vendredi 1 mars 2024

La place de Dieu


Je ne suis point bête mais encore je voudrais être intelligent, n'est-ce point déjà trop demander? Aux échecs j'ouvre en lançant le pion e et parfois aussi le pion d mais je voudrais aussi ouvrir avec le pion c et parfois avec le pion f. Je parle le français et l'espagnol couramment mais je voudrais encore parler d'autres langues et surtout être aussi bon en mathématique. Non, tout ne m'a pas été donné, loin de là, mais de qui voudrais je prendre la place? Je crois que c'est la place de Dieu que nous voudrions tous prendre et c'est en cela seulement que l'on peut dire non pas que Dieu est une partie de nous mais que nous sommes tous Dieu ou comme tel voulons passer et nous comporter. Cependant ce qui fait société c'est que tous nous ayons place dans cette société, autrement comment pouvons nous encore parler de société. Pour cela il faudrait qu'il n'y ait pas  parmi nous de dieu ni de demi-dieux qui occupent beaucoup de place sinon toute la place. Jadis, dit-on, il n'y avait que les vieux au pouvoir, quand aujourd'hui on les mets aux oubliettes tant et si bien qu'eux-mêmes se disent plus bon à rien, et comme les marchandises de ce monde nous sommes de plus en plus vite obsolètes. Quand très tôt les gosses passent pour des génies et que beaucoup d'entre nous reportant sur eux leur dévolu comme leurs frustrations connaissent dans le leur de gosse non pas comme on le dit couramment un petit jésus mais à Dieu en personne: il sait tout faire, il est bon en tout, il occupe toute la place. 

Ce n'est pas innocemment ou pour me vanter de pratiquer ce noble jeu des échecs que j'ai commencé par en parler, mais plutôt parce qu'au dernier tournoi auquel j'ai participer et fait triste figure ce qui est devenu normale: je suis un vieux, un gamin est monté sur le podium et nous avons tous attendu ce qu'il avait à dire, comme parole d'évangile. Il avait gagné le tournoi et nous dit alors comment il ne fallait jamais renoncer et que toujours en soi on trouverait des ressources inespérées. Certes, c'était un bon gamin qui avait de bons parents et de bons principes pour commencer dans la vie et, qui plus est, avait gagner ce qui lui donnait droit à la parole. Mais s'il avait vaincu c'était sur l'échiquier et n'avait connu pour toute adversité que l'adversaire qui lui avait été opposé quand il y a dans la vie des adversaires bien plus redoutables dont il ignorait jusqu'à l'existence et quant aux ressources de l'homme elles sont bien maigres voire inefficaces face au plus redoutable d'entre tous dont il ose à peine mentionner le nom quoique chacun y soit un jour confronté. Et parmi toute les maladies il y avait la maladie d'amour qu'il n'était pas encore en âge de contracter. Sans doute était-il bien armé pour la vie mais l'amour comme la mort trouve toujours un défaut dans la cuirasse du plus grand guerrier. Et puis c'était la place d'un vieux qu'il prenait en parlant ainsi. Non, ce n'était pas de son âge de parler ainsi. Il y a un dicton en espagnol qui dit: "más sabe por viejo que por sabio" il en sait plus pour être vieux que pour être sage. Non, tous les vieux ne sont pas des sages, mais en savent plus pour être vieux que pour être sages. En revanche, ce bon et brave gosse s'il était sage comme une image il n'avait pas encore l'expérience de l'âge. On fait peu cas il est vrai de l'expérience des aînés et en parler équivaut déjà à parler comme un vieux. On dit aussi que le génie n'attend pas le nombre des années. Seulement, si l'on veut parler de société, et à l'ère des sociologues tout le monde n'a que ce mot à la bouche: la société, la société; eh bien la société, faut-il le rappeler, n'est pas faite que de génies, eh bien si société il y a, faut-il le rappeler, tout le monde doit trouver sa place. 

Ce tournoi était bien fait que j'y eu aussi ma petite médaille quand normalement dans la société des joueurs d'échecs comme dans la société tout court il n'y a de médailles que pour les premiers. Sans doute, me dira t-on, aurais-je voulu encore prendre la parole à la place du gosse? Quand c'est de l'entendre parler en adulte qui me chagrina. Quand c'est son sérieux qui me heurta. Qu'il nous infantilise quand nous le vieillissons et que chacun ne s'y retrouve pas à sa place mais comme un usurpateur qui me dérangea. Qu'il parla échecs m'aurait suffit et je l'aurais applaudi. Mais qu'il ne me parla pas de la vie et des ressources de l'homme, qu'il ne me parla pas comme un homme averti et expérimenté, comme un homme qui aurait vécu. Qu'il ne me parle pas comme Dieu seul aurait pu le faire à sa place s'il avait existé, mais c'est le mal de ce temps que de prendre toute la place, que de vouloir tous être Dieu, sans doute est-ce pour cela et comme cela qu'on l'a tué. On dit: "Rendons à César ce qui est à César", je dis: "Rendons à Dieu ce qui est à Dieu" et cessons de vouloir occuper toute la place sinon que l'on cesse de nous bassiner avec ce mot de société.

NB

Il y eut cette expression sur les réseaux sociaux pour quelqu'un qui voulait communiquer avec un youtubeur alors "qu'il n'était rien" fut-il dit à son encontre (mais qu'est-ce qu'un youtubeur?) comme aussi qu'il voulait attirer ou prendre toute la lumière. Or n'est-ce pas le propre de Dieu, ne dit-on pas qu'il est lumière?

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