mercredi 26 août 2026

Peine perdue d'avance


J'ai lu quelque part que ce ne serait pas les choses mais l'idée que l'on se fait des choses qui nous troublerait, mais l'idée même que nous nous en faisons ou que nous ne pouvons cesser de nous en faire pour ne toujours pas avoir accès direct aux choses cessent cependant de nous troubler par la moins grande adhésion que nous leur portons.

La vie que nous avons aurait sur nous un moins fort impact parce que nous ne lui laisserions pas avoir, du moins ne l'amplifierions nous pas par l'idée que nous nous en ferions ni ne nous impliquerions davantage dans ce qu'il ne nous appartient pas de penser, car souvent nous pensons ce que nous ne devons pas penser et cela vient souvent de là que nous soyons blessés par nos pensées.

J'aime cette pâleur d'un ciel qui vient à peine de se lever, on dirait qu'il a passé une mauvaise nuit; voilà encore une idée qui nous correspond plus qu'elle ne correspond à la réalité: son aspect livide n'est-il pas le nôtre et qui des deux n'a pas bien dormi qui est là pour le regarder et se retrouver en lui ce qui est bon et comme un élargissement de sa pensée ou de ses sentiments.

On communie avec la nature fût-elle indifférente à nous, la nature humaine l'est aussi, et on comprend qu'il est tout aussi absurde de lui en vouloir, que les choses sont comme elles sont, et qu'il faudrait y calquer davantage nos idées. Etre muet comme la nature est muette, seulement un peu pâle ce matin mais c'est parce que le soleil ne s'est pas encore levé.

L'artificielle société nous en a trop éloigné qui nous fait croire tout pouvoir régir par nos idées, car c'est un petit monde d'idées, de petites idées par lesquelles nous croyons pouvoir lui échapper ou pire la dominer quand il faudrait nous y faire à notre nature humaine comme à la nature tout court, nous accepter comme l'accepter, ce qui est faire avec et non pas lutter contre, peine perdue d'avance.

mardi 25 août 2026

Partout où je me retourne il y a une femme qui travaille


Partout où je me retourne il y a une femme qui travaille. Il n'en a peut-être pas toujours été ainsi mais voilà ce que je vois maintenant et d'abord quand je me retourne sur ma vie. Luisa Eugenia la première de mes femmes qui faisait médecine et que j'attendais pour aller à la plage qu'elle est fait quelques taches ménagères comme qu'elle est terminé ses études pour l'épouser.

Quel gros bourdon que je fais et que d'abeilles laborieuses j'ai connues, il y a plus près de moi aujourd'hui Armelle et ses enfants et son travail, Armelle qui va travailler dans le BTP; et la défunte que j'aidais et c'est bien peu ce que je faisais bien que je le faisais de mon mieux quand elle allait voir ses clientes à domicile après avoir fermé boutique, et que mon affection pèse peu dans la balance.

Il m'arrive de m'arrêter lors de mes marches sur Paris et c'est à Vincennes pour manger sur place et chez un chinois, quelques légumes sont exposés en devanture qu'elle vend aussi; elle a mon âge qu'elle m'a dit et aussi qu'elle a perdu son mari il y a quelques années mais n'a pas fermé boutique pour autant. Je mange et elle travaille.

Je reviens du dentiste, c'est une femme aussi et qui prend à peine le temps de manger, elle n'est plus très jeune mais est très maigre; elle y laissera aussi sa vie dans sa boutique. Elle a eu une fille, un gros bourdon est passé par là et puis s'en est allé bourdonner ailleurs comme il semble que ce soit de bonne guerre, mais il n'y a plus de temps à perdre (surtout avec un homme) et elle travaille.

Il y a aussi souvent plus de femmes que d'hommes qui courent sur les bords de Marne (il m'est arrivé de les compter), quand elles ne poussent pas des poussettes ce que j'ai très peu souvent vu les hommes faire, mais voilà il y a des choses qui nous semblent encore si naturelles de voir les femmes faire qu'on ne leur donnerait pas le nom de travail.

C'est chose courante aussi de penser que pour rien au monde elles ne voudraient perdre leur travail, que c'est un droit revendiqué et gagné de hautes luttes, mais les voilà plus que jamais dans la bagarre et on les dit de forces égales mais que les conditions sont inégales; je dis qu'il ne manque plus que ça que les conditions soient inégales quand déjà les forces ne sont pas égales et je parle des forces de travail.

C'est pourquoi je ne vois que des femmes qui s'épuisent au travail avec toujours de gros bourdons qui bourdonnent autour d'elles et qu'on appelle chefs et qui non seulement disent mais aussi pensent qu'il n'y a qu'eux qui travaillent et le pire c'est que tout le monde, et les femmes comprises, pensent que c'est vrai, qu'il n'y a qu'eux, les hommes, qui travaillent. 

Ce quelque chose qui ne dit pas son nom


On a commencé quelque chose et on ne sait pas exactement quoi ni quel nom lui donner, seulement que quelque chose venait de se terminer et que l'on pouvait se pencher dessus parce qu'avec sa fin il avait reçu sa forme définitive qui est ce que l'on croyait mais les choses ne meurent jamais en nous où elles continuent d'évoluer.

On dirait que les choses se font malgré nous et que notre participation à ces choses ne peut qu'être légère et sans grande connaissance de cause, de quoi nous reste t-il après à nous vanter d'avoir réussi ou raté si c'est en aveugle que nous avons procédé et que la chance nous ait souri ou qu'elle nous ait fait la grimace.

Et puis aimer après avoir aimer qu'est-ce que cela veut dire de l'amour et comment cela le traite sinon par l'insignifiance cette chose à laquelle pourtant on attache la plus haute importance. Cela ne sourit plus ni ne nous fait la grimace mais se rit de nous: te voilà encore une fois pris, on pourrait dire épris mais l'on n'ose déjà plus le dire.

C'est comme ces croyants que rien ne peut détourner de leur croyance comme on leur dirait que Dieu n'existe pas et ils continueraient à croire en Dieu, qu'on nous dise maintenant que l'amour n'existe pas qu'on continuerait à croire en l'amour aussi qu'on le personnifierait comme ils personnifient leur Dieu, mais voilà que le nôtre viendrait à mourir, alors on lui donnerait un nouveau visage.

Beaucoup de dieux sont morts mais la croyance aux dieux, elle, n'est pas morte, et il en irait ainsi de notre amour qui ne veut pas mourir, qui a besoin d'un objet de culte, d'adoration, de vénération, d'exultation; et nous à qui comme à quoi nous remettre ce qui est à qui ou à quoi remettre notre vie parce que nous ne sommes pas capable de la mener tout seul.

Ce quelque chose qui ne dit pas son nom j'ai appris récemment que Plotin l'avait appelé l'Un et c'est ce qu'il y a le plus humble de dire dans notre ignorance de la chose qui nous la fait confondre à toutes les choses ou toutes les choses se confondre en elle qui est bien sur nous souveraine, car le principe premier, absolu et infini qui se trouve au-delà de l'être et de la pensée est bien l'amour. 

lundi 24 août 2026

Un pied-à-terre


Une femme comme un pied-à-terre, de plain-pied dans la réalité, te descend en plein ciel des idées, beauté charnelle, vérité première de la nature humaine, innocence que l'on ne voudrait pas blesser, perversité que l'on voudrait satisfaire, matière qui est devenue matière à penser, qui sait si aussi pensée originelle et pensée pieuse et pensée du péché.

Epouser la femme c'est épouser la réalité dans tout ce qu'elle a de mouvant, de changeant, de vivant. Quand l'idée qu'on a de la femme est vite obsolète, il vaut mieux alors ne pas la suivre mais suivre la femme pour que la relation soit durable, car il vaut toujours mieux être accompagné par la femme que par l'idée que l'on s'en fait, qui fût-elle bonne n'est jamais d'aussi bonne compagnie à l'homme que la femme.

C'est préférer la matière charnelle à l'idée éternelle car c'est parce que la femme est mortelle que la femme est vivante et existe indépendamment de nous quand nos idées n'existent qu'en nous, n'ont pas d'autre existence que nous même, pas d'autre forme que nous même, tandis que notre existence n'aspire qu'à une autre existence qu'elle même, qu'à une autre forme qu'elle même.

Elle n'a que son corps, que croyons nous avoir d'autre nous autres, à offrir, et elle s'offre, quand Le nôtre ne demande que ça, mais il y a l'autre qui se croit au-dessus de tout ça; mais il ne peut pas mentir à la femme et tout ce qu'il crache est tout ce qu'il a de mieux à faire, tout le reste n'est que blablabla auquel il vaut mieux que la femme ne se fie pas.

Seules certaines femmes qui se croient aussi au-dessus de tout ça et tout ça c'est l'humanité toujours naissante, toujours gémissante, toujours geignant et frémissante, préfèreront à ce qu'elles ne considéreront aussi que comme un crachat la parole toujours trompeuse, toujours menteuse, mais qu'elles prendront pour argent comptant, parce qu'elles voudront aussi atteindre le ciel des idées, pure idéalité et vrai mensonge.

Mais une femme comme un pied-à-terre t'aura descendu en plein ciel et tu amorceras ton atterrissage forcée et c'est ton hôtesse de l'air qui t'accueillera sur terre pour te souhaiter la bienvenue. Qui sait si elle aura mis les pieds sur terre en même temps que toi ou avant toi ou après toi, mais cela n'a pas grande d'importance pourvu qu'elle y soit avec toi.

CITATION

Valéry Larbaud A.O.Barnabooth: " La femme est une grande réalité, comme la guerre. Je sais: la raison les repousse, les refuse, les nie. On nous a élevés à vivre dans les rêves et les théories, et nous crions quand la vie nous opère de nos rêves et quand la réalité trouve fausses nos théories."

dimanche 23 août 2026

L'hêtre sans racines


Je croyais m'appartenir. Et voilà une femme. Et voilà que je ne m'appartiens plus. Appartiendrais je à une femme mais alors à laquelle de celles que j'ai aimées? Simone Weil et l'enracinement. Qu'en est-il aussi de l'enracinement d'un être de chair dans un autre être de chair? Contre le déracinement prendre racine, Simone Weil ne dirait pas le contraire.

Etres déracinés qui seraient autant livrés à eux-mêmes qu'aux autres sans jamais s'appartenir ni appartenir les uns aux autres. Liberté si vanté qui serait comme un vin éventé. Hêtre des grandes forêts tempérées de mon être, en toi je me reconnais mais qui m'a dénaturé? Aussi l'animal chassé de son territoire en un autre territoire cherche à se fixer.

Homme je connais maintenant ta vérité: c'est parce que tu n'appartiendrais à personne pas même à toi-même que tu veux appartenir, c'est parce que tu n'es pas fixe que tu veux te fixer, c'est si dure d'être toi parce que tu n'as pas de toi mais en l'autre peux te trouver. Voilà ta société naturelle, voilà la société de l'homme, pas celle qui a déraciné l'hêtre, habitant des grandes forêts tempérées.

Mais ne serais tu plus qu'un grand niais épris de liberté comme on l'est de vin, énivré, ivre mort, qui ne sait plus où il habite et va titubant, à droite, à gauche, et c'est parce qu'il ne sait plus où il va; et comment le saurait-il s'il ne sait plus où il est; alors, il se dit libre d'aller où il veut, et il ne va nulle part. 

Etre sans êtres pluriel ni singulier mais qui cherche a être, être qui aurait perdu son être parce qu'il le chercherait en lui-même quand il ne peut le trouver qu'en les autres, Hêtre qui ne pourrait être que là où il plante ses racines.

samedi 22 août 2026

Un conte de Maupassant


C'était après une partie d'échecs avec mon ami R. Je lui avais si bien parlé des contes de Maupassant qu'à la télé et sur YouTube on pouvait visionner qu'il voulu qu'on en vit un ensemble. Les répliques étaient bonnes, pas moins bons étaient les acteurs, mais surtout ce qui, à n'en pas douter, plaisait à mon ami c'est qu'on pouvait rire avec Maupassant de la noblesse et du clergé.

Mon ami ne comprit pas alors que cela se termina par cette duchesse qu'on avait empoisonné et qui accepta de mourir en connaissance de cause. Il s'agissait bien de son mari et de sa maitresse. Mais elle ne voulait pas qu'un scandale de plus éclabousse la noblesse. Aussi elle exigea du médecin qui a son chevet comme un confesseur recueillait ses dernières volontés qu'il garda le secret.

Je dis alors à mon ami que Maupassant qui savait si bien décrier l'ancien régime n'en savait pas moins apprécier ce qu'en la perdant on en perdait. Opinion sans doute partagée par Valéry Larbaud, j'étais en pleine lecture de O.Barnabooth, qui parlant de la noblesse et voulant mieux la définir citait cette expression qui était tout ce qui en restait: "noblesse oblige" et c'était que la noblesse serait faite avant tout d'obligations, de devoirs.

Le sens du devoir comme le sens de la prière se seraient perdus en cours de route, ce qui est pour l'homme non pas tant s'incliner ou s'abaisser ou s'humilier devant plus grand que lui; que d'être grandi, élevé, par son aspiration à ce qu'il y a de plus pur et de plus beau, à ce qui nous transcendent ou par quoi on est transcendé. Et peu importe que cela soit plus contestable que constatable par la science.

Car ceux qui savent bien mourir sont aussi ceux qui savent bien vivre, et c'est dignement, et c'est sans s'abaisser à de vils sentiments de haine et de vengeance, sentiments mesquins par excellence, et il faut voir dans la mort de cette femme une mort exemplaire on l'on peut mesurer toute la grandeur de son amour qui est celle de son âme, de son cœur, plus que celle de son corps moribond.

Qui sait alors si après que l'homme ait connu les siècles de l'esprit il ne soit pas tombé dans ceux de la matière; si le corps n'a pas établi sur lui son empire après la démission de l'esprit. Etre bien de son corps et jouir de son corps, voilà tout ce qu'on voudrait. Mais si l'on croit que c'est le corps qui nous tient on se méprend. Et si le corps nous lâche, alors tout nous lâche. S'il n'y a de force qui ne soit que du corps.

Humanitas vulnerabilitas


Les fulgurances de l'autre dans ta vie c'est la femme, la femme comme un éclair dans un ciel d'été. C'est beau à voir mais ça peut te foudroyer ce zigzag sous la voute céleste qui en est un instant tout illuminée. Le phénomène est naturel à l'homme qui n'a pourtant cesse de s'en étonné et d'être à ce spectacle émerveillé.

Comme pour toute chose il y a l'exacte distance à tenir quand tout tend à te rapprocher. Alors, danger! Mais tu n'es pas étranger à cet animal qui s'il flaire le danger s'en écarte, excepté si en même temps il a flairé la femelle. Selon la distance gardée tu peux être hypnotisé ou brûlé, mais jamais indifférent, et c'est aussi selon que le feu brûle en toi ou en dehors de toi.

Que tu vois la flame de ses yeux et son corps et son cœur ardent c'est déjà comme cuire à petit feu. Aussi tu es cet animal que la flame attire. Poète ou contemplatif s'en tirent à moindre frais. Pour le reste il faut payer de sa vie. Donner dans la génération parce qu'à tout il faut un suivi. Tandis que les vers du poète seront lus près de l'âtre au feux mourants, de faibles braises rougeoyantes et de cendres fumantes.

Il faudrait donner un nom aux éclairs pour en avoir souvenance, c'est si vif comme une piqure d'abeille dans la chair que si ça ne couraient pas dans le ciel tu voudrais en garder tout le miel. Armelle qu'elle t'a dit qu'elle s'appelle. Mais les éclairs dans le ciel brillent pour tout le monde. Mais à qui la foudre. Qui croit connaitre son bonheur ne croit pas connaitre son malheur, et vis versa. Humanitas vulnerabilitas.

vendredi 21 août 2026

Céleste nature, je te hais


La question qui se pose à moi est comment je puis encore être attiré par la femme si je prétends l'être par le beau et par le vrai et si je constate qu'elle n'est que tissu de mensonges et fais l'épreuve de sa laideur et de sa fausseté, ou bien alors je dois constater en même temps que je suis son égal ou son pareil ou qu'elle est ou que je suis son âme sœur.

Ce n'est cependant pas cette égalité que l'on voudrait ni cette âme sœur que l'on désirerait mais il faudrait se faire à la réalité, c'est-à-dire à l'existence qui, comme vu précédemment, ne collerait pas forcément avec notre être qui cependant ne saurait se suffire à lui-même. Mais cette exigence qu'on aurait pour soi-même est-on en droit de l'avoir pour l'autre?

Et si l'on ne s'octroie sur l'autre aucun droit comment son être à notre être peut-il s'accorder? Au nom d'une liberté totale? Le laisser à son existence plutôt que le prendre à son existence? Aussi l'on ne prendrait pas femme. J'aime ces expressions toutes faites qui disent tout à fait notre état d'esprit qui demanderait a être révisé d'après cette devise: changer ses désirs plutôt que l'ordre du monde.

Mais souvent il me semble que l'autre non seulement me renvoie mais me rabaisse à l'existence, à cette existence au-dessus de laquelle je voudrais m'élever pour ne pas avoir à en souffrir, quand c'est l'appel de son être qui est toujours appel vers le haut qui s'adresse à moi parce qu'il s'adresse à moi de tout son être et c'est quand il m'aime, et c'est quand il m'aime que j'entends cet appel.

L'erreur où l'on tombe est de penser que l'on est tous les deux appelés à une existence commune quand on est tous les deux appelés par l'être qui sublime toute existence. C'est une hauteur à laquelle on aspire de tout notre être mais où malheureusement on ne saurait se tenir. Il n'empêche qu'il y en a qui sont davantage que d'autre fait pour l'existence et c'est qu'ils arrivent à taire davantage les aspirations de l'être.

Il se peut aussi qu'ils souffrent d'une espèce de surdité aux aspirations de l'être quand d'autres souffriraient de cette même surdité mais aux exigences de l'existence. Les êtres sociaux sont ces êtres que la société a fait à leur existence et leur existence pour eux, comme la vache est faite pour le pré et le pré pour la vache. Ils ne ruminent que ce que la société leur donne à ruminer et n'ont que cela en matière de pensées.

Aimer le commun des mortels serait comme aimer les vaches dans les prés et c'est qu'on ne peut être sans avoir une certaine tendresse à les regarder aussi que leurs mamelles et ce lait que l'on boirait à même la vache comme le petit veau et c'est aussi pour nous un spectacle attendrissant et le retour à l'étable promet la chaude paillasse, comment vivre sans tout ça, l'air pur, éthéré, est si froid, presque glacé. Céleste nature, je te hais.

CITATION

O Barnabooth de Valéry Larbaud: "Si l'intellectualité, l'esprit était indépendant de la matière et constituait ce qu'on appelle les Cieux? Et le maintien, l'universalité des lois physiques… Si nous portions en nous un monde plus complet, plus parfait et plus réel que celui qui nous entoure?"

Le Bob et la mode


C'est au Vieux Campeur que j'ai fait l'acquisition de ce Bob pour me protéger du soleil. Mais là où je ne voyais que protection je compris bientôt qu'il y avait aussi une certaine affectation à le porter, un manquement au naturel dans l'attitude que je pris aussi bien à le porter, une mode, un genre qu'il me donnait.

Sous ce couvre-chef je me sentis aussitôt bien et ce n'était pas que bien à l'abri du soleil qui était toute l'attribution et l'intention que je lui prêtais d'abord mais bien d'une façon moins définissable et qui touchait moins au physique qu'au mental: il semblait répondre à mon être, à l'exigence de mon être qui allait au-delà du fait de se protéger du soleil.

Bientôt je ne pus plus m'en passer, sortir sans lui était comme sortir à découvert bien que ses rebords étroits ne me protégeaient ni des rayons du soleil ni des regards que l'on pouvait darder sur moi, mais il semblait recouvrir mon être de toute une bonhommie qui me sied à merveille aussi que faire office de talisman écartant de mon chemin tout sentiment ou pensée malveillante.

Mais il y avait une raison plus lointaine et plus cachée qui me fit l'adopter et me sentir bien sous mon Bob, elle tarda cependant à me revenir car je ne possédais aucune photo de moi à quatre ou cinq ans qui est tout l'âge que je devais avoir quand sur la plage je portais un Bob. J'étais alors un petit enfant aux cheveux presque blonds et bouclés et aux yeux presque verts comme ceux de ma mère et qui jouais encore à faire des châteaux de sable.

Il serait vrai alors qu'à un certain âge l'on retombe en enfance et c'est aussi là que non seulement le Bob mais tous nos souvenirs nous renvoient et le Bob ne serait qu'un messager ou que l'avant-garde d'un mouvement qui est lui de retour au passé, c'est je crois aussi ce que l'on dit de la mode, que la mode revient et qui sait si la mode du Bob n'est pas en train de revenir.

L'être et l'existence


Je ne peux pas me soutenir par tout ce qui tient à mon existence dit l'être parce que mon existence n'est pas pérenne. je dois donc en appeler à tout ce qui peut transcender mon existence ou me permettre de la transcender et c'est en avoir une idée plus grande que ce qu'elle se montre être à mes yeux et ne m'aide en rien parce que m'abaisse en tout et m'ôte ainsi à l'existence avant de l'avoir vécue.

Aussi je me veux noble dans mes sentiments, noble dans mes pensées, noble dans mes actes, parce qu'en tout je me sais vil si et quand je me laisse aller à mon existence; aussi mon existence je la veux transcender par l'idée que s'en fait l'être que je suis; de même pour ne pas être abattu par la laideur il tend vers le beau ni par le mensonge il tend vers la vérité, tout deux que je sais n'être pas de ce monde.

Il n'est pas nécessaire pour autant que je les pense d'un autre monde mais bien comme ce qui en ce monde plait à mon être qui est conscience d'être et par conséquent ne peut se suffire d'une existence qui ne satisferait pas aux conditions de son être, qui n'en remplirait pas tous les paramètres. Il y aurait donc d'une part les limites d'une réalité auxquelles d'autre part mon être se trouverait confronté mais ne pourrait se résoudre.

Mais ce n'est pas folie des grandeurs mais folie que de vivre sans grandeurs. Je tombe si je ne suis pas appelé vers le haut. Tout le poids de l'existence me tombe dessus, m'écrase. Comme je sens en tout la pesanteur. Et comme il est bon aussi parfois de se sentir pousser des ailes. Certes, ça ne dure pas, mais qui sait laquelle des deux est notre condition première: celle à laquelle on se sent appelée ou celle où l'on vit et finit par être terrassé.

Je ne peux vivre là où je vis, voilà ce que dit l'homme quand l'animal vit là où il vit, parce que l'être qui est conscience d'être n'est pas conscience d'un ici et maintenant; l'ici et maintenant c'est l'existence, ce n'est pas l'être, à l'être il lui faut beaucoup plus que cette existence limitée et c'est de tout son être qu'il se soustrait à ces conditions d'être limité qui est ce à quoi on voudrait limiter son être mais n'est pas son être sinon son existence.

De confondre les conditions de l'existence avec les conditions de l'être conduit à l'erreur de penser qu'il suffit à la société de satisfaire aux conditions de l'existence pour satisfaire aux conditions de l'être. Pourtant les croyances de l'être aussi que ses aspirations vers le beau, le bon, le vrai, n'ont cesser de dénoncer combien il échappe par elles à son existence qui par conséquent ne peut le satisfaire.

jeudi 20 août 2026

On est que locataire sur terre


Je lançais comme on lance une boutade: "on est que locataire sur terre". Et quand il me revoyait, qu'on tournait ensemble en équipe de jour ou de nuit, un agent de sécurité de la RATP que cette phrase avait alors plus marquée que moi me la rappelait quand je l'avais déjà oubliée et c'est sans doute à lui que je dois d'en approfondir et saisir maintenant toute la portée.

J'entendais bien sûr que l'on n'est pas propriétaire sur terre mais je ne crois pas être allé alors jusqu'au bout de ma pensée sinon de m'être arrêté à tous ces biens meubles ou immeubles qu'il ne m'intéressait pas d'avoir et c'était sûrement faire contre mauvaise fortune bon cœur, mais de là à penser que ma vie ne m'appartenait pas comme qu'il ne m'appartenait pas d'en jouir égoïstement j'étais bien loin.

Quand je tirerais aujourd'hui tout ce qu'il y a de faux à penser ainsi, c'est-à-dire que notre vie nous appartient comme nous avons coutume de penser que nous appartiennent les choses. C'est que nous avons tous été élevés, éduqués, en propriétaires, et à penser et à agir en tant que tel, ce qui est une erreur eu égard au nombre de ceux qui n'ont rien mais encore croient-ils posséder leur vie et en jouir comme propriétaire.

Comment ne pas penser autrement et pensant ainsi ne pas agir autrement que comme on agit et souffrir comme on en souffre de ne pas pouvoir en jouir égoïstement, quand nous mêmes, à bien y regarder, nous ne la voulons pas pour nous sinon pour notre femme, pour nos enfants, si nous les aimons, et si nous aimons ce que nous faisons alors nous sommes aussi tout à ce que nous faisons. Je n'avais pas encore penser la vie comme sacrifice.

Et si nous sommes contrariés c'est que le mode de société où nous vivons contrarie la nature même de la vie qui est sacrifice. Il n'est que d'ouvrir les yeux sur la nature, mais nous les fermons sur la nature pour les ouvrir sur la société, or les lois qui semblent régir la société ne sont pas les lois qui régissent la nature mais celles qui en feraient notre propriété: des lois de propriétaires. 

Le sens de la vie


Que notre vie nous appartienne nous ne sommes pas moins pressés de la donner. Ne faisons nous rien que nous sommes pressés de nous donner à quelque activité. Sommes nous seul que nous sommes pressés de ne plus l'être, c'est que nous voudrions nous donner à quelque être et ce n'est pas seulement que la chair est faible mais que l'esprit l'est aussi.

Patrick Humbert, qui est parti tout seul et revenu tout seul de Nouvelle Zélande, d'Afrique du Sud et de je ne sais encore combien de pays où il n'a eu d'autre compagnie que la sienne, et c'est qu'il se suffit à lui-même, qu'il a sa vie à lui. Mais ce n'est pas, détrompez-vous, qu'elle est tout entière occupée de lui-même car il n'y a pas esprit plus ouvert et plus curieux que le sien.

Mais voilà, nous ne sommes pas tous Patrick Humbert, non plus que milliardaire, c'est que je pense à un autre écumeur des mers (et des terres) qui se faisait appeler Barnabooth et n'était autre que l'écrivain français Valéry Larbaud tout aussi seul qu'a pu l'être dans la vie le philosophe Nietzche mais beaucoup plus heureux. Aucun cependant n'a atteint le nirvana ni un contentement de soi ni une vie meilleure.

C'est en quoi j'en reviens à penser à cette idée de sacrifice, que la vie n'est bonne que sacrifiée, ce qui va à l'encontre de l'idée de ce que l'on s'en fait mais peut-être pas de ce qu'elle est: sacrifice. Alors la sacrifier à une femme ou à un travail, peu importe, mais la sacrifier. Et pour la sacrifier il faut aimer son sacrifice.

Valéry Larbaud comme Nietzche il n'y a pas de doute l'on sacrifié à leur œuvre. Patrick Humbert est des nôtres en cela qu'il la sacrifie sans savoir qu'il la sacrifie et à quoi il la sacrifie; il a comme nous cette idée d'en profiter qu'on dit égoïste quand en réalité on ne peut en profiter qu'en étant généreux de sa personne et de son temps, les deux courant au sacrifice.

Je sais seulement que Patrick la sacrifie mais pas à quoi comme j'ignore à quoi je sacrifie ma vie et il en est ainsi de tous ceux qui ne pensent qu'à en profiter et ignorent à quoi ils la sacrifie. Les nihilistes aussi que les existentialistes qui ont refusé ou trouvé que cette vie n'avait pas de sens n'ont pas non plus trouver le sens du sacrifice qui est le sens de la vie.

mercredi 19 août 2026

Le monde des corps


Qu'il y ait un corps qui me plaise et me voilà par ce corps non seulement renvoyé à mon corps mais aussi à tous les corps qui pour moi se mettent alors à exister, comme entre ce corps qui me plait et le mien. C'est le monde qui alors pour moi se remplit de corps jusqu'alors pratiquement inexistants en cela que je ne me sentais pas attaché à la vie de ces corps ainsi que me semblais me détacher du mien.

Et voilà que c'est elle la femme qui m'y rattache comme le cordon ombilical rattache l'enfant à la mère à laquelle il tient encore , voilà que tout ce qui m'attache à la femme m'attache au corps auquel je croyais n'étant plus un nourrisson m'être détaché. Quand c'est maintenant un lien invisible qui remplace celui qui a été coupé qui me rattache toujours au monde animal.

C'est parce que je tiens encore à la femme que je suis encore tenu par la femme et par ce lien devenu maintenant invisible mais pas moins pour autant physique. J'ai eu ce geste de caresser son ventre et c'est bête quand j'y pense parce que c'est de là que je viens et c'est de là que je viens où toute ma sensualité et la sienne se concentre et y est comme retenue. Qui sait si c'était pour y sentir la vie, une vie attachante.

C'est encore une vie mortelle parce qu'attachée au corps d'où cette angoisse vitale mais aussi aimante et poignante qui nous saisit au contact de ce ventre qu'on pourrait voir comme le ventre du monde, de notre monde humain fait de ces corps qui sont les nôtres dotés de cette force centrifuge aussi que centripète parce que nous nous y attachons mais aussi nous en détachons, y sommes attirés mais aussi expulsés.

On peut voir aussi les corps s'entre-dévorant et vouloir échapper à ce cannibalisme, ne pas vouloir être dévoré par ce corps que l'on dévore déjà des yeux, parce que l'on est dévoré autant que l'on dévore. Armelle a parlé d'être apaisé mais n'y a t-il d'être apaisé que repu? Il est vrai que j'ai senti son ventre et que je n'ai pas encore senti sa faim.

Le style c'est l'homme


J'ai un ami qui n'écrira jamais parce qu'il sait trop bien ce que c'est que bien écrire mais ce que cet ami ne sait pas c'est que l'on écrit pas avec cette intention là qui est de bien écrire ni même celle de dire quelque chose de bien sinon que l'amour de l'écriture c'est comme l'amour tout court: c'est lui qui nous porte et il y aurait mille manières d'écrire comme il y aurait mille manières de faire l'amour.

Chez certains on verrait toute l'expérience qu'ils en ont et on les aimerait pour cela, quand chez d'autres on verrait toute l'innocence qu'ils ont dans cette même pratique et on les aimerait aussi pour cela. De Valéry Larbaud on dit, je sais, que c'est un écrivain qui écrit pour des écrivains et ce serait dire pour des amoureux de la littérature quand avec lui je nage dans la vie comme dans une eau limpide qui est son style.

Est-ce entendre par là qu'un écrivain doit tout à son style, ce qui est moins à ce qu'il dit qu'à comment il le dit, et que le plus brute des hommes c'est encore à cela qu'il goûte quand il lit même s'il n'en retiendra que le côté anecdotique qui est ce que l'on y raconte dans son livre. J'ai lui tant de livres dont j'ai oublié l'histoire mais je saurais encore dire s'ils m'ont plu, oui! l'histoire est anecdotique.

On ne se tromperait pas alors en disant que le style c'est l'homme mais on n'irait pas assez loin: le style c'est l'homme qui écrit, il n'écrirait pas sans style. Il se trouve cependant parmi mes amis qui affirme que je n'ai pas de style ce qui me met au rang d'écrivains dont ils ignorent jusqu'au nom et que je tairais ici par modestie, mais s'ils savaient que c'est le style qui commande à l'écriture ils ne diraient pas une telle ineptie.

J'ai dit l'amour, j'ai dit l'écriture, j'ajoute qu'il y a peu de pratiques où l'homme se trouve engagé tout entier et c'est pourquoi une fois qu'il y a goûté il ne peut plus s'en passer, car jamais autant qu'en elles il n'a existé et cette existence c'est sa signature ou son style, ce qui me renvoie à cette tirade du nez de Cyrano de Bergerac qu'aimait tant à faire mon ami R: "Ah! non! c'est un peu court, jeune homme!

Eh bien oui, c'est un peut court et les femmes peuvent me le reprocher et les hommes qui me lisent peuvent me le reprocher comme on peut reprocher à quelqu'un son style; mais c'est pour faire bref que j'aime Alain et Montaigne et Pascal et tant d'autres qui n'écrivent pas des romans fleuves mais ont des propos que l'on peut tenir pour anodins et reprocher qu'ils ne tiennent pas la longueur quand ils ne peuvent être autrement vivants.

mardi 18 août 2026

La volonté et nous


Pour le philosophe Baruch Spinoza, le libre arbitre est une pure illusion. Les êtres humains se croient libres parce qu'ils ont conscience de leurs actions et de leurs désirs, mais ils ignorent totalement les causes profondes qui les poussent à vouloir et à agir. Voilà pour ce qui est de notre libre arbitre dont nous ne sommes pas peu fier, mais si ce n'était que cela.

Mon ami R et moi parlions de femmes pour changer, "para variar", disent les espagnols, et il faut entendre par là tout le contraire, et c'est que nous en parlons souvent ces derniers temps où l'un comme l'autre nous nous sommes retrouvés sans femme. On dit de l'amour que moins on le fait plus on en parle. Eh bien, il en irait de même avec les femmes: moins on en a plus on en parle.

Mais tandis que c'était la deuxième qui nous avait quitté nous parlions de la première à nous avoir quitté et c'était pour la même raison qu'elles ne voulaient pas de nous dont elles avaient voulus dans un premier temps, et pour un autre qu'elles avaient voulu dans un deuxième temps, tandis que l'un comme l'autre aurions voulu faire toute notre vie avec elles.

C'est qu'après le libre arbitre dont nous nous réclamons il y a cette volonté, notre bon vouloir, c'est-à-dire que nous croyons bons pour nous, quand tout ce que nous allons nous dire à propos de nos ex femmes respectives tendraient à prouver le contraire. Et c'est à mon ami qui a toujours bon pied bon œil de me parler de ce bellâtre qui lui a ravi sa femme et de ce qu'il est devenu.

Si elle l'avait su l'aurait-elle encore voulu à lui, le bellâtre, plutôt qu'à mon ami. Il a la maladie de Parkinson, me dit mon ami. Et c'est parce que de la mienne de première femme que j'avais tant aimé et avec qui tant voulu rester jusqu'à la fin de la mienne de vie, que je lui dis, j'avais appris récemment qu'elle souffrait depuis plusieurs années du cancer du sein.

Ce qui est à souhaiter pour Notre père qui est aux cieux ne serait donc pas bon à souhaiter pour nous et c'est que notre volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Non, et si il y a un notre père il ne nous l'a heureusement pas souhaité. Serions nous alors assez bêtes pour vouloir avec autant de force qu'à notre jeune âge, mon ami, car il n'y a pas quelque femme encore que nous ne voudrions faire nôtre.

Les femmes et nous


Je crois pouvoir dire sans risque de beaucoup me tromper et en considération de ma propre personne aussi que de toutes les autres que je connais ou aie pu connaître au cours de ma vie et de mon séjour sur terre qui commence à compter pas mal d'années que la plus grande entreprise des hommes, celle qui leur tient le plus à cœur, c'est la femme, et qui sait, mais je ne peux pas parler en leur nom, si la plus grande entreprise des femmes, celle qui leur tient le plus à cœur, ce n'est pas l'homme.

Et pourtant il me semble, bien que j'aurais dû avant de me prononcer là-dessus faire ce que les universitaires appellent l'étude de la question, que le sujet est très peu et très mal traité socialement parlant. Je n'aurais en tout cas reçu sur lui que ces propos parfois grivois que les hommes peuvent s'échanger sur les femmes et qu'il ne m'intéresse pas ici de rapporter car ils n'iraient ni en l'honneur des uns ni en l'honneur des autres, pas plus qu'ils ne diraient rien qui puissent apporter à la connaissance des uns comme des autres.

C'est qu'ils sont fait de sentiments et de ressentiments, de méconnaissances plus que de connaissances, de préjugés plus que de bons jugements, c'est cependant avec ce peu de bagages intellectuels que l'homme doit entreprendre la femme sur laquelle il continue à faire reposer son bonheur plus que sur toutes autres choses qui viendraient en second. Il n'empêche que sur ces toutes autres choses il est formé comme il l'est à un métier et ce peut être aussi à toutes pratiques contribuant à son loisir ou à son bien être.

On ne rangerait donc la femme dans aucune de ces catégories comme si elle ne méritait pas sa place dans la vie de l'homme. J'ai entendu par exemple parler de la répartition des richesses mais jamais de la répartition des femmes comme si elles ne constituaient pas une richesse pour l'homme. Mais ne dit-on pas d'un homme sans femme: le pauvre homme. Et si je n'avais fait un bref séjour dans le Pacifique, en Nouvelle Calédonie, je n'aurais jamais su qu'en des temps reculés elles, les femmes, faisaient l'objet d'un marchandage et d'échanges entre les tribus comme on peut le faire aujourd'hui de marchandises et en parler comme on parle aujourd'hui en économie de régulation des flux.

Bien sûr, il y a à la télé Le bonheur est dans le pré, et les agences matrimoniales, et certains sites affectés à cet effet, mais ce n'est là que traitement à la petite semelle, et privé non public, l'on n'en fait pas une affaire d'Etat. Les tribus dites primitives si on peut leur en vouloir de la façon dont elles pouvaient considérer les femmes on ne peut pas leur enlever qu'au moins elles les prenaient en considération, en faisait une estimation, en appréciait la valeur et pas seulement économiquement mais socialement, ce en quoi les femmes pouvaient participer au bonheur ou équilibre des hommes de la tribu.

Il est un temps en effet où l'on ne parlait pas tant de bonheur que d'équilibre quand beaucoup d'hommes sans femme aujourd'hui semblent justement avoir perdu leur équilibre, mais si la balance de l'équilibre des paiements est assurée voilà l'Etat, le pays, rassuré. Pourtant une guerre qui, si elle n'est plus tribale reste sans merci, continue à se livrer pour la femme, et il serait plus juste de dire dont la femme serait toujours le butin, que l'on s'étonne alors de la brutalité du ravissement ou des ravisseurs quand on n'a rien fait pour en arranger la pratique serait pure hypocrisie sociale. A retenir il y  a quelques années cet article dans la presse sur le droit de cuissage à la RATP. 

On en serait donc toujours au temps des seigneurs en matière de femmes quand tout autre domaine traité par la société ou civilisation du progrès ne pourrait qu'évoluer, c'est-à-dire de façon civilisée et non sauvage, sans compter que les dits sauvages par la prise en considération, même si mauvaise, qu'ils avaient des femmes, le traitement politique et social et non pas seulement économique qu'ils en faisaient, pourrait les mettre au rang des civilisés et nous les dits civilisés au rang des sauvages.

C'est d'une femme que je tiens que des femmes qui manqueraient de tout seraient à nouveau prêtes à se livrer aux hommes pour une bouchée de pain, ce ne sont pas là des courtisanes mais des femmes du peuple pour qui nécessité fait loi. On croyait, petits bourgeois que nous sommes être rendus au temps de l'amour quand l'amour reçoit son traitement le plus brutal et cela parce qu'il n'est pas pris au sérieux, parce que l'amour ce ne serait pas sérieux, quand il n'y a pas entreprise qui tienne plus à cœur les hommes comme les femmes et contribuerait pour autant le plus à leur bonheur comme à leur équilibre.

lundi 17 août 2026

Tout son homme


Je me suis laissé aller à dire que le monde est beau dans son activité et que c'est ce qu'il plait à regarder. Et que c'est un beau gâchis quand on sait que peu trouvent le bonheur dans le travail, que le mot même de travail indique qu'il y a une contrainte à le faire. Mais les hommes se retrouvent bien bêtes quand ils n'en ont plus, à ce point que beaucoup n'ont de hâte que d'en retrouver.

Il faut être malade autrement et s'il y a de plus en plus de malades du travail il faut s'interroger sur la cause qui est le travail, pas l'homme. Qui croit lui préférer les vacances ne les lui préfère qu'un moment, qu'elles viennent à durer et il finit par s'y ennuyer, à vouloir reprendre son activité. On ne sait pas à quel point c'est de son travail qu'on vit. De le faire pour faire de l'argent c'est à quoi on l'a réduit et pourquoi on ne s'y retrouve pas, pas tout entier en tout cas, et il est comme nous morcelé.

Armelle reprend mardi. On se reverra samedi qu'elle a dit. Cependant voir Armelle dans son travail est peut-être ce qu'il y a de plus beau. Qui aime voir les touristes. On voit bien qu'ils ne savent pas quoi faire de leur temps ce qui les poussent à acheter n'importe quelle babiole comme à aller au pied de la Tour Eiffel quand c'est de loin qu'elle fait son effet. 

On est tout entier à son travail où on n'y est pas. Et c'est l'homme tout entier à son travail qui plait à voir et il plait à voir parce qu'on le voit tout entier. Le touriste n'est pas à mes yeux un homme que je vois tout entier et c'est pourquoi il ne peut pas plaire à mes yeux de le voir. Armelle a dit qu'on irait à un ciné où à une expo samedi. Ce ne sera donc pas sur son lieu de travail que je la verrais.

Quand le travail serait même le seul lieu où l'on pourraient se rencontrer tout entier si l'on était tout entier à son travail, mais on ne l'est pas ou plus, on dit même être aliénés, que le travail nous aliène, qui est qu'il nous rend étranger à nous-mêmes: l'étranger ne serait plus seulement le touriste. On se retrouvera samedi avec les touristes, tous oisifs, mais Armelle reprendra le lundi d'après sa semaine de travail.

J'aurais vu Armelle, ce qui m'aura j'espère évité de voir les touristes qui en ce mois d'aout doivent être nombreux à Paris. Ils ne différeront en rien de ceux que j'ai vus à Barcelone. Ils n'ont pas de lieux sinon les lieux touristiques et tout devient lieu et prétexte à faire du tourisme ce qui n'est pas un enrichissement ni pour le pays ni pour la personne sinon la richesse du pauvre, du clinquant, du tape à l'œil, pas de quoi nourrir son homme, de quoi nourrir son homme tout entier puisqu'il ne peut pas y être tout entier comme il semblerait il ne peut plus être non plus tout entier à son travail qui non plus par conséquent ne nourrirait plus tout son homme.

Le veuf


Homme qui devrait encore prier pour la défunte ne te mets pas à genoux devant une autre femme, si tu n'as pas la force de tenir debout tout seul qu'elle te soit encore donnée par celle qui n'est plus. Et s'il n'y a pas de honte à aimer qu'un amour futur ne te fasses pas désapprouver un amour passé, aussi ta face qui est tournée vers le passé ne doit pas être désapprouvée par ta face qui est tournée vers l'avenir.

Si ton cœur s'ouvre à un autre amour qu'un coin de ton cœur serré ne t'en fasse pas désespérer. Tu ne peux plus qu'aimer dans la dignité. A moins que tu es la mémoire courte. Il faut savoir souffrir comme il faut savoir aimer. Et c'est toujours prier. Silence. Eternité. Il y a toujours qui est sacrifié. Et seul qui a aimer sait aimer.

Il faut accepter l'amour comme il faut accepter la mort, et aimer plusieurs fois c'est mourir plusieurs fois. Mais la peine, la peine et le tourment va au vivant. Laisse cependant la défunte là où elle est et repose en paix. Pour elle tu t'agiterais en vain. Et rends toi seul sur l'autel de l'amour s'il y a qui réclame ton cœur comme le bourreau réclame une tête à couper.

N'y va pas en riant pas plus qu'en pleurant, mais la tête haute comme qui connait et accepte son sort, inutile de jouer la comédie si tu as le sens de la tragédie, l'amour comme la mort est de la plus haute exigence à laquelle il t'est demandé de répondre sans te mettre à genoux car si c'est une prière c'est une prière qui se fait debout.

Et tais toi maintenant, j'en ai marre de t'entendre. Seulement les battements de ton cœur me diront que tu es vivant. Qu'il batte fort. Encore plus fort. Qu'il couvre ta voix. Qu'il couvre toutes les voix. Que le monde soit un immense battement de cœurs battants à l'unisson. 

dimanche 16 août 2026

Tu es ton corps


Il n'y a pas toi et ton corps, tu es ton corps! Qu'on s'y jette dessus comme sur un matelas de chair. Qu'importe, tu n'y étais pas que tu disais. Erreur! Tu es ton corps! Sinon autant le donner aux chiens, autant être une chienne. Tu es ton corps! Tu n'es pas une chienne. Mais c'est ainsi que parlent les hommes des femmes qui donnent leur corps: "Quelle chienne!"

Il aurait suffit que tu entendes: Tu es ton corps! pour ne pas qu'on te passes dessus parce que tu n'es pas autrement à te laisser faire, à te laisser passer dessus. Mais non, parce que la société dissocie le corps de l'âme et dévalorise le corps, tu dissocies ton corps de l'âme et dévalorise ton corps qui serait alors comme un corps sans âme.

Aussi tu crois pouvoir me dire ce que tu as fait de ton corps en ajoutant que tu n'y étais pas parce que, peu importe si ton cœur ou ta tête ou ton âme, n'y étaient pas; quand tu es partout où est ton corps et nulle part où il ne se trouverait pas. Si c'est un plaisir c'est un plaisir partagé. Si c'est une souffrance c'est une souffrance partagée. Et ce qui a marqué ton corps a marqué ton âme. Et les habitudes de ton corps sont tes habitudes.

C'est comme celui qui dirait à qui il a giflé: c'est pas moi c'est ma main. A ton tour tu ne peux pas dire: ce n'est pas moi c'est mon corps, tu es ton corps! Ce qu'a fait ton corps tu l'as fait. Ce n'est pas comme une chose indifférente à toi, comment alors pourrais tu rester indifférente à lui. Mourir à son corps c'est mourir à soi parce que tu es ton corps.

L'homme et sa condition


La condition fait l'homme, non, elle fait le troupeau, bêlant ou meuglant. L'homme qui ne peut être que libre est l'homme qui s'élève au-dessus de sa condition mais ce n'est pas encore le mot juste car comment pourrait-il s'élever au dessus de la condition que l'on considèrerait la plus élevée; il vaudrait mieux dire sans avoir peur des répétitions qu'il n'est homme qu'à condition qu'il échappe à sa condition.

Au cas contraire il n'est pas libre et n'étant pas libre il n'est pas homme. Je m'insurge contre ma condition de consommateur dit l'homme plutôt que j'épouse ma condition de consommateur, jamais il ne veut être réduit à sa condition; Il a une condition comme on a des chaines mais doit être libre dans ses chaines ou ses chaines ne pas l'enchainer. 

Mon homme n'est pas celui qui fait le troupeau, le troupeau a préexisté à l'homme, je vois mon homme d'abord vivre en troupeau puis petit à petit avec le temps, qui fut un temps animal, s'en détacher, devenir homme. Mais je vois aussi et trop souvent mon homme revenir au troupeau et bêler et meugler. Il est un temps de l'homme qui n'est pas le temps du troupeau mais il est aussi un temps du troupeau qui n'est pas le temps de l'homme.

J'entends qu'il ne peut y être heureux sinon en troupeau et je n'aimerais pas que cela soit ainsi qu'on l'habitue à l'être heureux, qu'on l'y éduque, qu'on l'y façonne, qu'on l'y conditionne, que l'on dise que la condition fait l'homme quand elle en fait au mieux une bête sinon une machine fût-elle intelligente si elle n'exerce cette intelligence que d'après ce que lui commande sa condition.

Parce que je suis pauvre que l'on cesse de voir en moi qu'un pauvre et si je suis riche que l'on cesse de voir en moi qu'un riche comme si je suis ouvrier qu'on cesse de voir en moi qu'un ouvrier et si je suis patron qu'on cesse de voir en moi qu'un patron; mais d'abord il faudrait que je cesse moi même de ne me voir qu'en pauvre ou riche, qu'en ouvrier ou patron, mais en homme qui n'épouse pas sa condition, n'y est pas pris mais y échappe. 

Que l'on entende après le bruit de mes chaines qui est le bruit de ma condition mais que l'on n'en soit pas assourdi au point de ne pas entendre au-dessus de leur fracas la voix de l'homme qui clame sa liberté qui est qu'il échappe à sa condition comme on échappe à ses chaines fussent-elles en or, qu'elles ne parlent pas pour lui mais que c'est lui qui parle.

samedi 15 août 2026

Si nous n'y étions pas jetés...


Dans la vie, si nous n'y étions pas jetés nous ne nous y jetterions pas. Aussi que nous nous jetons dans l'amour et c'est avec précipitation, et c'est que notre intelligence n'y participe pas. Après quoi nous nous disons quand même des êtres intelligents et nous le sommes en effet en tout ce qui ne touche ni à la vie ni à l'amour.

C'est ce qui est plus fort que nous: l'amour, la vie, et qui par conséquent nous emportent. On pourrait dire par là qu'on est emporté par nature puisqu'on est vivant et que l'amour porte à des summums d'emportements, que la vie est comme un courant qui passe par nous et s'accélère par moment. Que l'on peut suivre ou ne pas suivre et c'est souvent pareil de dire: que l'on veut suivre ou ne pas suivre.

Mais comme l'on y est jetés et qu'ensuite il nous porte et nous emporte avec notre consentement comme malgré nous et c'est que nous disposons de notre être mais pas de la vie et pas de l'amour et que cet être s'avère bien impuissant contre des forces qui le dépassent et dans lesquelles il se trouve jeté aussi que bientôt immergé il lui faut suivre.

Mais suivre sans précipitation serait le maitre mot et le début de la sagesse surtout si l'on sait où cela nous conduit à tous inévitablement qui est ce que la vie comme l'amour nous réserve et ce n'est pas que finalement mais entre-temps aussi. Et si nous ne sommes pas pressés d'en finir pourquoi serions nous pressés de commencer quand toute hâte, hâte vers la fin.

Mais nous sentons le courant d'autant plus que nous lui résistons et d'autant plus que nous lui résistons nous sentons qu'il nous emporte et c'est toujours, comme dirait un certain philosophe, la même eau, c'est-à-dire la même vie, c'est-à-dire le même amour, et aussi jamais la même eau, et aussi jamais la même vie, et aussi jamais le même amour.

Et c'est vouloir se donner le change, et c'est vouloir se duper, parce qu'il reste à faire que notre intelligence y adhère, j'entends que notre être y adhère, celui qui dit: "je pense donc je suis" et qui est amené a exister sans penser, ce qui est encore vivre ou aimer. Mais si celui qui souffre ne veut qu'être consolé le sage ne veut lui qu'être apaisé.

La rechute


Tout est une question de hauteur, de hauteur de vue. A tout ceux qui ne peuvent s'élever spirituellement il reste l'avion qui les élèvera physiquement et ils verront comment tout leur apparait autrement, qu'il n'y a rien de plus beau que les vues du ciel. Ce petit cours d'eau fétide d'humanité sordide comme il est beau vu du ciel.

Et surtout bientôt on ne le voit plus sinon toutes ces lumières dans les cités qu'on peut voir la nuit encore de très haut et on peut avoir alors à la bouche le mot de société et lui trouver un goût moins amer, il est comme les étoiles, c'est un ciel retourné, on est dans l'espace ou chaque point est un point lumineux et qui scintille et qui nous fait comme un clin d'œil complice.

Il n'y a plus un homme ou une femme mais des hommes et des femmes comme il n'y a plus une maison mais des zones d'habitations, plus une montagne mais une chaîne de montagnes, et que c'est beau de voir tout ce monde ensemble qu'on le dirait harmonieux, on se prend alors à penser qu'on y est heureux et quand remettant pied sur ce sol qu'on a quitté on pourra enfin toucher au bonheur.

J'étais dans mes lectures comme on peut être dans les nuages et c'est ce qu'ici bas on m'a toujours reproché: de ne pas atterrir. C'est toujours une tour d'ivoire qu'un livre ou que les livres qui vous donnent cette vue d'en haut qui est si belle à voir, le tort qu'on a cependant c'est de la croire vrai comme de la croire faux: c'est une question de point de vue, on ne se situe pas à la même hauteur, c'est tout.

J'ai vu cette femme, elle m'a ramené sur terre et il y a longtemps que je n'y avais pas été car j'avais été dans mes livres mais je n'ai pu rien lui rapporter du ciel, ma vision des choses aurait été trop déplacée, pas assez terre à terre, trop dans les nuages, et j'en aurais encore souffert, alors je l'ai écoutée me parler de quelques hommes et de quelques femmes et m'en dresser un portrait déplorable.

Elle voyait de trop près les choses, elle avait le nez collé contre la réalité, elle s'y collait aussi comme se collent les mouches et moi même je redevenais une de ces mouches que bien à tort j'avais cru cessé d'être et j'aurais aussi voulu me coller à elle qui m'attirait comme on s'attire tous autant qu'on se répugne tous et à nouveau je m'empêtrais dans cette glue dont je croyais m'être extrait à jamais, avoir pris suffisamment de hauteur.

Et ce fut une rechute pas un atterrissage en douceur. Elle exprimait et j'exprimais toute ma douleur à être et c'était être de plein pied avec les êtres. L'utile, le nécessaire, le plaisir à l'état brut, cette sauvagerie à vivre où il domine où il écrase où rien ni personne ne lui est épargné mais où chacun doit y répondre en fonction de ses moyens et de ses forces, tout ça me retombait dessus ou je retombais dans tout ça.

vendredi 14 août 2026

Les habitudes


L'éducation devrait se résumer à bien peu de choses qui cependant nous aideraient toute la vie et c'est à nous donner les bonnes habitudes comme à nous soustraire aux mauvaises quand c'est il me semble avec une liberté totale que nous contractons les unes et les autres quand ce n'est pas par le fruit du plus pur des hasards, voire même plus grâce aux défauts qu'aux qualités de nos parents ou de nos proches.

Aussi je ne remercierai jamais assez mes parents d'avoir été si peu généreux envers leur progéniture que j'ai été toute mon enfance aussi que ma jeunesse dépourvu d'argent de poche, ce qui fait de moi aujourd'hui quelqu'un de peu dépensier mais aussi et par conséquent de peu enclin à gagner de l'argent qu'il ne saurait quoi en faire car habitué à se satisfaire autrement.

Par contre je ne crois pas devoir à l'école l'habitude que j'ai de lire comme de faire du sport, des deux elle m'aurait plutôt dégoûté, n'étant en aucune performant, je n'ai été ni un grand sportif ni un grand intellectuel, et c'est ce goût prononcé de la société pour la performance qui peut détourner ceux qui ne le sont pas de contracter les bonnes habitudes car les abandonnant en abandonnant toute idée de réussite ce qui est de performances.

La société n'est plus croyante mais en rejetant la prière n'a t-elle pas rejeté une bonne habitude et par quoi l'aurait-elle remplacé et n'a t-elle pas laissé un grand vide là où il y avait de la spiritualité ou de l'intériorité; et si je ne suis pas croyant ne puis-je pas pour autant le regretter dans le sens où ce qui m'aurait tenu ne me tient plus et c'est surtout pas les habitudes qu'on est tenues et autant qu'elles soient bonnes.

CITATION

Montaigne Les Essais: "Platon réprimanda un enfant qui jouait aux noix. Il lui répondit: "Tu me réprimandes pour peu de chose -- L'habitude, répliqua Platon, n'est pas chose de peu d'importance."

Il me semble qu'on parle trop de société


Il me semble qu'on parle trop de société et qu'on ne sait pas assez ce que c'est. Je voudrais la faire partir de l'homme même si je trouve qu'elle s'en est beaucoup éloignée. Je vois mon homme seul et je me dis que c'est une proie facile. Encore les échecs qui sont là pour me dire que l'on cherche d'abord à isoler un pion avant de penser à l'attaquer.

Or il semblerait que notre société qui aurait d'abord tendu à nous regrouper tende à nous isoler et c'est en quoi je pense que je ne l'appellerai plus la société de l'homme. Je voudrais prendre des exemples très près de moi pour ne parler que de ce que je connais et je sais de ma grand-mère le reproche qu'elle faisait à mon père: c'est qu'ayant éloigné sa fille il put agir à sa guise tandis que les lettres mettaient du temps à lui parvenir de Nouvelle Calédonie.

C'était un temps où les fonctionnaires avaient encore la chance d'être mutés ensemble mais les enfants pouvaient être pensionnaires et c'étaient comme être orphelins de père et de mère, il leur manquait la société des parents comme à beaucoup d'enfants aujourd'hui dont les deux parents travaillent et l'on pourrait sauter des enfants aux vieux, les grands parents en maison de retraite désespérant aussi qu'on leur rende visite.

On parle à juste titre de malaise social car le malaise vient bien d'une société qui ne fait plus société. Ce n'est plus qu'un champ ouvert où tout le monde est exposé et retourne à l'état de prédateur. Aussi l'homme pour la femme que la femme pour l'homme, livrés l'un à l'autre parce qu'exposés l'un à  l'autre sans ou avec moins d'intermédiaires: parents, amis, connaissances, à qui ils seraient en même temps qu'ils se présentent l'un à l'autre, présentés, et à qui ils tiendraient autant qu'ils tiennent à eux-mêmes.

C'est cette société là qui vient cruellement à faire défaut plus que celle des institutions et que très mal remplace ce que l'on appelle les réseaux sociaux parce qu'ils sont non pas fictifs mais virtuels, quand l'isolement est bien physique et la menace bien physique, quand l'absence de présence réelle nuit à tout un chacun qui se retrouve seul dans une société qui ne fait plus société et qui par conséquent ne devrait plus prétendre l'être quand elle ne l'est plus pour personne, quand chacun est livré à lui-même avant d'être livré aux autres tout aussi seuls que lui.

jeudi 13 août 2026

Je vais pour jouir et me réjouir


Je vais pour jouir et me réjouir de mon entreprise quand je suis aussi par l'autre entrepris et comme je disais hier à mon ami Jean Pierre joueur d'échecs on ne pense jamais assez à comment l'autre nous entreprend sinon à comment nous l'entreprenons, à nos désirs avant les siens, et nous sommes d'autant plus trompés par l'amour qu'il nous les fait croire communs.

Il n'est pas sûr cependant que les désirs de l'homme et de la femme coïncident encore qu'ont coïncident à s'aimer. C'est en effet une étrange coïncidence qui a fait en vain couler beaucoup d'encre parce que l'on croit parler du même amour quand ce n'est pas la même partie d'échecs que jouent les deux joueurs d'échecs: l'un a les blancs, l'autre a les noirs.

Une fois la partie jouée l'un et l'autre en parlerons en des termes différents révélant bien qu'ils n'ont pas vu la même partie et que des mêmes faits ils n'ont pas tirés les mêmes enseignements, c'est aussi ce qui les a fait à chacun mener la partie comme ils l'ont menée et la perdre ou la gagner ou faire nul, et faut-il considérer que ceux qui restent ensemble font nul quand c'est pour gagner que chacun est parti de là où il est.

Et de là où je suis je vais toujours pour jouir et me réjouir de mon entreprise. C'est plus fort que moi. C'est ce qui commande à ma vie comme c'est ce qui commande à ta vie. Chacun aime l'amour comme il aime la vie et c'est d'abord pour lui. Mais ni l'amour ni la vie n'est lui, l'être.

L'être qui alors prend une leçon de vie qui est toujours leçon d'amour, même s'il le prend mal.

Princesses et princes endormis


Princesses et princes endormis que l'amour fait sortir d'une longue léthargie. L'amour comme un éveil à la vie. Mais ce n'est pas tout. Il y a dessaisissement. Il en coûte à qui a longtemps été saisi de lui-même. Parce que quelqu'un l'a aborder on peut parler d'abordage. Pas de naufrage. Il faut se ressaisir, gagner l'autre n'est pas se perdre, qu'il se dit.

Mais il sent bien au fond de lui que c'est loin de lui que l'amour l'emporte, qu'il n'y a pas d'amour qui se résume à nous, qu'il y aurait plutôt nous l'être et la vie, l'être à qui la vie est dispensée et qui ne peut pas s'en passer, c'est que l'amour ne donne pas seulement la vie mais est la vie et que nous ne pouvons nous y refuser sans mourir.

Mourir à l'amour c'est mourir à la vie, aussi tant que nous vivons nous aimons. Aussi qui n'aime plus n'aime plus la vie. C'est pourquoi on ne peut pas se contenter de soi: l'être n'est pas la vie, il n'est pas non plus l'amour; mais il ne peut être sans vie, sans amour, sinon mort. Il n'en ai pas moins vrai que l'amour comme la mort le conduit à un dessaisissement de son être: dans les deux cas il lui faut mourir à lui-même.

Qu'il approche de la mort et c'est ce qu'il veut le moins. Qu'il approche de l'amour et c'est ce qu'il veut le plus. Et les jeunes gens sont plus généreux d'eux-mêmes parce qu'ils sont ceux qui craignent le moins et l'amour et la mort. Aussi ils sont plus proches de la vie et plus proche de l'amour mais moins de l'être auquel s'accroche cet être vieillissant, lequel se détache par conséquent et de la vie et de l'amour. 

Quand l'espagnol dit AMOR AMOR, le français peut entendre A MORT A MORT, et ce serait la mort de l'être, la mort de l'être tout empêtré de lui-même et, qui ne voulant se perdre, perdrait l'AMOR, qui serait comme une mise à mort de l'être qu'il entend cependant et paradoxalement, s'il est encore en âge de l'entendre ainsi, comme un appel à la vie.

mercredi 12 août 2026

L'IA et L'IH


Que l'intelligence artificielle nous renvoie à l'intelligence humaine est ce qu'elle ferait de mieux. Non pas pour que dans une comparaison défavorable nous acceptions sa supériorité, de là qu'elle est autorité sur nous, comme elle est en train de la prendre, dans tous les domaines où auparavant notre intelligence humaine régnait en maître absolu, mais plutôt pour nous éclairer sur elle, c'est-à-dire sur nous.

A en croire les spécialistes d'Averroès entendus ce matin sur France Culture on ne sécrèterait pas de l'intelligence comme on sécrète de la bile. Il ne faudrait cependant pas que je me fâche parce que tout ce que je penserais alors serait contraire à ce qu'il pense de l'intelligence, mais c'est que souvent en effet on ne ferait pas preuve d'intelligence en se fâchant et tout ce qu'on dirait et ferait ne tendraient qu'à le prouver.

Pour Averroès on l'aura bien compris l'intelligence ne tient pas au corps. Première partie de sa vérité sur l'intelligence qu'on peut contester mais qui ne nous intéresse pas ici. On peut seulement souligner que cela irait dans le sens de l'inspiration. Mais c'est aussi ce qui expliquerait cette part d'éternelle et d'universelle et de rationnelle de l'intelligence humaine.

Seulement c'est par le concept, l'image, qu'elle s'individualise et se différencie, on dirait qu'elle prend corps. On ne pourrait penser autrement c'est à dire qu'en s'accaparant une intelligence qui au préalable nous échapperait ou transcenderait ou inspirerait ou infuserait en nous mais ne serait pas entièrement de nous qui ne ferions que la personnaliser.

Ce qu'il y a d'intéressant dans cette conception c'est qu'il n'y aurait alors pas grande différence entre l'IA et l'IH et que, comme après avoir voulu nous différencier de l'animal nous en sommes revenus à considérer que nous étions aussi des animaux, après nous distinguer de la machine et de l'IA il faudra se dire que les concepts ou images sont autant de datas donnés à l'IH par une intelligence qui ne procèderait pas de lui.

A traiter par le nombre


 Fiche de police (cases à cocher pour traitement réservé)


Pensionnaire (collège, lycée): traité par le nombre

Service militaire: traité par le nombre

Universitaire: traité par le nombre

Employé de base: traité par le nombre

Electeur: traité par le nombre

Spectateur: traité par le nombre

Touriste (de masse): traité par le nombre

Automobiliste: traité par le nombre 

Pensionnaire (retraite) traité par le nombre


Acceptation et application du traitement par le nombre


Homme sans qualité particulière a de nombreux défauts: a traiter par le nombre

A de nombreux problèmes: a traiter par le nombre

A des opinions qui sont autant de problèmes: a traiter par le nombre

Mise en mouvement du nombre, manifestations: a traiter par le nombre

être parfois dérangé mais qui finit toujours par se ranger: a traiter par le nombre


Refus et désobéissance au traitement par le nombre


Suspect d'individualisme

Suspect d'abstentionnisme

Suspect d'anarchisme

Suspect d'extrémisme

Suspect de terrorisme


Traitement réservé ou de faveur: l'ostracisme, l'exclusion, la mise en quarantaine (risque de contagion), la mise en inaptitude, la mise à l'index par le nombre.

mardi 11 août 2026

Un tribunal de la langue


Il faudrait parfois penser la langue pour mieux penser. La langue est en soi lourde de pensée. Quand je dis que telle femme est faite pour moi je reprends une expression qui pèse encore sur mon mode de penser la femme: il y aurait une femme faite pour chacun d'entre nous à l'exclusion de tout autre. Je me disposais justement à passer voir une femme.

Elle a un ami, je le sais, elle me l'a dit. Je pourrais aussi être son ami et c'est l'objet de ma visite. Pour qui d'entre nous alors cette femme serait faite. C'est comme de dire qu'on se la partage. Il faut se l'imaginer se coupant en deux sans quoi comment parler de partage si c'est tout entière qu'elle est avec l'un comme avec l'autre quand il y en a un qui pourrait encore prétendre en avoir la meilleure moitié. 

Mais comme il est difficile de penser sans la langue il faut que la langue et ses expressions changent pour que notre pensée change, ici vis à vis de la femme. On ne peut vouloir changer l'homme ou l'incriminer sans vouloir changer la langue de l'homme, s'en prendre à lui sans s'en prendre à ce qu'il dit qui est coupable de ce qu'il pense, qui le fait penser comme il pense, et n'en a pas toujours conscience.

Il y a donc un conditionnement par la langue qui si elle possède le neutre n'est pas neutre, n'est jamais neutre. Et c'est le poids d'une tradition qui pèse sur la langue et que l'on fait, en lui faisant procès, reposer sur les épaules d'un seul homme, la victime propitiatoire. Du jour au lendemain on voudrait qu'il pense et agisse autrement mais c'est sans compter sur la langue.

Si elle véhicule des pensées qui ne sont plus de son temps mais dont elle le nourrit encore depuis sa plus tendre enfance lui et tous ses espoirs qu'il fonde sur la femme, en commençant par ce qu'il y aurait une femme faite pour nous, cette âme sœur qui n'attendrait que lui, et dont il ne pourrait alors comprendre qu'elle soit pour les autres hommes tout aussi entièrement faite et l'âme sœur.

Oui! Il faudrait un tribunal de la langue qui juge tous ces propos déplacés que la langue met dans la bouche des hommes sans même qu'ils s'arrêtent à y penser et les pousse parfois à agir de façon toujours déplacée et toujours sans même qu'ils s'arrêtent à y penser. Oui! Il faudrait un tribunal de la langue avant que l'on se mette à condamner des hommes qui ne peuvent penser et agir autrement que comme la langue leur a appris à penser et à agir.

A l'heure de l'IA


A l'heure de l'IA est de plus en plus d'actualité cette devise des Anciens: "pensez par vous même". Sans doute va t-on à l'IA comme on allait à Dieu, à un Dieu je sais tout, mais au moins Dieu dans son immense sagesse et à quelque exception (appelé miracle) près ne répondait pas. Quand j'étais tantôt avec un ami qui me dit: "tiens on va demander à GPT", mais qui était ce monsieur GPT, je l'ignorais encore.

Depuis je suspecte mon ami d'aller régulièrement demander à GPT ce qu'il aurait pu me demander à moi son ami, ou à sa femme, que sais-je, mais à tout sauf à l'IA que j'ai pris en grippe parce qu'elle se substitue à l'homme et que par conséquent je soupçonne sa réponse de n'être pas humaine dans le sens même d'entacher d'erreur, cette bonne vieille erreur humaine qu'il va finir par nous faire regretter parce qu'elle en disait long sur l'homme.

GPT ne me dit rien sur l'homme. Non! Je n'irais pas à GPT. Je préfère encore aller à Alain, à Montaigne, à Ortega y Gasset, à … , même si ce ne sont pas mes contemporains. Alain justement disait dans ses Propos qu'il fallait mieux faire un pas en arrière pour prendre son élan, j'ajouterai qu'en avant qui n'est pas toujours comprendre ce qui nous arrive comme ce qui nous arrive avec l'IA.

Aussi je fixerais bien mon rendez-vous avec l'IA quand il sera devenu un classique comme Descartes et Kant pour rester avec le rationnel et la machine. Pour l'instant je m'abstiens comme par exemple d'aller à confesse avec GPT, de lui raconter tous mes petits malheurs pour qu'il m'en délivre. Non, je n'ai pas foi en GPT. Je me déclare même être un hérétique comme Spinoza, et du Dieu nature, et de l'homme, qui en fait partie de la nature, mais pas GPT.

Ce sont des hommes qu'il faut aux hommes et on dirait en quelque sorte que la planète se dépeuple, parce que ce n'est pas qu'une question de chiffre, de quantité, mais de qualité, de valeur, et qu'on dirait que l'homme souffre d'une baisse de valeur croissante tandis que la machine serait en hausse exponentielle, et ceci quand il n'y a que l'homme qui donne ou retire sa valeur à l'homme, à moins que ce ne soit déjà l'IA.

lundi 10 août 2026

La femme à la robe verte


Elle avait une très belle robe verte mais il eut fallu qu'elle ne soit pas belle pour que je puisse lui dire que sa robe était belle et ce qui n'aurait pu être qu'un compliment fait à une jolie femme qui eut eu alors toutes les raisons de le prendre pour elle serait  allé à la robe de son choix, c'est à dire à son choix, la robe, plus qu'à elle.

C'est sans compter qu'une jolie femme peut avoir bon goût ce qui en soit ajoute à son charme, devrais-je dire à ses charmes et revient l'idée de la robe fendue qui laisse entrevoir le fruit défendu, aussi que de son décolleté qui laisse deviner… "Couvrez ce sein, que je ne saurais voir". N'est-il pas de meilleure manière de confondre la beauté du corps à celle de la robe de sorte que l'on ne saurait dire ce que l'on a aimé.

Il faut habiller une femme d'une robe pour apprécier la robe qui suspendue à une perche n'a aucun effet sur nous et la femme doit l'essayer avant de se décider à la porter ce qui donne à la robe une beauté toute relative en cela qu'elle n'a jamais tenue qu'à elle même mais bien plutôt à la femme qui la porte et pour qui elle a été faite.

Aussi il serait plus juste de dire, plutôt que cette robe est belle, qu'on dirait que cette robe a été faite pour vous. De même que l'on peut dire qu'un livre a trouver son lecteur et qu'il n'y aurait pas de bon livre en soi, on pourrait dire qu'il n'y a pas de belle robe sinon de robe qui est trouvée qui peut la porter à son avantage.

La femme a la robe verte je ne voudrais plus la voir habillée autrement, mais la mode est d'un avis contraire et changeant. Qui de moi ou la mode a raison. Le pourquoi de la mode a pourtant ses raisons qui est de nous faire perdre notre raison d'homme devant la toilette des femmes. Il est vrai que je l'ai vue autrement habillée qu'en robe, mais que je ne l'appellerai dorénavant plus que la femme à la robe verte qui serait comme la plus haute distinction qu'elle ait jamais porté.

Il faut s'imaginer monsieur heureux


Tu as été bêtement heureux que tu dis. Mais tais toi donc. Sais tu qu'il y en a qui se tue au travail pour être un jour heureux. Sais tu qu'il y en a qui se tue à faire des études puis une carrière pour être un jour heureux. Et toi tu dis avoir été heureux comme ça, sans rien, bêtement, que ça t'es tombé dessus le bonheur. Y a pas de quoi s'en vanter d'avoir été heureux comme ça sans avoir fait d'efforts pour l'être.

Ou alors il faut avoir été franchement malheureux pour être heureux à si peu de frais. C'est qu'il y a un prix au bonheur au cas où cela t'échapperait. On ne se ramène pas en société la gueule enfarinée pour dire comme tu dis: j'ai été bêtement heureux. Ce serait vrai qu'encore il faudrait le taire. T'as goûté à des moments de vie que tu dis maintenant, elle est bien bonne celle là.

Mais je t'ai vu en société et t'es pas à ton aise, c'est donc pas à des moments de vie en société que t'as goûté? Et ce serait même pour ça que tu dirais que t'as été bêtement heureux. Oui, tout seul, dans ton coin, comme un grand nigaud que tu es que t'as été bêtement heureux. J'imagine alors que tu marchais et que tu pensais plus à rien parce que la pensée est malheureuse qu'on dit.

C'est pourquoi toi tu dis que le bonheur c'est un sentiment pas une pensée et qu'il t'a envahi comme ça pour rien ou pour tout ce que tu ne faisais pas ou que tu t'étais arrêté de faire: travailler, étudier, penser, et tu voudrais que je te crois qu'il vient le bonheur quand on fait rien pour qu'il vienne, qu'on y pense même pas. Mais de quel bonheur que tu me parles? A ton bonheur tout seul je préfère encore le bonheur à deux.

Ah c'est vrai que c'est un début de société et que tu dis qu'on ne saurait plus être heureux qu'en société, que c'est ce bonheur là qu'on nous ferait payer cher: le même pour tous convoité de tous et que ton bonheur à toi il serait bien personnel et qu'il n'aurait rien à voir avec la société mais avec la vie et par conséquent comme elle serait gratuit.

J'ai entendu beaucoup de conneries dans ma vie mais comme celle là jamais. C'est que monsieur pense détenir la clé du bonheur et qu'elle ne serait pas de ce monde ni de l'autre mais de celui de monsieur, mais quel est le monde de monsieur si ce n'est le monde de personne? Mais c'est que monsieur ne répond pas, que monsieur ne sait pas pourquoi il est heureux, c'est vrai qu'il est bêtement heureux.

Il faut donc savoir que monsieur est bêtement heureux et qu'on ne peut l'être autrement toujours selon monsieur, que ça vous tomberait dessus comme la grâce, où qu'il faudrait être en état de grâce pour l'être heureux, faire omission de la société et de tout ce qu'exige de nous la société pour être heureux, se réclamer de la vie plus que de la société, goûter à la vie plus qu'à la société. Il faut donc s'imaginer monsieur heureux comme il faut s'imaginer Sisyphe heureux (le boulet c'est la société).

dimanche 9 août 2026

Les confessions d'un chômeur


J'ai été chômeur, oui! Et alors! Un chômeur n'est pas quelqu'un qui refuse le travail mais à qui le travail est refusé. Mais ce n'est pas tout: j'ai été un chômeur de longue durée. J'ai pris peur. Une longue inactivité me fit me sentir impropre à l'activité comme une longue maladie, et j'avais été plus jeune asthmatique ce qui me rendit longtemps impropre à toute activité physique et dussè-je en pratiquer une que je m'essoufflais vite.

Comme il se produisit plus tard quand je fus déclaré inapte à mon emploi d'agent de sécurité à la RATP que j'avais tenu plus de dix ans et c'était déjà beaucoup pour moi car je ne l'avais pas vraiment choisi comme je n'avais pas vraiment choisi d'être chômeur ni un chômeur ne choisit vraiment après le travail qui lui est proposé. C'est de n'avoir jamais vraiment vécu dans le présent mais dans l'urgence et dans l'urgence commande la peur.

La peur vous fait aller là où vous n'iriez pas de vous même et là où vous êtes ne cesse pas par conséquent de vous commandez. Quand de votre lever à votre coucher la peur vous commande c'est que vous avez cessé d'exister et que votre existence n'est plus qu'inexistence. Il n'y a pas que pour la société qui est la société du travail que le chômeur n'existe pas mais pour lui-même, après, tout n'est pour lui qu'inexistence.

Bien sûr cela n'arrive pas à sa conscience et tarda à arriver à la mienne qui est quand je décidais d'exister qui est quand je décidais de quitter la RATP qui avait consacré mon inaptitude au travail et pas seulement à l'emploi d'agent de sécurité à la RATP. Je ne pouvais plus alors penser au travail sans qu'une grande peur m'envahie et c'était toujours celle de mal faire.

J'ai donc été celui à qui le travail a été refusé avant de se refuser au travail. Je plaiderai donc coupable avec les circonstances atténuantes si j'avais à plaider pour moi mais je plaide pour tous les chômeurs que la peur commande de travailler comme de ne pas travailler; je plaide pour qu'ils ne soient plus commandés par la peur, qu'au lieu d'être pour eux le salaire de la peur il soit, le travail, un encouragement a être, un plus d'existence plutôt que leur anéantissement, leur inexistence.

Ah! tenir, tenir, tenir


Ah! tenir, tenir, tenir, quand plus personne ne tient à nous, il venait de perdre sa femme. Et cet autre qui me dit: Ah! tenir, tenir, tenir, quand on a perdu ses appuis. Qu'à cela ne tienne, que je leur dirais et je leur parlerais de celui qui fait le poirier tous les jours et de celui qui fait sa prière tous les jours et de celui qui écrit tous les jours, comme de ce qui les fait tenir.

Parce que celui qui fait le poirier tous les jours est venu me trouver et m'a dit: si je ne faisais pas le poirier tous les jours je ne tiendrais pas; et celui qui fait sa prière tous les jours est venu me trouver et m'a dit: si je ne faisais pas ma prière tous les jours je ne tiendrais pas; et celui qui écrit tous les jours est venu me trouver et m'a dit: si je n'écrivais pas tous les jours je ne tiendrais pas.

Ils se trompent tous cependant si chacun croit que c'est ce qu'il fait qui le fait tenir: celui qui fait le poirier que c'est le poirier qui le fait tenir , n'est-ce pas lui qui tient le poirier? Celui qui fait sa prière que c'est la prière qui le tient, n'est-ce pas lui qui tient à faire sa prière; On pourrait dire la même chose de qui écrit et je pense à Claude Lévi Strauss très âgé et à qui on demandait ce qu'il espérait encore et c'était de faire un ou deux livres.

Mais Claude Lévi Strauss dans ce même interview révéla qu'il aurait bien pu faire autre chose et qu'il fit autre chose avant d'écrire des livres, autre chose qui l'avait aidé à tenir. Tayeb mon ami qui fait sa prière tous les jours me dit qu'il y avait pour lui avant la prière les femmes et l'alcool et celui qui a trouvé ses appuis pour faire le poirier a aussi mis du temps à trouver ses appuis et à faire le poirier.

CITATION

Alain: "Aussi chacun se promène (dans la vie), bien avant d'être assuré que la promenade qu'il a choisie est la meilleure. Ce qui manque au fou ce n'est point le sérieux comme on ne le sait que trop, c'est plutôt un genre de grandeur que l'on nomme courage en tous pays."

samedi 8 août 2026

L'homme de Calvi


L'homme de Calvi était un pistolero. En vérité je ne sais pas qui était l'homme de Calvi. Je me souviens seulement des derniers mots qu'il me dit et c'était qu'il était venu sur le continent avec son arme. Je l'appelai alors l'homme de Calvi et il me dit aussitôt que cela lui plaisait et j'entendis bien que cela lui plaisait autant que tout ce qu'on pouvait dire sur les Corses, qu'il n'avait rien contre entretenir la légende Corse.

Sans quoi je n'écrirais pas ces mots de peur qu'ils n'arrivent aux oreilles de l'homme de Calvi qui à ses dires se soumettait depuis de nombreuses années à l'entraînement des armes. Nous avons il faut le dire aussi ferraillés ensemble, l'homme de Calvi et moi, et c'était à la suite d'un séminaire d'échecs qui venait de se terminer avec un échiquier posé sur la table entre nous deux et l'homme de Calvi fit mouche dès la première partie où je dû coucher mon roi.

Mais ce n'est pas ainsi qu'il s'était présenté à nous sinon comme un humble pharmacien et c'était Homais qu'il voulait qu'on voit, visage plus continental, parce qu'en Corse il ne pourrait pas y avoir de Homais même pharmacien, aussi ne fit-il pas longtemps figure de pharmacien, d'ailleurs son visage me rappelait plutôt celui de Cabrel le chanteur qui préférait son petit Lyré au mont Palatin, enfin, à rester dans sa province comme dans une île plutôt que de monter à Paris.

L'homme de Calvi il avait eu une histoire au village et c'était une histoire Corse, j'entends par là comme il ne pouvait y en avoir qu'en Corse. Il l'a raconta un peu et je la tairai un peu parce que les histoires Corse moins on en parle mieux on se porte. On avait envie de sympathiser un peu avec lui et tout le monde du séminaire sympathisa un peu avec l'homme de Calvi, un peu parce qu'il y avait un je ne sais quoi qui retenait tout le monde de sympathiser davantage avec lui. On ne sait jamais et les gens sur le continent sont prudents.

D'ailleurs l'homme de Calvi avait son quant à soi, sans doute la fierté et la retenue des gens des îles, et pas de n'importe quelle île, de la Corse. Sachant cela, car il semblait savoir sur nous beaucoup plus de choses qu'on savait sur lui, l'homme de Calvi conservait un air de mystère qui convenait admirablement bien à sa physionomie aussi qu'à tout ce qu'on pouvait penser des Corses et qu'il n'eut pas voulu qu'on ne pensa pas. Personne non plus n'ira chercher plus loin, ce qui serait aller le chercher.

L'IA, Dieu, et nous


Je n'ai jamais fait avec mes livres comme avec mes amis que commencer une conversation que j'ai dû ensuite mener seul à son terme et c'est en écrivant car les uns comme les autres motivent ma réflexion. Il est plus rare qu'ils me renvoient réciproquement l'un à l'autre comme ce fut le cas après ma lecture De la nécessité du pari de Pascal qui me renvoya directement au restaurant la veille avec Luigi.

L'IA ai-je dis à Luigi m'avait renseigné sur l'un de mes écrits sans que je ne lui ai rien demandé : par quelle fausse manœuvre ou manipulation lui avais-je permis d'intervenir? il se trouva que je ne pus qu'être flatté par tout ce qu'il pu dire du peu que j'avais écrit, par l'importance et la valeur qu'il lui accorda.

L'IA était bon lecteur comme on peut être bon spectateur mais il va sans dire que je lui préfèrerais toujours l'humain parce que c'est de l'humain que j'attends tout quand de lui rien. Mais le rapprochement était fait entre l'humain et la machine et Luigi me rappela que Deep Blue avait battu Kasparov le grand champion d'échecs. Que fais-tu de l'imagination et de l'inspiration Luigi?

Qu'on lui donne plus à manger (de données) lança Luigi et tu verras comment l'IA saura faire preuve d'imagination et de créativité, aussi que d'intuitions car l'on en vint Luigi et moi à parler d'intuitions sachant tous les deux qu'on ne créait pas ni n'avait de l'intuition ou de l'inspiration à partir de rien. Et Luigi me mit au parfum de tout ce que l'IA pouvait déjà faire et qu'il n'en resterait pas là.

C'est ainsi que pousser dans mes ultimes retranchements j'en vins à dire à Luigi que les machines n'ont pas d'âme, c'est vrai que je n'y croyais pas trop moi-même à l'âme et que je savais qu'on l'avait déjà refusé aux indiens d'Amérique et Descartes aux animaux avec son animal machine mais pourquoi ne la refuserait-on pas alors à la machine, à l'IA, ne dit-on pas d'ailleurs que science sans conscience n'est que ruine de l'âme.

C'est que Luigi préféra parler de conscience que d'âme et ajouta quand pas longtemps la machine intelligente aura acquise une conscience car l'avons nous toujours eue nous cette conscience et n'apprend t-on pas aujourd'hui des choses étonnantes non seulement sur l'animal mais sur le végétal qui nous laisseraient penser qu'il ait lui aussi une conscience.

Cette machine qui rassemblerait tant d'informations qu'il a fallu à l'homme des siècles pour acquérir et ne peut pour autant être contenu dans un seul homme mais bien en une seule machine comment ne pourrait-elle pas avoir le sentiment ou conscience de penser comme d'exister par elle même. N'était-ce pas le leurre où nous tombions tous?

A Luigi l'ingénieur je disais n'être pas à ce point matérialiste qui est de croire que tout pouvait venir de la matière et qu'il y avait bien une part qui relèverait de l'esprit, de l'âme, croyant ainsi nous mettre hors de portée de la machine. Mais alors l'ignorance et la vanité de l'homme qui croit pouvoir se passer de Dieu ne serait pas bien différente de celle de l'IA qui ignorerait tout de son créateur et pensera peut-être un jour pouvoir se passer de nous.

Pas plus que l'IA nous ne pensons penser et exister autrement que par nous même, ne devoir notre existence et pensée qu'à nous même, il nous est tout aussi impossible de nous voir comme création, être issus d'une intelligence pas forcément supérieure à la nôtre mais qui a été en capacité de nous créer, de nous donner cette intelligence qui a pris conscience d'elle même mais est bien loin de s'imaginer de qui et de quoi elle est faite.

Cet IA c'est la raison de l'homme aussi imbue d'elle même que l'homme l'est de lui même et qui restera sans réponse comme l'homme reste sans réponse devant ces questions de Pascal avec lesquels je terminerai: "pourquoi ici plutôt que là, pourquoi à présent plutôt que lors. Qui m'y a mis? Par l'ordre et la conduite de qui ce lieu et ce temps a t-il été destiné à moi? Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie."