mardi 24 septembre 2024

Un système éducatif égalitaire


A L'Alpe d'Huez il n'y a pas si longtemps que cela se déroulait le championnat de France d'échecs. J'y étais. Mais je n'étais pas parmi les champions. Depuis Coubertin semble t-il l'important c'est de participer. Aussi je participais à un Open qui, comme son nom en anglais l'indique, est ouvert à tout le monde. Vous vous direz mais pourquoi nous parle t-il encore d'échecs: qu'est-ce que ça à voir avec le système éducatif français? Patience! Patience!

J'accordais la nulle à mon premier adversaire qui s'en irrita. Lui à ma place, dit-il, il aurait gagné la partie et il me montra comment. Il fut alors d'autant plus dépité que je me savais gagnant mais ne voulais pas gagner, ce que je lui fis savoir. Le lendemain j'accordais à un autre adversaire une autre nulle et je comptabilisais ainsi à la fin du tournoi plus de nulles que de victoires ou de défaites. Quant à mon premier adversaire il gagna ensuite toutes ses parties.

A partir de là on pourrait voir en moi le type même d'un fervent partisan d'un système éducatif égalitaire puisque j'étais prêt à accorder la nulle à des adversaires contre qui je devais gagner. Cependant je me souvenais n'avoir pas été toujours ainsi. Cela me renvoyait à mon année de DEA à la Sorbonne que j'abandonnais pour la raison suivante: j'obtins une bonne note à mon premier séminaire mais les notes qui furent accordées ensuite aux autres étudiants pour un travail moindre furent égales. Cette égalité m'acheva ou dit autrement je décidais d'achever là mes études égalitaires.

En fait là non plus je ne jouais pas dans la cour des champions, ceux là étant entrés non pas à l'université mais dans les grandes écoles de France. C'était l'élite. Et parmi eux devait se livrer un combat pareil à celui que si nous levions la tête de nos échiquiers respectifs nous pouvions voir, car il était retransmis sur écran géant. Pour la petite anecdote mon adversaire et moi nous nous accordâmes la nulle d'un mutuel accord (sans doute savions nous que nous ne jouions pas dans la cour des grands) ce jour où nous dûmes en pleine partie quitter la salle parce qu'un joueur venait de faire un arrêt cardiaque. 

Mais tandis que nous signons la nulle, et les parties venaient de reprendre, tout le monde était de retour à son échiquier, et les candidats au titre de Champion de France qui redoublèrent de rivalités furent peu nombreux à se partager le point malgré la gravité de la situation qui fut cause de l'interruption des dites parties. L'un d'entre eux, et il faudrait plutôt dire l'une d'entre elle parce que le héro du jour était une femme, qui, médecin de son état, fut la première à intervenir sur le joueur d'échecs dont le cœur venait de s'arrêter de battre. Elle le sauva. Il ne lui fut pourtant pas pour autant accordé la nulle par son adversaire qui, si je ne m'abuse, gagna la partie, à moins que ce fut encore elle. Peu importe, si tout ce qu'il faut retenir c'est qu'à ce niveau là, monsieur, il s'agit de gagner au risque de perdre et non pas de faire nulle, parce qu'on ne peut pas gagner en faisant nulle.

Donc. Pas de Pierre de Coubertin. Pas de l'important c'est de participer quand l'important c'est de gagner. Pas de système éducatif égalitaire. Pas de perte de temps. Et c'est bien de perdre mon temps que j'eus l'impression quand je quittais la Sorbonne et abandonnais en plein cours d'année mon DEA pour gagner ma vie là où il m'était donné de la gagner et ce n'était certes pas au plus haut niveau. C'est qu'on peut parler dans la société, comme l'on parle de la justice à deux niveaux, d'une éducation à deux niveaux : l'une égalitaire et c'est le régime moyen pour ne pas dire médiocre, du plus petit dénominateur commun; et l'autre, hautement compétitive, à qui reviendrait l'or et les lauriers de la gloire.

A postériori je comprenais donc l'irritation de mon premier adversaire aussi que, tout comme moi dans le passé, il s'était trompé de cour car il ne jouait pas dans la cour des grands. Cette confusion d'esprit est cependant entretenue non seulement par un système éducatif mais par une société qui d'un côté prône l'égalité pour tous et de l'autre n'accorde ses faveurs qu'aux vainqueurs. Ce serait néanmoins oublier qu'à la fin du tournoi d'Alpe d'Huez il fut remis à chacun des participants un livre d'échecs, sans doute l'œuvre écrite d'un grand parmi les grands qui n'auraient de cesse d'asseoir leur autorité sur l'immense et humble majorité d'ignorants ne demandant qu'à apprendre, mais pourquoi? Telle est la question que je me pose. Pour participer dans l'esprit de Pierre de Coubertin? ou qu'à apprendre pour gagner (pour renouveler les élites plus que de mettre fin au système inégalitaire)?

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