Il y a un élément dramatique dans le jeu d'échecs c'est l'échec et mat. Pourrait-on aimer le jeu d'échecs sans la présence de cet élément dramatique? A n'en pas douter l'élément dramatique qu'il y a dans la vie est la mort. Aussi la question pourrait-elle se poser de si sans la mort on pourrait aimer la vie comme on l'aime qui serait donc un peu comme on aime le jeu d'échecs? On voudrait cependant autant que cela nous anime que cela soit sans conséquence pour nous, c'est-à-dire continuer à vivre, à persévérer dans son être écrivait Spinoza dans l'Ethique . Rien de mieux alors que de jouer aux échecs pour se désennuyer d'une vie d'où l'élément dramatique, qui en est pourtant la composante essentielle, qu'on pourrait presque dire vitale non sans encourir le risque de tomber dans un paradoxe puisqu'il s'agit ni plus ni moins que de la mort, a été écarté soigneusement, c'est-à-dire avec tous les soins et précautions que l'on peut apporter à sa vie comme à la vie d'autrui. Mais dans le jeu d'échecs la diversion va plus loin: car si à tout moment l'on peut être mis échec et mat, d'où cette tension extrême du joueur qui tient à gagner comme on tient à la vie, c'est l'autre qu'on veut mettre échec et mat: encore une fois l'on veut bien vivre l'élément dramatique, c'est même lui qui nous fait vivre comme on dit passionnément, mais ne pas en être personnellement affecté. Il y a dans la guerre ce même dévoiement, ce même divertissement, l'idée est de vivre pleinement, c'est-à-dire la vie non dénuée de la présence de cet élément dramatique: la mort. Mais il ne faudrait pas non plus qu'elle soit pour nous, pour nous qui voulons vivre comme nous voulons gagner la guerre qu'elle soit réelle ou symbolique comme sur l'échiquier. Aussi la noblesse de ce jeu n'est pas tant dans ce jeu, qui pouvait être autant que la guerre le passe temps des nobles, que comment les hommes y jouent, donnent mais aussi et surtout reçoivent l'échec et mat. Encore la vie pourrait elle être jouée si elle ne peut être vécue pleinement: il faut entendre ici la vie avec son élément dramatique: la mort. Aussi il ne faut pas croire que les enfants qui jouent à la guerre voudraient la faire. Ce n'est pas un apprentissage de la guerre, c'est un apprentissage de la vie avec son élément dramatique qui est joué comme pour être déjoué. Aussi les enfants sont bons aux échecs qui en délivrant l'échec et mat s'en délivrent.
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