dimanche 18 août 2024

Qu'est-ce qui se joue ici


J'étais venu jouer aux échecs mais je ne savais plus ce qui se jouait ici. Je regardais les montagnes et je leur demandais alors, qu'est-ce qui se joue ici? Ne le voyez vous pas me répondirent les montagnes? Non, pas vraiment. Un soulèvement, lançais je, peu habitué comme je l'étais à tant de dénivelé. Nous nous sommes révoltés en effet il y a bien longtemps. Nous n'avons pas attendu pour ça l'arrivée des hommes. Me dirent les montagnes ou tout du moins ai-je crus les entendre dire. Mais je pensais à la révolution des élos les plus faibles contre les élos les plus forts parce que je venais de rivaliser contre un joueur placé plus haut que moi dans la hiérarchie des joueurs d'échecs. Puis, à nouveau, je regardais les montagnes. Comment aurais je pu les quitter des yeux elles étaient partout. Il y en avait de plus grandes et de plus hautes que d'autres. Mais vous n'êtes pas égales, m'exclamais je! Non, dominantes, eu-je pour toute réponse. C'est que tout parlait ici de domination. Aussi me revenait le mot de passe pour avoir accès au site où Xavier Parmentier entraîneur national d'échecs dispensait son savoir et son expérience qui pouvait tout aussi bien être savoir et expérience du monde et c'était domination. Votre révolution des élos semblaient me souffler les montagnes c'est la révolution des égos? Sans doute, acquiesçais je, dubitatif. Oui, chez nous aussi, dirent les montagnes, il y en a de plus dominantes que d'autres. Toujours on veut s'élever c'est comme une loi de la nature. Sans doute un peu agacé par cet appel aux lois et à leur caractère naturel, nature qui les légitimerait, voulais je les rappeler à plus d'humilité car je lançais: mais vous n'êtes qu'un petit plissement de terrain de rien du tout et vu de très haut on fait pas la différence entre vous. Ça suffit bien que nous entre nous on la fasse, répliquèrent en cœur les montagnes. Je les regardais dépité et dû bien avouer que c'était pareil pour nous les humains. Mais maintenant que vous nous voyez me dirent encore les montagnes vous voyez bien qu'il se joue ici quelque chose qui vous dépasse. Qu'est-ce qui se joue ici? J'étais venu jouer aux échecs mais je ne savais plus ce qui se jouait ici, que je finis par leur dire. On dit qu'on joue aux échecs et on sait à quoi on joue mais nous on dit rien, dirent les montagnes. Et c'est vrai que les montagnes gardait le plus grand silence, un silence qui semblait ici s'imposer à tous. Aux joueurs d'échecs aussi, comme quand ils rentraient dans la salle de jeux où, pour si jamais ils l'oublieraient, était marqué en gros et sur toutes les portes: SILENCE. Ici dominait le silence et les montagnes. Mais ce jour-là et comme je viens de le rapporter elles m'avaient parlé, ou tout du moins ainsi le croyais je, mais sans toutefois avoir répondu à ma question: qu'est-ce qui se joue ici? Peut-être qu'elles mêmes, me disais je, ne le savaient pas. Tout ce qu'elles voulaient c'est tout ce que tout le monde veut, car elles semblaient plus que tout me dire: lève un peu tes yeux de ton échiquier et tu nous verras, et, qui sait, peut-être te demanderas tu: qu'est ce qui se joue ici? Plus très sûr alors que tout se joue sur l'échiquier. Je leur dis que j'étais venu avec une famille. Nous aussi on est une famille qu'elles me répondirent et où chacun est a sa place et pas besoin de l'y remettre. Oui, mais qu'est ce qui se joue dans une famille? C'était une famille de joueurs d'échecs mais je voyais bien qui s'y jouait aussi autre chose. Mais les montagnes comme à leur habitude gardèrent le plus grand silence, à moins qu'elles m'aient parlé, à moins qu'elles y retournèrent seulement au silence et comme satisfaites. Satisfaites de quoi? de rien savoir. Elles n'avaient même pas su répondre à ma question, une question simple pourtant, et directe, et qui se posait à tous: qu'est-ce qui se joue ici?


A la famille Coll

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