Je ne le ressens pas dans la marche. Je le ressens toujours dans la vie. On dit qu'il est naturel de marcher. Ne l'est-il pas autant de vivre? Pourtant dans la vie je le sens toujours et depuis ma naissance ce point de déséquilibre. Ce ne sont plus mes premiers pas dans la vie. Je ne tombe plus en marchant. Mais dans la vie?
On pourrait dire que l'on tombe en avant quand l'on marche et qu'à ce point de déséquilibre on va plus avant retrouver son équilibre et c'est ce que l'on ferait tout naturellement en marchant, au point de n'en avoir plus conscience, de ne plus se sentir en déséquilibre mais plutôt d'avoir en marchant une impression de bien être qui ne pourrait être sans l'assurance de retomber toujours sur ses pieds.
Cette belle assurance que j'ai en marchant il me faut avouer ne l'avoir jamais trouvé dans la vie. Toujours par contre ce point de déséquilibre contre lequel je dois chercher un prompt rétablissement, cette peur de la chute comme ce rêve longtemps entretenu sans doute par une angoisse persistante que la terre s'ouvrait devant mes pieds et qu'il me fallait sans cesse enjamber des précipices pour rester en vie.
C'est pourquoi j'ai appelé cette vie survie et que paradoxalement le plus grand plaisir que j'ai soit le plaisir de marcher et qu'il me serait plus naturel de marcher que de vivre, seulement vivre serait ne pas chuter comme ne pas succomber à l'angoisse de chuter car dans mes rêves l'épreuve de courage était l'épreuve de survie qu'on pourrait appeler volonté de vivre.
Mais cette volonté de vivre ne serait peut-être pas courage mais peur de défaillir ou de faillir et l'épreuve de vie qu'une épreuve de survie motivée par cette peur sous jacente et qui ne dit pas son nom qu'on appelle l'angoisse. Aucune angoisse quand je marche mais ce vrai plaisir de marcher et il faudrait lui associer celui d'être enfin à mes pensées, car plus libres ou libérées d'une peur existentielle.
La marche de mes pensées serait continue si je ne cessais de marcher et le mieux qu'il pourrait m'arriver serait de marcher dans mes pensées pour les continuer à jamais; mais il me semble m'arrêter souvent à vivre et de ressentir alors toute l'angoisse du vivant; d'être à nouveau à ce point de déséquilibre et sans doute ai-je autant recours à la marche qui serait aussi la marche de mes pensées pour rétablir l'équilibre.
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