Tout est une question de hauteur, de hauteur de vue. A tout ceux qui ne peuvent s'élever spirituellement il reste l'avion qui les élèvera physiquement et ils verront comment tout leur apparait autrement, qu'il n'y a rien de plus beau que les vues du ciel. Ce petit cours d'eau fétide d'humanité sordide comme il est beau vu du ciel.
Et surtout bientôt on ne le voit plus sinon toutes ces lumières dans les cités qu'on peut voir la nuit encore de très haut et on peut avoir alors à la bouche le mot de société et lui trouver un goût moins amer, il est comme les étoiles, c'est un ciel retourné, on est dans l'espace ou chaque point est un point lumineux et qui scintille et qui nous fait comme un clin d'œil complice.
Il n'y a plus un homme ou une femme mais des hommes et des femmes comme il n'y a plus une maison mais des zones d'habitations, plus une montagne mais une chaîne de montagnes, et que c'est beau de voir tout ce monde ensemble qu'on le dirait harmonieux, on se prend alors à penser qu'on y est heureux et quand remettant pied sur ce sol qu'on a quitté on pourra enfin toucher au bonheur.
J'étais dans mes lectures comme on peut être dans les nuages et c'est ce qu'ici bas on m'a toujours reproché: de ne pas atterrir. C'est toujours une tour d'ivoire qu'un livre ou que les livres qui vous donnent cette vue d'en haut qui est si belle à voir, le tort qu'on a cependant c'est de la croire vrai comme de la croire faux: c'est une question de point de vue, on ne se situe pas à la même hauteur, c'est tout.
J'ai vu cette femme, elle m'a ramené sur terre et il y a longtemps que je n'y avais pas été car j'avais été dans mes livres mais je n'ai pu rien lui rapporter du ciel, ma vision des choses aurait été trop déplacée, pas assez terre à terre, trop dans les nuages, et j'en aurais encore souffert, alors je l'ai écoutée me parler de quelques hommes et de quelques femmes et m'en dresser un portrait déplorable.
Elle voyait de trop près les choses, elle avait le nez collé contre la réalité, elle s'y collait aussi comme se collent les mouches et moi même je redevenais une de ces mouches que bien à tort j'avais cru cessé d'être et j'aurais aussi voulu me coller à elle qui m'attirait comme on s'attire tous autant qu'on se répugne tous et à nouveau je m'empêtrais dans cette glue dont je croyais m'être extrait à jamais, avoir pris suffisamment de hauteur.
Et ce fut une rechute pas un atterrissage en douceur. Elle exprimait et j'exprimais toute ma douleur à être et c'était être de plein pied avec les êtres. L'utile, le nécessaire, le plaisir à l'état brut, cette sauvagerie à vivre où il domine où il écrase où rien ni personne ne lui est épargné mais où chacun doit y répondre en fonction de ses moyens et de ses forces, tout ça me retombait dessus ou je retombais dans tout ça.
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