Je voudrais partir du moi vivant et de ce qu'en disait le grand philosophe espagnol Ortega y Gasset: "Je suis moi et ma circonstance, et si je ne la sauve pas, je ne me sauve pas moi-même." non pour épiloguer sur ce qui me semble ne pas nécessiter plus amples commentaires sinon de la part du spécialiste que je ne suis pas.
Et c'est parce que bien que faisant encore partie de ce monde je puis de plus en plus dire: je suis moi et mes morts, chose vous comprenez que je ne pouvais pas dire enfant. Cela me change quoique pas comme la mort nous change et je suis habité pas comme on habite la terre quand nos morts ne nous habitent pas encore.
Encore enfant je ne pensais pas ainsi des autres humains qui sont pourtant habités comme je le suis: je ne pensais pas qu'ils étaient eux et leurs morts, je ne considérais qu'eux vivants. Et c'est pourquoi enterrer ses morts serait comme s'enterrer vivants aussi bien qu'ils vivent en nous, en nous comme nous vivons après eux qui ne sont plus qu'en nous.
Un de mes amis en pensant à eux disaient qu'ils ne seraient vraiment morts que quand ils cesseraient de vivre en nous, que quand nous cesserions de penser à eux, mais c'est comme si nous cesserions de penser tout court, c'est-à-dire nous mêmes de vivre. Et si les enterrements peuvent nous rendre si triste c'est de l'impression qu'ils nous laissent d'enterrer une partie de notre propre vie.
Un autre de mes amis très cher me disait encore hier qu'il n'entendait pas ce que je disais en parlant de l'homme, que lui parlerait plutôt des hommes et si je ne renonce pas à mon homme singulier pour un homme pluriel (parce que l'homme pluriel n'existe pas) j'admets que si cet homme n'est plus un enfant il n'est plus jamais seul parce qu'habité par d'autres hommes fussent-ils bien morts.
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