Tout bien considéré, les échecs sont une passion qui se doit d'être équilibrée comme toute passion par une femme que bien entendu on aime passionnément et un travail qu'on aime aussi et comme de bien entendu passionnément. On sait que dans la réalité cela n'est pas toujours vrai, ni pour la femme ni pour le travail, mais il reste vrai cependant que la passion des échecs ne peut pas suivre alors un cours effréné qui conduirait, celui qui s'y livre corps et âme comme celui qui se livre corps et âme à toute passion, à la mort ou à la folie.
Ces amis joueurs d'échecs se trouvaient ainsi épargnés quand ils ne l'étaient pas ni par la femme ni par le travail. "No hay mal que por un bien no venga" disent les espagnol, ce qui mot à mot revient à dire qu'il n'y a pas de mal qui pour un bien ne vienne. Mais cette idée du bien et du mal est bien chrétien et étonnant puisque correspondant à faire passer le mal avant et comme procurant finalement un bien. Maintenant dans un esprit d'équité, peut-être pas lui très catholique, il faudrait confronter le mal causé par la femme au mal causé par le travail et au mal causé par les échecs et déterminer ainsi qu'elle est le moindre mal.
En se livrant corps et âme aux échecs il lui semblait en effet se livrer au moindre mal car n'occasionnant aucun tort à personne sinon à lui-même, et ceci que par une pratique excessive dont souvent le détournaient d'ailleurs d'autres pratiques qui dans l'échelle des passions pouvaient se trouver à un niveau équivalent et en cela il croyait se souvenir de sa lecture de l'Ethique de Spinoza où il y aurait lu qu'il n'y avait rien de mieux qu'opposer une passion à une autre passion, autant dire un mal à un autre mal (si l'on considère les passions tristes). Aussi pour se guérir d'une femme ou passion amoureuse cette sentence lui revenait à l'esprit de la remplacer par dix autres femmes, et, ce qui pourrait paraitre remplacer un mal par dix autres mal, le soignait tout au contraire en substituant à la maxime d'un mal par un mal cette autre maxime d'un mal par dix autres mal.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire