Tu as été bêtement heureux que tu dis. Mais tais toi donc. Sais tu qu'il y en a qui se tue au travail pour être un jour heureux. Sais tu qu'il y en a qui se tue à faire des études puis une carrière pour être un jour heureux. Et toi tu dis avoir été heureux comme ça, sans rien, bêtement, que ça t'es tombé dessus le bonheur. Y a pas de quoi s'en vanter d'avoir été heureux comme ça sans avoir fait d'efforts pour l'être.
Ou alors il faut avoir été franchement malheureux pour être heureux à si peu de frais. C'est qu'il y a un prix au bonheur au cas où cela t'échapperait. On ne se ramène pas en société la gueule enfarinée pour dire comme tu dis: j'ai été bêtement heureux. Ce serait vrai qu'encore il faudrait le taire. T'as goûté à des moments de vie que tu dis maintenant, elle est bien bonne celle là.
Mais je t'ai vu en société et t'es pas à ton aise, c'est donc pas à des moments de vie en société que t'as goûté? Et ce serait même pour ça que tu dirais que t'as été bêtement heureux. Oui, tout seul, dans ton coin, comme un grand nigaud que tu es que t'as été bêtement heureux. J'imagine alors que tu marchais et que tu pensais plus à rien parce que la pensée est malheureuse qu'on dit.
C'est pourquoi toi tu dis que le bonheur c'est un sentiment pas une pensée et qu'il t'a envahi comme ça pour rien ou pour tout ce que tu ne faisais pas ou que tu t'étais arrêté de faire: travailler, étudier, penser, et tu voudrais que je te crois qu'il vient le bonheur quand on fait rien pour qu'il vienne, qu'on y pense même pas. Mais de quel bonheur que tu me parles? A ton bonheur tout seul je préfère encore le bonheur à deux.
Ah c'est vrai que c'est un début de société et que tu dis qu'on ne saurait plus être heureux qu'en société, que c'est ce bonheur là qu'on nous ferait payer cher: le même pour tous convoité de tous et que ton bonheur à toi il serait bien personnel et qu'il n'aurait rien à voir avec la société mais avec la vie et par conséquent comme elle serait gratuit.
J'ai entendu beaucoup de conneries dans ma vie mais comme celle là jamais. C'est que monsieur pense détenir la clé du bonheur et qu'elle ne serait pas de ce monde ni de l'autre mais de celui de monsieur, mais quel est le monde de monsieur si ce n'est le monde de personne? Mais c'est que monsieur ne répond pas, que monsieur ne sait pas pourquoi il est heureux, c'est vrai qu'il est bêtement heureux.
Il faut donc savoir que monsieur est bêtement heureux et qu'on ne peut l'être autrement toujours selon monsieur, que ça vous tomberait dessus comme la grâce, où qu'il faudrait être en état de grâce pour l'être heureux, faire omission de la société et de tout ce qu'exige de nous la société pour être heureux, se réclamer de la vie plus que de la société, goûter à la vie plus qu'à la société. Il faut donc s'imaginer monsieur heureux comme il faut s'imaginer Sisyphe heureux (le boulet c'est la société).
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