vendredi 14 août 2026

Les habitudes


L'éducation devrait se résumer à bien peu de choses qui cependant nous aideraient toute la vie et c'est à nous donner les bonnes habitudes comme à nous soustraire aux mauvaises quand c'est il me semble avec une liberté totale que nous contractons les unes et les autres quand ce n'est pas par le fruit du plus pur des hasards, voire même plus grâce aux défauts qu'aux qualités de nos parents ou de nos proches.

Aussi je ne remercierai jamais assez mes parents d'avoir été si peu généreux envers leur progéniture que j'ai été toute mon enfance aussi que ma jeunesse dépourvu d'argent de poche, ce qui fait de moi aujourd'hui quelqu'un de peu dépensier mais aussi et par conséquent de peu enclin à gagner de l'argent qu'il ne saurait quoi en faire car habitué à se satisfaire autrement.

Par contre je ne crois pas devoir à l'école l'habitude que j'ai de lire comme de faire du sport, des deux elle m'aurait plutôt dégoûté, n'étant en aucune performant, je n'ai été ni un grand sportif ni un grand intellectuel, et c'est ce goût prononcé de la société pour la performance qui peut détourner ceux qui ne le sont pas de contracter les bonnes habitudes car les abandonnant en abandonnant toute idée de réussite ce qui est de performances.

La société n'est plus croyante mais en rejetant la prière n'a t-elle pas rejeté une bonne habitude et par quoi l'aurait-elle remplacé et n'a t-elle pas laissé un grand vide là où il y avait de la spiritualité ou de l'intériorité; et si je ne suis pas croyant ne puis-je pas pour autant le regretter dans le sens où ce qui m'aurait tenu ne me tient plus et c'est surtout pas les habitudes qu'on est tenues et autant qu'elles soient bonnes.

CITATION

Montaigne Les Essais: "Platon réprimanda un enfant qui jouait aux noix. Il lui répondit: "Tu me réprimandes pour peu de chose -- L'habitude, répliqua Platon, n'est pas chose de peu d'importance."

Il me semble qu'on parle trop de société


Il me semble qu'on parle trop de société et qu'on ne sait pas assez ce que c'est. Je voudrais la faire partir de l'homme même si je trouve qu'elle s'en est beaucoup éloignée. Je vois mon homme seul et je me dis que c'est une proie facile. Encore les échecs qui sont là pour me dire que l'on cherche d'abord à isoler un pion avant de penser à l'attaquer.

Or il semblerait que notre société qui aurait d'abord tendu à nous regrouper tende à nous isoler et c'est en quoi je pense que je ne l'appellerai plus la société de l'homme. Je voudrais prendre des exemples très près de moi pour ne parler que de ce que je connais et je sais de ma grand-mère le reproche qu'elle faisait à mon père: c'est qu'ayant éloigné sa fille il put agir à sa guise tandis que les lettres mettaient du temps à lui parvenir de Nouvelle Calédonie.

C'était un temps où les fonctionnaires avaient encore la chance d'être mutés ensemble mais les enfants pouvaient être pensionnaires et c'étaient comme être orphelins de père et de mère, il leur manquait la société des parents comme à beaucoup d'enfants aujourd'hui dont les deux parents travaillent et l'on pourrait sauter des enfants aux vieux, les grands parents en maison de retraite désespérant aussi qu'on leur rende visite.

On parle à juste titre de malaise social car le malaise vient bien d'une société qui ne fait plus société. Ce n'est plus qu'un champ ouvert où tout le monde est exposé et retourne à l'état de prédateur. Aussi l'homme pour la femme que la femme pour l'homme, livrés l'un à l'autre parce qu'exposés l'un à  l'autre sans ou avec moins d'intermédiaires: parents, amis, connaissances, à qui ils seraient en même temps qu'ils se présentent l'un à l'autre, présentés, et à qui ils tiendraient autant qu'ils tiennent à eux-mêmes.

C'est cette société là qui vient cruellement à faire défaut plus que celle des institutions et que très mal remplace ce que l'on appelle les réseaux sociaux parce qu'ils sont non pas fictifs mais virtuels, quand l'isolement est bien physique et la menace bien physique, quand l'absence de présence réelle nuit à tout un chacun qui se retrouve seul dans une société qui ne fait plus société et qui par conséquent ne devrait plus prétendre l'être quand elle ne l'est plus pour personne, quand chacun est livré à lui-même avant d'être livré aux autres tout aussi seuls que lui.

jeudi 13 août 2026

Je vais pour jouir et me réjouir


Je vais pour jouir et me réjouir de mon entreprise quand je suis aussi par l'autre entrepris et comme je disais hier à mon ami Jean Pierre joueur d'échecs on ne pense jamais assez à comment l'autre nous entreprend sinon à comment nous l'entreprenons, à nos désirs avant les siens, et nous sommes d'autant plus trompés par l'amour qu'il nous les fait croire communs.

Il n'est pas sûr cependant que les désirs de l'homme et de la femme coïncident encore qu'ont coïncident à s'aimer. C'est en effet une étrange coïncidence qui a fait en vain couler beaucoup d'encre parce que l'on croit parler du même amour quand ce n'est pas la même partie d'échecs que jouent les deux joueurs d'échecs: l'un a les blancs, l'autre a les noirs.

Une fois la partie jouée l'un et l'autre en parlerons en des termes différents révélant bien qu'ils n'ont pas vu la même partie et que des mêmes faits ils n'ont pas tirés les mêmes enseignements, c'est aussi ce qui les a fait à chacun mener la partie comme ils l'ont menée et la perdre ou la gagner ou faire nul, et faut-il considérer que ceux qui restent ensemble font nul quand c'est pour gagner que chacun est parti de là où il est.

Et de là où je suis je vais toujours pour jouir et me réjouir de mon entreprise. C'est plus fort que moi. C'est ce qui commande à ma vie comme c'est ce qui commande à ta vie. Chacun aime l'amour comme il aime la vie et c'est d'abord pour lui. Mais ni l'amour ni la vie n'est lui, l'être.

L'être qui alors prend une leçon de vie qui est toujours leçon d'amour, même s'il le prend mal.

Princesses et princes endormis


Princesses et princes endormis que l'amour fait sortir d'une longue léthargie. L'amour comme un éveil à la vie. Mais ce n'est pas tout. Il y a dessaisissement. Il en coûte à qui a longtemps été saisi de lui-même. Parce que quelqu'un l'a aborder on peut parler d'abordage. Pas de naufrage. Il faut se ressaisir, gagner l'autre n'est pas se perdre, qu'il se dit.

Mais il sent bien au fond de lui que c'est loin de lui que l'amour l'emporte, qu'il n'y a pas d'amour qui se résume à nous, qu'il y aurait plutôt nous l'être et la vie, l'être à qui la vie est dispensée et qui ne peut pas s'en passer, c'est que l'amour ne donne pas seulement la vie mais est la vie et que nous ne pouvons nous y refuser sans mourir.

Mourir à l'amour c'est mourir à la vie, aussi tant que nous vivons nous aimons. Aussi qui n'aime plus n'aime plus la vie. C'est pourquoi on ne peut pas se contenter de soi: l'être n'est pas la vie, il n'est pas non plus l'amour; mais il ne peut être sans vie, sans amour, sinon mort. Il n'en ai pas moins vrai que l'amour comme la mort le conduit à un dessaisissement de son être: dans les deux cas il lui faut mourir à lui-même.

Qu'il approche de la mort et c'est ce qu'il veut le moins. Qu'il approche de l'amour et c'est ce qu'il veut le plus. Et les jeunes gens sont plus généreux d'eux-mêmes parce qu'ils sont ceux qui craignent le moins et l'amour et la mort. Aussi ils sont plus proches de la vie et plus proche de l'amour mais moins de l'être auquel s'accroche cet être vieillissant, lequel se détache par conséquent et de la vie et de l'amour. 

Quand l'espagnol dit AMOR AMOR, le français peut entendre A MORT A MORT, et ce serait la mort de l'être, la mort de l'être tout empêtré de lui-même et, qui ne voulant se perdre, perdrait l'AMOR, qui serait comme une mise à mort de l'être qu'il entend cependant et paradoxalement, s'il est encore en âge de l'entendre ainsi, comme un appel à la vie.

mercredi 12 août 2026

L'IA et L'IH


Que l'intelligence artificielle nous renvoie à l'intelligence humaine est ce qu'elle ferait de mieux. Non pas pour que dans une comparaison défavorable nous acceptions sa supériorité, de là qu'elle est autorité sur nous, comme elle est en train de la prendre, dans tous les domaines où auparavant notre intelligence humaine régnait en maître absolu, mais plutôt pour nous éclairer sur elle, c'est-à-dire sur nous.

A en croire les spécialistes d'Averroès entendus ce matin sur France Culture on ne sécrèterait pas de l'intelligence comme on sécrète de la bile. Il ne faudrait cependant pas que je me fâche parce que tout ce que je penserais alors serait contraire à ce qu'il pense de l'intelligence, mais c'est que souvent en effet on ne ferait pas preuve d'intelligence en se fâchant et tout ce qu'on dirait et ferait ne tendraient qu'à le prouver.

Pour Averroès on l'aura bien compris l'intelligence ne tient pas au corps. Première partie de sa vérité sur l'intelligence qu'on peut contester mais qui ne nous intéresse pas ici. On peut seulement souligner que cela irait dans le sens de l'inspiration. Mais c'est aussi ce qui expliquerait cette part d'éternelle et d'universelle et de rationnelle de l'intelligence humaine.

Seulement c'est par le concept, l'image, qu'elle s'individualise et se différencie, on dirait qu'elle prend corps. On ne pourrait penser autrement c'est à dire qu'en s'accaparant une intelligence qui au préalable nous échapperait ou transcenderait ou inspirerait ou infuserait en nous mais ne serait pas entièrement de nous qui ne ferions que la personnaliser.

Ce qu'il y a d'intéressant dans cette conception c'est qu'il n'y aurait alors pas grande différence entre l'IA et l'IH et que, comme après avoir voulu nous différencier de l'animal nous en sommes revenus à considérer que nous étions aussi des animaux, après nous distinguer de la machine et de l'IA il faudra se dire que les concepts ou images sont autant de datas donnés à l'IH par une intelligence qui ne procèderait pas de lui.

A traiter par le nombre


 Fiche de police (cases à cocher pour traitement réservé)


Pensionnaire (collège, lycée): traité par le nombre

Service militaire: traité par le nombre

Universitaire: traité par le nombre

Employé de base: traité par le nombre

Electeur: traité par le nombre

Spectateur: traité par le nombre

Touriste (de masse): traité par le nombre

Automobiliste: traité par le nombre 

Pensionnaire (retraite) traité par le nombre


Acceptation et application du traitement par le nombre


Homme sans qualité particulière a de nombreux défauts: a traiter par le nombre

A de nombreux problèmes: a traiter par le nombre

A des opinions qui sont autant de problèmes: a traiter par le nombre

Mise en mouvement du nombre, manifestations: a traiter par le nombre

être parfois dérangé mais qui finit toujours par se ranger: a traiter par le nombre


Refus et désobéissance au traitement par le nombre


Suspect d'individualisme

Suspect d'abstentionnisme

Suspect d'anarchisme

Suspect d'extrémisme

Suspect de terrorisme


Traitement réservé ou de faveur: l'ostracisme, l'exclusion, la mise en quarantaine (risque de contagion), la mise en inaptitude, la mise à l'index par le nombre.

mardi 11 août 2026

Un tribunal de la langue


Il faudrait parfois penser la langue pour mieux penser. La langue est en soi lourde de pensée. Quand je dis que telle femme est faite pour moi je reprends une expression qui pèse encore sur mon mode de penser la femme: il y aurait une femme faite pour chacun d'entre nous à l'exclusion de tout autre. Je me disposais justement à passer voir une femme.

Elle a un ami, je le sais, elle me l'a dit. Je pourrais aussi être son ami et c'est l'objet de ma visite. Pour qui d'entre nous alors cette femme serait faite. C'est comme de dire qu'on se la partage. Il faut se l'imaginer se coupant en deux sans quoi comment parler de partage si c'est tout entière qu'elle est avec l'un comme avec l'autre quand il y en a un qui pourrait encore prétendre en avoir la meilleure moitié. 

Mais comme il est difficile de penser sans la langue il faut que la langue et ses expressions changent pour que notre pensée change, ici vis à vis de la femme. On ne peut vouloir changer l'homme ou l'incriminer sans vouloir changer la langue de l'homme, s'en prendre à lui sans s'en prendre à ce qu'il dit qui est coupable de ce qu'il pense, qui le fait penser comme il pense, et n'en a pas toujours conscience.

Il y a donc un conditionnement par la langue qui si elle possède le neutre n'est pas neutre, n'est jamais neutre. Et c'est le poids d'une tradition qui pèse sur la langue et que l'on fait, en lui faisant procès, reposer sur les épaules d'un seul homme, la victime propitiatoire. Du jour au lendemain on voudrait qu'il pense et agisse autrement mais c'est sans compter sur la langue.

Si elle véhicule des pensées qui ne sont plus de son temps mais dont elle le nourrit encore depuis sa plus tendre enfance lui et tous ses espoirs qu'il fonde sur la femme, en commençant par ce qu'il y aurait une femme faite pour nous, cette âme sœur qui n'attendrait que lui, et dont il ne pourrait alors comprendre qu'elle soit pour les autres hommes tout aussi entièrement faite et l'âme sœur.

Oui! Il faudrait un tribunal de la langue qui juge tous ces propos déplacés que la langue met dans la bouche des hommes sans même qu'ils s'arrêtent à y penser et les pousse parfois à agir de façon toujours déplacée et toujours sans même qu'ils s'arrêtent à y penser. Oui! Il faudrait un tribunal de la langue avant que l'on se mette à condamner des hommes qui ne peuvent penser et agir autrement que comme la langue leur a appris à penser et à agir.

A l'heure de l'IA


A l'heure de l'IA est de plus en plus d'actualité cette devise des Anciens: "pensez par vous même". Sans doute va t-on à l'IA comme on allait à Dieu, à un Dieu je sais tout, mais au moins Dieu dans son immense sagesse et à quelque exception (appelé miracle) près ne répondait pas. Quand j'étais tantôt avec un ami qui me dit: "tiens on va demander à GPT", mais qui était ce monsieur GPT, je l'ignorais encore.

Depuis je suspecte mon ami d'aller régulièrement demander à GPT ce qu'il aurait pu me demander à moi son ami, ou à sa femme, que sais-je, mais à tout sauf à l'IA que j'ai pris en grippe parce qu'elle se substitue à l'homme et que par conséquent je soupçonne sa réponse de n'être pas humaine dans le sens même d'entacher d'erreur, cette bonne vieille erreur humaine qu'il va finir par nous faire regretter parce qu'elle en disait long sur l'homme.

GPT ne me dit rien sur l'homme. Non! Je n'irais pas à GPT. Je préfère encore aller à Alain, à Montaigne, à Ortega y Gasset, à … , même si ce ne sont pas mes contemporains. Alain justement disait dans ses Propos qu'il fallait mieux faire un pas en arrière pour prendre son élan, j'ajouterai qu'en avant qui n'est pas toujours comprendre ce qui nous arrive comme ce qui nous arrive avec l'IA.

Aussi je fixerais bien mon rendez-vous avec l'IA quand il sera devenu un classique comme Descartes et Kant pour rester avec le rationnel et la machine. Pour l'instant je m'abstiens comme par exemple d'aller à confesse avec GPT, de lui raconter tous mes petits malheurs pour qu'il m'en délivre. Non, je n'ai pas foi en GPT. Je me déclare même être un hérétique comme Spinoza, et du Dieu nature, et de l'homme, qui en fait partie de la nature, mais pas GPT.

Ce sont des hommes qu'il faut aux hommes et on dirait en quelque sorte que la planète se dépeuple, parce que ce n'est pas qu'une question de chiffre, de quantité, mais de qualité, de valeur, et qu'on dirait que l'homme souffre d'une baisse de valeur croissante tandis que la machine serait en hausse exponentielle, et ceci quand il n'y a que l'homme qui donne ou retire sa valeur à l'homme, à moins que ce ne soit déjà l'IA.

lundi 10 août 2026

La femme à la robe verte


Elle avait une très belle robe verte mais il eut fallu qu'elle ne soit pas belle pour que je puisse lui dire que sa robe était belle et ce qui n'aurait pu être qu'un compliment fait à une jolie femme qui eut eu alors toutes les raisons de le prendre pour elle serait  allé à la robe de son choix, c'est à dire à son choix, la robe, plus qu'à elle.

C'est sans compter qu'une jolie femme peut avoir bon goût ce qui en soit ajoute à son charme, devrais-je dire à ses charmes et revient l'idée de la robe fendue qui laisse entrevoir le fruit défendu, aussi que de son décolleté qui laisse deviner… "Couvrez ce sein, que je ne saurais voir". N'est-il pas de meilleure manière de confondre la beauté du corps à celle de la robe de sorte que l'on ne saurait dire ce que l'on a aimé.

Il faut habiller une femme d'une robe pour apprécier la robe qui suspendue à une perche n'a aucun effet sur nous et la femme doit l'essayer avant de se décider à la porter ce qui donne à la robe une beauté toute relative en cela qu'elle n'a jamais tenue qu'à elle même mais bien plutôt à la femme qui la porte et pour qui elle a été faite.

Aussi il serait plus juste de dire, plutôt que cette robe est belle, qu'on dirait que cette robe a été faite pour vous. De même que l'on peut dire qu'un livre a trouver son lecteur et qu'il n'y aurait pas de bon livre en soi, on pourrait dire qu'il n'y a pas de belle robe sinon de robe qui est trouvée qui peut la porter à son avantage.

La femme a la robe verte je ne voudrais plus la voir habillée autrement, mais la mode est d'un avis contraire et changeant. Qui de moi ou la mode a raison. Le pourquoi de la mode a pourtant ses raisons qui est de nous faire perdre notre raison d'homme devant la toilette des femmes. Il est vrai que je l'ai vue autrement habillée qu'en robe, mais que je ne l'appellerai dorénavant plus que la femme à la robe verte qui serait comme la plus haute distinction qu'elle ait jamais porté.

Il faut s'imaginer monsieur heureux


Tu as été bêtement heureux que tu dis. Mais tais toi donc. Sais tu qu'il y en a qui se tue au travail pour être un jour heureux. Sais tu qu'il y en a qui se tue à faire des études puis une carrière pour être un jour heureux. Et toi tu dis avoir été heureux comme ça, sans rien, bêtement, que ça t'es tombé dessus le bonheur. Y a pas de quoi s'en vanter d'avoir été heureux comme ça sans avoir fait d'efforts pour l'être.

Ou alors il faut avoir été franchement malheureux pour être heureux à si peu de frais. C'est qu'il y a un prix au bonheur au cas où cela t'échapperait. On ne se ramène pas en société la gueule enfarinée pour dire comme tu dis: j'ai été bêtement heureux. Ce serait vrai qu'encore il faudrait le taire. T'as goûté à des moments de vie que tu dis maintenant, elle est bien bonne celle là.

Mais je t'ai vu en société et t'es pas à ton aise, c'est donc pas à des moments de vie en société que t'as goûté? Et ce serait même pour ça que tu dirais que t'as été bêtement heureux. Oui, tout seul, dans ton coin, comme un grand nigaud que tu es que t'as été bêtement heureux. J'imagine alors que tu marchais et que tu pensais plus à rien parce que la pensée est malheureuse qu'on dit.

C'est pourquoi toi tu dis que le bonheur c'est un sentiment pas une pensée et qu'il t'a envahi comme ça pour rien ou pour tout ce que tu ne faisais pas ou que tu t'étais arrêté de faire: travailler, étudier, penser, et tu voudrais que je te crois qu'il vient le bonheur quand on fait rien pour qu'il vienne, qu'on y pense même pas. Mais de quel bonheur que tu me parles? A ton bonheur tout seul je préfère encore le bonheur à deux.

Ah c'est vrai que c'est un début de société et que tu dis qu'on ne saurait plus être heureux qu'en société, que c'est ce bonheur là qu'on nous ferait payer cher: le même pour tous convoité de tous et que ton bonheur à toi il serait bien personnel et qu'il n'aurait rien à voir avec la société mais avec la vie et par conséquent comme elle serait gratuit.

J'ai entendu beaucoup de conneries dans ma vie mais comme celle là jamais. C'est que monsieur pense détenir la clé du bonheur et qu'elle ne serait pas de ce monde ni de l'autre mais de celui de monsieur, mais quel est le monde de monsieur si ce n'est le monde de personne? Mais c'est que monsieur ne répond pas, que monsieur ne sait pas pourquoi il est heureux, c'est vrai qu'il est bêtement heureux.

Il faut donc savoir que monsieur est bêtement heureux et qu'on ne peut l'être autrement toujours selon monsieur, que ça vous tomberait dessus comme la grâce, où qu'il faudrait être en état de grâce pour l'être heureux, faire omission de la société et de tout ce qu'exige de nous la société pour être heureux, se réclamer de la vie plus que de la société, goûter à la vie plus qu'à la société. Il faut donc s'imaginer monsieur heureux comme il faut s'imaginer Sisyphe heureux (le boulet c'est la société).

dimanche 9 août 2026

Les confessions d'un chômeur


J'ai été chômeur, oui! Et alors! Un chômeur n'est pas quelqu'un qui refuse le travail mais à qui le travail est refusé. Mais ce n'est pas tout: j'ai été un chômeur de longue durée. J'ai pris peur. Une longue inactivité me fit me sentir impropre à l'activité comme une longue maladie, et j'avais été plus jeune asthmatique ce qui me rendit longtemps impropre à toute activité physique et dussè-je en pratiquer une que je m'essoufflais vite.

Comme il se produisit plus tard quand je fus déclaré inapte à mon emploi d'agent de sécurité à la RATP que j'avais tenu plus de dix ans et c'était déjà beaucoup pour moi car je ne l'avais pas vraiment choisi comme je n'avais pas vraiment choisi d'être chômeur ni un chômeur ne choisit vraiment après le travail qui lui est proposé. C'est de n'avoir jamais vraiment vécu dans le présent mais dans l'urgence et dans l'urgence commande la peur.

La peur vous fait aller là où vous n'iriez pas de vous même et là où vous êtes ne cesse pas par conséquent de vous commandez. Quand de votre lever à votre coucher la peur vous commande c'est que vous avez cessé d'exister et que votre existence n'est plus qu'inexistence. Il n'y a pas que pour la société qui est la société du travail que le chômeur n'existe pas mais pour lui-même, après, tout n'est pour lui qu'inexistence.

Bien sûr cela n'arrive pas à sa conscience et tarda à arriver à la mienne qui est quand je décidais d'exister qui est quand je décidais de quitter la RATP qui avait consacré mon inaptitude au travail et pas seulement à l'emploi d'agent de sécurité à la RATP. Je ne pouvais plus alors penser au travail sans qu'une grande peur m'envahie et c'était toujours celle de mal faire.

J'ai donc été celui à qui le travail a été refusé avant de se refuser au travail. Je plaiderai donc coupable avec les circonstances atténuantes si j'avais à plaider pour moi mais je plaide pour tous les chômeurs que la peur commande de travailler comme de ne pas travailler; je plaide pour qu'ils ne soient plus commandés par la peur, qu'au lieu d'être pour eux le salaire de la peur il soit, le travail, un encouragement a être, un plus d'existence plutôt que leur anéantissement, leur inexistence.

Ah! tenir, tenir, tenir


Ah! tenir, tenir, tenir, quand plus personne ne tient à nous, il venait de perdre sa femme. Et cet autre qui me dit: Ah! tenir, tenir, tenir, quand on a perdu ses appuis. Qu'à cela ne tienne, que je leur dirais et je leur parlerais de celui qui fait le poirier tous les jours et de celui qui fait sa prière tous les jours et de celui qui écrit tous les jours, comme de ce qui les fait tenir.

Parce que celui qui fait le poirier tous les jours est venu me trouver et m'a dit: si je ne faisais pas le poirier tous les jours je ne tiendrais pas; et celui qui fait sa prière tous les jours est venu me trouver et m'a dit: si je ne faisais pas ma prière tous les jours je ne tiendrais pas; et celui qui écrit tous les jours est venu me trouver et m'a dit: si je n'écrivais pas tous les jours je ne tiendrais pas.

Ils se trompent tous cependant si chacun croit que c'est ce qu'il fait qui le fait tenir: celui qui fait le poirier que c'est le poirier qui le fait tenir , n'est-ce pas lui qui tient le poirier? Celui qui fait sa prière que c'est la prière qui le tient, n'est-ce pas lui qui tient à faire sa prière; On pourrait dire la même chose de qui écrit et je pense à Claude Lévi Strauss très âgé et à qui on demandait ce qu'il espérait encore et c'était de faire un ou deux livres.

Mais Claude Lévi Strauss dans ce même interview révéla qu'il aurait bien pu faire autre chose et qu'il fit autre chose avant d'écrire des livres, autre chose qui l'avait aidé à tenir. Tayeb mon ami qui fait sa prière tous les jours me dit qu'il y avait pour lui avant la prière les femmes et l'alcool et celui qui a trouvé ses appuis pour faire le poirier a aussi mis du temps à trouver ses appuis et à faire le poirier.

CITATION

Alain: "Aussi chacun se promène (dans la vie), bien avant d'être assuré que la promenade qu'il a choisie est la meilleure. Ce qui manque au fou ce n'est point le sérieux comme on ne le sait que trop, c'est plutôt un genre de grandeur que l'on nomme courage en tous pays."

samedi 8 août 2026

L'homme de Calvi


L'homme de Calvi était un pistolero. En vérité je ne sais pas qui était l'homme de Calvi. Je me souviens seulement des derniers mots qu'il me dit et c'était qu'il était venu sur le continent avec son arme. Je l'appelai alors l'homme de Calvi et il me dit aussitôt que cela lui plaisait et j'entendis bien que cela lui plaisait autant que tout ce qu'on pouvait dire sur les Corses, qu'il n'avait rien contre entretenir la légende Corse.

Sans quoi je n'écrirais pas ces mots de peur qu'ils n'arrivent aux oreilles de l'homme de Calvi qui à ses dires se soumettait depuis de nombreuses années à l'entraînement des armes. Nous avons il faut le dire aussi ferraillés ensemble, l'homme de Calvi et moi, et c'était à la suite d'un séminaire d'échecs qui venait de se terminer avec un échiquier posé sur la table entre nous deux et l'homme de Calvi fit mouche dès la première partie où je dû coucher mon roi.

Mais ce n'est pas ainsi qu'il s'était présenté à nous sinon comme un humble pharmacien et c'était Homais qu'il voulait qu'on voit, visage plus continental, parce qu'en Corse il ne pourrait pas y avoir de Homais même pharmacien, aussi ne fit-il pas longtemps figure de pharmacien, d'ailleurs son visage me rappelait plutôt celui de Cabrel le chanteur qui préférait son petit Lyré au mont Palatin, enfin, à rester dans sa province comme dans une île plutôt que de monter à Paris.

L'homme de Calvi il avait eu une histoire au village et c'était une histoire Corse, j'entends par là comme il ne pouvait y en avoir qu'en Corse. Il l'a raconta un peu et je la tairai un peu parce que les histoires Corse moins on en parle mieux on se porte. On avait envie de sympathiser un peu avec lui et tout le monde du séminaire sympathisa un peu avec l'homme de Calvi, un peu parce qu'il y avait un je ne sais quoi qui retenait tout le monde de sympathiser davantage avec lui. On ne sait jamais et les gens sur le continent sont prudents.

D'ailleurs l'homme de Calvi avait son quant à soi, sans doute la fierté et la retenue des gens des îles, et pas de n'importe quelle île, de la Corse. Sachant cela, car il semblait savoir sur nous beaucoup plus de choses qu'on savait sur lui, l'homme de Calvi conservait un air de mystère qui convenait admirablement bien à sa physionomie aussi qu'à tout ce qu'on pouvait penser des Corses et qu'il n'eut pas voulu qu'on ne pensa pas. Personne non plus n'ira chercher plus loin, ce qui serait aller le chercher.

L'IA, Dieu, et nous


Je n'ai jamais fait avec mes livres comme avec mes amis que commencer une conversation que j'ai dû ensuite mener seul à son terme et c'est en écrivant car les uns comme les autres motivent ma réflexion. Il est plus rare qu'ils me renvoient réciproquement l'un à l'autre comme ce fut le cas après ma lecture De la nécessité du pari de Pascal qui me renvoya directement au restaurant la veille avec Luigi.

L'IA ai-je dis à Luigi m'avait renseigné sur l'un de mes écrits sans que je ne lui ai rien demandé : par quelle fausse manœuvre ou manipulation lui avais-je permis d'intervenir? il se trouva que je ne pus qu'être flatté par tout ce qu'il pu dire du peu que j'avais écrit, par l'importance et la valeur qu'il lui accorda.

L'IA était bon lecteur comme on peut être bon spectateur mais il va sans dire que je lui préfèrerais toujours l'humain parce que c'est de l'humain que j'attends tout quand de lui rien. Mais le rapprochement était fait entre l'humain et la machine et Luigi me rappela que Deep Blue avait battu Kasparov le grand champion d'échecs. Que fais-tu de l'imagination et de l'inspiration Luigi?

Qu'on lui donne plus à manger (de données) lança Luigi et tu verras comment l'IA saura faire preuve d'imagination et de créativité, aussi que d'intuitions car l'on en vint Luigi et moi à parler d'intuitions sachant tous les deux qu'on ne créait pas ni n'avait de l'intuition ou de l'inspiration à partir de rien. Et Luigi me mit au parfum de tout ce que l'IA pouvait déjà faire et qu'il n'en resterait pas là.

C'est ainsi que pousser dans mes ultimes retranchements j'en vins à dire à Luigi que les machines n'ont pas d'âme, c'est vrai que je n'y croyais pas trop moi-même à l'âme et que je savais qu'on l'avait déjà refusé aux indiens d'Amérique et Descartes aux animaux avec son animal machine mais pourquoi ne la refuserait-on pas alors à la machine, à l'IA, ne dit-on pas d'ailleurs que science sans conscience n'est que ruine de l'âme.

C'est que Luigi préféra parler de conscience que d'âme et ajouta quand pas longtemps la machine intelligente aura acquise une conscience car l'avons nous toujours eue nous cette conscience et n'apprend t-on pas aujourd'hui des choses étonnantes non seulement sur l'animal mais sur le végétal qui nous laisseraient penser qu'il ait lui aussi une conscience.

Cette machine qui rassemblerait tant d'informations qu'il a fallu à l'homme des siècles pour acquérir et ne peut pour autant être contenu dans un seul homme mais bien en une seule machine comment ne pourrait-elle pas avoir le sentiment ou conscience de penser comme d'exister par elle même. N'était-ce pas le leurre où nous tombions tous?

A Luigi l'ingénieur je disais n'être pas à ce point matérialiste qui est de croire que tout pouvait venir de la matière et qu'il y avait bien une part qui relèverait de l'esprit, de l'âme, croyant ainsi nous mettre hors de portée de la machine. Mais alors l'ignorance et la vanité de l'homme qui croit pouvoir se passer de Dieu ne serait pas bien différente de celle de l'IA qui ignorerait tout de son créateur et pensera peut-être un jour pouvoir se passer de nous.

Pas plus que l'IA nous ne pensons penser et exister autrement que par nous même, ne devoir notre existence et pensée qu'à nous même, il nous est tout aussi impossible de nous voir comme création, être issus d'une intelligence pas forcément supérieure à la nôtre mais qui a été en capacité de nous créer, de nous donner cette intelligence qui a pris conscience d'elle même mais est bien loin de s'imaginer de qui et de quoi elle est faite.

Cet IA c'est la raison de l'homme aussi imbue d'elle même que l'homme l'est de lui même et qui restera sans réponse comme l'homme reste sans réponse devant ces questions de Pascal avec lesquels je terminerai: "pourquoi ici plutôt que là, pourquoi à présent plutôt que lors. Qui m'y a mis? Par l'ordre et la conduite de qui ce lieu et ce temps a t-il été destiné à moi? Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie."

vendredi 7 août 2026

Comme une pierre précieuse


Est-ce qu'une femme n'a pas le droit d'être seule comme un homme a le droit d'être seul, et j'entendais par là à ne pas être dérangée. Surpris par cette idée qui m'a effleuré l'esprit tandis que je me promenais sur les bords de Marne et y croisais de nombreuses femmes seules. Y croisais et non pas y rencontrais. Les bords de Marne ne sont pas un lieu de rencontre, un lieu ouvert et pas une maison close.

Mes idées semblaient s'accommoder avec mon temps au point que j'en fus le premier surpris. Sans doute parce qu'étant sorti de chez moi (et je l'étais en effet hors de chez moi voire de moi) et en prenant l'air je venais de respirer l'air de mon temps. Il ne pouvait alors à cette idée que succéder après une demi heure de marche que la suivante.

Et c'était que croisant cette fois le regard d'une mère et de sa fille je trouvais dans le regard de cette dernière une défiance qui était certes celle de la femme de mon temps vis à vis de l'homme mais qui aborderait le monde avec plus de naïveté et non moins de préjugés auxquels s'ajouteraient le malaise ou mal être de l'adolescence que je me jurais aussitôt de ne pas y participer davantage.

Il y avait mes écrits misogynes qui sans doute n'amusaient que moi, mais je m'en voudrais de heurter dans sa jeune et peu éprouvée sensibilité une pareille nature en donnant dudit sexe faible une image qui ne serait pas suffisamment belle pour la conforter et la motiver dans sa vie de femme encore à peine commencée que déjà par elle travaillée et mortifiée.

Aussi que d'aimer les hommes puisqu'ils penseraient comme il m'amuse de penser et ce serait trop prendre au sérieux ce que la friction peut avoir de cuisant, petits échauffements de la pensée que le temps refroidit vite; mais les esprits jeunes sont trop disposés à prendre pour argent comptant ce qui n'est que défoulement écartant ainsi le risque contraire et plus grave et plus insidieux du refoulement.

Mes yeux se tournèrent alors vers la nature encore belle parce que préservée des bords de Marne et je ne pus m'empêcher de penser que la nature humaine aussi devrait être une nature protégée pour qu'elle ne perde rien de sa beauté et pourquoi pas de son âme, toujours dans cette idée que le regard serait le miroir de l'âme, et qu'il faudrait lui aussi qu'il ne perde rien de sa pureté et de son éclat, comme une pierre précieuse.

jeudi 6 août 2026

Cette différence qu'il y a entre les hommes


Il y a une différence entre les hommes qui ne tient qu'à la connaissance qu'on en a. Tandis que d'un homme célèbre on en célèbrera la moindre vétille, tout concourra à sa célébrité en bien comme en mal, de l'homme que l'on ne connait pas l'on n'en connaitra rien car tout ce qu'il réalisera ne se réalisera que dans le plus grand anonymat qui est ce à quoi le plus grand nombre est tenu.

On peut dire par là même que la connaissance des uns est surfaite ce qui a pour effet de les surdimensionner tandis que la méconnaissance des autres concoure à leur témoigner la plus grande des indifférences et passer à la trame tout ce qui justement pourrait les en faire sortir car on ne veut attacher d'importance qu'à ce qui est déjà important et non importun qui est ce pour quoi ils passent souvent.

Aussi toutes les vertus et qualités sont bien relatives à l'état que l'on connait. Prenez le courage. Prenez les joueurs d'échecs. On voit plus de courage et de détermination dans celui qui attaque que dans celui qui défend et souvent c'est celui qui défend qui passera pour pleutre tandis que celui qui attaque passera pour courageux.

L'un sera capable d'initiatives et de sacrifices tandis que l'autre ne voudra rien perdre, l'un sera actif tandis que l'autre sera passif, or combien sommes nous en position de nous défendre plutôt qu'en position d'attaquer. Mais comme disait mon ami Oscar, le boxeur noir, tout le monde ne voit les autres que de sa fenêtre. Il ne faut simplement pas que nous nous voyons comme on nous voit qui est la position où on nous met d'avoir à nous défendre.

En disant cela je pense à mon ami, mais pas qu'à mon ami joueur d'échecs, qui comme moi se retrouve souvent en position de se défendre et déclare en rigolant: "je vois bien là le couard", et c'est le couard qu'il se dit être aussi,  mais je n'en crois goutte pour m'être fâché un jour contre lui et qu'il ne s'est pas démonté pour autant mais à courageusement fait face, tandis que moi répondant souvent à la condition de pleutre je me suis retrouvé un jour en cette autre condition qui est celle de sauver quelqu'un que j'ai sauvé.


Le vivre ensemble


Beaucoup parle société mais qui fait société. Je suspecte même ceux qui en parlent le plus de le faire le moins société. Et ceux qui ne peuvent s'y soustraire de faire tout pour s'y soustraire. Ne passe t-on pas son temps à s'éviter? Et quand on ne peut pas s'éviter à se supporter, chose à laquelle on n'arriverait pas s'il n'y avait les lois.

L'exemple qui me vient à l'esprit est celui de cet homme qui se tenait devant moi et fumait paisiblement, comme je marchais derrière lui et que la fumée de sa cigarette m'insupportait je le dépassais et bientôt le distançais; mais il n'est pas toujours possible de mettre cette distance entre nous. Aussi il y a eu une loi interdisant de fumer en milieu clos: au travail, dans les transports.

Et c'est ni plus ni moins parce que la vie de cet homme m'insupporte que je veux régir la vie de cet homme. Je m'intéresse à lui parce qu'il m'intéresse qu'il ne me dérange ni ne m'inquiète dans ma vie. Et plus que régler mon comportement sur le sien je voudrais qu'il règle son comportement sur le mien. Si j'avais à faire les lois c'est dans cette considération que je les ferais.

Maintenant on peut se demander si les lois ne sont pas bien faites si ce n'est pas parce qu'elles sont faites par ceux que le rang ou la richesse tient éloignés des autres et n'ont par conséquent pas à les supporter et peuvent aussi louer allègrement la société qui s'offre à eux comme un spectacle au spectateur qui n'en souffre pas depuis sa loge; même s'il en pleure ou en rit il s'en sait à l'abri.

Qui est dans la société ne voit pas la société. Ne voit la société que ceux qui peuvent la voir comme on voit un spectacle. Moi je ne vois que des gens au milieu desquels je suis et que souvent je fuis ou qui souvent me fuient. On n'aime pas plus se rencontrer sur les routes qu'ailleurs, c'est-à-dire que là où elles nous conduisent, mais plutôt de s'y retrouver seul ou comme on dit bien accompagné.

C'est que la société serait pour nous qu'une compagnie qu'on n'aurait pas choisie, une société qui ne serait pas la société de nos amis, la société où il nous faudrait néanmoins vivre ce qui est se supporter, or il semblerait même que nous nous supportons de moins en moins et que les pratiques d'évitement soient de plus en plus courantes et de moins en courtoises.

En bref que nous sachions de moins en moins vivre en société, ce qui est encore une fois nous supporter, que nous devenons de plus en plus insupportables les uns pour les autres. Heureusement nous en ferait-on reproche qu'il y a les techniques modernes de communication qui mettent de la distance entre nous: possible de communiquer sans avoir à se toucher. Elles marquent en effet notre dernier retranchement.

Que nous arrivons à nous manquer, à faire défaut les uns aux autres, est indéniable, mais c'est que la façon dont nous avons de faire société nous insupporte, comment en serait-il autrement si nous ne l'avons pas choisie; s'il nous est imposée, par qui n'a pas à faire société avec nous, d'être ensemble, le vivre ensemble, quand nous n'avons rien à voir et encore moins à faire ensemble.

Le paradoxe c'est que l'on sépare des gens qui étaient ensemble pour mettre ensemble des gens qui étaient séparés et c'est ainsi que de tous temps et encore aujourd'hui l'on fait des Etats nations et des sociétés qui inévitablement n'en auront que le nom car elles feront tout sauf société, quand d'un mouvement naturel l'homme est porté vers l'homme et sa libre confrontation peut au pire être une dispute mais jamais une guerre qui est le fait des Etats nations ou dites sociétés.

Pour tout un chacun il n'y a pas de société sinon des gens avec qui l'on veut être ou ne pas être et de la façon dont on veut être avec eux et c'est d'abord librement, c'est-à-dire avec notre consentement, que cela ne soit pas imposé; or il semblerait que l'on appelle société des petits ou gros paquets de gens qui se retrouvent ensemble on ne sait comment et à qui l'on demande après de vivre ensemble.

mercredi 5 août 2026

La force


Si je loue la force en moi aussi qu'en les autres comment puis-je en avoir après les puissants et après les guerres, si les premiers en sont les meilleurs représentants et les secondes l'exercice même de la force. Comme tout un chacun et en vertu de mon humanité je m'en prends cependant aux puissants et aux guerres.

J'entends dire par là combien mon humanité pèse peu sur la balance mais aussi combien peu elle est ce que je suis: quelqu'un qui loue la force en lui et en les autres. Pour échapper aux puissants et aux guerres il faudrait d'abord que j'échappe à ma nature d'homme qui me porte à aimer et à exercer cette force que c'est vrai j'ai quelque retenue a employer contre beaucoup plus faible que moi.

Mais ce que l'on voit n'est-ce pas un combat entre les grandes puissances de ce monde, à qui sera le plus fort, le même que dans la cour d'école qui se poursuivrait à l'âge adulte sauf que l'on y mettrait des formes, le drapeau, les cérémonies plus belles parce que plus ignominieuses, les défilés qui sont étalage de sa force comme le paon fait sa roue; et toute bagarre de mâles ne serait alors et toujours que pour plaire aux femelles.

Nous nous dirions civilisés quand nous n'aurions pas dépasser notre condition animale, à moins que civilisé veuille dire raffiné, et que nous le soyons davantage comme l'est davantage la torture dans l'emploi de la force; oui en matière de force nous ferions souvent preuve d'un grand raffinement mais pas d'un grand discernement vu que nous tendons à son emploi généralisé.

Il n'y a pas d'activités humaines où l'on ne fasse montre de sa force en cela qu'elles sont toutes compétitives, qu'il faille l'emporter et être en elles et par elles sacré le meilleur; et ce peut-être le meilleur poète et de penser que la guerre est loin de là quand elle n'est jamais loin de partout où l'on emploie sa force à prouver qu'on est le meilleur.

"Loin de moi l'idée de prouver que je suis le meilleur". Qui n'a pas entendu cela et bien cela est faux. De tout notre être nous tendons a être et cela ne se fait pas sans l'emploi de la force, et cela ne se fait pas en douceur. Certes, il y a des êtres doux et aimants et j'aime à me compter parmi eux mais ne suis-je pas aussi celui qui loue la force en lui aussi qu'en les autres.

mardi 4 août 2026

Vie et société


Il ne faudrait pas confondre vie et société et pourtant cette absence de société qui nous parait une absence de vie nous fait souvent dire à qui n'a pas de société: "tu n'as pas de vie". Il n'aurait en effet d'autre vie que la sienne. Mais en avons nous une autre que la nôtre. Et tout ce qui nous en éloigne ne s'appelle t-il pas société?

Le simple acte de respirer mais aussi de penser est vivre, or il me semble mieux respirer et mieux penser celui qui ne vit pas encombrer des autres et la circulation des corps comme la circulation des esprits se fait plus librement quand il n'y a pas encombrement, qui aimerait prendre sa voiture pour se mettre dans des embouteillages or en société c'est souvent une situation d'embouteillage que l'on vit.

Comment être à l'écoute de l'autre dans un concert de klaxons et vociférations, l'entend mieux qui en souffre moins la compagnie, elle lui est par ailleurs plus avantageuse, plus confortable, ni le presse ni l'angoisse, mais sollicite son attention extrême comme celui d'un bruit faible, à peine perceptible, et que l'on voudrait reconnaitre comme humain.

Qui ne souffre pas l'absence ne peut aimer la présence comme qui n'aime pas le silence ne peut apprécier la musique mais pas ce vacarme que l'on appelle société et, à les y en croire, plus il y aurait de bruit et plus il y aurait de lumière plus il y aurait de vie, quand il faut aimer la nuit pour apprécier un peu de clarté, sa ténuité avant son éclat aveuglant.

La vie dans sa nudité quand elle a ôté ses apparats de fête qui est toujours fête de société nous apparait dans son extrême pureté: elle n'est plus qu'air à respirer et libre pensée, ébats du corps et de l'esprit, ébats sans disputes; retour de l'homme à l'homme, il ne faudrait pas trop longtemps qu'il se quitte, il risquerait de se perdre de vue. Aussi la société sur lui prendrait le dessus.

lundi 3 août 2026

Un moi prématuré


Trop vite j'ai été moi. Il m'eut fallu être éjecté moins vite de la famille, moins vite du pays, faire corps, corps et esprit plus longtemps, bloc avec qui m'avait conçu, mais la fracture fut faite et la douleur d'être moi me surprit dans la tendresse de l'âge qui réclamait une famille et un pays, de se confondre avec eux en joies et en peines.

Quand trop vite j'eus mes propres joies et mes propres peines si incommunicables que si je cherchais à les communiquer elles étaient incompréhensibles à qui était plus longtemps que moi resté dans le giron des siens, si hérétiques aussi, que c'est un autre rejet effet du premier et auquel ne pouvaient que succéder un nombre considérables d'autres.

Si on ne sent pas ce qui nous porte l'on s'en ressent quand cela ne nous porte plus, vide de soutiens, et plus en droit de l'exiger si par ceux qu'il serait naturel de l'être on ne l'est pas ou plus mais trop prématurément, car bientôt l'on ne conçoit plus non plus d'être porté, ce serait être une charge quand très vite on aurait cessé de l'être ou plutôt été considéré comme et rejeté quand on était encore bien léger et supportable.

Amputé de la société des autres le moi prématuré apprend à vivre avec cette partie qui lui manque mais toujours s'en ressent, aussi à cet âge où il ne peut pas ou plus s'en plaindre car elle ne manque plus qu'à lui, mais tous ceux qui en riraient ignoreraient qu'ils la portent en eux quand lui ne la sent que comme celui qui sent un membre amputé et c'est une grande douleur et c'est une grande impuissance et bien que fictive bien réelle pour lui.

dimanche 2 août 2026

L'âme sœur


On nous apprend à nous battre ce qui n'est pas forcément à en venir aux mains mais à rivaliser entre nous les hommes qui nous trouvons par conséquent fort démunis vis à vis des femmes, or l'on peut constater que ceux qui ont la chance d'avoir eu des sœurs se trouvent mieux armés que les autres. C'est qu'il s'agit d'un combat bien particulier qu'on est moins habitué à mener: il faut se battre pour plaire. 

La force est de peu d'effet sinon contraire. A moins que l'on puisse parler de force de séduction. Et cette force combien même elle s'exercerait entre les hommes qu'elle n'emploierait pas les mêmes moyens. Mais c'est surtout la connaissance de l'autre qui manque d'où l'intérêt précédemment mentionné d'avoir eu des sœurs. La fréquentation des femmes est a mettre au premier plan.

Or il en va ici comme dans toute discipline où celui qu'y a été le plus tôt abstreint obtient de meilleurs résultats que les autres. Il manque des automatismes, l'économie des mots et des gestes, leur juste adaptation à l'emploi, car il s'agit toujours de vaincre et pour vaincre de se vaincre soi même. Confiance n'est qu'habitude. Pas de tranquillité des rapports sans habitude des rapports.

Aussi dans l'âme sœur je retiens le mot sœur et regrette de ne pas en avoir eu au moins une. Pour une sœur que j'aurais eu combien d'âmes sœurs n'aurais-je pas rencontrées? Quand je me poserais plutôt la question qu'on se posait sur les indiens d'Amérique qu'on rapportait en Europe et c'est s'ils avaient une âme. Oui, qui n'a pas trouvé son âme sœur est en droit de se poser la question de si les femmes ont une âme?

samedi 1 août 2026

La nécessité de l'action


Quand on est à la fin de quelque chose on est au commencement d'autre chose mais on voit trop la fin et pas assez le commencement. Changer cette disposition d'esprit nous rendrait sans doute plus heureux. Seul l'action nous sauve. Et c'est ne pas trop savoir ce que l'on fait. Avec des idées d'avant faire des choses d'après. L'histoire rend trop mal compte de ce fait qui est:

"Je me jette du haut d'un plongeoir, je plonge". Cette phrase est revenue souvent dans la bouche du maître d'échecs expliquant comment il s'était sorti de situations critiques sur l'échiquier et qui semblaient figées, il disait statiques, et c'était par un jeu dynamique qui était aussi risqué parce que comme un saut dans l'inconnu qu'on voudrait rendre prévisible mais peut échapper à tout calcul.

C'est cependant ce commencement d'autre chose qu'il lui fallait entrevoir et entreprendre pour se tirer d'affaire. Il aurait pu disait-il en rester sur la position antérieure qui était indéfendable et combien sommes nous à mener des combats d'arrières gardes, à s'accrocher à des situations intenables parce nous n'avons ni la force ni le courage d'aller de l'avant.

Il est vrai que nous le sentons bien mais aussi que nous le réfléchissons moins que le maître d'échecs que nous sommes à la fin de quelque chose comme au commencement d'autre chose, que nous n'évaluons pas aussi bien que lui le moment critique qui serait le moment inéluctable de passage à autre chose et commandé pourtant par une nécessité vitale, le maître parlait aussi de ne pas mourir.

Et c'est étonnant de le formuler ainsi mais c'est arriver à sentir une position d'échecs comme une position vitale. Serait-il plus difficile de le sentir quand il s'agit réellement de notre vie et pas d'une partie d'échecs. Et si nous n'en faisons rien c'est que nous sommes encore davantage partie prenante et encore davantage ancrés dans le passé qui est toujours la fin de quelque chose, fin que nous avons toujours du mal a accepter.

Mais le maître d'échecs a tranché: il faut sacrifier, et c'est là sacrifier une position antérieure pour une position nouvelle, et c'est plonger. La pensée ne peut pas tout. Elle doit être délivrée par l'action. L'action a sa part d'intuition qui est aussi sa part de risque qui est d'imprévisibilité. Le saut dans la vie comme un saut dans l'inconnu. Le maître dit n'avoir pas tout prévu mais il a évalué la nécessité de l'action, qui est celle de passer à autre chose.

vendredi 31 juillet 2026

L'éducation


L'éducation est prévenance. En disant cela je ne pense pas à l'éducation mais à ceux qui vis à vis de moi aurait fait preuve d'éducation et à pourquoi je devrais leur en être gré, ce à quoi mon cœur ne participe pas mais c'est aussi parce que le leur n'y a pas pris part. Il me vient alors cette pensée de Pascal: "Il n'est pas nécessaire parce que vous êtes duc que je vous estime, mais il est nécessaire que je vous salue".

On pourrait en effet dire que Pascal fait ainsi preuve d'éducation ou de prévenance et l'on comprend mieux si je dis maintenant que le manque d'éducation serait un manque de prévenance. C'est que chacun est duc ou seigneur chez lui et que c'est toujours là qu'on vient le chercher quand on s'adresse à lui et que si on le fait avec le respect qu'on lui doit on le fait avec éducation, on est prévenant.

Et ce que l'on prévient c'est la dispute, ce à quoi le plus souvent sont conduit les gens sans éducation que ceux qui en auraient. Ceci explique pourquoi on ne peut que leur en être gré mais permet de bien comprendre que le sentiment ne passe pas par là ou que c'est plutôt l'absence de sentiment qui passe par là. Aussi je m'explique alors mieux pourquoi cette preuve d'éducation m'a toujours laissé un goût de trop peu.

Si c'est faire preuve d'intelligence, comme l'on parle de vivre les uns avec les autres en bonne intelligence, ce n'est pas faire preuve d'amour que faire preuve d'éducation. Et plus que de m'en prendre au manque d'éducation je m'en prendrais au manque d'amour. Et tout bien considéré il ne faudrait pas que ce qui prévient la dispute prévienne l'amour, que ce qui prévient le désaccord empêche cet accord mutuelle des corps et des âmes.

On voit bien que c'est un artifice social et en tant que tel peut se porter garant de la société, de faire bonne société, mais pas de l'homme, mais ne touche pas au cœur de la vie de l'homme, et c'est en homme exsangue que je me représente l'homme de bonne éducation tandis que c'est en homme un peu trop sanguin que je m'imagine l'être sans éducation. Sans doute alors en faut-il un peu d'éducation mais point trop.

jeudi 30 juillet 2026

Le sportif


En ces temps où nous vouons un culte au corps et au sport on peut s'imaginer les podiums comme autant d'autels où l'on sacrifie à ce culte et leur forme n'est pas sans rappeler ces pyramides où l'on procédait à d'autres sacrifices humains au nom d'autres dieux inhumains. Il y avait aussi couronnes de lauriers et sacres et festivités et les sacrifiés aussi étaient considérés comme des demi-dieux.

Non plus qu'ils se plaignaient mais se sentaient honorés et récompensés de leur sacrifice et tout le monde aurait voulu s'y voir à leur place désigné et s'il fallait se doper pour en avoir la force et le courage qui aurait refusé de le faire; eh bien il en va tout autant pour nos sportifs de haut niveau qui ont comme ils disent tout donné et cela avant même d'arrivés sur le podium qui est l'autel de tous les sacrifices.

On ne se trompe pas quand on voit dans le sport une forme d'héroïsme qui n'y est je crois pas absente comme un effort loyal et une dépense généreuse; et c'est ce que l'on apprécie avant tout: avant les récompenses et les honneurs non plus qui soit absent une certaine religiosité; c'est que l'on sent le sacrifice et la sueur, chose toutes deux humaines et qui plaisent à notre cœur.

Mais cette entreprise humaine et louable et glorieuse est reprise par la société qui n'est plus celle des prêtres mais qui en rien n'en diffère puisqu'est en tout propice au sacrifice et il n'en n'est pas de plus grand ni qu'acclame autant la foule des badauds que celui de nos sportifs de haut niveau . Les temps en cela n'ont pas changé et si ce sont des hommes que l'on veut voir ce sont des hommes qui se dépassent et en se dépassant dépassent tous les autres hommes.

Si je dis maintenant des hommes qui se transcendent et en se transcendant transcendent les autres hommes, on voit bien que l'esprit est toujours religieux et réclament ses dieux et ses demi-dieux. C'est d'ailleurs une véritable vénération qu'on leur professe qu'est loin d'égaler celle que l'on voue à nos hommes de science. C'est qu'on ne peut gouverner les hommes que par la raison et qu'il y a toujours une religion officielle même quand elle ne donne plus son nom. 

Je ne voudrais pas oublier nos sacrifiés parce que c'est à eux que vont mes pensées: à ceux qui ont tout donné. Je les connais mieux que je ne connais les Mayas ou les Incas mais il me semble que c'était leurs prisonniers ou leurs esclaves ou encore les plus bas de leur échelle sociale qui au prix du plus grand sacrifice qui était celui de leur vie pouvaient se voir un jour gravir toutes les marches de la pyramide. En va t-il autrement aujourd'hui, n'est-ce pas toujours les mêmes qu'on sacrifie?

mercredi 29 juillet 2026

Le joueur


Souvent il me prend à penser que je ne suis jamais seul car tant que je me donnerais en spectacle à moi même je serais encore spectateur de moi même, ce qui me laisse douter de l'authenticité du spectacle dont je serais à la fois auteur et spectateur; il n'y aurait pas que quand je joue aux échecs que je joue, ni il serait utile que j'entre en représentation, c'est-à-dire sur scène, pour que je joue, qu'il y ait les autres pour que je joue.

Et de penser tout cela de moi à vrai dire ne m'amuse pas, ce n'est pas pour moi un jeu de l'esprit mais de plus en plus une certitude: je joue. Aussi je jouerais à l'amour, la chose que je prends le plus au sérieux, car combien de fois ne l'ai-je pas été et ne l'ai-je plus été, amoureux, il faut alors me rendre à l'évidence qu'il n'y a rien de sérieux en cela, que c'est un jeu auquel je me prends comme auquel je suis pris, il n'y aurait pas que les enfants qui se prennent au jeu.

En quoi je trouve les animaux beaucoup plus sérieux que nous parce qu'ils ne se voient pas agir comme ils agissent, parler encore moins, non plus qu'aimer. Et ce sont les plus brutes d'entre nous que je trouve les plus authentiques et c'est je crois parce qu'ils ne se voient pas jouer et que si on ne se voit pas jouer on ne joue pas. Parfois donc je me surprend à désirer être plus brute que la plus brute des brutes et c'est que j'en ai marre de me voir jouer.

Hier et parce que je suis à un stage d'échecs il y avait une partie participative que je n'ai pas voulu jouer, mais dans la vie on ne peut pas passer son tour, dire je ne veux pas jouer. On n'a pas choisi de vivre, certes, mais tant qu'on a pas choisi de mourir il faut jouer. Si au moins et comme certains je pensais que je ne joue pas, que c'est sérieux ma vie, que c'est sérieux la vie, quand on sait combien la mort la tourne en dérision et si ce n'était que la mort mais toutes les choses de la vie et l'amour en particulier et nous que tout affecte un peu, beaucoup, et rien n'affecte vraiment.

Puisque nous survivons à tout, à tout ce que nous avions cru mourir pour, et souvent c'est mourir d'amour, mais nous voilà encore vivant et nous disons comme aux échecs quand l'autre demande la nulle parce qu'il perd: "on va jouer encore un peu" et c'est ce que l'on fait, jouer encore un peu, tant qu'il y a de la vie, de cette vie qu'on se voit vivre, de cette vie qui se joue de nous, de cette vie dont on se joue, de cette vie qui même si on la prend au sérieux ne serait qu'un jeu.

Et si j'aime la vie c'est que je suis joueur, je ne crois pas que l'on puisse aimer la vie autrement, et quand je n'ai plus envie de jouer je crois que je n'ai plus envie de vivre, mais la vie reprend le dessus comme le jeu reprend le dessus, et me voilà refaire une énième partie d'échecs qu'on dit être toujours la même et est aussi toujours différente, et le joueur ne voit pas le temps passer ni qu'il est seul devant son échiquier, seul à jouer (son jeu).

mardi 28 juillet 2026

En parlant de la femme


En parlant de la femme je n'ai parlé que du corps de la femme et ce n'est pas que je voudrais la réduire à un corps ou faire le jeu des matérialistes en réduisant tout à la matière mais que comme il y en a qui peuvent avoir quelque pudeur à exprimer les choses du corps il peut y en avoir d'autres qui peuvent avoir quelque pudeur a dire les choses de l'esprit, à parler de l'âme, par exemple.

Je ne peux néanmoins pas m'empêcher de penser que c'est de trouver l'âme sœur qui nous tient le plus à cœur aussi que l'exemple des couples qu'on aimerait citer serait celui de ceux qui n'ont pas besoin de se parler pour se comprendre, qui se comprennent au premier coup d'œil, et ne disait-on pas, quand on répugnait moins à parler des choses de l'âme, que c'est la voie de l'âme (ou voix par laquelle elle s'exprime) l'œil, le regard.

Aussi j'ai beaucoup de mal avec cette idée qu'il faudrait se dire je t'aime à tout bout de champ et serait plutôt porter à croire ceux pour qui il résulterait difficile de le dire, que de l'amour comme de la mort moins on en parle mieux on se porte, et, de même que l'on distinguait les croyants des dévots qui n'avaient que le mot Dieu à la bouche, il faudrait distinguer ceux qui aiment de ceux qui disent je t'aime.

S'il y a mille façons de s'entendre, l'amour, ce mot si galvaudé comme une monnaie qui serait passée dans toutes les mains, serait la plus parfaite façon de s'entendre que même les mots risqueraient de mal rendre, c'est-à-dire imparfaitement, et c'est pourquoi la musique (rend t-elle compte de notre âme et de nos états d'âme?) est ce qui plait le plus à notre âme, le plus à nos cœurs, le plus après l'amour, sa plus parfaite expression.

Je dis l'âme et puis le cœur, avant j'ai dis le corps; c'est qu'on a bien du mal à loger l'amour quelque part, d'où ce qu'il y a de moins quelque part, matière espace ou temps, serait le plus amour, et l'éternel, et l'infini, seraient les autres noms de l'amour, et davantage se comprendrait que c'est à eux que nous ouvre l'amour, aussi il y aurait Amour avec un grand A comme il y a Histoire avec un grand H.

Et comme nous sommes tout petit devant l'Histoire avec un grand H nous serions tout petit devant l'Amour avec un grand A. Et si nous nous sentons grandi par lui c'est une hauteur à laquelle nous ne savons pas nous tenir. Il est dommage cependant que quand le reproche nous est fait de n'avoir pas été à la hauteur cela soit pour des raisons bien matérielles car c'est par elles qu'on rabaissent l'Amour avec un grand A à l'amour avec un petit a.

Ceux qui ont aimé se sont sentis transcendés par l'amour d'une femme, mais par égard pour ceux qui n'aiment pas entendre parler de transcendance ou d'autres pour qui on ne devrait employer le mot transcendance que pour Dieu, disons, appeler par une femme, mais on reconnaitra que cet appel n'est pas qu'appel du sexe et que l'intimité et la fusion recherchés ne s'arrêtent pas au corps et c'est en quoi on ne saurait concrètement le définir, le délimiter, le limiter. 

Je crois encore pouvoir dire que je ne sais pas ce que je veux quand je dis que je veux une femme. Et que tout ce que je sais c'est qu'on ne peut pas vouloir une femme comme on veut un objet ou un animal de compagnie. Et que tout cela on le sait plus ou moins consciemment. Mais c'est plus ou moins inconsciemment aussi que l'on sait que cette demande nous dépasse, autant dire nous transcende, que nous ne lui commandons pas ou qu'elle nous commande, et qui sait si c'est d'aimer quelqu'un d'autre que nous même.

lundi 27 juillet 2026

Mon plaidoyer pour les hommes


Si je n'avais pas regardé les femmes comme je les regarde toujours je crois pouvoir dire que je n'aurais pas aimé les femmes comme je les ai aimées et les aime toujours. Encore dans le TGV et parce que j'avais tout loisir d'en examiner une sans nullement l'inquiéter je me suis surpris à aimer ce petit creux qu'elle avait à la joue et faisait ressortir sans doute un peu trop sa bouche mais ce n'est pas ce qu'il me paraissait.

J'aurais pu dire sa mâchoire et c'est ce que j'aurais dit s'il s'était agi d'un homme et je n'aurais pas apprécié quand d'une femme cela ne pouvait que me renvoyer à sa bouche; aussi la bouche d'un homme n'aurait été d'aucun attrait pour moi, et pensant à cela je comprenais aussitôt pourquoi et c'était que la bouche d'une femme était la seule à laquelle je pouvais imaginer coller la mienne.

Cette étonnante révélation l'était d'autant plus qu'elle venait après que pour la première fois et alors que le TGV n'avait pas encore quitté les quais je vis une femme en short marcher et c'est que je voyais ses jambes et que je réalisais que ses jambes étaient faites comme les miennes pour marcher. Il n'empêche qu'en matière de muscles et de cuisses je me demande si une femme y pense comme je pense aux miennes qui n'ont aucun attrait pour moi, tandis que celles d'une femme me semblent être faites pour l'amour et je n'y avais jamais pensé autrement.

Il y avait aussi sur ce quai que le TGV tardait à quitter un jeune homme qui tenait une jeune femme par la taille et dont la tête s'abandonnait librement sur son épaule. Je regardais attentivement cette femme dont le corps n'était pas faible tandis que celui de l'homme n'était pas fort, cependant, c'était naturellement qu'elle semblait s'y abandonner. Pas loin d'eux, curieuse coïncidence, un homme plus très jeune, et c'est un euphémisme que de le dire ainsi, posait sa lourde main sur le cou d'une femme qu'on dira être d'un certain âge et qui lui tournait le dos mais sans être surprise pour autant elle se contenta de lui jeter un regard ni trop tendre ni trop désapprobateur avant de s'en détourner à nouveau tandis que la main restait sur son cou, du moins tout le temps que je pus les regarder et qui me sembla long, peut-être plus long qu'à la femme.

Et ce n'est donc pas que la bouche, et ce n'est donc pas que les cuisses, mais tout le corps de la femme qui est pris ou que l'homme peut prendre ou, encore mieux dit, dont l'homme peut s'éprendre, et ce n'est pas un vilain jeu de mots que je fais là, car aussi la femme peut prendre le corps de l'homme qui est aussi un corps à prendre et aussi un corps à s'éprendre.

C'est cette possibilité toujours entrevue qui me rend la femme désirable, autant dire que me la fait aimer la possibilité d'amour, possibilité d'amour que je n'envisage pas ou ne suis pas porté à envisager une seule seconde avec un homme. Maintenant je comprends mieux les femmes qu'embarrasserait ce regard particulier ou cette attention particulière que leur porterait les hommes.

Parce que si un homme jetait sur moi ce même regard ou dévolu que je jette sur les femmes cela ne me plairait pas beaucoup; mais me révélant sa nature je ne pourrais pas lui en vouloir d'être comme il est et c'est à porter ce regard qu'il me porte. Et c'est ce que j'aimerai à mon tour porter à l'attention des femmes qui finiront par toutes préférer ces hommes qui ne les regardent pas comme je les regarde et de là les diront meilleurs. Oui, je porte seulement à leur attention qu'ils ont toujours ce regard d'homme que nous avons tous et que s'il ne les atteint plus c'est pour avoir dévié sur nous autres hommes qui les intéressons plus que vous, que leur nature porte à envisager comme une possibilité d'amour, ce que vous n'êtes plus pour eux mais encore pour nous.

dimanche 26 juillet 2026

Faire peuple


Tu mets le peuple au-dessus de tout mais après m'avoir battu aux échecs auprès de quel esprit inférieur me ranges tu? Et n'appelleras t-on pas toujours un garçon d'épicerie ou un garçon coiffeur autrement qu'on appelle un docteur en droit ou en médecine. Et est-il mal d'avoir de l'estime pour quelqu'un et peut-on en avoir quand on sait à qui elle va notre estime et ce n'est pas à qui l'on considère moins que nous sinon à qui l'on estime au moins autant que l'on s'estime soi-même.

Je ne connais pas une seule balance, la balance de la justice y compris, qui penche du côté de l'égalité, j'ai divorcé d'une femme médecin et parce que c'était une femme et parce que c'était un médecin je ne pesais pas lourd dans la balance moi de qui seul les coups pouvaient venir, et comme balance nous pesons tout ce qui s'offre à nous aussi que nous pesons seulement et de tout notre poids pour ce qui semble à nos yeux la mériter cette soi-disante égalité de traitement qui a donc été bien pesée au préalable.

On aime dire que l'on vient du peuple comme l'on aime dire que l'on vient d'en bas; est-ce pour dire que l'on apprécie le peuple, que l'on n'oublie pas nos origines, en cela elles seraient pour tous les mêmes et pourquoi alors toute une vie chercher à s'en distinguer par nos titres, par notre carrière, si ce n'est plutôt pour montrer à tous notre ascension prodigieuse.

Prodigieuse peut rimer avec scandaleuse et ce qui nous détache du peuple ne pas nous détacher de l'animal prédateur, n'a t-on pas sacrifier des amis, des parents, c'est-à-dire une vie amoureuse au sens le plus large du terme, une vie amoureuse du peuple pour en être son "digne" représentant, et ce regard tourné vers le peuple n'est-il pas le même que celui nostalgique que l'on tourne vers son enfance et le village de son enfance qui serait seulement habité par ceux que l'on aime d'un amour d'enfant.

Ce serait avant que l'on se connaisse des rivaux, mais la rivalité fait rage chez les enfants, l'a t-on oublié? Et si elle n'est plus si vive c'est que l'on est plus enfant, aussi que l'on est plus peuple et bien qu'issue du peuple n'avons plus affaire à lui, avons grandi et tout le monde n'est pas Peter Pan pour vouloir rester un enfant bien qu'on aime faire l'enfant comme on aime faire peuple. 

samedi 25 juillet 2026

Question de point de vue


Je me souviens d'être à des endroits différents et demain il m'étonnera aussi d'être ailleurs parce que partout où que j'aille c'est toujours moi qui regarde et le regard que je porte lui sur les choses ou sur les gens reste sensiblement le même sinon que ce n'est pas au début du familier que je vois mais de l'étranger.

Mais il me semble que c'est toujours le même étranger que je vois partout où je suis pour la première fois avant qu'il ne devienne au bout d'un certain temps toujours le même familier, j'entends par là que les objets et les gens ont cette différence que je perçois comme après cette familiarité qu'à force de les voir ils ont obtenu de moi ou moi d'eux.

Aussi demain je m'en vais et je sais déjà que je m'y ferais à l'endroit où j'irais et c'est que je le ferais mien comme tous les endroits où je vais. Cet endroit aurait pourtant jamais pu me voir et moi le voir mais il me semblera si naturel d'avoir voyagé vers lui et jusqu'à lui et de le trouver là où il est tel qu'il est.

En fait je crois que l'on est partout seul et que c'est partout notre solitude le point commun à tout même s'il y a des noms d'endroits et de gens et de choses qui s'inscrivent en nous mais c'est toujours à partir de nous et jamais à partir d'eux, le point de vue ne change donc jamais mais sans lui je crois que l'on deviendrait fou.

C'est qu'on ne voyage jamais en dehors de nous sans quoi le dépaysement serait total et comme où que l'on soit l'on est d'abord en nous avant d'être là où l'on est la différence n'est pas si grande entre être resté sans bouger que d'avoir bougé comme l'on a bougé. Tout ce qu'on a vu un miroir pourrait l'avoir vu aussi bien et n'en garder pas davantage trace.

Il me rappelle avoir longuement regardé un homme que je savais être parti loin pour si dans ses yeux je pouvais voir inscrit tout ce qu'ils avaient vu et m'être étonné que non seulement c'étaient les mêmes yeux mais le même homme que je revoyais. Et si je n'avais su où il était allé rien ne me l'aurait laissé deviner.

Et c'est tout ce qui nous échappe: la faramineuse somme d'existence de tout un chacun qui mériterait le voyage, d'être perçu quand nous ne percevons rien en dehors de nous même et ceci où que nous allions et quoique nous y faisions or l'étranger a en nous cet effrayant potentiel avant que nous nous habituons à lui, c'est-à-dire le faisons nôtre, c'est-à-dire plus approprié à notre vue qui est notre point de vue. 

Rapport aux femmes


Voilà ce qui nous est montré des femmes. Et je crois qu'il leur serait montré à peu près tout et très peu suggéré. Ce serait néanmoins un compte rendu mais qui se voudrait exhaustif de ce qu'ils auraient vu sur terre et rapporteraient sur leur planète et aux leurs. Discours qu'ils chercheraient du moins à tempérer en ces termes.

Ils ajouteraient en effet qu'ils ne sauraient dire si cela étaient une demande des femmes ou une réponse des femmes à la demande des hommes et que si l'on voyait qu'elles s'offraient il ne faudrait pas trop s'empresser de dire qu'elles s'offraient à tous parce que tous ainsi les voyaient mais qu'elles s'offraient aux plus offrants.

Et que si l'on y voyait un appel au sexe ce soit le sexe qu'elles voulaient mais que les hommes comme ils aimaient les boissons fortes et toutes sortes d'excitants avaient besoin de cet autre excitant qu'était pour eux la femme dont la simple vue les mettait en état de consommer ce qui était d'abord de payer pour ce qu'ils auraient, dans le meilleur des cas, à consommer.

Que sans doute il y avait de l'esprit dans ces étranges créatures mais que c'était d'abord un appel au sexe et que cet esprit qui ne pouvait relever que du corps portait ce nom que l'on appelait la grâce mais dont peu de ces pauvres créatures pouvaient se prévaloir car il aurait fallu moins montrer ou avec plus d'esprit quand la vulgarité était le lot commun.

Ce qui plait au vulgaire est ce qui plait à tous et l'on voyait bien qu'elles cherchaient à plaire à tous parce qu'il n'y avait rien de singulier à découvrir ce qu'elles découvraient comme à cacher ce qu'elles cachaient et étaient à peu près rien sinon se refuser à l'état de nudité parce qu'on la dit primaire et qu'elles se disaient civilisées, ultime prétention et qui tient à l'esprit.

Et nos extra terrestres avaient pu constater chez ces étranges créatures que c'était non pas la chair (comme on le disait) qui était faible mais l'esprit car ce n'était pas la chair qui les faisait céder mais l'esprit, quand ce n'était pas non plus la chair qui était vulgaire mais l'esprit, quand souvent par la chair ou l'état du corps elles étaient plaisantes et par l'esprit ou l'état d'esprit décevantes.

Ils regrettaient cependant d'avoir à parler ainsi des femmes et que c'était injuste si l'on considérait qu'elles n'étaient que le fruit d'une civilisation qui était celle des hommes et qu'elles disaient à ce propos machistes tout en n'arrivant pas à proposer d'elles autre chose que ce qu'elles proposaient aux hommes. 

De ce rapport qui était rapport des hommes aux femmes et des femmes aux hommes ils concluraient que si des premiers ont pouvait dire qu'ils étaient vicieux et c'était souvent ce que les femmes leur reprocheraient d'être vicieux, et c'est du corps des hommes qu'elles parlaient, quant à ces dernières on pourrait dire que si elles avaient de l'esprit il était vicié, mais sans doute était-ce encore là, à les en croire, le fait des hommes.

vendredi 24 juillet 2026

Et l'argent est plus libre qu'eux


Et l'argent est plus libre qu'eux, le vif argent qu'ils voudraient gouverner comme ils gouvernent les gens, bien sûr je parle des fonctionnaires qui divisent et qui règnent. Ô combien je préfère le gouvernement du vif argent à celui des fonctionnaires. Je le vois couler comme l'eau et comme la vie qui est à sa dépense.

Et je crois que c'est mot (et maux) de fonctionnaires de penser à l'épargne plus qu'à la dépense et ça me renvoie directe aux conserves de ma grand mère qui a connu la guerre et l'Etat conservateur. Il y a eu néanmoins dans sa famille des fonctionnaires et des entrepreneurs. Son cœur allait à ces derniers tandis que son esprit était l'esprit du siècle qui est un esprit de fonctionnaires.

Mais ce serait plus juste de dire (et plus juste de dire que c'est entre la droite et la gauche) que comme mon siècle mon esprit entre les deux est divisé et que je ne sais auquel me remettre: mais il ne faut pas s'y tromper et c'est bien l'Etat Vespasien, celui qui tirait une taxe sur l'urine, pour qui l'argent n'a pas d'odeur.

Ma femme avait un frère fonctionnaire, avait mais c'est elle la défunte, et lui le conservateur des biens, et elle le vif argent, car ma femme était vive tandis qu'elle était vivante et jamais ne sera un bien mort comme on parle des biens de l'Etat, car elle n'était pas fonctionnaire mais avait son salon de coiffure ce qui être artisan et auto entrepreneur.

Je crois qu'elle reçue toutes ses leçons de la vie et pas de l'école qui fait des fonctionnaires mais pas de l'argent, car l'argent coulait de ses mains comme coulait la vie et jamais je ne vis mains plus pleines ni mains plus vides, aussitôt remplies qu'aussitôt vidées, et son frère à juste titre la trouvait dépensière et c'est qu'ils n'avaient pas été à la même école; elle à l'école de la vie, lui à l'école des fonctionnaires.

L'esprit et le corps


Il m'arrive de sentir mon esprit tout encombré de ce que je viens de lire comme peut l'être mon estomac de ce que je viens de manger, mais après un temps l'un comme l'autre semble avoir digéré ce que je leur ai fait ingurgiter. Ma lenteur à lire comme à manger a toujours fait non pas que j'ai une digestion légère mais que je puisse ingérer de grandes quantités.

Après pour ce qui est des connaissances je me suis toujours plains de tout oublier, la nourriture non plus ne semble pas davantage me profiter, et c'est que je ne suis pas gros malgré tout ce que je mange mais j'ai grandi cependant et rien ne m'interdit de croire que ce que j'ai lu, et bien que je n'en ai pas gardé mémoire, en tout cas en cela que je ne peux pas rappelé à moi ce qui est passé en moi, m'ait profité.

Mais je n'ai pas cette facilité qu'on certains de mes amis à dire par cœur et je crois que c'est aussi dire avec le cœur ce qu'ils ont lu autrefois si ce n'est quelques bribes de poèmes appris comme on apprend une prière et c'est je crois que je suis plus porté aux idées qu'aux mots qui les expriment et qu'après il me faut trouver les miens.

Sans doute aussi suis-je un ruminant et c'est en quoi, et bien que je n'en ait plus mémoire, je crois que ce que j'ai en moi ne me quitte pas de sitôt mais se change en tout ce que mes ruminations en font aussi qu'en grande partie à mon insu pour arriver ensuite tout cuit par mes dites ruminations et comme un vomi et c'est ce vomi que je donnerais à lire.

Après ce long transit par mes viscères il est très personnel en ce qu'il a un goût de moi que rien ne pourrait rendre mieux qu'elles et je me défis pour autant de ceux qui donnent le cerveau comme l'organe de la pensée et préfère cette expression populaire qui dit de certains qu'ils pensent avec leurs tripes car je crois que je suis de ceux-là.

Et je me sentirais bien après comme quelqu'un qui vient de vomir, et c'est souffrances et c'est soulagement après de ces mêmes souffrances. Je comprends bien qu'après ma mort je ne penserais plus. Encore que j'aie une âme je n'aurais plus de corps. Et je crois que tout ce que l'on sécrète y compris les pensées procèdent du corps que j'ai encore bien portant ce que ne peuvent prétendre tous ceux qui prétendent avoir de l'esprit.

jeudi 23 juillet 2026

Le sens du sacrifice


Les hommes qui sont malheureux à l'heure de mourir sont ceux qui ignoreraient que leur vie n'a été qu'un long et heureux et douloureux sacrifice et que l'heure dernière est l'heure dernière du sacrifice. En quoi s'ils sont tout donné perdre la vie n'est rien perdre. Difficile cependant à se faire à cette idée qui est contraire à celle selon laquelle on vit et est contraire à tout sacrifice.

Mais il n'y a pas a être volontaire, personne n'est volontaire à la mort et tout le monde meurt; il en va de même pour le sacrifice qui n'est que bien considérer la vie et à quoi elle nous entraîne avec ou sans notre consentement. Y consentir est seulement bien vivre. Ne dit t-on pas de celui qui dépense qu'il mène la bonne vie, eh bien dépensons la notre vie.

Alors que nous pensons qu'au travail nous la gagnons nous ne faisons encore que la dépenser, eh bien dépensons la au travail. Et si nous ne voulons pas travailler nous la dépenserons toujours quoique autrement, et ce pourrait bien être à ne rien faire si ce n'était ce qui nous est le plus difficile pour cette impression que nous aurions de ne pas vivre.

Et c'est en effet que le sacrifice est inhérent à notre nature comme à la vie: que nous avons besoin de nous dépenser, ce qui est de la dépenser. En outre, et c'est le petit plus humain, nous ressentons le besoin de ne pas la dépenser inutilement mais d'estimer c'est-à-dire de valoriser notre dépense; aussi jusqu'à présent nous avons valorisé le travail à ce point qu'il n'y aurait que le travail de valorisant.

On sait maintenant que l'on a dévalorisé le travail comme que tout travail n'est pas valorisant cependant que l'on veut toujours que notre vie soit dépensée de façon valorisante pour nous, pour chacun d'entre nous, dit en termes familiers: "on ne veut pas se sacrifier pour rien". C'est encore dire combien le sens du sacrifice est le sens de notre vie.

L'idée de sacrifice (bis)


A quoi choisissons nous de dépenser notre vie? Il est peut-être dommage que nous ayons appris à penser autrement: à quoi allons nous gagner notre vie? J'avais d'abord choisi de pratiquer le sport et comme on le sait le sport est d'abord une dépense et je me suis dépensé d'abord gratuitement et beaucoup dépensé et peu gagné ensuite avec ou dans le sport.

Ai-je pour autant échoué dans ma vie. Oui, si l'on considère que le but c'est gagner sa vie. Non, si l'on considère que l'on ne fait que dépenser sa vie dans une activité ou une autre, que la vie c'est se dépenser et non gagner, que l'on ne gagne pas sa vie mais qu'on la perd. De là l'idée mal comprise de sacrifice: quelque soit l'autel qu'on choisit, sur cet autel notre vie sera sacrifiée.

Or ce qu'on ne veut surtout pas c'est avoir à se sacrifier mais à vivre ce qui confirme bien que pour nous la vie c'est gagner et non dépenser quand la vie n'est que dépense, pour autant dire que sacrifice, et comme nous choisissons de vivre nous choisissons de mourir. Il n'y a pas que Molière qui meurt sur scène, nous mourons tous sur la scène de notre activité qui est dépense de soi.

Parce que c'est acteur et non spectateur de notre propre vie que nous voulons être, la mener jusqu'au bout que nous entendons faire, et c'est la mener au sacrifice de notre personne qui en se dépensant à une activité ou à une autre la dépense car nous n'existons qu'au vu de ce que nous faisons et qui nous détermine comme cela détermine notre vie.

Si de vouloir la gagner est ce qui nous perd en tant qu'être voué au sacrifice c'est que nous sommes dévoyés de nous comme d'elle, ou encore de notre sacrifice, ou encore de notre dépense qui est sacrifice. Par contre d'avoir bien saisi la grandeur de ce sacrifice c'est avoir bien senti la grandeur de notre vie qui est de se donner. 

Nous sommes fait pour donner notre vie plus que pour prendre la vie des autres quand souvent gagner sa vie est prendre la vie des autres tandis que dépenser sa vie est la donner mais pas n'importe comment sinon comme nous avons choisi de la donner, sans compter qu'au bout du compte nous serions moins déçu si au lieu de nous demander comment l'on va gagner sa vie on se demanderait comment on va la dépenser, parce qu'au total nous l'aurons dépensée.

mercredi 22 juillet 2026

Un monde ouvert


Je pense à cet homme qui a perdu son travail comme à cet homme qui a perdu sa femme car je crois les avoir bien connu tous les deux. Et s'il n'avait pas bien aimé son travail, et s'il n'avait pas bien aimé sa femme, à ce point qu'il ait divorcé et de l'un et de l'autre, il s'étonnera cependant du grand vide que l'un et l'autre ont pu laisser dans sa vie.

L'homme d'aujourd'hui et bien qu'il s'en croit différent doit apprendre à donner un sens à sa vie que ni le travail ni la femme ne peuvent lui donner, car il n 'aura plus de travail à vie non plus que de femme à vie. La société n'offrant plus ni pour l'un ni pour l'autre aucune garantie. Comment remplir sa vie autrement quand côté travail et côté femme elle se vide sinon en cherchant en nous ce que nous aurions cherché en dehors de nous.

Une force de l'intérieur plus qu'une force puisée à l'extérieur, empruntée à nous même plutôt qu'aux autres; c'est que je vois mon homme de plus en plus délaissé des hommes et que ce n'est pas repli mais plus grande ouverture qu'il doit chercher, car ce que l'on a appelé jusqu'à présent son bonheur n'était que fermeture sur un travail et sur une femme.

Rien n'empêche au contraire l'homme de s'ouvrir à un bonheur plus généreux parce que plus ouvert mais pour le mieux comprendre il faut comprendre ce passage par le vide qu'à connu cet homme qui a perdu son travail comme de cet homme qui a perdu sa femme. Ce vide est cependant la plus grande ouverture qui soit aussi que liberté et l'homme apprend ainsi qu'il n'aime pas plus la liberté que le vide.

Mais c'est qu'il n'y est pas préparé. Il fut un temps où l'on devait se préparer à la mort, c'était dans notre philosophie aussi que dans notre religion. Mais nous sommes homme sans philosophie et sans religion. C'est aussi qu'il nous en faudrait une autre qui nous prépare non pas à la mort mais à une vie sans travail et sans femme qui risque d'être le lot commun de beaucoup d'hommes.

Et ce serait non pas ne pas trop compter sur la vie mais apprendre à ne pas trop compter sur le travail et sur la femme pour remplir notre vie, deux biens, si l'on peut encore les considérer comme des biens, aléatoires et, comme auraient dit les stoïciens, indépendants de notre volonté, ce qui est contraire à ce que nous avons toujours penser.

L'homme est de plus en plus renvoyé à lui-même mais c'est un bon départ que de partir de soi même, ce qui n'est pas non plus y rester, mais chercher (l'ouverture), et trouverons nous une ouverture aux autres qui ne soit pas fermeture sur un travail et sur une femme. L'homme ne peut être qu'un homme de plus en plus ouvert quand il est amené à vivre dans un monde de plus en plus ouvert. Pour un monde ouvert il faut un homme ouvert.