jeudi 31 juillet 2025

Les haltérophiles


J'étais là dans cette salle où trois femmes lançaient à peu près mon poids à tour de bras au-dessus de leur tête puis le reposaient comme si de rien n'était. Puis le reprenaient, puis le reposaient. Autant dire que je ne pesais pas lourd entre leurs mains.

C'était des femmes, le sexe faible qu'on dit, et c'est aussi ce que je me disais en les voyant car, malgré les charges impressionnantes qu'elles pouvaient soulever, j'attendais toujours d'elles un signe de faiblesse.

Autant dire qu'il ne vint pas. Jamais elles ne cédèrent sous la charge. Pourtant je n'avais pas de mal non plus à me les imaginer légères et dansantes, frivoles et changeantes; c'est qu'elles avaient autant de facilité à prendre une charge qu'à s'en défaire lestement.

Le lest, c'était ça. J'avais trouvé. La recherche du lest comme la recherche d'une certaine stabilité. Car je me demandais comme n'importe qui se serait demandé à ma place ce que ces femmes venaient bien chercher et trouver dans la pratique de l'haltérophilie.

Eh bien, c'était du lest, à se lester, me disais-je, et bientôt je ne ferais plus le poids, bientôt il leur faudrait plus lourd que moi; déjà elles me regardaient ou soupesaient du regard et devaient se dire comme moi je me disais que je ne faisais pas le poids.

Maintenant les femmes fortes avaient toujours eu un faible pour moi comme moi pour les femmes fortes. La faiblesse ne m'avait jamais attirée, pas même chez les femmes. Je ne comprenais d'ailleurs pas que les hommes qui n'aimaient pas la faiblesse aimassent les femmes faibles.

Il faut dire que ceux qui n'aimaient pas la faiblesse ne m'aimaient pas non plus; aussi je me disais que si le sexe faible méritait encore le nom de sexe faible ce ne fut pas qu'il le soit mais en cela qu'il eut un faible pour moi qui n'était pas fort.

En fait, je n'aurais jamais été qu'une charge pour les femmes en commençant par ma mère que j'imaginais alors en haltérophile me brandissant au-dessus de sa tête puis, n'en pouvant plus sous la charge, me laissant choir lourdement pour ne plus jamais me reprendre.

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