On se bat sur les petites tables. Ce sont celles tout au fond de la salle où a lieu le tournoi d'échecs. Les dernières. Sur les dernières comme sur les premières on se bat. C'est la société de compétition, cela peut s'entendre.
Seulement les échecs passent aussi pour un jeu de société. Quand joue t-on? Quand ne joue t-on plus? On ne joue plus quand on fait de la compétition. On se bat. On se bat pour les premières places.
On joue avec des amis? On joue quand on fait un match amical? On joue en FSGT? fédération de jeunesse et éducation populaire. Comment cela peut-il être vrai dans une société de compétition où l'esprit de compétition règne en maître absolu qui étend son règne au-delà de ses frontières.
Entre amis. On veut gagner. Cela se résume à ces trois mots. Cela veut aussi dire que l'on ne veut pas jouer. C'est sérieux (les échecs). Quand on dit c'est sérieux cela veut dire aussi que c'est pas du jeu. Ces expressions (populaires) rendent bien la situation.
L'esprit de sérieux l'a emporté sur l'esprit du jeu. Le passage par la compétition n'y est certainement pas étranger. Tout ce qui n'est pas compétition ne serait pas sérieux. Le sérieux c'est la société. C'est la société de compétition. Rien n'existerait en dehors d'elle.
Aussi en FSGT on a retiré une équipe qui joue pour mettre à la place une équipe qui gagne. C'était à Joinville. C'était pour obtenir des subventions. Qui subventionne une équipe qui se contente de jouer. Il ne suffit pas de participer Pierre de Coubertin il faut encore gagner.
Ce n'était même pas une petite table au fond de la salle. Elle avait été bien classé au tennis, qu'elle disait, aussi qu'aux échecs elle débutait. Effectivement c'était son premier cours d'échecs et pour mettre en pratique ses fraîches connaissances il lui fut proposé de jouer.
Mais déjà elle voulait gagner et comme autour d'elle on se détendait, on se détendait du cours en jouant, on jouait, elle demanda le silence, avec force et autorité, presque colère, c'est que déjà elle ne jouait plus, elle voulait gagner, et qu'elle était en train de perdre.
Ça aurait pas été grave si cela n'avait été qu'un jeu. Le jeu comme l'art enlèveraient toute gravité ou esprit de sérieux pour laisser place à la créativité et à la participation de tous, s'il n'y avait la compétition (aussi dans l'art comme dans le jeu).
On peut être d'accord pour la compétition, mais pour la compétition à sa place, pour que la compétition ne prenne pas toute la place, pour qu'elle laisse la place à d'autres qui voudraient échanger entre eux autrement, autrement qu'en étant gagnant ou perdant, se réjouissant autrement.
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