Je pense à cet homme qui a perdu son travail comme à cet homme qui a perdu sa femme car je crois les avoir bien connu tous les deux. Et s'il n'avait pas bien aimé son travail, et s'il n'avait pas bien aimé sa femme, à ce point qu'il ait divorcé et de l'un et de l'autre, il s'étonnera cependant du grand vide que l'un et l'autre ont pu laisser dans sa vie.
L'homme d'aujourd'hui et bien qu'il s'en croit différent doit apprendre à donner un sens à sa vie que ni le travail ni la femme ne peuvent lui donner, car il n 'aura plus de travail à vie non plus que de femme à vie. La société n'offrant plus ni pour l'un ni pour l'autre aucune garantie. Comment remplir sa vie autrement quand côté travail et côté femme elle se vide sinon en cherchant en nous ce que nous aurions cherché en dehors de nous.
Une force de l'intérieur plus qu'une force puisée à l'extérieur, empruntée à nous même plutôt qu'aux autres; c'est que je vois mon homme de plus en plus délaissé des hommes et que ce n'est pas repli mais plus grande ouverture qu'il doit chercher, car ce que l'on a appelé jusqu'à présent son bonheur n'était que fermeture sur un travail et sur une femme.
Rien n'empêche au contraire l'homme de s'ouvrir à un bonheur plus généreux parce que plus ouvert mais pour le mieux comprendre il faut comprendre ce passage par le vide qu'à connu cet homme qui a perdu son travail comme de cet homme qui a perdu sa femme. Ce vide est cependant la plus grande ouverture qui soit aussi que liberté et l'homme apprend ainsi qu'il n'aime pas plus la liberté que le vide.
Mais c'est qu'il n'y est pas préparé. Il fut un temps où l'on devait se préparer à la mort, c'était dans notre philosophie aussi que dans notre religion. Mais nous sommes homme sans philosophie et sans religion. C'est aussi qu'il nous en faudrait une autre qui nous prépare non pas à la mort mais à une vie sans travail et sans femme qui risque d'être le lot commun de beaucoup d'hommes.
Et ce serait non pas ne pas trop compter sur la vie mais apprendre à ne pas trop compter sur le travail et sur la femme pour remplir notre vie, deux biens, si l'on peut encore les considérer comme des biens, aléatoires et, comme auraient dit les stoïciens, indépendants de notre volonté, ce qui est contraire à ce que nous avons toujours penser.
L'homme est de plus en plus renvoyé à lui-même mais c'est un bon départ que de partir de soi même, ce qui n'est pas non plus y rester, mais chercher (l'ouverture), et trouverons nous une ouverture aux autres qui ne soit pas fermeture sur un travail et sur une femme. L'homme ne peut être qu'un homme de plus en plus ouvert quand il est amené à vivre dans un monde de plus en plus ouvert. Pour un monde ouvert il faut un homme ouvert.
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