jeudi 2 avril 2026

L'égalité


On ne va pas se mentir, il faut être tomber bien bas pour se battre pour l'égalité, que l'homme soit un serf ou un esclave pour qu'il se batte pour l'égalité; mais aussitôt qu'il ne le sera plus croyez-vous qu'il s'arrêtera là ? Non! Parce qu'il n'est pas dans la nature de l'homme d'être l'égal d'un autre homme, pas même de lui-même qui est amené à vouloir se dépasser; sa croissance même l'en empêcherait aussi que de dépérir et de périr, car il n'est rien dans la nature de l'homme qui ne soit en perpétuel devenir.

Si l'homme se bat, et cela de tout temps, c'est pour l'emporter, il ne s'affirmerait pas en tant qu'homme, autant dire en tant que l'égal de l'homme, toujours il veut lui être supérieur, toujours il veut se dépasser en commençant par lui-même ou en commençant par les autres il n'y a pas grande différence puisqu'il est un homme comme les autres hommes et qu'il n'y aurait en effet pas grande différence entre les hommes si l'on considère celle qu'il pourrait y avoir entre les hommes et les dieux, si les dieux existaient, c'est pourquoi la différence il veut la faire.

C'est qu'il a en lui l'idée de Dieu et pour cause c'est celle d'un être supérieur parce qu'il ne peut adorer qu'un être supérieur; et à défaut d'un Dieu combien de demi-dieux la société ne lui donne pas à adorer: les dieux du stade, les stars du showbiz… Non, une société égalitaire n'est pas une société heureuse, encore moins épanouie, l'homme ne va pas jusqu'au bout de lui-même, il reste court, frustré, aigri, mal dans sa peau, sa peau qui serait alors une vraie peau de chagrin toujours se rétrécissant dans la consommation qui est aussi consumation de l'homme voué à s'éteindre.

Aux échecs, Sylvain, l'entraîneur, aurait dit quelque chose comme ça: que quand on jouait pour la nulle on perdait, qu'il fallait jouer pour gagner pour obtenir (au pire) la nulle, ce qui est ne pas perdre. Et à ceux qui ne voulaient pas faire l'effort de l'étude et qui disaient jouer pour le "fun" Sylvain demanda: et qu'est-ce qui est le plus "fun", de perdre ou de gagner? Il faut savoir que les joueurs d'échecs arrêtent souvent de jouer quand ils ne font plus que perdre ou mieux encore: quand ils sentent qu'ils ne progressent plus; et souvent ils préfèrent prendre le risque de perdre que de faire nul, refusent de prendre la nulle, ne veulent pas l'égalité, le partage du point.

Que tout le monde se croit supérieur à l'autre, en commençant par lui ou en commençant par les autres, il n'y avait aucun doute en lui là-dessus, (ce que l'on sent en soi pourquoi les autres ne le sentiraient-ils pas en eux); et qu'il faille passer de temps à autre par le combat, qu'il n'y ait que dans le combat que l'on trouve son égal et se sente frère, que pouvait naître une égalité ou une fraternité qui n'était autre qu'une égalité ou fraternité d'armes, de fait et pas de droit (parce que le droit y était battu en brèche), d'où entre les hommes ces guerres qui lui semblaient non pas désirables mais inévitables, et clamer très fort que personne ne voulait être l'égal de personne.

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