lundi 27 juillet 2026

Mon plaidoyer pour les hommes


Si je n'avais pas regardé les femmes comme je les regarde toujours je crois pouvoir dire que je n'aurais pas aimé les femmes comme je les ai aimées et les aime toujours. Encore dans le TGV et parce que j'avais tout loisir d'en examiner une sans nullement l'inquiéter je me suis surpris à aimer ce petit creux qu'elle avait à la joue et faisait ressortir sans doute un peu trop sa bouche mais ce n'est pas ce qu'il me paraissait.

J'aurais pu dire sa mâchoire et c'est ce que j'aurais dit s'il s'était agi d'un homme et je n'aurais pas apprécié quand d'une femme cela ne pouvait que me renvoyer à sa bouche; aussi la bouche d'un homme n'aurait été d'aucun attrait pour moi, et pensant à cela je comprenais aussitôt pourquoi et c'était que la bouche d'une femme était la seule à laquelle je pouvais imaginer coller la mienne.

Cette étonnante révélation l'était d'autant plus qu'elle venait après que pour la première fois et alors que le TGV n'avait pas encore quitté les quais je vis une femme en short marcher et c'est que je voyais ses jambes et que je réalisais que ses jambes étaient faites comme les miennes pour marcher. Il n'empêche qu'en matière de muscles et de cuisses je me demande si une femme y pense comme je pense aux miennes qui n'ont aucun attrait pour moi, tandis que celles d'une femme me semblent être faites pour l'amour et je n'y avais jamais pensé autrement.

Il y avait aussi sur ce quai que le TGV tardait à quitter un jeune homme qui tenait une jeune femme par la taille et dont la tête s'abandonnait librement sur son épaule. Je regardais attentivement cette femme dont le corps n'était pas faible tandis que celui de l'homme n'était pas fort, cependant, c'était naturellement qu'elle semblait s'y abandonner. Pas loin d'eux, curieuse coïncidence, un homme plus très jeune, et c'est un euphémisme que de le dire ainsi, posait sa lourde main sur le cou d'une femme qu'on dira être d'un certain âge et qui lui tournait le dos mais sans être surprise pour autant elle se contenta de lui jeter un regard ni trop tendre ni trop désapprobateur avant de s'en détourner à nouveau tandis que la main restait sur son cou, du moins tout le temps que je pus les regarder et qui me sembla long, peut-être plus long qu'à la femme.

Et ce n'est donc pas que la bouche, et ce n'est donc pas que les cuisses, mais tout le corps de la femme qui est pris ou que l'homme peut prendre ou, encore mieux dit, dont l'homme peut s'éprendre, et ce n'est pas un vilain jeu de mots que je fais là, car aussi la femme peut prendre le corps de l'homme qui est aussi un corps à prendre et aussi un corps à s'éprendre.

C'est cette possibilité toujours entrevue qui me rend la femme désirable, autant dire que me la fait aimer la possibilité d'amour, possibilité d'amour que je n'envisage pas ou ne suis pas porté à envisager une seule seconde avec un homme. Maintenant je comprends mieux les femmes qu'embarrasserait ce regard particulier ou cette attention particulière que leur porterait les hommes.

Parce que si un homme jetait sur moi ce même regard ou dévolu que je jette sur les femmes cela ne me plairait pas beaucoup; mais me révélant sa nature je ne pourrais pas lui en vouloir d'être comme il est et c'est à porter ce regard qu'il me porte. Et c'est ce que j'aimerai à mon tour porter à l'attention des femmes qui finiront par toutes préférer ces hommes qui ne les regardent pas comme je les regarde et de là les diront meilleurs. Oui, je porte seulement à leur attention qu'ils ont toujours ce regard d'homme que nous avons tous et que s'il ne les atteint plus c'est pour avoir dévié sur nous autres hommes qui les intéressons plus que vous, que leur nature porte à envisager comme une possibilité d'amour, ce que vous n'êtes plus pour eux mais encore pour nous.

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