La question qui se pose à moi est comment je puis encore être attiré par la femme si je prétends l'être par le beau et par le vrai et si je constate qu'elle n'est que tissu de mensonges et fais l'épreuve de sa laideur et de sa fausseté, ou bien alors je dois constater en même temps que je suis son égal ou son pareil ou qu'elle est ou que je suis son âme sœur.
Ce n'est cependant pas cette égalité que l'on voudrait ni cette âme sœur que l'on désirerait mais il faudrait se faire à la réalité, c'est-à-dire à l'existence qui, comme vu précédemment, ne collerait pas forcément avec notre être qui cependant ne saurait se suffire à lui-même. Mais cette exigence qu'on aurait pour soi-même est-on en droit de l'avoir pour l'autre?
Et si l'on ne s'octroie sur l'autre aucun droit comment son être à notre être peut-il s'accorder? Au nom d'une liberté totale? Le laisser à son existence plutôt que le prendre à son existence? Aussi l'on ne prendrait pas femme. J'aime ces expressions toutes faites qui disent tout à fait notre état d'esprit qui demanderait a être révisé d'après cette devise: changer ses désirs plutôt que l'ordre du monde.
Mais souvent il me semble que l'autre non seulement me renvoie mais me rabaisse à l'existence, à cette existence au-dessus de laquelle je voudrais m'élever pour ne pas avoir à en souffrir, quand c'est l'appel de son être qui est toujours appel vers le haut qui s'adresse à moi parce qu'il s'adresse à moi de tout son être et c'est quand il m'aime, et c'est quand il m'aime que j'entends cet appel.
L'erreur où l'on tombe est de penser que l'on est tous les deux appelés à une existence commune quand on est tous les deux appelés par l'être qui sublime toute existence. C'est une hauteur à laquelle on aspire de tout notre être mais où malheureusement on ne saurait se tenir. Il n'empêche qu'il y en a qui sont davantage que d'autre fait pour l'existence et c'est qu'ils arrivent à taire davantage les aspirations de l'être.
Il se peut aussi qu'ils souffrent d'une espèce de surdité aux aspirations de l'être quand d'autres souffriraient de cette même surdité mais aux exigences de l'existence. Les êtres sociaux sont ces êtres que la société a fait à leur existence et leur existence pour eux, comme la vache est faite pour le pré et le pré pour la vache. Ils ne ruminent que ce que la société leur donne à ruminer et n'ont que cela en matière de pensées.
Aimer le commun des mortels serait comme aimer les vaches dans les prés et c'est qu'on ne peut être sans avoir une certaine tendresse à les regarder aussi que leurs mamelles et ce lait que l'on boirait à même la vache comme le petit veau et c'est aussi pour nous un spectacle attendrissant et le retour à l'étable promet la chaude paillasse, comment vivre sans tout ça, l'air pur, éthéré, est si froid, presque glacé. Céleste nature, je te hais.
CITATION
O Barnabooth de Valéry Larbaud: "Si l'intellectualité, l'esprit était indépendant de la matière et constituait ce qu'on appelle les Cieux? Et le maintien, l'universalité des lois physiques… Si nous portions en nous un monde plus complet, plus parfait et plus réel que celui qui nous entoure?"
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