D'un homme
au regard vide qui fixe la caméra on peut se demander non pas ce
qu'il dit, mais ce que l'on veut qu'il dise. L'homme au regard vide
et fixe qui fixe de son regard vide la caméra dit que rien ne
change.
Car de
l'autre côté de la caméra qui la filmé il y a un autre homme au
regard aussi vide et fixe que lui qui de son regard vide fixe le
petit écran où il le voit et entend que rien ne change ; et
c'est la parole qu'il est prêt à recevoir.
Tant il a
l'impression lui aussi que rien ne change, que rien n'a changé,
malgré toutes les politiques du passé et toutes les politiques en
cours et sans doute que malgré toutes les politiques à venir, rien
ne changera.
Pourtant
c'est avec compassion qu'il regardera ce palestinien se plaindre de
n'avoir aucune retombée de la manne d'argent qui passe entre les
mains des politiques et dire que pour lui, pour l'homme ordinaire,
rien ne change. Car cet autre homme au regard aussi vide et aussi
fixe (devant sa télé) se dira qu'il est du bon côté de la caméra
(et n'est-ce pas ce que l'on veut qu'il se dise) et verra ses hommes
politiques d'un meilleur œil.
Mais ils se
trompent tous les deux. La situation qu'ils vivent est bien la
résultante d'actions politiques. De politiques qui en temps de
guerre entretiennent un état de guerre qui leur profite, comme en
état de paix ils entretiennent un état de paix qui leur profite. Et
ils ne sont pas plus différent l'un de l'autre que ne le sont leurs
hommes politiques respectifs.
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