lundi 30 septembre 2024

Le petit écureuil


Le petit écureuil que je voyais détaler sur le bitume en direction du parc que les arbres jonchaient alors de feuilles mortes revenait à son domicile qu'il aurait quitté pour je ne sais quelle raison qui lui était propre, c'est-à-dire non indépendante de sa volonté, comme j'avais eu moi-même mes raisons de sortir il avait eu les siennes. Je le reverrais grimper le long d'un tronc qui était tout ce que je finissais par me dire, et certainement pour le plaisir que j'aurais à le revoir je m'inquiétais de ces fugues que je ne lui connaissais pas. Pure coïncidence si j'étais moi aussi sorti, et l'on se croisait lui et moi en dehors de notre territoire respectif car c'était d'habitude de ma fenêtre qui donnait sur le parc que je pouvais l'apercevoir. De plus près il m'apparut encore plus frêle et sa vie plus en danger que quand je le voyais, après être descendu de son arbre, courir sur la pelouse du parc. Je ne voulais cependant tirer aucune leçon de ce que je voyais n'étant moi même ni moraliste ni fabuliste. Je voulais seulement revoir de ma fenêtre cet écureuil gambader sur l'herbe encore verte et parmi les feuilles mortes, ce spectacle qu'il m'avait offert je tenais bien à ce qu'il continue à me l'offrir et je crois pouvoir dire que tout mon amour de la nature s'arrêtait là. C'était fou cependant que je me fusse aperçu de sa présence là où je ne m'y attendais pas, comme s'il fut lui aussi sorti de visite, comme s'il disposait de la même liberté de mouvement que moi, et qu'il l'eut fait sciemment, et tout comme moi soit revenu, comme si tout comme moi ils eut un domicile, un chez lui, qui ne fut pas la nature toute entière à laquelle pourtant on l'assimilait. Ce n'est pas qu'il remontait dans mon estime, qui, n'en déplaise à La Fontaine, a beaucoup d'estime pour plus petit que soit?, ni que je ferais à l'avenir plus attention à ses faits et gestes, à ses allées et venues, que je m'apercevrais davantage de son existence sinon de ces coïncidences (spatiales et temporelles) qu'elle pouvait avoir avec la mienne, mais ce ne serait désormais plus pour moi un être de la nature mais tout comme moi un être vivant ayant un chez lui et des visites à faire, par obligation sans doute et qui sait si aussi par plaisir. Et c'était surtout de l'avoir senti plus vulnérable ailleurs qu'ici dans ce parc de la résidence qui m'avait surpris, et sans doute aussi pour ça y était-il revenu (qui dit que les animaux sont plus demandeurs de liberté que de sécurité), ne s'attardant pas plus que moi, paisible bourgeois, en dehors de l'enceinte clôturée et murée, ne s'y sentait-il pas aussi protégé que moi et voudrait-il, car on disait de lui et des siens qu'ils appartenaient à cet état de nature dont il n'est pas sûr qu'il ne veuille moins que moi se soustraire, s'embourgeoiser à son tour. Non, n'en déplaise à La Boétie, il n'est pas sûr que la liberté soit plus naturelle à l'animal qu'à l'homme qui en est un autre ("vous en êtes un autre mon cher") et que ce ne soit pas plutôt parce que l'on s'éloigne de l'état de nature que l'on tende davantage à notre liberté, car ce ne serait pas tant de la nature que l'on veuille se libérer mais de la société, de l'état de société qui paradoxalement nous aurait libérer de l'état de nature.

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