vendredi 14 août 2026

Il me semble qu'on parle trop de société


Il me semble qu'on parle trop de société et qu'on ne sait pas assez ce que c'est. Je voudrais la faire partir de l'homme même si je trouve qu'elle s'en est beaucoup éloignée. Je vois mon homme seul et je me dis que c'est une proie facile. Encore les échecs qui sont là pour me dire que l'on cherche d'abord à isoler un pion avant de penser à l'attaquer.

Or il semblerait que notre société qui aurait d'abord tendu à nous regrouper tende à nous isoler et c'est en quoi je pense que je ne l'appellerai plus la société de l'homme. Je voudrais prendre des exemples très près de moi pour ne parler que de ce que je connais et je sais de ma grand-mère le reproche qu'elle faisait à mon père: c'est qu'ayant éloigné sa fille il put agir à sa guise tandis que les lettres mettaient du temps à lui parvenir de Nouvelle Calédonie.

C'était un temps où les fonctionnaires avaient encore la chance d'être mutés ensemble mais les enfants pouvaient être pensionnaires et c'étaient comme être orphelins de père et de mère, il leur manquait la société des parents comme à beaucoup d'enfants aujourd'hui dont les deux parents travaillent et l'on pourrait sauter des enfants aux vieux, les grands parents en maison de retraite désespérant aussi qu'on leur rende visite.

On parle à juste titre de malaise social car le malaise vient bien d'une société qui ne fait plus société. Ce n'est plus qu'un champ ouvert où tout le monde est exposé et retourne à l'état de prédateur. Aussi l'homme pour la femme que la femme pour l'homme, livrés l'un à l'autre parce qu'exposés l'un à  l'autre sans ou avec moins d'intermédiaires: parents, amis, connaissances, à qui ils seraient en même temps qu'ils se présentent l'un à l'autre, présentés, et à qui ils tiendraient autant qu'ils tiennent à eux-mêmes.

C'est cette société là qui vient cruellement à faire défaut plus que celle des institutions et que très mal remplace ce que l'on appelle les réseaux sociaux parce qu'ils sont non pas fictifs mais virtuels, quand l'isolement est bien physique et la menace bien physique, quand l'absence de présence réelle nuit à tout un chacun qui se retrouve seul dans une société qui ne fait plus société et qui par conséquent ne devrait plus prétendre l'être quand elle ne l'est plus pour personne, quand chacun est livré à lui-même avant d'être livré aux autres tout aussi seuls que lui.

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