Il y a un choix auquel il ne m'est même pas venu à l'esprit de me livrer en me rendant à la vidéothèque: et c'est à un choix aveugle. De me présenter devant un rayon de DVD et après avoir fermé les yeux d'en prendre un au hasard. Je crois qu'il ne me plait pas davantage que ma vie soit sujette au hasard mais plutôt fasse l'objet d'un choix ou encore plus précisément préfère que ma vie soit le sujet de choix répétés.
Que ma vie ne soit pas une destinée qui me soit étrangère et livrée par conséquent et seulement à ce que l'on appelle les accidents de la vie ou circonstances fortuites et indépendantes de notre volonté. Je ne suis pas joueur à ce point que je la livrerais au hasard des circonstances mais voudrais plutôt avoir main mise dessus comme le joueur d'échecs sur chacune des pièces de l'échiquier qu'il déplace selon son entendement.
Mais comme je sais par ailleurs mon entendement limité j'entends faire cas d'entendements supérieurs, ma reconnaissance de leur supériorité s'arrêtant à leur faire cas ce qui n'est pas tout à fait m'y soumettre sinon y soumettre mon entendement pour qu'il gagne justement en entendement et non que je perde en soumission ce que je ferais en ne faisant plus appel à mon propre entendement.
Mais revenons au choix, au seul qui soit à prohiber: le choix aveugle. Si l'on est doté d'un entendement c'est bien pour s'en servir comme des yeux c'est bien pour voir. Mais la confiance absolue en son entendement comme à ce que l'on voit peut bien relever de la croyance et le choix alors ne plus opérer. Je m'en tiendrais plutôt à ce que l'on dit de la vie: qu'elle est choix mais aussi qu'elle est lutte.
On retrouve ces deux idées jointes de lutte et de choix dans les deux plus grands philosophes espagnols: Unamuno et Ortega y Gasset. Le premier en prise avec la foi dans Agonie du Christianisme parle de la foi comme une lutte et c'est qu'il était lui-même en proie au doute, un doute fécond. Le second dans Thème de notre temps trouve que tout ce qui cesse d'être questionnement devient croyance (aveugle) comme celle que nous portons à la raison aussi qu'à la démocratie, et en cela perdrait de leur vitalité.
NB
Mais je ne peux résister à citer celui de par la bouche de qui (et c'est le grand mérite qu'il a) nous parlent encore les Anciens:
"N'est-ce pas une singulière marque d'imperfection que de ne pouvoir fixer notre contentement en aucun domaine? Et le fait que, sous l'effet du désir même et de l'imagination, il soit hors de notre pouvoir de choisir ce qu'il nous faut. De cela porte bon témoignage la grande discussion qui a toujours existé entre les philosophes pour trouver le souverain bien de l'homme, discussion qui dure encore et durera éternellement, sans solution et sans accord". Michel de Montaigne Les Essais.
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