mardi 21 juillet 2026

La question du choix


Il y a trop longtemps que je n'ai pas demandé aux bibliothécaires de choisir un film à ma place et ce qui devait arriver est arrivé qui est justement ce que je voulais éviter à tout prix en faisant appel à elles: et c'était de retomber sur un de mes choix et de revoir un film que j'avais déjà vu et oublié jusqu'au titre sur la jaquette du DVD en rayon.

Comme quoi je suis limité dans mes choix puisque je suis toujours appelé à faire les mêmes choix. C'est cette prise de conscience de cette limitation ou détermination (il n'est que de penser à Spinoza et au libre arbitre: "le libre arbitre est une totale illusion qui vient de ce que l'homme a conscience de ces actions mais non des causes qui le déterminent à agir.") qui m'avait amené à demander aux bibliothécaires de choisir à ma place.

Je voulais ainsi que je leur expliquais et parce que j'avais écrémé une bonne partie de la filmographie en sortir de mes choix et m'ouvrir à un spectre plus large de choix. C'est que je tapais toujours dans le même type de films. Aussi quand elles me demandèrent gentiment quel genre de films m'intéressait je leur répondis tout aussi gentiment qu'il m'intéressait justement qu'elles me sortent de ce genre de film dont moi même je ne saurais sortir tout seul.

J'ignorais que je ne faisais ainsi que de me soumettre à l'imposition d'un choix qui n'était pas le mien et que l'on pourrait ainsi dire de la société, qui est ce à quoi l'on se refuse le plus pensant par là que c'est une limitation et non une ouverture à d'autres choix que les nôtres forcément limités. Je voyais enfin un côté positif à cela que les autres choisissent ce qui est bon pour nous.

Je pensais alors à mes parents fonctionnaires à qui il avait été proposé ou la Guyane Française ou la Nouvelle Calédonie avant que le paternel eut enfin pu obtenir l'Espagne qui répondait plus à ses désirs et ce fut où il choisit de finir sa vie; aussi qu'aux étudiants en médecine à qui en fonction de leurs résultats aux examens s'ouvrent un certain nombre de spécialités plus ou moins éloignées du choix qu'ils feraient s'ils avaient totale liberté de choisir.

Or cette totale liberté ne ferait autre chose que de nous enfermer dans nos propres choix tandis que nous en libèrerait le choix de la société et mes parents n'auraient pas connu la Nouvelle Calédonie à laquelle ils n'auraient même pas pensé si elle ne leur avait pas été proposé comme je n'aurais jamais vu et apprécié tous ces films que les bibliothécaires au choix éclairé m'ont permis de voir et apprécier.

Je me soumettrais donc à un choix éclairé comme l'on peut se soumettre à une élite éclairée, que la connaissance éclairerait mieux que ma propre connaissance et dont l'ouverture à la connaissance serait plus grande que ma propre ouverture à la connaissance, c'est-à-dire pas non plus à n'importe qui sinon à qui je reconnais une qualité qui est une qualité quant à ses choix que j'accepterais alors comme miens aussi et parce que pouvant m'enrichir, mais le mot le plus approprié ici est m'épanouir.  

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