jeudi 30 avril 2026

Le dernier des romantiques


Son questionnement n'était-il pas celui que pourrait avoir le dernier des romantiques sur les bords de Marne. Aux cygnes qui auraient rejoins le règne animal on préférerait les canards à qui on donnait à manger, signe d'après lui de la vulgarité des temps.

On voyait bien un peintre ici et là sur les bords de Marne et on entendait bien, aussi qu'on le voyait, un musicien, mais c'était en vain qu'ils chercheraient a rendre son romantisme aux promenades sur les bords de Marne, il fallait croire que ce n'était plus dans l'air du temps.

Les guinguettes où on allait danser étaient bien toujours là et on y allait bien toujours danser mais comme elles lui paraissaient alors grotesques et désuètes et fréquentés que par un âge qui n'inspire plus de sentiments romantiques mais bien la fin de tout romantisme.

Le pas du promeneur lui-même s'était perdu, et ne pensait-il pas au promeneur rêveur, au promeneur romantique, pour céder la place au marcheur armé de bâton et au joggeur; il y avait bien encore quelques amoureux mais étaient-ils si romantiques qu'ils l'avaient été par le passé?

Et quand il tombait sur des aires de jeu et des parcours de santé il croyait comprendre que le divertissement et la santé l'avaient emporté, que l'avaient emporté les joies du corps sur les joies de l'esprit.

Et qu'il y avait comme un vide, comme un manque, comme une absence qui serait comme la présence de corps, de son propre corps qu'on aurait vidé de l'intérieur; ce serait à l'extérieur l'intériorité qui viendrait à manquer et ce manque qu'il viendrait à ressentir.

Le dernier des romantiques ne trouverait plus dans le décor romantique des bords de Marne qu'un décor vide, qu'un décor de cinéma, qu'une façade et le vide derrière; plus rien n'emplirait l'air car ce qui emplirait l'air ne pouvait être que l'esprit et l'esprit n'était plus au romantisme.

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