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mardi 27 octobre 2026

L'amour et moi


Ayant eu, comme tout un chacun, maille à partir avec l'amour, je voulus en savoir un peu plus long sur lui. Ce mot si galvaudé qu'on met à toutes les sauces m'en faire une idée plus précise et personnelle. Qui sait si rabattre le caquet à tous ces propos vantards et superflus qu'on a sur l'amour. Je me demandai aussi en considération de ma propre personne si en parlant d'amour blessé ce n'était pas d'orgueil blessé qu'on parlait.

Mais ce qu'on aimerait ne serait ni soi-même ni l'autre, me dis-je encore, mais son désir: on n'aimerait que son désir et la preuve serait que quand il n'y a plus de désir il n'y a plus d'amour, voilà que tout d'un coup on n'aimerait plus l'autre et c'est qu'on ne le désirerait plus. J'avais conscience de venir de mettre une grande claque à l'amour que j'avais auparavant tant idéalisé.

Jamais je n'avais autant rabaisser l'amour: les femmes ne penseraient et n'aimeraient que par leur vagin et les hommes ne penseraient et n'aimeraient que par leur queue, et sans doute par dépit amoureux je plaçais là la plupart des femmes comme la plupart des hommes quand souvent je les avais entendu dire que ce n'était pas tout, que ce n'était pas qu'un plan cul l'amour.

De l'autre côté il y avait ce philosophe, Jankélévitch, qui avait dit que l'amour c'était pas être aimé mais aimer, que le plus crétin d'entre nous pouvait être aimé mais que peu savait aimer, à qui j'avais pourtant envie de répondre malgré la grande admiration que je lui portais qu'il n'avait pas dû beaucoup souffrir de n'être pas aimé, car c'était avoir peu de compassion pour tous ceux qui ne l'étaient pas en retour et en souffraient.

C'était ni plus ni moins que considérer l'amour comme un sens unique: aimer sans être aimer, aimer sans réciprocité, quand l'amour ne ferait à mes yeux qu'appeler à grands cris la réciprocité, c'est-à-dire l'amour de l'autre; quand sans l'amour de l'autre notre amour ne pouvait être qu'un amour frustré, et puis il se trompait sur nous car beaucoup de ceux que j'avais rencontré aimaient sans être aimé.

Mais c'était, il est vrai, à leur grand dam. Certes ils voulaient tous être aimés mais devaient souvent se contenter d'aimer sans être aimer en retour, accepter d'être des substituts comme Maria Dols la narratrice de Los Enamoramientos de Javier Marias. Il y a cette image des dominos qu'on peut trouver dans son roman: celui de derrière appuyé sur celui de devant, chacun s'appuyant ainsi sur qui s'appuierait sur un autre ou une autre.

Et être d'accord avec Maria Dols serait se résoudre à n'être les uns pour les autres que (si je traduis mot à mot de l'espagnol): "compagnie provisoire et divertissement et sexe, au mieux avec camaraderie et contenu affectif". Et c'est le point de vue de l'amante d'un homme marié que l'on voudrait étendre à tous considérant comme Jankélévitch que l'amour serait aimer plus qu'être aimé, ce qui en fait ne satisfait personne.

Il serait à désespérer de l'amour comme de l'autre, l'amour (pour résumer) qui serait rencontre impossible avec l'autre ou seulement rencontre avec notre désir avec lequel au bout du compte on resterait bien seul à se masturber, histoire de faire passer le désir de l'autre, histoire aussi de voir si le désir passé il reste encore l'autre, l'autre comme désir inassouvi ou toujours renouvelé.

jeudi 1 octobre 2026

L'autre moi (ou la remise en question)


L'autre comme une remise en question de soi. Je ne sais pourquoi cela m'est venu à l'esprit mais pourquoi cela m'a  étonné que cela me vienne à l'esprit je le sais: et c'est que souvent loin d'être remis en question par l'autre il est dénigré, contesté, par nous, l'autre, que c'est la démarche naturelle et qui est défiance de l'autre ou simple prévenance ou mise en garde; on est sur son quant à soi comme on est sur sa défensive.

Il faut que tous ces barrages soient tombés pour que l'on se sente par l'autre remis en question et ce peut-être, si chacun est porteur d'une vérité, ce qui fait notre vérité par la vérité de l'autre remise en question, et ceux pour qui le moi n'existe pas n'existe pas non plus cette remise en question par l'autre moi aussi singulier que le nôtre puisse l'être de singulier.

Je n'aime pas ce siècle de sociologues où l'on ne peut plus dire moi sinon pour parler de la déconstruction du moi mais comment parler de la déconstruction du moi s'il n'y a pas de moi, et pourquoi un autre moi plutôt que de participer à la déconstruction du moi ne participerait t-il pas à son édification ou éducation et cela alors ne pourrait se faire sans une permanente remise en question.

Plus que les certitudes ce qui feraient obstacle à la remise en question de soi seraient ces jugements que l'on est si souvent amené à avoir et à faire sur l'autre à peine est-il connu de nous, voire sans même le connaitre, à défaut de le connaître le juger, car plus on le connaîtrait plus on s'abstiendrait de le juger et plus par lui on se sentirait appelé à une remise en question de soi.

C'est ce qu'il m'arrive à chaque fois que je quitte un ami c'est qu'en le quittant je quitte une part de vérité qui ne doit son existence qu'à l'existence d'un autre moi; je n'arrive pas à la connaitre en le connaissant car elle n'est pas mienne qui est la seule façon que j'aurais de la connaître mais je sens bien qu'elle constitue l'être en soi, le moi de l'autre.

On ne saurait mieux dire ce qui nous attire vers l'autre plus que ce qui nous oppose à l'autre, et les temps les plus forts d'opposition seraient les temps les plus faibles de remise en question, et il en irait ainsi de nous comme des sociétés quand fortes d'elles mêmes elles se montreraient peu enclines à une remise en question.

Et comme il y en a qui seraient pour les Empires je serais moi pour l'empire de soi qui seul permet la remise en question de soi par une abstention ou suspension du jugement sans quoi ne peut nous être révélée comme une vérité qui ne serait pas nôtre l'existence d'un autre qui est détenteur d'une autre vérité aussi entière aussi personnelle aussi revendiquée par tout son être et qui fait de lui un autre moi.

samedi 19 septembre 2026

L'autre et nous


Il est un moment où l'autre n'est plus l'autre, où il n'est plus l'autre pour nous, mais il continue cependant a être l'autre, car il ne cessera jamais d'être l'autre et ne sera jamais nous. Ce moment où il a cessé d'être l'autre pour nous ne peut donc être qu'un moment de pure illusion qui forcément ne peut que se dissiper avec le temps qui nous fera voir un autre quand cet autre n'est jamais que le même autre que nous aurions cessé de voir le temps de l'illusion.

On ne pourrait situer pour autant ce moment de passage de l'autre à nous, c'est-à-dire quand il cesse d'être un autre pour nous et que nous croyons tenir cela de notre connaissance de l'autre comme si toute connaissance de l'autre pouvait faire cesser l'autre d'être l'autre. Le voilà maintenant renvoyé à la masse indistincte et indifférenciée des autres pour nous. Quel n'est pas notre étonnement. Aurions nous cru qu'il avait cessé d'être l'autre qu'il faut nous rendre à l'évidence que non.

Sans doute n'avons nous jamais été qu'un autre pour cet autre ou bien le sommes nous redevenu. Le retour à l'autre de l'autre comme de nous même pour l'autre est ce moment de passage où l'autre et nous même redevenons l'autre pour l'autre. Nous venons de l'autre et nous retournons à l'autre. Si pour autant nous avons été autre chose pour l'autre que l'autre. Si pour autant il est possible d'être autre chose que l'autre pour l'autre. Si pour autant il ne s'agit pas d'une pure illusion qui ne dure que le temps de l'illusion.

Il faudrait remonter au mythe de l'androgyne chez Platon pour croire que cet autre n'est pas tant autre sinon cette moitié, notre moitié d'orange comme on dit aujourd'hui, notre autre moitié, qui aurait donc été nôtre avant que l'on soit séparé. Il faut lire le Banquet de Platon qui parle de cette unité perdue pour comprendre cette attraction des corps et des âmes les portant à l'union, les portant à ne faire plus qu'un, pour que l'autre ne soit plus l'autre. Mais voilà cette union n'est jamais que momentanée, juste le temps d'entretenir l'illusion d'un temps révolu.

On y a bien cru cependant, à chaque fois on y croit, on y croit sans pour autant croire au mythe de l'androgyne auquel seuls croyaient les grecs de l'Antiquité. C'est qu'il n'est pas besoin d'y croire pour que cela se vérifie en chacun de nous qui croit passer à l'autre pour s'y confondre et c'est effectivement une confusion de sentiments qui en résulte et qui lui fait prendre les sentiments de l'autre pour les siens et les siens pour ceux de l'autre aussi que son corps pour le corps de l'autre et le corps de l'autre pour le sien. Quand nous le savons enfin: il n'en est rien.

vendredi 1 août 2025

Moi et l'autre


Je dois bien définir ce que je veux être sinon je ne serais jamais ce que je veux être parce que trop flou, pas assez bien défini. J'ai voulu être capitaine et ne l'ait jamais été parce que capitaine de quoi, c'était pas bien défini tout ça.

Je ne veux donc plus être docteur, je l'ai voulu aussi autrefois mais en quoi, en philosophie? Pas plus qu'être écrivain mais en écrivant quoi, des romans ou des poèmes? Du vague à l'âme, c'est tout ce que ça vous laisse tout ça. Rien de très précis quand précisément vous existez.

C'est décidé je veux être un autre et pour moi intérieurement je commence à façonner cet autre, à lui donner des qualités qui n'apparaîtront que plus tard quand j'en aurais parfait le dessin parce que je n'en suis qu'aux délinéaments.

Je ne commence donc pas comme dans le passé par des généralités, ce qui est à mon humble avis la meilleure façon de se fourvoyer sur soi-même en se concevant globalement comme on a pas commencé a être, sinon embryonnairement, sinon précisément, sinon tout autrement.

Cet autre n'ira donc pas à l'encontre de moi-même sinon que j'irai moi-même à la rencontre de cet autre que j'aurais créé de toute pièce comme une œuvre d'art, mais il ne faut pas entendre une œuvre d'art comme séparé de soi mais comme étant soi-même cette œuvre d'art.

Comme le culturiste fait de son corps sa propre œuvre d'art, et ce n'est pas un faiseur de statue, comme lui je travaillerais la matière vivante mais ne m'arrêterais pas à façonner mon corps mais aussi mon esprit.

Cependant il me faut d'abord donner vie à cet autre qui ne demande qu'à vivre d'une vie à laquelle il s'épuise à m'appeler, pas de ma vie informe et molle qui est comme une pâte à modeler avec laquelle je pourrais lui donner forme et force et vigueur.

Il y a comme ça en nous une bataille pour l'existence qui n'est pas seulement entre les autres et nous mais entre l'autre et nous; et on ne saurait dire si le grand perdant c'est lui ou c'est nous qui lui aurions refuser le droit à l'existence souvent par lâcheté envers nous-même.

NB

Qui a voulu aussi être boxeur, triathlète, poète, n'a rien voulu être sinon chômeur. Il aurait fallu vouloir être boxeur ou ne pas être du tout ou tout être à sa Muse.

CITATION

Wislawa Symborska poète: "Muse! Être boxeur ou ne pas être du tout./ Ce n'est jamais pour nous qu'on fait hurler les foules./ Il y a dans la salle douze têtes/ il faudra commencer la fête./ La moitié ne sont là que parce qu'il pleut dehors./ Les autres c'est la famille. Muse." 

dimanche 27 juillet 2025

L'amour et la vie


Ce que l'on ignore c'est que l'on ne cesse de chercher quelqu'un à qui donner sa vie. L'amour n'est rien d'autre que ça. Quand on l'a trouvé commence alors le don de soi ou sacrifice. Bien sûr, ce n'est pas ainsi qu'on l'entend. On veut jouir de la vie. 

Mais l'égoïsme pur ne serait-il pas de jouir de sa vie sans s'encombrer de la vie des autres: de femmes et d'enfants pour un homme. Il n'empêche qu'un homme non pas tant comme le prétend Pascal ne sait pas tenir dans sa chambre mais plutôt tenir sans femmes.

Considérant cette égoïsme pur qui est comme un mirage devant lui qui s'efface à mesure qu'il avance dans la vie, mais ce n'est pas que ses désirs se soient volatilisés mais au contraire matérialisés, il est appelé par d'autres, encore que désirs, encore pas concrétisés.

Aussi il croit toujours se réaliser dans le plus pur égoïsme et, alors qu'il ne cesse de se donner à pur perte, il croit acquérir. S'il ne s'agissait que de traiter sa vie mais souvent il maltraite sa vie en s'en détournant parce que seule elle ne l'intéresse pas. 

Mal vivre serait donc ignorer cette dissipation de l'être et à tort la regretter, s'en lamenter, et ne plus vouloir se donner, considérer le don de soi comme un leurre, pensez avoir été trompé à chaque fois qu'on s'est donné.

Considérant que l'on se donne toujours à pure perte continuer malgré tout à se demander ce que l'on y a gagner, faire le bilan d'une vie quand la vie par nature donne dans le négatif et ceci d'autant plus qu'elle est aimante. 

Considérant  qu'aimer c'est donner plus que recevoir 

Mais

S'il n'y a pas d'amour heureux (comme dit le poète) on ne pourrait non plus être heureux sans amour.

lundi 16 juin 2025

Un ami d'enfance


J'ai revu mon ami en rêve, celui qui ne m'appelle plus, je suis même passé à côté de lui, je crois que je lui ai dit quelque chose sans importance qui tenait au lieu où j'étais et à ce que j'y faisais; il a dû m'y répondre avec la même indifférence, nous étions devenus deux parfaits inconnus.

Et c'est ainsi que cela devrait se passer dans la vie, sans rancune, on a été amis, eh bien, c'est fini, nous voilà à nouveau au point de commencement ou pas, d'une relation; et nous devions avoir l'un et l'autre bien changés pour qu'elle ne se renouvelle pas notre amitié.

Je ne l'ai reconnu qu'après m'être réveillé, parce que de nouveau dans cette vie où on ne pardonne rien et on ne pardonne rien même à l'oubli, parce qu'on n'oublie rien: oublier c'est pardonner et vis versa; c'est vrai que je n'y pensais même plus mais ce rêve me l'a rappelé.

J'en ai eu d'autres d'amis cependant et à qui je ne rêve même plus. Ils sont bien retournés ceux-là de part le monde où je les ai trouvés et ne les trouverais plus. Ils ne me manquent pas plus que ceux que je n'ai jamais connus. Pas plus je n'ai envie de les voir qui serait les revoir.

Je rêve néanmoins mais cette fois-ci éveillé de cette amitié sur laquelle j'ai lu quelques mots d'Aristote et d'autres de Montaigne car je ne saurais dire si elle est de ce monde où de celui de l'écrit qui en diffère, sans doute par l'imagination, sans doute par l'idéalisation.

Il n'est pas bon d'avoir trop lu, à moins que ce ne soit d'avoir trop vécu, et nos meilleurs amis seraient des amis d'enfance, c'est-à-dire là où l'on se prête le plus à rêver, mais à eux aussi on les perd avec les années.


CITATION

Montaigne Essai I "Parce que c'était lui, parce que c'était moi"

Aristote dans l'Ethique à Nicomaque écrira: "que les hommes vertueux seront amis par ce qu'ils sont en eux-mêmes". Il distinguera ainsi l'amitié fondée sur la vertu de l'amitié fondée sur l'utilité et de l'amitié fondée sur le plaisir.

samedi 14 juin 2025

La complétude de l'être


On n'attend toujours le bonheur de l'autre, mais comment qui n'a pas le bonheur pourrait-il l'apporter à l'autre ? Et s'il a le bonheur en quoi voudrait-il encore l'autre? Pour le rendre heureux? Mais s'il l'est déjà.

Cependant pour l'être déjà il faudrait que de la même façon que l'on s'imagine heureux avec l'autre l'on s'imagine heureux seul car c'est une question d'imagination, or quand on se retourne dans son passé les images de bonheur que l'on revoit ne sont pas celles de nous seul.

Tout tiendrait donc à ce que l'on ne s'imagine pas heureux seul tandis que l'on s'imagine heureux à deux, tout tiendrait donc à une question d'imagination tandis qu'il est moins sûr que la réalité du couple témoigne de plus de bonheur que celle de l'homme seul ou de la femme seule.

Cela est si vrai qu'on ne pourrait aimer que celui ou celle avec lequel ou laquelle on puisse s'imaginer heureux, aussi le moindre signe contraire amoindrirait d'autant l'amour qu'on lui porterait tandis que tout signe favorable à ce bonheur ne ferait qu'accroitre notre amour.

Mais l'amour c'est aussi la possibilité d'être aimé et la possibilité d'être aimé c'est la possibilité de ne pas être seul, tout conduit à penser que c'est plus la solitude qu'on fuit que les êtres qu'on recherche, et qui se dit bien dans sa solitude l'amour la lui fait quitter.

Il la quitte pour l'autre qui est le bonheur qu'il s'imagine, parce que ce ne serait pas tant qu'il ne soit pas heureux dans sa solitude mais plutôt qu'il ne puisse pas s'imaginer l'être, à croire aussi que le bonheur ne peut être que partagé et entendu.

Quand on entend l'autre dire je t'aime on entend le bonheur frapper à notre porte et entrer dans cette maison vide et solitaire que l'on ne s'imagine pas heureuse autrement, même si l'on y a passé le plus clair de son temps sans souci de rien d'autre que de soi-même.

C'est qu'il n'y a pas d'amour de l'autre sans souci de l'autre et que c'est autant l'amour de l'autre que le souci de l'autre qui fera notre quotidien quand ne vient pas s'ajouter celui des enfants qu'on aime aussi très certainement où bien c'est là qu'il faut apprendre à aimer.

Que certains apprennent et d'autres n'apprennent pas à aimer et reviennent à leur solitude que bien vite ils voudront quitter parce qu'on attend toujours le bonheur de l'autre, parce qu'on ne peut s'imaginer heureux tout seul. L'amour serait un manque plus qu'un trop plein d'imagination.

Un manque que l'on chercherait à combler avec l'autre, mais l'autre veut un plus, car lui aussi cherche à combler un manque: qui saura alors donner à l'autre l'illusion d'un plus saura se faire aimer de l'autre: l'amour ne dit pas ce qu'il est.

La solitude qui apparait comme un manque, un défaut de l'être, peut être aussi trompeuse et se révéler le contraire de ce que l'on s'imagine, alors dire je t'aime serait joindre ma solitude à la tienne, deux solitudes qui s'aiment serait s'aimer dans la complétude de l'être. 

lundi 2 juin 2025

L'amour (bis)


C'est toujours l'enfant qui aime. Et quand je dis c'est toujours l'enfant qui aime c'est qu'à l'amour répondant et satisfaisant un désir sexuel ne peut être réduit l'amour, même s'il s'agit de l'amour de l'adulte.

Ma femme aime Tayeb. Tayeb est qui s'occupe d'elle. Ma femme a Alzheimer. Tayeb lui donne à manger, à boire, la lave, la déshabille, l'habille. Je prends toujours ma femme avec moi dans mes bras. Mais Tayeb fait plus que ça: il s'en occupe comme si c'était un enfant, un bébé.

Aime moi serait synonyme de occupe toi de moi. Et surtout on ne pourrait aimer que qui donne des signes de pouvoir s'occuper de nous. De là l'homme fort, de là l'homme riche. Mais trop souvent on le ramène et limite à cela, après l'avoir limité au sexe on le limite à l'intérêt, l'amour.

Quand ce n'est pas l'intérêt au sens le plus étroit du terme mais le plus large qui soit: occupe toi de moi! Et l'homme fort et l'homme riche ne peuvent être aimé de moi si en plus des signes de forces et de richesses ils ne donnent et font pas signe de s'occuper de moi.

Aussi qui est trop occupé de lui-même ne peut être aimé de moi car il ne peut s'occuper de moi, du moins n'en donne et fait pas signe. Tayeb n'est ni l'homme fort ni l'homme riche, Tayeb est l'homme qui s'occupe de ma femme, et ma femme comme tous les êtres vivant est un être aimant.

L'amour (bis bis)


Si l'amour est don de soi, désintéressé, on ne devrait pas souffrir de l'amour; ce qui amène à penser que ce qui souffre en nous c'est ce qu'il y a d'intéressé en nous et qui ne serait pas don de soi mais désir de l'autre et sur l'autre, d'appropriation, qui ne trouverait pas satisfaction.

On ne peut pas ne pas penser à la définition de l'amour de Spinoza: "L'amour est une joie accompagnée de l'idée d'une cause extérieure" aussi qu'à son conatus qui est effort de persévérer dans son être, parce que lié chez Spinoza aux deux affects: joie et tristesse.

Tout facteur qui vient augmenter notre puissance d'exister, et donc favoriser notre conatus, provoque inévitablement un affect de joie. Si ce facteur c'est cette cause extérieure, l'être cher, il nous serait cher en cela qu'il vient ajouter à notre puissance d'être sa puissance d'être.

Par lui on se sentirait augmenté, sans lui on se sentirait diminué; c'est par cette puissance de l'amour dont on se sentirait investi ou abandonné et qui donnerait à notre être joie ou tristesse, jubilation ou déréliction.

Mon ami était prêt à tout pour sa femme, à tout sacrifier, jusqu'à son propre plaisir, mais voilà, elle est partie. Dites moi en quoi se plaindrait il qu'elle soit partie s'il ne faisait plus rien pour lui sinon tout pour elle, quand il n'aurait plus à faire un tel sacrifice.

Car qui est capable de cet amour désintéressé allant jusqu'au don de soi comment pourrait-il en souffrir quand il lui est refusé. Voyez un sacrifié sur l'autel du sacrifice et le prêtre lui laisser finalement la vie sauve; je le vois mais ce n'est pas se plaindre sinon remercier.

jeudi 8 mai 2025

Amour et désamour (suite et fin)


Quand il y a l'amour et quand il n'y a plus l'amour, mais c'est plutôt dire quand il n'y a plus l'amour de chair ou la chair de l'amour. Quand il n'y a plus l'amour de chair ou la chair de l'amour on pense qu'il n'y a plus d'amour.

Mais si c'était l'amour de chair ou la chair de l'amour qui faisait obstacle au véritable amour, quand se réalisant il ne se réalise pas, quand se consommant il se consume, qu'il brûle des feux de l'amour.

Si au lieu d'entendre et de voir le plein de l'amour, la matière consommable, c'est le vide que l'on voyait et ce bruissement en nous, mais le vide ne nous apparait pas, l'oxygène de l'amour, l'air de l'amour, le bruit du vent on ne l'entend pas en nous.

Plutôt, ce vide, cet air, ce trou d'air, nous l'appelons dépression quand il répondrait mieux à l'idée d'ouverture de l'amour qui ne serait plus fermeture sur l'autre mais ouverture par l'autre, ou plutôt que par l'autre par l'amour.

Il y aurait alors plus d'amour dans ce que l'on appelle le désamour, quand on croit que l'amour nous a quitté qui est qu'il a cessé de faire obstacle à l'ouvert pour se refermer sur l'être que l'on dit l'être d'amour, mais l'être d'amour n'est pas l'amour sinon incarné.

Ce trou d'air, cette dépression, c'est nous seul avec notre amour. Un grand vide qu'il a créé en nous qui est un grand amour et jamais nous n'avons aimé autant, n'avons autant été envahi par l'amour, senti cet air en nous, l'avons autant respiré que nous le trouverions irrespirable.

Accru par lui plutôt que diminué par l'autre, accru par l'amour plutôt que diminué par l'être d'amour, et parce que non conforté par sa présence dans notre zone d'inconfort appelé à nous transcender (plutôt qu'à nous repaître dans l'amour), ce qui est le propre du véritable amour.

lundi 5 mai 2025

L'être et l'existence


Ce n'est donc pas pour elle que je vivais se dit l'homme qui se rappelle sa mère et combien il l'aimait, puis son père, puis ses frères, ses sœurs s'il a eut des sœurs, et combien il les aimait.

C'est qu'il se souvient tandis qu'il est seul ou presque ou sur le point de le rester de cette première femme qui fut sa femme et qu'il aimait, ce n'est donc pas pour elle non plus que je vivais, et c'est qu'elle n'était plus sa femme.

Ce n'est pas que cet homme va mourir ou qu'il le sache mais que de la longue liste de tous ceux pour qui il croyait vivre il ne reste plus grand monde, tandis que sa vie se poursuit inexorablement et indépendamment de tous ceux pour qui il croyait vivre.

Ce n'est donc pas pour elle non plus que je vivais se dira t-il quand sa dernière femme ne sera plus, car il lui faudra se rendre à l'évidence que ce n'est donc pas pour elle non plus qu'il vivait, puisque lui sans elle continuerait à vivre.

Au moins avait-il compris que la question qui se pose à l'homme n'est pas tant à la mode existentialiste pour quoi il vit mais pour qui il vit, qu'il était plus attaché aux êtres qu'à l'existence.

Que l'être se nourrissait d'êtres plus que d'existence, voilà ce qui au fur et à mesure que sa vie passait et qu'avec sa vie les êtres de sa vie passaient lui apparaissait de plus en plus clairement: l'homme, un être avide d'êtres, avec en toile de fond l'existence.

vendredi 2 mai 2025

L'amour de l'autre


Si l'on s'arrêtait un seul instant à considérer cette folie qui s'empare de nous et que l'on appelle l'amour on se dirait qu'il faut que l'homme soit bien malheureux pour en arriver là qui est de donner toute la place à l'autre dans son cœur, dans ses pensées, dans sa vie, sans pour autant que l'autre ne l'ait mérité, ni même que l'on s'interroge sur les mérites de l'autre.

Ne vient-il pas alors comme une évidence que l'amour frappe plus fort à la porte des malheureux qui attendraient tout leur bonheur de l'autre et ceci d'autant plus qu'ils seraient plus malheureux. Les malheureux seraient les victimes de l'amour comme de l'illusion du bonheur. Mais qui dans sa vie peut prétendre trouver le bonheur sans trouver l'amour?

Mais de quel bonheur s'agit-il sinon d'un bonheur dépendant et peut-on être heureux si l'on est dépendant? Qui courant après l'amour comme après son bonheur peut prétendre être libre? Et qui n'étant pas libre peut prétendre être heureux?

L'aliénation de l'homme par l'homme, qui en l'occurrence se trouve bien souvent être une femme, serait donc bien l'amour, à moins que la vie de l'être ne réside pas dans l'être pour lui-même mais dans l'être pour l'autre, non pas dans être pour soi-même mais dans être pour l'autre, et que l'amour en nous révélant l'être autre que nous même nous révèle que nous existons pour lui et non pas pour nous même.

L'impossibilité pour l'homme de vivre pour lui-même lui serait révélé par l'amour l'aliénant à lui-même et l'amenant à vivre pour l'autre, contraint en cela par l'amour qu'il lui porte, et ce qu'aucune force (politique, idéologique) n'aurait réussi à faire seul l'amour le ferait.

On voit bien qu'il ne s'agit même pas de la société du mérite puisqu'à aucun moment l'on s'interroge sur le mérite de l'autre mais plutôt sur notre amour pour l'autre qui est inconditionnel et aussi immotivé qu'irrationnel. 

L'amour n'est pas plus une récompense qu'une punition, mais il est pour sûr une autre vie que notre vie dans laquelle il nous surprend et dans laquelle pour lui nous nous surprenons n'être pas comme nous pouvons être dans l'amour qui est où de loin nous nous préférons être.

L'amour comme la demeure de l'être, mais d'un être qui ne s'appartiendrait plus ou qui aurait cessé de s'appartenir, sans pour autant appartenir à un autre être mais qui pour sûr l'aurait dévoyé de son propre être pour considérer un autre être que le sien au moins autant sinon plus que le sien. Et ceci pour autant que l'amour soit amour de l'autre.

samedi 26 avril 2025

L'amour et l'être d'amour


L'amour et l'être déficient. Tout le problème amoureux procède de ce qu'on confond l'amour avec l'être déficient qui est l'être d'amour. L'être d'amour est plus ou moins investi par l'amour.

Sa déficience procède de sa déficience d'amour. Mais d'être soi-même investit par l'amour fait qu'en l'autre on voit l'amour quand l'autre n'est que l'être investit par l'amour et ceci de façon plus ou moins déficiente.

Il n'est pas l'amour. Il est encore moins notre amour avec lequel nous le confondons. Par contre il est comme nous un être d'amour, c'est-à-dire plus ou moins investi par l'amour.

Comme nous il peut accuser une déficience en amour parce que l'être d'amour est aussi l'être déficient que l'amour peut ne pas avoir investi totalement et parfaitement ou par lui avoir été vicié.

Si l'amour frappe à toutes les portes il ne reçoit pas partout le même accueil: il y a des portes qui s'ouvrent et d'autres qui ne s'ouvrent pas et aucune ne s'ouvre de la même façon à l'amour.

Si l'amour est unique l'être d'amour lui est multiple et divers et plus ou moins déficient. L'être d'amour est aussi l'être déficient. L'amour absolu serait Dieu. On n'est pas obligé d'y croire.

Il est surprenant cependant que ne croyant pas en Dieu on jette tout son dévolu sur l'être déficient comme s'il était l'amour absolu, comme s'il était amour, qui est ce avec quoi on le confond et qu'il n'est jamais.

Il n'est jamais qu'un être d'amour et pas l'amour, et pas un être d'amour absolu, mais un être d'amour déficient. Aussi on ne devrait pas lui en vouloir à moins de chercher Dieu quand on cherche l'amour, c'est-à-dire l'absolu, le non déficient.

L'amour comme l'augmentation de l'être, de l'être de l'un par l'être de l'autre, de l'autre dont l'un est déficient, mais un être d'amour déficient est un être d'amour qui par l'autre n'est pas ou n'arrive pas a être augmenté parce que insuffisamment investi par l'amour.


CITATION

Reprise à notre compte de ce que dans Totalité et infini Emmanuel Levinas disait des traits de la limitation et de la finitude remplacer ici par l'amour. Aussi "ils assurent" (les traits de la limitation et de la finitude) devient "il assure (lui l'amour) le débordement même de l'infini ou, pour le dire concrètement, de tout le surplus par rapport à l'être - de tout le Bien - qui se produit dans la relation sociale."

jeudi 24 avril 2025

Le désamour (suite et fin)


Cet autre sans cet autre c'est l'amour comme ouverture. Cet autre avec cet autre c'est l'amour comme fermeture. Fermeture sur l'autre. Ce n'est pas l'amour mais le désamour qui nous apprend à aimer.

D'un amour qui soit sans amour, qui n'est pas trouver en l'autre son amour, mais a trouvé par l'autre l'amour qui est amour de l'autre et l'a détourné de soi pour l'ouvrir à l'autre.

Quand il aurait pu se refermer sur l'autre il reste ouvert. L'être d'amour est un être ouvert, que son amour ouvre. Et quand cet amour n'est pas défini il est infini et quand il ne se referme pas sur quelqu'un il reste ouvert à tout.

Cet ouverture de l'amour sur l'infini montre que l'identité et la nature de l'amour n'est pas quelqu'un de défini auquel on le fait correspondre en disant qu'il est amour: tout être est un être d'amour, est un être capable d'amour, d'ouverture à l'amour.

Mais l'être comme une huitre se referme sur l'amour comme sur sa perle, mais ce n'est pas l'amour, c'est une création de l'amour, ce n'est pas sa perle c'est la perle de l'amour.

Qui redeviendra grain de poussière quand l'amour l'aura quitté ou cessera de le magnifier, quand toute valeur lui sera ôtée, quand il n'y a pas d'autre valeur pour l'être d'amour que l'amour.

Le désamour est le véritable amour, l'amour sans amour, l'amour sans objet, l'amour qui est seulement amour, l'amour sans sa perle d'amour, qui ne s'est pas refermé, qui est ouverture à l'autre.

mercredi 23 avril 2025

Le désamour


Si l'on considère que l'amour est la reconnaissance maximum qu'un être puisse avoir pour un autre être le "je ne t'aime plus" signifierait ni plus ni moins que cet être d'amour, et nous sommes tous des êtres d'amour, a cessé d'exister pour l'autre.

D'où le fait qu'il puisse naître des idées de meurtre chez celui qui a cessé d'exister pour l'autre. Cependant s'il a cessé d'exister pour l'autre il n'a pas pour autant cessé d'exister.

Il est vrai que l'animal menacé dans son existence se défend naturellement en voulant donner la mort à l'autre plutôt que de la recevoir de l'autre. C'est donc une réaction animale, et si naturelle pas logique.

La logique voudrait que si nous avons cessé d'exister pour l'autre, l'autre cesse d'exister pour nous, mais pour nous seulement, chasser son existence de la nôtre n'est pas le tuer, faire qu'il cesse d'exister pour nous n'est pas faire qu'il cesse d'exister tout court.

Nous ne nous en prenons pas à l'autre qui n'appartient qu'à lui-même mais à une image de l'autre qui est l'idée que nous nous en faisions; l'idée qu'il nous aimait est l'idée qui doit être détruite puisqu'elle ne correspond plus à la réalité de l'autre qui ne peut plus en répondre.

C'est l'être d'amour qui est mort et dont nous devons faire le deuil, ce qui est un doux euphémisme car nous devons en tuer la survivance en nous qui est où il ne veut pas mourir, en tuer la survivance plutôt qu'en assurer la survivance.

Il ne veut plus nous reconnaître comme un être d'amour, eh bien! à notre tour, ne le reconnaissons plus comme un être d'amour: pourquoi continuerons nous a apprécier comme un être d'amour qui ne nous apprécierait plus comme un être d'amour.

Ce n'est pas vengeance que crie notre cœur qui est le cœur de l'être existentiel qui ne puisant son existence que dans l'amour et ne le trouvant pas au lieu où il le trouvait jusque là pousse un cri bien légitime. Le désamour est un cri du cœur.

A mon ami Roland,

mardi 22 avril 2025

Amour et violence


Il est une violence, et quand on pense violence on pense à la guerre et pas à l'amour, mais il est une violence qui est faite à l'homme par l'amour, due à l'irruption de l'amour dans la vie de l'homme et ce n'est pas qu'il entre en guerre mais en amour.

Elle a pour effet de le décentrer. Centrer qu'il est sur lui-même le voilà brutalement centrer sur l'autre au point qu'il s'oublie lui-même pour ne penser plus qu'à l'autre et, surtout, ce qui est pire, à partir de l'autre.

Il ne pourrait y avoir meilleur altruisme, ce partir de l'autre pourrait être la définition même de l'altruisme. Ravi à lui-même il ne se retrouve plus et connait des moments d'égarements sans pouvoir pour autant être l'autre.

N'étant plus lui-même et n'étant pas non plus l'autre, l'être existentiel sent son existence lui échapper et voudrait-il se rattraper à l'existence de l'autre qu'il ne le peut pas car elle n'est pas non plus la sienne.

Voudrait-il encore se concentrer sur n'importe quel ouvrage qu'il n'y arrive pas: il est déconcentré. Et il est déconcentré parce qu'il ne part plus de lui-même, sa pensée est tout le temps occupée par l'autre, ne part plus de lui mais de l'autre qu'il n'est pas pour autant.

L'amour serait donc une violence parce qu'il l'aurait arraché à lui-même, l'aurait décentré, l'aurait déconcentré, et, moindre mal s'il retrouve l'autre, encore qu'il lui faudra revenir à lui-même.

Et ce retour pourra alors se faire avec douceur sinon sera aussi brutal le retour que le départ de lui-même: il lui faudra aussi s'arracher à l'autre ou de l'autre en se faisant violence.

lundi 21 avril 2025

L'être existentiel


L'être existentiel ne peut exister que pleinement quand c'est cette plénitude d'existence qui lui est refusée. Il ne peut y consentir sous peine d'être malheureux parce que frustré dans son être.

Ce n'est pas une exigence de classe ni de tempérament mais si quelqu'un d'une classe ou d'un tempérament ne laisse pas à quelqu'un d'une autre classe ou d'un autre tempérament la possibilité d'exister pleinement, volontairement ou pas, il contribue à son malheur.

Ce n'est donc pas un problème social mais un problème humain et c'est pourquoi il n'a pas pu recevoir de solution sociale. Spinoza disait que l'homme ne se contente pas seulement d'exister mais tend à un plus d'existence.

Ce plus d'existence est une exigence de l'être qui ne peut être freinée que par la conscience de l'existence de l'autre, qu'il existe aussi: "ma liberté n'a pas le dernier mot, je ne suis pas seul au monde" écrivait Emmanuel Levinas dans Totalité et infini.

Aussi dans les rapports homme femme, l'homme comme la femme, peut avoir l'impression de servir de bouche trou dans l'emploi du temps de l'autre ou de roue de secours, que son existence n'est pas absolue mais relative pour l'autre.

Et elle l'est en effet puisqu'elle dépend de la relation qui s'instaure entre les êtres humains. C'est pourquoi chacun doit revendiquer sa pleine existence quand il n'existe que de façon tout à fait relative pour l'autre.

Parce que cette existence relative peut n'être reconnue par l'autre que partiellement, que fonctionnellement, c'est à dire qu'en fonction de ce qui intéresse à l'autre de son existence, de prendre de son existence.

Certes l'être existentiel est aussi l'être sacrificiel mais il ne doit répondre pleinement à l'appel de l'existence de l'autre que s'il reçoit pleinement l'existence de l'autre; pour donner à l'autre pleinement son existence il lui faut aussi la recevoir pleinement de l'autre.

samedi 19 avril 2025

La femme et l'autre


La femme n'est pas transcendance sinon au mieux descendance; elle ne renvoie pas à Dieu sinon au mieux à la possibilité de l'existence d'un autre pour nous.

En quoi elle double l'illusion initiale Dieu, autre supposée existence d'un être pour nous, par son existence qui n'est pas plus pour nous que pour un autre, mais pour elle, la femme.

Le règne de l'égoïsme n'est pas le règne de l'altruisme, mais le règne de l'égoïsme peut être teinté d'altruisme et cette teinture d'altruisme est le désir de l'autre, pour la femme de l'homme.

D'un homme pour elle, comme l'homme d'une femme pour lui, quand chacun est à chacun, et personne n'est à l'autre ni n'entends réellement l'être, sinon par l'autre assouvir ses désirs.

Il n'empêche, il n'empêche qu'un dépassement de l'être peut être possible, que l'on peut être amené à se transcender pour l'autre, ce qui est dépasser son propre égoïsme, ce moi qui nous tient pour l'autre à qui on tiendrait plus qu'à nous même.

Mais ce n'est pas par le corps que nous sommes appelé ou à ce corps il lui faut un supplément d'âme qui nous rappelle à nous même comme à quelque chose d'autre qu'à un corps, et pas seulement un corps qui nous unirait à la femme de sorte à s'oublier en elle et pas que par le corps.

L'Amour avec un grand A serait transcendance en ce qu'il nous détache de nous même pour nous attacher à l'autre; et combien même nous serions tout égoïsme il est tout altruisme d'où cette période agitée qui est la période conflictuelle entre le moi et l'autre qui nous appelle à lui.

mercredi 16 avril 2025

L'amour de l'autre


Et si l'amour n'était qu'un jeu, un jeu de société comme les échecs en un peu plus cruel qui sait mais avec le même enjeu: gagner. Le thème: la domination. C'était le thème d'un cours d'échecs qui commençait par la prise d'initiative et comment la maintenir jusqu'à la fin de la partie.

Qui sait en effet si le thème de l'amour n'est pas celui de la domination qui se joue dans le couple. "A ce jeu là je suis plus douée que vous", sans doute faisait-elle référence au jeu de l'amour, et plus qu'au jeu sexuel des deux partenaires au jeu de société.

Aussi disait-elle disposer de toutes les clés, ces clés qui nous permettent non seulement d'entrer en société, de faire société avec les autres, mais d'en sortir vainqueur.

Don Juan qui, à la différence d'aujourd'hui, ne cherchait pas à passer pour une bête de sexe, possédait par contre toutes les clés de la société de son époque et surtout savait en jouer.

C'est douloureux de perdre aux échecs et pas qu'aux échecs, mais dans les deux cas c'est une question d'égo, et dans les deux cas il est bon de laisser son égo de côté qui est laisser place à l'autre, non pas pour aimer sa force mais pour aimer sa faiblesse.

Il n'y a que la faiblesse qui soit aimable. Trop souvent subjuguer par la force, admiratif de la force. Quand l'appel de l'autre, signe de faiblesse de l'autre, est signe d'amour de l'autre.

dimanche 13 avril 2025

L'existence (bis)


L'existence n'est pas facile. Tout le monde en conviendra: l'existence n'est pas facile. Mais en quoi elle n'est facile pour personne reste à définir.

Il y a l'enfant qui se débat pour qu'on le laisse tranquille, que les autres embêtent. Il va dans son coin sans qu'on l'y mette. Enfin, il est tranquille, plus personne ne l'embête.

Cependant il n'a pas tenu longtemps dans son coin. On dirait qu'il va chercher les embêtements. Ce n'est pas les embêtements qu'il va chercher l'enfant, mais les autres.

Seulement et fatalement au bout d'un moment c'est pareil les embêtements et les autres. Alors l'enfant retournera dans son coin. Puis, au bout d'un autre moment, l'enfant retournera vers les autres ou, on a dit c'est pareil, vers les embêtements.

Encore cette phrase de Blaise Pascal "Tout le malheur des hommes vient de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre" qui ici deviendrait: tout le malheur des hommes est de ne savoir pas demeurer seul.

Notre existence ne nous suffirait pas. On aurait besoin de l'existence de l'autre. De l'existence de l'autre comme d'exister pour l'autre. Ce que je reçois d'existence de lui. Ce qu'il reçoit d'existence de moi.

Le bilan de notre relation à l'autre serait un bilan d'existence, ou l'autre comme coefficient majeur de mon existence. Pour Spinoza l'homme ne se contente pas d'exister mais veut un plus d'existence, qui n'est pas forcément un plus de consommation.

Ce serait simple si l'existence était un simple problème de consommation à laquelle souvent on la réduit sans cependant la satisfaire et non pas seulement parce qu'on en veut toujours plus mais parce que l'existence n'a pas que des besoins quantifiables.

L'existence a besoin d'existence. Cela semble une lapalissade mais ne peut être dit autrement, et encore le mot besoin n'est peut-être pas le plus approprié. Exigence. L'existence a une exigence. Une exigence à laquelle l'être humain est bien en mal de répondre. Qui le dépasse.

C'est que cette exigence est exigence de dépassement qui est appel de la transcendance, toujours entendu mais jamais répondu, tentative vaine, vaine tentative d'exister.