dimanche 23 avril 2023

La beauté révélée

 

Il n’y a d’autre beauté que la beauté révélée que l’homme trop occupé de lui-même ne verrait pas si affligé par le sort qui lui est réservé, et c’est à vivre seulement, ne cherchait pas par tous les moyens à y échapper, et c’est à cette vie justement. J’ai fait alors ce rêve printanier qui est comme une fable où je m’y opposais sans doute comme tout homme borné, à l’intelligence et à la sensibilité limités, s’y oppose, à la beauté, alors qu’aussi en lui il l’appelle ne serait-ce que parce qu’il est inquiet, c’est-à-dire inquiété par la vie,  par une vie il est vrai dénuée de toute beauté. Je dis tout cela parce que je ne saurais expliquer autrement ce rêve sinon comme une fable qu’il me faut conter parce qu’irréel mais vrai.

Je ne sais encore, les rêves sont incomplets, comment longtemps j’empêchais la beauté d’éclore, sinon par la vie même que je menais, mais quand le bourgeon fut là, et bien que dur et fermé, offert cependant comme pour la première fois à mon regard je sus déjà ce qu’il refermait, et c’était la beauté. J’avais pourtant dit au créateur de ce monde, je parle de celui de la beauté, que de toutes mes forces et c’était de toute mon activité, je ne le laisserais pas ainsi me ravir à moi-même, parce que j’avais trop affaire et que c’était de mes affaires me détourner. Il n’écouta cependant pas ma volonté ou tous ceux à quoi ma volonté était tendue et voulu plutôt la détourner, ce qui était détourner mon attention vers la beauté. Ce devait être un artiste car je crois qu’il dessinait, à moins qu’il ne peignit ce bourgeon que je vis ou plutôt me saisi sans que je ne sus encore pourquoi et c’était parce qu’il enfermait en lui tant de beauté qui allait éclore en moi, car c’est exactement ce qu’il me dit, peut-être était il aussi écrivain car il me sembla le lire, la beauté est aussi dans les pensées fussent elles exprimées par écrit. Je ne pus davantage lui résister et même trouva de ma vie en lui réconfort ou plutôt je veux dire en la beauté que désormais il m’avait rendu apte à voir ou encore à pénétrer car pénétrant dans ce bourgeon, je vis toute la force dont il était porteur, vit cette beauté dont il allait éclore et c’était comme si l’homme borné, à l’intelligence et à la sensibilité limités, allait lui-même sortir de ses limites, parce qu’il avait senti cet appel à la vie qui était avant tout appel à la beauté, à la fleur et au fruit.

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