vendredi 21 août 2026

Le Bob et la mode


C'est au Vieux Campeur que j'ai fait l'acquisition de ce Bob pour me protéger du soleil. Mais là où je ne voyais que protection je compris bientôt qu'il y avait aussi une certaine affectation à le porter, un manquement au naturel dans l'attitude que je pris aussi bien à le porter, une mode, un genre qu'il me donnait.

Sous ce couvre-chef je me sentis aussitôt bien et ce n'était pas que bien à l'abri du soleil qui était toute l'attribution et l'intention que je lui prêtais d'abord mais bien d'une façon moins définissable et qui touchait moins au physique qu'au mental: il semblait répondre à mon être, à l'exigence de mon être qui allait au-delà du fait de se protéger du soleil.

Bientôt je ne pus plus m'en passer, sortir sans lui était comme sortir à découvert bien que ses rebords étroits ne me protégeaient ni des rayons du soleil ni des regards que l'on pouvait darder sur moi, mais il semblait recouvrir mon être de toute une bonhommie qui me sied à merveille aussi que faire office de talisman écartant de mon chemin tout sentiment ou pensée malveillante.

Mais il y avait une raison plus lointaine et plus cachée qui me fit l'adopter et me sentir bien sous mon Bob, elle tarda cependant à me revenir car je ne possédais aucune photo de moi à quatre ou cinq ans qui est tout l'âge que je devais avoir quand sur la plage je portais un Bob. J'étais alors un petit enfant aux cheveux presque blonds et bouclés et aux yeux presque verts comme ceux de ma mère et qui jouais encore à faire des châteaux de sable.

Il serait vrai alors qu'à un certain âge l'on retombe en enfance et c'est aussi là que non seulement le Bob mais tous nos souvenirs nous renvoient et le Bob ne serait qu'un messager ou que l'avant-garde d'un mouvement qui est lui de retour au passé, c'est je crois aussi ce que l'on dit de la mode, que la mode revient et qui sait si la mode du Bob n'est pas en train de revenir.

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