Ah! Voilà une salle comme on les aime, dit l'homme à la mine patibulaire
Je ne voyais que disques et barres à disques et reposes barres, haltères
qui avaient été déposés comme des offrandes sur d'épais tapis de sol
C'est là qu'on allait s'entraîner tout l'été dans la chaleur et la poussière
la porte ouverte aux courants d'air comme pour rafraîchir l'atmosphère
Je pensais, ne m'en veuillez pas, que l'ouvrier aime sa condition ouvrière
et à toutes ces charges et tout ce cœur à l'ouvrage sous ce grand hangar
C'était un gymnase en ville, ç'aurait bien pu être une grange à la campagne.
Je les voyais répétant le même geste comme à l'usine où dans les champs.
Il y avait des voix d'hommes et de femmes et des rires parfois
mais ça s'entend la souffrance et j'entendais souffrir souvent
Je me demandais si je pouvais parler de l'érotisme des corps au travail
et c'est que j'avais lu un peu de Histoire de L'œil de Georges Bataille
et voyais la scène de la chatte: "Il faisait chaud. Simone mit l'assiette sur un petit banc,
s'installa devant moi et, sans quitter mes yeux, s'assit et trempa son derrière dans le lait."
tandis qu'une autre se déroulait devant mes yeux à moi: une femme faisait des fentes face à
un homme en justaucorps qui la regardait et on voyait ses formes à lui comme sa chatte à
elle qui se fendait et s'ouvrait, et tout ça presque sans un souffle, presque sans un bruit.
Mais déjà je regardais ailleurs comme font les mauvais élèves, le toit très haut et très sale
seulement la végétation du dehors s'y projetait en ombres chinoises et on aurait dit de l'art
Et si l'érotisme était de l'art? Et plus que ce qu'on voit ce que notre imagination y projette?
Pas plus la nature que la nature des corps, ce devaient être des plantes grasses et vulgaires
mais sous la toiture elles faisaient belle figure, se détachaient et se mouvaient avec grâce.
Bientôt je saisissais entre elles comme un mouvement de haut en bas, de va-et-vient, discret.
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