samedi 3 août 2024

L'appariement


La société premier ou ultime appariement, cette phrase qui n'était pas encore une pensée me surprit dans mon sommeil. Je me levais pour tâcher de l'exprimer me disant que l'esprit était plus rapide que la conscience, que la conscience que l'on en avait et pouvait aussi travailler sans que l'on en ait conscience, en dehors de toute conscience qui est souvent ce qui lui ferait barrage. Comme je me mettais à réfléchir à cette phrase je pensais d'abord qu'appariement était un terme qui me venait des échecs. Avant que les parties commencent les joueurs d'échecs vont voir la liste des appariements où leur nom figure en face de celui de l'adversaire contre qui ils devront jouer. Aussi je me rappelais cette impression que ça me laissait: la même que de vérifier si je figurais sur la liste lors des nombreux examens auxquels il fallut que je me prête pour trouver "ma" place ou plutôt obtenir une place dans la société, pour être donc appareillé avec ceux qui deviendront soit des collègues d'études soit des collègues de travail, avec qui je devrais que je le veuille ou pas faire société et cela plus ou moins dans l'adversité où la société nous met, c'est-à-dire en concurrence les uns avec les autres, un avec qui est aussi un contre, d'où toute l'ambiguïté de la relation humaine, que dis-je, de la relation sociale, de la relation qu'il est donné à l'homme d'avoir selon l'appariement qui lui a été fait par la société. Il y a des joueurs d'échecs qui ne sont pas content de leur appariement. J'en ai vu s'en plaindre. Le trouver injuste. On dit cependant aujourd'hui que c'est à cause de la machine, qu'il ne peut s'en prendre qu'à la machine, l'ordinateur dont on sait servi pour faire les appariements. On a fait cependant entrer des données dans cet ordinateur. Il y aurait aussi "des magouilles" sur les appariements disent certains joueurs. Allez vérifier ça, ce n'est pas des plus simples. La société aussi devient de plus en plus compliquée ou complexe, un inextricable réseau de relations s'y noue qui ne peut se limiter à une société divisée par classes qu'on pourrait regretter au moment de diviser, de mettre d'un côté les bons et de l'autre les méchants ou de les séparer si l'on veut jouer à l'arbitre. Non, ce n'est plus si simple. Tout le monde se bat avec tout le monde parce que tout le monde peut être appareillé avec tout le monde. Encore une fois je dis avec et je pourrais dire contre, je dis avec parce qu'on parle de société et que la société dit que l'on est les uns avec les autres, mais moi je dis que l'on est les uns avec les autres comme on l'est sur une liste d'appariement aux échecs. Le premier appariement c'est la première ronde mais il y en aura d'autres de rondes et d'appariements, mais l'angoisse est la même devant le premier que devant le dernier: après les salutations d'usage, la poignée de main que l'on sert en se souhaitant mutuellement bonne partie, il faudra se battre sur l'échiquier et faire en sorte que l'autre la perde cette partie, qu'elle soit bonne pour nous et pas pour l'autre à qui on la cependant souhaité bonne et qui va l'avoir mauvaise s'il la perd. Avec ça on est pas forcé non plus d'être ennemis. Avec ça on peut encore être amis. Et j'ai des amis avec qui j'ai été appareillé. Contre qui j'ai gagné ou perdu. Mais il faut dépasser ça comme on surmonte un obstacle pour être amis, et même si on est amis on se fera pas de cadeaux sur l'échiquier comme on se fait pas de cadeaux dans la société, après seulement, après et si on est amis quand même, malgré la société, malgré le premier ou ultime appariement. Enfin, et pour conclure: il n'est rien qui ne soit que ce que nous nous représentons être et la société n'est pour moi qu'un vaste et complexe appariement (qui ne serait plus seulement imputable à l'homme mais aussi à la machine).

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