Il lui fallait noter cette impression et réfléchir dessus parce qu'elle était forte et inhabituelle bien qu'il pourrait la rapprocher d'autres impressions similaires mais ce ne serait que pour mieux l'en distinguer.
Au cours d'une de ses nombreuses promenades sur les bords de Marne et au lieu d'être gagné par une certaine lassitude, d'être blasé par un environnement qui l'avait pourtant ravi, il fut saisi par cette impression qu'il avait ressentie la première fois que Sylvie lui avait fait connaître son lieu de résidence. Elle le lui serait apparue en personne, et c'était huit mois au moins après son décès, qu'il n'aurait pas été aussi surpris et émue par l'endroit. Cependant, ce qui lui était arrivé paraitrait plus crédible qu'une apparition de la défunte, et c'est ainsi qu'il la reçue.
Mais, à bien y réfléchir, c'était à peine croyable: comment pouvait-il avoir ressenti aussi fortement ce qu'il voyait, comme si c'était la première fois qu'il le voyait et en présence de la femme qu'il aimait, ce qui ne pouvait qu'avoir ajouté à son émoi, aussi que la beauté de sa femme à la beauté des lieux; et ceci qu'il s'y retrouvait bien des années plus tard, après qu'elle soit morte d'une longue maladie débilitante et après que bien des fois il eût pu trouver le lieu plutôt déprimant, ce qui d'ailleurs lui avait souvent fait renoncer à revenir en des endroits qu'ils avaient fréquentés ensemble.
Ainsi, il en avait été différemment quand sur les quais de la Seine et alors qu'il était en charmante compagnie, et c'était avant Sylvie, il avait eut le sentiment, un sentiment bien tragique celui-là, qu'il y reviendrait mais seul cette fois. Et cela c'était effectivement produit et il en avait été très malheureux. C'est ce qui arrive le plus fréquemment quand une personne chère nous a quitté et que nous sommes amenés à repasser par ces lieux qui ne manquent pas de nous la rappeler.
Ce n'avait pas été le cas cependant et ce n'est que maintenant s'interrogeant sur cette impression qu'il se rappelait que c'est exactement ainsi qu'il avait éprouvé les lieux quand pour la première fois il en avait eu connaissance et que c'était Sylvie et personne d'autre qui lui avait permise et procurer une telle émotion. Son amour aussi était neuf alors. C'était il y a plus de dix ans. Quand il ne songeait plus désormais qu'a quitter Saint Maur et les bords de Marne parce que Sylvie qui l'y avait amené les avait quitté et que justement cette impression lui avait semblé définitivement morte.
Excepté cette apparition, car bien qu'il n'y eut pas apparition il pourrait en parler comme d'une apparition pour le caractère éphémère de l'impression reçue et l'inhabituelle bonheur que sa fréquentation des bords de Marne lui avait procuré; fraîcheur aussi du sentiment auquel il avait coûté à sa mémoire d'opposer un franc démenti. Pourtant, quelques secondes, il avait été heureux comme il y avait longtemps qu'il n'avait plus été heureux et comme, il y avait fort à parier, il ne le serait plus jamais, car, entre-temps, il avait perdu Sylvie.
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