Princesses et princes endormis que l'amour fait sortir d'une longue léthargie. L'amour comme un éveil à la vie. Mais ce n'est pas tout. Il y a dessaisissement. Il en coûte à qui a longtemps été saisi de lui-même. Parce que quelqu'un l'a aborder on peut parler d'abordage. Pas de naufrage. Il faut se ressaisir, gagner l'autre n'est pas se perdre, qu'il se dit.
Mais il sent bien au fond de lui que c'est loin de lui que l'amour l'emporte, qu'il n'y a pas d'amour qui se résume à nous, qu'il y aurait plutôt nous l'être et la vie, l'être à qui la vie est dispensée et qui ne peut pas s'en passer, c'est que l'amour ne donne pas seulement la vie mais est la vie et que nous ne pouvons nous y refuser sans mourir.
Mourir à l'amour c'est mourir à la vie, aussi tant que nous vivons nous aimons. Aussi qui n'aime plus n'aime plus la vie. C'est pourquoi on ne peut pas se contenter de soi: l'être n'est pas la vie, il n'est pas non plus l'amour; mais il ne peut être sans vie, sans amour, sinon mort. Il n'en ai pas moins vrai que l'amour comme la mort le conduit à un dessaisissement de son être: dans les deux cas il lui faut mourir à lui-même.
Qu'il approche de la mort et c'est ce qu'il veut le moins. Qu'il approche de l'amour et c'est ce qu'il veut le plus. Et les jeunes gens sont plus généreux d'eux-mêmes parce qu'ils sont ceux qui craignent le moins et l'amour et la mort. Aussi ils sont plus proches de la vie et plus proche de l'amour mais moins de l'être auquel s'accroche cet être vieillissant, lequel se détache par conséquent et de la vie et de l'amour.
Quand l'espagnol dit AMOR AMOR, le français peut entendre A MORT A MORT, et ce serait la mort de l'être, la mort de l'être tout empêtré de lui-même et, qui ne voulant se perdre, perdrait l'AMOR, qui serait comme une mise à mort de l'être qu'il entend cependant et paradoxalement, s'il est encore en âge de l'entendre ainsi, comme un appel à la vie.
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