'étonna que je rappelle que n'ayant pas de mutuelle je devais effectivement payer  la part qui n'était pas pris en charge par le régime général ou spécial aux agents RATP.

Ce qui étonnait c'était l'honnêteté comme si cela allait de soi qu'on fût malhonnête. En amour non plus l'honnêteté ne semble pas payer: l'honnêteté des sentiments moins que les sentiments feints, joués, visant une autre fin que celle déclarée et beaucoup alors se déclarent faux pour jouer le jeu.

De loin s'avèrerait plus efficient jouer un jeu malhonnête qu'un jeu honnête. Si la malhonnêteté est de mise elle devient la norme, ici aussi la normalité aurait pris la place de la moralité, et passerait pour innocent ou naïf qui l'ignorerait.

Ainsi il y aurait un jeu vicié des sentiments et du cœur comme des pensées, de l'esprit; comme il y aurait aussi un jeu vicié des institutions. Comment s'en étonner! Aucune institution fut-elle juste et bonne ne pourrait bien fonctionner si le cœur et l'esprit qui commandent à son fonctionnement est juste et bon.

Le mal de notre civilisation il ne faudrait donc pas tant le chercher dans nos institutions fussent-elles viciées, corrompues, qu'en l'homme civilisé, et j'aimerai à ce propos et pour l'illustrer faire parler mon expérience, et désolé si je ne tire pas comme Montaigne mes exemples de Cicéron ou d'Epicure.

En Nouvelle Calédonie où j'étais interne on se battait souvent et quand on était un petit blanc, un zoreil, il se pouvait qu'on ait affaire à un canaque. Eh bien ce canaque si l'on se retrouvait au sol cessait immédiatement de cogner.

Peut-être maintenant vicié, ayant appris de notre normalité plus que de notre moralité, que leur comportement a changé et perdu de sa noblesse guerrière. De retour en France et comme agent de sécurité de la RATP il m'a en effet souvent été donné de voir qu'un homme au sol était roué de coups par qui autrement n'en serait jamais allé de son coup de pied.

Que personne n'y trouve à redire, que personne n'en fut choqué montrait clairement que l'on était non dans la moralité mais dans la normalité (qui en avait pris lieu et place).

vendredi 4 septembre 2026

A toutes les Armelles de la terre


La vie redevient facile, des livres la lecture tranquille. Armelle ne sera bientôt plus qu'un petit point jusqu'à disparaitre à l'horizon (de l'oubli) où tout fini par s'estomper, c'en est fini aussi avec la jouissance des femmes. Il y a tant de choses que l'on fait en dehors de nous pour nous quand toutes les choses que l'on pourrait faire pour nous ne seraient que les choses en nous.

Et je travaille à moi, et c'est tout le travail que je me donne. L'amour n'est que saisissement de l'autre et par l'autre. Et cependant nous n'ignorons pas qu'il nous échappe, que jamais nous ne pourrons le saisir entièrement, que jamais il nous appartiendra comme nous nous appartenons, qu'il est à jamais l'autre.

Quant bien même il serait l'autre que nous aimons que cet amour de l'autre ne fera jamais qu'il soit autre que l'autre. Et bien autre que moi était Armelle que je renvoie tout à sa peine d'être, qui était une toute autre peine d'être que la mienne, à laquelle bientôt je serais indifférent, ne me retrouvant alors plus qu'avec mon être.

Combien sommes nous à vouloir purger plus que notre peine? D'Armelle j'avais déjà épousé toute la peine, comment affranchis d'elle vais-je m'en plaindre? Me voilà donc sans cette peine d'être qui portait le joli nom d'Armelle et qui, avec ce joli nom d'Armelle que j'aime à prononcer, résonnera encore un peu en moi avant d'aller se perdre dans les lointains. 

Et sans plus réveiller aucun écho en moi qui n'entendrait plus le son de sa voix. Seulement, peut-être, ce vers de Paul Verlaine "Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a l'inflexion des voix chères qui se sont tues", ce vers qui aura en moi gagné en résonance et profondeur. Combien de peines et de souffrances faut-il à un poète pour écrire un vers? ou combien en un vers il peut en être contenu?

J'en prendrais mieux la mesure comme je prendrais mieux la mesure de toutes choses longtemps après qu'elles aient pris fin, et moi enfin libre de toutes choses qui ne seraient pas moi, comme de toute peine d'être qui ne serait pas ma peine d'être, et dans la jouissance et réjouissance de mon être libre et égoïste, regretterais je encore toutes les Armelles de la terre qui gravitent avec leur peine d'être?

jeudi 3 septembre 2026

C'est pas une femme pour toi


C'est pas une histoire à dormir debout, même si j'en ai pas dormi de la nuit rien que d'y penser, c'est pas non plus une histoire à pleurer de rire, c'est pas un one man show, c'est pas moi, c'est ma grand-mère qui se retourne, comme les morts se retournent dans leur tombe quand ça leur plait pas ce qu'on fait, et c'est pour me redire encore une fois ce qu'elle m'a souvent dit auparavant: c'est pas une femme pour toi. 

Mais grand-mère que j'ai envie de lui répondre, mais c'est pas bien, mais ça se fait pas de répondre aux morts, alors je me tais, paix à son âme, et moi faut que j'arrête d'entendre des voix comme Jeanne d'Arc ou comme Chateaubriant parce que c'est une voix d'outre tombe que j'entends: c'est pas une femme pour toi.

Tu me l'as déjà dit mille fois que j'aurais bien envie de lui dire à la grand-mère si je m'écoutais mais c'est elle et pas moi que j'ai toujours écouté puisque ça c'est toujours passé comme elle, elle la grand-mère elle disait, et pas comme moi je voulais. Moi, pour qui l'aurait pas encore compris, j'ai toujours voulu que ce soit une femme pour moi, mais toujours la grand-mère qui dit: c'est pas une femme pour toi.

La grand-mère, mais je voudrais pas trop raconter les histoires de famille, que dit ma tante, elle a toujours fait le mal partout autour d'elle, et c'est vrai que la grand-mère elle en voulait pas non plus de la belle fille pour son fils, et que ce serait alors pas trop pour mon bien qu'elle aurait dit comme je l'entends encore dire: c'est pas une femme pour toi.

Y aurait à l'heure qu'il est un tas de femmes pas pour moi devant chez moi que j'y aurais mis sur les conseils de ma grand-mère et comme on met le gros œuvre, parce que c'est pas rien une femme qu'est une femme qu'est pas pour moi, ça prend de la place, et que j'attends que le service de la voirie et de la mairie passe, c'est pour la décharge, mais ça y arrivera pas parce qu'y a un tas gens aussi qui passent devant chez moi et qui pensent aussi que ce sont pas des femmes pour moi.

Le pire avec tout ça c'est que j'en veux à personne moi, ni à ces femmes qui ne sont pas faites pour moi d'après ma grand-mère ni à ma grand-mère elle même qu'a dit à chaque fois que j'en trouvais une qui me paraissait bien et qui me plaisait, que c'est pas une femme pour moi, ni aux gens qui passent devant chez moi et les ramassent toutes avant que le service de la voirie passe et ramasse plus rien.

Je voudrais cependant pas que ça arrive aux oreilles de la dernière comme ça arrive aux miennes ce qu'elle dit la grand-mère sinon que ça finira comme avec les autres, et c'est que ma tante elle en a souffert de ce qu'elle a dit la grand-mère et que moi je veux pas en souffrir parce que les femmes une fois qu'elles sont parties elles reviennent plus et que je les entends plus comme j'entends encore la grand-mère me dire: c'est pas une femme pour toi.

Alors je t'en supplie, tais toi grand-mère, que de là où tu es et de l'épaisseur de la pierre, rien ne semble y faire, que t'as toujours eu la voix qui porte et que ça toujours été à en croire ma tante le malheur ici bas pour ceux qui t'entendent et qui restent seul, le malheur et la perte parce que c'est ben vrai que toi t'as plus rien à perdre de là où tu es. Et puis c'est toi qui le dis: c'est pas une femme pour toi.

mercredi 2 septembre 2026

L'histoire des corps


Il lui faut un corps pour exister, un corps et sa fonctionnalité, un corps pour lui et un corps pour l'autre, son corps à lui mais aussi le corps de l'autre il lui faut pour exister; sa complétude, sa plénitude, est la complétude, la plénitude à deux, l'amour est une manière d'y goûter, de reposer en deux corps entrelacés, deux corps qui se donnent l'un à l'autre pour ne faire plus qu'un.

Et quand il leur faut se séparer on dit que chacun revient à son existence mais ce n'est pas vrai parce qu'il n'y a pas d'existence séparée sinon vécue alors comme existence du manque, existence à défaut, et c'est l'autre qui manque, et c'est l'autre qui fait défaut, pour exister complètement, pleinement, et l'on dit à deux quand on a l'impression de ne faire plus qu'un, de n'être plus qu'un.

Et qui a connu cette existence a connu l'amour, appelle cela l'amour, l'amour comme seul lieu, lieu et temps, où il lui est donné d'exister vraiment; ne veut plus connaître d'existence autrement, se dit qu'il n'y a pas d'autre existence vraiment et que seul il lui manque un corps qui est le corps de l'autre et que son corps n'existe vraiment qu'avec le corps de l'autre.

Il lui a fallu cependant apprendre a exister autrement et c'est dans cette indépendance des corps, non pas des corps unis mais des corps désunis. D'abord il lui a fallu sortir du corps de sa mère pour n'être plus qu'un corps, un corps désuni, un corps qui ne demandera plus qu'à s'unir à un autre corps pour avec lui faire corps.

Alors il aimera et son amour sera amour d'un corps auquel il voudra s'unir, qu'il voudra sentir comme son propre corps et y être comme dans son propre corps et tant que cela ne se pourra il ne pourra vivre, parfois se tuera si le corps de l'autre vient à lui manquer, parce qu'il y aura goûté et ne pourra plus s'en passer de confondre son corps au corps de l'autre.

Cette confusion des corps entraîne une confusion de l'esprit qui n'est pas sans appartenir aux corps et ce sentiment confus sans être un sentiment des corps unis, de l'union des corps auxquels l'esprit reste attaché et se confond aussi, c'est-à-dire ne s'appartient plus et goûte à cette existence à deux, à deux qui ne font plus qu'un d'où sa confusion, cette "con"fusion(c'est-à-dire fusion avec)  qu'on appelle l'amour.

Et l'on parle de corps étranger quand un corps rejette un autre corps et le phénomène de rejet est aussi naturel que le phénomène d'attrait, il suffit pour cela de penser aux aimants, ce mot si étrangement semblable à amants, de comment ils s'attirent et de comment ils peuvent se rejeter et cela dépend de comment ils sont tournés l'un vers l'autre, tournés ou retournés.

Dans un cas comme dans l'autre chamboulés l'un par l'autre, jamais indifférents. Les pôles opposés s'attirent. Force physique. Force des corps. Force plus forte qu'eux. Ils se soumettent comme ils se soumettent l'un à l'autre. On dit qu'ils s'aiment. Les voilà unis les deux aimants, les deux amants, les deux corps, fondus ou confondus en une seule et même existence comme en un seul corps devenu corps de leur existence.

NB

Le mythe de l'androgyne de Platon: "Or quand le corps eut été ainsi divisé, chacun, regrettant sa moitié, allait à elle; et s'embrassant et s'enlaçant les uns les autres avec le désir de se fondre ensemble […] c'est de ce moment que date l'amour inné des hommes les uns pour les autres: l'amour récompense l'antique nature, s'efforce de fondre deux êtres en un seul, et de guérir la nature humaine".

mardi 1 septembre 2026

L'amour et nous


"Il la tire vers le bas". Oui, mais l'amour nous tire vers le haut. L'amour un sentiment noble mais qui ne serait pas réservé qu'aux personnes nobles. Qui pourrait atteindre n'importe qui. N'importe qui qui cesserait alors immédiatement de ne plus penser qu'à lui pour penser à l'autre, qui aurait le souci de l'autre et du bien de l'autre aussi que de s'élever lui même.

Il, s'il ne peut l'être, surveillera du moins davantage son paraitre pour paraitre à l'autre être à la hauteur de son amour car, il faut le redire, l'amour est un sentiment noble indifférent à la nature de chacun qui se trouve ennoblit par cet amour: il n'est plus le même; frappé par l'amour comme sacré par l'amour, auréolé, couronné, qu'il est par l'amour.

Le vil appétit qui serait celui de manger ou de boire ou de dormir et tout autre appétit qui ne seraient attachés qu'au corps sont d'un coup par l'esprit qui est l'esprit amoureux tenus et en viennent à dépendre plus de lui que du corps qui aurait perdu sa direction exclusive sur la personne amoureuse qu'il (le vil appétit) ne tiendrait plus comme il le tenait quand elle n'était pas tenue par l'amour. 

S'il y a des personnes mauvaises il n'y aurait donc jamais d'amour mauvais qui tire vers le bas car l'amour serait un bon sentiment qui nous tirerait vers le haut; la personne importerait moins que la relation que nous aurions avec elle: fût-elle mauvaise si notre relation avec elle est bonne elle tendrait avec nous a être bonne tout autant que nous tendrions a être bon avec elle: c'est ce qui s'appelle aimer.

Maintenant il se peut qu'il y ait autant d'amour différent qu'il y a de personne différente, que pour l'une ce soit le corps qui tire plus quand pour d'autre ce serait le cœur et pour l'autre encore l'esprit et qu'il n'y ait pas un esprit de l'amour qui vienne s'emparer et animer le corps et l'esprit de chacun le tirant vers le haut.

Il n'en reste pas moins que celui qui est touché par l'amour se sent pousser des ailes quelque soit sa vile condition qui est celle largement partagée par tous et c'est parce qu'il se sent s'élever au-dessus de sa condition, que c'est elle qui lui devient alors intolérable et non l'amour; il peut alors tricher pour répondre à cette nouvelle exigence.

Et c'est vouloir paraitre plus que de vouloir être. Il fera alors tout pour paraitre mieux et non tant pour être mieux, qui est s'améliorer, se grandir, s'élever, pour être à la hauteur de son amour qui n'a d'ailleurs pas toujours à voir sinon jamais avec la hauteur où se trouve, c'est-à-dire où il met la personne aimée.

Je ris mais devrais-je pleurer en me rappelant de cet homme avec qui j'avais sympathisé, et qui n'aurait pas sympathisé avec lui, comme voulu voir la personne qu'il aimait tant il en parlait avec amour. A l'entendre il n'y avait de personne plus belle et plus intelligente et plus généreuse: enfin un beau corps, un bel esprit, une belle âme, qui avait en un mot: tout pour elle, quand elle n'avait pour elle que son amour à lui.

Transfigurer par l'amour. Il est sûr alors qu'on ne le voit pas du même œil quand on est extérieur à cet amour, que l'on ne voit que la personne qui peut tirer vers le bas et non l'amour qui ne peut que tirer vers le haut. Car c'est au temps de l'amour qu'il nous faudrait vivre: ce temps qui lui même se place au-dessus du temps comme il nous place au-dessus de nous même. On ne tombe pas amoureux, on tombe quand on n'aime plus, et c'est de haut.

lundi 31 août 2026

L'art et l'amour


Comme les œuvres de l'art se combinent à l'œuvre de l'amour c'est ce qu'il faudrait démêler en regard de cette visite au château de Chantilly où munis de nos deux billets nous fîmes irruption comme l'amour faisait en nous irruption tant on aurait dit que les deux œuvraient ou concourraient en même temps et c'était sans doute à l'élévation de notre âme.

Car déjà nous ne nous appartenions plus tandis que nous nous ouvrions l'un à l'autre et l'un et l'autre à plus grand que nous que l'on pourrait appeler l'art ou l'amour, car aux deux nous aurions été appelé d'une même voix souple et douce qu'on aurait dit un souffle et le plus souple et doux des souffles et seul à nous tirer vers le haut qu'on appelle inspiration.

Et je crois en effet qu'on avait été bien inspirés de se trouver en ces lieux où nos âmes, où notre cœur, semblaient également motivés à recevoir toute cette beauté qui était à la fois en nous et hors de nous. Nous aurions pu faire parti du cadre, de tous les cadres que nous voyions comme de celui où nous étions qui parlait d'une autre époque à la nôtre.

Car nous étions plus que jamais capables d'y voir ce qu'il y avait d'éternel ou d'immortel, et c'était l'art et c'était l'amour, l'amour qui ne pouvait que concourir à tout art, et l'art qui ne pouvait que servir tout amour; aussi nous passions des œuvres d'art à nous qui nous aimions et de nous qui nous aimions aux œuvres d'art.

Nous nous y confondions et nous y étions confondus. A part nous il y avait bien du monde mais plus dans la confrontation. La couleur de notre amour ou la couleur des œuvres d'art avait changé à nos yeux la couleur du monde et notre relation sa relation. Partout en nous et autour de nous la beauté rayonnait et partout la tristesse s'était effacée comme par enchantement.

Et c'était du sol au plafond que tout était beau, quant aux murs ils étaient aussi tapissés de beautés auxquelles, chose rare, sans y être initiés nous avions accès, à croire que l'amour nous avait ouvert les portes de l'art et nous aurions voulus nous asseoir sans y être invités, mais ne nous y sentions nous pas invités, à cette longue table où assiettes et couverts d'une autre époque étaient aussi posées pour la nôtre.

Et nous nous buvions à longs traits comme nous aurions bus à la table des rois car nos sentiments étaient nobles et nos corps avaient faim de mets délicieux, exquis, comme il ne peut en être servis qu'à la table des rois. Que nous soyons de la plèbe importait peu. Certes, il avait fallu payer à l'entrée mais le prix était modeste en considération du milieu noble où nous avions accès qui n'était autre que celui de l'amour et de l'art.

Sans doute les avions nous confondus où en eux nous étions nous confondus et passions sans trop les voir comme l'on ne voit pas trop ce qui se passe en nous mais s'en émerveille et cet émerveillement est bien celui de l'amour aussi que de l'art, aucun que l'on puisse jamais prétendre posséder mais bien par eux être traversés pour ne pas dire transpercés comme par la pointe de ces épées au tournant d'une galerie. 

Nous pouvions être saisi par la beauté d'un tableau, touchée par elle, comme nous pouvions être saisi et touché par nous mêmes, ce que nous faisions et ne nous paru pas en ces lieux sacrilège tant ils semblaient appelés à l'amour comme à l'art; et les faux derrières et le frou-frou des longues robes des courtisanes bruissaient à nos oreilles tandis que l'on voyait et peint et sculpter les contes et les princes.

Nous nous rendions maitres des lieux en l'absence des maitres des lieux, et à nos ravissements comme ils avaient été à leurs ravissements, et ils y concouraient autant qu'ils pouvaient y concourir, et c'était à travers l'art comme à travers l'amour que nous nous portions comme de l'amour qu'ils s'étaient portés et dont tout l'air que nous respirions, que nous étions peut-être seuls à respirer, s'était empli et aspirions.

La condition de la femme


J'ai vu un corps qui me plaisait puis ensuite et ensuite seulement j'ai découvert une intelligence et une sensibilité que je n'avais pas vus. Je parle du corps d'une femme que les hommes ont aimé et honoré et de l'intelligence et de la sensibilité d'une femme que les hommes n'ont, il me semble, ni respecté ni apprécié à sa juste valeur.

Ce corps aimé a été aimant tandis que cette intelligence et cette sensibilité parce qu'elle ne l'était pas s'est soumise aux exigences et conditions de l'homme qui sont exigences et conditions pour être aimé de lui. Ce que je découvrais alors c'est que la condition de la femme n'était autre que la condition de la femme qui se soumettait aux conditions de l'homme.

Que c'était lui donner ce qu'il demandait, ne pas se refuser au corps et aux plaisirs du corps, mais bien refuser, nier l'expression de toute intelligence et sensibilité qui puissent lui être contraire, si tant est qu'elle puisse être ce que nous avons de plus cher et demande le plus a être aimé, et cela en connaissance de cause: c'est-à-dire qu'elle ne le sera pas.

D'où cette connaissance imparfaite que l'homme en a (de la femme) et conduit inéluctablement à un traitement imparfait. D'où cette réduction de la femme à un corps et au plaisir vanté aussi et partout où le corps de la femme est exposé au regard de l'homme. Regard de l'homme tout aussi bien façonné par tous les regards portés sur la femme qui sont images de la femme véhiculées par la société des hommes.

Qui est ce qu'on montre mais pas ce qu'elle cache: cette intelligence et cette sensibilité qui peine a s'exercer comme à se montrer autrement que comme participant d'un corps lascif et désirant, c'est-à-dire comme soumis à la concupiscence des hommes. Voilà que m'était révélée en une seule femme aimante la condition féminine qui était celle de la femme vouée (pour ne pas dire dévouée) à l'homme.

De là que les hommes n'aiment pas les féministes et ils n'ont pas tort dans le sens où le nombre des féministes se réduit au nombre des femmes qui n'aiment pas l'homme et parce qu'elles n'aiment pas l'homme ne demandent pas forcément a être aimées de l'homme. Quand il faudrait au contraire une de ces femmes aimant l'homme pour lui faire connaitre non pas seulement un corps aimant mais une intelligence et une sensibilité aimante.

Parce que si l'homme n'apprend pas à connaitre et à aimer cette intelligence et cette sensibilité de la femme il n'apprend pas bien à bien aimer la femme ni la femme qui a cette sensibilité et cette intelligence ne peut se sentir bien aimée de lui: à connaissance imparfaite amour imparfait. Il faut entendre aussi par là que cela doit passer par l'amour mais par l'amour qui ne soit pas seulement l'amour d'un corps.

samedi 29 août 2026

La prison dorée


Qui ne sent pas les barreaux de sa prison n'en est t-il pas moins en prison que celui qui les sent, mais quand l'un qui ne les sent pas ne fera rien pour les rompre, l'autre fera tout. Aussi la politique bien comprise de la société viserait à rendre les barreaux de la dite société le moins sensible comme le moins visible à tous, et l'on peut dire que la démocratie est le régime politique qui y aurait réussi le mieux.

Est-on libre pour autant? La question reste posée mais on peut la poser autrement: de combien de liberté sommes nous capables ou inversement jusqu'à quel point sommes nous capables de nous asservir aussi que de mesurer notre degré d'asservissement, on en revient aux barreaux de la prison qui pour être une prison dorée n'en serait pas moins une prison.

Qui sait si notre éducation ne serait pas qu'un long apprentissage visant à nous faire aimer les barreaux de notre prison dorée, et je l'a dit dorée parce que la plupart des détenus y seraient assez bien servis et pourvus de tout ou presque tout qu'ils n'en voudraient plus sortir, dotée comme elle est à chaque fois de plus de technologies modernes qui sont autant de moyens de communication tout en restant en prison.

Je fis l'épreuve il y a longtemps de notre enfermement volontaire et c'était quand j'étais encore agent de sécurité de la RATP, des heures mes collègues et moi passées à déambuler dans les couloirs du métro pour en assurer la sécurité, et voulus refaire surface ne serait-ce qu'un instant pour voir la couleur du jour: mais non ils étaient bien là où ils étaient, habitués comme ils y étaient.

Il est vrai que l'on touchait une prime qu'on appelait la prime des mineurs et qui devait compenser toutes ces heures de souterrain et je crois que s'il n'y avait pas de prime il n'y aurait pas de prison dorée et que ce que fait le mieux notre société c'est de faire de nous des détenus argentés, des toucheurs de primes qui compensent voire récompensent notre enfermement en son sein, de sorte que nous n'en voulions plus sortir.

Mais tout l'argent du monde ferait-il notre bonheur si nous sentions les barreaux de notre prison et, s'il le fait, n'est-il pas parce que nous ne sentons pas les barreaux de notre prison. Il ne faut pas croire que cet enfermement ne serait qu'un enfermement physique quand il est aussi un enfermement mental, on parle à cet effet de conditionnement et c'est comme l'on peut conditionner nos produits, ceux de notre société marchande.

En dehors de nos murs, ses murs plutôt, il n'y aurait pas de sécurité, et ses murs ne seraient là que pour assurer notre sécurité et non pas notre enfermement, voilà tout le discours officiel et j'avoue y être pris (enfermement mental) autant que je suis pris entre ses murs (enfermement physique) parce que j'en suis venu à aimer davantage tout ce confort matériel que la dite société assure à ses détenus dans sa prison dorée que ma liberté.

vendredi 28 août 2026

L'ouvrier à la barbe blanche


J'ai vu un ouvrier à la barbe blanche, il avait un casque et mon âge, peut-être plus, et c'est là où le bât blesse. Je ne tarde pas à entrer dans un café, commande un thé, il me faut boire: échographie oblige. Pas grand monde dans le café à cette heure où monte le monte charge à qui une armature de fer en forme d'arc brisé comme celle que l'on voit dans les églises gothiques ouvre le passage et apparaissent alors de lourdes caisses et un sac de pommes de terre qu'aussitôt un serveur vient chercher, il est tout à sa tâche. 

Voilà mon thé: il me faut boire, je paie d'avance et verse un pourboire à l'homme qui jusque-là se tenait derrière son comptoir. Il connait mon calme aussi que son travail. Remercie et puis s'en retourne derrière son comptoir qui est là où est sa place, chaque homme devrait savoir où est sa place, cet homme je ne me le représenterais plus jamais autrement que derrière son comptoir: il y est tout à son affaire.

Il y a le PMU et à la télé CNEWS la chaîne d'information en continu, il y a quelques pantalons de travail homme, verts, avec bandes réfléchissantes, ils prennent un café comme on prend une pause; leur visage n'est pas reposé, leurs traits sont tirés, et ils causent comme si de rien n'était, comme pour donner le change, mais je sais qu'ils sont au travail.

Place La Chambeaudie, Espace Santé RATP, dans la salle d'attente cet homme qui me parle n'est pas encore à la retraite, dans un an qu'il me dit et à deux jours de prendre des vacances. D'après lui les centres de santé RATP sont appelés à disparaître ainsi que le régime spécial. Il est tout à sa cause, la cause ouvrière, comme on est tout à son travail.

Je pense à ces hommes et à ses femmes au travail comme jamais je n'y ai pensé et c'est comme jamais je ne pourrais penser à moi. Cela aurait pu se faire en d'autres lieux et en d'autres temps, alors que je n'étais qu'un enfant dont la classe visitait l'usine de Doniambo près de Nouméa en Nouvelle Calédonie et ce que j'avais senti je le sens encore ici: c'est une ambiance de travail.

Son authenticité, sa vérité, l'authenticité, la vérité de ces hommes au travail, j'aurais aimé la partager, sans doute n'aurais-je pas pu mais à ce moment là je l'ai du moins voulu comme j'ai voulu Brigitte, parce que je vais parler maintenant des femmes au travail, Brigitte était infirmière et je peux dire qu'en aimant Brigitte j'ai aimé une infirmière, qui sait à quel point le travail nous définit.

Et avec Sylvie qui est devenue ma femme je peux dire que j'ai aimé une coiffeuse; j'avais divorcé auparavant d'un médecin ou plus précisément, parce qu'elle n'en avait pas encore l'expérience, d'une étudiante en médecine. Etudiant, écolier, ce n'est rien encore de bien défini, sans grande authenticité, sans grande vérité.  Armelle me dit que si on l'a prise pour ce job dans le BTP c'est parce qu'elle a de l'expérience.

Quelle prétention dans l'écriture, être écrivain c'est comme être comédien, c'est comme être bon à rien, et pouvoir tout dire comme pouvoir tout faire c'est comme ne pouvoir rien dire, tout et rien, et comme ne pouvoir rien faire, tout et rien. Pouvoir rentrer dans tous les moules c'est être rentré dans aucun moule. Quelle prétention: qui, parce qu'il n'a pas pris femme, peut prétendre prendre toutes les femmes. 

J'aime ces caractères bien trempés et c'est parce qu'ils ont trempé dans le travail, on ne triche pas avec le travail, on ne prend pas de faux airs, on n'a pas l'air d'être garagiste ou avocat: on est garagiste ou avocat, ça ne trompe pas ou si ça trompe c'est dans le cadre de son travail mais comme un personnage dans un tableau: du cadre on ne sort pas.

Je ne connais pas d'autres moi que ces moi si identifiables, si définissables, par leur travail, et comme il est difficile de faire du tourisme dans sa vie, d'être partout en visite et jamais à sa place. Trop tard pour être cet ouvrier à la barbe blanche, mais c'était trop tôt pour l'usine de Doniambo. Qui pourrait regretter cependant qu'on envoie plus les enfants à l'usine mais à l'école?

Le jaloux


Je m'imagine jaloux et comment ma raison devrait parler à ma passion et ce serait de lui dire d'abord qu'elle s'inquiète trop de personnes actuelles et supposées quand il y en a eu d'autres et d'avérées dont elle n'a cure ma passion et qui pourtant ont déjà possédé la personne désirée, ça calme tout de suite, mais il y a mieux.

C'est que nous considérons la personne quand il nous faudrait considérer la relation que nous avons avec cette personne, et nous importer non pas tant la personne que la relation que nous avons avec cette personne. Si celle-là est bonne celle-ci peut par ailleurs faire ce que bon lui semble de sa personne dont elle est seule à répondre.

Et pas devant nous puisque sa personne est sa personne tandis que sa relation avec nous qu'elle soit bonne ou mauvaise doit seule nous affecter. Ce n'est pas un distinguo subtil que celui de la personne et de la relation mais le moyen de se détacher de la passion qui est de se détacher de l'objet de la passion et comment sinon en ne considérant plus l'objet mais notre relation à l'objet.

La relation est une dynamique, l'objet est lourd, il pèse par sa gravité, aussi c'est par la dynamique que nous nous soustrayons à cette pesanteur qui est aussi pesanteur de l'être. A lui il ne faut pas être scotché quoique deux corps s'attirent, s'aimantent, aussi ce n'est que par l'esprit, c'est-à-dire par un effort de la raison que le jaloux cesse d'être jaloux.

CITATION

En parlant de l'âme Plotin écrit dans la Première Ennéade: "il n'est pas absurde qu'elle reçoive des formes, qu'elle éprouve les passions dont j'ai parlé, au cas où la raison le lui permettra…"

Plotin distingue les vertus intellectuelles qui résident dans l'âme des vertus non intellectuelles: "qui viennent de l'habitude et de l'exercice, appartiennent au composé; les vices aussi, ainsi que l'envie, la jalousie "

jeudi 27 août 2026

Meetic


Il est entendu de dire comme de penser que ce serait la liberté de la femme qui ferait peur à l'homme d'aujourd'hui, mais qu'en est-il de la liberté de la femme? Ne confondrait t-on pas cette agitation folle, cette précipitation insensée à se jeter dans tous ce que la société offre de trompe l'œil, à répondre à toutes ses sollicitations à en perdre la tête, avec la liberté.

Que l'homme alors ne veuille pas la suivre, lui emboiter le pas, ce serait plus faire preuve de raison que de couardise ou lâcheté devant la vie parce qu'il ne faut pas non plus confondre la vie avec la vie de la société ou que réclame et exige la société que l'on vive: si c'est ainsi que les femmes vivent cela ne doit pas entraîner automatiquement que cela soit ainsi que les hommes vivent.

Que l'on brandisse la liberté de la femme comme une réclame publicitaire ne doit pas faire que les hommes se rangent derrière mais plutôt suspectent, en tant qu'ils auraient un peu d'esprit critique, que cette réclame soit un leurre, et que courant derrière comme derrière la femme ils courent à leur perte qui est la perte de l'humanité, d'une humanité aimante troquée contre une humanité marchande.

La marchandisation de l'amour est passée sur Internet et ses sites de rencontres puisqu'on ne se rencontrerait plus dans la rue sans risquer de tomber pour harcèlement sous le coup de la loi tandis que l'échange tarifé, autant dire la prostitution, bat son plein. Il est cependant une autre forme de se vendre, terme que l'on accepte en matière de recherche d'emploi autant qu'en matière de recherche de partenaires sur Meetic.