samedi 15 août 2026

Si nous n'y étions pas jetés...


Dans la vie, si nous n'y étions pas jetés nous ne nous y jetterions pas. Aussi que nous nous jetons dans l'amour et c'est avec précipitation, et c'est que notre intelligence n'y participe pas. Après quoi nous nous disons quand même des êtres intelligents et nous le sommes en effet en tout ce qui ne touche ni à la vie ni à l'amour.

C'est ce qui est plus fort que nous: l'amour, la vie, et qui par conséquent nous emportent. On pourrait dire par là qu'on est emporté par nature puisqu'on est vivant et que l'amour porte à des summums d'emportements, que la vie est comme un courant qui passe par nous et s'accélère par moment. Que l'on peut suivre ou ne pas suivre et c'est souvent pareil de dire: que l'on veut suivre ou ne pas suivre.

Mais comme l'on y est jetés et qu'ensuite il nous porte et nous emporte avec notre consentement comme malgré nous et c'est que nous disposons de notre être mais pas de la vie et pas de l'amour et que cet être s'avère bien impuissant contre des forces qui le dépassent et dans lesquelles il se trouve jeté aussi que bientôt immergé il lui faut suivre.

Mais suivre sans précipitation serait le maitre mot et le début de la sagesse surtout si l'on sait où cela nous conduit à tous inévitablement qui est ce que la vie comme l'amour nous réserve et ce n'est pas que finalement mais entre-temps aussi. Et si nous ne sommes pas pressés d'en finir pourquoi serions nous pressés de commencer quand toute hâte, hâte vers la fin.

Mais nous sentons le courant d'autant plus que nous lui résistons et d'autant plus que nous lui résistons nous sentons qu'il nous emporte et c'est toujours, comme dirait un certain philosophe, la même eau, c'est-à-dire la même vie, c'est-à-dire le même amour, et aussi jamais la même eau, et aussi jamais la même vie, et aussi jamais le même amour.

Et c'est vouloir se donner le change, et c'est vouloir se duper, parce qu'il reste à faire que notre intelligence y adhère, j'entends que notre être y adhère, celui qui dit: "je pense donc je suis" et qui est amené a exister sans penser, ce qui est encore vivre ou aimer. Mais si celui qui souffre ne veut qu'être consolé le sage ne veut lui qu'être apaisé.

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