C'était hier matin au laboratoire Vanheste Bauduret à Saint-Maur. Dans la file d'attente où je me trouvais un homme muni d'une carte d'invalidité me la présenta, il voulait passer devant. Je le laissais. Il n'eut cependant pu aller plus loin si un homme plus grand que moi n'eut prit au nom de tous et d'autorité ce droit qu'il lui accorda généreusement. Sans doute, pensais-je, l'ai-je mis dans de bonnes dispositions.
Quand dans cette chaîne que nous formons tous, quand dans cette file d'attente tous se rendirent compte que l'homme à la carte d'handicapé était passé devant tout le monde ce n'est pas à moi qu'ils s'en prirent mais à l'homme plus grand qui leur avait dans un premier temps inspiré plus de respect et avait eu sur eux plus d'autorité, car il lui avait cédé à lui plus qu'ils n'avaient cédé à l'handicapé.
Considérons que je fus cet homme simple et bon tandis qu'il était l'homme à l'envergure politique, à moins que je ne sois un homme mauvais qui permit de passer un autre homme tout aussi mauvais tandis que lui l'homme politique eut aussi relayé cette intention première et mauvaise lui donnant plus de force et de portée, malgré le fait que dans cette chaîne que nous formons tous il y eut aussi des résistances.
J'entends par là que l'initiative peut venir de n'importe qui d'entre nous et qu'il n'y a que si elle vient de n'importe qui d'entre nous que l'homme politique peut prendre le relais, le relais et non l'initiative, s'il est vrai que nous formons une chaîne, alors aussi toute la chaîne est ébranlée, motivée par un mouvement qui ne peut venir que dans bas et se propager s'il trouve des relais et non trop de résistances.
Aussi si la société est mauvaise c'est que trop de bonnes intentions trouvent trop de résistances et pas assez de relais; tandis que trop de mauvaises intentions ne rencontrent pas assez de résistances et trop de relais leur permettant de se propager jusqu'au plus haut sommet de la société qu'est l'État pour ne pas le nommer.
Mais à quoi je veux en venir? On fait trop croire que le sort de l'humanité se trouve dans les urnes. On réduit trop l'homme à un bulletin de vote. Quand le sort de l'humanité est dans la rue et dans toutes les files d'attentes et partout où des chaînes humaines se font et se défont et où des hommes donnent l'exemple et où le relais de ces exemples est pris ou pas, et où des intentions naissent ou meurent dans l'œuf…
CITATION
L e 20 janvier 1911 Alain le philosophe écrivait: "Il y a les passions; il y a l'inégalité; il y a la guerre. Mais les hommes ont une autre vie; ils savent que cela ne devrait pas être; quand celui qui a raison est vaincu, il a raison tout de même; quand un homme méprisable se trouve fort et riche, il est méprisable tout de même; et si j'ai fait une bassesse qui m'a mieux servi que vingt ans de probité et de dignité, c'est une bassesse tout de même."
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